La plateforme coopérative Les oiseaux de passage fait halte à Marseille

Vendredi 1 décembre de 14:30 à 16:30, le Centre Social CCO Bernard Du Bois  (16 Rue Bernard Dubois, Marseille 1er) accueillera une présentation publique de notre nouvelle plateforme coopérative Les oiseaux de passage

Une plateforme coopérative européenne pour pouvoir proposer l’accueil, la découverte de destinations, l’hospitalité et les échanges culturels d’humain à humain. Une plateforme sans intrusion publicitaire ni commission, sans notation ni fichage, sans discrimination ni frontière et sans spéculateur ni optimisation fiscale. Au contraire, une plateforme coopérative, poétique et diffuse, proposant les échanges directs d’humain à humain, un accès à des offres d’hospitalité qualifiées réservables en ligne comme à des contenus culturels partagés librement et une navigation narrative comme cartographique pour retrouver le plaisir de voyager.

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Les oiseaux de passage est une initiative de professionnels et citoyens lancée fin 2014 suite à une interpellation d’Hôtel du Nord aux acteurs du tourisme, de la culture, de l’éducation populaire, de l’économie sociale et solidaire sur le besoin d’une telle plateforme coopérative à l’échelle européenne.

L’expérience d’Hôtel du Nord, au croisement de l’économie collaborative, des droits culturels et des principes coopératifs, a servi de support à deux années de travail collectif pour concevoir une plateforme innovante qui ne singe pas l’existant tout en répondant pleinement aux évolutions des usages et aux potentiels qu’offre internet.

Les droits humains, les principes européens sur la valeur du patrimoine culturel, précisés dans la convention de Faro du Conseil de l’Europe et les principes coopératifs ont été adoptés comme cadres de référence.

Deux fils conducteurs ont nourri l’innovation : le choix du « commun » comme élément structurant et différenciant là où les plateformes actuelles misent sur l’individualisme et de retrouver le « plaisir de voyager » depuis la navigation sur la plateforme jusqu’au voyage lui même.

De là est née la plateforme coopérative Les oiseaux de passage qui sera en ligne début 2018. Cette mise en ligne est aujourd’hui rendue possible socialement par la cooptation des producteurs par Les oiseaux de passage, économiquement par une logique de coopération et d’abonnement graduel aux services et commercialement par le relais des offres directement auprès des bénéficiaires des aides au départ.

Le bureau des guides du GR2013 et les coopératives Okhra et Hôtel du Nord seront présents à cette rencontre pour illustrer ce que pourra proposer en 2018 Les oiseaux de passage.

Cette plateforme est ouverte à celles et ceux qui souhaitent coopérer. Cette réunion publique est une invitation à la découvrir et la rejoindre.

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H2H en workshop à Marseille

Après Poitiers (hébergeurs collectifs), Venise (modèle économique) et avant Paris (artisans), le processus de création d’une plateforme coopérative nationale d’hospitalité, H2H, tiendra son troisième workshop à Marseille.

Porté par des acteurs du tourisme social, de la culture, de l’open source, du commerce équitable, du monde coopératif et du syndicalisme, H2H s’est fixé comme objectif d’être opérationnel fin 2017 avec des outils web, une marque commune, une gouvernance coopérative et un premier catalogue d’hospitalité.

L’agence web marseillaise Silex-taille numérique, accompagne la phase de définition des outils web et l’institut de recherche critique en design Civic City travail sur l’identité.

Le workshop de Marseille se déroulera lundi 4 et mardi 5 juillet à la Friche Belle de Mai, au centre social de Saint Antoine et à la Gare Franche. Il portera sur les usages et attentes des hébergeurs individuels et guides urbains, des assembleurs (voyagistes) et des producteurs de data culturel. Une vingtaine de membres des 10 réseaux d’hospitalité mobilisés autours d’H2H sera présent.

HdN s’engage, partage et innove avec H2H

Mercredi 18 mai, Hôtel du Nord défendra sa candidature d’H2H présélectionnée à l’appel à projet La France s’engage. Les 30 projets sélectionnés par le comité de sélection seront ensuite soumis au vote des internautes, puis au choix du Président de la République.

Jeudi 19 mai, à l’occasion du Ouishare Fest qui réuni à paris la communauté internationale du sharing, H2H échangera sur son expérience coopérative dans l’atelier Platform Cooperatives and Beyond: The Future of Collaborative Governance? 

Vendredi 20 mai 2016, la coopérative H2H sera présente aux 9ème Rendez-Vous de l’UNAT comme Lauréat de la 7e édition du Forum de l’innovation sur le thème « Pratiques numériques au service des Hommes et des Territoires ».

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Communiqué de presse : lancement de la coopérative H2H, humain à humains

Face au recul des droits de l’homme, de l’état de droits et de la démocratie, face au repli des États, à la fermeture des frontières et à la libéralisation du droit du travail, des acteurs économiques choisissent de coopérer pour réaffirmer et pour renforcer ces Droits, patrimoine commun de l’Europe[1]

À l’occasion de la fête du travail du 1er mai et des 80 ans des congés payés, ces acteurs ont choisi d’annoncer la création de la coopérative H2H – humain à humains.

Issus du tourisme social, de l’open source, de la culture, de l’artisanat, du monde coopératif , H2H fédère plus de 200 acteurs économiques répartis sur une centaine de villes et villages en France pour créer et gérer un outil commun de promotion et de commercialisation d’offres d’hospitalité. Des offres de balades, de séjours, d’hébergements, de produits locaux conçus avec les habitants dans le respect des territoires et de leurs hôtes.

Des offres co-produites de voyages, d’accueil et de découverte des produits et des savoir-faire locaux, pour démontrer que la richesse se crée physiquement sur les territoires et grâce à ses acteurs.

H2H vise à faciliter la rencontre, la mise en lien, l’échange, la transmission, la découverte de l’autre et des territoires. Sa plate-forme numérique étant développée comme un outil de mise en lien au service de la finalité du projet : favoriser une plus juste répartition des richesses pour faire vivre les activités qui nourrissent les territoires et les Hommes.

Déclarée depuis le 20 avril 2016, lauréat du Prix de l’innovation du forum de l’UNAT, soutenu par des acteurs publics, privés et grâce à l’investissement en fonds propres des fondateurs, la coopérative H2H poursuit son travail de mise en commun et lance ses premiers workshops pour créer sa plateforme numérique, sa marque et son école des hôtes.

Poitiers, le 03/05/2016

Les fondateurs : Hôtel du Nord, Ekitour, Minga, Point Carré

[1]Le patrimoine commun de l’Europe recouvre tous les patrimoines culturels en Europe constituant dans leur ensemble une source partagée de mémoire, de compréhension, d’identité, de cohésion et de créativité et les idéaux, les principes et les valeurs, issus de l’expérience des progrès et des conflits passés, qui favorisent le développement d’une société de paix et de stabilité fondée sur le respect des droits de l’homme, de la démocratie et de l’Etat de droit. Article 3 – Patrimoine commun de l’Europe. Convention-cadre du Conseil de l’Europe sur la valeur du patrimoine culturel pour la société.

Le processus coopératif H2H en récit

Chapitre 1 : Les premiers pas.

L’histoire que nous vous racontons nous emmène dans les quartiers Nord de Marseille au milieu des années 80 où nous retrouvons Christine Breton, Conservatrice du Patrimoine fraichement affectée à ce secteur. À sa grande surprise, elle ne trouva à son arrivée aucun monument, site ou aspect culturel classé ou répertorié au patrimoine national. Difficile à concevoir pour cette conservatrice, elle choisit donc de lacer ses chaussures et d’arpenter les quartiers nord de Marseille à la recherche d’éléments patrimoniaux.

Les quartiers Nord de Marseille sont situés en front de mer sans en avoir l’accès. L’immense port-industriel de Marseille se dresse telle une muraille et empêche quiconque d’atteindre la mer par la voie terrestre. Depuis presque 200 ans ce secteur de Marseille est consacré au commerce. De ce fait de nombreuses activités économiques s’y sont succédé, et qui dit activités économiques dit travailleurs et qui dit travailleurs dit populations d’habitant. Des populations diverses qui se sont succédé, empilées et mélangées au gré de l’histoire.

Mais revenons à notre conservatrice du patrimoine : en classant et en répertoriant le patrimoine de ce secteur, elle s’est retrouvée confrontée à des problèmes nouveaux pour elle. Elle a repéré du patrimoine dont personne ne voulait parler, dont les gens avaient honte. Elle a également découvert du patrimoine que les différentes populations interprétaient différemment. Des problématiques qui l’ont questionnée sur son travail et sur la notion même de ce qui est patrimoine pour un peuple, pour une communauté. C’est à ce moment là de l’histoire qu’elle se tourna vers le Conseil de l’Europe pour trouver de l’aide.

Chapitre 2 : Un cadre commun.

Le deuxième chapitre de cette histoire nous fait changer d’échelle et de temps. Nous nous retrouvons à l’après guerre, dans une Europe partiellement en ruine. La guerre a fait des dégâts colossaux, si bien que les femmes et les hommes encore présents ressentent le besoin de s’unir autour de principes humanistes. Nous sommes aux prémices de la communauté européenne.

En 1949, est créé le Conseil de l’Europe. Ce conseil est une organisation intergouvernementale qui regroupe aujourd’hui 47 pays, soit au-delà des 28 États membres de l’Union. À eux tous ils représentent plus de 800 millions de ressortissants dans ce regroupement indépendant de l’Union Européenne. Le Conseil de l’Europe est la principale organisation de défense des droits de l’homme, de la démocratie et de l’état de droit. Elle s’attache à défendre ces droits et à donner un cadre commun facilitant leur application.

Le Conseil de l’Europe est, par exemple, intervenu au moment de l’éclatement de la Yougoslavie. À cette époque les différentes communautés se sont disputées la propriété de sites, de monuments ou d’aspect culturels ; chacun les revendiquant comme faisant partie de son patrimoine. Le Conseil de l’Europe a permis de rassembler des représentants de ces communautés autour d’une même table et à donc à a permis le dialogue entre ces peuples. Lors de ces réunions, chacun a pu mesurer la légitimité de l’autre à revendiquer un lien avec cet aspect patrimonial. Lors de ces réunions, chacun à a surtout pu se rendre compte qu’à travers cet aspect patrimonial, tous avaient un bout d’histoire commune et qu’ils n’étaient pas si opposés les uns aux autres. À partir de ce travail, certaines tensions ont réussi à être apaisées. Ces aspects patrimoniaux ont pu être préservés, valorisés et transmis aux générations futures. Ils ont également pu être utilisés comme une ressource permettant le développement économique et social des régions concernées.

Tout ce travail du Conseil de l’Europe autour des questions du patrimoine et des aspects culturels a abouti en 2005 à la rédaction de la Convention de Faro.

Cette Convention part de l’idée que la connaissance et la pratique du patrimoine relèvent du droit du citoyen de participer à la vie culturelle tel que défini dans la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Ce texte présente le patrimoine culturel comme une ressource servant aussi bien au développement humain, à la valorisation des diversités culturelles et à la promotion du dialogue interculturel, qu’à un modèle de développement économique suivant les principes d’usage durable des ressources.

La Convention de Faro est le premier des deux piliers de cette histoire qui a pour objectif d’en faire appliquer les principes le plus largement possible.

Chapitre 3 : Et la forêt poussa.

Le troisième chapitre de ce livre nous fait revenir dans les quartiers Nord de Marseille à une époque plus contemporaine. En arpentant chaussures aux pieds ces quartiers, la conservatrice du patrimoine Christine Breton y a fait des émules. Plusieurs collectifs formels ou informels se sont structurés et se sont emparés de la Convention de Faro comme un outil permettant le développement économique et le renforcement de la démocratie sur leur territoire. En 2009, la maire de secteur a adopté les principes de la Convention de Faro pour les quartiers nord de la ville et réuni ces personnes au sein d’une commission patrimoniale. En 2010, une grande partie de ces collectifs se sont regroupés en une coopérative d’habitants à activité économique nommée Hôtel du Nord. Cette coopérative a pour objectif de proposer des offres d’hospitalités marchandes ou non marchandes.

Ces offres sont déclinées en quatre marques. « Accueilli par » : de l’hébergement chez l’habitant en chambre d’hôte ou en gîte. « Découvert avec » : des balades construites collectivement par les habitants, par les acteurs économiques, institutionnels et associatifs du territoire pour en découvrir leurs visions et leurs pratiques. « Produit par » : des visites d’atelier d’artisans, d’artistes ou d’usine industrielle (comme les savons de Marseille traditionnels) et la valorisation de ces productions locales par leurs reventes auprès des passagers dans les hébergements. « Écrit par » : des ouvrages d’historiens ou des œuvres qui regroupent les contenus culturels, les recueils d’habitants et les archives mises en lumière grâce au travail de collecte et de recherche des acteurs de ce territoire notamment lors de la création des balades.

Hôtel du Nord propose ces offres d’hospitalité à tous les passagers du territoire. C’est un point important de cette histoire car un territoire ne se limite pas au seul passage des touristes ; de nombreuses personnes viennent pour d’autres motifs : accompagnement d’un proche hospitalisé, déplacement professionnel ou participation de chercheurs à un séminaire. Ils peuvent également venir pour leurs études, pour préparer leur future installation dans cette nouvelle ville et pour bien d’autres raisons. Pour cela, Hôtel du Nord a travaillé entre autres avec les hôpitaux, les entreprises et les universités pour construire des offres d’hospitalités adaptées à ces passagers. Au point que la coopérative n’accueille que 40% de ces passagers pour motif touristique, les 60% restant ont des motifs de visite autres. Ils répondent ainsi aux besoins réels du territoire en matière d’hospitalité.

Hôtel du Nord à a réussi son pari de faire venir des gens dans les quartiers Nord de Marseille alors que beaucoup leur promettait l’échec. Depuis leur création ils ont accueilli plus de 10 000 passagers en séjours et en balades. Ils génèrent 120 000 € de retombées économiques annuelles directes sur les quartiers Nord. Ils ont réussi à construire des formes d’organisation permettant que le travail collectif développe l’activité de chacun. Ils ont réussi à développer des projets « sociaux » qui s’appuient sur cette activité économique en faisant par exemple participer aux projets des jeunes issus de ces quartiers sensibles qui ont été formés au métier de guide accompagnateur par des professionnels du comité départemental de randonnée pédestre.

Chapitre 4 : L’intrigue.

L’histoire est belle mais la vie n’est jamais sans mauvaise surprise et le chapitre 4 vient projeter une ombre sur ce récit lui apportant son intrigue.

Depuis 2012, l’industrie du tourisme et de l’hébergement marchand opère un tournant majeur amorcé quelques années auparavant. Les plateformes de l’économie collaborative de propriété privée font suite aux sites de réservation en ligne et bouleversent les pratiques des usagers. Ils apportent une solution technique ultra-performante mais qui concentrent la plupart des réservations sur quelques places de marché et qui exacerbent la mise en concurrence entre les acteurs d’un même territoire. Les sociétaires d’Hôtel du Nord qui vendent leurs offres via ces canaux sont bien obligés de céder 15-20% de leur prix de vente aux sites qui leur apportent ce service de commercialisation au lieu de les reverser à la coopérative et permettre à Hôtel du Nord de contribuer au développement et à l’animation de leur territoire.

En quête de solution, Hôtel du Nord s’est tourné vers l’extérieur et a cherché des partenaires avec lesquels s’associer afin de donner une autre échelle à leur projet. Car l’échelle marseillaise n’était pas suffisante pour générer suffisamment de flux sur leur site de réservation et donc des retombées économiques suffisantes à la coopérative pour développer davantage d’activités.

C’est à ce moment là de l’histoire que l’association Ekitour entre dans la danse. Cette association basée à Poitiers à a une activité de voyagiste dans le tourisme social et solidaire. La rencontre de ces deux organismes s’est faite lors d’une assemblée générale de l’association Minga qui elle-même est une fédération d’acteurs professionnels et de citoyens engagés dans la production d’une économie de proximité et de qualité, au niveau local comme international.

Bien conscient des évolutions dans le domaine du tourisme, Ekitour a accueilli cette initiative avec un grand intérêt. Il en est de même pour Minga qui voit ses adhérents artisans, indépendants et citoyens souffrir face à la force de frappe de ces grandes places de marchés et qui éloignent les adhérents de la propriété de leur outil de travail. Les questions de l’État de droit, de la protection de l’outil de travail et de l’accès aux vacances, aux loisirs et à la culture pour tous étaient au centre des débats. Pour y parvenir, ces trois structures ont décidé de créer une plateforme à l’échelle euro-méditerranéenne permettant d’accéder à des offres d’hospitalités défendant l’intérêt général et les biens communs.

Ekitour, Hôtel du Nord et Minga ont donc choisi de coopérer afin de créer cette plateforme et c’est là le deuxième pilier de cette histoire : le cadre coopératif.

À quoi bon créer une plateforme de plus dans le marché ? Il faut en créer une différente, pas contre, ni alternative, juste une nouvelle forme de plateforme numérique. Motivé par d’autres motifs et porteuse d’autres objectifs que celles qui existent. Ces acteurs souhaitent créer un outil technique qui sera propriété d’une coopérative. Dans celle-ci les producteurs d’offres d’hospitalité aussi bien que leurs usagers, les personnes morales ou les institutions publiques pourront y être sociétaires. S’ils le souhaitent, ils deviendront  propriétaires de leur outil de travail, de la place de marché qui les commercialise et ainsi participer selon les principes coopératifs, donc démocratiques, à sa gouvernance.

Chapitre 5 : L’espoir.

Fort de ces deux piliers, Ekitour, Hôtel du Nord et Minga ont pris leurs bâtons de pèlerins et ont présenté ce projet ambitieux à des communautés d’acteurs économiques, citoyens et institutionnels qui produisent ou encadrent des offres d’hospitalité. Partout ils ont rencontré un réel intérêt et partout ils ont trouvé des personnes qui sont venues enrichir cette réflexion qui n’est désormais plus la leur mais qui est celle d’un regroupement d’acteurs de la société.

Plusieurs temps d’échanges collectifs ont été organisés durant lesquels une large diversité d’acteurs a été invitée, par souci d’être au plus proche de la réalité et d’intégrer les particularités, les besoins de chacun. Après cette année de travail et de riches échanges, la coopérative H2H à a vu le jour en janvier 2016. Cette coopérative est dotée d’un plan d’action qui est le fruit des réunions et des rencontres réalisées durant l’année précédente. Ce plan d’action sera réalisé avec la participation de 9 communautés de producteurs d’offres d’hospitalité volontaires :

  • Tout d’abord les structures à l’origine du projet ; Ekitour, Hôtel du Nord et Minga. Leurs salariés, sociétaires, adhérents et administrateurs sont volontaires pour contribuer à la réalisation de ce plan d’action.
  • Mais également le Bureau des guides GR2013
  • Ethic Etapes, un réseau de 43 hébergements collectifs en France
  • Le réseau des Auberges de jeunesse de Charente-Maritime
  • Le réseau des hébergements collectifs des Deux-Sèvres
  • La coopérative Point Carré, tiers lieu coopératif à Saint-Denis
  • Le réseau d’artisans Artefact à Plaine-Commune
  • L’Assemblée Virtuelle et l’écosystème d’acteurs de la filière du numérique avec lesquels ils travaillent à construire des protocoles permettant de décentraliser l’organisation d’internet.
  • Libre Informatique, coopérative des métiers du numérique spécialisée dans le développement de solution open source.
  • D’autres communautés sont intéressées et souhaitent participer également à ce projet, les modalités de leurs participations sont en construction.

Chapitre 6 : L’intelligence collective.

Après avoir passé plus d’un an à rassembler des acteurs et à construire collectivement un plan d’action, le chapitre 6 vous présente comment ces communautés envisagent une articulation efficiente de leurs compétences respectives.

Le plan d’action se divise en 2 grandes parties menées en parallèle.

Un travail en interne, avec les membres fondateurs de la coopérative et l’appui de personnes-ressources, qui visera à rédiger le dossier de création d’entreprises divisé en 6 workshops :

  • Définir le Business modèle.
  • Construire la politique média.
  • Rédiger le cahier des charges de la future plateforme.
  • Travailler la création d’une identité et d’une marque qui permettront de fédérer autour de ce projet.
  • Définir les modalités de gouvernance de la coopérative qui permettront une juste répartition des pouvoirs. Et réaliser le plan de financement pour l’investissement dans l’outil et dans les ressources humaines.
  • Mener le chantier normes et aspects législatifs à respecter dans le cadre des activités qui seront exercées.

Puis un travail en externe sera axé autour de 4 prototypes et de 10 ateliers pour lesquels les communautés associées seront parties prenantes :

Le premier prototype est celui d’Hôtel du Nord, c’est le site qu’ils ont créé en 2010 et qui ne cesse d’évoluer par processus itératif. Ils vont travailler sur l’intégration des datas culturelles au site. L’objectif étant de pouvoir classer et archiver tous les contenus culturels et patrimoniaux que les producteurs d’offres d’hospitalité génèrent. Ainsi ces contenus seront accessibles à tous en format libre de droit, contribuant ainsi à renforcer les biens communs.

Le deuxième prototype est celui de Pilsen, ville de République Tchèque située à 1h de Prague. Ce territoire a créé une application regroupant des offres d’hospitalité suivant les principes de la Convention de Faro. Pour que l’usager accède facilement au contenu qu’il souhaite, ils ont développé une entrée par typologie de passager. Mais contrairement à ce qui se fait habituellement sur internet où ce sont les sites qui vous affichent du contenu en fonction du profil qu’ils ont établi de vous, là c’est l’usager qui choisi quel profil il souhaite avoir ; permettant ainsi de sortir de son profil privilégié et de découvrir d’autres contenus qui ne lui auraient pas été proposés, favorisant ainsi l’ouverture culturelle, la découverte de l’autre et limitant le communautarisme.

Le troisième prototype va se développer sur l’aire géographique de l’ancienne région Poitou-Charentes. Il aura comme premier objectif de travailler l’intégration des hébergements collectifs, particularité pour laquelle le prototype d’Hôtel du Nord n’est pas encore adapté. Le second objectif sera de trouver l’organisation adéquate pour des producteurs d’offres d’hospitalité sur un territoire composé de milieux ruraux et de villes de taille moyenne. Car les mécanismes développés sur le territoire marseillais ne seront pas forcément transposables en Poitou-Charentes, les réalités des acteurs n’étant pas les mêmes.

Ces trois prototypes seront travaillés jusqu’à une date butoir à laquelle une restitution des travaux sera effectuée. Cette restitution permettra de synthétiser les avancées techniques et organisationnelles de chacun des prototypes et de lancer la construction d’une première plateforme à l’échelle nationale. En parallèle de cette construction les prototypes locaux poursuivront leurs travaux afin de ne jamais arrêter la démarche itérative entreprise. La première version nationale devra, en plus des synthèses locales, intégrer les offres des artisans, être compatible avec les places de marchés de l’ESS existantes, permettre l’interopérabilité entre les sites existants et la plateforme nationale H2H (chacun reste propriétaire de ses données et décide lesquelles partager), proposer une offre assurantielle afin de couvrir les producteurs et les usagers, intégrer une « monnaie interne » permettant de valoriser les dons et le bénévolat, et enfin se projeter vers l’international et en premier lieu sur tous les territoires du bassin euro-méditerranéen ayant repris la convention de Faro.

Ces workshops et ces ateliers seront réalisés grâce à la participation des communautés d’hospitalité et des partenaires. Sans eux personne ne saurait vraiment quelles fonctionnalités développer tout simplement car personne n’est omniscient.

La démarche consiste à systématiquement associer les parties prenantes en tant que partenaire, proposant à chacun de trouver un intérêt qui lui permettrait de développer son activité. Ainsi que ce soit des partenariats techniques ou financiers, que ce soit des indépendants ou des grandes entreprises, il est systématiquement proposé une association sur l’un des ateliers qui permettra d’apporter quelque chose au partenaire.

Travailler ensemble pour développer l’activité de chacun.

L’écriture de cette histoire n’est pas terminée. L’encrier reste ouvert et tout un chacun est libre de venir y tremper sa propre plume afin d’exprimer ses idées, mais le rédacteur a le devoir d’écrire au nom de l’intérêt général et des biens communs. Car c’est bien là le sens de cette histoire : travailler ensemble pour renforcer l’intérêt général et ainsi essayer d’améliorer la vie de toutes et de tous dans nos sociétés.

À vos plumes !

Clément Simonneau, agence de tourisme social Ekitour et co gérant de la coopérative H2H.

Texte écrit à l’occasion du débat d’orientation en l’assemblée générale ordinaire de l’association Ekitour, février 2016.

De l’intérêt d’EKITOUR à se lancer dans la création d’une « plateforme d’hospitalité coopérative »

Mercredi 10 février 2016 à 17h30 à Poitiers aura lieu l’Assemblée Générale d’Ekitour, sociétaire d’Hôtel du Nord, dont le débat sera consacré à l’Economie collaborative et coopérative ! (voir programme et inscription). L’occasion  d’échanger sur “l’intérêt d’EKITOUR à se lancer dans la création d’une plateforme d’hospitalité coopérative”.

? Est-on passé du tourisme pour tous au tourisme par tous ?

EKITOUR est née il y a plus de 40 ans avec pour objet l’organisation des activités de loisirs, de détente, de plein-air, de tourisme, de découverte, et aussi des manifestations culturelles, pour permettre à chacun de s’épanouir et de s’enrichir par la connaissance d’autres régions ou pays, d’autres hommes et d’autres cultures sans oublier l’action pour que le droit aux loisirs, aux vacances, au repos, à la culture, devienne une réalité pour tous.

Nous sommes aujourd’hui un acteur du tourisme social et solidaire qui compte en région en faisant partir près de 5000 personnes en vacances et en voyages dont une très grande partie ne pourrait pas le faire sans nos actions menées avec les comités d’entreprise et les organismes publics.

Depuis ses origines le tourisme social et solidaire s’est attaché à mettre en œuvre, à gérer, à développer des formes collectives de vacances et de voyages. Ce choix s’est fait à partir des conditions de vie et des formes d’organisation sociale, qu’elles soient politiques, syndicales, associatives ou même confessionnelles, vécues par le prolétariat dans notre pays en grande partie durant la période des « trente glorieuses ». Il a permis d’exercer le droit aux vacances et à la culture dans une richesse de formules inégalées et inégalables ; les auberges de jeunesse, les villages de vacances, les colonies de vacances, les voyages à l’étranger, les séjours linguistiques, etc. Jamais l’action pour une politique sociale du tourisme n’a été absente de ces processus de création d’activités d’intérêt général que cela soit par l’aide à la pierre ou l’aide à la personne.

EKITOUR, ses militants et ses activités ont été parties prenantes de cette histoire et ont suivi l’évolution sociale, économique et environnementale vécue par nos publics partants et non partants dans le cadre général du tourisme social et solidaire. Des vacances en camping à l’île d’Oléron, nous sommes allés en village vacances sur la Côte d’Azur ou en Andalousie, des voyages en car pour la coupe de France de football ou le son et lumière du Lude, nous avons pris l’avion pour les Baléares, le Maroc ou le Vietnam pour découvrir paysages, cultures et populations, du club de vacances sur les plages privatisées, nous avons bâti des voyages équitables et solidaires. Les conséquences de ces nouvelles pratiques sur l’environnement et les populations locales sont devenues de vraies problématiques pour le « touriste responsable » que nous voulons être et l’accès aux vacances pour tous s’est dégradé au fil des années.

Aujourd’hui, les cartes ont été rebattues avec l’entrée en scènes des plateformes C2C. Elles ont transformé, bousculé, remis en cause les pratiques des acteurs économiques et sociaux par l’outil Internet en nous faisant entrer dans une nouvelle façon de pratiquer nos relations entre le consommateur et le producteur, entre le propriétaire et l’usager, entre le salarié et le patron. Le développement exponentiel des plateformes de l’économie collaborative à haute valeur ajouté dans leur fonctionnalité, a frappé de plein fouet le secteur du tourisme. Elles sont présentes dans tous ses secteurs, aussi bien letransport (Bla Bla Car, Uber, Drivy, ), que l’hébergement (Airbnb, HomeAway, BedyCasa,Couchsurfing, Guest to Guest, Wimdu, …), la restauration (VoulezVousDinez, Co Lunching, …), lestours et les activités (RendezVousChezNous, Vayable, Global Greeter, Evaneos, …).

? Le tourisme collaboratif, menace ou opportunité pour le tourisme social et solidaire ?

  • Quelles sont les menaces ?

La principale est de laisser l’économie collaborative aux mains du capitalisme et ses fonds d’investissement, qui construisent des plateformes d’échange et de partage C2C gérant des communautés hors sol, recrutées par des campagnes de promotion Google et Facebook, complaisamment relayées par les média qui en font leurs choux gras. L’autre menace qui pèse, toujours et encore, c’est l’autisme face à la demande des populations pour accéder aux droits fondamentaux, dont le droit aux vacances, en développant des services ne répondant qu’à une frange de la population. Le tout est animé par l’espoir de fortes rentabilités financières grâce au grand potentiel disruptif de cette forme d’économie.

  • Quelles sont les opportunités ?

Tout d’abord, faire que ces plateformes collaboratives soient la propriété de ses utilisateurs et qu’elles puissent être intégrées à l’économie sociale et solidaire. Ensuite, s’appuyer sur des communautés plaçant l’humain au centre des échanges, ancrées dans les territoires et regroupant tous leurs acteurs ; habitants, artisans, commerçants, hébergeurs, artistes, guides, etc. Enfin, pouvoir créer des « places de marché » permettant de regrouper toutes les offres de ces communautés, facilitant leur accès et leur distribution marchande ou non marchande grâce à la puissance de l’outil Internet.

  • Quelle est la situation et sur quelle base construire une alternative ?

Le capitalisme a besoin de renouveler ses formes de domination économiques pour préserver ses profits, le tourisme est un des pilers de cette économie avec 12% du PIB mondiale et 1,2 milliard de touristes dans le monde. L’utilisation de son ordinateur, de sa tablette ou de son smartphone est devenue la pratique la plus partagée pour préparer ses vacances, ses déplacements, ses loisirs dans les pays developpés ; en tout cas pour ceux qui y accédent. L’économie collaborative est une solution possible pour répondre aux besoins des populations si elle est intégrée dans l’économie sociale et solidaire.

Le tourisme social et solidaire a tout à gagner à utiliser les outils Internet utilisés par l’économie collaborative lui permettant d’élargir ses champs des possibles mais il ne doit pas répondre à un marché de niche pour une clientèle au pouvoir d’achat confortable mais être au service de tous les plublics ; jeunes, familles, seniors, handicapés, y compris les non partants.

Il est nécessaire de développer des activités diversifiées et innovantes en concertation étroite avec les populations d’accueil sur les territoires dans le respect du développement durable, de la convention de Faro et basées sur l’offre et non sur la seule demande tout en s’appuyant sur les acteurs du tourisme social et solidaire que sont les associations, les coopératives, les comités d’entreprise, les collectivités territoriales et les organismes sociaux. Cela passe par un développement horizontal de ces activités (transport, hébergement, restauration, artisanat, culture, sport, bien être, etc…) dans lequel les communautés restent l’élément de base avec ses habitants, ses hôtes, ses activités, ses choix, ses données, sa gouvernance tout en étant propriétaire de l’outil technique.

En somme, cultiver son jardin en abattant les murs qui l’entoure.

# C’est l’ensemble de ces constats qui, depuis plus d’un an, a conduit EKITOUR à mener avecHÔTEL DU NORD et MINGA une réflexion pour la création d’une « Plateforme Coopérative d’Hospitalité » à l’échelle internationale dénommée pour le moment « H2H » : d’humain à humainS, d’histoire à histoireS, d’hôte à hôteS. #

? Pourquoi et comment se lancer dans la création d’une nouvelle plateforme coopérative à l’échelle internationale ? (1)

  • Qu’aurait-elle de si innovant qui vaudrait le coup de tenter l’aventure ? N’est-ce pas une fuite en avant dans l’individualisme mortifère doublée d’une fascination pour l’outil internet bien éloigné des fondements et des valeurs d’humanisme, d’émancipation, de solidarité, de démocratie, de sens du collectif propre au tourisme social et solidaire depuis sa création ?

Le positionnement de ces plateformes est toujours le même, un échange direct de personne à personne « C2C », l’accès à une offre à bas tarif comme argument central, un système de réputation des hôtes avec notation, avis, certification, etc., sans oublier un discours marketing centré sur la promesse d’une rencontre d’un «habitant».

Un tour des nombreuses plateformes internet “alternatives” aux leaders du marché que sont les Airbnb ou Abritel, permet de comprendre rapidement qu’elles cherchent essentiellement à se différencier en se spécialisant sur une typologie d’usagers comme les professionnels, les gay, les familles avec enfants, les riches, etc., et dans une moindre mesure sur un élargissement timide des services annexes proposés comme les bonnes adresses à proximité, les offres de formation ou de visites avec son hôte, etc.

In fine, la plus-value principale est celle de gagner de l’agent facilement pour l’hôte qui accueille (« changez de vie, gagner de l’argent en accueillant ») et du tarif le moins cher pour le voyageur (« deux fois moins cher qu’un hôtel »). Les services d’hébergement proposés via les plateformes C2C semblent les plus concurrentiels, comme sur les plateformes C2C positionnées sur le transport, les visites, la restauration à domicile, etc.

Ce tarif concurrentiel est obtenu par une mise en concurrence optimisée entre hôtes grâce à une individualisation des hôtes qui accentue la libre concurrence, une réduction à minima de leurs contributions de solidarité et de leurs droits ; une réduction à minima des droits communs (code du travail, etc.), des contributions sociales (fiscalité, cotisations sociales, etc.), des organisations collectives (syndicats, associations professionnelles, etc.) avec in fine une majorité d’hôtes sans statut ou en auto entrepreneur. Ensuite un élargissement exponentiel de l’offre grâce à la possibilité offerte à tous d’exercer sans être professionnel : il suffirait d’avoir un canapé pour héberger, une cuisine pour cuisiner, une voiture pour transporter, etc. Tout cela aboutit à une mise en concurrence optimisée grâce au web avec une comparaison instantanée et efficace des tarifs, de la localisation, de la réputation et de la prestation.

Seules les plateformes elles-mêmes s’excluent de cette mise en concurrence via l’acquisition d’une position de quasi-monopole pour imposer de fortes marges et susciter l’intérêt des fonds de pension, pouvoir exclure leurs membres indésirables qui critique la plateforme ou qui ont une mauvaise réputation par exemple, créer un rapport de force favorable avec les pouvoirs publics, optimiser leur fiscalité et faire évoluer les réglementations en leur faveur grâce au lobbying qu’ils ont les moyens de financer.

Cette logique rencontre ses propres limites avec aujourd’hui par exemple 20% des hébergements parisiens d’Airbnb qui sont l’offre de professionnels allant jusqu’à proposer une centaine d’appartements, voir des hôteliers comme en Suisse. Ces informations, non fournies par les plateformes, voir contredites, sont le fruit d’activistes de plus en plus nombreux à mettre en place des systèmes de vigilance et d’information vis à vis d’elles.

A Barcelone, où la nouvelle maire a fait campagne contre le tourisme de masse dans sa ville, celle-ci vient de lancer en décembre des procédures disciplinaires contre les deux plateformes les plus connues et les plus présentes, à savoir Airbnb et HomeAway, pour avoir proposé des «appartements touristiques non-inscrits » et «ne pas avoir répondu aux demandes de l’administration». Airbnb a déjà annoncé son intention de faire appel. Pour autant, Airbnb arrive à imposer ses choix en dépensant par exemple 8 millions de dollars l’année passée dans la seule ville de San Francisco pour faire échouer, avec succès, un référendum qui proposait aux habitants d’encadrer beaucoup plus strictement son activité face à l’augmentation des loyers et des expulsions qu’elle engendrait. Son ambition est de devenir le premier acteur mondial du tourisme dès 2017 et elle s’en donne les moyens.

Aux Etats Unis, où ces plateformes sont plus actives et implantées, le débat devient très vif. Les startups de la Silicon Valley sont appelées les “plateformes étoile de la mort” tant elles sont redoutables à tous les niveaux allant jusqu’à déclarer l’Etat hors-jeu car seul les usagers comptent et qu’aucun secteur économique ne sera épargné! « L’Alliance » face à la “sharing economy” s’organise avec fin 2015 un millier de personnes qui se sont réunies à New York pour lancer les bases d’une alternative crédible via les “cooperatives plateformes“.

Au niveau européen, le Comité Européen des Régions a remis à la Commission européenne et soumet à chaque Etat membre un rapport daté du 5 décembre 2015 sur « La dimension locale et régionale de l’économie du partage ». Ce rapport riche par son analyse du contexte, ses constats et ses propositions encourage notamment la Commission Européenne et les États membres à mettre en place des mesures incitatives en faveur de l’économie collaborative afin de soutenir et d’appliquer les principes de l’économie sociale, en particulier s’agissant des principes de solidarité, de démocratie et de participation, ainsi que de la coopération avec la communauté locale. L’Europe semble vouloir ne pas se laisser à nouveau prendre de vitesse par les géants du Web.

  • Suite à ces constats et dans ce contexte, est-il possible de développer une alternative coopérative crédible ? En quoi notre proposition H2H serait-elle différente et plus pertinente que les plateformes existantes ? Cela vaut-il la peine d’investir du temps et de l’argent dans une telle aventure ? Faut-il seulement mieux encadrer ces géants et faire avec ? Est-il possible d’exister économiquement face à la logique économique du bas prix imposée par ces plateformes ? Sommes-nous condamnés à une stratégie de niche ?

Face à cette redoutable logique économique et son efficacité avérée, nous avons décidé de faire de ce qui serait à priori nos faiblesses, nos points forts.

Là où elles mettent l’individu seul à seul, nous mettons le commun au pluriel et au centre de notre activité.

Nous sommes une offre d’hospitalités. Ce sont les «communautés patrimoniales» au sens de la « Convention de Faro » du Conseil de l’Europe, qui accueillent. Des communautés qui prennent soin des communs, d’elles-mêmes et des autres.

Nous ne proposons pas du C2C – consommateur à consommateur – mais du H2H – d’hôte à hôteS, d’humain à humainS, d’histoire à histoireS. Nous confirmons notre attachement aux droits de l’Homme comme à la Démocratie et l’Etat de droit ainsi qu’aux principes coopératifs. La déclaration de l’Alliance coopérative internationale reste notre référence économique et la Convention de Faro sur le droit au patrimoine culturel notre cadre européen.

  • Qui sont ces communautés au sein d’H2H?

Elles sont plurielles, petites et grandes, auto organisées et auto instituées, productrices d’intérêt général et composée d’hôtes. Ce sont aujourd’hui un réseau d’hôtels en milieu rural qui prennent soin de villages et de leurs communautés, une coopérative d’habitants hôtes qui défend son environnement patrimonial dans une métropole en mutation, un réseau d’auberges de jeunesse, une coopérative d’artisans soucieux du travail bien fait et de transmettre ses savoir-faire, une agence de voyage qui défend les «vacances pour tous» et un réseau national d’entrepreneurs «producteurs d’intérêt général». Sans parler des autres communautés en Europe, en méditerranée et depuis peu en Amérique qui nous suivent et nous rejoindront certainement si nous passons le cap national.

  • Pourquoi un passager (usager, voyageur, touriste, travailleur, étudiant, migrant) utiliserait-il cette plateforme? Sera-t-elle confidentielle et réservée aux seuls avertis ?

La plateforme que nous voulons mettre en place vise en premier lieu à offrir la même qualité d’usage que celles actuelles, voir meilleure comme le permet l’internet.

Nous proposons de passer d’un accueil « one to one » avec un hôte qui ne partage avec sa communauté que la même plateforme à un accueil par une « communauté » locale existant bien avant la plateforme et propriétaire de celle-ci.

La question de la «réputation» de l’hôte et ses logiques de «notation» de plus en plus détournées n’a plus lieu d’être comme celle d’un éventuel professionnel «déguisé» en hôte pour l’occasion. Celui qui accueille est un hôte partie prenante d’une communauté, qui reconnaît la qualité de son engagement et de son offre d’hospitalité. Cela n’empêchera pas de maintenir comme sur Hôtel du Nord le recueil et la publication de l’avis des passagers.

L’hôte, seul ou en groupe, a des intérêts en communs à partager avec ses passagers comme leur histoire commune, leurs savoirs et savoir-faire, etc. Dès 2016, Hôtel du Nord va mettre en place sur sa plateforme pilote une expérience de taguage de ces offres d’hospitalité et contenus culturels pour que, par exemple, une personne partageant notre intérêt pour l’histoire industrielle du nord de Marseille puisse identifier rapidement comment partager cet intérêt à travers la rencontre d’hôtes, de lieux, d’ouvrages, de produits, d’images, d’archives, de créations artistiques.

Certaines communautés d’hôtes portent une attention commune à des passagers particuliers comme des travailleurs en déplacement, des migrants, des étudiants, des familles, etc. et leur proposent des offres d’hospitalité spécifiques comme le fait déjà Hôtel du Nord en coopération avec l’Hôpital Nord (hébergement des proches de personnes hospitalisées), les entreprises et les randonneurs du GR2013.

La communauté est aussi l’occasion de bénéficier d’une offre plurielle d’hospitalité et de découverte des patrimoines en terme d’hébergement, de balades, de produits locaux et d’ouvrages comme c’est déjà le cas avec Hôtel du Nord mais qui via les fondateurs d’H2H s’élargit déjà aux savoir-faire (appris avec) et au partage des données culturelles.

Enfin, elles mettent en commun ce qui fait leur qualité de vie et leur cadre de vie que ce soit à travers le partage des «bonnes adresses» où via la communauté, des activités culturelles qu’elles recommandent ou des espaces qu’elles fréquentent.

En mettant le commun au centre du projet H2H, nous revenons sur ce qui fonde nos démarches respectives tout en se démarquant positivement pour nos passagers des offres classiques C2C. C’est le pari économique que nous voulons prendre en lançant H2H.

La lecture des médias montre aussi que pour certains le statut coopératif de par sa nature démocratique et non lucrative (rémunération modérée du capital) ne serait pas compatible avec le développement d’une plateforme C2C qui nécessite une levée importante de fonds financiers. C’est d’abord faire peu de cas des « géants coopératifs » présents dans tous les secteurs économiques et qui ont été mis en avant lors de l’année internationale des coopératives. C’est aussi oublier la plasticité des principes coopératifs qui leurs ont permis, sans cesse, d’adapter ce statut aux défis sociaux comme les coopératives de pécheurs ou celles d’activité et d’emploi.

Le paradoxe nous semble davantage du côté des plateformes C2C qui pensent pouvoir dans la durée conjuguer collaboration et individualisme, partage et refus des communs, hospitalité et surveillance, réciprocité et concurrence en étant à la fois producteur et consommateur.

Après avoir lancé un premier prototype de plateforme à Marseille en 2010 avec hoteldunord.coop, avoir contribué à l’émergence d’un deuxième prototype avec l’application « hidden city » à Pilsen en 2015, nous lançons notre troisième prototype cette année avec la version Poitou Charentes d’HôtelduNord.coop et nous avons créé le 12 janvier 2016 la structure coopérative qui portera H2H. Notre objectif est de lancer la plateforme coopérative nationale en 2017 et celle internationale en 2018.

(1) Ce chapitre 3 est tiré de l’article de Prosper Wanner, gérant d’Hôtel du Nord, paru le 7/01/2016 dans le blog de la coopérative. Qu’il en soit remercié.

Ekinews, le 23/01/2016, Daniel Lodenet, président d’Ekitour