LA PISTE ANIMALE #9 : 3,2, 1 FEUTREZ !

Le 14 juin on se retrouvait au Parc de la Jougarelle à la Castellane pour apprendre avec le collectif SAFI le feutrage de la laine brute, se raconter des histoires de laine et de tapis kabyles, se souvenir du filage et préparer ensemble la transhumance de septembre.

C’était aussi les 100 ans Pierre, l’occasion de se rappeler ce qui est important et de chanter le piste animale!

Découvrez en story!

https://www.instagram.com/reel/DLZcPO-tePy/?igsh=MXBqZndlbHI4dzk4MQ%3D%3D

LA PISTE ANIMALE #7 : Les oiseaux d’à côté

LE SLAM DE COCO LE JACO

Cocorico, chante le coq en français

Moi c’est Coco!

Enfin c’est comme cela qu’un voisin de mon arbre fétiche m’appelle.

Lui , c’est Willy. Il aime bien siffler, 

Et j’ai l’impression qu’il essaye de communiquer avec moi, qu’il me hèle.

Avec mes autres compères à plumes, aussi.

Je suis un Gris du Gabon,

Tel est mon nom.

Cockadoodledoo, coqueliine en anglais

Il y a 3 printemps, j’ai pris mes ailes à mon plastron,

J’ai quitté ce drôle de nid que mes propriétaires humains m’avaient proposé.

Ils étaient attentionnés et je ne manquais pas de quoi me sustenter,

J’avais même le droit à de la mangue séchée, 

Et autres denrées, que dans mon Gabon d’origine, je trouverai à satiété, 

Si je ne me trouvais pas à Séon.

Depuis l’automne dernier, je suis parti vers d’autres cieux, 

Pour poursuivre de mon vol battu, ma liberté retrouvée.

Kikiriki, coquerique  en Espagne

Je viens d’Aubagne où des « Ornityophyles » m’ont donnée la becquée

De cette cage ferrée, profitant d’un moment d’inattention, je me suis volatilisé.

Surpris entre terre et mer, j’ai d’abord pris position, non loin de mon décollage,

Dans ce mont plat, qu’ici bas on nomme Mourepiane.

Et c’est là que j’ai entendu la première fois des sifflements étranges.

Alors que j’imitais les chats voisins, 

Et des nourrissons assez bruyants je dois l’avouer.

Des mélodies me parlent et atteignent mon instinct,

Soit disant trop domestiqué pour être activé.

Ghoughoulighoughou, perce les premiers rayons chez les perses

En tout cas, j‘ai retrouvé cette « Aire » durant deux printemps et étés,

Au sommet d’arbres haut perchés, 

A distance de ces félins embourgeoisés de leur vivant, 

Que j’ai profondément dérangé, voire agacé.

Kukuliku, résonne l’aube danoise

Mais la solitude m’a vite gagnée, 

Moi qui apprécie être courtisan d’une partenaire aimée, 

En compagnie d’autres congénères ailés, 

Me blottir, me nourrir, m’associer

Tissant une bulle sociale, acquise et innée.

Depuis l’automne dernier, je suis parti vers d’autres cieux, 

Poursuivre de mon vol battu, ma liberté retrouvée, et être « heureux ».

Ko-ke-kok-ko, réveille le soleil japonais

Ne me demandez pas comment, mais je le sais, ,

Que des pisteurs se levaient tôt, 

Enthousiasmés et inspirés par mon épopée, 

Pour ouïr et voir des spécimens d’oiseaux.

De Minerve à Pelouque, 

D’observation à l’écoute,

Un décor à portée de vue qui brille

Un trésor de chants et de trilles 

Cocorico ! 

Partitions ornithologiques : Pinsons des arbres – Guillaume Hermenn – Atelier Médicis.

On est entré dans le monde des oiseaux grâce à notre guide Espoir et tous les bruits alentours n’ont pas empêché la grande poésie de ce moment. On était une grappe d’humains à l’affût d’un monde que les promeneurs de chiens et travailleurs du matin ne soupçonnaient même pas. Mal réveillés mais passionnés, buvant les paroles d’Espoir.

Depuis, le monde a changé, je ne regarde plus les tourterelles de la même manière..Je n’imaginais pas toute la richesse de cet univers. 

Un grand merci à Espoir qui nous a ouvert ces portes. On recommence quand ?

J’ai noté les espèces rencontrées :

– Fauvette espé (ça veut dire de cette espèce).

Il y a plusieurs espèces de fauvettes. Elles sont dans les buissons et ont plusieurs chants.

La fauvette à tête noire : chant long répétitif (avec un bruit de papier alu froissé) .

La fauvette mélano céphalé + œil maquillé orange.

– Moineau Domestique

– Goélan Lecofé

– Rouge-queue Noir

– Rouge-gorge Familier : chant flûté, cristallin, mélodieux comme une conversation

– Tourterelle Turque (celle que l’on voit chez nous : gris clair) 

– Tourterelle des bois (écaillée et migratrice)

– 2 sortes de Pigeons : Bizet (plutôt au sol), et Ramier (+ gros) avec un trait blanc. Aurions-nous là l’origine du Chemin de Bizet?

– Serin cini chant cyclique, un peu comme une chaîne rouillée.

– Il y a 4 types de mésange : charbonnière qu’on a entendu (3 chants différents tchoupi tchoupi…), bleue, et même 7 espèces d’après le guide que j’ai trouvé…

– Roitelet Huppé dans les conifères

– Le Rossignol Phylomel

– La chaleur, le vent et les humains chassent les oiseaux

– On a aussi appris que vers Niolon un aigle de Boneli niche

Espoir capte la Mésange Charbonnière. Titit Tut

Le Roitelet Huppé sautille dans le cèdre. 

Fruit de notre récolte sonore et visuelle – Espoir Bouvier

Agnès respire la Fauvette à tête noire.

La Mésange bleue au bout de son nez.

LA PISTE ANIMALE DES ENFANTS : Bestiaire des quartiers nord #2

Les ateliers « Bestiaire des quartiers nord » proposent aux enfants (petits et grands) de mener l’enquête sur la présence plus ou moins visible des animaux près de chez eux. Ces rendez-vous, animés par Chloé Mazzani, Jeanne Alcaraz, Willy Le Corre et Julie de Muer, sont l’occasion d’explorer la ville, de partager des connaissances et d’élaborer collectivement des formes (chansons, histoires, dessins, enregistrements) qui seront restituées lors de la « Grande Transhumance » le samedi 20 septembre.

Le 2e et le 3e épisode des ateliers à la bibliothèque ont permis de mener à bien l’enquête sur le loup de Saint-André et d’affirmer : il y a bel et bien des fauves qui habitent le quartier !

Cette fois-ci, Marie, Elsa et Elisabeth sont venues prêter main forte à Chloé et Jeanne pour faire face à la meute de chats-loups-garous-mi-lapins-mi-guépards. Ces spécimens hybrides, parfois inquiétants mais souvent rigolos, se sont matérialisés après avoir été invoqués à force de chants, de chorégraphies d’essaim d’abeilles et d’histoires sur les grands fauves. La transformation s’est définitivement opérée lorsque chaque enfant a eu choisi son animal totem du jour.



Recette pour faire apparaître son animal totem :

Choisir le 1e animal qui nous vient en tête
lorsqu’on se regarde dans la glace le matin.
Ajouter une couleur qu’on porte sur ses vêtements.
Et finir par son humeur de l’instant.

Fourmi-Violette-Râleuse, Baleine-Jaune-Contente, Eléphant-Noir-Cruel, Chat-Bleu-Enervé..

On s’est mis d’accord sur le fait qu’on avait envie que les animaux soient plus présents dans notre quotidien. Qu’il y ait des animaux dans la rue, dans notre salle de classe, dans notre chambre pour s’amuser, ou encore dans notre lit pour nous protéger des mauvais rêves.



Ces animaux rêvés sont bien souvent hybrides, mélange d’espèces -comme le Sinchapin issu du croisement du singe, du chaton et du lapin-, voire créatures siamoises -comme « Marie Pierre », dont la moitié du corps est guépard, et l’autre moitié renard.

Pour donner de la matérialité à ces histoires, nous avons fait le portrait de toute cette faune.

Le lapin-vampire a rapidement fait des petits.

La baleine-cyclope a mobilisé beaucoup d’efforts et de pots de peinture.

Nous avons à présent tout une ménagerie, prête à être lâchée dans les rues de Saint-André ! Mais..comment faire pour être sûre que la cohabitation se passe bien ? Il y a beaucoup de voitures, le Sinchapin ne risque t-il pas de se faire écraser ? Et si le lapin-vampire faisait des bêtises et mordait quelqu’un pour son petit-déjeuner ?
On se souvient alors qu’en meute, en troupeau, en banc on est plus fort et que le mieux à faire serait de réunir tous nos animaux sous la protection de deux grands fauves !

C’est la symbiose.

Mais on ne va pas s’arrêter là ! Maintenant que notre Super Animal Totem est prêt, on part en expédition pour le remettre en liberté dans le quartier.

L’art du camouflage n’est pas réservé aux caméléons.

Nous partons (discrètement) en mission en direction du « petit terrain », qui abrite depuis les premiers pas du Caminando en 2023 les élans de vitalité et de folie des habitant.e.s

Face à un si beau mur, comment résister à l’envie d’encoller…Marie prend les rênes et nous enseigne, du haut de son expérience de colleuse d’affiches, la meilleure technique : celle qui consiste à plonger les mains dans le saut !

La jungle urbaine est devenue réalité.

Quand vous passerez à Saint-André, ouvrez l’oeil et tentez d’apercevoir les grands fauves qui se tapissent.
Ahooooooooooou !

LA PISTE ANIMALE#5 : du chemin des lycéens au chemin des gammares…

Une balade dans laquelle les yeux de deux photographes semblent nous pister. Parfois au cœur de l’échange, parfois en lisière, ils portent attention à leur vision périphérique, jouent avec les distances, font corps avec la petite meute ou s’éloignent en solitaires, faisant apparaitre les autres corps qui traversent, évitent, passent, vivent ici.

L’un est plutôt loup, l’autre est plutôt chat. Pourrait-on reconnaitre le regard d’elle, l’attention de lui ? Elle s’appelle Evangeline, il s’appelle Franck. Pour ce récit ce sont leurs images qui seront la trace de notre nouvelle recherche du petit Chemin des Bestiaux.

PARTIE 1 : Le centenaire, le chien et l’enfant

Il était une fois un paysage. Ce paysage n’était pas ce ceux qu’on voudrait croire immortel. Depuis sa naissance il s’était tant et tant transformé que parfois il devait rappeler qu’il était toujours là, toujours vivant, toujours avec nous, fais de nous et dans nous. Ainsi le « nous » essayait de se rappeler, ce n’était pas facile. 

Ce jour-là nous avons réussi, un peu, grâce à l’alliance que le paysage avait passé avec le centenaire, les enfants et le chien.

Le centenaire et la mémoire

Pierre tient son chemin, celui des bestiaux, celui des hommes qui conduisent à l’abattoir. « Gorge Cœur Ventre », il nous invite à plonger dans le regard de la mise à mort industrielle puis nous lit presqu’en sautillant la fable « Le cochon, la chèvre et le mouton ».

Evangeline le chat parfois se faufile entre les humains pour les observer de près, Franck le loup regarde autour. A notre tour de pister leurs photos !

Zoom sur un extrait du film Gorge Cœur v-Ventre de Maud Alpi

Une Chèvre, un Mouton, avec un Cochon gras,
Montés sur même char s’en allaient à la foire :
Leur divertissement ne les y portait pas ;
On s’en allait les vendre, à ce que dit l’histoire : 
Le Charton n’avait pas dessein
De les mener voir Tabarin
Dom Pourceau criait en chemin
Comme s’il avait eu cent Bouchers à ses trousses.
C’était une clameur à rendre les gens sourds
Les autres animaux, créatures plus douces,
Bonnes gens, s’étonnaient qu’il criât au secours ; 
Ils ne voyaient nul mal à craindre.

Le Charton dit au Porc : Qu’as-tu tant à te plaindre ?
Tu nous étourdis tous, que ne te tiens-tu coi ?
Ces deux personnes-ci plus honnêtes que toi,
Devraient t’apprendre à vivre, ou du moins à te taire.
Regarde ce Mouton ; a-t-il dit un seul mot ?
Il est sage. Il est un sot,
Repartit le Cochon : s’il savait son affaire,
Il crierait comme moi, du haut de son gosier, 
Et cette autre personne honnête 
Crierait tout du haut de sa tête.

Ils pensent qu’on les veut seulement décharger,
La Chèvre de son lait, le Mouton de sa laine.
Je ne sais pas s’ils ont raison ;
Mais quant à moi qui ne suis bon
Qu’à manger, ma mort est certaine.
Adieu mon toit et ma maison.
Dom Pourceau raisonnait en subtil personnage :
Mais que lui servait-il ? Quand le mal est certain,
La plainte ni la peur ne changent le destin ;
Et le moins prévoyant est toujours le plus sage.

A la fable, Danièle répond par le chant et la ballade popularisée par Joan Baez « Donna Donna », dont beaucoup d’entre nous découvrent la signification. Et une fois encore, nous chantons avec le paysage…

Dans un wagon rempli pour le marché,
Il y a un veau avec un œil morne.
Au-dessus de lui, une hirondelle
Bat des ailes rapidement dans le ciel.

Comment les vents rient-ils ?
Ils rient de toutes leurs forces !
Rire et rire toute la journée,
Et la moitié des nuits d’été.

Donna, Donna, Donna, Donna
Donna, Donna, Donna, Don
Donna, Donna, Donna, Donna
Donna, Donna, Donna, Don

« Arrêtez de vous plaindre », dit le fermier.

« Qui vous a dit d’être veau ?
Pourquoi n’avez-vous pas d’ailes pour voler avec ?
Comme l’hirondelle si libre et fière ? »

Comment les vents rient-ils,
Ils rient de toutes leurs forces !
Rire et rire toute la journée,
Et la moitié des nuits d’été.

Donna, Donna, Donna, Donna
Donna, Donna, Donna, Don
Donna, Donna, Donna, Donna
Donna, Donna, Donna, Don

Les veaux sont facilement attachés et abattus,
Ne sachant jamais pour quelle raison.
Mais celui qui chérit la liberté,

Comme l’hirondelle a appris à voler.

Comment les vents rient-ils ?
Ils rient de toutes leurs forces !
Rire et rire toute la journée,
Et la moitié des nuits d’été.

L’enfant et le jeu

Thais et Hiacinte volent autour de nous à la manière des hirondelles. Soudain ils deviennent chevaux, araignée, tous les animaux à la fois. Ils sont vivants et évoquent dans leurs jeux libres et aventureux nos conversations sur les relations, entre apprivoisement, domestication, ensauvagement… Et leurs corps mettent en mouvement le paysage, rendent intéressant une barrière, passionnant un muret, apprenant un escalier. 

Evangeline attrape quelques moments au vol !

Luna et Tania

La Tania et la Luna. Tout de suite ça sonne !

Evangeline a fait leur portrait et c’est Franck qui a pisté leur relation. Dans cette relation, on est parfois ensemble, à deux ou en collectif, on se touche, on cohabite serré, et d’autres fois on prend le large. Luna la chienne laisse alors Tania à ses conversations humaines et rejoint le paysage des enfants. Elle aussi révèle sa vitalité et une manière d’habiter en activant les espaces et le mobilier urbain.

PARTIE 2 : L’autre chemin des bestiaux

Maintenant que nous sommes un peu plus un « nous », on part en direction du petit chemin des bestiaux en explorant les traverses de Saint-Louis. Chacun observe à sa façon, on s’imbrique enfants, chien, oiseaux, habitants d’ici ou de plus loin. À partir de là nos photos se mélangent, celles d’Évangéline et Franck mais quelques-unes aussi de Julie qui complètent le parcours.

Le chemin des bestiaux de Pierre, c’était aussi l’idée d’un « chemin de conscience ». Il a été emprunté pour les manifestations contre l’incinérateur qui devait être installé au bord du ruisseau des Aygalades, a été le support des nombreuses chansons qui racontent les quartiers nord et que Pierre aime à nous partager.

Le «chemin des lycéens » que nous empruntons semble alors étrangement en résonance, et les luttes d’aujourd’hui émergent au fil du chemin. Gaza, luttes féministes, défense du quartier, on longe aussi l’usine d’où est partie la fuite au chrome 6 qui a pollué l’ensemble de la nappe phréatique, le ruisseau et ainsi les animaux qui y vivent ou les humains qui auraient par exemple jardiné avec l’eau de leur puits. On ruisselle alors vers des histoires géologiques, on passe les barrières pour plonger dans le tuf…

Alors que la pluie nous rattrape, on se transforme en essaim sous le porche d’un immeuble, gentiment accueillis pas les petits joueurs de foot.

Pierre nous partage un dernier texte témoin des solidarités auxquelles il nous invite et c’est en partageant l’imaginaire des gammares, crevettes du fleuve côtier et nom du joyeux collectif qui s’est mobilisé pour en prendre soin, que la divagation sur le chemin des bestiaux se conclue.

Photos Evangeline Allize, Franck Pourcel et Julie de Muer

LA PISTE ANIMALE DES ENFANTS : Bestiaire des Quartiers Nord #1

Les ateliers « Bestiaire des quartiers nord » proposent aux enfants (petits et grands) de mener l’enquête sur la présence plus ou moins visible des animaux près de chez eux. Ces rendez-vous, animés par Chloé Mazzani, Jeanne Alcaraz, Willy Le Corre et Julie de Muer, sont l’occasion d’explorer la ville, de partager des connaissances et d’élaborer collectivement des formes (chansons, histoires, dessins, enregistrements) qui seront restituées lors de la « Grande Transhumance » le samedi 20 septembre.

Date des prochains ateliers :
à la bibliothèque de Saint-André
mercredi 21 et samedi 24 mai
14h30-16h30

au parc de la Jougarelle
mercredi 7, 14 & 28 mai
mercredi 11 juin
14h-16h

Atelier #1
mercredi 23 avril 2025 à la bibliothèque de Saint André

Ouf ! Il fait beau ! On va pouvoir mettre le nez dehors sans risquer de s’enrhumer.

Aujourd’hui, Chloé, Jeanne et Elodie comptent les minots venus participer à l’atelier dans la cour de la bibliothèque : il y en a bien 25. Il faut dire que le centre aéré est venu en force.

Afin de faire connaissance et de commencer à former notre troupeau, on nomme notre animal préféré et on imite son cri, sa manière de se tenir, de bouger. Les cris de panthères commencent à résonner dans la cour, tandis que des cobras sillonnent le sol. Les quelques timides du groupe haussent les sourcils : est-ce un zoo ou bien un cirque ?

Chloé propose un jeu :
Que chacun choisisse son animal totem. Puis une qualité -ou un défaut- qui le représente le mieux. On assemble les deux et voilà, on obtient son nom indien !

Tous les enfants ont disparu, à la place se tiennent Tigre Indécis, Cobra Puissant, Rossignol Nerveux, Girafe Maigre, Ours Fatigué, Otarie Joyeuse, Chat Rigolo…
Est-ce une nichée, un ban, un essaim ?

Non ! C’est une meute ! Une meute de loups, que guide Jeanne au rythme de la bourrée :

Je mène les loups, mène les loups laissez donc faire
Je mène les loups, mène les loups loin de chez vous

Je n’irai pas au bord de la rivière
Je n’irai pas si mon amant n’y est pas
Je n’irai pas au bord de la rivière
Je n’irai pas si mon amant n’y est pas

Je mène les loups, mène les loups laissez donc faire

Il y aurait donc des loups à Saint-André ? Pas facile de les repérer puisqu’ils ne sortent que la nuit. Le plus simple est peut-être d’aller chercher des indices là où ils sortent pour boire ou se nourrir.
Mais qu’est-ce que ça mange un loup ? Des moutons ! Zut, le troupeau n’est pas repassé depuis la transhumance de septembre dernier.. Heureusement il y a des poules ! Juste derrière la bibliothèque !

Elodie nous conduit jusqu’à une maison qui se trouve dans la rue derrière l’église : dans le jardin, une bonne quinzaine de poules de toutes les couleurs. Les propriétaires sont très gentils et ouvre à la meute hirsute qui gratte à son portail.

A-t-on déjà vu un loup dans le poulailler ?

Non jamais.

Un renard alors ?

Même pas. Les seuls qui cause du tord aux poulettes ce sont..les rats !

Nous voilà reparti.e.s « Ahoooooooou » à la recherche du Loup de Saint-André. En chemin Cobra Puissant nous avoue qu’il a peur des loups…

Il y a t-il des créatures cachées dans les buissons ? Nous voilà au parc Emmanuel Vitria : on cherche la petite bête sur les figuiers, entre les feuilles, dans l’herbe fraîchement tondue.

Un débat s’installe à propos de la « cabane perchée » : est-ce qu’il s’agit d’un abris pour les pigeons ou bien pour les abeilles ? Chacun y va de sa théorie. Marie-Agnès nous souffle que c’est bien un pigeonnier. « La ville de Marseille récupère les fientes et fertilise les plates bandes alors ? Mais c’est formidable » s’exclame Chloé. Il semblerait qu’en réalité le but de ce Bed and Breakfast ait pour objectif de distribuer de la nourriture contenant des produits contraceptifs, afin de limiter la reproduction des volatiles.Les services municipaux ne sont donc pas aussi à la page des gestes de cohabitation humains-animaux qu’on l’espérait.

Nous continuons notre déambulation dans les rues du quartier, telle une meute de jeunes loups.

En passant devant un portail, nos effluves de bêtes des bois déchaîne l’ire de trois chiens féroces.

Au croisement de la traverse Rey et de la rue Régine Crespin, un autre spectacle nous attend : le domptage des fauves ! A l’aide de sa pâtée et de ses croquettes, Mme Mamie a su apprivoiser les chats sauvages du quartier. Elle connaît leurs noms, leurs histoires et s’occupe d’eux plusieurs fois par jour.

Après le spectacle, la dompteuse prononce un discours salutaire sur la prévention de la maltraitance des animaux.

La meute retourne à la bibliothèque en chantant « Je mène les loups ».

Pour finir, nous retraçons notre aventure sur une carte de Saint-André : les rues et les bâtiments sont dessinés mais où sont les animaux ?
En quelques coups de crayons, nous rajoutons tout ce qui manque sur la carte.

Lors de la prochaine séance, nous continuerons à nous raconter des histoires d’animaux des villes et d’animaux des champs (des chants), et nous les peindrons grandeur nature (et même au delà).

LA PISTE ANIMALE #4: la balade de la 2ème chance…

  

BALADE DE LA DEUXIÈME CHANCE 
Lorsqu’à la recherche de la piste animale
Nos pas nous emmenèrent là où l’on perdait tout espoir
Quelle ironie du sort que ce funeste lieu fatal 
Permette aujourd’hui aux jeunes à nouveau d’y croire.


Nous qui sommes passés par là
Évoquant la vache jolie et le mouton innocent 
Offrant son corps au sacrifice halal
Nous avons tous ensemble remonté le temps.


Puis nous sommes repartis en chantant
Le puissant hymne de la transhumance 
Sur le chemin des bestiaux, en bêlant
Évoquant la vie, ses combats ses errances.


Plein d’espoir des paroles du centenaire 
Qui a vu son combat tel Don Quichotte
Sous la trace de nos milles pattes débonnaires 
Renaître au nord accueillant, des hôtels de nos potes.


L’aventure ce jour-là sur une ronde s’est arrêtée
Sur l’évocation de l’amour innocent de Gabrielle 
Nous promettant les mains jointes de nous retrouver 
Pour poursuivre bientôt l’aventure de plus belle. 

C’est Marc qui fait ainsi rimer notre première balade d’exploration à la recherche du Chemin des Bestiaux. Ce petit chemin-là, il reliait la gare des Aygalades d’où arrivaient les bêtes, aux Abattoirs de Saint-Louis.  

On est dans la seconde moitié du 19ème siècle et dans la première partie du 20ème.  Le canal a contribué à modifier la présence animale. Les vaches sont plus nombreuses avec les prairies irriguées, on a des étables qui apparaissent un peu partout en ville pour faciliter l’accès au lait. Les ovins ne circulent plus par les seuls chemins de transhumance, le train et les bateaux organisent d’autres trajectoires.  

Et la consommation de viande augmente, à la fois par le changement des régimes alimentaires et aussi par l’expansion démographique. 

L’exploitation animale commence à s’organiser de manière plus industrielle. Les abattoirs vont ainsi entraîner une présence animale très forte, à la fois visible par les troupeaux qui passent et repassent, mais aussi plus invisible en mettant la mise à mort à distance derrière les murs et en générant toute une série d’usages dérivés de la ressource animale (graisses animales, os…). 

Le chemin des bestiaux témoigne de cette mise à distance, quand les animaux deviennent une marchandise qu’on transporte en grand nombre d’une infrastructure à une autre, du train de la nouvelle voie de chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée à cette sorte d’usine que sont les grands abattoirs de Saint-Louis.

Mais le chemin des bestiaux c’est aujourd’hui aussi le chemin de Pierre. Un chemin de mémoire des circulations animales, mais aussi des luttes sociales et écologiques.

Pierre va avoir 100 ans. Il a dessiné, écrit et proposé de prendre soin de ce chemin auprès de la ville de Marseille et de son « budget participatif ». Ce petit dossier « fait main », il nous l’a aussi envoyé et on a tout de suite eu envie d’aller marcher avec lui !

Alors aujourd’hui rendez-vous est donné dans la partie des abattoirs qui est devenue l’école de la 2èmechance.

Nous sommes accueillis par Lila Somé qui dirige cette aventure pédagogique hors norme. Comme son nom l’indique, le principe de l’établissement est d’accueillir à tout moment des jeunes dont le parcours scolaire a déraillé et de les aider à retrouver un chemin de formation. 

La réhabilitation des bâtiments est assez impressionnante, l’équipement bien outillé et le lieu dégage une ambiance bon enfant et apaisée. Nadia nous confie qu’à son sens la beauté du site agit sur la motivation des jeunes qui se sentent soutenus et reconnus aussi par la qualité du lieu. C’est un retournement assez étonnant de l’histoire, qu’un lieu d’exploitation d’animaux vivants deviennent un lieu de réparation des jeunes humains que parfois on animalise…

L’histoire des abattoirs c’est aussi une histoire sociale et culturelle, qui raconte la société de l’époque en pleine modernisation.

Julie rappelle alors le contexte de la construction des abattoirs de Saint-Louis. Elle et Agnès ont eu la chance d’échanger à ce propos avec Rémi Grisal, un jeune chercheur qui fait sa thèse d’histoire sur les pratiques agricoles avant la construction du canal de Marseille. Il a donc beaucoup enquêté par exemple sur les droits de pâturages qui organisaient très largement les usages de la propriété et les frontières communales.

Il leur a aussi montré un tableau d’Emile Loubon qu’on peut voir au Musée des Beaux-arts à Marseille. Il est très connu mais selon Rémi on l’a longtemps interprété « à l’envers ».

Julie se lance dans l’explication du dessous des cartes de ce tableau. En gros le travail de Rémi montre comment ce tableau n’est pas un simple témoignage d’époque, qui montrerait le vestige d’une campagne agricole bientôt industrialisée, mais plus une construction volontaire pour faire advenir un projet municipal, porteur de l’élan industriel des notables de l’époque, et qui nécessite une recomposition du territoire marseillais : la création d’un marché aux bestiaux à Marseille ! 

On apprend ainsi que Emile Loubon, alors directeur des Beaux-arts et que l’on considère généralement comme la tête de file des paysagistes provençaux, peint ce tableau en même temps que se conçoivent et se créent les grands abattoirs. 

A la fin de la première partie du 19ème siècle, les troupeaux ne dépendent plus que de l’arrière-pays et des chemins de transhumance. Le train, le port portent de nouvelles circulations, de nouveaux marchés, de nouveaux enjeux industriels. Il faut pour la bourgeoisie marseillaise ramener la vente des bestiaux à Marseille, quand alors elle se situe toujours à Aix, qui se trouve sur les anciens chemins. C’est ainsi que les abattoirs seront inaugurés en 1853 tout comme l’exposition du tableau, qui selon l’enquête de Rémi « met en scène lestransformations urbaines et paysagères en train de se faire, projetant celles qui restent à̀ venir et contribuant à̀ leur avènement. »

Un peu comme les panneaux qui ont mis ou mettent en scène les futurs-anciens projets urbains dans ce qui reste des abattoirs J?!

Le projet de Grande Mosquée dans la partie toujours en friche des abattoirs

L’histoire croisée des bestiaux et de la mosquée nous rappelle aussi l’émergence avec l’abattoir de carrés destinés aux premiers bouchers maghrébins et à ce qui deviendra la filière halal. 

On avait l’année dernière pu recueillir le témoignage du descendant de la famille Azzoug. Il nous avait raconté à la fois la saga familiale et l’évolution du halal comme marché économique.

Bachir Azzoug, son père, est arrivé en France en 1942. Il travailla comme beaucoup de ses compatriotes algériens aux tuileries. Les kabyles des tuileries vivaient alors pour beaucoup d’entre eux dans le bidonville de la Lorette, à Saint-André. C’est là qu’il eut l’idée de faire commerce de viande dans le bidonville, et qu’une première boucherie avec des animaux mis à mort avec une forme de ritualisation s’est organisée. Il eut ensuite une première boutique à Saint-André en 1966, la nécessité d’intégrer les abattoirs et la structuration de la filière halal dans les années 90.  Il crée en 1987 une ferme aux Pennes-Mirabeau dédiée à commercialiser des agneaux, initialement toute l’année, et aujourd’hui seulement pour l’Aïd. Les bêtes sont alors tuées par les acheteurs qui respectent quelques principes. https://www.lafermeazzoug.fr/comment-sacrifier-son-agneau/

Cette histoire familiale et locale raconte bien les évolutions du fonctionnement des abattoirs sur la seconde moitié du 20ème siècle, et aussi les débats sur ce qu’est le halal. Là, on a pas mal débattu des manières de pratiquer la mise à mort de l’animal avec tous ces petits mystères sur lesquels on a facilement des opinions différentes (la viande est meilleure ? Le bien-être animal, oui non peut-être ?…) , mais aussi de la structuration d’une filière récente qui accompagne à partir des années 60 l’apparition du « consommateur musulman ».

Les changements du régime alimentaire dans les pays d’accueil (on se met à manger de la viande quasi tous les jours), le besoin de mieux identifier « ce qu’on a dans son assiette » (quand au pays tout s’organisait de manière artisanale) et les enjeux économiques liés à cette demande communautaire vont ainsi concorder avec le développement industriel de l’abattage.

En lisant après la balade les recherches de terrain de l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler, qui est allée depuis les années 90 observer les pratiques d’abattage halal dans les abattoirs en France, et en continuant les conversations avec celles et ceux de notre groupe qui ont grandi dans leur famille musulmane dans ces années-là, on comprend que le halal s’est constitué véritablement comme rituel religieux en même temps que la réglementation. 

On pourrait parler d’un rituel industriel, lié à l’évolution sanitaire (besoin par exemple de quelqu’un habilité à être sacrificateur, rôle qui va devenir « labelisé » par les autorités religieuses, ce qui n’était pas le cas à l’émergence de la filière « artisanale » comme nous le confirme Mlouka, « dans les années 90 mon père il le faisait ») et au développement d’un marché de consommateurs.

Et au fil du temps ce marché concerne l’ensemble des objets et des pratiques de consommation, bien au-delà de la viande.

Au final, ce qu’on en retient c’est que halal ou pas halal, la question aujourd’hui c’est aussi qui a les sous pour acheter de la viande de qualité. Le marché halal a démarré pour la consommation d’une population pauvre. La demande s’est diversifiée, des filières bio halal s’organisent, et la famille Azzoug a compris ça puisque la vente ici se concentre sur les agneaux de l’Aïd mais le gros du marché du fils de Bachir, c’est la vente de viande française « de qualité » dans les pays du Maghreb pour des gens qui ont les moyens. Et côté abattage, lui comme la chercheuse disent la même chose, c’est kif kif et ça suit les règles de l’abattage industriel.

Notes dessinées de Mathilde

Toutes ces conversations donnent alors envie à Pierre de nous partager un premier de ses textes où il raconte une conversation avec une vache. Pierre écrit, tout le temps et partout semble-t-il. Il adore écrire pour les causes, pour partager des idées, des colères aussi. On verra plus tard que sur le chemin des bestiaux, son truc à Pierre c’était d’écrire des chants collectifs pour les manifs !

La promenade dans l’école de la 2ème chance va nous montrer l’enchevêtrement entre les anciens pavillons et le bâtiment moderne. Quelques images des travaux sont éloquentes.

C’est dans ces méli-mélo de strates et d’usages qu’on se propose d’écouter Elodie. Elle a amené un texte écrit par Sara Vidal et Nora Mekmouche qui a collecté énormément de mémoires dans les quartiers avec sa super collection Mots é-crits.

Sara a vécu un temps dans les anciens abattoirs à la période où ils ont été occupés par des artistes des arts de la rue, jusqu’à la création de la cité des arts de la rue actuelle. Les abattoirs artistiques d’alors n’ont pas grand-chose à voir avec ce qu’est aujourd’hui l’institution culturelle implantée aux Aygalades.

Et le texte, foisonnant de vie, raconte merveilleusement ces relations qui se tissent avec les animaux et autour des animaux. On y lit des anecdotes qui mettent en scène parfois des personnages animaux qui ont compté dans la vie du lieu mais aussi les périodes de l’aïd pour lesquelles les moutons vont être de retour de nombreuses années, ou encore l’expérience d’un « volailler » devenu une vraie ménagerie urbaine dont les habitants espéraient que la ville la pérenniserait en ménagerie pédagogique !  

Sur le chemin on découvrira aussi le très tentant O2sens, restaurant pédagogique de l’école de la 2èmechance (on peut venir y déjeuner les mardis, mercredis et jeudis).

Puis dans l’ambiance encore en friche du reste du site, se finira la balade, qui permettra de resituer les abattoirs et le trajet des bestiaux dans un paysage plus vaste dans lequel on aperçoit Campagne-Lévèque et les vestiges d’une branche du canal de Marseille.

Photos de Stéphane

Et c’est de nouveau en écoutant Pierre détourner la Marseillaise puis par une grande ronde improvisée que se boucle la première exploration à la recherche du petit chemin des bestiaux !

LA PISTE ANIMALE #3 : petites équipes agiles, grand groupe partageur, solos furtifs…

Enquêter à partir d’une attention aux animaux nous donne envie de tester plusieurs manières de se balader. C’est quoi les termes pour nommer des déplacements collectifs d’animaux ?

Pour les balades humaines, c’est vrai que le mot troupeau est le plus récurrent. Et il fait débat car parfois il nous évoque plus un rapport d’autorité contraint que la vitalité d’un troupeau de chevaux sauvages.

Alors on a trouvé Bande ! Mais d’autres fois on peut se penser un peu horde, et même banc ou nuée.

Tourner ensemble!

Le troupeau est étymologiquement lié au mouvement, « bouger, tourner ensemble », et cela répond avant tout au besoin fondamental de se protéger des prédateurs, ce qui n’est pas le même imaginaire qu’un groupe qui répond à un chef…

Nous découvrons ainsi qu’il existe un nombre assez surprenant de termes pour désigner les groupes d’animaux, souvent en déplacement mais pas que. Alors plutôt que de les citer tous, si on s’amusait à raconter nos petites enquêtes en diversifiant nos vocabulaires ?

La nuée de poulets et le troupeau de poules

Et oui, pour les poules aussi on parle de troupeau. Avant d’aller rejoindre notre premier poulailler du côté de l’Estaque, on se retrouve à quelques-unes à la Castellane. Et la balade commence finalement par… une nuée de poulets… 

On peut bien parler de nuée pour une envolée collective de poules, puisqu’avant d’être oiseau domestique, c’est bien un oiseau sauvage, qu’on retrouve aujourd’hui uniquement en Asie par exemple sous le nom de Coq doré. Sa domestication fut tardive et absolument pas liée à l’alimentation. Parure, combat, la poule d’alors ne pond que 5 à 20 œufs par an et relève plus de l’animal sacré que de la vie paysanne ordinaire.

Les poules des Riaux n’ont pas oublié qu’elles étaient des oiseaux…

Mais à la Castellane, où par ailleurs on découvre des coqs et des poules qui semblent vivre en liberté dans la cité (à suivre dans un prochain épisode…), c’est une autre espèce qui nous passe autour en mode nuée. 

Mais au fait pourquoi appelle-t-on les policiers des poulets ??

Eh bien si l’histoire de l’arrivée du coq en France est bien une histoire marseillaise, on vous la racontera plus tard, les poulets de l’ordre sont une histoire parisienne, le 36 quai des Orfèvres étant installé sur un ancien marché aux volailles…

La journée se poursuivra par la rencontre avec le poulailler de Farid, à l’Estaque Riaux.

Ce poulailler est intrigant car il se trouve dans la pente, entre deux rues, difficile à dire si c’est chez quelqu’un ou si c’est un usage plus collectif d’un bord de route.  On y trouve, en plus des poules, des arbres caractéristiques de jardins du Maghreb comme les figuiers, les néfliers et les dattiers et notre chère canne de Provence que les poules semblent affectionner pour en faire leur nid. Ce qu’on perçoit ici c’est une histoire de voisinage ouvrier, de mémoires méditerranéennes et d’entraide (on apprendra que le poulailler a été créé par le père de Farid, qui a sans doute été un personnage fédérateur dans le quartier très soudé des Riaux). Mais aussi de difficultés pour s’entendre sur des règles de cohabitation.

L’existence du poulailler sur la voie publique, ses usages qui semblent avoir été plus collectifs par le passé qu’aujourd’hui montrent qu’il n’est pas si facile de se mettre d’accord pour prendre soin d’animaux qui ne sont pas perçus comme des animaux de compagnie, qui peuvent sembler bruyants ou pas si bienvenus que ça en ville… 

Et il ne s’agit pas non plus d’animaux sans propriétaires qui parfois donnent lieu à des organisations autogérées comme par exemple pour les « chats libres » (entre maisons à chats, stérilisation, accompagnement… ). On décide donc de poursuivre l’enquête en allant découvrir une autre histoire de poulailler en lisière d’espaces publics au Plan d’Aou. On a entendu dire que régulièrement les habitants s’y retrouvaient pour amener leurs déchets alimentaires et partager les œufs…

Le murmure de Willy et des étourneaux en bande organisée

Il y a toute une collection de mots pour les groupes d’oiseaux, mais sans doute que le plus joli et qui colle bien à l’enquête pour l’instant plus solitaire de Willy est le « murmure ».

Bon, en fait il semble qu’on dit plutôt « murmuration » et qu’en français le terme serait agrégation. Mais pour celui qui s’intéresse au chant des oiseaux, la danse qui murmure est bien inspirante. On découvre alors une autre histoire de son qui impacte directement les étourneaux à Marseille, l’effarouchement acoustique. Car si les poules sèment parfois la discorde entre voisins, les étourneaux font parti des espèces que craignent les urbains. 

Les villes qui sont sur le passage des voies naturelles de migration tentent d’ajuster la co-habitation. Sur le site internet de la ville de Marseille on peut ainsi lire qu’il y a une division Animal en ville qui intervient quand ils nous embêtent trop !

« Les mouvements migratoires des étourneaux ont lieu en septembre-novembre et en février-avril. Ces oiseaux au plumage sombre sont totalement inoffensifs, ils peuvent parfois impressionner les habitants.

A la tombée de la nuit, ils se regroupent, en bande, sous de grands arbres feuillus. Selon les ornithologues, ces oiseaux sont à la recherche d’un endroit calme et serein, pour passer leurs nuits. Inquiets pour leur sécurité, ils piaillent à chaque bruit qui retentit. Comme à l’intérieur d’un cocon, ils se nichent dans ces arbres « dortoirs » jusqu’au petit matin, à la chaleur des lumières urbaines et à l’abri des prédateurs de la campagne. Mais plus que leur regroupement massif et leurs cris insolents, ce sont bien leurs déjections qui mettent les Marseillais dans tous leurs états. Omnivores et particulièrement voraces, ils peuvent chaque hiver faire des dégâts assez considérables avec leurs excréments très salissants et corrosifs sur les jardins d’enfants, les voitures, balcons, stores, terrasses, cours d’école… […]

L’effarouchement acoustique reproduit des cris d’oiseaux leur faisant croire qu’ils ne sont pas en lieu sûr. Ils mémoriseront cet endroit et, par crainte, ne reviendront plus. Et si cela ne suffit pas, aux grands maux les grands remèdes : ils s’armeront de tirs de pétards stridents (fusées détonantes et crépitantes). » Site internet ville de Marseille.

Willy, lui, a choisi un autre chemin pour entrer en cohabitation, il s’est mis en tête de nous apprendre à murmurer avec l’étourneau, ou au moins de mieux entendre son chant.

Pour cela il nous fait découvrir le travail d’un artiste, Guillaume Hermen, qui en alliant partition graphique et écoute amène à « comprendre », à visualiser son chant qui devient « entendable ». C’est le début d’une piste assez expérimentale qui nous amènera sans doute dans les prochains mois à aller écouter, enregistrer et aussi chanter, avec nos oreilles un peu transformées…

Des chèvres qui hésitent entre la troupe férale et l’élevage phénicien

Des panneaux mettent en garde les automobilistes sur la présence de chèvres errantes.

La piste ouverte à propos des chèvres de l’A55 nous fait apparaitre l’idée de la « troupe ». Elles apparaissent un coup par ici, un coup par là, comme par un tour de magie ou par des numéros acrobatiques dont les agrès seraient la ville qui déborde sur la colline. 

Un troupeau-troupe, un peu circacien, un peu forain, un peu punk face au troupeau bien élevé de leurs consœurs du Rove.

La team chèvres est donc partie dans la colline tout d’abord à la rencontre de quelqu’un qui s’y connait mieux que nous, la chevrière qui actuellement s’occupe du troupeau historique de la famille Gouiran (dont le premier troupeau date du 15ème siècle…). 

Le troupeau de la famille Gouiran, un dialogue entre cornes et pylônes

La saga de cet élevage est longue, mais on peut déjà se rappeler que ces chèvres auraient été introduites par les grecs ou les phéniciens, qu’elles ont failli disparaitre à l’après-guerre de par le surpâturage et leur faible rendement en lait, et que c’est la mobilisation d’une poignée d’éleveurs, avec en première ligne André Gouiran qui a changé la donne et permis la conservation de l’espèce. La lutte s’est poursuivie sur le terrain fromager autour de la création d’un AOP pour la Brousse du Rove. La chèvre du Rove est également maintenant reconnue pour ses qualités de débrousailleuse et est devenue une actrice à part entière des plans de gestion contre les incendies… Rien que ça !

On apprend aussi qu’elle fait totalement partie des pratiques de transhumance, en assurant traditionnellement un grand soutien au berger pendant l’itinérance des troupeaux de moutons (elle peut guider les troupeaux, elle donne du lait aux agneaux et de la viande au berger…). Bref un animal de nos collines qui a tout pour inspirer nos imaginaires en manque de sobriété écologique… 

Mais la chevrière relativise. Bien pour l’incendie certes, mais les troupeaux gardés empêchent aussi le reboisement. On voit bien la différence de couverture arbustive entre les deux versants nous fait-elle remarquer : celui où le troupeau pâture est nu quand l’autre est boisé. Bon, dans les années 1900 il y avait 4000 têtes pour 900 habitants au Rove, aujourd’hui un seul troupeau de 330 têtes pâture environ 1000 hectares…

Et les chèvres sauvages alors ? Comment s’en sortent-elles sans berger, sans éleveurs motivés ? Nous ne sommes pas là pour prendre partie mais pour comprendre un peu mieux comment les troupeaux habitent la colline.

Et les discussions ont beaucoup tourné autour de l’eau. Bah oui, on parle toujours de ce que mangent les chèvres (la garrigue, les arbustes, les broussailles et aussi nos jardins…) mais ce qu’elles boivent est aussi fondamental pour la production de lait des unes, et la survie des autres. Les chèvres du Rove sont une espèce très résistante à la pauvreté des sols et à la sècheresse, mais la chevrière propose l’hypothèse que la chèvre « sauvage » n’ayant pas de lait capté par l’humain serait encore plus résistante au manque d’eau. Des chèvres du Rove qui s’égarent peuvent s’ensauvager très rapidement, et vivre sans problème des mois seules dans la colline. 

La troupe des chèvres « de l’autoroute » est une race alpine, avec des cornes en arrière et un trait sur le dos. L’origine en serait un troupeau échappé d’une ferme il y a 40 ans…

À la question de savoir « pourquoi l’autoroute », l’eau serait de nouveau un élément de réponse. L’infrastructure en bouleversant les pentes naturelles et par imperméabilisation des sols capte les ruissellements. En plus les terres de remblais sont favorables aux plantes pionnières, ce qui finalement fabrique des super spots de pâturage pour des chèvres pas trop regardantes sur les pollutions…

Ce cabri peut avoir 3 destins : devenir une chèvre laitière, de la viande pour la consommation de la ferme, partir chez l’engraisseur. La viande est exportée vers l’Italie ou le Maroc, et on se demande pourquoi il y a si peu de consommation en France. Mais il est possible de commander de la viande de cabri à la boucherie.

Commencer à parler des animaux des collines, c’est ouvrir aussi le sujet de la chasse ! Nous allons prochainement discuter avec des chasseurs du massif mais la chevrière nous témoigne déjà que les chasseurs à la fois entretiennent, apportent de l’eau qui bénéficie au troupeau mais n’apprécient guère que les chèvres fassent fuir les proies. Encore une histoire de co-habitation à creuser…

Et on finit par une séance de partage à la bibliothèque, où de belles plumes se révèlent : 

Je suis le cheval des quartiers nord 
Celui à qui l’on avait réservé tout un secteur des abattoirs et même un pont pour passer de vie à trépas. Rien ne m a été épargné, ni ma chair qu’on donnait aux enfants pour les rendre fort s( comme un cheval ) ni ma sueur car j étais dur à la tâche. 
Partout dans les usines des quartiers nord et sur le port j’étais l’ouvrier corvéable à loisirs et ne demandait qu’un peu d’eau et d’avoine . 
J’étais là pour aider lorsqu’on déménageait du centre-ville ou des squats vers les nouvelles cité-jardins du nord. 

On m’aimait aussi, j’accompagnais les mariés au parc et à la mairie dans de superbes calèches , je faisais la joie des enfants dans les manèges , je participais aussi tout paré d or et de fleurs aux processions à la vierge au milieu de la foule des croyants. 
Et suprême honneur mon pédigrée et ma race de provençal est reconnue au défilé des gardians sur le vieux port devant le maire. 

Je suis le cheval des quartiers Nord celui qui est et a toujours été là ; je suis l ami des gens des quartiers populaires humbles et besogneux comme moi. 

Marc témoigne de cette présence urbaine et ancestrale du cheval, puis Pierre, à la fois nouvelle recrue et doyen de notre groupe explorateur, nous impressionne avec un texte sur le goéland, lui aussi dans la checklist de la division Animal en ville de la mairie …

Pierre deviendra d’ailleurs à la fois notre berger et notre animal totem pour la séance suivante, à la recherche de l’ancien petit chemin des bestiaux…