WALKING IN THE RAIN

Les aventures des Journées Européennes du Patrimoine sous la pluie

Cette carte du quartier a été distribuée pour la marche des JEP. Elle est accessible auprès de la bibliothèque de Saint -André, de la coopérative Hôtel du Nord et de l’association Momkin

C’était écrit noir sur blanc : “Samedi 16 septembre 2023 : pluie 80%”

Quelle nouvelle réjouissante pour la végétation, assoiffée par un mois d’août brûlant !
Les marcheur.euse.s que nous sommes se sont senties prises d’un élan de joie à l’annonce de toute cette eau, d’une envie de danser sous la pluie…depuis notre canapé.
Pourtant il en faut pour nous décontenancer à Hôtel du Nord !
Mais qui dit averse dit aversion à l’idée d’envoyer un groupe à l’aventure par monts et par vaux, avec pour tout guide une carte en papier (non imperméable!).
A peine avions- nous mis au point un plan de repli, une autre date fin octobre, somme toute plus pratique pour la plupart d’entre nous etc.. qu’Emmanuelle, de sa voix assurée de maîtresse d’école patentée, a déclaré :

“Cette balade je la ferai, même si je dois la faire toute seule !”

Emmanuelle, la veille de la balade

Il faut dire que cela faisait plusieurs mois qu’Emmanuelle et Agnès, les maîtresses de CP-CE1 de l’école Saint- André Barnier et leurs élèves planchent dur sur ce projet de fabriquer un jeu de piste patrimonial reliant les 3 écoles du quartiers, et par là- même le “haut” (la Castellane) et le “bas” (le noyau villageois).

La motivation étant chose contagieuse, nous sommes une bonne quarantaine au départ dans le parc de la Jougarelle, samedi 16 septembre à 10h, muni.e.s de parapluies colorés et prêt.e.s à partir explorer le quartier, carte au trésor en main.

Il y a des grands, désireux de découvrir ce quartier qu’ils ne connaissent pas ou alors qu’ils n’ont vraiment pas l’habitude d’arpenter à pied. Il y a aussi des plus petits : Hyacinthe, déjà rompu à l’expérience de cette chasse au trésor dont il avait été l’enfant-test quelques jours auparavant, et toute une bande joyeuse, élèves de l’école (ou apparentés) qu’Emmanuelle est parvenue à tirer du lit.

Profitant d’un rayon de soleil, apparu au moment du dévoilement de la carte au trésor, nous formons des petits groupes d’exploration : un premier groupe part à la recherche de l’indice n°1 : “le champ de palmier”, tandis que les prochains restent pour apprendre une chanson .

Une fois l’indice trouvé, il suffit de retourner la carte pour accéder à des explications, poétiques, techniques ou historiques, qui décrivent l’endroit. Ces quelques lignes ont été écrites en croisant les expériences de celles qui ont accompagné les enfants dans cette aventure, sur ce territoire qu’elles connaissent chacune à leur manière, de par leur pratique : Elsa et Francesca, de l’association Momkin et 3.2.1, par leur présence hebdomadaire lors des “ateliers buissonniers” à la Jougarelle, Emmanuelle, enseignante engagée auprès de ses élèves et habitante de Saint- André, et Chloé, Julie, Samanta et Agnès, membres de la coopérative Hôtel du Nord qui ont pris l’habitude de marcher sur les traces des anciens chemins à l’affût des indices.


Mais ce ne sont pas les seules à avoir des choses à dire, et les participant.e.s de ce jeu de piste ont chacun.e.s de l’expérience à revendre concernant le fonctionnement du Port Autonome qu’on aperçoit au loin, le désamiantage de l’école du haut, les “concombres d’âne” explosifs, l’ancien réseau de canaux (avec ses martellières et ses Aiguadiers) qui permettait que poussent les fleurs et les légumes là où aujourd’hui fleurissent les immeubles…

Le château de Gabrielle de Castellane enfin retrouvé, dans la
cour de l’école du haut !

Chaque petit groupe mène la balade à sa guise, au grès des personnes qui le composent. Certain.e.s ont ainsi droit à des surprises, comme la visite impromptue d’une belle maison par sa propriétaire, témoin de l’histoire agricole du quartier dont on s’efforce de débusquer les traces.

Au- dessus de la porte d’entrée, la vigne qui entoure les initiales des premiers habitants rappelle la tradition de la rocaille marseillaise et des cultures qui fleurissaient sur les bancaus de Saint- André

De son côté Emmanuelle est intarissable de détails et d’anecdotes, sa tablette à la main elle montre aux membres de son groupe de nombreux documents et archives qui racontent la richesse de l’histoire du quartier.

Alors qu’on se croyait tiré d’affaires, le ciel s’assombrit et la pluie se rappelle à nous. Les parapluies cessent d’être des bâtons de marche et reprennent leur place au -dessus de nos têtes.

On commence à être bien mouillé et quelques un.e.s font défection, alors ceux qui restent se serrent les coudes et les petits groupes finissent par se rejoindre afin de se donner du courage!

Même si aux yeux d’Arlette cette averse n’est tout juste bonne qu’à arroser les plantes bandes (sous entendu, il en faudra d’autres avant de réellement hydrater les sols), celle-ci suffit quand même à noyer la chaussée et à faire réapparaître le tracé du cours d’eau du Pradel ! Alors que celui-ci a été recouvert par la construction du boulevard Henri Barnier, il prend aujourd’hui sa revanche et nous rappelle que le chemin de l’eau ne peut réellement être contraint.

La marche continue le long de la Traverse de la Barre, où autrefois se croisaient les charrettes, cahotant entre les champs et les fermes qui étaient alors si nombreuses.
Sur ce chemin les éléments de la vie et les évolutions du quartier sautent aux yeux : cité de la Bricarde d’un côté, ancienne bastide de l’autre, murs en tuiles et en briques issues des tuileries, avec au débouché la Nouvelle Lorette.
Les bras croisés derrière une Glissière en Béton Armé qui sépare la résidence de la route, un monsieur regarde passer ces gens qui défilent, le poil humide et une carte détrempée à la main. Il est né dans le bidonville de la Lorette et connaît par cœur l’histoire du relogement, qui est avant tout la sienne et celle de sa famille, ainsi que celle des tuileries, du remblais de Foresta, de Grand Littoral. Nous lui taillons un brin de cosette, mais à peine les premiers l’ont-ils laisser souffler qu’un nouveau groupe arrive et relance la conversation.

La pluie semble derrière nous, nous pouvons nous lancer à la découverte de la friche où se trouvent les ruines de l’ancien gymnase du collège Henri Barnier, victime d’un glissement de terrain comme d’autres géants aux pieds d’argile avant lui.
Les semelles s’augmentent de couches de boue, les poches et les bouches se teintent du violet des mûres fraiches.

On vous avait promis l’aventure au coin de la rue ! On ne vous a pas menti.

L’heure du pique nique approche, les ventres crient famine. Chacun cherche un endroit où s’installer malgré le sol détrempé. On tend des bâches, on déplie des nattes en plastique immédiatement piétinées par des chaussures pleines de boue… pas facile de se mettre au sec. Heureusement Julie distribue allégrement des tartines de pesto de plantes qu’elle a cueillies et préparées la veille.

Au moment où on croyait être à l’abri..BADABOUM ! Les nuages éclatent à nouveau et la pluie ruisselle sur les pique niques..
Malgré l’averse personne ne bouge, le réflexe est plutôt de se serrer les un.e.s les autres et de chanter !

Nous sommes des enfants des quartiers nord
Et à pied ça fait loin jusqu’au vieux port
Il y avait des vaches et des cochons
À l’endroit où se trouvent nos maisons
Pierrette partait avec son bidon d’lait
Dans une ferme tout près de la forêt
Adieu vaches et cochons, ferme et forêts
Pierrette achèt’ son lait au supermarché

Sifflotée par plusieurs d’entre nous pendant la marche, la Chanson de Mehdi est entamée collectivement, à l’initiative de Jeanne. Ces paroles, écrites en 1982 par la classe de Daniel Beaume, professeur au collège Albert Camus dans le 14e, font toujours mouche et semblent avoir été écrites pour illustrer notre marche du jour.
Elle était un des hymnes de la Marche pour l’égalité partie de Marseille en 1983, dont le 40naire est fêté cette année. Les paroles résonnent encore aujourd’hui, signe que l’histoire tourne en rond ? Ou peut- être preuve que c’est en marchant qu’on avance, droit devant ou en pas de côté.

Le soleil finit par poindre et les sourires qui n’avaient jamais disparu continuent de resplendir.
On sort de la forêt pour rejoindre “la ville”. Avec sa pente herbue et ses sapins, la colline de Grand Littoral prend des airs de station de ski en été. Les enfants dévalent la piste rouge à toutes jambes.

Le ciel bleu revenu, les vaillant.e.s explorateur.ices achèvent de relier le haut du quartier à Saint-André village. L’arrivée est à la bibliothèque, qui a accueilli au printemps les ateliers buissonniers qui ont permis de rassembler tant de monde pour décorer les rues et préparer la Fête de la musique. Il se trouve que cette bibliothèque est .. une ancienne école ! Le chemin des écoliers est donc bien arrivé à bon port.

Cette marche, proposée à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine, a permis de présenter le travail réalisé par le Mille Pattes des enfants de Saint-André Barnier pendant l’année 2023. Ces explorations et les créations qui en ont découlé sont rattachées au projet “Caminando Saint André”, porté par Hôtel du Nord, les associations Momkin, 3.2.1, Trait d’Union, l’Atelier sous le Platane, la bibliothèque de Saint-André et de nombreux autres complices.

La suite de ces aventures est pour bientôt .. 😉

La Balade Harmonique : récit du 2 mai 2021

Après bien des turbulences, la date du 2 mai 2021 finit par arriver et la Balade Harmonique, tant de fois annulée, remaniée, transformée, eu lieu !

Dominique Poulain, la photographe officielle de la coopérative, en a fait une photonovella à même de raconter cette épopée

Tout commence par la photo du bicentenaire

Un siècle nous sépare…

Départ de l’Harmonie de l’Estaque

Arrivée sur le Pont de Bovis et discours du maire du pont

L’histoire du pont et des habitant.e.s des deux rives par Daniele et Agnès

Et puis on chante “Ederlezi” pour souhaiter la bienvenue à Lazlo, le bébé né l’année dernière à la toute fin du confinement

Expérimentations autour du mobilier urbain par Aldo

Pendant que Chloé et Antoine font le mur

On longe le chemin du Balicot et les containers stockés les uns sur les autres

Jean, M’louka et Christine racontent l’histoire de l’invention des containers comme moyen de transport international et efficace des marchandises ainsi que sur les transformations industrialo-portuaires qu’ils génèrent

Sous le pont, on chante en harmonie

Vers Saint-Henri

Notre groupe nombreux et musical ne manque pas d’attirer l’attention des voisin.es

Arrivée place Raphel

Plus d’une histoire à raconter à propos de cette place, et de la mystérieuse ressemblance entre l’Harmonie de la Sainte Cécile et le cinéma l’Alhambra

L’interprétation magistrale du poète Saint Pol Roux par Loïc

Puis la Fanfare des familles nous conduit jusqu’à l’Orphéon, le local où se sont retrouvées les toutes premières chorales ouvrières au début du XIXe

L’histoire des sociétés musicales nous est contée par Jean-Pierre Daniel et Gérard Leidet, questionnés par Danièle et Mathilde

Pendant ce temps, Willy et les choristes se préparent à entamer Indian Red

Par le chant interprété collectivement et sans interruption tout le temps de la montée vers la Montjarde, le groupe se transforme en orchestre..

L’arrivée à la Montjarde

Le Vacarme Orchestra donne le rythme et représente le centre ville, à travers les initiatives qui associent musique et cohésion du territoire

On souffle un peu dans le petit théâtre de Verdure.

Tchatchade avec Jean Marie, Bernard Jeunet et Michel Teule à propos de la Montjarde, bastide, usine et lieu d’habitat collectif

Grand8 en pleine impro libre sous les arbres

Miramar, c’est par ici !

Le Grand final : Bienvenue à Miramar

Les choristes entraîné.es par Willy entament des chants de carnaval

Des visiteurs venus de Foresta

Moment de lyrisme avec Marie

Puis on se déchaîne avec le tube du moment “Danser encore” de HK

Tout finit toujours par un pique nique

Derrière les arbres, le containers voisins, dont la prolifération menace le terrain de Miramar. Qu’importe, les habitant.es, les voisin.es, les ami.es sont là pour protéger ce poumon vert des quartiers nord

La Balade Harmonique (ce qui se cache derrière les coulisses)

Deux ans, deux reports et trois confinements.
C’est bien le temps qu’il faut pour tracer un chemin.
Deux ans, c’est bien peu de temps pour relier des communautés.
Et pour jouer de la musique, combien en faut-il d’années ?
Deux ans pour imaginer collectivement une balade, non pas pour chercher à devenir musicien.nes mais pour l’être dès qu’on prend part à l’élan collectif.

Etape 1 : au commencement, le bicentenaire de l’Harmonie de l’Estaque

En 2020, l’Harmonie de l’Estaque a soufflé sa deux centième bougie. Sise à proximité de la gare de l’Estaque, ce lieu raconte l’histoire de la sociabilité ouvrière, des rapports complexes avec les patrons (qui le fondèrent et le financèrent avant que des groupes de travailleurs, souvent lié aux mouvements communistes très actifs dans les quartiers , ne le prennent en main) , et témoigne du dynamisme artistique de ce territoire.
Toujours active mais un peu lasse de ses habitudes, l’Harmonie a trouvé grâce à la nomination de son actuel président, Henri Gil, un nouveau souffle. Le bicentenaire est alors devenu l’horizon et le cadre d’un vaste désir de maillage et de coopération avec de nombreuses associations, les écoles, les artistes voisins. De nouveaux usages sont naturellement apparus dans cet élan (ateliers de chants populaires, de danses trad ont commencé à animer les locaux régulièrement, à venir la reprise avec la Fanfare des familles d’un orchestre ouvert à tous.tes…).

De là est née l’envie de fêter dignement cet anniversaire, par une grande balade qui mettrait en perspective histoire tuilière et musique. La thématique tuilière faisant le lien avec le parc urbain de Foresta, l’idée d’une marche autour de l’Harmonie a pris des proportions inhabituelles : faire une traversée, de l’Estaque à Foresta, sans jauge limitée côté public. Une balade qui aurait lieu une seule fois et qui occuperait une journée complète.
Des musicien.nes habitant.es ont été sollicité.es pour ponctuer le passage des baladeur.euses. Pour faciliter l’autonomie au sein d’un groupe très large, on a imaginé un carnet de bord contenant des informations multiples ainsi que des incitations à découvrir par soi-même en portant son attention sur tel ou tel détail discret. 

Prévue pour le 2 mai 2020, la matinée devait permettre de rejoindre l’école primaire de Saint-Henri où les élèves, très impliqués dans l’étude de l’histoire tuilière, auraient présenté avec leurs camarades de l’Estaque-Gare le fruit de leurs recherches. On aurait ensuite rejoint Foresta en ligne droite. Là, la balade se serait terminée par une grande fête, « la fête du marquis de Foresta », version moderne et carnavalesque. Cette jonction aurait été l’occasion d’une fête de quartier, impliquant l’équipe de Foresta, les enfants qui gravitent autour du centre équestre, des groupes de musique et de danse et tout le public volontaire. Cette balade était donc vraiment placée sous le signe du ralliement, et du mélange des genres voire de l’inversion des rôles… 

Reportée du fait du confinement#1, la balade harmonique a été reprogrammée en mai 2021, toujours dans le même esprit de rassemblement et de mouvement collectif.

Etape 2 : de la persévérance en temps de confinement

Le confinement de mars-mai 2020 a complètement bouleversé le programme de balades et d’explorations de la coopérative. Toutefois, dès le mois de juin, une série de « balades des confinés » voit le jour : les coopérateur.ices créent une forme de balade inédite, destinée à partager leur propre expérience du confinement. Au cœur de cette reprise intense, on parle aussi du report de la balade harmonique et des moyens de la transformer pour qu’elle intègre les changements récemment vécus.
Le 6 août 2020, Julie De Muer envoie un mail collectif pour informer des décisions prises lors de la réunion du 22 juin à propos du report de la balade harmonique.

<Julie Demuer>  jeu. 6 août 2020 08:58

Bonjour à tous.tes,

J’ai tellement pris de retard sur pas mal d’aventures à relancer après le confinement que je ne trouve que maintenant le temps de raconter ce qu’on s’est dit lors de nos retrouvailles autour de la Balade harmonique.

Ceux qui étaient là:  Julie, Danièle, Dominique, Jean, Jean-Marie, Henri, Mathilde

CONTEXTE POST CONFINEMENT

• L’Harmonie décide d’étendre le bicentenaire à 2021.

Dans l’état d’esprit, les présents à la réunion étaient tous d’accord qu’il ne s’agissait pas tant de reporter ce qui aurait du avoir lieu le 3 mai mais de le transformer en en reprenant bien sur les ingrédients mais en s’autorisant à modifier les contenus et la manière de faire.

• Concrètement nous sommes arrivés à un scénario qui proposerait de prendre comme socle et horizon la grande balade (qui pourrait avoir lieu début mai 2021), mais qui se déclinerait en 3 balades publiques intermédiaires, correspondant aux 3 séquences qui existaient déjà dans notre premier version, et qui correspondent aussi à un ensemble d’acteurs, d’habitants, à une sensibilité, une couleur.

• Pendant le confinement, des relations se sont tissés dans des micro-voisinages. 

Hôtel du Nord en a proposé en juin des mises en forme collective au travers de 7 “balades des confinés », portées par des voisins à partir de leur vécus.

L’une d’entre elle est issue de ce qui s’est passé sur le pont de l’Estaque entre les voisins de l’Harmonie et ceux de Bovis, et a finalement repris en partie cette intention de la grande balade autour de la liaison entre le bas et le haut.

Elle s’est déroulée le 28 juin (très très bien) et amène une nouvelle énergie pour la balade Harmonique en construction.

Il semble aussi que du côté de St Henri les enseignants ont repris la thématique tuilière pour élaborer un projet pédagogique pour l’an prochain. Si c’est bien le cas (Amandine n’était pas à la réunion, on s’en est parlé rapidement en se croisant) il y a la encore sans doute un niveau de « tricotage » qui pourra se faire entre balades qui relient et actions de la communauté active localement.

Seulement voilà : dès novembre advint le confinement#2, lequel emporta notre programmation de balades intermédiaires, du fait de l’interdiction de manifestation publique ainsi que de la démobilisation qui touchait les personnes investies dans le projet de la célébration du bicentenaire.
Cependant, la balade continuait de faire son chemin dans nos esprits et au fil des rencontres, elle continuait à prendre forme.
Nous avons ainsi gagné de nouveaux complices notamment le collectif de musiciens et danseurs improvisateurs du Grand 8, qui suite au confinement s’est découvert un vrai goût pour le plein air et qui s’associe du coup aux expériences de balades. Le 24 octobre 2020, à l’occasion de la balade du Sens de la Pente#1 (qui échappait de justesse au reconfinement), le collectif accompagnait ainsi l’exploration du massif de la Nerthe proposée par Hôtel du Nord, la Déviation et Thalassanté dans le cadre de l’événement Non Site/On site.

Les échanges et les rencontres (notamment avec Laura Spica du Vacarme Orchestra, Olivier Bost du Grand8/Fanfare des familles, Manu Théron et Claude Freyssinet de la FAMDT) ont fait se recentrer la thématique de la balade sur la musique populaire et ses modes de transmission. Aux vues des difficultés à travailler avec les écoles dans le contexte sanitaire, certains aspects initialement prévus ont été mis en suspens au profit d’une forme musicale et participative. L’idée étant que cette balade soit un concert ambulatoire de l’Estaque à Foresta et que le groupe de marcheur.euses se transforme au fil des rencontres musicales en un orchestre total au sein duquel chacun.e aura un rôle rythmique et mélodique. A Foresta, la journée pourrait alors se prolonger par des ateliers de musique et de danse et se terminerait par une représentation collective, où les frontières entre spectateurs et artistes seront brouillées.

Ces multiples reprogrammations et annulations, transformations au grès des rencontres, exercices de souplesse pour tenter de s’adapter aux multiples et changeantes directives gouvernementales étaient à la fois porteuses de créativité et d’affinage de la proposition, mais également facteurs d’essoufflement. Au début de l’année 2021, la question devint dès lors de savoir si la dimension collective était toujours présente et si suffisamment de personnes étaient prêtes à s’impliquer une nouvelle fois. Le 8 mars, une date est alors fixée pour la « réunion de la dernière chance ».
Il en ressortit que nous étions nombreux.ses à être prêt.es à se faire confiance et à s’engager collectivement dans la réalisation d’une Balade Harmonique prévue pour le 2 mai, et ce malgré les incertitudes.

Etape 3 : être en harmonie, déf : capacité à marcher ensemble

<Mazzani Chloe>  mar. 9 mars 18:27

Hello,

Afin de raccrocher les absents et de remettre en commun ce que nous avons partagé lundi autour de la table, voici un petit récap de la balade harmonique telle qu’elle se dessine à l’heure actuelle :

La balade démarre de l’Harmonie de l’Estaque et chemine jusqu’à Foresta, à travers des paysages reliés par l’histoire tuillière mais visuellement,auditivement, urbanistiquement, socialement aussi sans cesse en rupture. 

Cette mise en mouvement est initiée par un prétexte qui reste à préciser : débat autour de la création de l’Harmonie ? recherche d’une tradition de transhumance orchestrale perdue ? Invitation à la fête du marquis ? 

Cette version de la balade place la musique au centre : la musique fait partie de la marche elle-même, elle souligne, fait sonner le paysage en même temps qu’elle participe à la narration des histoires que nous voulons raconter.

Cette marche est aussi un moyen de faire l’expérience de la musique en tant que moment de faire-ensemble, de fabrication d’un corps collectif. Cela par la rencontre du groupe de marcheur.euses avec des formes musicales collectives, par l’endossement d’accessoires sonores, par jeu avec le mobilier urbain, par tout ce qui peut permettre de transformer le rythme de la marche en rythme musical.

Afin d’également transmettre des connaissances sur l’histoire et le patrimoine des espaces traversés, de partager des témoignages, des protocoles, des jeux etc un livret va être fabriqué collectivement et distribué aux participant.e.s, tel un conducteur d’orchestre réunissant les multiples lignes de chant.

Pour l’instant on est parti sur une forme de 3-4h de marche (départ de la balade à 9h30 pour une arrivée à 13/14h). Le pique nique aura lieu à Foresta, où la balade sera accueillie et pourra devenir un après midi partagé autour des histoires d’argile et de tuiles. On a aussi évoqué l’hypothèse de ré-exposer à Foresta les travaux des écoles (ce qui avait été fait avec Jean François il y a deux ans).

L’itinéraire que nous allons explorer dimanche est le suivant :

Harmonie de l’Estaque – pont de la gare – chemin le long de containers – clairière de l’ancienne bastide Miramar – la Monjarde – place Raphel – les Castors – gare de St Henri – rond point en bas de la Castellane (vers la piscine) – montée vers Grand Littoral et passage sous les fondations – Foresta 

Rendez-vous dimanche 14 mars à 9h au 22 traverse de l’Harmonie (devant chez Danièle qui offre le café) pour parcourir cet itinéraire ensemble et faire jaillir les idées !

C’est le dimanche 14 mars que reprirent enfin les explorations marchées. En réalité, le démarrage fut long et quelque peu laborieux : nous venions de prendre conscience que la date du 2 mai tombait cette année en plein milieu du mois de ramadan, ce qui compromettait la participation de nombreuses personnes, notamment celle des enfants et des mamans de la Castellane que l’on voulait explicitement rallier. Pour autant, impossible de changer la date, fixée depuis plus d’un an, car on perdait à nouveau des membres clefs de l’équipe. Après moult tempêtes de cerveau, il décidé de simplement changer l’horaire de la balade : qu’elle ait lieu l’après midi et non plus le matin, de manière à pouvoir faire la rupture du jeun à Foresta.

<Dominique Poulain> dim. 14 mars 2021  18:40

Je ne  résiste pas, mes amis… quand on réfléchit ensemble à une date plausible pour la balade, ça donne …ça ! 

Une fois résolu ce problème nous partons explorer le parcours afin d’imaginer les interventions parlées et musicales.
Une attention particulière est portée à la fin du parcours : à la colline-remblais de Grand Littoral/Foresta. Il apparaît comme vraiment important de relier ce territoire à notre point de départ de l’Estaque-Saint Henri, du fait de l’histoire tuilière commune et de l’envie d’effectuer la traversée pédestre du bassin de Séon, alors même que la zone du remblais a été aménagée exclusivement pour la voiture et que le piéton ne s’y sent pas très invité. Relier Foresta grâce à la balade Harmonique apparaît aussi comme un moyen de contribuer au processus d’intégration du parc urbain à son voisinage, comme le projette l’Assemblée de Foresta

<Julie Demuer>  dim. 14 mars 20:45

Une dernière petite image/texte issu du bouquin de Valérie Jouve, en écho à celui que je vous ai lu devant la Gare de St Henri. Le secret de fondation de l’effondrement de Grand Littoral.

Ce petit texte résonne fort pour moi avec ce qui s’est exprimé très récemment lors des dernières assemblées collectives qui se sont déroulées à Foresta, et qui ont laissé surgir l’importance d’œuvrer à partager nos histoires.

Dans sa nouvelle version, la balade se structure notamment autour d’un chant « Indian Red », qui tisse l’évolution du groupe vers sa « transformation » en corps collectif et en orchestre. Le chant est transmis aux participant.e.s en amont grâce aux sessions de chant animées par Willy une fois par semaine au cinéma l’Alhambra.

A partir de cette semaine, tous les jeudis, la session chant animée par Willy commencera par un temps de transmission du chant. La prochaine fois sera sur le plateau de l’Alhambra ce jeudi à 19h.

<Le Corre Willy>  lun. 29 mars 08:36

Salut a tous.

Tout d abord, bravo a toutes ces enquêtes lettrées, imagées, imaginées et partagées. 

Un petit mot concernant la chanson Indian Red qui sera un des fils conducteurs harmoniques de la ballade. 

Je mène par ailleurs des cessions de transmissions de chants de carnavals dont “Indian Red”. 

Je voulais donc vous convier dès  ce jeudi 19h/22h à l’alhambra afin que vous puissiez l’apprendre également. Je commencerai la cession par ce chant. 

Vous pouvez évidemment rester toute la séance et tenter de monter en route dans ce “char” chanté en cours de construction. 

Des bises.

Willy

Début avril, un nouveau confinement est mis en place : mais il est trop tard, le groupe a trouvé son rythme de croisière et se met à l’ouvrage pour préparer la journée du 2 mai…fusse t-elle sous le coup des restrictions.

On se met alors à travailler par petits groupes afin d’avancer sur les différents chantiers :

Willy et Jef préparent de quoi déjà assembler une centaine d’instruments (bâtons sonnaille, ceintures ou bracelets avec des tessons d’argile…) qui seront distribués aux participant.e.s durant la balade afin de contribuer à leur transformation.

Un chant continue à se transmettre et être enseigné par Willy aux habitants chanteurs et par Olivier à la Fanfare des familles.

Une session de travail a lieu en petit comité pour préciser la trame qui permettra d’articuler toutes les interventions durant la marche et la narration.

Une première réunion à Foresta a permis de commencer à dessiner la manière d’accueillir la balade le 2 mai mais aussi de trouver les manières d’impliquer les enfants et les familles qui fréquentent le parc dans la préparation.

Willy a repris contact avec l’Ecole Rabelais et finalement ils vont pouvoir malgré la situation sanitaire préparer une partie des instruments avec les enfants.

Des nouvelles rencontres ou retrouvailles ont eu lieu avec Nathan qui a passé 5 mois en immersion en 2020 à Foresta pour expérimenter des manières de mettre en récit les histoires à partir des savoir-faire des habitant.es, de l’argile et de la fête, avec Rama Diallo qui, avec ses collègues sénégalais, transmets dans les quartiers les traditions musicales et les contes d’Afrique de l’Ouest toujours en circulation à Marseille, avec Julien qui habite à Saint-Henri mais est aussi le fondateur de la Rara Walib, et bien sur avec Chadly, Hamida, les mamans super actives de l’école Amasie qui composent aujourd’hui une partie de ce qui s’appelle l’Assemblée Foresta.

Olivier, Willy et Laura ont continué à échanger sur l’imbrication des formes musicales.

Les uns et les autres ont envoyé de la doc, des photos, partagé des enquêtes, des idées ou des lectures.

Concernant la narration, une bascule est proposée par le groupe: au lieu d’aller à la Fête du marquis (qui demande finalement beaucoup d’explication pour devenir compréhensible à qui n’est pas natif ou spécialiste d’histoire locale), ils ont proposé de repartir d’une question à la fois simple et complexe: « c’est quoi l’harmonie? ».

Toute cette activité est accompagnée de l’écriture intensive du livret par Julie et Chloé, qui condensent les recherches menées autour de l’histoire de l’Harmonie de l’Estaque, l’histoire ouvrière et tuilière du bassin de Séon, l’évolution industrielle des collines, les bidonvilles, la renaturation du remblais de Foresta, dans une déclinaison de la définition d’harmonie. Le livret est accessible : ICI

Etape 4 : dernières minutes

Selon l’endroit où chacun se trouve, la réalité du confinement et des « risques » du maintien d’un événement public affecte différemment. Ainsi, quelques jours avant la date de la grande balade, l’équipe de Foresta décide de se retirer, ne se sentant pas en mesure d’accueillir du public sur le site.
Au dernier moment le parcours change et prend pour point d’arrivée le parc de l’ancienne bastide de Miramar qui a attiré un intérêt croissant au cours de la construction de la balade. Ce changement de dernière minute déçoit quelque peu les efforts investis pour rallier Foresta. Cependant, la réalité de Miramar, un espace arboré et fréquenté par le voisinage, menacé par une acquisition privée manquant de transparence et par des projets d’extension industrielle, fait écho de manière frappante avec la réalité foncière du parc urbain Foresta. La transformation de l’itinéraire apparaît dès lors comme un jalon qui permettra de renforcer les liens avec la communauté de Foresta.

L’émulation créée par la Balade Harmonique a permis la mise en place d’une mobilisation citoyenne rapide et efficace au moment où les pins de Miramar se sont retrouvés sous la menace de trançonneuses. Marie, Agnès, les habitant.e.s de la Monjarde et tout une constellation de voisin.e.s plus ou moins proches ont commencé à s’investir pour la préservation et l’animation du lieu. Leurs aventures sont en ligne sur la page Sauvons Miramar et bientôt viendra un récit complet !

Pour le 2 mai, il est décidé de ne pas communiquer officiellement, mais d’inviter chacun.e à informer son cercle, tout en expliquant la démarche particulière de cette balade dont l’adresse est avant tout destinée aux habitant.e.s mêmes du territoire traversé.

Prêt.es pour la levée de rideau en ce 1e mai ! L’équipe se réunit à l’Harmonie de l’Estaque-gare juste avant d’entamer un dernier repérage sous une pluie battante

La suite de l’aventure harmonique, c’est ICI !

La Trame Verte #1

Vendredi 11 décembre – du parc Borély à la société d’horticulture

Un petit groupe explore un pan des quartiers sud le long de la trame verte qui va du parc Chanot à la société d’horticulture, longeant l’Huveaune, traversant parcs et jardins, dénichant les traces du domaine rural de Bonneveine. 
Suivre les plantes pour remonter le temps et aller à la rencontre des Hommes qui ont voulu mettre la connaissance du monde en pot.

Il était une fois en 2020, un congrès mondial de la nature qui devait se tenir à Marseille au Parc Chanot et qui était maintes fois retardé.

Il était une fois l’histoire des jardins botaniques de Marseille qui au gré du temps se plaisaient à se déplacer, accueilli depuis 1898 au Parc Borély, ils ont perdu de leur grandeur et pourtant nous révèlent bien des secrets.


Il était une fois une société d’horticulteurs née en 1846, détentrice de savoirs et de savoirs-faire en plantes cultivées et en botanique.

Notre première expédition a eu lieu en octobre. Le rendez-vous était donné au parc Chanot, site crée et aménagé pour l’Exposition Coloniale de 1906. Aujourd’hui, rien ne subsite de cet évènement, hormis un pavillon de l’automobile du coté du boulevard Rabatau. Après avoir le stade vélodrome, nous rejoignons le lit de l’Huveaune, encore à sec avec la fin de l’été.
Il est étrange ce petit fleuve à sec. Inversant le sens du courant, c’est en s’approchant de la mer que le lit se remplit.

La deuxième expédition a lieu par un vendredi pluvieux de décembre. Profitant d’une accalmie, huit courageuses sont parties du parc Borély à la recherche de traces botaniques, d’histoires de jardins, d’horticulture, d’acclimatation.

Nous nous dirigeons vers la roseraie dont nous ne comprenons pas bien la nécessité des actuels travaux : vont-ils mettre en valeur les roses qui se trouvent là ? Celles là n’attendent que d’être admirés par les passants… quoique il paraît que les collections ont perdu de leur magnificence.

Nous remontons le temps à la rencontre d’un jardin botanique qui un jour est passé par là. A Marseille on ne fait jamais comme les autres, c’est bien connu, et on aime à déplacer ce qui a besoin de racines… 

Avant de trouver son emplacement actuel, au fond du parc Borely, le jardin botanique de Marseille avait trouvé asile dans les années 1880 sur le site de la roseraie, après avoir été chassé des Chartreux par la construction de la voie ferrée. Mais ce déménagement n’était pas le premier : le jardin avait été déplacé dans le 4e arr. en 1816 pour laisser la place à la construction du Lycée Thiers en lieu et place du couvent des Bernardine qui l’abritait alors. 

Déjà avant cela, le premier « jardin botanique » de la ville de Marseille avait été celui du Roi René (on dit « botanique » maintenant mais à l’époque il portait sûrement le nom de “jardin du  roi”). Ce jardin daterait de 1459 et se situait sur le quai rive sud du vieux port. Quand les soeurs Bernardines ont acquis le terrain, le jardin s’est transformé,  certainement avec plus de plantes vivrières qu’ornementales. Puis les galères sont arrivées, c’est le cas de le dire puisque l’arsenal des galères a obligé sœurs et plantes à déménager. C’était en 1668.

Après la roseraie, nous étions dans le jardin botanique. Bien installées sous le «kiosque chinois », avec une infusion chaude et parfumée, nous avons suivi l’histoire des différents jardins de Marseille grâce à des documents apportés par Stéphanie.

Le terme jardin englobe plusieurs concepts et on s’aperçoit, à travers cette histoire, que les « jardiniers » ont eu des projets très différents : un beau jardin, un jardin ordonné selon des critères botaniques, un jardin d’acclimatation qui permettrait à la science d’explorer une végétation exotique mais également de découvrir de nouvelles plantes exploitables dans l’industrie ou la médecine. Tous ces jardins, plus ou moins, relèvent de l’ethnobotanique. Lieutaghi qui a si bien analysé les relations de l’homme européen avec la « plante compagne » écrit en effet que « L’attention à tous les aspects des rapports anciens et actuels des sociétés avec la plante comme élément du territoire (terrestre et mental), comme nom, comme aliment, remède, matériau des techniques, signe, symbole, vecteur de pouvoirs, support de croyances, etc., c’est l’objet de l’ethnobotanique ».

Mais l’hiver n’est pas une très bonne saison pour visiter un jardin, il n’y a plus de fleurs et la plupart des arbres ont perdu leurs feuilles. La mélancolie ambiante est due aussi à un sentiment d’abandon : ce jardin est-il vraiment entretenu ?

Dans la bibliothèque de la société d’horticulture et d’arboriculture propice au calme, entourée de vieux livres, une discussion « numérique versus papier » s’engage : qu’est ce qui est plus couteux écologiquement entre cliquer et recliquer ou imprimer sur du papier et lire et relire ?

Nous parlons de la tradition des botanistes des « annales » associant leurs écrits et dessins d’observations botaniques et la vie des membres de la société… Les annales de la société d’horticulture (qui a souvent changé de nom mais ceci est une autre histoire) ont été toutes conservées depuis la création en 1846 puis elles ont évolué avec l’air du temps et se sont transformées en revue « Les jardins en Provence ».  Dans les années 70, une autre époque qui nous paraît déjà lointaine ! 

Christine Breton, installée depuis peu dans la Drôme, nous a envoyé une photo de la vue de chez elle sur les vignes du Dureza (c’est beau mais espérons qu’il n’y ai pas trop d’intrants chimiques). Elle nous a aussi envoyé un texte. Il s’appelle « La collectionneuse ». Quelques phrases de nos propos à ce moment là : Les botanistes ne seraient-ils pas des collectionneurs dans l’âme ? c’est le « détail qui fait sens, ne pas perdre quelque chose,… la fragilité, garder malgré tout. » et puis « peut être que  tout le monde l’a, cette posture. »

Le temps est passé vite, le soleil s’est couché, il est temps de regagner nos chez nous…

Récit polyphonique par Stéphanie Mousserin, Virginie Lombard, Elisabeth Vilaylec, Chloé Mazzani

LE SENS DE LA PENTE #6

On vous raconte les aventures du 1000 pattes, groupe d’explorateurs de grande proximité, des voisins qui marchent pour transmettre, comprendre, se rencontrer, créer et finalement mieux prendre soin de nos quartiers… Nous cheminons cette année le long de la pente qui du Massif de la Nerthe finira par nous conduire à la mer…

LE RECIT DE MARYSE

Maryse a une superbe coiffure. Un panaché de mèches de teintes diverses et vraiment bien assorties : des blonds cendrés, des cuivres et des roux qui ressemblent à une fourrure élégante de jeune renard. Elle nous accueille au seuil de sa porte, nous surplombe comme un reine. 

Nous on est là, dix abrutis par la chaleur dès neuf heures du matin à reprendre nos premières  explorations sur le Sens de la Pente post confinement. 

Suivant la proposition d’Adrien de suivre le vallon des Riaux entre le massif de La Nerthe et la mer,  nous nous laissons “couler” le long des traverses, à cueillir les prunes qui mûrissent dans les délaissés, à goûter la fraîcheur des petits jardins qui débordent des cabanons. Les noms se croisent et répètent, Puget, Michel, Chauffert, … évoquant des connexions, des mariages qui sait, entre les différentes familles actrices du développement industriel du Nord de Marseille au 19ème et 20ème siècle : tuileries, cimenteries, manufactures.

Un vieux monsieur prend torse nu le vent devant sa maison pendant que le rideau en face vole à la fenêtre d’anciens logements ouvriers. C’était la maison des directeurs, ou les bureaux, ou la maison du directeur de La Coloniale. Dans la richesse des détails le tout reste flou mais une chose est sûre, nous tournons depuis une heure autour de ce que fût La Coloniale. Sa femme nous oriente vers Cézanne “par là, plus haut c’est joli”.

“Si vous cherchez la plus belle chose du quartier, c’est moi.” reprend le monsieur. 

Maryse, elle ne peut pas marcher, elle attend depuis six mois qu’on l’opère du second genou. “J’ai dû passer presque quatre vingt jours de confinement moi à attendre cette opération”. 

Pendant le confinement Mathilde est venue l’aider, lui faire des courses, discuter.

La maison est coquette et soignée, des cigales en céramiques près de l’évier, les plantes vertes dans le salon, les radis attendent équeutés le déjeuner. Il est 11h, l’assiette est déjà mise, une seule, dos à la porte, face à la fenêtre. Oh comme c’est frais, ici. “C’était le dispensaire de Lafarge, ils ont tout revendu en 1974,  on a acheté avec mon mari en 1977. Comme on travaillait dans l’entreprise on était prioritaire.”

Dans le quartier que La Coloniale semble avoir construit en grande partie, logements, salle des fêtes, espace de santé sont mis à la disposition des ouvriers et des cadres. Sur le carrefour se regardent une maison de cadre, le dispensaire, la coopérative et les cités-logements, leur cours et buanderie communes, et leurs jardins.

Le commun est partout, à l’initiative de La Coloniale, puis de Lafarge. Ce qui n’est pas construit par l’entreprise elle-même profite de la mise à disposition des matériaux par l‘usine. 

Habitat ouvrier, maisons des cadres, équipement, poussière sur la peau au retour du travail, minéralité de la montagne,… : le ciment lie tout cela.

C’était la famille, il te donnait des cadeaux pour ton mariage par exemple. Moi quand j’ai épousé mon mari nous avons eu une maison là en- bas.” «Ils vous l’ont donnée?» je demande. «Non, on habitait sans payer, c’était la famille.»

Dans le récit de Maryse, la massif lui-même semble faire partie de ces équipements communs à une famille.

Je prenais la poussette avec mes petits, des jumeaux, et j’allais biberonner là-haut à pied. On allait pique-niquer à la table ronde, les enfants jouaient dans le château, allaient se baigner Aujourd’hui, les bâtiments industriels ont été détruits en grande partie et le site fait l’objet de travaux de décontamination. Des cités ouvrières de très petites dimensions ont été construites dès les années 1880, à la périphérie immédiate du site industriel. A Cossimont, on cueillait les asperges, on ramassait le bois du barbecue, on allait aux fleurs.

Et puis son visage, rayonnant dès qu’elle parle de ses “petits” se ferme, et l’oeil se mouille.

Maintenant il y a des carcasses de voitures brûlées, c‘est dommage. Le château est tout écroulé, je n’y vais plus, c’est trop triste.” 

LE TEMPS DE LA MOBILISATION

Deux heures avant, au café, ML s’autoproclame la bête noire de Lafarge. Voilà des années qu’elle se bat contre les poussières qui émanent des concasseurs et poudrent arbres, terrasses, poumons. Elle est partie prenante du collectif de protection de la Nerthe qui réveille aujourd’hui sa mobilisation en apprenant la mise en vente des terrains agricoles de la ferme Turc. La nouvelle réveille la crainte que Lafarge ne s’en saisisse.

Il ne s’agit d’ailleurs pas forcément de craindre une carrière mais de voir des espaces vécus et pratiqués comme publics passer aux mains d’une industrie privée. Nombre d’habitants après des années de lutte attendent toujours l’aboutissement d’une promesse de vente des terres au Conservatoire du Littoral.

 « Ils nous doivent tout, on leur doit quoi nous? Le ciment, tout ça” avec un geste sur les alentours” les constructions, … Mais sinon? Il n ‘y a plus que 13 ou 14 emplois dans l’usine, ça ne nourrit plus personne ici“.

 “C’est le site le plus pollué de France au niveau des poussières. Ce n’est pas de leur faute d’ailleurs, c’est de la faute de la géographie du site. Les jours de mistral, elles dégoulinent le vallon, poudrent les arbres de gris pendant parfois deux trois jours s’il ne pleut pas.

Retour chez Maryse

Et la pollution que pouvait provoquer ces usines vous en aviez conscience ? “ je demande à Maryse.

Il y avait 5 usines ici à L’Estaque :  La Coloniale, qui est devenue les chaux et ciments de Marseille, les ciments de Marseille, puis Lafarge, où j’ai travaillé après mon mariage. Ils réunissaient les époux dans la même entreprise, c’était plus simple pour les enfants, les horaires tout cela. Et puis tu pouvais te voir au travail.

Surle qui faisait de l’équarrissage et qui a été détruite.La Société minière et métallurgique Penarroya dont une partie du site est actuellement en décontamination. Rousselot, qui fabriquait de la gélatine à partir de carcasses animales.Kuhlmann où j’ai commencé à 17 ans. Mes vêtements puaient le sulfure de carbone quand je rentrais le soir.  On savait et on savait pas. On travaillait, on était bien content.”

“Mais ce sont les gens qui ont fait le mal” reprend Maryse.

“Les gens sont venus construire là-haut autour des usines. Il y avait des nuisances forcément, des poussières, du bruit, et du coup c’est monté en confrontation et ça a, en partie, détruit, défait les liens familiaux qui existaient entre l’entreprise, ses ouvriers et cadres.”

L’ENDROIT DU DEBAT

“Ça, c’est les années 70”

Jean déménage à cette époque à l’Estaque. Dès les années 50 une génération d’ouvriers espagnols et italiens avait commencé à quitter les logements ouvriers, peu à peu remplacés par les Kabyles venus d’Algérie. Dans les années 70, Lafarge vend son patrimoine de logements. Les employés sont prioritaires à l’achat.

Entre nous ça débat, qui a généré quoi, ou quoi a généré qui?

“C’était le début du recul industriel, ou son déplacement vers Fos. Et c’est à la fois l’accès à la propriété pour les ouvriers mais aussi le début des ventes et reventes de ce patrimoine. Et sans doute aussi qu’on commençait à prendre conscience des bords de mer, à les relier à d’autres fonctions, loisirs, etc. Les anciens logements ouvriers qui arrivent sur le marché de l’immobilier vont peu à peu devenir séduisants pour les “étrangers”, moi, les “bobos” du moment, ceux qui cherchent un cadre de vie différent du centre ville.”

 “En 1970, Kuhlmann ça marche. On retrouve au PC local Guédiguian et Malek Hamzaoui, qui feront ce film si nostalgique, Marius et Jeannette, sur une industrie qui péréclite, un milieu ouvrier qui disparaît. Dix ans après la vie ouvrière est morte, Kuhlmann ferme. 20 ans plus tard, c’est devenu trop cher pour nous pour acheter ici. C’est une autre génération d’”étrangers”, de “bobos” souvent précaires mais moins ancrés qui fuyant le centre ville sont venus s’installer ici.”

“En réalité, explique Jean, se superposent et se mêlent ici différentes vagues d’immigration et statuts d”étrangers”, les villages entiers italiens employés génération après génération dans les usines, l’immigration des années 20-30 puis d’après guerre venant des colonies avant la décolonisation, les migrations d’un quartier à l’autre de Marseille en recherche d’une meilleure qualité de vie… “ 

Et à nous d’oeuvrer pour nous relier sans ciment…

Récit écrit par Louise Nicollon des Abbayes

Pour rejoindre le collectif du protection du Massif de la Nerthe ou en savoir plus: https://www.facebook.com/pages/category/Cause/Collectif-de-Protection-du-Massif-de-la-Nerthe-201367896575969/



LE SENS DE LA PENTE, récit #5

On vous raconte les aventures du 1000 pattes, groupe d’explorateurs de grande proximité, des voisins qui marchent pour transmettre, comprendre, se rencontrer, créer et finalement mieux prendre soin de nos quartiers… Nous cheminons cette année le long de la pente qui du Massif de la Nerthe finira par nous conduire à la mer…

La part des sols, 2 mars 2020

LA SINUSOÏDALE D’AGNES

Nous sommes à La Déviation, ancien bâtiment technique de l’usine d’exploitation minière Lafarge. Acheté il y a quelques années par un groupe d’artistes issus de multiples disciplines, le lieu a pour but de fabriquer une alternative faite “ d’échanges, de compétences et de savoirs, de rencontres et de créations, (…) où le temps et l’espace nous appartiennent”.

L’espace a conservé ses mesures industrielles : les larges hangars se sont mutés en plateau de danse, atelier de construction ou “guinguette”, vaste espace modulable où se croisent marché de légumes frais, bar, représentations théâtrales ou dansées, concerts, expositions tout au long de l’année.  

C’est la première fois que cette exploration se fait assise, et à l’intérieur…

C’est un moment, une étape, dans notre descente du massif vers la mer où nous avons senti le besoin de faire un point. Ici le vallon se resserre, l’urbain devient plus dense, les espaces libres ressemblent plus à des délaissés industriels qu’à des îlots végétalisés.

Sur le tableau Agnès dessine une sinusoïdale.

Elle veut faire le point sur la géologie des massifs dont nous ressentons encore la présence ici ; La Déviation est lovée dans une ancienne carrière de calcaire dont des morceaux se détachent, mettant en danger les caravanes installées en dessous. L’entreprise Lafarge a la responsabilité de remettre ce lieu en état et l’on voit quelque petits hommes aujourd’ hui s’affairer sur la falaise pour poser un filet.

“La montagne, nous dit Agnès, est un paysage en « vagues » créées par la tectonique des plaques. C’est ce phénomène qui faisant affleurer les couches de roches les plus anciennes sous forme de colline les rend plus accessibles  et  permet notamment de faire l’exploitation en carrières ouvertes moins onéreuses que lorsque souterraines.

Ici la matière première, des marnes argilo-calcaires, n’a qu’une faible valeur marchande. Elle coûte moins cher que la main d’oeuvre, le combustible et le transport. Son exploitation, pour avoir un intérêt économique au regard industriel, repose donc sur un équilibre entre trois critères : la qualité du gisement, la facilité de son exploitation et la proximité de la demande. Le site de Lafarge à L’Estaque, ici, réunit ces trois conditions ; aujourd’hui les travaux urbains de Marseille et le projet Euroméditerranée aujourd’hui assurent une commande sur plusieurs dizaines d’années.

Depuis l’antiquité jusqu’au 19ème siècle, ces conditions (qualités, facilité, proximité) sont honorées déjà par de petits exploitants locaux de chaux. Une multitude de fours à chaux encore visibles dans les massifs manifestent d’exploitations à mesure familiale : petites structures de pierre sphériques où le calcaire prélevé à proximité est cuit pour former la chaux vive, base de mortier de construction.

A partir de la fin des années 1850, cette production locale s’industrialise. Trois entreprises familiales obtiennent des autorisations pour multiplier les fours : 3 fours en 1856 pour Giraud, trois fours en 1858 pour Antoine Puget, trois fours en 1869  pour Dominique Luçon.

Le début du 20ème siècle voit l’entrée de capitaux et acteurs nouveaux. Lindenmeyer est un patron protestant d’origine suisse. Avec son associé l’ingénieur Henri Liquet, ils acquièrent les infrastructures construites dans le dernier quart du siècle précédent par les chaufourniers Charles et Joseph Chauffert. Il s’agit d’un ensemble de hangars, fours, et logements collectifs assurant autant la production que l’habitat des ouvriers.

Lindenmeyer et Liquet obtiennent en 1913 l’autorisation d’en adapter les équipements en vue de produire non plus (seulement) de la chaux mais du ciment Portland artificiel à partir des matières premières déjà en exploitation à la Nerthe. La Société Coloniale de Chaux et de Ciments de Marseille, dite “La Coloniale” voit le jour.

De la chaux au ciment, il y a un lien logique d’infrastructures et de matière première qui fait muter l’industrie de plâtre et chaux vers l’industrie du ciment. Le grappier, rebut du blutage de la chaux, est déjà utilisé par les ouvriers des entreprises pour la construction de leurs habitations. Une fois broyé et éteint à la vapeur afin d’éviter tout gonflement, ce grappier devient dans les mains des ingénieurs un ciment de type Portland présentant plusieurs qualités majeures : une prise plus rapide et une résistance supérieure à celle de la chaux .

En 1950, la société toujours conduite par André Lindenmeyer devient Cimenterie de Marseille et outremer, jusqu’en 1970 où par absence de candidat familial à la succession de Lindenmeyer la société devient élément d’un groupe industriel de taille internationale, Lafarge.

Plusieurs évolutions réglementaires notables interviennent alors dans le code minier. En 1970, les carrières importantes sont désormais soumises à autorisation préfectorale puis assimilées en 1993 à des installations classées pour la protection de l’environnement. Il suffisait jusqu’alors d’une simple déclaration au maire de la commune concernée pour exploiter une carrière. Aucune mesure de réaménagement n’était par ailleurs imposée ; la carrière devenue infructueuse était laissée en état.

Le lac dont nous parlions auparavant est exemplaire de l’évolution de ces différentes réglementations. Ancienne carrière de marnes abandonnée à l’arrêt de l’activité cimenterie, elle accueille la remontée des sources, ou la récupération des eaux de pluie (Lafarge et les habitants ne sont pas d’accord sur ce point) et devient lac. Le lac est utilisé pendant plusieurs années comme un lieu de baignade par les habitants. En 2011, il retrouve un usage aux yeux de Lafarge et se voit réaffecté à une nouvelle activité économique de l’entreprise: le stockage de déchets inertes.


L’USINE, LES TONGUES ET LES JOURS LIBRES DE ROBERT

Robert est administrateur avec Francis du groupe Facebook “Tu es de l’Estaque si”. Il n’habite plus l’Estaque mais a rejoint les collines de l’arrière pays. C’est pourtant chez lui ici. Il y a grandi, travaillé, évité de devenir “un mauvais garçon” grâce à l’usine, “vécu les plus belles années de sa vie”.

Robert parle. Il parle d’une époque où la manière de vivre et de travailler au sein de l’entreprise Kuhlmann, était complètement différente d’ailleurs : on se baladait en tongues, on fumait dans l’usine, on faisait le barbecue, on mangeait avec les ingénieurs.

Robert se rappelle de ANTAR publicité : «Un métier où on peut faire des actes gratuits est un métier d’homme libre ». Un homme donnait une clé à molette à son collègue. Il faisait alors des journées de 12 h, 6 fois par semaine, et restait parfois à l’atelier le dimanche pour voir et aider les collègues. ”Tout le monde le faisait, on ne demandait pas de paiement d’heures supplémentaires. Il y avait la lutte des classes mais pas de conflit vraiment. Quelques grèves mais pas beaucoup.”

Cet échauffement en salle appelle alors le plein air. La pluie s’est calmée, nous décidons de poursuivre un peu notre descente de la pente.

Vers l’ancien site de stockage de la Coloniale puis Lafarge, en contrebas, Robert nous montrera alors ses formes de rochers préférés sur la falaise d’en face. Au-dessus de nous des arcades en désuétude témoignent des installations industrielles construites par La Coloniale pour faire du sens de la pente une opportunité. La matière première est transportée depuis la carrière en haut par des wagonnets qui glissent le long d’une trémie circulaire vers l’usine en contrebas. Déversée dans des silos, elle est broyée et additionnée de composants chimiques différents en fonction du ciment que l’on veut obtenir. C’est le cru. Ce mélange sec est passé au four pour obtenir un produit vitrifié : le clinker, puis re-broyé, pulvérisé, ensaché empilé dans les camions. Les camions franchissent les arcades du viaduc SNCF sous lesquelles se trouve toujours la balance.

LE CHEMIN DU CIMENT

Nous tentons nous aussi de suivre ce chemin des matériaux.

Aujourd’hui , parmi les différents sites en possession de Lafarge sur le massif, seule la carrière Galland est en activité d’extraction. Lafarge a cessé d’y produire du ciment à la fin des années 80 pour se consacrer à la production de granulat calcaire puis plus récemment diversifier son activité avec la gestion des déchets inertes. En contrebas de l’actuelle Déviation, les équipements liés à la production du ciment sont donc devenus désuets, les fours et les bâtiments administratifs détruits, et les espaces laissés vacants.


Alors que les cheminements publics ne nous laissent pas d’autre option que la route, nos bonnes relations de voisinage nous permettent de passer les portails et d’aller à la rencontre de Gilbert. Artiste il s’est installé dans ces espaces avec sa compagne et y a recomposé lieu d’habitation et atelier.


On y reconnaît facilement le décor du film Marius et Jeannette, en même temps que l’on ressent le dépaysement de regarder ce qu’on connaît déjà d”un autre point de vue”.

L’ÂNE ET LE VIADUC DE JEAN-PIERRE

Plus bas encore sous le viaduc de la ligne PLM, Jean-Pierre loue une partie de l’ancien site de distribution à Lafarge, dont subsiste encore l’énorme écran de balance pour peser les camions. Il est lui aussi “fils des usines de l’Estaque”,  ses parents venant de villages siciliens où les entreprises venaient embaucher en masse. 

C’est maintenant le lieu où en parallèle de son travail il fait ce qu’il aime, avoir des animaux, “s’en occuper bien”. Des ânes et des chèvres. Par terre des petites billes égales noires et blanches. Certaines sont des crottes de chèvres séchées, d’autres des résidus du broyage du ciment.

Nous quittons en nous promettant de nous revoir très bientôt, aucun de nous n’imaginais alors que c’est la pente du confinement qu’il faudrait pour quelques mois éprouver…

Les contenus de ce récit ont été produits par Agnès, Mathilde, Robert, Françoise, Danièle, Louise, Julie et la conversation collective, puis remis en forme par Louise et Julie.

LE SENS DE LA PENTE, récit #4

On vous raconte les aventures du 1000 pattes, groupe d’explorateurs de grande proximité, des voisins qui marchent pour transmettre, comprendre, se rencontrer, créer et finalement mieux prendre soin de nos quartiers… Nous cheminons cette année le long de la pente qui du Massif de la Nerthe finira par nous conduire à la mer…

Lundi 3 février, 13h30, Château de l’Air, Hameau de la Galline, Marseille, ciel dégagé 

NOUS SOMMES UN GROUPE QUI CHERCHE

Des rencontres avec les habitants ancrés depuis longtemps : André Turc, sa sœur Denise et Mr Soprano son mari, Daniel Simoni le neveu adopté par Sirio Simoni le frère de Denise → Bicou, Georges, Philippe, Anne

Des rencontres avec des nouveaux arrivants : Charlotte → Claire, Julie, Aldo

Le sens des mots, la toponymie, des cartes, des poèmes, des chansons, des collections de noms → Danièle, Josyane

Des matériaux à « cueillir » dans les collines, dans les lieux interdits, dans le lac  → Louise, Agnès, Pascal, Ana

Des histoires des puits, de la construction du tunnel ferroviaire et de ses apports de population d’ouvriers italiens  → Mathilde, Jean

Des grottescelle où aurait vécu la famille Puget, celles qui ont abrité les troupeaux, celles où on a prié, celles où l’on a trouvé refuge, au fil des besoins de se réfugier → Jean, Sabine

Des usages, des mémoires mais aussi des sensations, des perceptions, des ambiances → Morgane, Jonathan, Françoise

Le début d’une histoire…

Un détective privé, engagé par une grande collectionneuse, est chargé de retrouver la vierge de La Galline. Ce bijou inestimable du moyen-âge a été sauvé des saccages de la révolution française par les habitants du hameau. La vierge aurait été enterrée en 1789 dans un endroit devenu un parking souterrain en 1992. A l’aide des recherches d’une jeune céramiste sur les matériaux des environs, le détective apprend que la vierge serait maintenant ensevelie au cœur du centre de stockage de déchets inertes de la Nerthe, dont la rumeur dit qu’il serait en passe d’être racheté par des turcs, ou des grecs.

Le détective, la collectionneuse et la céramiste arriveront-ils à faire forer le gigantesque remblaiement au bon endroit ? 

Et pourront-ils obtenir le soutien des habitants sans réveiller les convoitises locales ni se faire démasquer par ceux qui règnent tels des Seigneurs sur ce territoire, les frères Lafarge ? 

Mais est-ce vraiment le début ou la fin ?

 Je suis le dernier des Turc !

 C’est le récit d’un homme …

… « parti ailleurs »…

             … en phase avec l’histoire d’une famille rurale sans paysan…

… « en conflits », coupé des siens et peu à peu de son sol…

Pierre Turc le grand-père d’André, mort à 40 ans ; il possédait toutes les boulangeries du bassin de Séon qu’il alimentait en coupant le bois sur le massif ; avec cet argent, la famille peut racheter la ferme de l’Hermitage.

André en 2001, suite à l’incendie sur le massif de la Nerthe, coupe du bois et le vend ; avec cet argent il refait les studios.

Propriétaire d’une partie de la route il la loue à Lafarge. 

André Turc décrète qu’il est le dernier, qu’après lui, plus rien ne restera de la famille Turc. 

Alors tournons-nous vers demain, vers ce que nous pouvons dans notre imaginaire collectif rêver, réinventer. 

Tournons-nous vers ces nouveaux habitants de la Galline qui sont les acteurs de ce qui se fera demain.

Remontons à la ferme et traversons les champs en attente. 

Tout en poursuivant notre descente vers la mer et l’Estaque, refaisons ces allers et retours jusqu’à Cossimont pour repenser l’entrée de la Ville, faire revivre ces arbres et y cueillir les fruits tant qu’ils en portent. 

En attendant que les poètes reconstruisent ces sites, que les peintres cultivent ses collines et que les marcheurs y fassent paître les chèvres du Rove. 

Contrastes…

Jonathan : Nous passons d’un état de calme et sérénité dans ce paysage bucolique et de campagne à un état d’alerte et de tension quand un avion passe au-dessus de nos têtes. En effet, cette proximité de sentiments est très étrange, car nous avons l’envie de vivre ici, dans cet environnement particulièrement accueillant par sa qualité de nature sauvage, du confort qu’offre le hameau et de son calme apparent alors que nous sommes régulièrement mis en alerte lorsqu’un avion ou camion passe à toute vitesse. Entre la lenteur et l’hyper activité, l’hospitalité et l’inhumanité.

Morgane : Premières sensations – En contrehaut de l’église, le soleil frappe nos joues. Entre mer et collines, on se rappelle à Marseille lointaine. Au-dessus de nous, une ronde de gabians par centaines ; elle laisse vite place à un avion assez proche pour qu’on en distingue bien la silhouette et les couleurs. Son bruit arrête la discussion. Un couloir aérien emprunté par différents volatiles. Au village, interdiction de klaxonner – sur un panneau jamais-vu. Un autre avion au-dessus de nous, et son bruit qui déborde nos mots. 

Jonathan: D’autres sentiments vont et viennent régulièrement entre l’introspection et l’exhibition. Dans certains endroits (comme le lac par exemple) nous perdons tout repère ; l’eau nous rappelle le niveau 0 de la mer alors que nous sommes en altitude et le paysage, délimité par les crêtes des collines avoisinantes,  nous amène dans une posture de solitude, puis de sérénité voire d’intimité. Ces sentiments sont très vite rattrapés par celui de dévoilement ; quand nous sommes en haut de ces mêmes collines où nous pouvons voir loin et où nous pouvons être exposés à tous les regards et coups de mistral. Nous nous rattachons à nos repères bien ancrés.

Morgane : Toujours à Marseille oui, puisque les panneaux électriques arrachés dévoilent leurs coulisses, que les bennes à ordures dégueulent à côté du ruisseau.

Jonathan : Encore le même contraste entre les moments de déambulation dans la garrigue en toute liberté stoppée net par des grilles infranchissables avec des panneaux d’avertissement comme seul moyen de communication.

Morgane : Quelques indices d’un ailleurs… Peut-on parler d’un habiter ici ? Entre villa pimpante et barrières rouillées. C’est un village presque fantôme. Des traces du passé s’inscrivent dans les carrés de paysage abandonnés. Les roseaux y reprennent leur droit. Sur un mur, le vent et la pluie effacent les ayants-droits : la mention d’un « jardin » passé se devine dans la pierre, à côté d’un panneau délavé portant l’inscription « CIMENTS LAFARGE – ENTRÉE INTERDITE – DANGERS – TIRS DE MINES ».

Jonathan : Ce morceau de territoire est comme un palimpseste, il est construit sur plusieurs couches dans le temps long de son histoire, mais aussi de couches d’usages qui n’ont rien à voir les uns avec les autres.

Je me demande dans quel autre endroit du monde on pourrait entendre d’une même voix un chœur si éclectique : camion, coq, avion, gabian, train et vent.

Et pendant ce temps, promenade d’une cheminée à l’autre (trous d’aération de la ligne de chemin de fer sous nos pieds) avec Charlotte, habitante du hameau depuis 2007.

CHEMINÉE N°19

CHEMINÉE N°18

On voit aujourd’hui que la cheminée n°18 a été récemment incluse dans un enclos privé qui ressemble à un petit ranch improvisé avec un cheval. 

A côté, une entreprise de terrassement, de nombreux camions, des barrières encore et encore et une drôle de confusion des noms puisque ces nouveaux habitants sont… des turcs…

La solidarité d’un groupe d’habitants a existé dans la lutte contre les multiples décharges, à propos du lac où on pouvait avant se baigner, pour la préservation du massif, mais le découragement prend parfois le dessus.

La difficulté du quartier : chacun fait fait fait c’qui lui plaît plaît plaît, et les petits arrangements (entre voisins) comme les grands (avec les industriels) ne vont malheureusement pas souvent dans le sens du commun.

La loi du plus fort?

D’autres lois dans tout ça ?

NOUS SOMMES UN GROUPE QUI SE RETROUVE ET SE RACONTE SES SENS DE LA PENTE (à suivre…)

LE SENS DE LA PENTE, récit #1

Dimanche 13 octobre après-midi, soleil, peu de vent.

Comme souvent au démarrage d’une création de balade collective il y a une sorte d’hésitation et de trouble. Nous ne nous connaissons pas tous, nous ne sommes pas sûrs d’avoir bien compris ce qu’on va faire et pourquoi on va le faire…, mais nous sommes là. 

Le LÀ de ce dimanche après-midi s’appelle Thalassanté, un hameau de conteneurs qui tient plus de l’art de vivre au cabanon que de la mondialisation du transport maritime. Une histoire commencée il y a une vingtaine d’années autour de la mer et réinventée en outil commun très polymorphe par des plus jeunes depuis 4 ans.
Dans le NOUS il y a ceux qui s’activent à donner cette nouvelle vie à cet endroit, ceux qui habitent pas loin depuis longtemps, ceux qui résident depuis plus récemment au travers de l’implantation d’une aventure artistique joliment nommée la Déviation, ceux qui viennent d’un peu plus loin et qui ont pris goût à explorer avec leurs pieds le quartier d’à côté…
On en vient alors au QUOI FAIRE? Si tout le monde est d’accord sur cette idée simple de marcher ensemble en version « exploration », on commence par mettre chacun sur la table ce qui nous plaît, nous parle, quelle est notre relation à ce fragment de l’Estaque.


D’habitude l’un de nous prend des photos, ou dessine pendant nos rencontres. Mais ce dimanche après-midi réunis autour d’une table, personne n’y pense. Alors un petit remix temporel image les propos glanés avec des photos de Dominique, prises lors de nos précédentes balades.


L’histoire de Vincent est celle d’un habitant qui découvre il y a une vingtaine d’années par un discours assez musclé du directeur de l’école élémentaire qu’il vit dans une zone Seveso et que la colline sauvage où il aime se promener est toujours une colline industrielle, même si les usines ont cessé leur activité. De cette prise de conscience émergera une série d’actions avec d’autres autour des déchets, jusqu’au réaménagement de la petite zone de pique-nique juste avant La Galline qui n’était à l’époque qu’une décharge ravinée. Vincent a revisité ces histoires en les mêlant à la plus contemporaine aventure de la « dépollution » des sites de l’industrie chimique, dans un “toxic tour » portant le nom d’une plante aux grandes capacités d’adaptation aux terrains dégradés: l’Asphodèle.

François, voisin de table aujourd’hui et voisin de vie à l’Estaque, a réalisé pas mal d’entretiens sonores lors de cette construction de balade, qui racontent les enjeux urbains ou écologiques du massif de la Nerthe dans cette période de transition, mais aussi témoignent de la vie de ceux qui ont travaillé non pas dans les usines chimiques mais dans leurs cousines du BTP.


L’histoire du ciment c’est celle dans laquelle la Déviation s’est installée. Adrien nous raconte l’intérêt de ses jeunes habitants artistes à mieux connaître cette trame qui traverse toute la pente, de Lafarge tout en haut, au port où nous sommes tout en bas. L’axe de La Coloniale, la première cimenterie. Louise et Juliette, artistes installées à la Déviation ont d’ailleurs déjà bien démarré l’exploration en s’intéressant aux voitures carbonisées et aux matériaux résiduels de ces paysages marqués par la production chimique. Elles en travaillent des formes, notamment en les cuisant comme des céramiques.

Angélique habite quant à elle l’une des anciennes courées des usines Kuhlmann. Elle aime les sociabilités qui accompagnent cette organisation de l’habitat, a connu quelques anciens des usines et a très envie d’en savoir plus, d’autant plus que l’école Fenouil où elle enseigne a déjà accumulé beaucoup de matériaux sur « Le temps des usines » (nom du journal réalisé par les enfants sur ce thème).

Et il y a Agnès, l’habitante toujours motivée à relier, qui rêve d’atteindre la limite nord qu’est l’ancienne colonie Cossimont en venant… à cheval à partir de Martigues! Et les souvenirs de Georges d’une vieille danseuse de cabaret qui vivait au Vallon des Abandonnés. Et le désir de Nathalie que ces temps partagés à fouiller ensemble nous permettent de mieux nous saisir des enjeux actuels quant à l’accès à la mer, et de comprendre ce rapport toujours un peu mystérieux au Grand Port. 


On se dit qu’il y a tous ces sujets et ces lieux qui nous attirent, mais qu’il y a aussi les manières de regarder qui dans notre groupe très diversifié donnent envie de jouer ensemble.
Et puis à la fin, on constate le plaisir qu’on ressent de ne pas savoir où tout cela peut nous conduire, à quels parcours, quelles formes, quelles interventions. 


Nous savons en revanche que ce mélange de structures artistiques, de lieux, d’habitants va forcément nous conduire cette année à apprendre, faire des rencontres, mais aussi tester et inventer des manières de se relier pour vivre un peu plus ensemble dans la pente, jusqu’à la mer…

Alors rendez-vous est pris pour une première balade d’exploration. Nous partirons de l’ancienne colonie Cossimont pour aller… on verra bien où…

Exploration botanique de Foresta – Récit #3, les plantes utiles

Les plantes utiles de Foresta : tinctoriales et comestibles

Pour cette exploration botanique du 30 mars 2019 plutôt thématique, nous nous sommes intéressés aux plantes utiles présentes sur le site de Foresta : les plantes tinctoriales pour la teinture et la peinture délaissées depuis l’ère industrielle, et la cueillette de plantes sauvages comestibles, qui ont toute leur place dans un développement écologique, et de ce fait bénéficient d’un regain d’intérêt.

Tellement d’intérêt ce jour là que personne n’a pensé à prendre des photos, je suis donc revenue après pour photographier les plantes, une balade invisible…

  1. Les plantes tinctoriales

L’homme peint son corps et son habitat depuis le paléolithique, mais la teinture végétale des fibres comme le lin ou la laine pour le tissage se développe au néolithique avec les débuts de l’agriculture (-6000 en Europe).

A Foresta, avec un sol calcaire, argileux, et fait de beaucoup de remblais, on trouve quelques tinctoriales qui se sont adaptées au climat méditerranéen local, sec et venteux.

Vue du bassin haut de Foresta

L’arbre à perruques, Cotinus coggygria, le sumac fustet – couleurjaune

Important dans l’industrie textile depuis le XVIe siècle, il est exploité en Provence, en Espagne, au Portugal et même cultivé en Italie du sud.

Bien que sa teinture soit de faible stabilité à la lumière, il est économique à l’utilisation, et se prête à une utilisation avec d’autres principes tinctoriaux onéreux comme la cochenille et le carthame. Malgré la concurrence des bois exotiques dès le 16e, l’activité se maintient jusqu’au milieu du 19e siècle.

On cueille les feuilles et les jeunes pousses en juin juillet mais toutes les parties aériennes de la plante peuvent s’utiliser. On coupe les branches, puis on les sèche au soleil, et on bat, puis on passe à la meule les feuilles et les sommités détachées des branches.

L’Argeras, Ulex parviflorus, Ajonc épineux – couleur jaune

Il peut remplacer le genêt des teinturiers (Genista tinctoria) ou la Gaude (Reseda luteola). On récolte les branches fleuries fraîches qu’on fait bouillir.

Le Nerprun, Rhamnus alaternus – couleur jaune

Comme deux autres nerpruns, on utilise les baies pour la teinture depuis le IIe siècle, en récoltant les baies avant maturité en début d’été puis en les faisant sécher. On les appelait aussi « graines d’Avignon », recherchées par les teinturiers de « petit teint ». On l’employait aussi pour fabriquer une couleur jaune à peindre sous le nom de stil-de-grainen la mélangeant à de l’argile et de l’alun (bi-sulfate de potassium et aluminium) utilisée par les peintres flamands du XV-XVIe siècle.

Nerprun alaterne, Rhamnus alaternus
Baies de Nerprun

Le chrysanthème jaune, Chrysanthemum coronarium – couleur jaune

Plante de petit teint, on obtient le colorant jaune à partir de la décoction des fleurs, et il s’applique sur la laine, le coton et la soie préalablement mordancés à l’alun.

Le Grenadier, Punica granatum – couleur jaune orangé

La grenade peut en effet contenir 400 graines par fruit, ce qui en fait le symbole de la fécondité dans de nombreuses cultures. Originaire du pourtour de la mer caspienne, il est domestiqué dès le néolithique et importé en Asie orientale et dans le bassin méditerranéen. Les Romains le ramènent de Carthage et les Arabes en ont planté de grandes quantités en Espagne à partir du VIIIe siècle.

On utilise en teinture l’écorce des fruits et parfois l’écorce du tronc. La grenade donne une teinte solide safran, résistante au soleil et aux lavages. Utilisée en simple décoction sans mordant au Maghreb pour teindre la laine, tandis qu’avec un mordançage au fer, elle donne des tons gris ou noirs. Passée sur un pied d’indigo, elle donne un vert bouteille ou émeraude.

Galium aparine, gratteron – couleur rose

Cette plante qui ressemble à la garance voyageuse, Rubia peregrina ou la vraie garance, Rubia tinctoria peut aussi être utilisée en teinture, par les racines stolonées rouges. Les baies sont un bon succédané de café.

Le Chêne kermès, Quercus coccifera – couleur rose, rouge (cochenille)

Le kermès a pris le nom de la cochenille qui le parasite, Kermes vermilio, et donne un colorant rouge très recherché pour le textile et l’alimentaire depuis l’Antiquité. Au XVIIIe siècle, le vermillon français est concurrencé par la cochenille mexicaine, qui provient du figuier de Barbarie (Opuntia) et coûte bien moins cher. Aujourd’hui la cochenille est devenue rare en France, surtout à cause des incendies de forêts et des insecticides de l’agriculture. On récolte les femelles car ce sont les œufs qui sont remplis d’une liqueur rouge, que l’on trempe dans le vinaigre pendant 12h, et que l’on sèche au soleil. Il faut 60 à 80 individus pour obtenir un gramme de pigment.

Chêne kermès, Quercus coccifera

Le Sureau, Sambucus nigra – couleur mauve bleu

Le nom fait référence aux Sambuca, les flûtes fabriquées par les bergers grecs à base de tiges de sureau évidées. On retrouve chez les Celtes cette même allusion aux flûtes en sureau que les druides utilisaient pour converser avec les morts. L’usage très ancien du sureau est attesté par l’archéologie. Les baies sont macérées dans du vinaigre pendant deux jours et portées à ébullition une heure. On trempe le tissu en décoction. Il donne des tons du violine au bleu en passant par un gris souris. On peut aussi utiliser les baies du prunelier Prunus spinosa pour ces couleurs.

Le Pastel, Isatis tinctoria – couleur bleu

Des traces de son utilisation dès le néolithique ont été trouvées dans la grotte d’Adaouste dans les Bouches du Rhône. Mais son rôle en teinture se développe au XIIe siècle avec des pastels en provenance d’Espagne ou d’Orient, et devient la couleur des princes et de la Vierge en France et en Europe. Pendant la Renaissance le pays de cocagne enrichit la région. Cependant l’indigo importé d’Inde et d’Asie vient concurrencer le pastel…La récolte des feuilles s’étale de la St Jean jusqu’en octobre en 4 à 6 cueillettes puis un long travail de transformation est nécessaire pour obtenir le fameux bleu. Pour les bâtons de pastel, on mélange avec de la gomme et de la craie le colorant.

le Pastel, Isatis tinctoria

La Scabieuse, Scabiosa – couleur bleu pâle

Une décoction de cette plante donne, après oxydation à l’air du tissu de coton, une teinture bleu pâle assez solide.

L’Iris, Iris Germanica – couleur verte

La culture de l’iris comme matière première a été surtout pratiquée aux Pays-Bas (iris xiphium) pour le pigment vert tiré de ses pétales, et au Maroc pour le parfum des racines, dont on tire une huile essentielle le « beurre d’iris » (iris germanica). Il a été utilisé pour les enluminures et la peinture mais il est peu solide.

Le Sumac des corroyeurs, Rhus coriaria – couleur brun

le feuillage riche en tanins est récolté de fin juillet à fin septembre pour la tannage et la teinture des peaux, d’ou son nom commun.

Une plante comestible et tinctoriale : le coquelicot (Papaver rhoeas)

Coquelicot

2. Les plantes comestibles

Toute l’année ou presque, on peut ramasser des plantes comestibles à Foresta, certaines très présentes comme le fenouil, d’autres seulement comestibles durant un petit moment de saison comme l’asperge sauvage.

L’Ail sauvage, Allium napolitanum, à préserver

L’Arroche maritime, Atriplex halimus

Arroche maritime ou Pourpier marin

L’Asperge sauvage, Asparagus acutifolius

La Bette sauvage, Betta vulgaris maritima

Blette sauvage, Betta maritima

Le Calendula arvensis, souci sauvage

Le Chardon marie, Silybum marianum

Le Chénopode blanc, Chenopodium album

La Chicorée sauvage, Cichorium intybus

Le Coquelicot, Papaver rhoeas

Le Fenouil sauvage, Foeniculum vulgare

Fenouil

La Moutarde noire, Brassica nigra

Le Laîteron maraîcher, Sonchus oleraceus

La Mauve, Malva sylvestris

L’Oseille sauvage, Rumex acetosa ou Rumex pulcher (violon)

La Passerage, Cardaria draba, faux brocoli

La Pimprenelle, Sanguisorba minor

Le Pin pignon, Pinus pinea

Le Pissenlit, Taraxacum officinale et T. obovatum (luisant)

Le Plantain lancéolé, Plantago lanceolata

Plantain lancéolé

Le Plantain corne de cerf, Plantago coronopus

Le Poireau sauvage, Allium ampeloprasum

Le Pourpier, Portulaca oleracea

Le Prunier épineux, Prunus spinosa

La Ronce, Rubus fructicosus

Le Robinier, Robinia pseudacacia

La Roquette blanche, Diplotaxis erucoides

La Roquette jaune, Diplotaxis tenuifolia

Le Salsifi à feuille de poireau, Tragopogon porrifolius

Salsifi sauvage

Le Sureau noir, Sambucus nigra

Biblio :

Sauvages et comestibles, Marie Claude Paume, Edisud

Plantes à teinter, Chantal Delphin et Eric Gitton, Ed. Plume de carotte, collection Terra curiosa