Agnès nous a quitté comme elle nous est apparue.

« Je suis Faro », « Je suis Hôtel du Nord », « Je suis le ruisseau », « C’est à moi », « Je suis un patrimoine », « je suis un matrimoine ». 

C’est avec ces mots qu’Agnès apparaissait, debout sur une GBA, les pieds dans le ruisseau, sur une estrade ou au mégaphone. Captivante, rayonnante et érudite.

Pour qui ne la connaissait pas, ou peu, cela pouvait relever de la folie, de l’imposture, de la mythomanie ou d’un égocentrisme démesuré.

Agnès ne faisait pas du Faro sans le savoir. Elle est Faro. 

Elle est la personne pour qui la Convention de Faro a été écrite, celle pour qui la coopérative Hôtel du Nord a été créée, celle pour qui le droit au patrimoine vaut la peine d’être défendu.

Elle fait partie des sans-voix, des sans-rien, des sans-titre, de celles et ceux que l’autorité patrimoniale ne reconnaît pas, qu’elle ignore, mésestime ou méprise.

Et pourtant, elle est de tous les récits d’Hôtel du Nord. 

Par sa famille et son histoire, elle est du premier squat marseillais, mouvement à l’origine de la première loi de protection des squatteurs, elle est de l’église Saint-Louis, premier monument inscrit au patrimoine dans les quartiers Nord de Marseille, elle est du fleuve des Aygalades où, enfant, elle se baignait, elle est du chantier du port antique qui va donner naissance à l’archéologie préventive, elle est …

Elle est une immense conteuse, capable de captiver une foule, de mettre en récit une théorie complexe, de transformer une anecdote en trésor, de rendre sa dignité à un champs, de révéler nos attachements, de raconter l’Histoire à partir de ses histoires, de nous faire sentir communauté, et debout.

Elle l’est au point d’être devenue une goutte d’eau du ruisseau, cheveux bleus, au point d’avoir inventer le verbe « faroriser » et de nous avoir représenté partout où nous sommes invités.

Lorsque la Ville de Marseille signe la Convention de Faro en 2025, au musée d’Histoire de Marseille, au cœur du port antique et du mythe fondateur de la ville, c’est elle qui nous re-présente. Elle est debout, sur scène, pieds nus plantés dans le sol, devant les autorités patrimoniales de la Ville et de l’Europe. Elle déclare, une fois encore, « Je suis un patrimoine », « je suis Faro ».

Et cette fois, personne n’a douté.

Agnès est apparue dans nos attachements, nos récits, notre communauté, notre coopérative. Elle a pris sa place et a su donner sens à la nôtre. Agnès nous oblige, elle est celle qui fonde notre engagement, notre coopérative.

Elle est notre matrimoine, notre héritage, notre trésor.
À nous d’en prendre soin, de la fêter, de la partager, de la conserver, de la transmettre et de continuer à la conter et à la chanter.

Bienvenue chez toi, Agnès. Et merci.


La cérémonie de ses obsèques aura lieu mardi 20 octobre à 15h au crématorium du cimetière Saint-Pierre. A partir de 18h, nous nous retrouverons pour une soirée sous la forme d’une auberge espagnole dans le quartier des Borels chez Claire. Si vous souhaitez plus d’information, merci de nous contacter en privé. 

Dessin Mathilde Haegel

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