Walter Benjamin

En Vitrine du 15 septembre au 15 décembre 2018

QUELQUES CHEMINS DE WALTER BENJAMIN A MARSEILLE

Une proposition de Hôtel du Nord et du Bureau des guides du GR2013 en coproduction avec le Musée d’histoire de Marseille dans le cadre du cycle « Walter Benjamin à Marseille” 

 

 

Rendez-vous à La vitrine du GR2013, 152 la Canebière 13001 Marseille

Vernissage Dimanche 16 septembre à 12h

Quelques chemins de Walter Benjamin à Marseille [Exposition]

Entre les vieux récits nationaux obsolètes et les narrations européennes balbutiantes, Christine Breton (conservatoire honoraire du patrimoine) nous invite à poser la nécessité poétique des contre-fictions. A partir de quelques chemins géographiques et de pensée de Walter Benjamin à Marseille, se dessinent des situations propice à l’émergence d’autres récits d’une histoire commune.

Mise en vitrine par Christine Breton avec Julie de Muer et Jean Cristofol, scénograpie Théo Paolo Goedert et Milena Walter. 

 

Hors vitrine le Dimanche 30 septembre 

Suivre Walter Benjamin [Balade] 

Par Christine Breton et l’association Les Labourdettes.

De la vitrine sur la Canebière aux tours Labourdette, afin de suivre les arpentages de Walter Benjamin, en passant par le café Riche et l’Hôtel du commerce et des négociants.   Sur inscription

Que de la bouche [Performance marchée] 

Par Nicolas Memain.

Une performance d’équilibriste explorant l’émotion ressentie par les gens du Nord qui découvrent le physique des Marseillais, en direct dans l’animation de nos rues et places. Un groupe à la posture glissante sur le Quai des Belges et le bas de la Canebière,faisant semblant de ne pas regarder nos visages et nos postures, se cachant derrière le prétexte de l’évocations de ceux qui ont décrit notre petit peuple. Gratuit sur inscription sur www.gr2013.fr 

Départ au 152 la Canebière / Arrivée au musée d’histoire de Marseille

 

En bordure de vitrine le Dimanche 7 octobre 

« Géographies de l’invisible, de Walter Benjamin à Trevor Paglen »[Mini-conférence de trottoir #1]

Par Jean Cristofol, philosophe et enseignant à l’Ecole d’art d’Aix en Provence.

Le texte de Walter Benjamin L’Auteur comme Producteur (1934) n’a cessé de faire écho et référence dans le champ artistique. Aujourd’hui, il est encore une force active qui permet de penser les reconfigurations des pratiques qui, entre art, science et activisme, renouvellent les formes d’expérimentation et d’intervention dans le champ social. 

 « Denture jaune de loup de mer la gueule ouverte… » [Mini-conférence de trottoir #2]

Anna Gjuillo, artiste et enseignante à l’Université d’Aix-Marseille.

Benjamin développe la notion, complexe, de tendance, la tendance d’une œuvre ne pouvant être politiquement juste que si elle est littérairement juste. La question est de savoir comment faire coïncider engagement et qualité en insistant notamment sur la technique de l’auteur. C’est Walter Benjamin écrivain qui sera convoqué dans cette lecture-performance à partir de son texte intitulé Marseille qu’il s’agit de proposer à la rue, comme pour mieux éprouver et mettre en pratique les théories de son auteur.

Entrée libre  sur inscription 

 

Hors vitrine le Samedi 13 octobre

La ville-port, remontée de la rue de Lyon avec Walter Benjamin [Balade]

9h30 à 12h30

Remontée de la rue de Lyon avec Jean Cristofol, Christine Breton et Julie De Muer, séquencée par des interventions dans trois bars de la rue de Lyon – aux Crottes, à Saint-Louis, à La Viste-  qui accrocheront les possibles rencontres imaginées entre W. Benjamin et Emile Zoccola, Hanna Arendt et Siegfried Kracauer.  Sur inscription

Départ du Métro Bougainville

Récit d’hospitalité – ALF

Mauvais rêve

Oui, ce paysage là, l’inconnu, l’être-ange, ce paysage là, ce contexte dans lequel je marche en ce moment avec un peu de peur, me laisse une impression de rien. Je devrais faire partie de ce contexte, en être un élément actif, marchant, intégrant et pourtant je ne peux rien nommer. Ce paysage est déshabité par ses dieux et ses déesses, ce paysage me désincarne avec lui. Je deviens en lui cette gravure de vente, de mode, de tourisme, de table rase prospective reconnue. Je ne suis plus et l’image désirante, de maîtrise, prime.
Reste le lieu commun au lieu du paysage là.
Nous pouvons souvent nous surprendre en flagrant délire de : ” Oh que c’est beau !” et le lendemain croiser la photo glacée de ce lieu, cet objet, cette situation dans un catalogue de voyages, d’armes et cycles ou de films. Terrible déconvenue, frustration refoulée aussitôt.

mais où est passée la divinité de ce paysage là ?

Bonne question pour sortir du mauvais rêve. Mon imaginaire ( comme le votre ) bloqué à niveau zéro, au plan de la tabula rasa moderniste a besoin de cette question pour redémarrer sinon je suis aphone, je ne puis nommer, raconter, partager avec les autres ce paysage là. Le récit commun, le roman national, l’imaginaire partagé  n’est plus désiré ou désirant. Il ne me séduit plus car je n’ai pas su trouver les mots.
Pourtant, diviniser est précisément une trés ancienne opération humaine qui permet de mettre un mot sur une sensation, un paysage, un inconnu, un être ange. Puis ce mot prend forme et devient le nom de cette forme Ou plutôt, face à l’un connu, c’est inventer un mot qui ouvre l’imaginaire à une autre chaine de sens et enrichie le contexte. Bien-sur le religieux a rapté cette opération et l’a dérivé vers un ailleurs, berceau des idéologies, mais ça on le sait et on remercie bien celles et ceux qui nous ont fait sortir de ce tout religieux hérité. Donc, maintenant libre de les récupérer dans les poubelles de l’histoire, je réinvente tous les petits dieux, toutes les fées vertes abandonnées et cela me permet de raconter le paysage là, patrimoine naturel et culturel. Mais la rencontre avec une divinité du paysage ne va pas de soi. Il faut d’abord avoir idée de la chercher là et pour se faire :

être là soi même.

Les humains, peu enclins à l’explicite, ont inventé la danse, ont frappé avec les pieds sur la terre pour en réveiller, en faire sortir … les divinités, précisément. C’est cela marcher. Et c’est cela marcher avec d’autres, faire société (être citoyen reviendrai donc à frapper le sol en cadence pour sortir de la cécité et accueillir ce qui va arriver ).
Quittons ce discours général pour voir ce que ça me fait en vrai. Je suis là, je tape le sol en marchant et je suis prête pour hostire. Et voilà que ça arrive justement là, une personne sort de terre et nous commençons à parler, elle va dire le mot juste et je l’entend et ça me donne du bonheur, c’est la rencontre et l’échange, tout simplement.

Récit d’hospitalité

Quittons ce tout va bien et voyons si je peux vous retransmettre ce qu’a dit la personne rencontrée au présent ou sortie du passé. Justement là, ça se complique car je commence alors un processus collectif de patrimonialisation. Le mauvais rêve recommence : ce mot n’a plus de sens, le patrimoine est devenu affaire d’image glacée et commerciale et caetera et idem pour la mémoire et l’histoire. L’imaginaire retourne à niveau zéro, oui, mais maintenant je sais passer ce mauvais pas. Nous avons tout, besoin de rien :  avec ces mots  le patrimoine est désigné comme une ressource partageable et conflictuelle, elle revient donc à celles et ceux qui la font vivre. Je marche là, je dors là et les ancêtres me visite et j’en fait le récit et j’appelle cela des récits d’hospitalité. Ce n’est pas un nouveau genre littéraire mais un moteur de recherche collectif. Neuf récits qui m’obligent sous ce titre à écrire l’Histoire là. Je suis conservateur du patrimoine et je m’oblige à incorporer l’histoire, à patrimonialiser comme les autres, à vivre en contexte, en citoyenneté.

celle-qui-marche

Maintenant je m’amuse à écrire un récit dans lequel je dis je et
La femme qui raconte habite les hautes collines marseillaises.
La femme qui raconte part un matin du delta du Rhône et traverse l’Eurasie.
La femme qui raconte surgie de la mémoire orale. Elle ne lit pas, elle n’écrit pas.
Devenue Celle-qui-marche, elle rencontre les divinités des paysages traversés et raconte ces moments étranges.
Elle raconte pour nous et 2764 années nous séparent de son départ.
Pour ce récit, dans la vraie vie, j’ai croisé d’abord Brigitte Fontaine et son poème, les charmeurs de pierre. J’y ai puisé sans vergogne de quoi faire exister la petite fée verte et le grand celte jaune.  Il y eut aussi des masses de documentation filtrées grâce à celles et ceux des quartiers nord de Marseille qui m’ont appris, durant quinze années, à passer de l’autre côté de l’évidence et des références absolues. J’ai suivi leurs balises discrètes, leurs mots, jusqu’au désert du Taklamakan.

Christine Breton, 2014

Ce texte est publié avec l’autorisation de l’auteur et du Conseil de l’Europe, commanditaire de ce texte sur les “Récits d’hospitalité” identifié dans le cadre des Application Libre de Faro.

Les Applications libres de Faro (ALF) sont des actions qui ont été mises en œuvre dans le cadre d’initiatives citoyennes et dont la valeur a été reconnue par le Conseil de l’Europe par rapport aux objectifs et aux principes de la Convention de Faro. Ces expériences, souvent portées par des “communautés patrimoniales”, illustrent particulièrement bien un ou plusieurs principes de Faro. Elles ont été analysées afin d’en extraire les caractéristiques principales pouvant être “appliquées” dans n’importe quel autre contexte. L’objectif du Conseil de l’Europe, conformément à l’esprit de la Convention de Faro, est de les offrir sous le format “libre”.

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