Archives de catégorie : Mille-Pattes

Restons branchés! Récit #4

Un nouvel épisode de l’une de nos explorations en cours, qui donnera lieu à une première balade publique le 24 mars prochain…

Il y a des jours où tout à l’air ordinaire, et où pourtant l’extra-ordinaire s’invite au coin de la rue. 

Le 10 janvier 2019 fut un jour comme ça pour une grosse grappe de voisins qui allait vivre une petite aventure, une sorte de glissade tranquille hors de nos habitudes, en remontant du ruisseau des Aygalades jusqu’à Foresta. Le coin de la rue ce jour là c’est le 151 de l’avenue des Aygalades.
Comme à l’ordinaire ça travaille dans cette petite zone d’activités nommée Marseille industries, installée entre terril (de boues rouges) et ruisseau. Avant, il y a longtemps, il y avait là une grande propriété rurale avec 3 fermes, des vignes, une bastide et des loges à cochons. Le dernier propriétaire Balthazar Rouvière vendit en 1870 à la PLM (Paris Lyon Méditerranée) de Talabot pour construire la Gare de Saint-Louis Les Aygalades. L’aventure cheminote dont on parlera plus tard démarre là. S’installera un peu plus tard dans le siècle une huilerie (société des huiles raffinées du midi) puis dans les années 20 une station d’épuration et une usine de gélatine qui fonctionne jusqu’à la guerre. C’est la famille propriétaire, les Ramonnaxto, de cette usine de gélatine, qui après pas mal de temps en friche transformeront peu à peu en zone d’entrepôts puis en zone d’activité ces terrains. Aujourd’hui il y 75 entreprises qui sont installées là, un peu de tout (du fret, des grossistes en matériel techniques, des informaticiens…).  
Mais tout ce petit monde qui tourne plutôt bien n’est pas habitué à voir un groupe de plus en plus important s’amasser à côté de ce que fut la maison du gardien, devant une mystérieuse et discrète petite poste.
Mais où sont les arbres dans tout ça? Car c’est toujours sur la piste des arbres qu’on se retrouve là…


La bascule vers un autre monde qui se trouve pourtant bel et bien là prendra quelques minutes, le temps de faire connaissance de Jeannot, ancien cheminot, mais aussi pâtissier, qui au milieu de cette mini zone d’affaire semble aussi improbable que le Lapin blanc dans Alice au pays des Merveilles (sauf que Jeannot n’a pas du tout l’air de trouver qu’il est en retard…).

Côté marcheurs on est particulièrement nombreux, et une fois encore (chouette), nous sommes plein à ne pas nous connaître, à ne pas venir du même quartier, de la même « tribu », donc des rencontres en perspectives…

Bascule par la petite porte, nous passons de l’autre côté…


De l’autre côté les plantes sont les reines et chacune porte son histoire.


De l’autre côté le petit olivier a été planté là pour Marthe, parce que sa maman s’appelait Emilie Olivier, et que c’était une jolie manière qu’elle porte le nom de son père et pousse avec le nom de sa mère. 
Sous lui, se trouve une bouteille pleine de voeux qui seront un jour déterrés par la demoiselle, mais chut, c’est encore un secret…De l’autre côté tout semble un peu magique, il y a même des boules à facettes et des dames aux longs manteaux en fourrure qui portent des baguettes de pain et causent avec des garçons en sac à dos…


De l’autre côté, on apprend qu’il y a sur l’olivier des feuilles rondes et des feuilles allongées, et que c’est important pour les aider à grandir quand on les taille…


De l’autre côté tout semble un peu magique, il y a même des boules à facettes et des dames aux longs manteaux en fourrure qui portent des baguettes de pain et causent avec des garçons en sac à dos…


De l‘autre côté il y a des humains qui semblent d’organiser autour des arbres plutôt que l’inverse…


De l’autre côté c’est un bazar, un monde complexe d’espèces végétales, animales et d’usages humains qui nous rassure: on est vivants!…

Nous poursuivons dans le labyrinthe végétal des Jardins cheminots. Mais d’où vient cette apparition? Apparition ou au contraire relique, mirage d’un réel vivant mais évoluant dans une temporalité parallèle?
Ecoutons les horloges…


1855, l’axe ferroviaire du PLM s’achève à ce niveau. L’axe du train et du ruisseau se croisent, et se trouve en deçà de la ligne fiscale de l’octroi, incitant l’installation des industries qui tentent d’éviter les charges fiscales.Sur les pentes du chemin de fer jusqu’au ruisseau, les talus se prêtent à la culture des radis et à la culture ouvrière… Jeannot nous raconte que ce serait le comte de Mirabeau qui aurait vendu pour l’Ecu symbolique les terrains à destination des ouvriers pour y jardiner. Une condition à cette vente nous dit-il: que le béal (ces dérivations qu’on a construit le long qui ruisseau pour capter la force motrice de l’eau) soit entretenu à vie par les jardiniers…
Aujourd’hui ce n’est plus avec l’eau du ruisseau trop polluée qu’on arrose les jardins. Et si un jour ça redevenait possible? Chiche?

Nous arrivons dans le jardin de Anne. Elle n’est pas cheminote, elle témoigne du renouvellement qui peu à peu diversifie les histoires et les pratiques. Elle développe son jardin en permaculture, et surtout l’ouvre à l’apprentissage en proposant une école du jardinage avec un cycle complet de mise en pratique autour du jardinage urbain.

Contact et infos auprès de Anna: apmarsdegun@yahoo.fr

De nouveau le paysage est enchanteur et le récit instructif. Nous y apprenons l’histoire de l’association Jardinot (contraction de Jardin et Cheminot) qui s’est recomposée autour des multiples jardins ouvriers liés à l’histoire cheminote et à la SNCF.

Nous continuons pour rejoindre la parcelle de Jeannot. La ligne d’horizon nous rappelle que ce territoire est bien industriel et qu’en ces temps de déprise c’est l’immobilier qui se charge de requalifier…

Jeannot cultive dans ces jardins depuis plus de 60 ans, il a tout appris des aïeuls, de la pluie et de la lune. Il fut longtemps président des jardins cheminots, et aujourd’hui son grand plaisir est de transmettre. Il faudrait écrire un livre à partir de ce que raconte à chaque rencontre Jeannot. Christine qui marche aussi avec nous aujourd’hui a commencé, on espère qu’elle poursuivra, c’est important.

Pour l’heure on découvre les lieux. Jeannot son truc c’est les agrumes. Alors dans les dizaines d’histoires qu’il nous raconte c’est celle de la main de Bouddha, un citronnier.

INTERLUDE BANQUET ET TARTE AU CITRON (confectionnée par Dalila en spéciale dédicace à notre hôte)

Les retrouvailles ne sont pas aisées, car le ruisseau a du non pas partager son lit, mais peu à peu se laisser oublier dans le florilège industriel qui borde ses rives. Dès la sortie des jardins c’est la valse des déchets qui donne le rythme, le là, le sol?

Déchets, déchoir, déchu. Borderline…

Toute la filière du déchet se traverse en quelques centaines de mètres, avec de très vielles histoires (l’extraction des corps gras des animaux au moyen d’hydrocarbures) et des plus récentes (centres de tri, déchetterie ou recyclage de métaux…).

Et les arbres dans tout ça, arrivent-ils encore à raconter quelque chose?
D’abord ils nous disent tout simplement par leur présence. La ripisylve est vaillante, on se sent paradoxalement vraiment explorateurs dans cette zone là… 

Dalila nous pointe une forêt de figuiers qui l’interroge côté reproduction, et nous fait remarquer la « bataille » en cours entre les fresnes habitués des bords de l’eau et les muriers à papier qui s’adaptent bien aux retournements de la terre. Plus qu’une bataille entre les « typiques » et les « opportunistes », elle nous raconte la dynamique d’un milieu qui nous invite à nous questionner sur ce que pourrait être les divers modes d’entretien ou d’accompagnement de ces berges autogérées, ça discute…


Nous arrivons à la star, l’Etoile du Nord, la Cascade!

La journée n’étant pas dédiée (pour une fois) à l’état de l’eau mais à regarder à partir des berges, on part à l’aventure de l’allée de platanes repérée dans les images anciennes.

Sur le chemin deux demoiselles nous regardent…

Petite exploration avec Jean-François, artiste-jardinier des lieux…

En revenant on voit des arbres partout, dans tout…

Nous quittons la cascade et la Cité des arts de la rue pour prendre un peu de hauteur…

Il est bien connu que dans les forêts vivent parfois des lutins. Nous ne sommes pas loin du bois sacré contre qui a combattu César (voir le récit précédent), il n’y a plus de forêt mais il reste un lutin, ou un esprit, ou… qui sait. Ce qui est sur c’est qu’il s’appelle Pierre-Louis, qu’on se demande ce qu’il fait là, qu’il n’est pas sur lui non plus, mais nous dit qu’on est à l’heure (le retour du lapin blanc??)! Pour nous récompenser il nous raconte l’histoire du Château Bovis, en réponse aux divers châteaux qui trainaient par là. On se souvient d’une histoire de vaches mais à ce stade de la balade plus rien n’est sur…

Mais la rencontre hasardeuse nous amène à parler de où nous sommes, l’ancienne cité des créneaux, détruite dans les années 2010. Petite cité-village, sa douloureuse trajectoire nous amène à parler de l’attachement que nous portons aux lieux, aux sols, quelqu’ils soient quand ils ont vu et su nous y faire grandir. Nous sommes des arbres…
Et quelques minutes plus tard…!!


Les mains des enfants dans les feuilles, les troncs-immeubles ou les immeubles-troncs, le tout dans le faux tuf et la vraie rocaille. Histoire d’histoires…
Fin de balade un peu sur le fil, on n’est plus trop sur de la part de fiction et de réalité dans ce qu’on rencontre et raconte…
Ce qui est sur c’est qu’on arrive au Parc Brégante, et que là, sur le petit pont de rocaille et dans le beau jardin très arboré de cette ancienne bastide convertie une fois n’est pas coutume en parc public municipal, 3 d’entre nous ont joué petits de manière transgressive (passer la palissade) et 3 d’entre nous se sont mariés (c’est the spot pour les photos de mariage). Delà à dire que le mariage est transgressif, on ne le dira pas…

Nous sommes après cet épisode près à nous perdre un peu et à trouver un trou dans le grillage. Bizarrement cette désorientation (on s’est vraiment perdus) est balisée par le GR2013. Allez comprendre…


Nous rentrons dans le territoire Foresta… Nous saluons la forêt comestible et le figuier Câlin (il est tout doux à force qu’on le carresse), on salue le grand paysage et là on se dit qu’il est temps de se dire au revoir.


Et bien non, la rencontre encore nous appelle puisque Ahmed et Hakim nous font signe. Jardiniers « pionniers » pour ne pas dire « clandos », « sauvages », des terrains Foresta, mais aussi « sentinelles », gardiens », « soigneurs », ils prennent soins de lieux depuis des années, cultivant dans les ruines de l’ancien Château Bel air leurs jardins à la mode kabyle.

Et là, surprise, il se sont attaqués à la pente! L’escalier! 
On en rêvait, ils l’ont fait!

Euh, non, ils en rêvaient, ils le font… et ils ont tellement raison, ils ouvrent l’horizon! 
Merci à tous!!

Photos Dominique Poulain et Didier Brevet.

Prochaine exploration « Restons branchés! » en avril, « Balade des arbres, épisode 1 » le 24 mars.

Toxic Tour Caravelle: Récit #1

On est le jeudi 4 décembre, et on se retrouve sous le soleil d’hiver sur la place devant la poste de Septêmes. 

Derrière le côté anodin du petit rassemblement, la situation est pourtant incertaine. Nous venons pour certains de Septêmes, pour d’autres de St Antoine, pour d’autres encore des Aygalades ou de Saint Henri Rien que ça c’est un pas de côté vers l’inconnu mais aussi vers la rencontre…! Tout en étant tous passionnés par nos quartiers et engagés d’une manière ou d’une autre à mieux les connaitre afin de mieux en prendre soin, pour la plupart on ne se connait pas. D’où un petit silence un peu embarrassé en attendant on ne pas trop quel retardataire. C’est assez rare qu’on soit d’autant de quartiers différents, et même de communes, intéressés par le même sujet pour construire une balade. Alors de quoi s’agit-il? Objectif de l’après midi, commencer à arpenter physiquement les lieux qui pourraient peu à peu nous raconter l’histoire passée et présente de l’industrie chimique dans cette petite commune limitrophe de Marseille, avec qui elle partage (entre autres) le fleuve côtier qu’on nomme ici Caravelle, puis à partir des Aygalades Ruisseau des Aygalades. L’envie pour cette balade en construction est donc clairement de relier une histoire patrimoniale industrielle locale à des situations écologiques actuelles, notamment en s’intéressant aux relations (via l’industrie, la géographie, le fleuve…) de cette petite commune rurale à sa grande voisine marseillaise. Notre petite équipe va donc faire connaissance chemin faisant, sachant qu’on se sait pas vraiment quel chemin on va faire, et se met en route. Nous avons trouvé un consensus pour commencer l’exploration: aller voir au fond du vallon du Maire les rejets de l’usine Spi pharma, source majeure de la pollution actuelle du ruisseau Caravelle. Sur le chemin, Pierre, habitant fin connaisseur des lieux partage anecdotes de village et de rivière, entre vaches flottantes lors de la crue de 1907, restes de fontaine et traces de l’ancien lavoir et moulin.
A partir d’une carte postale du milieu du 20ème siècle ça donne…
Très vite on se retrouve aussi à essayer de démêler ce qu’on sait du bassin versant des Aygalades, c’est à dire de tous ces affluents dont certains ne sont plus considérés que comme des souvenirs, et d’autres comme des égouts.
 
On les suit dans ce qu’on peut en voir…
Et si on regarde une carte, une rivière est une multitude …
Etude de connaissance de l’aléa inondation sur le bassin versant des Aygalades- Setec Hydratec 2015
La balade continue vers le très bucolique Vallon du Maire. Plusieurs hypothèses quant au nom, dont celle qu’à un moment l’une des usines qui le borde était propriété du maire de la commune.
Comme nous sommes dans l’idée d’explorer un Toxic tour, on ne manque pas cette arrivée spectaculaire de colis en provenance de Chine dans le Ruisseau du Maire (affluent qui va donc se jeter dans Caravelle). Certains (Isabelle et Bernard sont des membres actifs de l’association AESE qui lutte contre les pollutions industrielles à Septêmes et ses environs) vont mener l’enquête…
Sur le chemin on s’accorde la joie de prendre un chemin buissonnier pour chercher sur les pas d’Isabelle une mystérieuse source des Lilas… Pas évident de l’identifier mais finalement on la trouve.
Peu à peu les traces industrielles se font plus présentes. De drôles de tunnels de taupes géantes par ici, la forêt cheminée par là, des collines qui sentent de plus en plus le remblai et le terril.
Nous voilà dans les paysages historiques de la chimie locale.
 
Bon là il va falloir prendre un peu plus de phrases pour expliquer (avec l’aide des savoirs de tous et quelques compléments de l’historien Xavier Daumalin…):
 
L’histoire de l’industrie chimique à Marseille et sa région est liée à celle de la soude, nécessaire à la fabrication du savon de Marseille. Initialement produite à partir de végétaux, un nouveau procédé breveté par un certain Nicolas Leblanc en 1791 va lentement (car au début les marseillais ont continué à importer de la soude végétale car moins onéreuse et moins… polluante…) changer la donne en permettant une fabrication à partir de la décomposition du sel marin avec de l’acide sulfurique. 
Le mouvement de passage au procédé Leblanc va commencer en 1809, avec l’ouverture d’une usine au sud de Marseille. La suite de l’histoire, passionnante et complexe, on vous la racontera en marchant, mais pour l’instant nous retenons que le développement des usines est alors intense dans Marseille et que dès les années 1815 des protestations, procès, se multiplient par des habitants inquiets des effets des rejets gazeux sur la santé et sur les cultures… 
 
Et oui, les préoccupations environnementales ne sont pas que des questions contemporaines…!
 
Septêmes fut la première commune hors Marseille, à la fois proche et perçue comme suffisamment rurale pour être « loin de la ville », à accueillir cette croissance rapide des soudières.
Elle sera ainsi également la reine des contestataires, quatre usines des industriels Rougier, Grimes, Rigaud, Crémieux et Delpuget y étant implantées dès ces années là, employant près de 170 ouvriers.
 
En 1816 les usines du vallon sont menacées d’être incendiées. Ca se finit violemment par l’incarcération de plusieurs cultivateurs. Pierre a ainsi retrouvé le procès qu’un de ses aïeuls agriculteurs a intenté aux soudiers. Nous espérons le lire bientôt!
L’état va finalement poser un ultimatum aux soudiers pour qu’ils réduisent leurs gaz. 
 
C’est alors pour certains la délocalisation vers « des déserts » (Port Cros, Porquerolles, Les Goudes et globalement toute la côte littorale), pour d’autres la recherche technologique, avec la mise en place de ces fameux tunnels de taupes qu’on repère dans le paysage, autrement nommées cheminées rampantes (on vous racontera comment ça marche une prochaine fois…). 
Mais la encore des habitants de Septêmes se rebiffent alignant les contre expertises pour prouver l’inefficacité de l»’invention ». 
La bataille fut rude à coup là encore de procès et plaintes. Mais l’Etat et les experts du conseil de salubrité jugeront ces préoccupations environnementales infondées, sauvant ainsi pour un bon bout de temps l’industrie provençale de la soude…

La tumultueuse histoire de la soude se poursuivra tout au long du 19ème siècle, sur fond d’innovations technologiques et d’affrontements fiscaux et économiques , puis aboutira dans ses contenus à la production des engrais chimiques. Elle débute en 1879 à Septêmes avec l’installation de la société Schloesing frères & Cie. 

L’usine, dont nous avons les vestiges juste sous nos yeux, produit des engrais azotés à partir des eaux de vidanges de la ville de Marseille, ainsi que des engrais phosphatés. 

Ce groupe Schoesling a eu un certain rôle dans l’adoption du modèle de l’agriculture intensive et l’utilisation des engrais chimiques dans le sud de la France, avec des compagnes de communication assez spectaculaires (les carottes géantes!) et même un journal présenté comme informatif  La Gazette des champs, dont le tirage dépassera les 250 000 exemplaires. 

Nous arrivons maintenant au fond du Vallon à l’Usine Spi Pharma. Cette entreprise est installée dans des anciens ateliers du vieil ensemble industriel. Elle produit des produits chimiques utilisés dans les médicaments et notamment les pansements gastriques (le Gavascon). Spi Pharma semble considérer le ruisseau du Maire plutôt comme un égout et y rejette du sel et de l’hydroxyde d’aluminium. L’augmentation de la salinité d’une rivière d’eau douce est un bouleversement écologique majeur auquel qui ici s’ajoutent les pollutions des remblais se déversant dans le ruisseau quand il pleut. 
Ce rejet est identifié par les chercheurs (de l’IMBE, Institut Méditerranéen de Biodiversité et d’Ecologie) qui travaillent actuellement à faire une sorte d’« état de santé » du Ruisseau des Aygalades comme la source majeure de pollution, qui impacte l’ensemble du fleuve puisqu’il se trouve très en amont. 
L’AESE est intervenue à plusieurs reprises notamment auprès de l’Agence de l’eau, une verbalisation a également eu lieu lors d’un rejet très spectaculaire en décembre 2016 mais pour l’instant sans avancées majeures.
 
Petites sélections d’images pour se faire une idée de comment ça se présente…

Et le rejet de 2016:

Pour finir cette première exploration, nous partons à l’aventure dans les restes de l’usine Duclos. Installée sur une grosse partie de la colline jusqu’au centre ville de Septêmes, elle produisait à la fois des sels d’aluminum utilisés aux traitements de eaux, des bétons projetés et de l’industrie chimique (Duclos Chimie), et traitait également le mercure (sous le nom de Duclos environnement…). 
 
L’activité mercure a cessé en 2011 et avait fait l’objet de longues luttes des habitants contre son extension, la suite de l’histoire contestataire de la commune… Aujourd’hui un projet de dépollution et d’écoquartier est dans les tuyaux, à suivre…
 
Petite balade en images dans ce Toxic Park en devenir, à la lisière du landart, du graff et de l’art brut…! Laissons parler les images…
 
L’amorce de la reconversion est visible:  la nouvelle médiathèque de Septêmes.
Bernard et Pierre ont chacun a leur façon cartographié cette passionnante balade, une belle manière de conclure.
 
 
La prochaine fois (le 12 février prochain après-midi), direction Lafarge!!

Restons branchés! Récit d’exploration #2

Les récits d’exploration mettent en partage les conversations et recherches des balades en cours de construction. 

Cette fois ça commence par un pique-nique sur la terrasse de Dominique.

Chacun a amené une histoire à raconter, une production à goûter ou un bouquin à partager autour de sa relation à l’arbre.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Après le pique quasi gastronomique on revient dans l’enquête.
 
La mémoire des fractures…
 
D’abord l’histoire du Robinier Faux acacia. Dans la vieille ferme que Dominique et Jean viennent habiter il y a déjà un paquet d’années, ils devinent deux ronds entourant ce qui devait être deux arbres, abritant agréablement la terrasse et donnant des airs de bastides à l’endroit. 
 
Mais il faut bien vivre et l’activité de la ferme évolua, avec notamment du stockage de charbon. On coupa les arbres pour laisser la place au camion venant livrer le combustible. Des années après, Jean et Dominique partent donc en quête d’un nouvel arbre à planter là, pour donner un peu de fraicheur au lieu où nous pique-niquons. 
Alors qu’ils espéraient un micocoulier, c’est finalement un robinier qui emménagera avec eux. Ils apprendront avec lui à accompagner la « fracture » (c’est un arbre très cassant), ce qui va nous permettre d’arriver à notre premier adage/slogan inventé de la journée (il y en aura d’autres…):  « Ça casse mais ça pousse »…
 
 
 
 
 
 
Ça vaut des nèfles…
 
Pas très loin du robinier, on trouve un très vaillant néflier qui a tout particulièrement l’affection de Jean. 
 
Serait-ce par goût pour ce qui n’est pas très valorisé (comme un peu chacun de nous dans ces balades)? Ou par intérêt pour l’activité permanente dont cet arbre fait preuve (Jean est aussi un grand travailleur)? 
 
En tous cas il nous amène notre deuxième adage: « Super, ça vaut des nèfles »…
 
 
 
 
 
 
 
 
Le Palmier du ghetto…
 
Josyane a bien préparé son résumé de ses recherches sur l’Aillante! Outre ce qu’on savait déjà (que c’est une plante qui s’installe dans les terres remuées, qui résiste à des conditions très dégradées de sol et de pollution, qu’on peut au choix y voir une nuisible ou une championne de la survie), on apprend que cet arbre fut donc importé de Chine (on verra que la Chine est récurrente dans cette histoire…) comme arbre d’ornement mais aussi, mais surtout, dans l’espoir d’une exploitation économique via son Bombyx, un papillon de nuit capable de produire de la soie.
Quand cette production n’a plus trouvé d’intérêt économique on l’a peu à peu trouvé moins sympathique…
Pour continuer à lister ses qualités, et pas seulement ses défauts (notre goût pour les nèfles…), on remarque sa capacité à pousser rapidement, les qualités musicales de son bois,  ses capacités à inhiber la germination d’autres plantes (ce qui peut être un défaut comme une qualité…).
 
 
Un instrument pour sonder les corbeaux en Ailante
 
 
L’Ailante a aussi beaucoup de noms différents, qui expriment la difficulté de clairement le classer du côté des bons ou des mauvais…
 
Outre le « Palmier du Ghetto », « Faux vernis du Japon », « Arbre du ciel » et « Arbre du paradis, il a aussi deux noms d’usage en Chine: 
Pour le chinois de la campagne il est l »’Arbre du printemps » (car sa période de « renaissance » annuelle est tardive et annonce avec certitude le printemps) quand il est pour le chinois des villes « l’Arbre puant » (parce qu’il dégage une odeur nauséabonde quand on froisse ses feuilles). 
Les chinois l’utilisent aussi comme métaphore à la fois du père de famille (par allusion à son côté imposant quand il est mature) et du fils dévergondé (en faisant allusion à la croissance un peu fofolle des rejets de souche).
 
Alors l’adage qui nous vient pourrait être : « Oui mais non ».
 
Entre Terre et Ciel…
 
Et l’on finit notre petit tour de table de nouveau avec la Chine, mais aussi la langue arabe et le dessin, avec Stéphanie qui nous montre les idéogrammes qui correspondent à « arbre » mais aussi « racine », « cime », « forêt »… 
Elle nous fait également partagé le beau livre Nous n’’irons plus au bois » dessiné par Zeynep Perinçek. 
 
 
Pour l’adage, les chinois nous invitent à réfléchir à Si j’étais un arbre…

 

 
 
 
 
 
 
 
 
Et puis on part en balade sur Foresta…
 
 
C’est pour commencer le retour du robinier, dans une autre situation. 
Dalila nous raconte alors que cet arbre, grâce à la présence de nodosité et de bactéries symbiotiques sur ses racines, a la particularité comme toutes les Fabaceae (légumineuses), d’être capable de capter l’azote de l’air (ce que la plupart de végétaux ne peuvent pas faire bien que l’atmosphère en contienne 78%). 
Une partie de cet azote sera utilisé pour fabriquer ses protéines, et l’ autre restera dans le sol et deviendra assimilable par les autres plantes.
Le Robinier, en agissant comme un engrais, en fait ainsi profiter les autres.
 
Donc c’est super… Oui! 
 
Mais il prend aussi possiblement la place d’autres plantes à cause de ses gousses pleines de graines… Non! 
 
« Oui mais non »…
 
 
Bon, on apprend aussi qu’il peut remplacer le teck pour faire de chouette terrasse mais aussi des bâtons du jardinier car son bois est imputrescible.
 
Quelques mètres plus tard voici le peuplier. 
 
Potentiellement marqueur d’eau, mais oui mais non nous dit la compagnie, car c’est le peuplier blanc, pas le vert. 
Mais savez-vous que le peuplier blanc c’est le peuplier de peintres de la Renaissance italienne, l’arbre avec lequel ils fabriquaient leur retable pour peindre sur bois? Ceux du nord utilisaient le chêne. 
Clin d’oeil aux nombreuses histoires italiennes de ces quartiers?
 
Et puis voilà le Frêne et ses histoires de Fresnette (idée pour l’Epicerie Foresta?) mais aussi de fourmis qui nettoient l’arbre en buvant le liquide sucré contenu dans des pucerons à partir du suc de l’arbre… euh… vous m’avez compris??
 
Et toujours ces plantes qui indiqueraient l’eau, en dessous… 
 

Le mystère du Savonnier. Pourquoi ça s’appelle comme ça? On ne sait pas mais on sait que, encore une fois, cet arbre vient de Chine… 
Troublante cette récurrence de la Chine, quand on sait que le projet MIF 68, qui indirectement a provoqué le projet Foresta, est largement lié aux investisseurs chinois et aux stratégies des nouvelles routes de la soie…
 
 
 
Tiens cette fois un Troène du Japon. Ils furent à la mode dans les bastides marseillaises, taillés en boule et recouverts de filets afin de permettre « Les chasses aux dames » , les oiseaux étant ainsi plus faciles à chasser pour la gente féminine…Hum Hum…
 

Nous voilà à l’orée de l’incendie. Un drame et une chance… Nous échangeons sur les impacts de l’incendie, à la fois traumatiques pour les hommes dans la modification du paysage qu’il provoque, mais aussi accélérateur pour certaines plantes qui vont profiter de la lumière retrouvée.
On se dit qu’il faudra approfondir cette question de l’incendie, de sa gestion aussi, notamment en invitant le chercheur Thierry Tatony à converser avec nous.
 
Des Chênes blancs, Chênes Kermes, de la Filaire, du Neprun, Viorne tin, Salsepareille, c’est tout un milieu qui vit là, face aux Ailantes et aux buissons d’Atriplex.
 
 
 
 
L’un grignotera t’il l’autre?
 
 
Nous y serons attentifs et pour prendre soin de cette incroyable relique nous proposons également d’entamer une procédure de classement au titre de la protection du biotope, rien que ça!!
 
 
 
A suivre…
 

Conversation marchée à Foresta #1

Les conversations marchées sont une invitation à regarder ce qui est là avec un scientifique qui ne connait pas forcément les lieux mais avec qui nous pensons avoir des « sujets de conversation »…

Récit de la Conversation marchée #1, 7 novembre 2018
 
Qui vit là et comment?
 
Alors c’était un mercredi matin, ciel menaçant, et une colline Foresta particulièrement verte pour la période de l’année. But de jeu de la matinée: regarder ensemble avec les chercheuses du laboratoire le LPED (laboratoire population environnement développement) Magali Deschamps-Cottin et Carole Barthelemy ce qui est là, dans un espace naturel profondément modifié par l’homme et aux conditions difficiles (pente, embruns, vent…). 
 
Toutes deux travaillent sur la nature en ville, et plus particulièrement à Marseille. 
Magali est écologue, elle regarde les relations et interactions entre les plantes, les animaux…et les hommes, avec une prédilection pour les papillons. 
Carole est sociologue, elle travaille sur les relations entre la nature et la société plus particulièrement dans les quartiers populaires de Marseille. Ça veut dire les usages qu’ont les habitants de la nature, les représentations mais aussi les modes de gestion de cette nature urbaine qui n’est pas toujours perçue ou nommée comme telle (les délaissés, les friches, les collines habitées…).
 
Après une petite introduction presque polémique à propos des prédateurs domestiques que sont les chats (qui en trop grand nombre affaiblissent la biodiversité), nous partons marcher.
 
A Foresta on se trouve majoritairement dans ce qu’on appelle un milieu ouvert. Or les papillons aiment bien ces milieux, plus que les forêts… Ils ont par contre besoin d’habitats diversifiés, notamment pour passer l’hiver.
 
Par exemple certains papillons passent l’hiver à taille adulte en ce cachant dans des vieux murs ou dans les ronces (donc oui, les ronces c’est important et pas que pour ramasser des mûres…).
 
 
 
 
 
Tiens, là le vieux mur qui sous tend aujourd’hui le Lycée de la Viste, relique bâtie de la colline d’origine. Un bon gite…
D’autres papillons passent l’hiver sous forme de chenilles ou de chrysalide, directement sur les plantes.
 
Dans le fenouil qui poussent un peu partout ici on trouve le Machaon. La Machaon aime le fenouil. Les papillons ont en effet des plantes hôtes, des plantes spécifiques que chaque espèce choisira pour pondre ses oeufs et qui sera la base alimentaire de la chenille. Les plantes sauvages parfois considérées comme mauvaises herbes peuvent ainsi être précieuses vues par une autre espèce…
On se fait un petit tour des espèces qui apprécient les friches et les zones abandonnées de nos contrées. Certains sont migrateurs, traversant la Méditerranée et élargissant ainsi leurs capacités à trouver le bon climat, la bonne plante… 
Et beaucoup ont des noms plein d’imaginaire…
Le Grand voilier, le Vulcain, la Belle dame ou encore le Pacha, qui n’accepte comme plante hôte que l’arbousier. Nous pourrions même rencontrer un papillon dont la femelle est appelée la Mégère quand son mâle se nomme le Satyre… 
Bon, en l’absence d’arbousier pas d’espoir de Pacha pour l’instant à Foresta…
 
On croise sur la dyplotaxie (la roquette sauvage) des chenilles de Pierrides, un papillon plutôt « tout terrain « .
 
 
Ici il faut se mélanger…
Un terrain artificialisé comme Foresta est le lieu de vie des champions de l’adaptation, de ceux (plantes, animaux et… humains…?) qui arrivent à trouver des stratégies pour faire avec les difficultés et qui finalement en font une opportunité.
En profitant de la « coupe » provoquée par l’installation des lettres de Netflix, on peut voir que la couche du sol vivante, propice à la vie, est très fine. En dessous les remblais des multiples modifications du site. La présence de l’argile joue aussi sur la perméabilité des sols. En gros soit c’est trop sec, soit c’est noyé… 
 
La réponse qu’ont trouvée les plantes à cette situation est de faire des cycles courts, aller vite pour réussir à se reproduire dans les deux périodes « viables » le printemps et l’automne. On voit aussi que dans ces terrains remués urbains qui ont constitué le terroir marseillais avec ses bastides et ses fermes, les plantes se mélangent, les espèces héritées des jardins cotoyant les spontanées reines de l’adaptation.
 
 
 
 
La planque du moustique…
Globalement, on est toujours agréablement surpris de constater que Foresta, tout en étant resté un espace ouvert, est plutôt « propre ». Peu de déchets, quelques bagnoles abandonnées de temps en temps mais finalement rien de trop alarmant au regard de la taille des lieux.
 
Mais malgré tout on trouve des petits amoncellements de temps à autres qui sont des vrais villas pour moustique, notamment les tigres qui adorent les humains et leur capacité à laisser trainer des récipients d’eau stagnante. Un peu d’eau qui traine dans une canette suffit à installer une nurserie, un cycle de reproduction pouvant se dérouler en 1 semaine. Si une partie des espèces de moustiques sont nécessaires dans un milieu, Magali nous invite quand même à sérieusement éviter ce genre d’habitat collectif qui dérégule les équilibres entre les espèces et nous bouffe quand même un peu la vie 🙂
 
Adopter un âne ou un quadra…
Nous arrivons devant l’un des quadra installés par SAFI dans Foresta. L’idée est d’avoir une petite zone d’observation détaillée des plantes pour que son inventaire exhaustif dans le temps nous apprenne comment évolue le terrain, par exemple suite à la venue des ânes qui depuis cette année se chargent du débroussaillage de printemps. Est-ce que les ânes vont modifier les plantes et le terrain? Affaire à suivre…

Cet inventaire est participatif et ses résultats sont consignés sur le site du mouvement « Tela botanica », où des milliers de personnes en France inventorient les plantes sauvages de leur quartier.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Ailantes Versus Chênes?
 Nous nous trouvons à la lisière entre une relique de la colline ancienne et de la colline transformée. D’un côté un bout de forêt avec des chênes pubescents, de l’autre une prairie sèche peuplée d’Aillantes qui ont réussi, c’est l’une de leur caractéristiques, à s’installer sur cette terre appauvrie. L’Ailante est considérée comme invasive. En même temps elle a la qualité d’arborer des zones dégradées par les hommes et où il est difficile d’habiter quand on est un arbre. Un petit débat démarre sur la menace, ou pas, que l’Aillante représente pour les chênes de l’autre côté du chemin. Battle à poursuivre lors de la prochaine balade d’exploration à partir des arbres…
Les écologues nous invitent à observer la dynamique d’évolution de cette micro-forêt:  Y a t’il de jeunes arbres ? Progresse t’elle ou régresse t’elle ?
 
Dans le même ordre d’idée, posant ainsi la question des régulations qui deviennent parfois complexes pour la nature anthropisée, Magali nous raconte que quand on met trop de ruches d’abeilles domestiques, ce qui ne semble au premier abord qu’une bonne idée, on met la pression sur les espèces sauvages. On crée une concurrence autour de la ressource des lieux avec d’un côté des abeilles sauvages qui butinent seules, et de l’autre des abeilles domestiques qui fonctionnent en colonies et qui « ratissent » très efficacement les zones de pollen. Tout est histoire d’équilibres…
 

Un peu plus loin on découvre un « arrangement » entre deux cèdres de l’Atlas plantés trop serrés et des mûriers à papier. Ré-équilibrer la répartition en taillant fragiliserait surement l’équilibre de l’ensemble, notamment racinaire, les rendant ainsi plus vulnérables au vent…
Dans ce cas on conclue qu’il faut au contraire laisser faire, observer, faire régulièrement des photos pour documenter et se rendre peu à peu compte de comment ces arbres et ce paysage vit.
 
 
Un bassin à ménager…
Nous finissons devant l’un des deux bassins de rétention de Foresta. Ces ouvrages techniques sont aussi des lieux de vie, notamment celui-ci qui a la qualité de ne pas être bétonné, ce qui le rend beaucoup plus hospitalier pour plein d’espèces de plantes et d’animaux. Tout peut y circuler, il crée un milieu dynamique, plein d’interactions. Nous nous promettons de rechercher les résultats de l’enquête sur les oiseaux nicheurs, réalisé récemment par le LEPD et l’association la Chevèche.
On regarde également la ressource que représente les cannes, que nous apprenons à tresser et à utiliser comme ressource de construction à Foresta.
 
Nous concluons notre conversation en se confirmant avec nos deux scientifiques qui découvraient les lieux pour la 1ère fois que cet espace naturel, pivot également dans les enjeux de corridors écologiques (trames), était vraiment précieux. 
Vaste, usager, à la fois marqueur historique et révélateur de toutes les stratégies de la nature pour s’adapter, cet endroit peut participer à nommer et à prendre soin d’une nature urbaine qu’on ne valorise pas ou peu et qui souvent devient un enjeu, conflictuel, au moment où on la perd (pour une construction).
 
On se dit que plus qu’une « Zone à Défendre », c’est une belle « Zone à Ménager », qu’on a du temps pour ça et qu’il faut en profiter…
 
 
A suivre!
 
 
Prochain Récit d’exploration à suivre: Restons branchés #2
Photos Sheryl Debourg

Récit #1 des racines et des arbres: Restons Branchés!

Cette année le 1000 pattes, groupe informel qui fabrique collectivement au sein d’Hôtel du Nord des explorations puis des balades, se laisse guider par les arbres, avec comme point de départ Foresta. Récit de la première séance de travail… Ce groupe est ouvert, vous pouvez le rejoindre à tout moment en prenant contact avec la coopérative.

Un premier petit groupe s’est retrouvé à Foresta, non pas sous un arbre, mais sous une ombrière en cannes de Provence, fabriquée collectivement avec le collectif Safi il y a quelques semaines pour apporter de l’ombre là les arbres ne sont pas…

Nous avons le temps d’un pique nique pour définir un peu plus précisément ce qu’on voudrait chercher en prenant l’arbre pour guide.

Quelles sont nos questions, envies, intuitions qui se cachent derrière l’arbre qu’aujourd’hui nous interpellons ?

Envahisseur, opportuniste, lanceur d’alerte…?

Vincent se lance et nous raconte ses interrogations autour de l’Ailante.

Dans son quartier du côté de l’Estaque cet arbre, originaire de Chine et importé en occident lors de l’engouement pour les « chinoiseries » ornementales, est communément regardé comme un «invasif». L’Ailante semble pousser partout et à grande vitesse. Alors entre la valeur qu’on a pu y donner par le passé (il a été largement utilisé comme arbre d’ornement tant dans les jardins que dans les espaces publics) et son possible statut de plante invasive à combattre aujourd’hui, que penser?…

Ce cas de l’Ailante devient encore plus passionnant quand Dalila nous explique que l’Ailante fait partie de ces arbres qui aiment les terrains remuées, appauvries voire dégradés. Plus qu’une invasive on pourrait dire que c’est une « opportuniste », elle sait très bien profiter du goût de l’humain des villes à décaisser, remblayer, déplacer les terres et les laisser devenir les coulisses de la construction.

Par sa multiplication, on pourrait même considérer qu’elle « donne l’alerte », qu’elle nous interpelle sur la manière dont nous gérons la terre sur laquelle nous habitons.

Dans le jardin de Vincent, le bosquet d’ailante est devenu un sujet important, à contenir mais aussi transformer. Outre l’ombre qu’elle apporte à cette colline aride, l’aillante permet à la compagne de Vincent de réaliser des sortes de totems avec les rejets et branches d’Ailantes qui chaque années se développent rapidement. A aller voir!

Foresta étant tout à fait caractéristique de ces terres urbaines dégradées, s’intéresser à l’ailante et à ce type d’arbres, dans toutes ces ambiguïtés et tensions qu’il révèle, nous semble motivant. D’autant plus que la Canne, qui est à l’origine de l’ombre qui nous abrite, fait également partie de ces espèces à la fois considérées comme invasives mais développant des stratégies pour trouver les ressources des lieux (par ex l’eau) et elle même devenir une ressource sur ces terres dégradées par les hommes.

Nous décidons ainsi de cette année mener une sorte d’enquêtes autour de l’ailante et de la canne (où, pourquoi et comment elles habitent, leurs usages et leurs histoires, comment elles peuvent devenir de la ressource et des histoires à partager…).

De foresta à forêt: petite histoire d’un territoire prohibé…

A partir de cette première histoire, il nous apparaît évident qu’il est nécessaire de prolonger cette question de la « survie « sur des terrains aussi difficiles que les terrains remués et transformés de Foresta. Mais avant ça nous revenons au nom «Foresta ».

Ce n’est pas que le nom d’une famille noble provençale et de son château, d’une zone d’opération militaire, d’un creux industriel, d’un terrain d’aventures.

C’est aussi dans l’histoire du mot le terme pour désigner un terrain interdit, mis au ban, sur lequel on ordonne de ne pas habiter ni cultiver, dans l’intérêt de la chasse seigneuriale. Apparait ainsi le verbe Forestare, « mettre au ban ». Et comme la chasse aime les animaux qui aiment les bois, Forestare a donné Forêt!

Redonner de l’usage collectif à un terrain qui s’appelle Foresta? Une fois qu’on connait cette étymologie et l’histoire des lieux, là encore ça motive!

Habiter sur les ruines…

Mais si la notion de « territoire mis au ban » résonne bien avec notre situation locale, force est de constater qu’il n’y a pas, presque plus, de forêt à Foresta. Y en a t’il eu un jour? Et comment se débrouillent les rescapés pour vivre là malgré les bouleversements urbains, ou les nouveaux venus qui ont choisi malgré les embruns salés, malgré le vent, malgré le manque d’eau et la terre appauvrie de s’installer là?

Ces arbres spécialistes de la survie nous questionnent et nous avons envie d’aller les rencontrer.

Nous décidons donc qu’un volet des explorations sera consacré à les inventorier, comprendre leurs stratégies et écouter ces arbres qui sont là, témoins d’un autre temps ou au contraire agiles pour survivre en conditions particulièrement difficiles.

Au pied de mon arbre (puis-je vivre heureux…?)
Et nous dans tout ça? Quelles sont nos relations plus intimes avec un, deux, dix arbres? Quelles sont nos histoires d’arbres? 
Il y a celles qui s’imbriquent intimement dans notre vie et notre mémoire, comme ces quelques arbres du boulevard Henri Barnier qui quand on écoute Dominique finissent par raconter toute l’histoire de sa maison. Ou la petite oliveraie où va ressourcer près de chez elle Isabelle. Mais il y aussi ces arbres qui portent des légendes, des luttes, des mémoires plus collectives dont ils peuvent devenir un témoin, un complice. 
Ils se trouvent à côté de chez nous ou un peu plus loin, ils nous relient.
 
Parfois nos histoires d’arbres deviennent aussi un sujet de conversation au quotidien. Comment on les taille chez soi ou dans l’espace public, comment avec eux ou parfois contre eux on marque son territoire, comment ils fixent des usages mais aussi des frontières dans un quartier? 
En écoutant les histoires d’arbres de Stéphanie au centre ville (notre pique nique a eu lieu quelques jours après les premiers arrachages d’arbres sur la Plaine) et celles de Sylviane à Saint Henri, nous réalisons comment les arbres d’un quartier deviennent à la fois un sujet qui engage du commun mais également du conflit.
 
Nous décidons alors de nous montrer ces arbres singuliers, d’écrire et de se raconter nos histoires intimes avec eux, et aussi de partir sur les traces de Sylviane pour explorer plus en détail une partie de St Henri, où l’entretien des arbres au quotidien est une conversation active entre voisins.
Et puis on finit en se rappelant la puissance poétique et imaginaire des arbres. On se souvient alors qu’Alice au Pays des merveilles y bascule en tombant dans un arbre, que même les botanistes et scientifiques comme Francis Hallé font appel à la poésie pour nommer ce qu’on peut s’apprendre, et que la dimension affective que l’arbre déclenche chez l’homme en fera un excellent guide de balades à plusieurs voix!
Prochaine exploration, vendredi 16 novembre: pour s’inscrire ici

Parvis et coulisses du Petit marché de l’Hôpital Nord

Depuis un peu plus d’un an Hôtel du Nord active une fois tous les 15 jours un drôle de petit marché sur le Parvis de l’hôpital nord. Preuve en acte qu’il suffit parfois de peu pour humaniser, donner des idées, relier des ressources, voici en images un partage des lieux et une relecture des enjeux. Prochaine date le mardi 26 juin, avec un improbable Karaoké animée par la musicienne-habitante Anne-Laure Carette.

Réalisé par Dominique Poulain.

C’est ici

 

Le Port de Saumaty : Explo #4

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Il semblerait que dans Saumaty un peu endormi il y a urgence !!

Suite aux témoignages de la balade précédente, nous avons senti le besoin de clarifier ce qu’on avait pu comprendre du fonctionnement de la pêche en méditerranée.

Rémi, qui est devenu assez spécialiste du sujet se lance…

« Il existe encore aujourd’hui sur les côtes méditerranéennes, l’une des plus anciennes institutions maritimes : la prud’homie de pêche. Issue des corporations de l’Ancien régime, la prud’homie a survécu à la Révolution, avant d’être consacrée au niveau juridique au milieu du 19ème siècle. Aujourd’hui, 33 prud’homies sont réparties sur les côtes du Languedoc Roussillon (11 prud’homies), de la région Provence Alpes Côte d’Azur (18 prud’homies) et de la Corse (4 prud’homies) »

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Rémi nous explique comment fonctionne le secteur, pas simple…

  • Des prud’homies qui existent depuis le 10ème siècle et qui ont réussi à traverser les diverses grandes réorganisations des métiers (notamment à la révolution française et après la seconde guerre mondiale)
  • Des comités locaux et régionaux créés en 1945 aux rôles incertains et qui doivent composer parfois avec des Prud’homies pas toujours en état de marche (notamment à Marseille)
  • Des syndicats
  • Une compétence pêche maritime qui est exclusive à l’Union Européenne

Tout cela donne une situation juridique et des situations de faits complexes et pour dire vrai on s’y perd un peu…

Danièle, pour remettre un peu d’ordre dans tout cela, dessine et on se promet de potasser le document de synthèse que nous transmet Rémi sur le statut du pêcheur et l’analyse juridique du secteur (fichier en fin de récit).

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Ce qu’on retient tout de même c’est que contrairement à l’Espagne ou l’Italie où les pêcheurs ont dû se débrouiller et se sont constitués en coopératives qui ont progressivement structuré le secteur jusqu’à aujourd’hui, la France a connu une présence de l’Etat plus forte qui a eu un rôle de soutien mais aussi une action déstabilisatrice en coupant le développement des capacités d’autonomie (vieux débat).

Pris dans les jeux avec l’institution, les aides à telle filière ou à telle autre, le secteur s’est progressivement désorganisé, divisé et s’est un peu perdu dans des querelles de pouvoirs mortifères aujourd’hui.

Un des symptômes de ce manque d’autonomie serait le constat que des mouvements de réinstallation des jeunes s’expérimentent dans d’autres pays, mais pas ou peu chez nous. Tous les pêcheurs que nous croisons convergent sur le fait que c’est mission impossible…

Pour digérer ce cours de droit et de sociologie du travail nous allons partager un petit déchargement de mulets (muges).

On y apprend les différences entre mulets jaune, gris et noir, que le noir est meilleur que le loup alors que le gris ne vaut pas trop le coup, et que s’il y avait eu une chance de trouver du jaune dans ce banc de gris, Esposito le négociant aurait fait trier un à un les poissons…

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Après avoir erré à la recherche du « l’usine à crevettes » pour finalement trouver une conserverie à l’abandon (Unimer a fermé ses portes il y a 6 mois après avoir perdu le marché de la SNCM), nous finissons par trouver David Revel et son entreprise familial de cuisson de crevettes.

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Rendez-vous est finalement pris pour la prochaine séance, mardi 26 avril, qui débutera donc sous le signe de la crevette, dégustation à l’appui. Nous enchainerons alors avec la rencontre du directeur du port pour aborder notamment les projets de transformation des lieux et des activités.

Et d’ici là on peut potasser…

Le Port de Saumaty : du mille-pattes au mille-palmes… Explo #3

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Du Régali on a une vue imprenable sur le petit port de pêche de Saumaty qui étale ses 4 hectares de plan d’eau non loin au pied du phare de Mourepiane depuis 1976.
Tous ces bateaux de pêche, tous ces filets multicolores enguirlandés de flotteurs entreposés sur les quais, ce bruit de la tour à glace, l’écho des hauts parleurs de quelque chalutier, ce va et vient perpétuel sur les quais, ce fourmillement d’activité ; bref : tout ce petit univers, m’est familier en apparence. Et ce n’est qu’apparence en effet car j’habite à côté et si je le vois tous les jours, je ne fais que l’entrevoir de loin. En réalité c’est pour moi un illustre inconnu dont je ne capte que l’image et parfois le son sans rien y comprendre…

Il y a comme un fossé entre mon univers sur la colline de Mourepiane et le monde maritime de Saumaty, au-delà de la barrière qui interdit l’accès à toute personne étrangère à cette zone d’activité, il y a surtout un gouffre d’ignorance réciproque qui nous sépare.

Je me dis qu’il n’y a pas plus frustrant qu’une proximité inaccessible…

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Ce matin avec les amis du Mille Pattes, nous allons franchir le gué pour accéder à cette rive inconnue et découvrir ses habitants : les pêcheurs…. Quels liens allons-nous tisser entre nous ?

Saumaty est le port de pêche de Marseille qui accueille chalutiers, thoniers et « petits métiers », ainsi qu’une criée au cœur d’un marché de négoce important et des installations adaptées à la conservation du poisson dans les meilleures conditions en attendant leur transit rapide vers les lieux de vente.

Patrick Fernandez, membre de la Prudhommie de Pêche de Marseille,  armateur et patron pêcheur, capitaine du Marie Bernard,  a eu la gentillesse de nous recevoir sur les quais pour nous parler de son monde, en précisant qu’il partageait une démarche de « pescatourisme »… En trouvant les modalités juridiques pour permettre aux pêcheurs d’embarquer des « civils » à bord, certains pêcheurs (avec Rémi et son association Marco Polo) ont décidé de voir dans le Pesca tourisme non pas une possible reconversion mais plutôt une opportunité de diversification et de transmission de la culture de la pêche traditionnelle.

Cette réflexion s’est manifestée notamment après la récente crise du thon dont les quotas de pêche ont été grandement réduits pour assurer son repeuplement. Aujourd’hui sa biomasse est estimée à 585 000 tonnes alors qu’elle n’était plus que de 150 000 t en l’an 2000. On a frôlé l’extinction…
Patrick Hernandez commence par nous décrire en quelques phrases un horizon quelque peu bouché du monde de la pêche, et qui continue à s’assombrir malheureusement…

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« Beaucoup d’activités ont disparu, la question de la valorisation des métiers survivants se pose ! »

« Les pêcheurs vieillissent, la moyenne d’âge est aujourd’hui au-dessus de 45 ans. »

« Les jeunes ne sont plus intéressés par ce métier devenu peu attractif, pénible, voire parfois dangereux. Il impose des contraintes trop élevées pour un revenu très fluctuant. C’est un métier chronophage soumis aux aléas de la nature à l’instar des métiers agricoles. »

« Pour une bonne pêche pouvant rapporter 600 euros dans la nuit – ce qui n’arrive plus très souvent – combien d’autres sorties pour pas grand-chose ou pour rien……et les jours de mauvais temps on reste bloqué au port, et il y a aussi les avaries qui empêchent de sortir. »

« Les matelots sont payés au pourcentage sur la pêche effectuée, les jours sans sortie ils ont droit à une indemnité de 88 € brut. »

« Question formation la France compte 12 lycées professionnels maritimes dont un lycée de la mer à Sète, et un autre à Bastia, sinon il y a des stages de matelot d’une durée de 4 mois à raison de 20 h de cours par semaine dont le coût et de 1500€. »

Patrick Fernandez a l’allure dynamique du gars qui sait ce qu’il veut et qui en veut….. Il parle de son métier avec passion, le regard plein de ces souvenirs de prises miraculeuses qui marquent la vie d’un pêcheur, mais n’oublie pas non plus les galères qui ont émaillées son parcours. La quarantaine passée, le teint halé, marqué par la vie au large, il arpente le pont des bateaux depuis l’âge de 16 ans. Il aime ce qu’il fait et ce qu’il fait c’est ce qu’il est…Pêcheur !

Le Mille Pattes s’enroule autour de Patrick, sa multitude d’oreilles à l’écoute attentive de son discours passionnant, le groupe est tout frissonnant de froid à cause du mistral déchaîné. Le ciel est d’un bleu merveilleusement limpide mais ça caille…..Du coup, les quais sont déserts et aucun bateau n’est de sortie aujourd’hui.

Patrick souligne avec regret le fait que son monde se soit refermé progressivement, que ce n’est pas seulement dû aux barrières qui limitent l’accès du MIN de Saumaty aux seuls professionnels y ayant une activité, mais aussi à cause des réglementations locales ou européenne de plus en plus sécuritaires et exigeantes, il faut répondre également à un souci de protection de l’espace économique et des biens. Beaucoup de ports réputés pour leur ouverture ont suivi ce mouvement de repli sur soi. L’évolution sociétale a tendance à provoquer l’enfermement de certains univers….  « C’est bien de recréer du lien au-delà des barrières ! » s’exclame Patrick.

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Et c’est justement ce que nous souhaitons rétablir…. Autrefois Mourepiane avait un lien étroit avec la mer et le port, sans la moindre barrière ni sociale ni physique. Ici on était un pied sur terre et un pied en mer, tous imprégnés de la vie des gens de mer, matelots, dockers, pêcheurs, poissonniers, ouvriers des tuileries ou de la chimie estaquéenne, vivant tous d’un même élan le plaisir de l’accès libre à la grande bleue. Ici tout le monde mangeait plus souvent du poisson que de la viande. Et du poisson pêché à proximité, une ressource hyper économique et apparemment inépuisable. La marée remontait jusque sur les tables de la colline….   Depuis la modernisation du port dans les années 60 et l’arrivée des pêcheurs à Saumaty en 1976, la colline de Mourepiane et les quartiers environnants ont perdu progressivement leur lien direct avec leur mer, les grillages ont marqué la frontière entre les nouveaux territoires établis. Mêmes les quelques habitants d’ici, marins ou passionnés de pêche et heureux possesseurs de bateaux, ont fini par refermer derrière eux les barrières de leurs clubs nautiques respectifs où ils ont pu trouver un amarrage. Le Club Nautique de Mourepiane qui n’est pas très éloigné de là, reste tout aussi fermé.

Patrick nous initie brièvement aux types et aux techniques de pêche en prenant soin de ne pas nous noyer dans un jargon professionnel trop pointu……et le pointu ici on connait bien ! Il nous fait part également de ses préoccupations quant à la diminution de la ressource.

« On distingue essentiellement trois types de pêche, la pêche côtière pratiquée le long du littoral à l’intérieur des 12 milles, la pêche hauturière pratiquée sur le plateau et le talus continental au-delà des 12 milles, et la pêche lointaine ; Le chalutage s’effectue à 50 milles de la côte. Un mile marin équivaut à 1852 m. »

« A Saumaty on pratique le chalutage, la pêche au lamparo, le filet maillant et le palangrier. Le monde de la pêche est confronté autant qu’il est sensibilisé aux problèmes écologiques affectant la mer et par voie de conséquence la ressource des pêcheurs. On constate que si le nombre des poissons ne semble pas diminuer beaucoup, en revanche sa biomasse se réduit nettement, car la taille des poissons adultes est de plus en plus petite, le calibre est donc plus petit. Sardines et anchois, base alimentaire essentielle, sont au premier rang des espèces touchées par ce problème. Pour faire le même poids de pêche, tu prends donc beaucoup plus de têtes, et tu appauvris. Je pense que ce n’est pas que la surpêche qui est à l’origine du phénomène, et l’IFREMER ne dévoile pas le fond du problème, on ne sait pas pourquoi le poisson se met à devenir adulte prématurément. Pollution, raréfaction du plancton, modifications climatiques, surpêche, stress lié à l’activité marine touristique …… une chose est certaine : c’est qu’on constate l’appauvrissement général progressif de la ressource même en ce qui concerne les espèces peu ou pratiquement pas pêchées. »

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Patrick dénonce, le niveau de pollution important des calanques, médiatisée par les boues rouges qui sont loin d’être les seuls rejets, prône le zéro rejet et regrette toutes les dérogations dont jouit la France quant aux rejets en mer. Il nous fait part également de ses préoccupations en ce qui concerne les métaux lourds présents chez les grands prédateurs comme les dauphins ou les thons et surtout l’espadon, mais qu’on retrouve aussi dans toute la chaine alimentaire jusqu’au plancton.

Patrick Fernandez nous entraine vers les quais battus par le mistral à la découverte d’un Lamparo. Il nous fait découvrir la Pêche au Lamparo, pratiquée déjà dans l’antiquité à l’aide de naphtes et de résines à cette époque-là, on l’appelait aussi « pêche au feu ». La lumière produite par de puissants spots installés au bout d’un bras articulé attire le poisson dont le banc se resserre dans la zone éclairée, la capture est réalisée en encerclant les poissons avec un filet que l’on referme ensuite par en dessous pour les emprisonner dans une nasse qui est remontée à bord. Les poissons pêchés sont ensuite déposés dans des bacs d’eau et de glace, le choc thermique tue la capture rapidement, la fraîcheur et la qualité sont ainsi garanties dans les meilleures conditions.

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Le thon qui est pêché à l’aide de thoniers senneurs peut être gardé vivant en cages sur le bateau. Le thon c’est le poisson roi, un grand migrateur qui se reproduit dans trois régions du globe : en Atlantique, dans le Pacifique vers l’Australie, et autour des Baléares en Méditerranée. Cette précieuse ressource est sous étroite surveillance de la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique, et les captures autorisées pour le thon de l’Atlantique et de la Méditerranée ont été limitées à 15 821 tonnes en 2015. Les pêcheurs dénoncent les sévères restrictions qui leur sont imposées et profitent cependant en Méditerranée de la résistance importante des pays orientaux, où la pêche fait encore vivre une bonne partie de la population, aux interdictions et qui revendiquent vivement le droit à cette pêche traditionnelle. Sinon sa pêche serait probablement totalement interdite en Méditerranée qui se verrait alors progressivement transformée en « sanctuaire » à thon… au grand dam des pêcheurs.

Patrick Fernandez prône une gestion de la pêche qui se fait en temps réel et en liaison étroite entre le capitaine et le mareyeur qui s’occupe à terre du négoce des produits de la mer, ainsi on ne pêche pas plus que de raison. Si la capture ne peut pas être vendue dans des conditions satisfaisantes au moment de sa pêche, elle est remise à l’eau vivante. Il n’y aura pas de vente à perte, la ressource n’est pas appauvrie inutilement et le poisson relâché pourra être repêché une autre fois. Le produit de la pêche est donc optimisé par un prélèvement ajusté à la demande. Les aides précieuses apportées par les sonars et autres dispositifs de repérage du poisson permettent également de gagner considérablement en efficacité.

« On dénombre actuellement 150 bateaux de pêche dans les Bouches du Rhône, dont une quarantaine à Saumaty…. »

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Aujourd’hui il reste à Saumaty 2 chalutiers, 7 lamparos et une trentaine de « petits métiers » …

Petits métiers….grande activité locale.

La pêche aux « petits métiers », qui désignent les embarcations de moins de 12 mètres à bord desquels elle se pratique, représente près de 80% de l’activité locale. C’est une pêche très sélective avec des filets adaptés aux différents poissons recherchés, qui s’effectue dans la bande côtière et souvent de nuit. On la nomme aussi « pêche artisanale » ou « pêche côtière ».

Le « mille patte » quitte Patrick à regret pour aller à la rencontre de deux autres pêcheurs. Ça bourdonne entre les oreilles et ce n’est pas le fait du vent …il va falloir assimiler toutes ces informations !

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Nous partons à la rencontre de Mohamed Gabsi, la soixantaine passée, 40 ans de mer à son actif : 20 ans en tant que second et 20 ans sur son fileyeur, un « petit métier » qu’il chérit comme sa propre épouse. C’est même sa deuxième maison, il pourrait profiter d’une retraite tranquille, mais ne se résout pas à quitter son bateau et passe son temps en mer ou à Saumaty quand il n’est pas chez lui : Il continue à pêcher pour « mettre du beurre dans les épinards ». La mer et la pêche ont régi sa vie jusqu’à présent et « Momo » n’a pas envie que cela change… Après ses sorties nocturnes dans le golfe phocéen, son épouse continue toujours à vendre le produit de sa pêche au vieux port sur le quai des Belges. Ce circuit traditionnel de vente au public a fort heureusement été sauvegardé au nom de la tradition, Marseille n’a presque plus de poissonneries ; tout juste une trentaine digne de ce nom aujourd’hui contre près de 850 autrefois… Ce considérable maillage de diffusion assurait une forte relation avec les quartiers environnants et favorisait le développement de pleins de petits boulots connexes. Hayette qui nous a rejoint nous rappelle ce temps où son frère – toujours employé à Saumaty- ramenait au bidonville de Fenouil où ils habitaient des cagettes entières de poissons données en guise de salaire et tout le monde en profitait…

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Mohamed pratique une pêche saisonnière au gré des migrations du poisson dans la bande côtière. Il pêche tout sauf le thon. Il utilise des filets spécifiques selon les espèces qu’il cherche à capturer : filet trémail, filet maillant, filet à merlan, filet à daurades…. Ce type de pêche saisonnière nécessite une parfaite connaissance des habitudes du poisson et de son environnement. Si autrefois il alternait par exemple la sole et le merlan aujourd’hui, le pêcheur au petit métier cumule souvent plusieurs types de pêche simultanément pour assurer ses revenus…

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Et le « mille Patte » s’emmêle dans tous ces filets soigneusement entreposés sur le quai au droit du bateau de Momo….

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Autorisé à la pêche aux petits métiers en zone de protection renforcée, il est bien sensibilisé à la protection de l’espace naturel et de la ressource. Mais les réglementations mettent un peu Momo en rogne, comme beaucoup de ses confrères, il n’apprécie guère les contraintes européennes jugées trop bureaucratiques et non adaptées aux spécificités régionales. Tout cela complique singulièrement sa gestion de la pêche….
Le thon est bien sûr au centre des préoccupations, ce super prédateur qui augmente ses effectifs progressivement du fait des restrictions imposées par l’Europe, est accusé d’effectuer un prélèvement trop important sur les prises potentielles des pêcheurs aux petits métiers. Il affecte leur ressource cible. Il va sans dire que les points de vue divergents sur cette question, du camp des pêcheurs au camp des écologistes en passant par les organismes chargés des problématiques de la pêche et de la mer le discours n’est pas le même…d’ailleurs aux yeux de certains pêcheurs : « Greenpeace ne sont pas des écolos mais des politicards ! »… Le ton est donné !

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Boris nous rejoint aux côtés de Mohamed.

La quarantaine, grand et mince, je lui trouve un petit air de Renaud et de Gavroche de la mer avec sa casquette en Jean bleue rabattue sur les yeux….Boris et un passionné de la mer mais regrette de ne pas pouvoir vivre de sa passion à temps plein, il mène de front deux vies professionnelles différentes pour s’en sortir.

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Son discours se veut très humaniste et social aussi : « la mer n’est à personne et le poisson est à tout le monde ! »

Boris aime Saumaty et considère que ce port est bien adapté à leur activité, mais regrette quelques lacunes dans la gestion de cet espace : problèmes récurrents comme « la malpropreté, le désordre, les épaves de bateaux coulées, certains bâtiments bloqués à quai toute l’année. Du matériel à l’abandon ou stocké à long terme … tout cela finit par nuire aux capacités de ce port. »

Boris, qui est pêcheur aux petits métiers, nous explique que depuis la crise de la grande pêche, il y a de plus en plus de pêcheurs qui se reconvertissent à la pêche artisanale. Ce n’est pas sans conséquences car cela induit finalement une grave surpêche dans la bande côtière, et beaucoup de ceux qui viennent aux petits métiers par nécessité ne sont pas initiés aux bons usages pour se consacrer à cette activité dans le respect de la ressource. La bande côtière ne l’oublions pas est une zone particulièrement sensible car c’est la nurserie de la majorité des espèces. Une crise en déclenche une autre…. on finit par se retrouver avec une vingtaine de km de filets devant la Redonne alors que seulement 5 sont autorisés ! Et que fait la prudhommie de pêche ? Elle qui doit assurer de front des fonctions d’auxiliaire de police judiciaire, de régulation, de gestion des conflits, semble bien à la peine pour remplir sa mission. Cette structure, qui remonte au moyen âge, joue pourtant un rôle central dans la défense des spécificités régionales mises à mal par la réglementation européenne. Elle permet l’association de la pêche aux outils réglementaires.

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A la crise interne il faut encore ajouter des facteurs extérieurs qui prennent une ampleur préoccupante. L’activité touristique perturbe beaucoup trop le milieu maritime. La cohabitation entre « petits métiers » et loisirs nautiques est de plus en plus difficile et conduit à une perte de relation loisir/pêche « il y a une méconnaissance des bons usages et une absence de culture commune d’un territoire et d’un milieu qu’il faut pourtant partager, seule cette culture commune permet de conserver à la mer sa nature de Bien commun ». La pêche de plaisance s’est considérablement développée hors du cadre règlementaire strict imposé aux pêcheurs professionnel et cela impacte aussi le milieu. 80% des prises ne font pas la maille.

Boris est très conscient de la précarisation de son métier qui s’aggrave du fait de tous ces facteurs confondus : appauvrissement des ressources, pollution, dégradation du milieu marin, réchauffement climatique, pression touristique… Boris ne baisse pas les bras pour autant, il est pêcheur acteur de son territoire, et entend bien le défendre de toute la force de ses convictions.

« Un pêcheur peut devenir une sentinelle, il exploite, mais aussi il gère et fait partie du milieu. »

Le « mille pattes »  quitte Momo et Boris, est prend rendez-vous pour une prochaine visite et pourquoi pas aussi pour une sortie en mer sur un «  petit métier »  (après enregistrement de rigueur aux affaires maritimes bien sûr…)  La sympathique bestiole multicolore longe les quais, se faufile entre les filets, les caisses de matériel divers, s’attarde auprès des thoniers, reluque un lamparo, rêve aussi de pêches extraordinaires et finit par se décider à quitter Saumaty poussée par le vent qui ne faiblit pas… Quelle belle balade dans le monde de la mer, à quand le « mille palmes » ?

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2 # Récit exploration La Savine : De La Savine à la Campagne Mouret

Malgré un beau soleil, une journée froide et venteuse qui a visiblement découragé les dames de La Savine. Aucun enfant ne joue dehors… Seuls quelques jeunes encapuchonnés se tiennent debout à l’entrée de la cité…

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déjà un pied sur le terrain…

 

 

 

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img22D’abord le petit terrain de foot dans ce qui fut un bassin réserve d’eau, puis un arrêt à la chaufferie à côté du fantôme du bâtiment A, lui-même construit à l’emplacement de la fontaine, vestige de la ferme des origines.

 

 

 

 

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img27Aménagement à l’ancienne : pierre sèche ! Grâce au chantier d’insertion, Louis et Agnès apprécient en connaisseurs : leur terrain aux Mayans est tout en restanques.

 

 

 

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img30Savine, Palanque et hôpital Nord.  D’un 14 juillet à l’autre, les arbres qui entouraient le terrain de foot (stade) ont brûlé.

 

 

 

 

img33Vue sur l’Etoile et Les Peyrards : notre regard se tourne aujourd’hui vers la colline.

 

 

 

 

 

 

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img31Deux portails à franchir et un petit goût d’interdit….

 

 

 

 

 

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Locataire depuis 1960 de la Campagne Mouret (propriété de la ville), madame SOS-CIA, ainsi que Mme Soscia épelle malicieusement son nom, accueille gentiment notre petite troupe.

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Le corps principal de la ferme qu’elle occupe.

 

img37img41En fait, un véritable hameau…

 

 

 

 

 

img38img39img44img42Un essai de rocaille et un four réussi.

 

 

 

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img40img43La petite troupe en mouvement… et à la pause tisanes !

Bravo à Emilie qui a porté son petit tout au long de ces chemins escarpés.

 

 

 

 

 

img47img50Sur le chemin du retour…

Il n’y a pas qu’aux Mayans qu’il y a des abeilles !

 

 

 

 

 

img48img51Quand même…beaucoup de grillages ! Avec parfois – heureusement – quelques… trous.

 

 

 

 

 

 

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Jardin oriental.

 

 

 

 

 

 

A suivre…