ARGILES

Nouveau folklore et culture industrielle au nord de Marseille

3 séries d’ateliers artistiques autour du patrimoine tuilier du bassin de Séon à Foresta

Et si on partait à en voyage ici?

Et si on inventait ensemble un pays imaginaire, le fabuleux pays des tuiles et de l’argile?

En l’explorant on pourrait écouter et raconter les multiples histoires de ceux et celles qui vivent et ont vécu là, on pourrait aussi écouter ce que nous disent les plantes, la terre et aussi les caddies et le béton . Peut-être même qu’on pourrait peu à peu inventer des fêtes, des chants, des traditions à ce drôle de pays à la fois si réel et accueillant à nos rêves?

Et si l’argile pouvait donner matière et formes à l’envie de tisser avec toutes ces voix une histoire collective?

Pendant tout l’été, une première série d’ateliers vous propose de partir à la recherche des histoires et des savoirs-faire liés au passé tuilier de Foresta et des quartiers environnants. C’est aussi vers les usages d’aujourd’hui que ce voyage nous conduira, pour peu à peu vivre une aventure collective et pourquoi pas imaginer un nouveau folklore pour se relier?

Photos Nathan Bonnaudet et Dominique Poulain

Renseignements et inscriptions aux ateliers (gratuits) : 06 09 87 98 75 ou 07 68 23 59 91

Le festin argileux
Atelier proposé par Nathan Bonnaudet (artiste designer)

Il y a quelques dizaines d’années, Foresta était une carrière d’argile dans lequel on récoltait la terre servant à fabriquer les tuiles de Marseille. Cet été une tuilerie d’un nouveau genre s’installe sur le parc, des outils traditionnels et un four à céramique primitif vous invitent à découvrir l’histoire industrielle locale. Le temps d’une semaine, venez fabriquer de la vaisselle inspirée des techniques de fabrication des tuiles et réaliser un festin célébrant le sol de Foresta.

du 26 au 30 juillet: 9h30-12h30 du lundi au jeudi, Vendredi 9h30-18h avec goûter de restitution en fin de journée. Visite des réserves du Mucem le mercredi 28 juillet.

Pour les Familles, enfants à partir de 9 ans et adultes


Rouge  Atelier proposé par Louise Nicollon (artiste plasticienne)


Au pied de Foresta, l’usine Monier. Dernière industrie tuilière marseillaise, elle appartient à un récit où le paysage, les femmes et les hommes ont fabriqué ensemble une histoire et une forme à la ville : l’un fournit la matière première, l’ argile, les autres apportent leurs savoir-faire, artisanaux puis industriels… Nous vous proposons d’enquêter ensemble sur cette histoire en recherchant et collectant avec et auprès des habitants les différentes voix et formes que prend cette histoire (souvenirs, savoir-faire, luttes, archives…).

du 19 au 28 juillet : 9h30-12h30 lundis et mardis matin, mercredi 9h30-18h

Familles, enfants à partir de 9 ans et adultes

Les bolides
Atelier proposé par Nathan Bonnaudet (artiste designer)


Foresta est depuis des années le terrain de jeu des motards de tout Marseille. Il n’est pas rare de croiser les passionnés entre les collines naturelles et les remblais entassés là. Mais depuis quelques mois, des chevaux se sont installés sur le site et se confrontent aux moto cross. Venez réaliser des costumes et drapeaux en textile et participer à une parade mettant en scène la rencontre de ces deux groupes.


Les mercredis de septembre

14h30-18h30

Adolescents (à partir de 13 ans)

Argiles est un projet évolutif qui aimerait relier les histoires, les quartiers et les initiatives autour d’un patrimoine à la fois multiple et commun. Il prendra de multiples formes (ateliers de pratiques artistiques, fêtes, balades, parades…) au fur et à mesure des idées, expériences et énergies partagées. Il est porté par la coopérative d’habitants Hôtel du Nord, avec les artistes impliqués, Foresta, Yes We Camp et ses partenaires, l’Harmonie de l’Estaque, l’Ecole de musique de Séon, l’association Voyons Voir et de multiples collectifs d’habitants actifs dans leur territoire.

Le projet Argiles est soutenu par Rouvrir le Monde, un dispositif de la DRAC PACA dans le cadre de l’été culturel 2021 du Ministère de la Culture et par le programme Culture et lien social du Ministère de la Culture et de la préfecture des Bouches du Rhône.

Mythologie : Une mythologie est un ensemble de mythes qui forment un système doté d’une certaine cohérence, sous-tendu par la logique propre au système de pensée développé par une communauté donnée, dans un endroit et à une époque donnés.

Folklore : Le folklore (de l’anglais folk, peuple et lore, savoir, connaissances, science) est l’ensemble des productions collectives émanant d’un peuple et se transmettant d’une génération à l’autre par voie orale et par imitation. Ces arts et traditions populaires comprennent la culture littéraire (contes, récits, chants, musiques et croyances), figurative (rites, costumes, danses, décors, représentations), et matérielle (habitation, outillage, techniques, instruments, etc.).

Assemblée : Espace de dialogue rapproché pour personnes impliquées, mais aussi s’assembler (mettre ensemble, unir).

LA FÊTE DU RUISSEAU

4/5/6 juin 2021

avec le collectif des Gammares

Trois jours pour prendre soin du fleuve côtier Caravelle/Aygalades

Les humains, depuis le début des temps, se sont rassemblés là où il y avait de l’eau douce. C’est là que se trouvent aujourd’hui nos villes. Quand dans la fraîcheur d’une ripisylve urbaine, vous prêtez l’oreille au roulement de l’eau et des cailloux qu’il transporte, quand, au détour d’une ruelle, vous saisit la vue d’une petite cascade, cela ne vous apaise-t-il pas ?

La ville a besoin que circule l’eau fraîche et limpide qui relie les collines et la mer, et plus son trajet est libre, plus profond est ce lien. 

Avec pour emblème la crevette bio-indicatrice nommée Gammarus Pulex, et en rêvant qu’à nouveau abondent les eaux depuis les roches calcaires, nous allons relier par la marche tous les ramassages de déchets de l’Opération Calanques Propres organisés dans le ruisseau Aygalades en aval, Caravelle en amont.

Relier l’amont à l’aval, se rassembler dans un même récit et une même déambulation à fleur du ruisseau, nous a permis de comprendre à quel point son histoire raconte les histoires de nos villes et leurs dépendances. Pour prendre soin de nos urbanités et des eaux qui les rendent vivantes, il nous faut nous assembler et échanger entre tous les habitant.e.s qui vivent dans le bassin versant de ce fleuve, depuis les vallées du massif de l’Etoile jusqu’à la calanque d’Arenc.

C’est pourquoi, nous voudrions vous inviter à notre fête du ruisseau, qui sera rythmée par l’action simple et fédératrice qu’est le ramassage de déchets sur ses rives. La fête se déroulera trois jours durant, les 4, 5 et 6 juin de l’année 2021. Le vendredi, des ramassages seront organisés vers l’aval, le samedi vers l’amont, et deux grandes marches, l’une depuis Arenc, et l’autre depuis Septèmes, conflueront en fin d’après-midi à la Cité des Arts de la rue en une assemblée de bassin versant. Une journée de fête et de débat s’y déroulera le dimanche.

Riverain.e.s du ruisseau, de proche ou de plus loin, viendrez-vous célébrer notre petit fleuve-côtier si important dans notre histoire et pour notre futur ?

Le programme complet

Les inscriptions

Le collectif des Gammares réunit des associations et acteurs actifs le long du ruisseau pour favoriser un meilleur partage des connaissances, relier les initiatives et les territoires du bassin versant, proposer des actions communes et prendre soin du fleuve côtier. Il réunit à ce jour le Bureau des guides du GR2013, l’ApCAR (Association pour la Cité des Arts de la Rue), la coopérative Hôtel du Nord, les CIQ riverains, les AAA (Association des Amis des Aygalades), l’association AESE (Action Environnement Septèmes et Environs), l’association Jardinot, l’école de jardinage du jardin des cheminots, les artistes-voisins, le collectif SAFI et espère bien grandir encore.

NON SITE ON SITE*

Le sens de la pente

Du vendredi 23 au dimanche 25 octobre 2020

Week-end d’exploration citoyenne et de recherche artistique dans les paysages que nous habitons. Balades, exposition, installations et performances, conférences, concerts…

// Ven 23 oct 17h-20h30 //

Exposition – Vernissage à La Déviation
Avec Edwin Cuervo, Juliette Feck, Adrien Fontanell, Cie Le Cri De La Fourmi, A. Rollier, Annick Viet, Ludivine Venet, Jules Bourret, Jean François Debienne

// Sam 24 oct 10h-20h30 //

10h-13h – Balade LE SENS DE LA PENTE #1 avec le 1000 pattes (coopérative Hôtel du Nord)
Un groupe d’explorateurs de proximité, des habitants motivés, des artistes curieux, un orchestre d’improvisateurs inspirés s’embarquent tous ensemble à la recherche du Sens de la pente. Première étape d’une journée qui dévalera jusqu’à la mer, une balade à voix multiples part à la rencontre des hauts paysages du Massif de la Nerthe.
Inscription
Jusqu’à 17h30 – Performances aux Ateliers de la Nerthe et le long du chemin jusqu’à la mer.
Avec Léna Hiriartborde, Cie Le Cri De La Fourmi, Le Grand 8, Francisca Crisostomo Lopez, Oscar Landais, Louise Nicollon Des Abbayes, Aldo Thomas, Gilbert Cosset et Le Grand 8.
17h30-20h30 Concerts à Thalassanté
Avec la Fanfare des familles & et la Fanfare Pompier Poney Club.

//dim 25 oct – 11h-17h //

Brunch, exposition, conférences et discussions à la Déviation
14h Présentation de l’édition – Walking the data par Jean Cristofol et François Parra
Conférence Agir ici et maintenant par Floréal Romero
Détail de la programmation

*Non Site On Site: ce titre fait référence à l’oeuvre de l’artiste de Land art Robert Smithson, (années 60 aux Etats Unis) qui réalisa plusieurs oeuvres mettant en correspondance des espaces extérieurs, périphériques, incertains, illimitées, souvent modifiés par l’activité humaine, et des mises en formes intérieures, délimitées, fragmentaires.
Une proposition organisée par la Déviation, Hôtel du Nord et Thalassanté

BALADES D’AUTOMNE

Reprise des balades publiques le 19 septembre à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine.

Les balades seront mises en ligne progressivement de septembre à décembre 2020 et s’ajusteront aux consignes sanitaires. Nos balades programmées.

Redémarrage également des balades d’exploration du “1000 pattes” avec Le sens de la pente, du côté du massif de la Nerthe, ainsi que La bal(l)ade harmonique, entre l’Estaque Foresta à l’occasion du bicentenaire de l’Harmonie de l’Estaque. On y enquête, s’aventure, on se perd parfois, on s’apprend, on converse… et à la fin, on a fabriqué une balade ! Fabrique de balade.

MARCHER LE CONFINEMENT

Le week-end suivant le confinement du 17 mars, Hôtel du nord devait proposer une balade nommée « Se relier malgré tout ».
On devait y relier des quartiers fragmentés, des histoires de vie, des ruptures topographiques, des humains et une rivière…Pendant le confinement ce titre prenait une nouvelle résonance, et « se relier » devint peu à peu l’idée de maintenir du collectif à la fois pour penser, partager nos affects et s’entraider.

Et puis vint le déconfinement, avec tout le flou qui l’accompagne. Besoin de plein air, besoin de se retrouver socialement, besoin de partager cette expérience singulière dans son vécu intime, inégalitaire dans ses conditions et incroyablement commune, aussi.
Nous allons donc reprendre des balades, en tous petits groupes, mais pour quelques temps pas celles qui étaient prévues. Maintenant qu’on ne peut plus prévoir autant en profiter!


Nous vous proposons une série de promenades pour partager à la fois les histoires mais aussi les transformations qu’a occasionné le confinement dans notre rapport à nos espaces de proximité. L’appartement, le jardin, le quartier, la zone des 1km, le dedans et le dehors, nous avons tous.tes du redéfinir nos frontières, nos usages et au bout du compte nos perceptions et notre connaissance de nos lieux d’habitation et nos territoires quotidiens.
Chaque balade partira donc de notre expérience concrète du confinement. Chacun.e d’entre nous vous invitera à la fois à parcourir son espace qu’il a pendant 2 mois différemment pratiqué, et à partager des histoires, des rencontres, des observations. Chaque promenade se finira par un temps convivial qui nous donnera la possibilité d’échanger ensemble sur ce qu’on voudrait garder, transformer, imaginer à partir de l’expérience en cours.
Une manière de nous aussi nous rendre viral et vivants…

Les consignes sanitaires seront appliquées (distanciation physique et jauge de la balade) dans la responsabilité de chacun.e.

Lundi 1er juin : Balade des-confinés #1 Avec Fati et Rachid dans le vallon des Mayans.

Samedi 6 juin : Balade des-confinés #2 Avec Julie, Nathalie et leurs voisins dans le quartier de Mourepiane.

Vendredi 12 juin : Balade des-confinés #3 Avec Christine et Stéphanie en centre-ville.

Jeudi 18 juin : Balade des-confinés #4 Avec Claire, Georges et Agnès dans le quartier des Borels.

Samedi 20 juin, à 16h: La balade virale Marcher comme un virus avec 3x3x3 personnes

Jeudi 25 juin à 18h : Balade des-confinés #5 avec Chloé, Antoine et Carole en centre-ville.

Dimanche 28 juin, à 17h : Balade des-confinés #6 Danièle, Mathilde, Jef, Olivier et les habitants du pont dans le quartier de l’Estaque.

LE CDI : Centre de Documentation des Interrogations, des Interprétations, des Imaginations, des Irritations…

S’il convient d’être grave, c’est d’une forme de gravité qui nous fait avoir les pieds sur terre. Et les pieds sur terre c’est le début de la joie. De l’atterrissage et du refus d’un monde abstrait. Nos modes d’explorations habituellement marchées et qui activent la conversation, le corps, la modification de la relation à ce qui nous environne et nos capacités à prendre soin semblent être des outils toujours aussi importants. Comment les activer en période de confinement ? Sans indocilité puérile, ni soumission en dépit du bon sens, comment les cultiver pour pouvoir se préparer dès à présent à l’aujourd’hui comme à l’après ?

Apprendre à respirer sous l’eau, plutôt que d’attendre que la vague passe. Mais aussi, plus simplement pour se faire du bien et se relier, malgré tout.

Le CDI c’est quoi ?

Né des pratiques d’exploration du Bureau des guides du GR2013 et des habitants marcheurs de la coopérative Hôtel du Nord, le CDI est un lieu d’échange et de réflexions collectives, de textes, podcasts, musiques, films qui résonnent particulièrement avec la situation, ou qui permettent de prendre une tangente.

Il prendra pour l’instant la forme d’une newsletter contributive pour partager des initiatives, des pensées, des textes mais aussi des jeux et des protocoles pour mettre à l’épreuve notre manière d’habiter le monde et en ramener des récits, des dessins, des photos, n’importe quoi. Le CDI est une tentative de poursuivre les aventures commencées tout en réinventant le voisinage dans un monde confiné.

Le CDI c’est qui ?

Des habitants, des artistes, des citoyens qui aiment marcher et explorer pour mieux habiter et se relier, et toutes celles et ceux qui le veulent ou le voudront.

Toutes propositions de contribution (textes, dessins, vidéos…) sont bienvenues : CDI@gr2013.fr

Pour recevoir les Lettres du CDI, inscrivez-vous ici

Pour lire l’ensemble des lettres en ligne, ici

LE SENS DE LA PENTE, récit #3

On vous raconte les aventures du 1000 pattes, groupe d’explorateurs de grande proximité, des voisins qui marchent pour transmettre, comprendre, se rencontrer, créer et finalement mieux prendre soin de nos quartiers… Nous cheminons cette année le long de la pente qui du Massif de la Nerthe finira par nous conduire à la mer…

6 janvier 2020, La Nerthe, Marseille

ÇA COMMENCE PAR UN AVION

Les notes de ce beau lundi de janvier ont été perdues dans la colline. Mais nous avons nos mémoires, nos sensibilités, nos outils (quelques uns dessinent, d’autres enregistrent ou écrivent).
Alors on tente d’assembler nos fragments, en acceptant les trous et les petits glissements de sens parfois… Ça fait partie du sens de la pente!

SOUVENIRS…

Agnès: Je me souviens de Noël qui raconte ses séjours d’été : “Je venais là, à l’époque on l’appelait la Coloniale. On n’avait pas le droit d’aller seuls dans les collines. Les garçons et les filles étaient séparés. Le directeur de la Coloniale, il habitait à Cossimont, on ne devait pas le déranger. Mes parents, ils travaillaient dans les tuileries. Mon père il était dans les mines jusques dans les années 50. Même les enfants de ceux qui travaillaient dans le bâtiment, ils y avaient droit. Là-bas, c’était mon premier baiser. Il est resté longtemps le pin avec le coeur gravé et nos initiales. Mais après il y a eu le feu. C’était plutôt un centre aéré, à la journée. On avait joué “la partie de cartes” de Pagnol, même que je jouais Panisse. On montait avec le bus. La route, c’était pas la même qu’aujourd’hui. C’était étroit mais cimenté et on arrivait direct sur Cossimont.”

Dominique: Je me souviens que Marie-Blanche n’avait pas voulu se garer à quelques pas de notre lieu de RV, jugeant cette route où bien d’autres parmi nous ont installé sans vergogne leurs voitures, interdite aux pauv’péquins que nous sommes, propriété de Lafarge, essentiellement destinée aux camions Lafarge… Durant notre long moment de discussion au tout début de la balade, nous avons constaté que bien des camions sillonnaient la route derrière nous, et s’en est suivi, justement, une longue discussion, assez précise et technique sur les raisons de ce statut de route privée, les frontières exactes de la propriété de LAFARGE, et … de nouveau, sur les luttes des habitants pour sauvegarder tel ou tel périmètre (cf récit précédent).

Julie: Je me souviens avoir alors pensé « Alors la route aujourd’hui accessible a un usage public est une route privée, et la route publique nous est devenue inaccessible, presqu’invisible.”Et je me souviens aussi d’entendre Marie-Blanche nous raconter le tournage du beau film de Jean-Pierre Thorn, Je t’ai dans la peau, dont une des scènes se passe à Cossimont.  Je me souviens alors d’Agnès nous racontant l’histoire de sa mère, qui à la manière de l’héroïne du film s’est « défroquée » pour poursuivre tout d’abord le mouvement des prêtres ouvriers dont l’un des QG était le quartier de St Louis et son église de béton, puis plus tard la lutte dans les cellules communistes actives dans ces quartiers de Marseille. Je me souviens de ces frottements permanents entre ces missions religieuses et ces militances sociales, avec souvent le plafond de l’ »appareil » qui ici et là empêche.  Je nous entends en plein milieu du massif de la Nerthe parler des mouvements de femmes et des premières banderoles d’Agnès formée aux slogans féministes par Lucienne Brun, grande activiste du bassin de Séon décédée la semaine précédente…


Agnès: Je me souviens que le film de J.P Thorn, c’est une histoire vraie qui s’est passée à Lyon et que Marie-Blanche a milité dans les luttes féministes avec l’héroïne du film (pas l’actrice, la vraie).  Et que l’ancienne route s’est trouvée désaffectée car par arrêté préfectoral Lafarge a été obligé de construire une nouvelle route, celle que nous empruntons régulièrement et qui de fait est une propriété privée avec du coup un problème du stationnement le long de cette route. Pourtant c’était la plus ancienne route du Rove, route d’usage de toutes les circulations de hommes depuis bien longtemps… Ce qui nous amène à nous parler du récent compromis de vente des terrains par Lafarge au Conservatoire du Littoral suite à longue lutte des habitants, soutenue également par la mairie de secteur, de la clause suspensive à cette vente qui engage la construction d’un demi-échangeur dans les 5 ans… Lutte gagnée mais résultat pas gagné… (cf récit précédent)

Danièle: Je me souviens  que nous sommes enfin partis en tournant le dos à Cossimont en direction de la ferme Turc, et de Bicou qui tente de situer les différents propriétaires et terrains : Lieutaud, Turc, Lafarge, Lamy…Dans un paysage et une vue magnifiques, nous nous demandons pourquoi ce nom, Turc… On se dit qu’il ne faut pas oublier de rechercher toutes ces étymologies.


Claire: On se souvient qu’après cette halte un peu longue, la marche reprend dans une jolie garrigue. Alors Josiane raconte un souvenir de son mari qui travaillait (pour Lafarge, vrai ou faux ?) au Vénézuela. Avec les pneus, ils fabriquaient des tuyaux poreux pour irriguer le désert à Abou Dabi. S’ensuit une séquence de “téléphone arabe” dont nous avons un enregistrement qui n’est pas piqué des hannetons.

Danièle: Je me souviens des “dinettes” des chasseurs, abris avec un semblant d’air de maisonnettes, il y en avait un qui avait utilisé une planche à repasser…

RÉCIT (à plusieurs voix à partir des enregistrement réalisés par Louise) 

Nous longeons dans un paysage bucolique ce qui fut la carrière Lamy.

Arrivée en fin d’exploitation cette carrière fut rebouchée, plutôt par gravats que terre végétale, et réhabilitée comme l’oblige aujourd’hui la loi quand une carrière arrive au terme de son exploitation. Cet espace a successivement été l’objet d’un désir d’extension de Lafarge, d’utilisation en zone de stockage de déchets inertes, puis en zone de stockage de containers. Les collines et terrains privés sont depuis longtemps une économie foncière à Marseille, le port se refusant à accueillir les stockages de conteneurs à moindre prix et les entreprises de conteneurs se refusant à payer le prix que pourraient leur demander le port…Les projets ont jusqu’alors été toujours abandonnés, cet espace étant également classé en zone naturelle au titre de ses qualités écologiques.

En contigu sur notre droite, nous voyons un monticule de terre. C’est ce qui reste de la “montagne de pneus, qui empêchaient de voir les arbres » nous dit Noël.

Lafarge brulait les pneus du temps de l’usine. Quand on l’a fermé en 1985 pour ne garder qu’une zone d’extraction, ils ont continué à être stockés là.  Il y aurait eu des projets du côté de Lafarge pour en faire un ré-usage industriel, un recyclage sous forme de poussière pour en faire du combustible qui aurait assuré une économie de 10 à 15% de fioul à la cimenterie Lafarge de la Malle qui se trouve dans le massif de l’Etoile.

Ces projets n’ont pas abouti et à partir de 1991 par arrêté préfectoral Lafarge les a enterré là.  Résultat, la collinette sur laquelle nous marchons, et qui a ensuite été revégétalisée.

La ferme dite Turc, ou Ferme en briques ou L’Ermitage, est une grande bâtisse blottie dans le vallon, à l’architecture comparable à certaines bâtisses de Cossimont (avec les fenêtres en ogive). Cette bastide est devenue successivement campagne de chasse puis bâtiment à usages agricoles.

Elle appartenait au docteur L’Homme qui s’en servait essentiellement pour chasser, puis a été achetée par les Turc en 1920, qui en exploitent alors surtout les terres agricoles, “plus de quatre cent oliviers dans le vallon”, et y gardent les mulets.
Ils s’y sont pourtant déplacés les deux dernières années de la guerre en 43-44, leur propre ferme en bas au côté de l’église étant réquisitionnée par les allemands.Par la suite, la bâtisse reprend usage comme bâtiment agricole. Le rez de chaussée notamment est prêté aux bergers “jusqu’à ce que’un jour leurs brebis en liberté bouffent tout le blé des prés exploités par les Turc”.

Agnès nous raconte son expérience de cette ferme en 1974, lieu favori de virées nocturnes adolescentes, emplie de charrettes, de herses, de trucs, de bagnoles, “dont une merveilleuse voiture, une Delage Delahaye” dira plus tard Noel. Avec ses copains de virée, elle y découvre un temps étrangement suspendu : la maison est toujours meublée, la casserole est restée sur le feu, le stylo et le livre de compte ouverts sur la table.

La maison perdure dans ce “semi abandon”, est prêtée un moment à deux jeunes qui y organisent des fêtes gigantesques et est protégée au quotidien par Monsieur Simoni Sirio ( frêre de Mme Turc née Simoni) et de son neveu Daniel Simoni qui ont entretenu les près et l’oliveraie, les préservant par exemple de l’incendie de 2001 en les arrosant plusieurs fois par jour, en les taillant et les traitant contre les mouches, jusqu’à ce que leur santé les en empêche, il y a maintenant trois ans.

Le devenir de cette campagne est incertain. Elle bénéficie, comme tout le massif, de la double classification en zone agricole et PPRIF qui interdit d ‘y étendre l’urbanisation au-delà de ce qui existe. La bâtisse ne peut donc pas être raccordée à l’eau, ni à l’électricité et n ‘a de valeur que celle de ses terres agricoles, c’est a dire, pécuniairement parlant, nada.
“C’était censé autrefois valoir beaucoup, donc quand il y avait un héritage autrefois on donnait les terre agricoles aux garçons et les terres en cailloux au bord de la mer aux filles, parce que ça ne sert à rien.”
(On apprendra plus tard par Marie Blanche des précisions sur les modalités de  ce classement en zone agricole. L’auto construction , les caravanes, les constructions nouvelles, les entreprises travaux publics, stockage de véhicules de travaux publics, y sont interdits jusque dans le hameau et pourtant…).

Quelle relève pour ce bâtiment et ces terres inexploitées, “la provence de Giono” dit Bicou? Hors micro, on traverse ces jolis champs, on retrouve un puit caché sous une végétation bien irriguée encore, on parle d’agriculture multiforme, d’apiculture,  d’oliviers, d’amandiers, d’élevage, de ferme pédagogique, d’horticulture et de cultures de plantes médicinales, …

Le bucolique s’interrompt brusquement au remblai qui soutient la route des camions de Lafarge. Monsieur Turc, le père d’André et Denise, n’avait pas voulu vendre à la coloniale et s’est farouchement opposé toute sa vie à l’entreprise d’exploitation minière précédent Lafarge. Il semble qu’il voulait y préserver ce paysage agricole et végétal.
Au dessus sur la crête, dans notre dos dit Noël, c’est l’ancienne voie romaine qui reliait Marseille à l’étang de Berre. On la dessine à la cime des pins qui y dessinent une ligne. “Cette partie est restée intacte encore, en parallèle au chemin moderne avec les rayures dans la roche des charrettes”.
Le chemin en contrebas de la route devient blanc de cette poussière qui vole des camions qui la sillonne, aller-retour.
Le lac apparaît à droite en contrebas de falaises plus ou moins défendues par des barrières. Certains les franchissent, d’autres interpellent sur l’instabilité des matériaux de la falaise.

Le lac est beau. Il a un usage depuis des dizaines d’années, bien qu’interdit, de loisir. L’eau est bleue, bleue, bleue.  Elle a surgit dans cette ancienne carrières de marnes par remontée des nappes phréatiques et sources dans le vide créé. Aujourd hui, elle participe toujours à la logistique industrielle de Lafarge en lui permettant d’arroser les poussières issues de la carrière encore exploitée derrière nous plutôt que d’utiliser de l’eau dite de ville, soit traitée, donc potable.
L’entreprise Lafarge a diversifié ses activités en récupérant le (abondant) marché de gestion de déchets inertes de Marseille (multiples gros chantiers type Euromed, L2…). Elle a commencé à combler le lac avec ces déchets issus du bâtiment, répondant à la réglementation qui exige de reformer les volumes défaits après exploitation minière. Les déchets inertes ne sont pas dangereux et sont très contrôlés, dit Marie Blanche, mais des matériaux se diffusent malgré tout dans les sols et les ruissellements, et le plastique qui y est contenu remontait à la surface de l’eau, y flottait et en a abimé la qualité.
Lafarge interrompt le comblement et en 2016 adopte une autre stratégie en stockant les déchets à l’arrière du lac, le laissant diminué, encerclé de barrières, mais toujours lac.

A présent, les camions enfouissent la colline, que l’on voit en arrière plan du lac, sous ces gravats de travaux public en y dessinant depuis la base jusqu’au sommet un serpentin de restanques blanches. On voit encore le sommet de la colline surgir boisé de cette nouvelle fausse montagne minérale. Agnès voit de son oeil d’aigle des plantations à la base de cette nouvelle fausse montagne minérale.
Un nouvel enjeu d’occupation de ces espaces est abordé : les conteneurs…
Quand on redescend vers le hameau et avant de découvrir avec Daniel Simoni la petite chapelle de la Galline en mangeant la Galette (nous sommes le 6 janvier!), Noël nous montre “le chien qui regarde la lune”.

ET ÇA FINIT PAR UN AVION

ARCHIVES INVISIBLES #3 HÔTEL DU NORD (Marseille-Casablanca): la programmation

A l’occasion du programme du Tiers QG de la biennale Manifesta13, la coopérative Hôtel du Nord vous invite à découvrir ses archives invisibles, collectées et racontées avec Mohamed Fariji, artiste et porteur d’un projet de Musée collectif à Casablanca. 

Entre pas à pas et pas de côté, c’est par la marche que s’est exprimée il y a plus de 20 ans au nord de Marseille le besoin d’une autre manière d’observer, de penser et de finalement renouer activement avec les traces du passé.  Alors forcément il fallait sortir, partir à pied…

En prolongement de l’exposition, nous vous proposons de partager chemins de traverse, recherches, hospitalités et récits, au cours d’une rencontre et de 3 balades qui remonteront peu à peu de Noailles jusqu’aux Aygalades.

BALADES

GBA du bas, GBA du haut, Balade #1 dans le centre-ville        

22.02.20 /9h30-12h30

Une balade polyphonique sur l’asséchement des flux de vie en ville. 


Remonter la mer
, Balade #2 en direction du Nord

14.03.20 /  14h-17h

Une traversée pédestre d’une zone arrière portuaire adossée à un fleuve côtier.

Se relier malgré tout, Balade #3 en direction du Nord, un peu plus loin

21.03.20 / 14h-17h30

Une remontée entre ruisseau et tufs jusqu’aux racines d’Hôtel du Nord.

RENCONTRE AGORA

2.02.20 -/ 14h-18h– Au Tiers QG (57 rue Bernard Dubois)

Traces et récits visibles et invisibles des communautés

Agora modérée par Prosper Wanner (coopératives Hôtel du Nord et Les oiseaux de Passage) 

Discussions autour d’expériences de réactivation de traces et de murs. Histoires de territoire à Marseille, Casablanca (Maroc), Kaunas (Lituanie), Castille (Espagne), Machkhaani (Georgie) et Novisad (Serbie).

La balade des voeux 2020

2019 a été une année foisonnante d’explorations, de créations de nouvelles balades, de liens toujours plus forts et de nouvelles chambres qui sont venues enrichir nos possibilités d’accueil.

2020 commence par une plongée dans la généalogie de la coopérative, avec l’invitation de la biennale d’art contemporain Manifesta à participer aux Archives Invisibles.

En attendant cette nouvelle aventure qui débutera le 21 février, nous vous avons préparé une balade de vœux pluriels et vivants, un petit récit en images pour partager l’année écoulée.

Conception et photos Dominique Poulain, archives Hôtel du Nord

Marseille-Casablanca: nos archives invisibles

Dans le cadre de la biennale d’art Manifesta, qui se tiendra l’an prochain à Marseille, la coopérative Hôtel du Nord a été sollicitée pour participer au programme Les Archives invisibles. Avec 7 autres collectifs ou aventures citoyennes singulières, des expositions et programmations proposeront une plongée dans les archives et les démarches d’initiatives produisant par leurs actions d’autres récits de Marseille. Ce programme se fonde également sur la collaboration avec un artiste. Nous vous proposons un petit récit de la première rencontre avec Mohamed Fariji, artiste marocain vivant à Casablanca, le 17 novembre dernier du côté de Saint Antoine, qui fut aussi l’occasion de partir dans l’archéologie de notre propre histoire…

Après avoir passé la journée de samedi entre immeubles effondrés du centre-ville et cheminées des collines de Septèmes, nous nous retrouvons en compagnie de Mohamed Fariji chez Jean et Dominique. Contrairement aux prédictions météorologiques les plus maussades, il fait beau et de la terrasse on peut profiter de la vue ensoleillée sur Saint-Antoine, Plan d’Aou, la Castellane, la Bricarde et la mer tout au loin.

Le  café bu, nous nous installons dans le salon pour entendre la présentation de Mohamed. L’ambiance est studieuse. Il faut dire que pendant les deux jours qui se sont écoulés, Mohamed a beaucoup écouté, beaucoup enregistré, mais peu parlé. Nous sommes donc avides de l’entendre s’exprimer et de nous présenter son travail. Très vite, le thème de la réactivation de la mémoire collective émerge et nous fait sentir que l’équipe de Manifesta a eu du nez en proposant à Hôtel du Nord et à Mohamed Fariji de travailler ensemble.

L’atelier de l’observatoire, art et recherche

Images à l’appui, Mohamed nous présente le travail de son association, l’Atelier de l’observatoire, dont les locaux sont situés à 31 km de Casablanca. Mohamed l’a créée en 2011 afin de pallier le manque de proposition artistique pour les habitants et d’accompagnement pour les artistes émergents ainsi que pour mettre en réseaux des artistes, des curateurs, des chercheurs et des citoyens. Parmi les nombreux programmes développés par l’association, la Serre et le Musée collectif sont tout de suite entrés en résonnance avec les activités d’Hôtel du Nord.

La Serre est une structure mobile qui sert de lieu d’activité pour les enfants lorsqu’elle se trouve à l’Atelier de l’observatoire (il s’agit d’accompagner la « pousse” des enfants, avec des ateliers de peinture, de fabrication de déguisement, de travail des matériaux…). Mais la Serre se déplace également sous forme d’architecture mobile dans les centres villes et les quartiers périphériques des grandes villes comme Casablanca et Marrakech. Elle est montée dans un lieu public, dans un lieu de passage et des artistes y viennent pour présenter leurs projets en cours mais aussi parfois « impossibles » et rencontrer d’autres artistes, des curateurs, des chercheurs, des habitants. L’espace génère des rencontres, des échanges, des émissions de radio.

Le programme du Musée collectif a eu comme genèse la réactivation d’un lieu public, au potentiel éducatif et patrimonial, à l’abandon : l’aquarium de Casablanca. A partir de la collecte de sons et de témoignages dans le quartier pour comprendre les raisons -plutôt opaques- de la fermeture du lieu, Mohamed a monté en collaboration avec d’autres artistes marocains une exposition intitulée « l’Aquarium imaginaire » à l’intérieur du lieu. Il a alors proposé d’en faire un espace à la fois central et en mouvement dédié à la mémoire de la ville de Casablanca.

De là est né un projet apparemment sans limite, celui du Musée collectif qui part du besoin de raconter l’histoire des habitants et des lieux délaissés. L’idée est de collecter auprès des habitants des objets ou des documents liés à la mémoire des lieux, de les raconter, de les mettre en résonance ou en tension, puis de les placer dans des vitrines mobiles, temporaires, qui peuvent être alimentées en continu par l’apport de nouveaux objets. Cette valorisation s’accompagne d’une réactivation à travers l’organisation de rencontres qui font collaborer des universitaires avec des artistes en vue de transmettre leurs travaux et d’échanger avec le grand public.Pour Mohamed, il s’agit de mettre en mouvement, de faire en sorte que l’exposition, et cela vaut aussi pour celle des Archives Invisibles, ne soit pas une fin en soi mais l’occasion de générer une dynamique. A Casablanca, cela prend la forme de nombreux ateliers dans les quartiers périphériques, où interviennent des artistes, des architectes, des journalistes, des citoyens afin de mener une réflexion sur la collecte de la mémoire de la ville. Ces ateliers ont pour objectif de transmettre des compétences et de donner lieu à des actions concrètes dans le quartier. Des ateliers d’écriture ont ainsi conduit à la création d’un journal, un autre de prise de son à la création d’une radio et des formations au guidage ont permis à des jeunes d’organiser des visites guidées selon des itinéraires choisis par leurs soins.
Le Musée collectif est donc une sorte de matrice qui intègre les habitants en venant faire des propositions dans leur espace de vie dans l’idée de générer des échanges entre artistes et citoyens. Au Maroc, où la quasi-totalité des archives relève du domaine privé, cette initiative correspond, bien plus qu’à un musée à la collection figée, à la création et à la mise à disposition du public d’un centre de recherche collectif, en perpétuelle évolution.

Afin de laisser un temps de digestion, nous avons pris une pause et nous avons décidé de manger tous ensemble afin de pouvoir continuer librement la discussion. Fati avait préparé un délicieux buffet, convaincant dès l’entrée avec une incroyable soupe courge-gingembre-marron-curcuma.  

Un récit venu du Nord

Après cette pause aux accents de veillée au coin du feu, nous nous regroupons à nouveau pour entendre un nouveau récit, celui de Christine cette fois.

La venue de Mohamed et le projet des Archives Invisibles est également une occasion pour nous de revenir sur la généalogie d’Hôtel du Nord. Christine la fait remonter au début des années 80, au moment où elle mène avec Thierry Raspail une réflexion sur une approche intégrée, c’est-à-dire contextualisée, du patrimoine. Un des appuis de leurs recherches sont les travaux du Conseil de l’Europe, qui depuis 1975 planche sur le droit des citoyens à valoriser leur patrimoine culturel :  passer du récit individuel au récit collectif de manière à rendre la mémoire partageable. Ces textes aboutissent en 2005 à la Convention de Faro, ratifiée par 18 pays dont la France ne fait pas partie. 

Sur ces bases sont alors posés les jalons de la future coopérative Hôtel du Nord :

En 2007, un travail est fait dans le vallon des Carmes avec des élèves en écoles de design et d’architecture venus de Zurich. Christine donne une assise locale au projet dont une des réalisations est la production d’une carte postale qui constitue la première cartographie d’Hôtel du Nord !

Dans la lancée, un travail est mené avec la Cité des Arts de la rue et avec les associations patrimoniales du quartier des Aygalades pour réactiver la mémoire des habitants du quartier et de la fête du château des Aygalades organisée avant guerre par les ouvriers. Des communautés patrimoniales émergent, structurant collectivement leurs recherches locales à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine, où elles invitent tout Marseille à venir marcher avec elles.

En 2008, le journal La Marseillaise publie la carte de toutes les balades de l’année mettant en lumière et en récit ces communautés. Ce document synthétique est une bien belle archive qui trouvera sûrement sa place dans l’exposition ! Le compagnonnage avec La Marseillaise, et également avec Radio Grenouille pour documenter le processus en cours durera de nombreuses années.

C’est dans le contexte de la future Capitale européenne de la Culture que Christine et Prosper avec la commission patrimoine qui réunit la mairie de secteur 15/16 et les diverses communautés patrimoniales vont proposer la constitution d’une coopérative patrimoniale. L’existence de Marseille-Provence 2013 permet également d’explorer un nouvel aspect de la Convention de Faro: la dimension économique. En effet, la convention prévoit que le patrimoine culturel puisse également servir le développement économique du territoire et des habitants qui le font vivre. 

Cette question semble particulièrement pertinente à expérimenter dans la situation d’une capitale de la culture qui généralement tente de faire levier économique, pour le meilleur et souvent le pire, plutôt dans les centre ville. Comment se servir de cet enjeu dans les quartiers économiquement dévastés?

En préfiguration d’Hôtel du Nord, plusieurs actions sont alors menées, dont par exemple la cartographie de la route du savon de Marseille, pour lequel un label de reconnaissance géographique du produit (IGP) sera obtenu des années plus tard. C’est aussi le moment de la naissance de la dimension hospitalière avec l’objectif de proposer en 2013 : 50 chambres, 50 balades et 50 produits (artistiques, éditoriaux, artisanaux). L’initiative récolte un réel succès et le chiffre symbolique de « 50 » est rapidement dépassé. Malgré une préfiguration menée également au Plan d’Aou, le projet ne sera par contre pas suivi par les bailleurs sociaux qui ne trouveront finalement pas de cadre réglementaire pour tenter une expérimentation d’accueil dans les cités dont ils ont la gestion.

L’outil de propriété collective qu’est Hôtel du Nord permettra ainsi que soient expérimentés de manière concrète les principes de la Convention de Faro.

A la fin de ce chantier, Christine part à la retraite mais continue d’œuvrer à la fois là où elle habite, et en s’attelant à la rédaction des Récits d’hospitalité, qui racontent une autre histoire de Marseille, écrite depuis le Nord, et qui attendent dans chaque chambre d’Hôtel du Nord le voyageur qui viendra les découvrir. 


Sur la notion d’archives

Avec ces deux récits “fondateurs » en tête, celui du Musée collectif de Mohamed et celui d’Hôtel du Nord, nous nous lançons dans une discussion à bâtons rompus sur la notion d’archive. Nous en avons retenu que :

Le musée est un endroit où les objets sont figés. Autrement dit, le visiteur ignore tout du processus de production de ces objets.  Le paysage renvoie à un art urbain de représentation de l’espace, lequel est perçu à partir d’un point de vue singulier. A contrario, dans notre démarche (à pied!), nous cherchons à nous positionner à l’intérieur du paysage. En marchant à pied, nous suivons les variations du paysage, nous voyons apparaître et disparaître des éléments en fonction de la topographie. Ce perpétuel mouvement de zoom et de dézoom, de dedans/dehors a l’avantage de nous permettre d’appréhender la complexité et la polyphonie du “réel”. 

Notre exploration nous amène à chercher des traces inscrites dans l’organisation de ce même paysage. Cela passe par la rencontre avec des gens, par l’activation d’une mémoire. Notre démarche consiste à additionner des couches de regards et de mémoire. Or, cette même mémoire tend à disparaitre une fois passée l’activation. Nous fabriquons quelque chose qui se dissout (comme le savon de Marseille). 

La difficulté à conserver est d’autant plus grande que la captation ne parvient pas à restituer le contexte et donc entraîne la perte de la mise en scène avec les autres et le territoire. Il faudrait trouver le moyen d’établir une cartographie qui permet d’établir des liens, entre les histoires des différentes familles, les sons du quartier etc.  

Mais la nature même de l’archive vivante n’est-elle pas justement de se modifier, mais également de mourir ?  Notre archive est invisible aussi parce que même en l’ayant fait émerger une fois, elle peut disparaitre à nouveau. Il nous faudrait un moyen pour ne pas être enfermé dans un processus d’accumulation et de perte. A un moment Agnès lance un cri du cœur en racontant comment petite, du côté de St Louis, elle se promenait en touchant du doigt les murs, le trottoir, le caniveau et en s’écrivant « à moi, c’est à moi, c’est moi ! ». Autrement dit, ce qu’on cherche à activer ce n’est pas le sentiment de propriété mais d’appartenance, c’est-à-dire une forme d’attachement qui donne envie de prendre soin et donc de s’impliquer.

Pour conclure, rappelons un enjeu majeur qui est que le centre de la métropole Aix- Marseille se trouve justement ici, dans les 15 et 16e arrondissement !

Tout le monde s’accorde sur l’idée que le processus qui est en train de s’initier ne doit pas se limiter à Manifesta mais qu’il doit déborder l’événement. Dans le temps, mais aussi dans l’espace du lieu d’exposition, de manière à faire communiquer le centre et la périphérie mais aussi Marseille et Casablanca, que les activités des deux rives se fassent écho et que chacune diffuse et relaie l’activité de l’autre.

Afin de laisser Mohamed avancer dans sa pensée et dans ses propositions pour l’expo, nous convenons que la conversation peut également se poursuivre de manière très collective via la programmation. Ce sera le sujet de la prochaine séance de travail, où chacun est invité à venir avec une envie et idée de balade, une proposition d’un son ou d’un film et une forme ou sujet de rencontre/conférence.

Peu à peu, pas à pas, les archives invisibles apparaissent…