LA PISTE ANIMALE#5 : du chemin des lycéens au chemin des gammares…

Une balade dans laquelle les yeux de deux photographes semblent nous pister. Parfois au cœur de l’échange, parfois en lisière, ils portent attention à leur vision périphérique, jouent avec les distances, font corps avec la petite meute ou s’éloignent en solitaires, faisant apparaitre les autres corps qui traversent, évitent, passent, vivent ici.

L’un est plutôt loup, l’autre est plutôt chat. Pourrait-on reconnaitre le regard d’elle, l’attention de lui ? Elle s’appelle Evangeline, il s’appelle Franck. Pour ce récit ce sont leurs images qui seront la trace de notre nouvelle recherche du petit Chemin des Bestiaux.

PARTIE 1 : Le centenaire, le chien et l’enfant

Il était une fois un paysage. Ce paysage n’était pas ce ceux qu’on voudrait croire immortel. Depuis sa naissance il s’était tant et tant transformé que parfois il devait rappeler qu’il était toujours là, toujours vivant, toujours avec nous, fais de nous et dans nous. Ainsi le « nous » essayait de se rappeler, ce n’était pas facile. 

Ce jour-là nous avons réussi, un peu, grâce à l’alliance que le paysage avait passé avec le centenaire, les enfants et le chien.

Le centenaire et la mémoire

Pierre tient son chemin, celui des bestiaux, celui des hommes qui conduisent à l’abattoir. « Gorge Cœur Ventre », il nous invite à plonger dans le regard de la mise à mort industrielle puis nous lit presqu’en sautillant la fable « Le cochon, la chèvre et le mouton ».

Evangeline le chat parfois se faufile entre les humains pour les observer de près, Franck le loup regarde autour. A notre tour de pister leurs photos !

Zoom sur un extrait du film Gorge Cœur v-Ventre de Maud Alpi

Une Chèvre, un Mouton, avec un Cochon gras,
Montés sur même char s’en allaient à la foire :
Leur divertissement ne les y portait pas ;
On s’en allait les vendre, à ce que dit l’histoire : 
Le Charton n’avait pas dessein
De les mener voir Tabarin
Dom Pourceau criait en chemin
Comme s’il avait eu cent Bouchers à ses trousses.
C’était une clameur à rendre les gens sourds
Les autres animaux, créatures plus douces,
Bonnes gens, s’étonnaient qu’il criât au secours ; 
Ils ne voyaient nul mal à craindre.

Le Charton dit au Porc : Qu’as-tu tant à te plaindre ?
Tu nous étourdis tous, que ne te tiens-tu coi ?
Ces deux personnes-ci plus honnêtes que toi,
Devraient t’apprendre à vivre, ou du moins à te taire.
Regarde ce Mouton ; a-t-il dit un seul mot ?
Il est sage. Il est un sot,
Repartit le Cochon : s’il savait son affaire,
Il crierait comme moi, du haut de son gosier, 
Et cette autre personne honnête 
Crierait tout du haut de sa tête.

Ils pensent qu’on les veut seulement décharger,
La Chèvre de son lait, le Mouton de sa laine.
Je ne sais pas s’ils ont raison ;
Mais quant à moi qui ne suis bon
Qu’à manger, ma mort est certaine.
Adieu mon toit et ma maison.
Dom Pourceau raisonnait en subtil personnage :
Mais que lui servait-il ? Quand le mal est certain,
La plainte ni la peur ne changent le destin ;
Et le moins prévoyant est toujours le plus sage.

A la fable, Danièle répond par le chant et la ballade popularisée par Joan Baez « Donna Donna », dont beaucoup d’entre nous découvrent la signification. Et une fois encore, nous chantons avec le paysage…

Dans un wagon rempli pour le marché,
Il y a un veau avec un œil morne.
Au-dessus de lui, une hirondelle
Bat des ailes rapidement dans le ciel.

Comment les vents rient-ils ?
Ils rient de toutes leurs forces !
Rire et rire toute la journée,
Et la moitié des nuits d’été.

Donna, Donna, Donna, Donna
Donna, Donna, Donna, Don
Donna, Donna, Donna, Donna
Donna, Donna, Donna, Don

« Arrêtez de vous plaindre », dit le fermier.

« Qui vous a dit d’être veau ?
Pourquoi n’avez-vous pas d’ailes pour voler avec ?
Comme l’hirondelle si libre et fière ? »

Comment les vents rient-ils,
Ils rient de toutes leurs forces !
Rire et rire toute la journée,
Et la moitié des nuits d’été.

Donna, Donna, Donna, Donna
Donna, Donna, Donna, Don
Donna, Donna, Donna, Donna
Donna, Donna, Donna, Don

Les veaux sont facilement attachés et abattus,
Ne sachant jamais pour quelle raison.
Mais celui qui chérit la liberté,

Comme l’hirondelle a appris à voler.

Comment les vents rient-ils ?
Ils rient de toutes leurs forces !
Rire et rire toute la journée,
Et la moitié des nuits d’été.

L’enfant et le jeu

Thais et Hiacinte volent autour de nous à la manière des hirondelles. Soudain ils deviennent chevaux, araignée, tous les animaux à la fois. Ils sont vivants et évoquent dans leurs jeux libres et aventureux nos conversations sur les relations, entre apprivoisement, domestication, ensauvagement… Et leurs corps mettent en mouvement le paysage, rendent intéressant une barrière, passionnant un muret, apprenant un escalier. 

Evangeline attrape quelques moments au vol !

Luna et Tania

La Tania et la Luna. Tout de suite ça sonne !

Evangeline a fait leur portrait et c’est Franck qui a pisté leur relation. Dans cette relation, on est parfois ensemble, à deux ou en collectif, on se touche, on cohabite serré, et d’autres fois on prend le large. Luna la chienne laisse alors Tania à ses conversations humaines et rejoint le paysage des enfants. Elle aussi révèle sa vitalité et une manière d’habiter en activant les espaces et le mobilier urbain.

PARTIE 2 : L’autre chemin des bestiaux

Maintenant que nous sommes un peu plus un « nous », on part en direction du petit chemin des bestiaux en explorant les traverses de Saint-Louis. Chacun observe à sa façon, on s’imbrique enfants, chien, oiseaux, habitants d’ici ou de plus loin. À partir de là nos photos se mélangent, celles d’Évangéline et Franck mais quelques-unes aussi de Julie qui complètent le parcours.

Le chemin des bestiaux de Pierre, c’était aussi l’idée d’un « chemin de conscience ». Il a été emprunté pour les manifestations contre l’incinérateur qui devait être installé au bord du ruisseau des Aygalades, a été le support des nombreuses chansons qui racontent les quartiers nord et que Pierre aime à nous partager.

Le «chemin des lycéens » que nous empruntons semble alors étrangement en résonance, et les luttes d’aujourd’hui émergent au fil du chemin. Gaza, luttes féministes, défense du quartier, on longe aussi l’usine d’où est partie la fuite au chrome 6 qui a pollué l’ensemble de la nappe phréatique, le ruisseau et ainsi les animaux qui y vivent ou les humains qui auraient par exemple jardiné avec l’eau de leur puits. On ruisselle alors vers des histoires géologiques, on passe les barrières pour plonger dans le tuf…

Alors que la pluie nous rattrape, on se transforme en essaim sous le porche d’un immeuble, gentiment accueillis pas les petits joueurs de foot.

Pierre nous partage un dernier texte témoin des solidarités auxquelles il nous invite et c’est en partageant l’imaginaire des gammares, crevettes du fleuve côtier et nom du joyeux collectif qui s’est mobilisé pour en prendre soin, que la divagation sur le chemin des bestiaux se conclue.

Photos Evangeline Allize, Franck Pourcel et Julie de Muer

LA PISTE ANIMALE #4: la balade de la 2ème chance…

  

BALADE DE LA DEUXIÈME CHANCE 
Lorsqu’à la recherche de la piste animale
Nos pas nous emmenèrent là où l’on perdait tout espoir
Quelle ironie du sort que ce funeste lieu fatal 
Permette aujourd’hui aux jeunes à nouveau d’y croire.


Nous qui sommes passés par là
Évoquant la vache jolie et le mouton innocent 
Offrant son corps au sacrifice halal
Nous avons tous ensemble remonté le temps.


Puis nous sommes repartis en chantant
Le puissant hymne de la transhumance 
Sur le chemin des bestiaux, en bêlant
Évoquant la vie, ses combats ses errances.


Plein d’espoir des paroles du centenaire 
Qui a vu son combat tel Don Quichotte
Sous la trace de nos milles pattes débonnaires 
Renaître au nord accueillant, des hôtels de nos potes.


L’aventure ce jour-là sur une ronde s’est arrêtée
Sur l’évocation de l’amour innocent de Gabrielle 
Nous promettant les mains jointes de nous retrouver 
Pour poursuivre bientôt l’aventure de plus belle. 

C’est Marc qui fait ainsi rimer notre première balade d’exploration à la recherche du Chemin des Bestiaux. Ce petit chemin-là, il reliait la gare des Aygalades d’où arrivaient les bêtes, aux Abattoirs de Saint-Louis.  

On est dans la seconde moitié du 19ème siècle et dans la première partie du 20ème.  Le canal a contribué à modifier la présence animale. Les vaches sont plus nombreuses avec les prairies irriguées, on a des étables qui apparaissent un peu partout en ville pour faciliter l’accès au lait. Les ovins ne circulent plus par les seuls chemins de transhumance, le train et les bateaux organisent d’autres trajectoires.  

Et la consommation de viande augmente, à la fois par le changement des régimes alimentaires et aussi par l’expansion démographique. 

L’exploitation animale commence à s’organiser de manière plus industrielle. Les abattoirs vont ainsi entraîner une présence animale très forte, à la fois visible par les troupeaux qui passent et repassent, mais aussi plus invisible en mettant la mise à mort à distance derrière les murs et en générant toute une série d’usages dérivés de la ressource animale (graisses animales, os…). 

Le chemin des bestiaux témoigne de cette mise à distance, quand les animaux deviennent une marchandise qu’on transporte en grand nombre d’une infrastructure à une autre, du train de la nouvelle voie de chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée à cette sorte d’usine que sont les grands abattoirs de Saint-Louis.

Mais le chemin des bestiaux c’est aujourd’hui aussi le chemin de Pierre. Un chemin de mémoire des circulations animales, mais aussi des luttes sociales et écologiques.

Pierre va avoir 100 ans. Il a dessiné, écrit et proposé de prendre soin de ce chemin auprès de la ville de Marseille et de son « budget participatif ». Ce petit dossier « fait main », il nous l’a aussi envoyé et on a tout de suite eu envie d’aller marcher avec lui !

Alors aujourd’hui rendez-vous est donné dans la partie des abattoirs qui est devenue l’école de la 2èmechance.

Nous sommes accueillis par Lila Somé qui dirige cette aventure pédagogique hors norme. Comme son nom l’indique, le principe de l’établissement est d’accueillir à tout moment des jeunes dont le parcours scolaire a déraillé et de les aider à retrouver un chemin de formation. 

La réhabilitation des bâtiments est assez impressionnante, l’équipement bien outillé et le lieu dégage une ambiance bon enfant et apaisée. Nadia nous confie qu’à son sens la beauté du site agit sur la motivation des jeunes qui se sentent soutenus et reconnus aussi par la qualité du lieu. C’est un retournement assez étonnant de l’histoire, qu’un lieu d’exploitation d’animaux vivants deviennent un lieu de réparation des jeunes humains que parfois on animalise…

L’histoire des abattoirs c’est aussi une histoire sociale et culturelle, qui raconte la société de l’époque en pleine modernisation.

Julie rappelle alors le contexte de la construction des abattoirs de Saint-Louis. Elle et Agnès ont eu la chance d’échanger à ce propos avec Rémi Grisal, un jeune chercheur qui fait sa thèse d’histoire sur les pratiques agricoles avant la construction du canal de Marseille. Il a donc beaucoup enquêté par exemple sur les droits de pâturages qui organisaient très largement les usages de la propriété et les frontières communales.

Il leur a aussi montré un tableau d’Emile Loubon qu’on peut voir au Musée des Beaux-arts à Marseille. Il est très connu mais selon Rémi on l’a longtemps interprété « à l’envers ».

Julie se lance dans l’explication du dessous des cartes de ce tableau. En gros le travail de Rémi montre comment ce tableau n’est pas un simple témoignage d’époque, qui montrerait le vestige d’une campagne agricole bientôt industrialisée, mais plus une construction volontaire pour faire advenir un projet municipal, porteur de l’élan industriel des notables de l’époque, et qui nécessite une recomposition du territoire marseillais : la création d’un marché aux bestiaux à Marseille ! 

On apprend ainsi que Emile Loubon, alors directeur des Beaux-arts et que l’on considère généralement comme la tête de file des paysagistes provençaux, peint ce tableau en même temps que se conçoivent et se créent les grands abattoirs. 

A la fin de la première partie du 19ème siècle, les troupeaux ne dépendent plus que de l’arrière-pays et des chemins de transhumance. Le train, le port portent de nouvelles circulations, de nouveaux marchés, de nouveaux enjeux industriels. Il faut pour la bourgeoisie marseillaise ramener la vente des bestiaux à Marseille, quand alors elle se situe toujours à Aix, qui se trouve sur les anciens chemins. C’est ainsi que les abattoirs seront inaugurés en 1853 tout comme l’exposition du tableau, qui selon l’enquête de Rémi « met en scène lestransformations urbaines et paysagères en train de se faire, projetant celles qui restent à̀ venir et contribuant à̀ leur avènement. »

Un peu comme les panneaux qui ont mis ou mettent en scène les futurs-anciens projets urbains dans ce qui reste des abattoirs J?!

Le projet de Grande Mosquée dans la partie toujours en friche des abattoirs

L’histoire croisée des bestiaux et de la mosquée nous rappelle aussi l’émergence avec l’abattoir de carrés destinés aux premiers bouchers maghrébins et à ce qui deviendra la filière halal. 

On avait l’année dernière pu recueillir le témoignage du descendant de la famille Azzoug. Il nous avait raconté à la fois la saga familiale et l’évolution du halal comme marché économique.

Bachir Azzoug, son père, est arrivé en France en 1942. Il travailla comme beaucoup de ses compatriotes algériens aux tuileries. Les kabyles des tuileries vivaient alors pour beaucoup d’entre eux dans le bidonville de la Lorette, à Saint-André. C’est là qu’il eut l’idée de faire commerce de viande dans le bidonville, et qu’une première boucherie avec des animaux mis à mort avec une forme de ritualisation s’est organisée. Il eut ensuite une première boutique à Saint-André en 1966, la nécessité d’intégrer les abattoirs et la structuration de la filière halal dans les années 90.  Il crée en 1987 une ferme aux Pennes-Mirabeau dédiée à commercialiser des agneaux, initialement toute l’année, et aujourd’hui seulement pour l’Aïd. Les bêtes sont alors tuées par les acheteurs qui respectent quelques principes. https://www.lafermeazzoug.fr/comment-sacrifier-son-agneau/

Cette histoire familiale et locale raconte bien les évolutions du fonctionnement des abattoirs sur la seconde moitié du 20ème siècle, et aussi les débats sur ce qu’est le halal. Là, on a pas mal débattu des manières de pratiquer la mise à mort de l’animal avec tous ces petits mystères sur lesquels on a facilement des opinions différentes (la viande est meilleure ? Le bien-être animal, oui non peut-être ?…) , mais aussi de la structuration d’une filière récente qui accompagne à partir des années 60 l’apparition du « consommateur musulman ».

Les changements du régime alimentaire dans les pays d’accueil (on se met à manger de la viande quasi tous les jours), le besoin de mieux identifier « ce qu’on a dans son assiette » (quand au pays tout s’organisait de manière artisanale) et les enjeux économiques liés à cette demande communautaire vont ainsi concorder avec le développement industriel de l’abattage.

En lisant après la balade les recherches de terrain de l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler, qui est allée depuis les années 90 observer les pratiques d’abattage halal dans les abattoirs en France, et en continuant les conversations avec celles et ceux de notre groupe qui ont grandi dans leur famille musulmane dans ces années-là, on comprend que le halal s’est constitué véritablement comme rituel religieux en même temps que la réglementation. 

On pourrait parler d’un rituel industriel, lié à l’évolution sanitaire (besoin par exemple de quelqu’un habilité à être sacrificateur, rôle qui va devenir « labelisé » par les autorités religieuses, ce qui n’était pas le cas à l’émergence de la filière « artisanale » comme nous le confirme Mlouka, « dans les années 90 mon père il le faisait ») et au développement d’un marché de consommateurs.

Et au fil du temps ce marché concerne l’ensemble des objets et des pratiques de consommation, bien au-delà de la viande.

Au final, ce qu’on en retient c’est que halal ou pas halal, la question aujourd’hui c’est aussi qui a les sous pour acheter de la viande de qualité. Le marché halal a démarré pour la consommation d’une population pauvre. La demande s’est diversifiée, des filières bio halal s’organisent, et la famille Azzoug a compris ça puisque la vente ici se concentre sur les agneaux de l’Aïd mais le gros du marché du fils de Bachir, c’est la vente de viande française « de qualité » dans les pays du Maghreb pour des gens qui ont les moyens. Et côté abattage, lui comme la chercheuse disent la même chose, c’est kif kif et ça suit les règles de l’abattage industriel.

Notes dessinées de Mathilde

Toutes ces conversations donnent alors envie à Pierre de nous partager un premier de ses textes où il raconte une conversation avec une vache. Pierre écrit, tout le temps et partout semble-t-il. Il adore écrire pour les causes, pour partager des idées, des colères aussi. On verra plus tard que sur le chemin des bestiaux, son truc à Pierre c’était d’écrire des chants collectifs pour les manifs !

La promenade dans l’école de la 2ème chance va nous montrer l’enchevêtrement entre les anciens pavillons et le bâtiment moderne. Quelques images des travaux sont éloquentes.

C’est dans ces méli-mélo de strates et d’usages qu’on se propose d’écouter Elodie. Elle a amené un texte écrit par Sara Vidal et Nora Mekmouche qui a collecté énormément de mémoires dans les quartiers avec sa super collection Mots é-crits.

Sara a vécu un temps dans les anciens abattoirs à la période où ils ont été occupés par des artistes des arts de la rue, jusqu’à la création de la cité des arts de la rue actuelle. Les abattoirs artistiques d’alors n’ont pas grand-chose à voir avec ce qu’est aujourd’hui l’institution culturelle implantée aux Aygalades.

Et le texte, foisonnant de vie, raconte merveilleusement ces relations qui se tissent avec les animaux et autour des animaux. On y lit des anecdotes qui mettent en scène parfois des personnages animaux qui ont compté dans la vie du lieu mais aussi les périodes de l’aïd pour lesquelles les moutons vont être de retour de nombreuses années, ou encore l’expérience d’un « volailler » devenu une vraie ménagerie urbaine dont les habitants espéraient que la ville la pérenniserait en ménagerie pédagogique !  

Sur le chemin on découvrira aussi le très tentant O2sens, restaurant pédagogique de l’école de la 2èmechance (on peut venir y déjeuner les mardis, mercredis et jeudis).

Puis dans l’ambiance encore en friche du reste du site, se finira la balade, qui permettra de resituer les abattoirs et le trajet des bestiaux dans un paysage plus vaste dans lequel on aperçoit Campagne-Lévèque et les vestiges d’une branche du canal de Marseille.

Photos de Stéphane

Et c’est de nouveau en écoutant Pierre détourner la Marseillaise puis par une grande ronde improvisée que se boucle la première exploration à la recherche du petit chemin des bestiaux !

LA PISTE ANIMALE #3 : petites équipes agiles, grand groupe partageur, solos furtifs…

Enquêter à partir d’une attention aux animaux nous donne envie de tester plusieurs manières de se balader. C’est quoi les termes pour nommer des déplacements collectifs d’animaux ?

Pour les balades humaines, c’est vrai que le mot troupeau est le plus récurrent. Et il fait débat car parfois il nous évoque plus un rapport d’autorité contraint que la vitalité d’un troupeau de chevaux sauvages.

Alors on a trouvé Bande ! Mais d’autres fois on peut se penser un peu horde, et même banc ou nuée.

Tourner ensemble!

Le troupeau est étymologiquement lié au mouvement, « bouger, tourner ensemble », et cela répond avant tout au besoin fondamental de se protéger des prédateurs, ce qui n’est pas le même imaginaire qu’un groupe qui répond à un chef…

Nous découvrons ainsi qu’il existe un nombre assez surprenant de termes pour désigner les groupes d’animaux, souvent en déplacement mais pas que. Alors plutôt que de les citer tous, si on s’amusait à raconter nos petites enquêtes en diversifiant nos vocabulaires ?

La nuée de poulets et le troupeau de poules

Et oui, pour les poules aussi on parle de troupeau. Avant d’aller rejoindre notre premier poulailler du côté de l’Estaque, on se retrouve à quelques-unes à la Castellane. Et la balade commence finalement par… une nuée de poulets… 

On peut bien parler de nuée pour une envolée collective de poules, puisqu’avant d’être oiseau domestique, c’est bien un oiseau sauvage, qu’on retrouve aujourd’hui uniquement en Asie par exemple sous le nom de Coq doré. Sa domestication fut tardive et absolument pas liée à l’alimentation. Parure, combat, la poule d’alors ne pond que 5 à 20 œufs par an et relève plus de l’animal sacré que de la vie paysanne ordinaire.

Les poules des Riaux n’ont pas oublié qu’elles étaient des oiseaux…

Mais à la Castellane, où par ailleurs on découvre des coqs et des poules qui semblent vivre en liberté dans la cité (à suivre dans un prochain épisode…), c’est une autre espèce qui nous passe autour en mode nuée. 

Mais au fait pourquoi appelle-t-on les policiers des poulets ??

Eh bien si l’histoire de l’arrivée du coq en France est bien une histoire marseillaise, on vous la racontera plus tard, les poulets de l’ordre sont une histoire parisienne, le 36 quai des Orfèvres étant installé sur un ancien marché aux volailles…

La journée se poursuivra par la rencontre avec le poulailler de Farid, à l’Estaque Riaux.

Ce poulailler est intrigant car il se trouve dans la pente, entre deux rues, difficile à dire si c’est chez quelqu’un ou si c’est un usage plus collectif d’un bord de route.  On y trouve, en plus des poules, des arbres caractéristiques de jardins du Maghreb comme les figuiers, les néfliers et les dattiers et notre chère canne de Provence que les poules semblent affectionner pour en faire leur nid. Ce qu’on perçoit ici c’est une histoire de voisinage ouvrier, de mémoires méditerranéennes et d’entraide (on apprendra que le poulailler a été créé par le père de Farid, qui a sans doute été un personnage fédérateur dans le quartier très soudé des Riaux). Mais aussi de difficultés pour s’entendre sur des règles de cohabitation.

L’existence du poulailler sur la voie publique, ses usages qui semblent avoir été plus collectifs par le passé qu’aujourd’hui montrent qu’il n’est pas si facile de se mettre d’accord pour prendre soin d’animaux qui ne sont pas perçus comme des animaux de compagnie, qui peuvent sembler bruyants ou pas si bienvenus que ça en ville… 

Et il ne s’agit pas non plus d’animaux sans propriétaires qui parfois donnent lieu à des organisations autogérées comme par exemple pour les « chats libres » (entre maisons à chats, stérilisation, accompagnement… ). On décide donc de poursuivre l’enquête en allant découvrir une autre histoire de poulailler en lisière d’espaces publics au Plan d’Aou. On a entendu dire que régulièrement les habitants s’y retrouvaient pour amener leurs déchets alimentaires et partager les œufs…

Le murmure de Willy et des étourneaux en bande organisée

Il y a toute une collection de mots pour les groupes d’oiseaux, mais sans doute que le plus joli et qui colle bien à l’enquête pour l’instant plus solitaire de Willy est le « murmure ».

Bon, en fait il semble qu’on dit plutôt « murmuration » et qu’en français le terme serait agrégation. Mais pour celui qui s’intéresse au chant des oiseaux, la danse qui murmure est bien inspirante. On découvre alors une autre histoire de son qui impacte directement les étourneaux à Marseille, l’effarouchement acoustique. Car si les poules sèment parfois la discorde entre voisins, les étourneaux font parti des espèces que craignent les urbains. 

Les villes qui sont sur le passage des voies naturelles de migration tentent d’ajuster la co-habitation. Sur le site internet de la ville de Marseille on peut ainsi lire qu’il y a une division Animal en ville qui intervient quand ils nous embêtent trop !

« Les mouvements migratoires des étourneaux ont lieu en septembre-novembre et en février-avril. Ces oiseaux au plumage sombre sont totalement inoffensifs, ils peuvent parfois impressionner les habitants.

A la tombée de la nuit, ils se regroupent, en bande, sous de grands arbres feuillus. Selon les ornithologues, ces oiseaux sont à la recherche d’un endroit calme et serein, pour passer leurs nuits. Inquiets pour leur sécurité, ils piaillent à chaque bruit qui retentit. Comme à l’intérieur d’un cocon, ils se nichent dans ces arbres « dortoirs » jusqu’au petit matin, à la chaleur des lumières urbaines et à l’abri des prédateurs de la campagne. Mais plus que leur regroupement massif et leurs cris insolents, ce sont bien leurs déjections qui mettent les Marseillais dans tous leurs états. Omnivores et particulièrement voraces, ils peuvent chaque hiver faire des dégâts assez considérables avec leurs excréments très salissants et corrosifs sur les jardins d’enfants, les voitures, balcons, stores, terrasses, cours d’école… […]

L’effarouchement acoustique reproduit des cris d’oiseaux leur faisant croire qu’ils ne sont pas en lieu sûr. Ils mémoriseront cet endroit et, par crainte, ne reviendront plus. Et si cela ne suffit pas, aux grands maux les grands remèdes : ils s’armeront de tirs de pétards stridents (fusées détonantes et crépitantes). » Site internet ville de Marseille.

Willy, lui, a choisi un autre chemin pour entrer en cohabitation, il s’est mis en tête de nous apprendre à murmurer avec l’étourneau, ou au moins de mieux entendre son chant.

Pour cela il nous fait découvrir le travail d’un artiste, Guillaume Hermen, qui en alliant partition graphique et écoute amène à « comprendre », à visualiser son chant qui devient « entendable ». C’est le début d’une piste assez expérimentale qui nous amènera sans doute dans les prochains mois à aller écouter, enregistrer et aussi chanter, avec nos oreilles un peu transformées…

Des chèvres qui hésitent entre la troupe férale et l’élevage phénicien

Des panneaux mettent en garde les automobilistes sur la présence de chèvres errantes.

La piste ouverte à propos des chèvres de l’A55 nous fait apparaitre l’idée de la « troupe ». Elles apparaissent un coup par ici, un coup par là, comme par un tour de magie ou par des numéros acrobatiques dont les agrès seraient la ville qui déborde sur la colline. 

Un troupeau-troupe, un peu circacien, un peu forain, un peu punk face au troupeau bien élevé de leurs consœurs du Rove.

La team chèvres est donc partie dans la colline tout d’abord à la rencontre de quelqu’un qui s’y connait mieux que nous, la chevrière qui actuellement s’occupe du troupeau historique de la famille Gouiran (dont le premier troupeau date du 15ème siècle…). 

Le troupeau de la famille Gouiran, un dialogue entre cornes et pylônes

La saga de cet élevage est longue, mais on peut déjà se rappeler que ces chèvres auraient été introduites par les grecs ou les phéniciens, qu’elles ont failli disparaitre à l’après-guerre de par le surpâturage et leur faible rendement en lait, et que c’est la mobilisation d’une poignée d’éleveurs, avec en première ligne André Gouiran qui a changé la donne et permis la conservation de l’espèce. La lutte s’est poursuivie sur le terrain fromager autour de la création d’un AOP pour la Brousse du Rove. La chèvre du Rove est également maintenant reconnue pour ses qualités de débrousailleuse et est devenue une actrice à part entière des plans de gestion contre les incendies… Rien que ça !

On apprend aussi qu’elle fait totalement partie des pratiques de transhumance, en assurant traditionnellement un grand soutien au berger pendant l’itinérance des troupeaux de moutons (elle peut guider les troupeaux, elle donne du lait aux agneaux et de la viande au berger…). Bref un animal de nos collines qui a tout pour inspirer nos imaginaires en manque de sobriété écologique… 

Mais la chevrière relativise. Bien pour l’incendie certes, mais les troupeaux gardés empêchent aussi le reboisement. On voit bien la différence de couverture arbustive entre les deux versants nous fait-elle remarquer : celui où le troupeau pâture est nu quand l’autre est boisé. Bon, dans les années 1900 il y avait 4000 têtes pour 900 habitants au Rove, aujourd’hui un seul troupeau de 330 têtes pâture environ 1000 hectares…

Et les chèvres sauvages alors ? Comment s’en sortent-elles sans berger, sans éleveurs motivés ? Nous ne sommes pas là pour prendre partie mais pour comprendre un peu mieux comment les troupeaux habitent la colline.

Et les discussions ont beaucoup tourné autour de l’eau. Bah oui, on parle toujours de ce que mangent les chèvres (la garrigue, les arbustes, les broussailles et aussi nos jardins…) mais ce qu’elles boivent est aussi fondamental pour la production de lait des unes, et la survie des autres. Les chèvres du Rove sont une espèce très résistante à la pauvreté des sols et à la sècheresse, mais la chevrière propose l’hypothèse que la chèvre « sauvage » n’ayant pas de lait capté par l’humain serait encore plus résistante au manque d’eau. Des chèvres du Rove qui s’égarent peuvent s’ensauvager très rapidement, et vivre sans problème des mois seules dans la colline. 

La troupe des chèvres « de l’autoroute » est une race alpine, avec des cornes en arrière et un trait sur le dos. L’origine en serait un troupeau échappé d’une ferme il y a 40 ans…

À la question de savoir « pourquoi l’autoroute », l’eau serait de nouveau un élément de réponse. L’infrastructure en bouleversant les pentes naturelles et par imperméabilisation des sols capte les ruissellements. En plus les terres de remblais sont favorables aux plantes pionnières, ce qui finalement fabrique des super spots de pâturage pour des chèvres pas trop regardantes sur les pollutions…

Ce cabri peut avoir 3 destins : devenir une chèvre laitière, de la viande pour la consommation de la ferme, partir chez l’engraisseur. La viande est exportée vers l’Italie ou le Maroc, et on se demande pourquoi il y a si peu de consommation en France. Mais il est possible de commander de la viande de cabri à la boucherie.

Commencer à parler des animaux des collines, c’est ouvrir aussi le sujet de la chasse ! Nous allons prochainement discuter avec des chasseurs du massif mais la chevrière nous témoigne déjà que les chasseurs à la fois entretiennent, apportent de l’eau qui bénéficie au troupeau mais n’apprécient guère que les chèvres fassent fuir les proies. Encore une histoire de co-habitation à creuser…

Et on finit par une séance de partage à la bibliothèque, où de belles plumes se révèlent : 

Je suis le cheval des quartiers nord 
Celui à qui l’on avait réservé tout un secteur des abattoirs et même un pont pour passer de vie à trépas. Rien ne m a été épargné, ni ma chair qu’on donnait aux enfants pour les rendre fort s( comme un cheval ) ni ma sueur car j étais dur à la tâche. 
Partout dans les usines des quartiers nord et sur le port j’étais l’ouvrier corvéable à loisirs et ne demandait qu’un peu d’eau et d’avoine . 
J’étais là pour aider lorsqu’on déménageait du centre-ville ou des squats vers les nouvelles cité-jardins du nord. 

On m’aimait aussi, j’accompagnais les mariés au parc et à la mairie dans de superbes calèches , je faisais la joie des enfants dans les manèges , je participais aussi tout paré d or et de fleurs aux processions à la vierge au milieu de la foule des croyants. 
Et suprême honneur mon pédigrée et ma race de provençal est reconnue au défilé des gardians sur le vieux port devant le maire. 

Je suis le cheval des quartiers Nord celui qui est et a toujours été là ; je suis l ami des gens des quartiers populaires humbles et besogneux comme moi. 

Marc témoigne de cette présence urbaine et ancestrale du cheval, puis Pierre, à la fois nouvelle recrue et doyen de notre groupe explorateur, nous impressionne avec un texte sur le goéland, lui aussi dans la checklist de la division Animal en ville de la mairie …

Pierre deviendra d’ailleurs à la fois notre berger et notre animal totem pour la séance suivante, à la recherche de l’ancien petit chemin des bestiaux…

LA PISTE ANIMALE #1 : on cherche nos guides…

Si j’étais un animal habitant le nord de Marseille, qu’est-ce que j’aurais à vous dire de nos quartiers? Avec quels animaux ai-je des relations dans mon voisinage ou dans ma vie quotidienne? Est-ce que j’ai déjà touché un mouton, un cochon, une vache, une chèvre? Qu’est-ce que la domestication peut nous raconter de la société que nous habitons? Est-ce que je me suis parfois senti animal? Est-ce que je me suis parfois senti animalisé•e?

C’est avec ces quelques questions et bien d’autres à glaner en chemin, que le Mille-pattes a commencé sa nouvelle enquête de voisinage.

Elle prolonge une exploration collective d’un an sur une historie longue du mal-logement, qui nous a conduit à partager des questions sur nos manières d’habiter et sur ce qui rend un environnement habitable. 

La rencontre avec des moutons pour une journée finale de transhumance dans le bassin de Séon nous a donné quelques indices et ouvert … LA PISTE ANIMALE…

L’aventure a démarré comme une veillée. Nous sommes une quinzaine, dehors il fait froid et dedans il y a un feu. Naturellement on fait cercle. On s’était donné la règle d’un jeu de rôle, où l’on argumenterait chacun•e le choix d’un guide-animal mais ça ressemble à un moment d’oralité intime. Et c’est plus le conte que la plaidoirie qui s’entend dans les voix, qui respectent la petite consigne : 3 minutes par animal…

Elsa est près du poêle, déjà elle dessine notre premier bestiaire…

LE LOUP

C’est avec un chant que Jeanne commence, et une parole de la chanteuse Camille pour expliquer sa reprise d’un chant traditionnel dansée comme une bourrée à 2 temps : les loups.

« C’est une chanson de femme libre. La femme qui mène les loups est porteuse de cette insurrection. Elle sait que le loup ne s’attaque au troupeau que lorsqu’il a faim. Le loup rétablit tout l’écosystème. Il peut être menaçant mais pas seulement… Cette chanson peut dire aussi en sous-texte que la femme insurrectionnelle rétablit la paix . » Camille

Regarder Jeanne et écouter le chant partagé :

Le loup est un personnage au cœur des questions contemporaines sur la place de l’humain, sur nos rapports à la domestication, au sauvage et aux systèmes de domination. En même temps qu’il incarne la difficulté des hommes à cohabiter avec le sauvage, il est parfois aussi l’allié pour raconter l’air de rien les prédations des humains entre eux.

Cette proposition du loup a déjà ouvert quelques pistes :

Le chant d’abord, puisque nous allons poursuivre avec Jeanne et Willy, un samedi après-midi par mois à partir de janvier, un travail de chœur.

La compréhension de la présence du loup dans notre territoire, puisqu’il est maintenant présent dans les massifs des Calanques, de la Ste Baume ou encore en Camargue.

Et aussi suivre ce que le loup nous raconte de nos relations aux autres, humains ou non humains. Agnès propose alors de lire le livre publié par l’éditeur marseillais Wildproject « Le loup et le musulman », qui associe désastre écologique et islamophobie… A suivre !

LE MOUTON

On passe du loup au mouton ! Il fut notre guide pour la fin de notre chantier sur le mal-logement l’an passé, en nous permettant à la fois de questionner l’habitabilité de nos quartiers et aussi de vivre un grand moment d’hospitalité.

Fadila, Taous et Baya nous racontent leurs attachements à l’animal, sa place dans leurs cultures algériennes mais nous rappellent également les usages partagés entre ici et là-bas, à commencer par ceux de la laine. La transhumance de septembre nous a marqué, les retrouvailles avec la laine tout particulièrement.

On sait que le mouton c’est aussi l’histoire de nos consommations et pratiques alimentaires, l’abattage, la boucherie dans nos quartiers, la possibilité d’un éco-paturage à Marseille… Mais à la Castellane, c’est la laine qui nous guidera !  

LES CHÈVRES SAUVAGES

Nous glissons doucement vers le sauvage, avec la drôle d’histoire des chèvres domestiques redevenues sauvages dans les collines de la Nerthe. Nicolas, Lionel et Chloé nous racontent la survivance des chèvres domestiques en Provence, les usages, les contes, mais se passionnent avant tout pour ce groupe de chèvres « libérées » qui font polémiques. Quelle légitimité pour ces animaux de l’entre-deux, entre urbain et collines, entre imaginaire provençal et peur de l’invasion, entre protection et extermination ? A suivre sans doute en mode balade en colline, sur la piste de cette faune sauvage qui habite nos villes sans nos consentements, la piste férale !

Et en audio Agnès, qui n’était pas là mais a choisi elle aussi de s’intéresser aux sauvages des villes avec LE RAT.

LES OISEAUX

On reste dans le trouble des relations sauvages ou domestiques. Les oiseaux… Nous sommes nombreux à avoir choisi un oiseau et témoignons de sentiments multiples pour dire les relations qu’il nous évoque : perte, émerveillement, colère, peur …

L’une des histoires racontée par Willy est cet Ara du Gabon qui vit en liberté depuis 2 ans dans les arbres de Mourepiane, provoquant une sorte d’attention collective par l’écoute de son chant. Lui aussi raconte ces transfuges qui passent du domestique au sauvage. Mais il évoque aussi l’ailleurs de l’oiseau, ramené de force ou aux trajectoires migrantes, et nous rappelle aux mystères de l’évolution, dans laquelle chants et couleurs sont utiles, ou pas…

Et puis l’oiseau peut nous guider vers un changement de points de vue, à l’échelle de la carte ou des diverses places qu’il occupe dans les cultures multiples qui composent nos quartiers.

Ecouter et regarder Alice, Claire, Willy et Arlette.

LES INSECTES et d’autres qui les mangent

L’appauvrissement des chants d’oiseaux dans nos quotidiens témoigne de la disparition des habitats et d’une certaine biodiversité, même si paradoxalement les villes deviennent peu à peu des meilleurs spots que les campagnes dévastées par l’agriculture industrielle. Alors profitons-en et allons nous sensibiliser à tous ceux qui, plus invisibles, nous racontent les éco-systèmes et révèlent plein d’autres géographies!

Entre une fable de Desnos proposée par Danièle pour danser la tarentelle avec les SAUTERELLES, une invitation à suivre les chemins de l’eau au son des GRENOUILLES avec Elsa , un poème écrit par Georges en hommage à la IULE libre qui nous rappelle qu’elle est Mille-pattes, et l’envie de Hugo de cartographier les habitats des CHAUVE-SOURIS, c’est la fête !

Saute, saute, sauterelle,

Car c’est aujourd’hui jeudi!

Je sauterai, nous dit-elle,

Du lundi au samedi.

Saute, saute, sauterelle,

A travers tout le quartier.

Sautez donc, Mademoiselle,

Puisque c’est votre métier.

Robert Desnos

L’ IULE : LE MILLE PATTE 

J’ai fouillé dans ma mémoire des livres, les Saints, les savants,

Je n’ai pas trouvé ta trace, IULE, même dans l’Arche de Noé

Incognito parmi les reptiles qui rampent.

J’ai écouté SAINT SAENS et autres orchestres d’animaux.

Mais dans ce défilé carnavalesque,

                  Je n’ai pas entendu ta musique IULE,

Ni t’ai vu faire la fête.

J’ai cherché dans les ZOO : ce n’étaient qu’animaux venus d’ailleurs !

Rois ou Princes là-bas, imposants par leur force, leur taille, leur agilité

Prisonniers ICI dans leurs enclos, mangeant et dormant sous le regard des visiteurs

                  Je ne t’ai pas imaginé IULE

                  Te laisser mettre en cage et renoncer à ta liberté.

Sous les chapiteaux, il n’y a plus de montreurs d’ours ni de dresseurs de tigres

Il faut être un clown pour dresser des puces !

                  Mais aucun acrobate n’a jamais pensé à te dresser !

IULE

Dans les fermes et les prés, moutons, vaches, cochons

Et autres animaux élevés

Dans nos maisons, chiens et chats, animaux domestiques,

Fidèles amis que nous tenons en laisse

                  Tu n’es ni élevé, ni domestique ! IULE.

                  Tes colliers, la nature t’en a paré et tu y restes libre !

J’ai rejoint les Quartiers Nords et mes pas m’ont mené dans les collines

Et là ! sur les sentiers caillouteux, je t’ai vu : un, dix, des cents et des milles

                  IULES vous descendez en bande, horde sans fin, tout de noirs vêtus !

                  Grimpants après la pluie à l’assaut de nos habitats

                  Indifférents aux roues des VTT et aux pieds des marcheurs

                  Immense Armée de l’Ombre !

J’ai rejoint les Quartiers Nords et mes pas m’ont mené de villages en cités, de collines en vallées

Et là, dans ces lieux cabossés, délaissés, IULE, j’ai vu :

Nos pas solitaires sont devenus Mille Pattes !

Marchant en bande libre et joyeuse

A la rencontre de 1000 et autres récits de vies à écouter, mettre en lumière.

Et se mettent debout les rampants incognitos,

Et se font clameurs et chansons ceux dont la musique n’était pas entendue !

Milles Pattes, vous descendez en bande, horde sans fin, vêtus de milles couleurs !

Venus de nos quartiers partager vos combats, défaites et victoires

Montant à l’assaut de nos Villes et Métropoles

Indifférents à ceux qui veulent vous enfermer, dompter, domestiquer…

Tu es là, IULE,

Vous êtes Mille Pattes !

Immense armée de lumière !

C’est le Carnaval des animaux, le temps de faire la fête !

Georges

LES CHATS

Ces géographies animales nous sont peut-être plus observables grâce au chat. Evangéline et Micha nous racontent leur rencontre avec des habitant•es qui tentent de « réguler » par des maraudes de stérilisation la surpopulation des chats. Elles nous confient les questions que cette pratique « sous les radars » leurs inspire, quand par ailleurs certains propriétaires en appellent aux pouvoirs publics pour appliquer des modalités plus expéditives, et pas que pour soutenir la biodiversité… Entre notre amour pour l’animal de compagnie et la crainte de l’invasion de sa version « libre », on retrouve ces contradictions qui révèlent globalement nos capacités relationnelles appauvries et les paniques provoquées par les différences nuances du « sauvage » qui se plait à habiter les villes.

LES ÂNES ET LES CHEVAUX

Et puis il y a ceux qui habitaient et qui n’habitent plus. Ceux qu’on chérissait pour leurs capacités de travail, ces compagnons de route dont la perte pouvait ressembler à perdre ses jambes, et dont les organisations collectives ont longtemps eu besoin à la campagne comme en ville. L’âne et le cheval nous rappellent les vieilles cartes postales de cet avant pas bien vieux, où le cheval de St André et sa charrette étaient connu de toustes, et où l’âne accompagnait le départ à la pêche des pêcheurs du quartier. Mlouka et Samanta nous remémorent la place de l’âne dans la religion. Comment ne pas voir un signe complice dans la « croix de Saint André », dont on racontait qu’elle était la trace de la bénédiction par la Vierge Marie pour remercier l’animal de l’avoir conduite en Egypte ! Alors oui, l’âne est un bon guide pour les quartiers nord, d’autant plus que, comme le cheval, il est un animal social qui fait du bien, qui adoucit, qui ouvre des chemins de communication et de dialogue.

Un dialogue qui pourrait même nous faire entendre les ânes encore bien présents des villes du littoral du Maghreb…?

LA POULE

Et pour finir, Julie déroule son intérêt pour la poule. À partir de sa propre expérience d’avoir mis en place un petit poulailler dans son jardin à usage de toute sa rue, elle apprécie les « ambiguïtés » de sa présence en ville. A la fois nourricière et se nourrissant de nos déchets alimentaires, domestique mais pas vraiment de compagnie, vivant dans des espaces privés mais souvent aussi dans des lieux dont on ne sait pas trop à qui ils appartiennent (talus, délaissés…), la poule et la figure du poulailler apparaissent comme une dernière résistance de culture paysanne en ville, qu’elle soit trace de l’ancien terroir ou de toutes les cultures de la Méditerranée. On trouve donc des poules partout, y compris et même souvent dans les cités populaires. Partir à la recherche des poulaillers, interroger les relations et les histoires qu’ils couvent pourrait être une piste à la fois simple et propice à la rencontre de nos voisin•es !

Les poules du poulailler de la montée Castejon à l’Estaque Riaux, en mode perruches…

Après ce foisonnement de propositions, nous avons également partagé deux autres manières d’enquêter.

« Tout petit chemin, au nom dérisoire, quasi clandestin, dis-nous ton histoire »

Comment résister à cet appel ? C’est Pierre, un ancien de Saint-Louis (99 ans !!) qui nous a écrit pour nous demander de partir à la recherche du Chemin des bestiaux. Avec plaisir Pierre, on commencera avec toi le 30 janvier prochain !

Et puis toutes ces explorations, ça donne envie à certaines d’entre nous de les nourrir par des lectures. La question animale est un chemin passionnant pour aborder énormément de thématiques qui nous concernent tous•tes, et bien au-delà du quartier.

Alors entre écoute de podcasts, arpentages de livres, on va tenter aussi de partager de la pensée un peu plus théorique.

La bibliothèque ouvrira aussi des pistes de lectures avec les enfants, et on compte bien reprendre un mille pattes des enfants avec nos complices de la Castellane !

Et c’est Chloé qui nous raconte ses premières lectures, dans l’épisode #2 de la Piste animale !

LA PISTE ANIMALE #2 : club de lectures

Dans son essai Ainsi l’animal et nous, Kaoutar Harchi, sociologue et écrivaine propose de réfléchir au processus d’animalisation. Tout d’abord elle rappelle comment notre culture est profondément marquée par la conviction que Nature et Culture sont des entités distinctes, voire opposées. A partir de là, les humains sont associés à la Culture, tandis que les autres êtres vivants sont associés à la Nature. Cette distinction se traduit aussi par l’idée d’une hiérarchisation, qui voudrait que les « êtres humanisés » soient supérieurs aux « êtres animalisés ». Concrètement, cela se traduit par une inégalité en droit car les êtres humanisés appartiendraient à une communauté morale, synonyme de préservation de la vie et de l’intégrité, dont les êtres animalisés seraient exclus. Inversement, ces derniers seraient soumis à la loi du plus fort et donc potentiellement exploitables et tuables à merci. Selon cette logique, les animaux sont des objets animés, dont on peut s’accaparer le corps, et qui n’auraient ni sensibilité ni histoire. 

Kaoutar Harchi avance dans son livre que ce processus d’animalisation et d’humanisation dépasse la distinction biologique humains/animaux. En effet, il existe une forme d’animalisation de populations humaines, qui pour des raisons de racisme, sexisme, validisme ou autre forme de discrimination, se retrouvent dans la même posture d’infériorité que le sont habituellement les animaux par rapport à d’autres groupes d’humains considérés eux comme « humanisés ». La chercheuse donne plusieurs exemples dont l’usage du vocabulaire « sale chien », « grosse vache » qui montre clairement la dégradation à laquelle est associée la condition animale, et comment celle-ci peut se transmettre à des humains. 

Jeanne rebondit en disant que le processus inverse existe également, que certains animaux sont quasiment humanisés, intégrant la sphère familiale par exemple. Et qu’on observe fréquemment ce paradoxe d’une hyper affection envers des animaux (en témoigne le succès des vidéos de chaton sur internet) en parallèle d’une insensibilité totale pour la souffrance d’êtres humains.

Ça me rappelle mon prof de géographie qui disait, à propos du bassin d’Arcachon : « ici, il y a des chiens qui ont un train de vie supérieur à celui d’un type au RSA ».

Alors pour la peine, et puisque Danièle l’a aussi fait, je vous partage un morceau intitulé « Money is King » et dont le refrain est :

But if you are poor, people tell you « Shoo!

A dog is better than you »

Si tu es pauvre, les gens te disent « Casse-toi!

Un chien vaut mieux que toi »

Maintenant essayons d’aller un peu plus loin en prenant le texte d’un autre auteur, anthropologue cette fois : Charles Stépanoff qui a écrit Attachements, enquête sur nos liens au-delà de l’humain. Lui aussi s’intéresse à la question des dominations, dans le rapport de l’Homme au reste du vivant ainsi qu’à l’intérieur des sociétés humaines. Son fil rouge consiste à se demander s’il existe un lien entre les relations que les humains entretiennent à leur environnement et la forme d’organisation de leur société.

Stépanoff commence par interroger la question de la domestication, qui très souvent est associée à l’idée d’une domination que les humains auraient commencé à exercer sur la Nature, avant de la reproduire au sein de leur propre espèce. La théorie voudrait qu’avant de commencer à exploiter la Nature, les humains chasseurs-cueilleurs vivaient dans une forme d’harmonie et de co-dépendance avec elle, et que l’introduction de la sédentarisation, de l’élevage et de la culture agraire ait engendré une rupture avec les écosystèmes ainsi qu’une forme d’organisation sociale pyramidale.

Or Stépanoff affirme que cette manière d’associer domestication à domination est un anachronisme. En effet, selon lui il n’y a pas de déterminisme qui associerait un mode de vie à une organisation sociale. Il existe des sociétés nomades pyramidales et d’autres sédentaires et égalitaires. Autrement dit, il y a une grande diversité dans les types de liens entre humains et entre humains et non-humains, et toutes ces formes de relations sont susceptibles d’évoluer. 

Par « types de liens », l’auteur donne des exemples multiples comme lien affectif, thérapeutique, alimentaire, technique, mythologique etc. On pense facilement à la connexion forte et immédiate qu’entretiennent des populations qui extraient directement leurs moyens de subsistance de leur environnement, comme le peuple Tozhu que décrit l’auteur. Pour ces habitants de la Toundra éleveurs de rennes, les types de liens avec les animaux et les plantes sont très nombreux et peuvent se combiner. Par ex. le rapport au renne est à la fois nourricier, affectif, pratique et mythologique. Mais les humains des villes ne sont pas en reste car ils entretiennent également de nombreux liens sociaux et affectifs avec les plantes et animaux autour d’eux, bien que leurs ressources nourricières proviennent d’origine indirecte, via de nombreux intermédiaires (magasin, revendeur, transporteur, producteur). Contrairement aux Tozhu, les habitants des villes différencient leurs sources de rapports affectifs (=proches) et leurs sources de rapports nourriciers (=éloignés). Ainsi les premiers entretiennent un réseau dense avec leur environnement, tandis que les second ont un réseau étalé. 

Pour Stépanoff, la forme du réseau, c’est-à-dire des formes d’attachements, est primordiale pour expliquer quelles sont les formes de relations que les humains entretiennent avec le monde autour d’eux puis  à l’intérieur de leur propre société. 

L’approche de Stépanoff, plus nuancée que celle de Kaoutar Harchi, se nourrit du renouvellement de l’anthropologie et de la pensée écologique de ces dernières années :

En anthropologie, des chercheurs comme Descola, Latour, Hallowell ont remis en cause l’idée que la sociabilité se limiterait aux rapports des humains entre eux, car leurs interactions (réciprocité, dette, attachement, parenté..) incluent également les non-humains.

En termes de vision écologique, on a longtemps considéré l’humain comme un perturbateur des écosystèmes. L’humain serait extérieur et nuisible à la Nature. De là le paradigme de la protection des milieux en empêchant l’Homme d’interagir avec, par exemple le dispositif des Parcs Nationaux. Or, les découvertes récentes en science de la Terre ont montré que les écosystèmes terrestres sont façonnés à plus de 75% par l’activité humaine et ce depuis plus de 12 000 ans ! Cette influence n’est pour autant pas synonyme de destruction ou de diminution de la biodiversité en soi. Si c’est ce type d’influence qui nous saute aujourd’hui aux yeux, c’est parce que nos usages sont à présent majoritairement tournés vers l’extractivisme intensif, mais pendant longtemps ça n’a pas été le cas. Ainsi, les humains sont des composantes déterminantes des communautés vivantes, de la plus dégradée à la plus riche. L’environnement est à la fois composé d’éléments biologiques mais aussi d’éléments culturels : gestes techniques (ex cueillette), mythologie, organisation politique. Les écosystèmes sont donc en réalité des socio-systèmes  qui entremêlent phénomènes biologiques, écologiques et culturels.

Le bouquin de Stépanoff consistera à s’interroger sur la manière dont les réseaux, denses ou étalés, génèrent différents types de socio-systèmes, et à se demander lesquels possèdent la plus grande capacité de résilience. 

Charles Stepanoff à retrouver en podcast sur arteradio: Vivons heureux avant la fin du monde : l’amour Wouf

DESSOUS-DESSUS Habiter le sol de Saint Louis – Consolat Récit # 5

Mardi 20 février 2024

Nous voulions changer un peu de format pour cette nouvelle exploration et avions proposé un déjeuner à 12h dans la nouvelle auberge de jeunesse, le QG, chez Charlotte à La Cabucelle. Elle nous a reçus dans son jardin car le temps très ensoleillé s’y prêtait à merveille. Nous avons eu droit, cependant, à une belle visite du lieu. Nous n’étions pas très nombreux.ses : Charlotte bien sûr, Marc, Marion, Samanta, Agnès (qui vous raconte) et …Paco que nous avons amené de chez lui. Marc nous a régalé•es de petites choses trouvées à St Louis, se souvenir de l’adresse !

C’était une bonne entrée en matière. Puis en voiture, nous sommes allé•es retrouver Arlette, Melvil et Fadila qui nous attendaient au musée de la réparation navale au Cap Pinède.

Ouh la la, quelle erreur, nous nous sommes d’emblée fait reprendre  » il ne s’agit pas d’un musée, mais d’une exposition permanente » nous dit un grand Monsieur jovial en nous tendant sa carte de visite.

  • -Quoi, comment Monsieur Terrin, lui-même ?

-Eh oui, c’est mon arrière grand père qui a créé la société TERRIN, devenue SPAT (Société Provençale des Ateliers Terrin).

Nous sommes également attendu•es par ceux qui vont être nos guides, avec leurs airs de vrais marins.

Où l’on reconnaît Yves Juvin, un complice à Miramar.

Où l’on voit aussi un jeune garçon en formation de menuisier dans la marine. Ce qui nous donne l’opportunité de présenter Paco, notre nouvel ami de 90 ans. Car c’est aussi en partie grâce à la rencontre de ce menuisier sur les bateaux que nous nous retrouvons ici.

La rencontre pourrait se passer dehors, tant nous avons de choses à nous dire, l’atmosphère est à la bonne humeur.

Finalement, nous entrons, et là nos guides se transforment. Subitement, ils redeviennent ces travailleurs de force qu’ils ont été jusqu’en 1978, date à laquelle la SPAT a fermé ses portes, laissant près de 6000 ouvriers sur le carreau (lire récit #3).

Une quarantaine de ces hommes (nous sommes complètement immergé•es dans le masculin) décide de ne pas laisser péricliter leur outil de travail et fonde cette exposition sous l’égide de François Vidal, prêtre ouvrier de la Fraternité de St Louis.  Dans notre déambulation, nous passerons devant une sorte d’autel qui lui est dédié, en tant que fondateur.

En gros, nous arpenterons 3 salles plus ou moins bien délimitées où les thèmes déclinés sont aussi variés que les emplois, depuis le calfatage des temps anciens jusqu’à la fabrique des hélices les plus grandes du monde. A force de maquettes, de photos, d’explications nous finirons par visualiser la jumboïsation des ferrys, l’arrivée d’un navire dans une forme de radoub, les luttes ouvrières qui ont parsemé les parcours.

Yves Juvin nous installe au poste de conduite d’une grue, nous fait faire les gestes du grutier, raconte les accidents qu’il a eu à subir…

Et puis le clou : ils décident de faire fonctionner le moteur d’une grue unique en son genre, celle qui a permis de récupérer des caissons de pierres énormes, au port de la Lave, afin de construire la digue du large. Celle-là, ils ne la mettent pas en marche pour tout le monde, seulement s’ils sentent qu’il y a un intérêt de la part du public.

Nous, il y a longtemps que nous sommes écrasé•es par les hauteurs, les milliers de tonnes transbordés, les tailles des bâtiments. Tout se décrit par des chiffres astronomiques.

Mais subitement, voir ces rouages en fonctionnement où la bielle mesure 3 fois mon avant-bras (j’exagère, mais pas tant que ça), cela nous fait pousser des oh et des ah de bonheur, de surprise. « Encore, encore !! » Et hop, c’est reparti pour un nouveau tour de vilebrequin bien graissé.

Vous aurez compris que nous avons vécu un moment assez particulier et que nos guides aussi. Fait de joie mais également du souci de la bonne transmission, de la bonne compréhension. Même si, au moment des hélices, nous avons presque toutes un peu perdu pied. Marc et Paco avaient l’air d’être encore en état d’absorption.

Nous nous sommes quitté•es après moult mercis, aux revoirs et photos de groupe promises prises par un des leurs.

La question est d’ores et déjà posée : qu’adviendra t’il de ce lieu après eux ?

DESSOUS-DESSUS Habiter le sol de Saint Louis – Consolat Récit # 4

Une lettre mystérieuse, la grotte inondée, l’eau potable des bateaux, les femmes du sud et le séminaire squatté…

La lettre à indices

On s’est réuni comme d’hab, au bar Terminus, soleil et café, Charly nous accueille toujours avec le sourire.

Charlotte, habitante de la Calade, a reçu un petit cadeau, très soigneusement emballé, mode missive à indices : des photos et une lettre de son voisin Guy. Une autre aventure commence… On est toustes excité•s, on se prend un peu pour Columbo ! Elle nous lit la lettre…

En l’an 2000, Laure Giraud était peintre, elle habitait dans l’actuelle maison de Charlotte, et en période faste, expo et vente, elle accumulait des photos et des croquis de la Calade et ses alentours avec un but artistique. Très intéressée par mes souvenirs, elle m’a posé beaucoup de questions autour de l’hôpital Houphoüet-Boigny et du couvent des Frères Blancs, congrégation espagnole bien implantée à la Calade […]. Un soir que nous parlions des sources et des cours d’eau cachés dans le quartier, elle m’a indiqué sa visite à la grotte des Frères, au fond de l’impasse Bertrand, sous la maison de Mme Machado. Lors de sa visite chez Mme Machado, elle n’avait pas son bon Nikon. Je me souviens avoir promis à Laure de lui ramener des photos, mais peut-être que finalement j’ai simplement offert les négatifs à Laure avant Noël (moi avec mon petit Kodak je n’ai eu finalement que peu de problèmes, grâce à ma lampe de poche!).

J’ai laissé deux photos à Mme Machado

Extrait de la lettre de Guy à Charlotte

Mme Machado m’a raconté par bribes ses préoccupations à propos de cette crypte : visites nocturnes depuis son veuvage, disparition des objets liturgiques et ex-voto, certains très récents, jusqu’au début des années 90′. Elle était fière d’avoir sauvé le St Antoine de Padoue. La caverne a servi aussi d’abri, lors des bombardements de la libération de Marseille, en septembre 41′.

Les Frères de la Calade

Alors que Agnès et Samanta restent très motivées à trouver tout ce qui peut rester de sous-terrain et passages secrets dans le quartier, cette histoire est une magnifique invitation pour aller chercher la grotte! Et la lettre donne aussi d’autres infos… Guy nous informe que le bâtiment a été laissé vide après le départ des frères en Afrique dans les années 40 et 50) et qu’il avait ensuite été utilisé en tant que bâtiment municipal à divers usages sociaux jusqu’à sa fermeture autour de 2010.

Dans une de leurs balades d’explo, elles étaient justement allées à l’actuelle école des infirmières (ex hôpital Hophouët -Boigny) pour chercher des pistes sur l’histoire du grand bâtiment vide dit du Petit Séminaire, à côté de Campagne Lévêque. La dame du centre de documentation leur avait parlé du livre d’Etienne Calamai « Le Cap Janet ». Charlotte, décidément bien documentée, était venue ce jour là avec le même livre!

Effectivement, on trouve la partie manquante de l’histoire, qui fut pourtant notre point de départ : le Mouvement des Squatters.

« Après la guerre, de 1946 à 1950, une dizaine de familles s’installèrent en squatters dans certaines pièces inoccupées, malgré les Frères qui ne voulaient pas les faire chasser par la force mais qui eurent beaucoup de mal à négocier leur départ« .

Nous avons ainsi la confirmation que c’est bien ce bâtiment qui complète le triangle des 3 squats, conjointement avec le château Consolat et la Villa Tornesi. Et c’est le seul encore debout… (lire récits précédents).

La maison des frères de la Calade, extrait du ivre d’Etienne Calamai

Puis on s’est mis en marche pour aller à la recherche de la grotte, guidés par Jean-Louis, natif de la Calade et aujourd’hui habitant du Cap Janet. La maison ne semble plus être habitée. Apparemment, l’entrée à la grotte est par là… On reviendra parler avec les voisins et poursuivre nos recherches aux archives.

Les femmes du sud

En marchant au quartier de la Calade, on a fait une étape dans l’association Femmes du Sud, un groupe de femmes motivées, actives à la calade depuis de nombreuses années pour s’entraider mais aussi sortir du quartier par des randonnées ou des sorties culturelles. Elles gèrent une friperie à très petits prix..

Nous avons toustes trouvé notre petit bonheur…

La balade a continué en direction de la Campagne Servaux, où nous attend l’une de nos rencontres de bord de trottoir! La descente est raide, c’est le chemin qu’empruntent chaque jour les collégiens pour se rendre au Collège Arthur Rimbaud.

La campagne Servaux

L’histoire est, encore aujourd’hui, très liée à la réparation navale. Paco Jimenez, habite là depuis longtemps, et est maintenant propriétaire d’une partie de cet ancien domaine très tôt devenu base arrière du port. Il nous raconte.

« Au départ Servaux faisait l’approvisionnement en eau potable des bateaux, puis, de la vaisselle, des transats (chiliennes). Tout tournait autour des besoins de la navigation. Il y avait aussi une corderie, avec une machine qui testait la tension des cordes. En 1984 la famille voulait me vendre le château, je n’avais pas assez d’argent, mais j’ai acheté la partie menuiserie. Je suis né à Melilla, en Espagne. J’avais 26 ans dans les années 60, quand je suis arrivé à Marseille, ils m’ont embauché tout suite comme manoeuvre. J’étais ébéniste de formation, et au bout de quelques mois le contremaître l’a vu et il m’a mis à travailler avec un architecte. Et c’est là, qu’a démarrée ma carrière. L’année suivante je suis allé chercher ma fiancée en Espagne, on s’est marié et on est revenu en France. Elle était couturière, au début c’était très dur pour elle, elle ne connaissait personne, elle parlait pas la langue, on disait, l’année prochaine on rentre en Espagne, puis les années sont passées, on a fait des connaissances, on a eu 3 enfants et on est resté.

On se promène dans la campagne Servaux.

Dans les années 80, un local qu’on appelait le Co2, remplissait les bouteilles de gaz pour différentes utilisations dans l’industrie. A côté il y avait une serrurerie industrielle. Juste en face, il y a eu un projet de supermarché, qui n’a pas eu les autorisations à cause des dimensions du pont ferroviaire, il fallait une entrée et une sortie. Dans le bâtiment contigü il y avait des douches, et des vestiaires pour les femmes qui travaillaient dans les cordes, elles étaient une trentaine. Et un peu plus haut un atelier mécanique de réparation navale.

L’ex Campagne Servaux accueille toujours des ateliers de réparation navale, ici un atelier de peinture d’Alstom

Paco continue son récit :

La menuiserie a été reprise par mon fils, André. Il avait fait des études de serrurier, je l’avais embauché comme serrurier, mais avec tout ce qu’il y avait à faire avec le bois, je l’ai formé et après il m’a remplacé. Mais il est décédé très jeune, à 52 ans, donc j’ai repris le travail à 65 ans jusqu’à 80 ans. La menuiserie comprenait un local de montage, un local de vernissage et un local pour les outillages. Quand j’ai arrêté, j’ai mis tout en location et maintenant il y a diverses activités, plutôt artisanales.

Nous n’avons pas complètement compris qui est à l’origine de la société Servaux, qui semble avoir été créée dans sa forme initiale sous forme coopérative en 1912 par des armateurs et dans un besoin initial militaire (Servaux veut dire « SERvice AUXiliaire de l’armement ». Un des premiers besoins semble avoir été l’eau! Et ce qui semble attesté c’est qu’à Campagne Servaux au départ on mettait de l’eau douce en bouteille pour les navires. Au fil du temps cette fonction de super fournisseur s’est diversifiée vers d’autres types de produits (le mobilier, la vaisselle, le matériel de sauvetage et de ravitaillement) et d’autres types de bateaux . Au détour des souvenirs c’est l’image du « transat » qui est à plusieurs reprises revenue. et ils ont fini par devenir fabriquants de bateaux. Ils ont construit aussi les 6 maisons à l’arrière de la campagne, pour les contremaîtres. On rencontre l’un des actuels habitants, dont les parents ont pu racheter la maison quand l’entreprise a vendu en morceaux la campagne. Aujourd’hui Servaux qui n’est bien sûr plus un coopérative mais une grosse entreprise, se présente comme le leader mondial des services maritimes (les services pouvant désigner des biens comme des prestations). Leurs gammes d’interventions sont extrêmement vastes, puisqu’on trouve toujours le métier de départ de répondre à tout besoin d’un bateau en navigation n’importe où dans le monde, et maintenant ça veut dire beaucoup beaucoup de choses, entre marine commerciale, militaire et depuis peu un positionnement très affirmé sur le yachting !

C’est ainsi qu’ils sont aussi devenus des « rentiers du littoral « en développant sur l’Estaque et Saumaty des services liés aux besoins de la plaisance. Achat, vente, location de bateaux , ils commercialisent également des places au port et des espaces d’hivernage. Nos paysages locaux ont ainsi évolué au fil de leur croissance, avec depuis 2007 la construction de plus de 60 000 m2 d’infrastructures portuaires entre Mourepiane et L’Estaque. Comme quoi le commerce de l’eau converse avec le commerce de la terre…

Mais retrouvons Paco et son histoire.

Après, j’ai perdu le marché des bateaux, il n’y avait plus besoin de cales, à cause des containers. Il a fallu que je me trouve une autre sortie économique. J’ai rencontré une personne qui était maçon qui m’a présenté un architecte. Il est devenu l’architecte des Grands Moulins Storione, propriétaire des boulangeries Banettes. Ensemble on a fait le mobilier de toutes les Banettes de Marseille !

On a presque fini la visite, mais Mlouka veut un tour de manège portuaire…

On finit en profitant joyeusement de l’hospitalité de Paco, merci Paco!

CAMINANDO SAINT-ANDRÉ

Des chemins et des voix du côté de Séon

En marchant à Saint-André on a trouvé des chemins d’écoliers et des sentiers buissonniers.

En marchant à Saint-André on a trouvé des passages, des recoins, des cours et des balcons, des jardins éparpillés et des fois un peu secrets, des terrains d’aventures et des aventures tout terrain.

En marchant à Saint-André on a écouté des voix d’ici qui racontaient le lointain, on a chanté des chants d’ailleurs juste là.

En marchant à Saint-André nos mille et un pieds se sont rassemblés en un mille pattes de quartier.

Saint-André, c’est l’un des quartiers de ce qu’on appelait Séon.

Un grand quartier bien vivant aux accents italiens, espagnols, kabyles ou sénégalais, et qui s’est retrouvé coupé en morceaux, entre autoroute, centre commercial, développement portuaire, ZAC et fermeture d’usines.

Un jour, des enfants se sont rendus compte que toutes leurs écoles s’appelaient Saint-André. 

Ils habitaient dans les immeubles de la Castellane, ils habitaient au village, ils habitaient en haut ou en bas, d’un côté ou de l’autre de l’autoroute et des rails.

Alors ils ont commencé à chercher ce chemin des écoliers qu’on a oublié. 

Alors ils ont commencé à inventer un chemin buissonnier.

Des adultes se sont mis à les suivre, cherchant dans leurs mémoires comment c’était avant, regardant avec des yeux d’enfant ce que c’est maintenant.

Les musiciens les ont rejoints pour écouter et partager des résonances.

Petits et grands se sont alors mis à suivre la voie des plantes et des chants, pour cueillir les souvenirs, cultiver le présent et planter des histoires à venir…

CHEMIN FAISANT

Rejoignons-les…

Marchons…

Chantons…

Jardinons …

ET RELIONS TOUS CES BOUTS DE QUARTIERS 

CAMINANDO SAINT-ANDRÉ !

Les Rendez-Vous

Mercredis 3 et 17 mai, 7 et 21 juin de 14h à 18h
La bibliothèque buissonnière

[Lectures de plein air, mini balades d’exploration du quartier, ateliers jardinage et arts
plastiques pour les petits et les grands, collectages d’archives du quartier…]

Venez nous rejoindre dans la cour de la bibliothèque de Saint-André pour part
ir en exploration dans le quartier, à la recherche des plantes, des histoires et des musiques de Saint-André. On trouvera comment les partager, en faisant des dessins, des herbiers, des jeux de piste, des jardins qui prendront place dans le quartier!

20 et 21 mai à l’Atelier sous le platane (Saint-André)
Cantando Saint-André

Avec Gil Aniorte, Sylvie Aniorte Paz, Nadia Tighidet et Jeanne Alcaraz.

[Transmissions de chants d’exil, festifs et de travail]

Le temps d’un weekend les musiciens de Barrio Chino viendront partager et transmettre un travail engagé depuis plusieurs années sur les chants issus de l’immigration espagnole (et pas que) et du travail des femmes. Accès libre sur inscription


21 juin
Caminando Saint-André : Fête chantante de quartier
[ateliers de rue, parcours chantant, concerts buissonniers]
Le 21 juin en après-midi et en soirée, on marchera et on chantera dans Saint André au cours d’un parcours musical dans les rues et divers lieux du quartier, pour aboutir à un concert de Barrio Chino et une soirée chantante à partager.
Avec également la fanfare des familles, les chanteurs de sonnettes et les habitants-musiciens de Séon…

Le 1000 pattes des enfants de Saint-André La Castellane #1

17 mars 2023

Partir à l’aventure, faire les détectives, vivre des histoires, le rêve de tout enfant…

Les enfants de l’école de St. André Barnier à La Castellane, sont partis à l’aventure à la recherche d’indices pour construire un jeu de pistes patrimonial reliant  les écoles de Saint André (Barnier, La Castellane, Condorcet). 

Si elles nomment toutes dans leur nom ce lien à Saint-André, il est aujourd’hui plus difficile à appréhender, et les enfants sont invités à devenir les explorateurs de cette portion du territoire qui composa un Saint-André plus vaste, entre la Castellane, Verduron, la Bricarde jusqu’au noyau-villageois.

Nous avons commencé l’exploration au Parc de la Jougarelle avec un bref récit sur l’histoire du château de La Castellane, qui existait avant la construction des immeubles, puis nous sommes allés faire un repérage des plantes et arbres qui existent autour du parc, des oliviers, des palmiers, des platanes et des margousiers. Une plante « La Diplotaxis » (aussi nommée fausse roquette ou fausse moutarde) a été couronnée principale protagoniste de la journée… Elle nous a par exemple appris quelque chose d’important qui reviendra tout au long de la balade : on peut avoir plusieurs noms, on peut avoir plusieurs histoires, on n’est pas forcément obligé d’en choisir une seule.

On peut par exemple se sentir à la fois habitant de la Castellane, de St André et de Marseille.

Et Saint-André peut se sentir à la fois italien, espagnol, Kabyle, provençal et marseillais…

Se repérer là où on habite, regarder au loin, comprendre comme le quartier de St. André s’est construit, ses limites instables, et ce qui sépare le haut (La Castellane) du bas (noyaux villageois de St. André) : l’autoroute, les voies ferrées.

Pendant que le groupe des CE1 part à la découverte des traces d’une branche du canal de Marseille et du rôle de l’eau dans le quartier tout en retrouvant  ainsi le chemin des écoliers qui relie l’école Saint-André La Castellane à l’ancienne école d’avant le cité, située dans le quartier de Verduron, les CP trouvent les indices du passé à la fois agricole et industriel. 

Les vestiges d’une branche du canal et de son système d’irrigation en direction des champs horticoles qui se trouvaient sur une partie de l’actuelle Castellane

Le grand champ en face de La Castellane et devant La Bricarde, témoigne d’un passé industriel avec des murs construits des pierres et des tuiles, témoignant de l’histoire de l’argile et des anciennes tuileries du secteur. Mais aussi d’une histoire agricole, et on comprends comment à l’image d’un escalier faire des terrasses permet de grimper la colline mais aussi de la cultiver ! 

Nous avons fait des récoltes botaniques : asperges, euphorbes (attention c’est du poison !), mauves, jacinthes sauvages, muscaris, faux petit-pois, pissenlits, plantains, calendules, et encore de la diplotaxis.

On s’est ensuite retrouvé et avant regardé les grosses maisons. Certaines ressemblent plus à des fermes, d’autres à des châteaux. On a maintenant plein de questions à poser à Denis, un habitant qui se rappelle bien de comment c’était quand il avait l’âge des enfants, et qui est d’accord pour venir nous raconter !

Puis, on s’est posé pour pique-niquer dans un terrain super comme terrain d’aventures. Les enfants en ont profité pour faire de l’exploration des lieux et dessiner les indices et les histoires collectées avec du charbon des arbres, brulés par un incendie de la colline l’été dernier, et des fleurs tinctoriales sur le grand carnet de voyage qui préparé par Elsa de l’association Momkin.

Après le grand rond-point et un pas très agréable passage sous l’autoroute et les voies ferrés on arrive à des bâtiments beaucoup plus anciens (on se pose alors la question de quelle est la différence entre « sale » et « anciens »). On voit bien là comment La Castellane est coupée de Saint-André́ par le tracé de l’autoroute et des axes de circulations denses, qui enclavent la cité et rendent les déplacements pédestres difficiles.

Le Rond Point du Docteur Maria comme une île entourées de voitures-requins…

Nous sommes arrivés au noyau de St. André.

La placette de la traverse Picaron est une bonne halte pour aussi observer le contraste entre l’enchevêtrement de ruelles et de maisons qui évoque plus le terroir que l’industrie, et des industries spécialisés dans le numérique comme Digitech ou Digimood, installées dans la ZAC Saumaty Séon.

Nous avons longé le petit ruisseau du Pradel, à côté de l’Epad, ce qui nous confirme que le Boulevard Barnier, c’est bien aussi le Pradel. Une route ça peut être aussi une rivière…

Le nom de la pharmacie bld Henri Barnier qui rappelle le ruisseau sous nos pieds…

A l’entrée de l’école Saint-André Condorcet un beau tableau mural cartographie le quartier permet de bien visualiser notre balade ; puis nous avons tenté la chance avec la clef trouvée par un enfant explorateur d’avoir accès à un beau jardin que nous a montré Jeanne…

Humm ça n’a pas marché mais ça nous a donné des idées !!… 

Diplotaxis, Diplotaxis, Diplotaxis,

Quand on aura retrouvé la clef On pourra rentrer !  

 Enfin, une pause à l’atelier sous le Platane avec Jeanne, pour reprendre forces et chanter tous ensemble !

Oh c’est l’eau, c’est l’eau, c’est l’eau, c’est l’eau qui m’attire…

Le 1000 Pattes à Saint André#4


RÉCIT DE LA BALADE EXPLO #4 – 23 FÉVRIER 2023 (par Claire et Emmanuelle – Photos de Jeanne et Julie)

Notre objectif du jour, c’était d’arriver jusqu’à la mer autant qu’on peut y arriver. Et on y est arrivés mais on a mis du temps à descendre, parce qu’en route on a remonté le temps avec Daniel Quero.

De chez Jeanne rue Condorcet, on est partis à la recherche de la tuilerie Martin, en se posant comme d’habitude plein de questions en route. Comme sur cette « Ecole des sœurs » au 11 boulevard Jean Labro (ancien boulevard Martin), aujourd’hui Centre de ressources et d’information municipal de St André, où « Hôtel du Nord » a d’ailleurs un bureau. Qui étaient ces sœurs et quel était leur rôle dans le quartier ?

C’est là qu’Emmanuelle Di Nola a appelé son ex beau-père Daniel Quero, qui contrairement au reste de sa famille n’a jamais travaillé à la tuilerie Martin (il a préféré le raffinage chez Total) mais a toujours vécu boulevard Grawitz dans ce « quartier d’usine », comme il le nomme, et y vit encore. Daniel nous a donc rejoint avec son trousseau de clés : celles de chez lui et celles d’autres logements attenants inoccupés dont il est propriétaire ou a la gestion. Les sœurs il s’en souvient bien : c’étaient des sœurs infirmières. Elles étaient au moins 300 à habiter près de l’école, nous dit-il : quand on est dans la « Traverse des trois sœurs », on est donc littéralement loin du compte !

Les sœurs géraient aussi la crèche boulevard Grawitz, où Daniel a galopé. Aujourd’hui le bâtiment est muré mais doit être réhabilité pour y faire des logements. Ils côtoieront ceux de l’immeuble neuf presque fini à côté, qui donne lui-même sur les jardins familiaux heureusement préservés. Muré aussi un passage qui reliait l’école à l’arrière de la crèche, car au fur et à mesure que le clergé a vendu ses terrains par morceaux, les continuités de passage ont été supprimées. Les dernières sœurs sont parties en 1965 et le lieu connut comme dernier usage celui de dojo pour le judo.

Entre crèche, patronage, Dojo, l’ancien bâtiment religieux a finalement pu être protégé et attend tranquillement sa restauration
Julie et Daniel découvrant une étrange version rocaille de l’immaculée conception

En face, aux 63, 65 et 67 boulevard Grawitz, Daniel nous fait visiter là où lui et sa famille ont grandi et habité au fil des ans. 

Deux pièces achetées 5 000 francs de l’époque pour les parents et leurs cinq enfants, mais heureusement une grande cour commune à plusieurs maisons pour se dégourdir les jambes, dite « cour des miracles ». Recommandé par un patron des mines de Carthagène, son père espagnol était arrivé en France en 1914 avec frère et mère alors qu’il avait 17 ans, sur un bateau affrété par l’industriel, pour travailler à la société minière Peñarroya de l’Estaque. Sa mère, espagnole elle aussi, avait débarqué d’Oran à 9 ans. Leur mariage sera un mariage arrangé par les grands-mères, nous dit Daniel.

Antoine et Joséphine Quero

Aujourd’hui certaines des cours ont-elles aussi été murées et séparées au fil des ventes. Daniel habite toujours au 67, seul depuis le décès de sa femme Berthe Quero qui fut notamment présidente du CIQ St Henri et de l’association « Femmes de Séon ». 

La cour Granon plus connue pour ceux et celles qui y ont joué comme Cour des Miracles

En reprenant la descente à la recherche cette fois des traces de la famille également espagnole de Jeanne, on toque à la porte du 73, la « Maison Granon » où la propriétaire cultivait les semis dans la serre de la cour et faisait pousser les champignons dans la cave.

Nous atteignons la rue Louis Lanata puis faisons une petite pause sympathique chez Emmanuelle, au rez-de-chaussée de cette ancienne maison de pêcheurs joliment réaménagée. Enfin il est temps de finir nos crêpes pour nous remettre en marche une dernière fois afin d’essayer d’atteindre notre objectif avant la nuit…

En bas de la maison habitaient les ânes, qui tiraient les filets de pêches de la côte toute proche

En suivant la traverse Martin qu’on appellait aussi la traverse « va à la mer » nous n’arriverons pas jusqu’à la mer puisqu’avec la construction du port on ne peut plus y arriver, mais nous atteindrons les « poteaux » : comprenez les deux colonnes d’entrée de l’ancienne tuilerie Martin qui trônent encore (pas très fièrement) sur le « Rond-Point France Indochine » (nous dit Google). Le voyage est donc loin d’être fini ! Reste à essayer deviner dans quel pays nous nous rendrons la prochaine fois, mais nous n’en savons rien car on le découvrira chemin faisant, comme d’habitude.

La plage, l’usine, le chemin du Littoral…