Les Journées européennes du patrimoine sont de retour les 15 et 16 septembre

Comme chaque année, Hôtel du Nord vous propose une série de balades et de rendez-vous à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine.

Samedi 15 septembre

Exploration botanique de la pente à Foresta : le projet porté avec Yes We Camp autour de ces terrains en friche avance et les balades pour mieux en apprécier les qualités reprennent. Plus de détails et inscriptions

Patrimoine partagé aux Aygalades: Déambulation dans la cité des Aygalades à la rencontre des habitants et de leurs patrimoines. Plus de détails

Dimanche 16 septembre

De la cité à L’église: A Saint-Louis on retrouve les habitants toujours très actifs de la cité jardin qui sont aussi devenus cette année photographes… Plus de détails et inscriptions

Vernissage de l’exposition “Quelques chemins de Walter Benjamin à Marseille”: Christine Breton nous invite à marcher dans les pas de Walter Benjamin dans cette petite exposition proposée sur la Canebière avec le Bureau des guides du GR2013 et le Musée d’Histoire de Marseille. Plus de détails

Hôtel du Nord s’envole pour Novi Sad

Novi Sad, seconde ville de Serbie, sera capitale européenne de la culture en 2021. Elle participe depuis 2017 aux travaux du réseau de la Convention de Faro au côté d’Hôtel du Nord. Elle était présente comme Hôtel du Nord mi mai au dernier forum de Faro à Lisbonne sur le rôle du patrimoine culturel dans la régénération de communauté.

L’équipe de la Capitale européenne de la culture a invité Hôtel du Nord à venir partager son expérience marseillaise et de coopération avec d’autres villes en Europe comme Venise ou Pilsen. Ce sera l’occasion de présenter les avancées de la plateforme coopérative Les oiseaux de passage, notamment ses premières destinations en Europe et méditerranée.

Virginie, sociétaire de longue date d’Hôtel du Nord, et hôte chez elle comme en balade, s’y rendra du 6 au 10 juin pour rencontrer les communautés patrimoniales, découvrir les initiatives locales comme les balades patrimoniales et d’imaginer de futures coopérations. Des nouvelles dès mis juin.

Droits et précarité artistique

Apparemment pour Pole emploi, être artiste ce n’est pas être « créateur » d’activité. Pourtant, de nombreux artistes contribuent à l’activité de notre coopérative, ils sont même essentiels, comme les Éditions commune qui ont édité les neuf récits d’hospitalité d’Hôtel du Nord que nous continuons à partager, à commercialiser et à utiliser pour la création de nouvelles activités comme des balades patrimoniales.

Pôle emploi réclame 10.000 euros à Martine Derain, créatrice des Éditions commune, pour les allocations qu’elle a perçues sur les trois dernières années lorsque au chômage, elle développait de nouvelles activités. Un créateur ou repreneur d’entreprise peut opter pour le maintien de ses allocations d’aide au retour à l’emploi (ARE) jusqu’au terme de ses droits. Un artiste non. Si l’État parle bien de « création d’activité », les mesures d’accompagnement concernent la création « d’entreprise », terminologie qui ne fait pas l’objet d’une réelle définition légale et qui, in fine, pour Pole emploi, se borne aux “entreprises lucratives”.

Pôle emploi considère donc un artiste comme « bénévole » lorsqu’il crée son activité et les autres créateurs d’activités, non artistiques, comme « entrepreneur », leur accordant alors le maintien de leurs allocations.

Comme de nombreux artistes, faute d’un statut reconnu comme le décrit bien Christine Breton dans le texte qui suit, Martine alterne depuis 30 ans, droits d’auteur, vacations en écoles d’art ou d’architecture, autrefois et parfois emplois aidés sur des métiers où elle eu besoin d’être formée, enfin salariée du régime général CDD sur des missions de direction artistique à l’intérieur d’associations d’artistes – et chômage quand ces missions de direction sont achevées. Entre ces périodes salariées, c’est-à-dire quand elle est au chômage, elle conçoit et propose des projets à un réseau d’associations qui l’emploient régulièrement, projets dont elle est parfois la responsable artistique auprès des tutelles. Elle a également accepté un mandat de trésorière après d’un gros projet pour Marseille-Provence 2013 dans l’une de ces associations et ce pour transmettre aux plus jeunes ses compétences administratives.

Pôle emploi qualifie de “bénévole” cet investissement et non de « création d’activité » pour ensuite s’appuyer sur un arrêt récent (mai 2017) de la cour de cassation concernant l’article L5425-8 du Code du Travail qui dit que si tout demandeur d’emploi peut exercer une activité bénévole, cette activité ne peut s’accomplir chez un précédent employeur, ni se substituer à un emploi salarié, et doit rester compatible avec l’obligation de recherche d’emploi.

Les artistes ne sont pas reconnus comme des “créateurs d’activités” mais comme des “bénévoles”, terminologie tout autant flou juridiquement que celle « d’entrepreneur ».

Christine Breton, sociétaire elle aussi d’Hôtel du Nord, revient dans le texte joint sur ce « cas mal posé » alors que “le statut des artistes n’est toujours pas clarifié”.

Ou bien si, si l’on considère qu’ils ne créent pas d’activité. Comme coopérative, nous ne pouvons que témoigner du contraire et nous inquiéter de cette situation qui met en péril notre propre activité et fragilise nombre de nos sociétaires, déjà fortement précarisés ces dernières années. Nous publions le texte de Christine Breton pour contribuer à ce débat et accompagner Martine Derain dans la bataille juridique qui s’annonce.

 

Le cas de l’artiste-éditrice Martine Derain

Contentieux Pôle emploi. Témoignage de Christine Breton, Conservateur honoraire du patrimoine.

Je tiens à témoigner dans le cas cité afin de souligner les enjeux collectifs qu’il fait apparaitre pour la création artistique et pour la politique culturelle publique.

Pour ce faire je compte m’appuyer sur mon expérience professionnelle de fonctionnaire que je résume aux trois terrains qui concernent le différend :

  • de 1973 à 1986, Conservateur au Musée des Beaux-Arts de Grenoble puis de deux Fonds Régionaux d’Art Contemporain (FRAC), je suis chargée des acquisitions et de la valorisation de collections publiques françaises, spécialisée en art contemporain, docteur en histoire ;
  • de 1987 à 1995, Conservateur chargée de mission à la Ville de Marseille, j’ai la responsabilité de la politique culturelle dans l’équipe de Dominique Wallon, soit création, musée, recherche, école d’art et marché de l’art, j’enseigne aussi à l’université ;
  • enfin, de 1995 à 2010, date de ma retraite, Conservateur sur un programme Ville-Etat-Conseil de l’Europe, je mène la première mission expérimentale européenne de Patrimoine intégré, dans le contexte des quartiers nord de Marseille.

1 – Enjeux pour la politique culturelle publique.

Avant tout, il me semble que le cas cité est mal posé. Le différend qu’il décrit relève d’une évolution des services publics de l’emploi, de l’économie et de la culture. Son règlement doit être interne, entre les administrations concernées. Les artistes que ces services ont la charge d’accompagner ne peuvent servir de prétexte. Que Pôle Emploi oblige Martine Derain à aller devant le Tribunal de Grande Instance ne peut être concevable au regard de l’histoire des politiques publiques que je me propose de re-contextuer.

J’ai rencontré Martine Derain, artiste autodidacte arrivée à Marseille en 1986, dans le cadre des projets de l’association Casa factori qu’elle avait co-fondée. En 1988 D. Wallon avait décidé de mettre en mouvement le cycle de l’art et j’accompagnais tous les acteurs qui allaient enclencher la fameuse “Movida” marseillaise. Divisé en 4 parties égales et dépendantes les unes des autres, la mise en mouvement du cycle de l’art s’est faite avec peu de moyens publics tant sa potentialité est riche :

* Le quart des musées remplit la fonction de référence. C’est le corps de symboles qui nous fait citoyens de la République française. C’est une institution décentralisée, municipale, créée par la Terreur et organisée par Jules Ferry.

* Le quart de la seconde institution publique, municipale, l’école d’art, remplit la fonction de transmission. L’artiste du passé transmet ses savoirs-faire à l’artiste du futur. Cela se passe dans la connaissance et dans l’exemplarité des artistes.

* Le quart des artistes remplit la fonction de production. Autodidactes ou sortis de l’école d’art ils ont perdus leur statut Etudiant. Aucun statut ne les attend de l’autre côté de ce passage. Ils ne bénéficient pas de celui d’intermittents du spectacle. Il leur reste à monnayer leurs diplômes dans l’enseignement. Ils peuvent s’organiser en réseaux, en ateliers ou galeries d’artistes avec le statut d’associations loi 1901. Ils peuvent se déclarer auto-entrepreneurs pour poursuivre leur recherche et leur production artistique. Ils peuvent adhérer à la Maison des artistes ou à l’AGESSA.

* Le dernier quart est celui du marché de l’art qui remplit la fonction de diffusion : achats, ventes,

échanges de la production artistique. Il est régi par la loi du marché. L’art contemporain est devenu valeur refuge dans la financiarisation actuelle.

Mettre en mouvement les 4 fonctions imposait, en priorité à Marseille, d’accompagner le quart le plus fragile dont tout le reste dépend : les artistes, les producteurs. Ma mission devait être inventive et diversifiée :

–       avec les services sociaux, permettre au cas par cas la sortie du sous-prolétariat et de la misère ;

–       avec les services de Pôle Emploi faire reconnaître leur spécificité et chercher une solution statutaire ;

–       avec les services municipaux restaurer les lois qui favorisent la commande publique aux artistes comme le 1% ;

–       avec les services de l’économie relancer le marché de l’art via le soutien aux galeries associatives, les achats au fonds communal restauré et les participations aux foires internationales d’art;

–       avec les artistes inventer des co-éditions de catalogues ou livres spécialisés pour les faire connaître, des co-commandes, des co-installations de l’outil de travail qu’est l’atelier d’artistes ;

–       avec les services culturels soutenir les actions en réseau des artistes ;

–       avec les logeurs publics négocier pour intégrer des ateliers-logements dans leurs programmes, etc…

Je dois avouer une limite à l’issue de ma mission en 1995 : le statut des artistes n’était toujours pas clarifié. Faiblesse qui allait produire un effet pervers lors du changement de municipalité. Le clientélisme a remis à l’honneur les subventions au lieu des accompagnements théoriques et

économiques. Les subventions se sont raréfiées créant encore plus de misère et la nécessité pour les artistes de jongler encore plus vite entre les statuts acquis.

Le cas Martine Derain montre bien comment dans le cadre légal une même personne doit passer d’artiste à directrice artistique à chômeuse à mandataire associative pour rester en vie et dans le mouvement de sa propre création. La multiplication des collaborations entre associations comme la multiplication des échelles territoriales sont le signe d’une profonde transformation de la recherche artistique. Plus holistique, elle doit trouver les moyens de transcender les classifications et les métiers devenus obsolètes.

2 – Enjeux pour la création artistique

On pourra objecter que mon témoignage n’est pas recevable car je suis juge et partie ayant été moi même publiée dans la maison d’édition animée par Martine Derain : “les éditions commune”. Je vais effectivement m’appuyer sur cette expérience à la frontière entre mon travail de chercheuse et celui de conservateur pour témoigner dans son cas des enjeux collectifs en matière de création artistique.

En 2010, lors de ma retraite, j’ai pu entreprendre le grand chantier des “Récits d’hospitalité”. En neuf livres et trois ans de recherches, j’ai tenté l’écriture de l’histoire des quartiers dont j’avais partagé durant

15 ans l’aventure patrimoniale. Il s’agissait d’une double expérimentation de la pratique du patrimoine intégré et de l’écriture de l’histoire dans son contexte. Il n’était donc pas question pour moi de choisir une maison d’édition issue de mon milieu patrimonial par trop spécialisé. A l’inverse je ne pouvais choisir une maison d’édition grand public car trop tentée par le « scoop » du quartier mis au ban. J’ai cherché une maison d’édition capable de création formelle et stratégique. C’est ainsi que j’ai sollicité les “éditions commune”. Un long partenariat intellectuel a alors commencé. Dès 2013 les 9 ouvrages ont été édités puis vendus dans les librairies spécialisées et dans les lieux improbables des quartiers concernés. Certains d’entre eux sont d’ores et déjà épuisés.

Voilà ce qu’a su créer l’artiste-éditrice, un nouvel espace de diffusion des idées et des créations artistiques. Situation unique ! Je n’aurais jamais pu trouver un autre espace pour restituer mes recherches. J’ai alors compris la cohérence du processus de Martine Derain commencé avec le journal mural collectif créé via l’association “Casa Factori”. Voilà la meilleure école pragmatique pour aborder le rapport aux publics. Et c’est cette école que Pôle Emploi réfute. Pourtant en tant que Service public, nous devrions être tous fiers d’avoir participé au développement de cette aventure de 30 ans.

30 ans : le temps de formation d’un être humain. 30 ans de dépenses publiques tel un investissement que l’on dénie au moment d’en cueillir les fruits. Comme si nous, les responsables de politiques culturelles, nous nous étions trompés dans notre diagnostique collectif!

La lecture inversée des textes tronqués de la loi de 1901 et de celle de 1998 par Pôle Emploi vide leur contenu et donc le sens. Inversement l’article 103 de la loi N.O.T.Re de 2015 concernant les droits culturels des citoyens et la loi relative à la liberté de la création, à l’Architecture et au Patrimoine du 7 juillet 2015, comme les textes européens dont la Convention de Faro, donnent raison à Martine Derain créatrice et citoyenne.

En espérant que mon témoignage contribuera à la solution de ce différend.

Christine Breton, Conservateur honoraire du Patrimoine.

Des droits humains universels, indissociables, interdépendants et intimement liés.

Maintenant que la France a par deux fois inscrit les droits culturels dans la Loi en 2016, va-t-elle signer la Convention de Faro sur la valeur du patrimoine culturel pour la société ? Comment se positionnent les candidats à l’élection présidentielle ? Les défenseurs des droits culturels?

En 2015, en réponse à une question au gouvernement du Député du Morbihan Paul Molac, l’État a répondu qu’un examen approfondi, nécessaire avant toute signature puis ratification éventuelle de la Convention de Faro, était actuellement en cours. Où en est cet examen? Sur le terrain, le débat se poursuit.

Des sociétaires d’Hôtel du Nord ont participé à la rencontre organisée par le réseau Culture 21 en partenariat avec La Gare Franche les 7 et mercredi 8 février sur “Les communautés patrimoniales en débat“. Le Réseau culture 21 inscrit ses travaux dans la promotion de la diversité et des droits culturels dans l’ensemble des politiques publiques en s’appuyant sur l’Agenda 21 de la culture et la Déclaration de Fribourg issue de la société civile.

Jeudi 16 février, des sociétaires ont participé au forum citoyen  “Culture, Communs et Solidarités : pour un engagement culturel citoyen et solidaire” organisé au Sénat par l’Union Fédérale d’Intervention des Structures Culturelles (UFISC) autours de la reconnaissance des droits culturels par les Lois Liberté de Création, l’Architecture et le Patrimoine (LCAP) et Nouvelle Organisation Territoriale de la République (loi NOTRe). L’article 103 de la Loi NOTRe reconnait que sur chaque territoire, les droits culturels des citoyens sont garantis par l’exercice conjoint de la compétence en matière de culture, par l’État et les collectivités territoriales.

Au sein Des oiseaux de passage, nom de la plateforme coopérative d’hospitalité que co développe Hôtel du Nord, ce qui fait commun, et donc débat, c’est que tous les droits humains sont universels, indissociables, interdépendants et intimement liés. En économie collaborative, le droit au congés (art. 24) ne peut se réaliser au détriment du droit à une rémunération équitable et une protection sociale (art. 23) et ni au détriment du droit au respect de la vie privée (art. 12). Réciproquement, les droits culturels (art. 27) ne peuvent s’exercer au détriment du droit de circuler librement et de choisir sa résidence (art. 13). C’est ce qui explique que autours de la table se retrouvent des acteurs du tourisme social, de la culture, du commerce équitable ou du web sémantique.

Au sein du Conseil de l’Europe, plus veille institution européenne créée par les précurseurs d’une Europe en paix fondée sur les valeurs des droits de l’homme, de la démocratie et de l’État de droit, les 47 pays membres ont signé la Convention européenne des droits de l’Homme qui vise à protéger les droits humains, la démocratie et l’État de droit, sous le contrôle de la Cour européenne des Droits de l’Homme.

En ce sens, la Convention de Faro, et sa ratification par la France, nous semble un cadre indispensable pour que l’ensemble de ces initiatives locales, nationales, internationales, publiques et civiles, ce “rêve éveillé”, se transforme en principe espérance.

Pour poursuivre ce débat et y participer, nous partageons le un lien vers le plan d’action Faro auquel nous participons activement et un entretien avec la Sénatrice Marie-Christine Blandin réalisé par le Réseau culture 21 en avril 2016. Elle revient  sur le processus d’inscription des droits culturels dans la loi NOTRe et présente les principaux débats suscités par cette inscription dans la loi nationale française.

Nouvelle vidéo de promotion de la Convention de Faro passant par Marseille

Dans le cadre de son Plan d’Action Faro, le Conseil de l’Europe mène des actions de promotion de la Convention de Faro auprès des 47 États membres. Dans ce cadre, il vient de mettre en ligne un spot vidéo qui présente les grands principes et objectifs de la Convention de Faro.

Ces principes sont illustrés par des exemples  de la « Communauté de Faro »  qui associe, à l’initiative du Conseil de l’Europe, des groupes d’acteurs de terrain et de passeurs menant des actions locales dans les villes et régions des États membres du Conseil de l’Europe afin de valoriser leur patrimoine local conformément aux principes de la Convention de Faro.

Notre coopérative Hôtel du Nord est membre de cette communauté comme d’autres initiatives à Pilsen en république Tchèque ou Venise en Italie avec qui nous collaborons et visibles en images dans ce clip pour le moment en version anglaise : https://www.youtube.com/watch?v=74eMTcLFydM

Le Plan d’action de Faro vise à traduire dans les faits les principes de la Convention de Faro. Il a pour but d’illustrer la richesse et le caractère novateur des principes de la Convention de Faro et de fournir des possibilités d’interprétation en rapport avec les défis auxquels doit faire face la société d’aujourd’hui.

Il donne aux États membres accès à des connaissances et à une expertise de terrain pour mieux comprendre les atouts potentiels de la Convention ; il aide le Secrétariat à mettre en lumière et à étudier des questions spécifiques dans le droit fil des priorités politiques de l’Organisation ; il offre également une plateforme d’analyse permettant de formuler des recommandations en vue de nouvelles actions et encourage les États membres à signer et à ratifier la Convention.

Fare Faro a Forlì – 15 et 16 octobre 2016

 

#FareFaro – “Faire Faro” – est une initiative stimulée par les principes de la Convention de Faro et ses applications par des communautés patrimoniales comme à Venise (Faro Venezia), Pilsen (Hidden City) ou Marseille (Hôtel du Nord).

A Forlì, #FareFaro a l’intention de promouvoir la naissance de communautés patrimoniales regroupant des personnes, des associations ou d’autres organismes et collectifs pour valoriser les lieux et biens communs à la Città del 900 (la ville du XIXme).

C’est pour cette raison que la ville de Forlì en lien avec la Route culturelle européenne ATRIUM  – Mémoire de l’architecture des régimes totalitaires de l’Europe urbaine – organise deux journées d’événements qui ont comme dénominateur commun le patrimoine culturel comme bien commun. Alors venez participer à Fare Faro a Forlì les samedi 15 et dimanche 16 octobre.

Au programme :

  • Balade patrimoniale et atelier “les femmes, l’usine et la Résistance en ville” (Institut de la résistance et du 900)
  • Atelier culinaire “Pane di pane” (association Slow food)
  • Atelier éditorial “Seigradisocietà” (association Sei gradi)
  • Balade patrimoniale “Une nouvelle avenue pour Forlì, un projet à l’enseigne de la modernité” (Confédération des guides touristiques)
  • Exposition diffuse “Totaly Lost 2016” (association Spazi indecisi)
  • Courts métrages “13me festival international du court métrage” (association Sedicicorto)
  • Concert “Quand la mémoire raconte la musique … on chante pour le futur” (artistes Anna Ghetti et Simone Ravaioli).

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Et la Convention de Faro dans tous ça?

En Italie, l’association nationale des archéologues – ANA – vient de lancer une pétition en ligne pour que l’Italie ratifie la Convention de Faro (voir la pétition).

En France, après l’adoption par le Parlement de la Loi Notre en août 2015 qui reconnait les droits culturels (voir nos propositions pour une politique publique patrimoniale en faveur du droit au patrimoine ), le Parlement examine le projet de loi Création architecture patrimoine qui, grâce à un amendement en ce sens,  confirme le référentiel des droits culturels.

Hôtel du Nord relaie les lettres Jean Michel Luca, consultant en droits culturels, à madame la Ministre de la Culture et à monsieur le Ministre des Affaires étrangères pour leur demander que ce  projet de loi inclut dans son volet patrimonial  la ratification de la Convention de Faro et s’associe à la proposition de demander à l’Assemblée Nationale de prolonger la  reconnaissance des droits culturels par un amendement rédigé ainsi : « Est autorisée l’approbation de la convention Convention-cadre du Conseil de l’Europe sur la valeur du patrimoine culturel pour la société, datée du 27 octobre 2005, et dont le texte est annexé à la présente loi ».

Propositions pour une politique publique patrimoniale en faveur du droit au patrimoine

Le 8 août 2015, l’Assemblée Nationale a adopté la loi NOTRe portant sur la nouvelle organisation territoriale de la République qui veut dans son article 103 que sur chaque territoire, les droits culturels des citoyens soient garantis par l’exercice conjoint de la compétence en matière de culture par l’État et les collectivités territoriales.

La « garantie » que les droits culturels des personnes seront partout, à tout moment, respectés, est maintenant une responsabilité publique des services comme des élus. Ils pourront se référer, a minima, à l’article 27 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948  (DUDH), article même dont découle “le droit au patrimoine culturel” de la Convention de Faro.

Jusque là notre coopérative a coopéré avec les maires qui ont volontairement adhéré aux principes de la Convention de Faro (5 maires depuis 2009), s’engageant par là à assumer leurs responsabilités « dans le respect du droit au patrimoine culturel ». L’Etat français n’a toujours pas signé la Convention de Faro et un examen approfondi en vu de sa signature est actuellement en cours (question parlementaire 77255, juin 2015).

Aujourd’hui, l’article 103 de la loi NOTRe pose une obligation qui vaut pour toutes les actions et tous les acteurs de la politique culturelle.

Comme l’adoption d’une Loi ne vaut pas traduction immédiate en politique publique, voici à partir de l’expérience marseillaise et celles rencontrées ailleurs, des propositions de ce que pourrait être une politique publique patrimoniale en faveur du droit au patrimoine culturel et qui pourraient être discutées, amendées, reprises et expérimentées par une Collectivité.

Ces propositions portent en particulier sur la prise en compte du « droit au patrimoine culturel » tel que défini par la Convention de Faro au regard des droits de l’Homme, les droits culturels étant bien plus larges : l’article 103 de la Loi NOTRe fait référence aux droits culturels énoncés par la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles du 20 octobre 2005.

Alors, comment passer de la logique de la politique de « l’offre culturelle » et « des publics » à celle d’une écoute de la demande sociale ? Comment encourager chacun à participer dans le cadre de l’action publique au processus d’identification, d’étude, d’interprétation, de protection, de conservation et de présentation du patrimoine culturel ? Comment passer de la désignation des « publics bénéficiaires » à l’initiative citoyenne? De quel cadre public pourrait se doter une « fabrique patrimoniale citoyenne » ? Quelle répartition des compétences, des responsabilités et des actions en matière de patrimoine culturel entre l’État, les collectivités territoriales et les citoyens ? Quelles coopérations possibles ? Comment l’institution publique, garante de l’intérêt général, peut-elle être aussi garante des droits culturels ?

La première proposition serait de créer un service public patrimonial dont la fonction serait d’accompagner les citoyens, seuls ou en groupe, dans leur travaux d’identification, de recherche, d’exposition et de conservation des patrimoines culturels auxquels ils attachent de la valeur et qu’ils souhaitent, dans le cadre de l’action publique, maintenir et transmettre aux générations futures. Les citoyens ne seraient plus seulement les « bénéficiaires » du patrimoine culturel  (politique des publics, de l’offre culturel) mais ceux qui font le patrimoine (approche intégrée).

La longue expérience de la mission européenne de patrimoine intégré a permis à une conservatrice du patrimoine d’expérimenter cette nouvelle fonction publique patrimoniale de 1995 à 2013. La mission qui n’a malheureusement pas été maintenue suite à son départ en retraite est à l’origine d’initiatives de la société civile qui poursuivent une partie de ses fonctions comme le « Centre de ressources » Ancrages dédié à l’histoire et aux mémoires des migrations ou le Mille-pattes d’Hôtel du Nord qui est une « fabrique d’histoires ».

La seconde proposition concerne les données patrimoniales. Bien que l’institution publique soit active sur l’inventaire des patrimoines culturels, leur numérisation et accessibilité via notamment de nouveaux services culturels numériques, les nombreuses données collectées par les communautés patrimoniales entrent, elles, rarement dans le domaine public faute souvent même d’essayer, voir d’opter pour des supports de publication indépendants du contrôle institutionnel comme Wikipédia. Comment ces processus, publics et civils, pourraient ils contribuer à co définir les conditions et protocoles de coopération des communautés patrimoniales aux processus d’inventaire et de mise en circulation des données patrimoniales  (commenter, collecter, compléter, re créer, partager, interpréter, médiatiser, valoriser)?.

Le dernier avis européen “La dimension locale et régionale de l’économie du partage” promeut la consolidation d’«écosystèmes institutionnels collaboratifs» avec les initiatives citoyennes qui respectent les principes de transparence, d’ouverture et de responsabilité.

La troisième est celle d’expérimenter une réglementation publique des « biens communs culturels » qui pourrait s’inspirer de l’expérience italienne portée par le laboratoire pour la gouvernance des biens commun LabGov. Il expérimente et diffuse un modèle de « règlement des communs urbains » adopté en seulement deux ans par une soixantaine de villes italiennes et en court d’adoption par 80 nouvelles dont Rome. Il permet à une collectivité de passer un « pacte de collaboration » avec des citoyens pour qu’ils puissent prendre soin (protection, conservation, entretien) de biens communs matériels ou immatériels, publics ou privés à usage public, et collaborer à leur gestion, rénovation, transformation ou innovation. Ces biens communs urbains peuvent être des espaces publics comme des places ou des jardins, des bâtiments ou encore des services comme des pratiques sportives, culturelles, sociales, etc

La Cascade des Aygalades, la Grotte des Carmes, l’Oppidum de Verduron, atour desquels les communautés patrimoniales et les élus locaux se mobilisent de longue date,  pourraient bénéficier à titre expérimental d’une telle expérimentation.

La quatrième porte sur la mise en place d’un processus de concertation publique patrimonial. Les maires signataires de Faro ont posé comme premier acte la mise en place d’une « commission patrimoine » réunissant les communautés patrimoniales actives pour ensemble se concerter sur les enjeux liés aux patrimoines culturels. Cette expérience, qui fait l’objet aujourd’hui d’une « application libre de Faro » diffusée par le Conseil de l’Europe, pourrait être davantage formalisée en s’appuyant notamment sur l’expérience française des Conseils de développement.

Les communautés patrimoniales se verraient ainsi reconnues dans leur fonction d’interpellation et de préparation des décisions publiques touchant aux patrimoines culturels (urbanisme, politique culturelle, action sociale, développement économique, etc). Elles pourraient ainsi, dans le cadre de l’action publique, participer à organiser la concertation locale, à la réalisation du diagnostic comme de l’évaluation et être force de proposition et d’alerte. Leur rôle serait tout aussi important dans la gestion des conflits patrimoniaux (usages, interprétations, mise en valeur, etc) en facilitant l’expression des communautés patrimoniales, des acteurs économiques et associatifs, des élus et des administrations.

La dernière porte sur la mise en place d’un observatoire sur la prise en compte des droits culturels. Il serait utile, non pas dans une fonction d’évaluation, mais « d’alerte » concernant les expérimentations mises en œuvre notamment concernant l’accès au droit de tous les citoyens, sur l’existence effective d’un environnement économique et social propice à leur participation, au respect de la diversité des interprétations comme de l’intégrité du patrimoine, bref de maintenir une attention constante à toutes les recommandations issues de la Convention de Faro, fruits de trente année de réflexion européenne.

Ces propositions faite in primis aux sociétaires de la coopérative comme aux collectivités locales et plus généralement à ceux qui s’intéressent à ces enjeux conditionnent la réalisation de notre objet social.

Prosper Wanner, sociétaire d’Hôtel du Nord

Métropolitique : La sociologie visuelle au service de la réhabilitation des « cités »

Dans le prolongement de l’article du sociologue new-yorkais William Kornblum publié dans le Dissent et repris par Courrier International, la revue Metropolitique.eu propose en ligne un article La sociologie visuelle au service de la réhabilitation des « cités » et une vidéo (voir plus bas) sur La Visitation à laquelle participe Christiane Martinez hôte et sociétaire de la coopérative Hôtel du Nord.

Cet article fait référence à l’article de Michèle Jolé,  professeur en sociologie urbaine, paru en 2012  : Hôtel du Nord. La construction d’un patrimoine commun dans les quartiers nord de Marseille.

Le sociologue new-yorkais William Kornblum a rapporté des cités du nord de Marseille des images qui contredisent les stéréotypes de chaos urbain répandus par les médias. Il s’essaie également, vidéo à l’appui, à une contextualisation écologique de ces quartiers, en les resituant dans la topographie générale de la cité phocéenne.

Le Tourisme social est il soluble dans l’économie collaborative?

Hôtel du Nord participera samedi 24 octobre lors du salon national de l’économie sociale et solidaire à Niort à l’atelier qui abordera l’avenir du tourisme social “pour tous” et de l’économie collaborative.

  • Après le “tourisme pour tous”, ne sommes nous pas au “tourisme par tous” ?
  • Le tourisme collaboratif, menace ou opportunité pour le tourisme social et solidaire ?
  • Devons nous profiter des plateformes existantes ou développer de nouvelles respectant nos valeurs ?

L’atelier sera aussi l’occasion pour la coopérative d’habitants Hôtel du Nord et l’agence de tourisme social Ekitour de signer officiellement leur coopération pour lancer une version pilote de hoteldunord.coop en Région Poitou Charentes.