Récit du Séjour Côté Nord d’Hôtel du Nord

Avant de partir :

Cela fait déjà deux ans que j’ai lu ces mots :

« Disons, pour être plus précis, que certaines villes supportent d’être parcourues suivant un chemin balisé, qu’il y a des quartiers à voir, ce qui signifie que, pour d’autres, ce n’est pas la peine. Au fond, l’itinéraire est l’aveu qu’il y a du déchet. Alors, soyons objectifs; si quelqu’un vous demande que voir à Marseille, la réponse à apporter est simple: tout. »

Par Patrick Cauvin, publié le 01/11/2004, l’Express

Séjour chez les hôtes

Tout d’abord, à noter que je suis un « habitué » des séjours en chambre d’hôte. Dans des contrées plus au nord (Savoie, Alpes de Haute Provence etc.) depuis la fin des années 90. J’ai de plus en plus apprécié ce mode de séjour. Presque toutes mes expériences furent positives. Quelquefois même, s’installait une sorte d’« amitié »/connaissance autour de discussions avec mes hôtes, de la politique, de la situation des populations « étrangères », des rapports entre ces gens qui se sont installés là dans la campagne et les « indigènes »…

Donc tout cela pour dire que je savais que ce genre de séjour peut être, pour moi, une chose « intéressante », car je cherche le contact avec les hôtes.

Dès ma « découverte de Marseille » en 2007 (en fait là, ce fut seulement un séjour de deux nuits et un jour…ça a suffi pour allumer le feu), j’ai cherché une « chambre d’hôte » – on pouvait en trouver, mais il fallait réserver des mois en avance. Depuis j’ai fait plusieurs voyages à Marseille et à chaque fois, je regardais s’il y avait quelque chose de nouveau. Et, enfin, enfin, je découvrais « Hôtel du Nord » – qui était déjà dans mon « radar », je crois, il y a deux ans !

D’après les infos d’internet, j’avais l’impression, bien que ce soit ciblé sur 2013, qu’ils étaient en train de s’organiser. Mais dès le début, ce qui m’intéressait – et je voulais en savoir plus -c’était l’idée de donner aux visiteurs, en plus d’une chambre, un« insight ». Je n’avais pas encore bien compris ce que c’était vraiment et ce fut seulement durant mon séjour que j’ai vu ce que c’était. A vrai dire, une drôle de curiosité me poussait. J’allais ainsi de temps en temps visiter le site et je fus heureux quand je lus l’annonce du « séjour Côté nord ». C’est comme ça que je suis arrivé là.

Mais revenons aux hôtes et à leurs rôles. L’intégration à la vie des hôtes a été plus intensive que celle que j’ai connue ailleurs ; je m’y attendais un peu, vu le programme.

Les repas qu’on prenait ensemble m’ont donné la possibilité d’avoir un « plus » par rapport au « programme officiel. À part le petit déjeuner prévu par le programme, ils m’invitaient à prendre l’apero et en plus à partager leur copieux dîner sur la terrasse perchant sur la rade. C’était l’heure de parler sur les aspects plus locaux, en l’occurrence, de Mourepiane, de sa situation, de l’histoire du dernier siècle, de l’industrie (pétrolière par exemple), de la conversion de la zone de port en zone d’activité, enfermée derrière les grillages, ce qui empêche donc l’accès à la mer.

Je reviendrai, aussi, sur ce que j’appellerai l’ « ancrage » chez les hôtes, après avoir discuté de quelques thèmes et problèmes qui ont été particulièrement présents pour moi dans le séjour –j’ai appris beaucoup de choses, j’étais impressionné, parfois irrité, j’ai beaucoup réfléchi, etc. etc.

Libre accès

(C) des photos: Dr.Jochen Eckert, Wiesbaden

« Libre accès» est un thème qui est apparu, sous différents aspects, aussi bien du côté hôtes que du côté programme organisé/ballades. Mon arrivée chez mes hôtes coïncida avec l’heure de l’apéro que l’on a pris sur la terrasse (comme je m’y attendais!) et le « problème » s’imposa là, en pleine face, devant mes yeux : le port ou ce qui est devenu le port, une zone industrielle, derrière des grillages ; là j’ai compris ce que voulaient dire certains intitulés du programme qui parlaient d’autorisation d’accès au port. Grâce aux descriptions très vives de Max, mon hôte, je pouvais m’imaginer la situation d’avant l’agrandissement du port dans les années 50. Pour une première heure, c’était déjà une entrée dans la question, sans la comprendre totalement bien sûr, mais il y aurait d’autres jours et d’autres occasions « ballade sur mer » par exemple pour en discuter et en savoir plus.

Ce thème fut aussi très présent durant la ballade « Plan d’Aou », à l‘œil nu (voir photo) ou dans les récits (« le mur ») et même dans l’action, en traversant plusieurs de ces barrières pendant la marche…

Pour moi, c’est vraiment curieux de pouvoir intégrer un thème/motif dans ses différents aspects, visibilité, action et récit/témoignage. J’ai l’impression que cela donne aux questions une très grande intensité, car ce n’est pas seulement « la raison pure » qui est impliquée, mais aussi le côté émotionnel.

Urbanisme

(C) des photos: Dr.Jochen Eckert, Wiesbaden

Ce que j’appellerai un« urbanisme cru » s’est imposé à moi, à mes yeux, sous divers aspects et à différents moments, dans les ballades organisées, à la soirée à la Cité des Arts de la Rue… : tout ce « bric à brac » de sites de production, actuels et anciens, de friches (le fameux « terril » près des Aygalades), de terrains de stockage de containeurs, de centre commercial comme le « grand littoral », avec en-dessous un autre désert de friche, des étangs vides à côté…

(C) des photos: Dr.Jochen Eckert, Wiesbaden

En fait, c’est surtout lors de la seconde partie de la ballade « plan d’Aou », que cela s’est imposé – après bien des impressions que j’avais déjà eues à St. André et aux Aygalades – comme des bizarreries que je n’aurais jamais imaginées dans mes cauchemars.

L’impression était la suivante : j’ai besoin d’un terrain pour le stockage de containeurs, un centre commercial, une usine, une autoroute ? Je prends les pentes des anciennes carrières d’argile. Et c’est ainsi qu’on instaure la séparation entre les habitations « d’en haut » et celles des anciens villages. Ce qui donne naissance à une zone cauchemaresque, tarkovskienne…pas de lien, difficile de se comprendre (différent de Stuttgart, de Lyon), des mondes à différents niveaux : mer, colline, au milieu ( pentes où il y a le plus grand bric à brac)

« Le social »

(C) des photos: Dr.Jochen Eckert, Wiesbaden

J’ai toujours essayé de mettre ce que je découvrais dans les ballades (St. André et Plan d’Aou), en relation avec la situation en Allemagne que je connais un peu.

J’avais l’impression d’une très grande séparation entre les immigrants du Maghreb et « les autres »). En centre ville, « le voile » est très, très peu présent pour mes yeux allemands – sauf dans les quartiers arabes où il y a aussi une séparation …Le mot ségrégation m’est venu à la tête.

Revenons au séjour lui-même : c’est bien la ballade « Plan d’Aou » qui m’a fait voir cette réalité, c’est devenu très concret grâce aux récits sur la démolition des habitations, leur remplacement, l’édification de murs (en Allemagne, on n’aime pas du tout les murs et les barbelés, trop d’images très tristes du dernier siècle dans la tête), les portes, les fenêtres cassées volontairement par quelques « mercenaires » de la spéculation. Grâce aussi aux discussions que tout cela suscitait. Je m’en souviens d’une en particulier entre un participant de la ballade et la guide qui mettait en évidence la difficulté de se comprendre et de comprendre certaines choses, les portes fermées, les hurlements le soir…Et puis, en plus de tout cela, grâce à un très beau cadeau que l’on a reçu sur cette ballade : des plans guides, fabriqués par des enfants de l’école, qui proposent un parcours et des actions : ce qu’il y a à voir, à faire, ce que c‘est pour un enfant de passer ses jours sur cette plaine perchée.

Et bien sûr à presque tous les pas, il y a le soleil et la mer…très précieux, j’apprécie beaucoup ! 
Intégration des Réalités

Pour résumer, pour décrire un peu ce qui s’est produit dans « ma tête » pendant le séjour et les semaines après et qui est bien sûr encore en processus, j’utiliserais l’expression d’ « intégration des réalités ». Comment intégrer ces réalités dispersées, contrastées, côte à côte que l’on a vues, vécues en une identité qui serait celle des quartiers nord ?

(C) des photos: Dr.Jochen Eckert, Wiesbaden

On pourrait faire comme une stratigraphie de ces diverses réalités spatiales (horizontal, vertical) et temporelles.

De plus, cette pluralité de réalités s’adresse autant à l’intellect qu’aux émotions. Par exemple, au cours de la ballade des Aygalades, sur le terril particulièrement, j’avais l’impression d’être dans un film de Tarkovski (Soleris, Stalker), avec à la fois une idée et un sentiment d’isolement, d’étrangeté et de déstructuration. Je n’avais jamais vécu ça de cette manière

En fait, ce processus d’intégration pourrait à voir avec un processus de « Aufklärung ».

Les hôtes comme ancrage

Après le récit de toutes ces expériences qui me sont chères, je voudrais revenir aux hôtes et à leur rôle dans ce processus. Si j’y réfléchis, ils assurent comme un ancrage des choses vécues lors du programme officiel. Je pouvais ainsi raconter, discuter, montrer des photos le soir ; on proposait ensemble des titres pour les photos, « la savanne », la »mer en prison », qui exprimaient les opinions et les attitudes de chacun– et bien sûr, celles de mes hôtes n’étaient pas toujours les miennes.

On a vu, visité des choses qu’ils ne connaissaient pas ou pas bien. Mon récit, notre discussion nous donnaient une autre perspective, modifiaient nos opinions respectives. C’est bien aussi d’inverser le sens des flux d’informations et opinions des visiteurs aux hôtes.

The future ?

Je ne sais pas encore. Le processus est en train d’évoluer. Je raconte, je montre mes photos. Les réactions sont bien intéressantes. J’en ai montré certaines de la « désindustrialisation », de paysages « vides » à un ami de l’Allemagne de l’Est : la réaction était attendue, mais tout de même intéressante.

J’ai un peu l’impression que c’était « le » début. Quel début ? Est-ce qu’il y a une « transformation » ? On va voir.

Ce texte s’inscrit dans le cadre du travail de Michèle Jolé professeur en sociologie urbaine et plus particulièrement sa publication de janvier 2012 : Hôtel du (des quartiers) Nord ? La construction singulière d’un bien commun urbain in Metropolitiques.

(C) des photos: Dr.Jochen Eckert, Wiesbaden

Séjour du 15 au 18 Sept. 2011 (+ 2 jours en privé chez les hôtes)

Dr. Jochen Eckert

 

Christiane Martinez : La mer et les mères

Qui dit que dans notre cité, il n’y a pas la mer ?
Chez nous, on n’a pas la mer mais on a des idées. 
Comme toutes les années, quand arrivent les beaux jours, les gamins de la cité se cotisent, rachètent une piscine gonflable et l’installent près de la bouche à incendie, juste en face de leur école primaire.
Et là, un énorme jet d’eau jaillit et remplit la piscine. Et les minots, comme les plus grands s’en donnent à cœur joie. 
Les mamans s’extasient de voir leurs gamins s’éclater jusqu’à les envier. Certaines d’entre elles osent même tremper leurs pieds. Les touts petits apportent leurs jouets et les font flotter sur l’eau. D’autres sucent des glaces à l’eau.
Et les mamans se félicitent de les voir tomber de sommeil assez tôt.

« La mer côté nord » vue par  Christiane Martinez, Hôte Hôtel du Nord

Ecrit par Christiane Martinez :

  • Christiane Martinez : La mer et les mères

Recit n°3 : Imagine un desert !

« Imagine un désert» 
Récits d’hospitalité d’Hôtel du Nord n°3 
Textes: Christine Breton
Artiste invité : Valérie Jouve
Illustrations et photographies : École biblique et archéologique française de JérusalemValérie Jouve
Format 15/16 cm, 112 pages couleur
Année de parution : 2011
Prix : 15 euros

Quand la ville se développe sur un site qui a été une Solitude, un Désert, réservé au silence et au retrait du monde, les traces de cette confrontation contradictoire vivent dans le repli des mémoires des habitants. Du sommet aux piémonts de l’étoile, qui domine le nord de Marseille, les attitudes de la limite, vécues avant nous dans les Déserts, se transmettent et nous enseignent. Quel goût laissent-elles dans nos contraintes et rêveries urbaines actuelles ?

Le troisième récit d’hospitalité se laisse embarquer dans les lointains marseillais et continue d’interroger les modèles importés qui fondent la ville d’aujourd’hui, de Sainte-Marthe à la Galline. Saurons-nous traverser la fureur de la scène et des personnages portés par l’esthétique du Désert ? En réponse à cette question, l’artiste Valérie Jouve nous entraîne dans la plaine de Jéricho…

Les Récits d’hospitalité proposés au format 15/16 par l’historienne Christine Breton renversent le point de vue sur la ville et prennent pour centre l’ensemble des quartiers septentrionaux. Ecrire l’histoire de Marseille depuis son Nord, c’est chercher d’autres récits de fondation, c’est aussi ajouter une proposition de plus à tous les récits possibles autour des chambres de l’Hôtel du Nord.

Les récits d’hospitalité ont reçu la marque HduN et sont diffusés dans les chambres et les commerces en proximité.

Les numéros sont disponibles dans toutes les chambres d’hôte, dans les librairies suivantes et bien sûr, sur commande en écrivant à editionscommune@free.fr

Dans les 15 et 16iéme arrondissement :

Dans le centre ville : consulter le site des éditions commune

 

Prosper Wanner : La coopération peut-elle stabiliser durablement l’économie du patrimoine ?

La nature du patrimoine « à protéger » ne cesse de s’accroitre : patrimoine naturel, industriel, immatériel. Les financements publics pour le conserver, eux, connaissent une baisse tendancielle. Face à cette situation, plusieurs institutions publiques ont misé sur le développement de modes de financements privés. Le mécénat et le « tourisme culturel », au centre de ces nouveaux modes de financement, montrent aujourd’hui leur forte sensibilité à un contexte économique incertain. Les musées américains comme ceux italiens doivent faire face à une baisse brutale de leurs ressources privées. La demande culturelle et encore plus le mécénat connaissent une forte baisse.

Les engagements financiers sur le long terme tels que les travaux de restauration ou la préparation d’exposition peuvent difficilement être tributaires d’aléas économiques comme le prix du pétrole ou la spéculation financière au risque d’hypothéquer l’inaliénable.  Les critiques sur le recours au financement privé ont jusque là porté sur les risques d’instrumentalisation : perte de sens, surexploitation, marchandisation. La crise pétrolière puis financière de 2008 pose la question de sa stabilité.

Cette situation, baisse des ressources publiques et incertitudes des ressources privées sensées les compenser, donne une valeur économique particulière à la participation citoyenne aux politiques du patrimoine. Elle contribue à rendre moins vulnérable l’économie du patrimoine. Jusque là sous estimée, elle permet de mieux répartir les risques. Elle repose sur des modes de financements diversifiés par leur nature (bénévolat, financements publics, participation, commerce) et leur filière (commerce, agriculture, éducation, …).

La répartition des rôles et des intentions entre les acteurs privés et publics évolue.

Les politiques publiques évoluent dans le sens d’une culture du résultat : mesure de la performance, justification des dépenses, valorisation des ressources. Les conservateurs sont appelés à devenir davantage des gestionnaires. Concernant les acteurs privés, des entreprises à but lucratif ou non prennent en compte la défense d’intérêts jusque là portés par la puissance publique : responsabilité sociale, développement durable, économie solidaire. Des personnes entreprennent pour défendre un patrimoine menacé. Le cloisonnement traditionnel entre économie et culture laisse place à davantage d’interrelations.

Cette situation soulève autant d’espoirs que de craintes. D’un coté, elle soulève la crainte d’une instrumentalisation croissante du patrimoine : perte de sens, surexploitation, marchandisation. De l’autre, elle repose sur l’espérance d’une contribution accrue du patrimoine au développement d’une société plus démocratique et pacifique.

Plutôt que de se faire face, des conservateurs et des entrepreneurs cherchent à développer de nouvelles formes d’économie du patrimoine basées sur la coopération.

Notre coopérative est positionnée sur l’émergence de coopérations économiques public privé favorables au développement durable. A la demande de l’association générale des conservateurs des collections publiques de France, section Provence-Alpes-Côte-D’azur (agccpf), nous avons réalisé en 2007 trois diagnostics économiques de coopération alliant des conservateurs et des entreprises favorables au développement durable. Nous avons choisi comme grille d’analyse celle mise en place pour accompagner la modernisation de l’Etat français : mesure de la performance vis à vis du contribuable (efficacité), de l’usager (qualité du service) et du citoyen (impact socio-économique) auquel nous avons ajouté la performance vis à vis de la société (développement durable).

L’une des trois coopérations est celle développée à Marseille entre l’association Boud’mer et le MCEM, musée de société consacré aux civilisations de l’Europe et de la Méditerranée. L’association Boud’mer concilie la protection de l’environnement marin et la démocratisation de son accès. Ses 300 adhérents partagent l’usage d’une dizaine de barques traditionnelles et sensibilisent le grand public au patrimoine marin : sorties thématiques,  expositions. Le MCEM lui a confié depuis 2006 l’entretien, la conservation et la mise en valeur de la barque L’Espadon. La coopération s’avère intéressante pour les deux parties. La barque est mieux conservée en mer, accessible tout au long de l’année et les coûts sont partagés. Elle contribue à mettre en valeur et protéger le patrimoine marin local.

Chacune de ces coopérations s’avère performante. Elles sont un moyen efficace pour accompagner la réalisation des missions du conservateur : amélioration de l’accessibilité du patrimoine, de l’intervention en zones rurales ou en zones urbaines sensibles. Elle lui permet de faire appel à des compétences externes complémentaires. Les coûts sont partagés sur des modes de financements diversifiés : bénévolat, financements publics, participation, commerce.

Cette coopération renforce tout autant les acteurs économiques dans leur choix de développement durable. Ces entreprises, moins lucratives à court terme, ont difficilement accès au front de vente pour se faire connaître et  au capital risque pour investir. L’accès à un patrimoine leur permet de bénéficier d’un capital culturel, d’une notoriété ou d’une marque de reconnaissance qui n’est pas indexé sur leur lucrativité à court terme.

Les intérêts sont partagés. La coopération se fait non pas sur la capacité des acteurs à faire fructifier le patrimoine mais sur leur capacité à contribuer aux politiques patrimoniales : conservation, protection, mise en valeur.

Ces diagnostics, diffusés dans le milieu professionnel par l’agccpf via son site internet www.ateliermuseal.net, contribuent à valoriser le potentiel du patrimoine culturel en tant que facteur de développement économique durable (article 10 de la convention de Faro).

Le diagnostic a mis en évidence que les trois expériences partagent aussi une fragilité structurelle : ce sont des initiatives de développement durable peu durables. La coopération repose sur des liens de confiance et peu sur une régulation contractuelle des rapports public privé. Paradoxalement, leur réussite peut rapidement les déstabiliser faute de cadre de régulation bien établis.

Il existe peu de références sur le plan juridique et scientifique permettant de réaliser ces coopérations en toute transparence (indicateurs, critères) et de manière démocratique (cadre de régulation). La coopération entre acteurs privé/public du patrimoine demande à être davantage balisée. Chacun a cherché à adapter des cadres déjà existants, à passer des conventions bipartites, à donner des habilitations ou des agréments pour faire au mieux.

Ce manque de référentiels freine le développement de coopérations entre les acteurs publics et privés du patrimoine. Le passage de référentiels si bien identifiés – les politiques publiques du patrimoine – vers des processus de coopération avec le privé représente d’autant plus une prise de risque. Peu de conservateurs envisagent aujourd’hui la coopération comme un élargissement possible de leur mode d’action.

La convention de Faro est en ce sens essentielle. Elle engage les parties à développer les cadres juridiques, financiers et professionnels qui permettent une action combinée de la part des autorités publiques, des experts, des propriétaires, des investisseurs, des entreprises, des organisations non gouvernementales et de la société civile (Article 11) en échangeant, en développant, en codifiant et en assurant la diffusion de bonnes pratiques (article 17).

En février 2009, fort de ces trois diagnostics, le conseil départemental de concertation des Bouches-du-Rhône, réunissant une centaine de personnes représentantes de la société civile répartie en quatre collèges, a adopté à l’unanimité cet article 17 de la convention de Faro comme recommandation aux élus du Conseil général des Bouches-du-Rhône.

Prosper WANNER.

SCOP PLACE février 2009 : Contribution à l’ouvrage du Conseil de l’Europe « Le Patrimoine et au delà » portant sur la convention cadre sur la contribution du patrimoine culturel pour la société, dite « convention de Faro ».

Article de référence : article 10 de la convention de Faro «  Patrimoine et économie ».

Christine Breton et Prosper Wanner : Les marseillais, les vénitiens et leurs cathédrales.

Marseille et Venise concourent pour être futures capitales culturelles de l¹Europe. Elles mettent en avant leur situation historique au croissement « des civilisations » et «  des mouvements culturels » où elles n¹ont eu de cesse de « conjuguer l¹accueil et la fusion » et « le dialogue entre les diverses cultures de l¹Orient et de l¹Occident ».  Ainsi « fondée sur l¹alliance de l¹immigration et de la population locale », elles ont su « trouver en elles de nouveaux équilibres ». Derrière les discours officiels quelle histoire git ?

La similitude entre Marseille et Venise est forte.

Historiquement, Marseille et Venise sont les deux villes d¹Europe à avoir eu durablement le « privilège » – privata-lex – du commerce à l’est avec l’empire byzantin puis l’empire ottoman. Le Chrysobulle signé en 1082 par l¹empereur byzantin Alexis de Comnène donne l’avantage à Venise dans le commerce méditerranéen. Elle le garde jusqu’au XVIIème siècle en grande partie suite au saccage de Constantinople avec son aide lors de la 4ième croisade. Les Capitulations signées en 1536 entre François premier et Soliman le Magnifique donne l’avantage aux commerçants français sous administration de la Chambre de commerce de Marseille. Largement inspirées des privilèges accordés à Venise, elles permettent à Marseille de dominer le commerce officiel et la guerre de course en Méditerranée jusqu¹à la Révolution française.

Marseille et Venise se développent comme « ville port », immense hangar de marchandises avec leurs canaux, leurs carrioles et leurs maisons hangars, sorte de caravansérails. Le site naturel défensif – la lagune pour Venise, l¹amphithéâtre rocailleux pour Marseille – fonde le premier port. Istanbul en assure le dynamisme. Lorsque Marseille comme Venise arrivent à dépasser les lignes de conflits, elles en tirent largement profit au niveau économique, culturel et politique.

Elles connaissent toutes deux au XIXème siècle une évolution industrielle. Sur les terres initialement occupées par de riches demeures, le « port usine »  dessine une nouvelle ville faite de citées ouvrières, d¹usines cathédrales et de voies de transports. Les quartiers nord de Marseille et l¹île de la Giudecca, alors quasi « désertiques », connaissent un essor considérable. Cette période dure plus d¹un siècle pour s¹arrêter brutalement. La gestion des friches industrielles et des effets sociaux de la période post industrielle (chômage, départ de population) est encore d’actualité. Le Centre de Venise perd en vingt ans 30 % de sa population, en passant de 100 000 habitants à 75.000 à la fin du siècle. Marseille perd près de 150 000 habitants et 50 000 emplois.

Deux nouveaux ports émergent au XXème siècle. Le port petro chimique à Porto Marghera et Fos XXL. Marseille traite 100 millions de tonnes de marchandises dont 60% d’hydrocarbures, ce qui en fait le premier port de la Méditerranée. Le développement de ces nouveaux ports accentue la pression sur un environnement naturel déjà fragilisé : les Calanques de Marseille et la Lagune de Venise occupent plus de la moitié de la superficie de la commune. Quant au port touristique, prenant place au « Port usine », il accueille de plus en plus de bateaux de croisière. En l’espace de dix ans, Marseille a multiplié par trente le nombre de croisiéristes (360 000 croisiéristes en 2005). Sur la même période, Venise est passé de moins d¹un demi million à plus de 1,4 millions de passagers (2006). En 2007, Venise aurait accueillie plus de 20 millions de touristes. L¹accès au foncier, voire à l¹espace public, devient clairement une ligne de conflit.

Comme partout en méditerranée, la gestion des ressources naturelles et culturelles devient une source croissante de conflits. L’accroissement de leur valeur marchande (tourisme[1], économie de l¹immatériel) et l’affaiblissement de l’intervention publique (maîtrise des dépenses publiques) favorisent les logiques de privatisation.

A travers leurs candidatures, Marseille et Venise posent d¹amblée la dimension conflictuelle du patrimoine comme source de dialogue, de création de richesse et de possibles nouveaux équilibres. Mais alors qu’elles ont su dialoguer avec les autres grands ports de la méditerranée et créer durablement des ponts (comptoirs commerciaux, maisons du commerce), elles peinent aujourd¹hui à faire dialoguer leurs ports entre eux. L¹un joue contre l¹autre. Le dialogue semble être rompu entre ceux qui habitent et font chacun des ports : bénéficiaire du tourisme, de la petro chimie, de la lagune, de l’industrie ou sans emploi. Alors que chacun contribue à construire son bout de ville, ils se rencontrent peu : un vénitien du centre ville se rend peu à la Giudecca, quasiment jamais à Porto Marghera et plus à San Marco. Les conflits d¹intérêts sont croissants, les intérêts en commun non énoncés.

L’initiative pour le moment est largement portée par des mouvements citoyens inquiets du devenir de leur ville et de la place qui leur est faite. Ils cherchent à se réapproprier la gestion du patrimoine pour réinventer leur propre avenir. Le  patrimoine devient un moyen de se réapproprier la ville et son propre devenir sociale, économique et culturelle. Depuis 1994, à Marseille, le programme européen de patrimoine intégré se passe au cœur des quartiers Nord pour que leur reconversion en cours ne se fasse pas au détriment du patrimoine présent et de ceux qui habitent là, derniers témoins de l’aventure industrielle. Il réuni autours du vallon des carmes une conservatrice du patrimoine et plus d’une quarantaine de structures : paroisses, collectif d’habitants, entreprises. Pour les journées européennes du patrimoine aurons lieu à Marseille pour la dixième année des ballades patrimoniales au coeur des quartiers nord co organisées cette année par le collectif du vallon des Carmes. En octobre 2008 sera inauguré le « savon du vallon des carmes », témoin de l’activité de la dernière savonnerie de ces quartiers et prémisse à l’ouverture d’un « musée usine ». Ce travail devrait à terme donner lieu à la création d¹une fondation centrée sur l¹émergence de modalités de dialogue public privé dans la gestion des politiques patrimoniales, laissant une large part aux résidents. Le patrimoine prétexte à ses expérimentations sera les sites carmélites en méditerranée avec comme premier objectif la gestion coopérative d¹ici 2013 du seul monument historique classé et inscrit des quartiers Nord : la grotte des carmes et son vallon.

Une première expérience de ballade patrimoniale sera tentée à la Giudecca cette année entre une association de résidents ­ les 40x ­ et la Casa della memoria. Le Molino Stucky, immense moulin symbole de cette époque industrielle, rénové en hôtel de luxe, centre des congrès et résidence, sera au centre de cette ballade patrimoniale. Il symbolise pour le maire de Venise la citée « possible » capable de combiner en elle la mémoire et l’innovation. L¹enjeu est d¹aller à la rencontre des autres pour qu’ils nous racontent leurs différentes lectures de la rénovation en cours et que chacun puisse se réapproprier le patrimoine présent.

Cette préoccupation est partagée par le conseil de l’Europe qui peine à faire émerger un droit individuel au patrimoine culturel.  Ce droit vise à nous faire passer du statut de « bénéficiaire » des politiques patrimoniales à celui d¹« ayant droit » : ayant droit de participer à son repérage comme à son interprétation ou sa valorisation. Il ferait inévitablement émerger les lignes de conflit patrimoniales : conflits d¹usage, d¹interprétation, de mise en valeur, de choix de mode de conservation. Le caractère individuel de ce droit permet d’aller vers une régulation des conflits qui prenne en compte l¹ensemble des dimensions éthique, culturelle, écologique, économique, sociale et politique du patrimoine. Il s’inscrit de fait dans une perspective de prévention des conflits et de développement soutenable. Parce qu’il demande aux Etats de partager leur monopole en matière de politique patrimoniale et aux entreprises de co gérer la ressource patrimoniale, il y a peu de chance qu’il aboutisse d’ici peu. Aujourd¹hui, seulement 3 états sur 47 ont ratifié la convention dite « de Faro » qui fonde ce droit.

Les ballades patrimoniales sont une concrétisation du terrain du droit au patrimoine culturel. Elles sont un point d’appui d’un chantier immense à ouvrir. Quelles sont les autres actions possibles ? Quelles ouvertures représentent la candidature de Marseille comme « laboratoire de la démocratie culturelle » et  celle de Venise comme  « société multi culturelle et tolérante » ? Des liens sont ils possibles entre les deux villes ? Et avec le Conseil de l’Europe ?

Christine Breton et Prosper Wanner, septembre 2008.

Article publié sur la revue Lagunamare, sur le blog Marseille-provence 2013 et sur le social network 40xVenezia

Prosper Wanner diagnostics#3 : La grotte des Carmes – entre Monument Historique et source de développement durable

Troisième portrait réalisé dans le cadre des 3 diagnostics de coopérations patrimoniales innovantes pour le compte de l’AGCCPF PACA.

Nous dénonçons les usages patrimoniaux touristiques ou exotiques érigés en modèle. Nous proposons d’affirmer « le patrimoine de tous » : histoires individuelles partagées et destin historique commun sans discrimination ni exclusion. Extrait Charte du patrimoine commun méditerranéen. AGCCPF PACA 2000.

Préambule

Afin de protéger le patrimoine menacé par la reconversion en cours dans l’arrière-port marseillais, en 1994, la Ville de Marseille a initié une mission expérimentale de conservation intégrée.

Depuis 2006, la reconversion du périmètre de la Grotte des Carmes, l’un des rares Monuments Historiques de l’arrière-port marseillais, s’est accélérée. Ce périmètre de 72 hectares est au cœur d’une zone urbaine sensible où depuis peu intervient fortement l’agence nationale de rénovation urbaine – ANRU.

Face à cette urgence, pour mener la mission de patrimoine intégré – identifier, interpréter, conserver, valoriser -, ceux qui sont directement concernés s’impliquent fortement dans la mission : habitants, entreprises et associations.

Le diagnostic propose de situer cette coopération, d’en comprendre les raisons et de mesurer les premiers résultats obtenus.

Pour pouvoir mesurer et comparer l’impact de ces coopérations public privé, il est essentiel d’utiliser un système d’indicateurs commun.  Le diagnostic fait référence avant tout aux nouveaux indicateurs utilisés dans la cadre de la loi organique relative aux lois de finances du premier août 2001 – la LOLF. Ce sont les indicateurs de performance de l’Etat vis à vis du contribuable, de l’usager et du citoyen. Il propose de répondre aux questions suivantes :

Quelles sont les raisons qui motivent cette coopération ? Contribue-t-elle à la reconversion en cours ? A la valorisation du Monument Historique ?  Dans un contexte de maîtrise de la dépense publique, contribue-t-elle trouver les ressources nécessaires à la mission de patrimoine intégré ? Ancre-t-elle davantage les acteurs économiques dans le développement durable ?

Dénomination Mission expérimentale de patrimoine intégré Chimitex S.A.
Statut Mission, ville de Marseille Société anonyme
Localisation Marseille, 15iéme et 16iéme Siège : St Laurent du VarUsine : Marseille, les Aygalades
Personne rencontrée Conservateur, 1ére classe Président directeur général
Nombre de salariés 1 70 salariés dont 18 à la savonnerie
Nombre visiteurs 2007 1000 400
Ressources 2007 75.000 euros, estimation part Ville 14 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Expo virtuelle

En 2007, l’association des conservateurs des collections publiques de France section PACA (AGCCPF PACA) a lancé une invitation internationale à de jeunes graphistes sortis d’écoles ou en cours de formations pour dialoguer sur l’actualité des enjeux de leurs métiers. Conservateurs et graphistes recherchent ensembles les formes les plus aptes aux nouvelles formes de coopérations indispensables dans l’espace symbolique aujourd’hui. L’invitée de l’expo virtuelle 2007 était Marion Arnoux. Elle vient de sortir de l’école de design de Saint-Etienne et participe à la structure expérimentale Laboratoire IRB, sous la responsabilité de Denis Coueignoux et Ruedi Baur. Le projet résulte d’une collaboration avec Mathieu Ehrsam, Designer multimédia pour aboutir à une interprétation graphique de portraits consacrés aux professionnels du monde économique qui cherchent avec les conservateurs des solutions durables dans la vie des objets de collections publiques qui leur sont confiées.

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Monsieur Latour est président directeur général de Chimitex S.A., société anonyme basée à Saint Laurent du Var et dont la principale activité est la transformation et le conditionnement de produits de nettoyage et de textile d’entretien. En 2006, elle comptait 70 salariés et réalisait un chiffre d’affaires de plus de 14 millions d’euros. En 1995 elle a acquis l’usine Savonnerie du Midi alors en situation de redressement judiciaire.

La savonnerie, située dans le quartier des Aygalades au Nord de Marseille, abritait au XIV iéme siècle un moulin, à partir de 1870 une minoterie, puis l’usine de fabrication du Couscous Garbit avant de devenir en 1920 une des 108 fabriques de savon existant à cette période à Marseille. Pour des raisons économiques et de normes, l’activité dite « au chaudron » a été arrêtée pour ne maintenir que celle liée à la formulation et à la transformation. La présence des immenses chaudrons, de tamis à grain et d’autres équipements témoigne encore des activités passées.

Le savon de Marseille, produit reconnu comme efficace, économique et naturel, connaît ces dernières années un regain d’intérêt de la part des consommateurs. Ce renouveau et l’existence d’un équipement de production fonctionnel, trop coûteux à la création, ont conditionné fortement le maintien de l’activité sur place.

Monsieur Latour est soucieux d’inscrire le développement économique de Chimitex S.A. dans une perspective de développement durable. La promotion d’un produit naturel reconnu, le savon de Marseille, et le maintien d’une exploitation économique dans un quartier dit sensible sont pour lui des motifs entrepreneuriaux qui comptent dans ses prises de décisions. Aujourd’hui il revendique la capacité de son entreprise d’avoir assumé jusqu’ici sans aides externes la parité, la diversité et la protection de l’environnement.

Restait à prendre durablement place sur un marché fortement concurrentiel. Le Savon de Marseille n’est pas une appellation d’origine contrôlée. Sur la centaine de fabriques marseillaises du siècle dernier, seules trois restent en activité. De nombreuses PME s’appuient sur le renouveau du savon de Marseille pour appuyer leurs ventes en l’associant à des huiles essentielles ou des extraits de plantes. Plus de 80% de la production est réalisée à l’étranger comme en Allemagne, en Grèce, en Italie ou en Turquie. L’usine Savonnerie du Midi produit aujourd’hui annuellement 2500 tonnes de savon qu’elle écoule au niveau national (10% d’export). Contrairement à de nombreuses PME locales, elle ne possède pas ses propres points de vente et doit faire face à une forte concurrence pour accéder au front de vente des grandes centrales de distribution.

Comment se différencier dans un marché très concurrentiel ? Comment trouver de nouveaux débouchés commerciaux? Comment valoriser son choix d’implantation ?

La grotte ermitage des Carmes est un Monument Historique, classé en 1994 sous le numéro PA00081517. La savonnerie est située dans son périmètre de protection. La qualité de l’eau qui a amené les Carmes à venir s’installer aux grottes est celle qui permettait la production d’un savon de haute qualité. Au douzième siècle, l’ordre des Carmes s’installe dans cet ancien ermitage dont l’origine remonterait au 5ième siècle.

Les 500 mètres de son périmètre patrimonial, soit 72 hectares, sont depuis plusieurs années inclus dans le grand espace de rénovation urbaine du 15ième et 16ième arrondissement de Marseille. Le périmètre patrimonial englobe d’autres grottes ensevelies en 1933 par l’autoroute A7, la citée d’habitat social Les créneaux, la citée en copropriété Montleric, l’usine en activité Savonnerie du Midi, l’usine Abeille re investie par la Citée des arts de la rue, l’importante bastide provençale La Guillermy abandonnée depuis peu et la « coulée verte » du ruisseau des Aygalades.

La modification de ce périmètre protégé « en reconversion » s’est accélérée avec le lancement de la construction de la Citée des arts de la rue, l’amplification de la dégradation de la bastide La Guillermy et de la Grotte des Carmes, l’intervention de l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine sur les citées des Créneaux et de La Viste (ANRU) et la perspective de raser l’ensemble d’habitat social Les Créneaux.

Comment concilier la conservation de ce « terroir historique » tout en contribuant à la nécessaire reconversion économique de ces quartiers ? Comment devenir force de propositions ?

La mission expérimentale de conservation intégrée a été initiée en 1994 par la Ville de Marseille, l’université, le CNFPT et le Conseil de l’Europe. La Commune met à disposition un conservateur à plein temps et la tutelle scientifique est assumée par le Conseil de l’Europe. Ce processus est reconduit jusqu’à aujourd’hui dans le cadre des Conventions Ville/Etat sur l’aménagement urbain. Le périmètre expérimental est celui du Grand Projet Urbain (GPU), devenu Grand Projet de Ville (GPV), qui englobe le 15ième et 16ième arrondissement de Marseille.

Christine Breton, conservateur première classe de la Ville de Marseille, à l’origine de ce processus, est depuis chargée de sa mise en œuvre. En lien avec le Conseil de l’Europe, elle met en pratique depuis plus d’une dizaine d’années sur le terrain ses recommandations sur l’approche intégrée du patrimoine[1].

La Grotte des Carmes est l’un des rares points d’appui sous législation patrimoniale sur ces deux arrondissements qui regroupent 11% de la population marseillaise et « seulement » 4 monuments historiques sur les 72 que compte la ville. Pour construire des propositions concrètes qui partent du patrimoine culturel présent, Christine Breton a associé au sein du « réseau patrimonial du Vallon des carmes » des organismes privées – associations, entreprises, indépendants – présents sur le périmètre patrimonial.

Ces associations, ces entreprises, ces collectifs d’habitants sont sollicités pour donner de leur temps et des moyens à la mise en œuvre du processus patrimonial. Que ce soit sous la forme d’une participation à des ateliers mensuels, à la collecte de données ou de fourniture de matériel, le processus s’est mis en œuvre.

Chimitex S.A. fait partie de cette dizaine de structures impliquées au même titre que le Comité d’Intérêt de Quartier des Aygalades, la paroisse ou la Citée des arts de la rue. Ils participent au repérage, à l’identification, à l’interprétation ou à la mise en valeur des ressources patrimoniales du site, qu’elles soient naturelles – repérage des source d’eau, des chemins –, culturelles – existence de savoir-faire, recueil de témoignages – ou matérielles – recherche d’équipements, d’images.

Le rendu public d’une année de travail se fait chaque année au travers d’une « ballade patrimoniale » lors des journées européennes du patrimoine. La Grotte des Carmes, difficilement accessible et en mauvais état, est ouverte depuis trois ans au public une fois par an lors de ces journées européennes du patrimoine. Une balade où s’enchaînent les rencontres in situ avec ceux du réseau : entrepreneurs, habitants, acteurs institutionnels, artiste et responsables associatifs. De 40 visiteurs la première année, ce sont 400 personnes qui ont fait la ballade en 2007.

 

Année Nombre de participants Articles de presse Structures partenaires du réseau
2005 40 0 1
2006 200 1 4
2007 400 7 20

 

Monsieur Latour participe chaque année aux journées européennes de valorisation de ce patrimoine. En 2007, il a ouvert l’usine et lui et des salariés ont apporté leur témoignage aux 400 personnes présentes.  Aujourd’hui, il poursuit des recherches patrimoniales fructueuses sur le site et sur le sujet du savon de Marseille.

La première raison concerne la visibilité de son positionnement économique. Chimitex S.A. présente sa marque « maître savon de Marseille » comme l’une des deux dernières distribuées nationalement dont les produits soient fabriqués à Marseille selon des méthodes et des recettes traditionnelles depuis plus d’un siècle. Elle inscrit son activité dans la continuité de la fabrication millénaire des savons d’Orient, qui s’est poursuivie et développée à Marseille depuis l’Edit de Colbert de 1688. Et dans la continuité d’usage d’une eau de qualité, celle des Aygalades, valorisée par les romains puis les Carmes. Elle cherche à valoriser la qualité de sa production en l’inscrivant dans une continuité historique. Aujourd’hui Monsieur Latour a créé sa propre marque : Savon du Vallon des Carmes et revendique le savon de Marseille fabriqué à Marseille.

La seconde raison porte sur l’ouverture de nouveaux débouchés économiques. La participation à la journée européenne du patrimoine de 2007 lui a montré l’intérêt existant pour sa démarche (400 visiteurs). Aujourd’hui l’entreprise reçoit mensuellement des groupes de visiteurs et envisage de développer un point de vente localisé articulé à un espace « musée » en lien avec une association de passionnés du savon de Marseille. Elle veut pouvoir ainsi capter une clientèle locale et drainer une partie du potentiel de clientèle liée à l’activité de croisières. Actuellement aucun des parcours que réalisent les milliers de croisiéristes chaque semaine au départ du Port de Marseille ne prévoient une visite des quartiers Nord de Marseille. La société souhaite participer à la création d’une offre de cette nature.

 

Indicateur COOPERATIF N°1 – valorisation économique[2]  – La coopération public privé contribue-t-elle à ancrer les acteurs économiques dans le développement durable ?

Problématique Plus value patrimoine.
Rendre visible un positionnement inscrit dans une perspective de développement durable. Inscription de la production dans une continuité historique – savon de Marseille, eau des Aygalades. Création d’une marque « Savon du Vallon des Carmes ».
Développer une filière courte de valorisation et commercialisation de la production. Ouverture d’un espace vente / exposition à l’usine positionné sur le projet d’itinéraire culturel européen. Projet de création d’un espace « musée ».

 

Concernant les politiques publiques, la présence d’un Monument Historique, même dégradé et inaccessible, dans une zone urbaine en reconversion est un atout. Son approche intégrée en fait une source de développement durable. L’Etat s’est engagé à rendre l’environnement pour les personnes habitant en zone urbaine sensible aussi agréable que dans le reste de la commune. Et cela en consentant davantage d’efforts au niveau de l’aménagement des espaces extérieurs, de la valorisation de l’environnement et de l’offre culturelle[3]. Le Ministère de la culture doit dans ce cadre accroître son effort d’intervention dans les zones urbaines prioritaires et orienter davantage ses actions subventionnées vers des territoires où la population est pour des raisons sociales, culturelles ou géographiques éloignées de l’offre culturelle[4]. Avec comme cible, un effort fait en direction des zones prioritaires qui soit plus important que l’effort général.

Le périmètre patrimonial de la Grotte des carmes est au cœur de ces quartiers qui connaissent des déséquilibres territoriaux importants au niveau de la qualité de vie (nuisances sonores, pollutions), de l’offre culturelle, des modes déplacements et du cadre de vie (habitat, espaces publics.). A travers le réseau patrimonial de Vallon des Carmes, ce sont 6 000 personnes qui sont concernés par cette politique culturelle tout au long de l’année. Elles y contribuent directement ou indirectement, qu’elles soient présentes ou représentées dans les espaces de travail, sollicitées pour la collecte de données et leur interprétation ou invitées à bénéficier de ce travail lors des journées européennes du patrimoine. Soit 9% de la population de l’arrondissement et 0,8% de celle de Marseille qui est directement concernée par cette politique culturelle[5].

Organismes Membres Estimation  Nbre personnes
Comité d’intérêt de Quartier des Aygalades et Saint Louis 100 Commerçants et habitants 200
Association des Amis des Aygalades 200 familles 800
Centre social 1000 familles 4000
Citées des arts de la rue 7 structures culturelles 100
paroisses catholique et arménienne 1000 familles 4000
Chimitex SA 18 salariés 18
Habitants Citées des Aygalades 10 familles 40
Collectif Les Creneaux 100 familles 400

Au niveau de l’effort financier, l’action sur le vallon des Carmes représente 50% du budget engagé via la mission de patrimoine intégré (un poste de conservateur), soit un budget qui peut être estimé à 38 000 euros. Cela fait 5 euros par habitant concerné et représente 0,03% du Budget de la Ville. La Ville de Marseille avec 820 900 habitants (données 2005) et un budget Culture de 116 millions d’euros (2007) dépense en moyenne 141,31 euros par habitants.

Indicateur COOPERATIF N°2  – Efficacité [6] La coopération public privé contribue-t-elle à la reconversion en cours ?

Ville de Marseille, Culture Mission Patrimoine intégré 15/16ième. Processus Vallon des carmes ZUS 15e Sud. Consolat, Viste, Aygalades
Habitants 820 900 89 800 6 000 19 264
% 100% 10,9% 0,8% 2,3%
Monuments historiques 72 4 1 1
% 100% 5,5% 1,4%
Musées 14 0 0 0
Budget 116 000 000 euros 75 000 euros 38 000 euros 36 000 000 euros (projet ANRU)
% 100% 0,06% 0,03%

 


[1] Le 27 octobre 2005 à Faro, la conférence de clôture du 50ème anniversaire de la Convention culturelle européenne a abouti à une convention cadre sur la valeur du patrimoine culturel pour la société. Convention dite « de Faro » et en cours de ratification, son article 10 « Patrimoine culturel et activité économique » résume à lui seul les enjeux de l’implication du Conseil de l’Europe dans cette démarche. « En vue de valoriser le potentiel du patrimoine culturel en tant que facteur de développement économique durable, il engage les partie à accroître l’information sur le potentiel économique du patrimoine culturel et à l’utiliser (…) à prendre en compte le caractère spécifique et les intérêts du patrimoine culturel dans l’élaboration des politiques économiques ; et à veiller à ce que ces politiques respectent l’intégrité du patrimoine culturel sans compromettre ses valeurs intrinsèques.

[2] Cet indicateur mesure l’impact du patrimoine sur l’activité économique de l’entreprise. Il est en échos au rapport sur « L’économie de l’immatériel, la croissance de demain » (ministère des finances, 2006) qui a préconisé de s’intéresser aux bénéfices à tirer de l’exploitation « de notre histoire, de notre géographie ou de nos territoires ». Et qui a donné à la création en avril 2007 de l’Agence du Patrimoine Immatériel de l’État (APIE). Elle a pour rôle d’aider les ministères, les administrations publiques et les collectivités locales à optimiser la gestion de leur patrimoine intangible, pour en tirer une meilleure valorisation.

[3] LOLF, Mission Ville, Objectif n° 2 (du point de vue de l’usager) : Améliorer le cadre de vie des zones urbaines sensibles. Objectif concourant à la politique transversale « Ville ».

[4] LOLF, Mission Culture, programme Transmission des savoir et démocratisation de la culture.

[5] Précisions méthodologiques : Sources de données : les données sont celles fournies par Christine Breton. N’ont été prises en compte que les structures qui ont participé de manière effective aux journées européennes du patrimoine de septembre 2007 : préparation, animation, communication. Mode de calcul de l’indicateur : Le nombre de personne a été évalué en comptant 4 personnes par famille et 3 par associations culturelles ou commerces (50% adhérents CIQ). Les doubles comptages ont été pris en compte en enlevant 30% du total. AU total 9500 personnes comptabilisées, soit 6000 hors double comptage.

[6] Cet indicateur vise à mesurer l’efficacité de la coopération suivant un indicateur identifié au sein de ceux de la LOLF. C’est-à-dire la capacité d’une administration à atteindre les objectifs correspondant à ses missions fixés dans le cadre de la LOLF. L’objectif se s’appuyer sur un indicateur LOLF est de pouvoir comparer l’efficacité à une moyenne et à la cible que s’est fixée l’Etat pour les années à venir.

Prosper Wanner diagnostics#1 : La barque L’Espadon, bien inaliénable partagé.

Premier portrait réalisé dans le cadre des 3 diagnostics de coopérations patrimoniales innovantes pour le compte de l’AGCCPF PACA.

Le patrimoine n’est pas une marchandise. La plus value symbolique de ces biens communs impose d’autant plus leur gestion dans une économie alternative, solidaire et durable. Extrait Charte du patrimoine commun méditerranéen. AGCCPF PACA 2000.

Préambule

Le MCEM a confié en 2006 l’entretien, la conservation et la vulgarisation auprès du grand public de la barque L’Espadon, bien inaliénable, à l’association Boud’mer qui propose de «partager la mer ensemble».

Le diagnostic propose de situer cette coopération, d’en comprendre les raisons et de mesurer les premiers résultats obtenus.

Pour pouvoir mesurer et comparer l’impact de ces coopérations public privé, il est essentiel d’utiliser un système d’indicateurs commun.  Le diagnostic fait référence avant tout aux nouveaux indicateurs de performance de l’Etat vis à vis du contribuable, de l’usager et du citoyen utilisés dans la cadre de la loi organique relative aux lois de finances du premier août 2001 – la LOLF. Il propose de répondre aux questions suivantes :

Quelles sont les raisons qui ont motivé cette coopération ? Deux années après, quels sont les premiers bilans que l’on peut tirer de cette expérience ? En quoi cette coopération public privé favorise-t-elle l’accessibilité de l’Espadon ?  Dans un contexte de maîtrise de la dépense publique, participe-t-elle à limiter les coûts inhérents à la conservation d’une barque traditionnelle ? Est-elle performante pour l’association Boud’mer ?

Dénomination MCEM Boud’mer
Statut Musée national Association Loi 1901
Localisation Marseille, Fort Saint Jean Marseille
Statut personne rencontrée Conservateur en chef Directeur et fondateur
Nombre de salariés ETP 125 / 160 (2008) 3
Nombre visiteurs annuel 45 000 1 000
Prévision budget annuel 2008 13 millions d’euros 60 000 euros

Expo virtuelle

En 2007, l’association des conservateurs des collections publiques de France section PACA (AGCCPF PACA) a lancé une invitation internationale à de jeunes graphistes sortis d’écoles ou en cours de formations pour dialoguer sur l’actualité des enjeux de leurs métiers. Conservateurs et graphistes recherchent ensembles les formes les plus aptes aux nouvelles formes de coopérations indispensables dans l’espace symbolique aujourd’hui. L’invitée de l’expo virtuelle 2007 était Marion Arnoux. Elle vient de sortir de l’école de design de Saint-Etienne et participe à la structure expérimentale Laboratoire IRB, sous la responsabilité de Denis Coueignoux et Ruedi Baur. Le projet résulte d’une collaboration avec Mathieu Ehrsam, Designer multimédia pour aboutir à une interprétation graphique de portraits consacrés aux professionnels du monde économique qui cherchent avec les conservateurs des solutions durables dans la vie des objets de collections publiques qui leur sont confiées.

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Monsieur Thomé est directeur et fondateur de l’association « Boud’mer, partageons la mer ensemble ». Il a créé cette association pour concilier la nécessaire protection de l’environnement marin avec le développement de l’accès au patrimoine marin pour tous.

Créée en 2001, elle a comme objectif la sauvegarde du patrimoine maritime méditerranéen, la démocratisation de son accès et la sensibilisation du grand public. Ses adhérents partagent l’usage de barques traditionnelles et proposent de nombreuses sorties thématiques en mer comme la découverte du patrimoine littoral ou la  pèche. Leurs bateaux sont postés dans les ports de plaisance marseillais. En 2006, ils étaient plus de 200 personnes à partager 5 barques. Avec un budget annuel de 60 000 euros, 3 salariés (2 équivalents temps plein) et 12 bénévoles actifs, l’association a réalisé cette année là 150 sorties en mer dont plus de la moitié thématiques. A travers le « partage de bateau », comme il existe à Marseille l’autopartage, il propose à toute personne d’avoir accès à ce patrimoine tout en allant dans le sens d’une régulation de la pression des bateaux de plaisance sur le littoral.

L’Espadon est une barque Lavaille entrée dans les collections du Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée sous le numéro d’inventaire : 2004-90. Monsieur Thomé a participé à son expertise et sa restauration. L’entretien laborieux et coûteux des barques traditionnelles auquel s’ajoute le manque de place au port amènent de nombreux propriétaires à se séparer de ce patrimoine. L’Espadon a été construite à Cannes en 1965 par Lavaille. Longue de 7 mètres et d’une capacité d’accueil de 8 personnes, elle a servi jusqu’en 1992 à un même artisan pécheur. Après une trentaine d’années d’activités professionnelles, elle a été désarmée de son équipement de pêche et vendue à un plaisancier. Puis en 2004, la barque a été proposée comme donation au Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, le MCEM.

Le MCEM est un musée de société consacré aux civilisations de l’Europe et de la Méditerranée. Cette orientation donnée à l’ex Musée national des arts et traditions populaires va de pair avec son installation à Marseille, en bord de mer méditerranée. L’objectif affiché est de susciter le débat en articulant les expositions à de grandes questions de société. Le MCEM sera doté en 2008 d’un budget annuel prévisionnel de plus de 13 millions d’euros, de 160 salariés. Ses réserves actuelles sont estimées à plus d’un demi million d’objets. Denis Chevalier, conservateur en chef au MuCEM, s’est chargé du suivi de la demande de donation de l’Espadon.

Responsable de l’antenne de Marseille, son intérêt pour le patrimoine industriel l’amène à prendre en compte le potentiel de conservation in situ ou « en vie » du patrimoine. Et à s’interroger, dès que possible, sur la possibilité qu’un bien puisse être mis en dépôt dans une entreprise et continue ainsi à vivre sa propre histoire. D’où l’idée, pour les barques traditionnelles, patrimoine maritime euro méditerranéen, d’aller jusqu’à commander leur fabrication (maintien du savoir faire), de filmer le chantier et de les amarrer aux pieds du MCEM. Ce projet est initié avec une barque traditionnelle tunisienne. Dans cette continuité, le potentiel de conservation in situ de l’Espadon a été un des éléments pris en compte : usages possibles, équipements nécessaires, capacité d’accueil et potentiel d’activité.

Aujourd’hui, entretenue par l’association, l’Espadon participe à l’économie de l’association Boud’mer. Suite à l’avis favorable émis pas l’association Boud’mer sur l’état de l’Espadon, son intérêt patrimonial et son potentiel d’usage, le MCEM a enclenché le processus de demande de classement de l’Espadon. Une fois l’accord reçu, la remise en état de l’Espadon a été confiée à l’association Boud’mer et à une société de charpentiers marine. Le MCEM a fait ensuite le choix de confier l’entretien et l’utilisation partagée du bateau à l’association. La convention est annuelle et reconduite tacitement chaque année. Cette convention, faute de référentiel existant, s’est inspirée de celle du pendwick II, mis à disposition d’une école de voile.

Pour l’association Boud’mer, la première plus value concerne sa légitimité. Son objet n’est pas d’acquérir des barques traditionnelles mais d’en faciliter l’accès et l’entretien. Elle cherche à inciter des propriétaires à partager leur barque en contrepartie du financement des coûts d’entretien, principale motivation à l’abandon de ce patrimoine. La confiance accordée par le Musée à l’association renforce sa crédibilité auprès des partenaires publics et privés.

La seconde est économique. La participation des usagers à chaque sortie en mer permet à Boud’mer de financer les coûts d’entretien des barques mais pas les coûts de structure (bureau, coordination, etc). Ces derniers sont financés essentiellement par des ressources en partie temporaires (subventions exceptionnelles, cotisations, bénévolat). Pour augmenter sa rentabilité, l’association  devrait augmenter ses tarifs et favoriser les sorties individuelles (aller vers la location) alors que son objet associatif est davantage la découverte du patrimoine (sorties accompagnées) et l’accès au plus grand nombre. Sans compter les impacts fiscaux liés au passage à une activité essentiellement de loueur : assujettissement à la TVA, à la taxe professionnelle.

Cette situation est différente avec l’Espadon dont l’entretien et les réparations sont pris en charge par le musée. C’est la seule embarcation de l’association à participer aujourd’hui au financement des frais de structure. Une telle coopération permet à l’association d’envisager à terme un modèle économique qui lui permette de défendre son projet associatif sans devenir un loueur de bateau. Aujourd’hui l’Espadon contribue à financer 5% des frais de structure de l’association. L’équilibre économique de l’association pourrait reposer sur un financement à part égale entre les financements privés (locations, mécénat, sorties), les subventions publiques et la gestion d’une flotte « patrimoniale » d’une demi douzaine de bateaux.

  • Indicateur COOPERATIF N°1 – valorisation économique[1]  – Cette coopération public privé est-t-elle performante pour l’association Boud’mer ?
Problématique Plus value patrimoine.
Rendre crédible la qualité de l’action de l’association auprès des propriétaires de barques traditionnelles. Reconnaissance de la qualité du projet associatif et du savoir faire de l’association.
Trouver des modalités de financement des coûts de structures hors location individuelle des barques (ne pas devenir loueur). La mutualisation avec le musée des coûts de gestion et d’entretien permet de financer 5% des coûts de structure sans louer la barque.

Sortie des réserves et mise à l’eau, l’Espadon est partagée au quotidien. Cette barque de pèche n’a pas en soi un caractère unique. Sa principale richesse repose davantage sur le lien qu’elle représente avec toutes les autres barques du même type présentes sur tout le pourtour méditerranéen. Tous les musées d’ethnologie ont à priori des barques de cette nature et risquent faiblement d’en solliciter une auprès d’autres musées. À cela vient s’ajouter la taille importante d’une barque qui la rend difficilement transportable.

L’Espadon n’a guère de chance d’être exposé de manière permanente, temporaire ou en dépôt. Un don de cette nature a davantage de probabilités de rejoindre le demi million d’objets présents dans les réserves du MCEM et peu de chances de sorties. Il serait conservé mais faiblement accessible. Et ce alors que la LOLF fixe comme objectif aux musées de rendre accessible physiquement une part croissance des patrimoines (Mission Culture, Patrimoine, Objectif 2)[2].

 

Exposition permanente 3 à 4000
Exposition temporaire    3 000
Dépôt permanent dans d’autres lieux   20 000
Réserve  500 000

La coopération initiée avec Boud’mer permet une meilleure mise en valeur de l’Espadon en lui donnant un statut d’objet exposé[3]. L’espadon a réalisé un plein exercice d’exploitation en 2007. Il réalise en moyenne 30 sorties par an avec 6 personnes par sortie et une quinzaine de journées thématiques avec 50 à 100 personnes par journée (Thalasanté, septembre en mer, etc). Les tarifs sont différenciés en fonction des sorties et des publics allant de la gratuité à une participation maximale de 15 euros par personne.

Sorties lors d’événementiel 15 journées, 1000 personnes
Sorties thématiques (pèche, environnement, …) 30 sorties, 150 personnes
  •  Indicateur COOPERATIF N°2  – Efficacité [4]En quoi cette coopération public privé favorise-t-elle l’accessibilité de l’Espadon ?
Niveau d’accessibilité actuel de l’Espadon Exposition permanente,Sorties thématiques hebdomadaires,Tarification différenciée (adhérents, enfants, invités)
Probabilité de valorisation hors coopération Très faible (En réserve)
LOLF :  Taux d’ouverture (évalué pour les musées)Part des fonds accessibles (évalué pour les archives) Objectif  85 % en 2006 et progression +5% d’ici 2010Objectif  72 % en 2006 et progression +3% d’ici 2010

Ce trésor partagé ancre le musée dans le développement durable. La capacité à accepter un don de cette nature et à assurer de manière économe son accessibilité représentent aujourd’hui un enjeu patrimonial. Les recommandations du Conseil de l’Europe, notamment la convention cadre de Faro[5] engage les politiques culturelles à reconnaître la valeur du patrimoine culturel situé sur les territoires relevant de leur juridiction, quelle que soit son origine et à promouvoir sa protection comme un élément majeur des objectifs conjugués du développement durable et de la diversité culturelle (Convention de Faro, article 5)[6].  Ce qui circule fait notre identité. Et si l’art français circule bien à travers le monde, le faible potentiel de circulation de l’Espadon pose question. Notamment à un musée de société positionné sur les civilisations de l’Europe et de la Méditerranée. Comment concilier la maîtrise des dépenses publiques et sa conservation et son accessibilité ?

La conservation d’une barque en bois reste nettement plus coûteuse «à sec» «qu’en eau»[7]. La durée de vie d’une barque hors de l’eau est estimée à 2 ans contre 8 ans en mer, avant qu’il soit nécessaire de faire de grosses réparations. Le choix d’une conservation « à sec » nécessite une installation technique coûteuse de mise sous vide. La conservation en mer nécessite, elle, une place au port et un entretien régulier. Si à terme le MCEM a comme projet de développer un espace en mer, aujourd’hui il conserve un bateau « à sec ».

L’analyse des données financières de l’association Boud’mer permet d’évaluer le coût de conservation « en mer » de l’Espadon. Il est évaluable à 30 000 euros par an, une fois les ressources non comptabilisées ré intégrées (bénévolat, mise à disposition d’une place au Port). Le MCEM prend à sa charge 20% du coût dont une partie de manière non monétaire en mettant à disposition une place au Port. Soit 80 % de ressources externes liées à la coopération[8].

Cet élément est important dans la mesure où la maîtrise des dépenses devient, avec la LOLF, un élément fortement déterminant dans les choix de gestion d’un musée. Les organismes sous tutelle du ministère de la Culture doivent maîtriser leurs dépenses de fonctionnement tout comme accroître la part des ressources propres, du type mécénat ou droit d’entrée (Mission Culture, Patrimoine, Objectif 3)[9].

  • Indicateur COOPERATIF N°3 : – Efficience [10] Dans un contexte de maîtrise de la dépense publique, participe-t-elle à limiter les coûts inhérents à la conservation d’une barque traditionnelle ?

 

Contribution au budget global 2006 Répartition 2006
MCEM 17% Ressources monétaires 11%
Ressources non monétaires 6%
Boud’mer 83% Ressources monétaires 45%
Ressources non monétaires 36%
LOLF[11] : Objectif en 2006Progression d’ici 2010 43%+5%

 

DEPENSES Coût annuel RESSOURCES Contributions Total
Dépenses de fonctionnement 18 500€ Ville de Marseille Mise à disposition Place 1 800€
Assurance 500€ MUCEM MCEM entretien 1 800€ 17%
Entretien 700€ MCEM rénovation (10 ans) 1 500€
Place au port 1 800€ Boud’mer Participation usagers 3 000€ 10%
Maintenance, gardiennage 3 500€ Bénévolat (pilote) 9 600€ 43%
Gestion administrative 12 000€ Maintenance, gardiennage 3 500€
Dépenses de sortie 10 200€ Subventions, cotisations 4 500€ 15%
Gestion des sorties 9 600€ Aides temporaires 4 500€ 15%
essence 600€ TOTAL 30 200€ 100%
Dépenses d’investissement 1 500€
Amortissement (10 ans) 1 500€
TOTAL 30 200€

 Aujourd’hui cette coopération repose d’avantage sur des personnes que sur des mécanismes de régulation contractuels. La convention qui sert de base à celle passée entre le MCEM et Boud’mer est celle qui concerne la mise à disposition du Pen Duick II à une école de voile. Il semble exister peu de référentiel dans le champs du patrimoine permettant de poser les bases d’une coopération public/privé. La régulation des rapports entre intérêts du patrimoine et intérêts économiques repose davantage sur la confiance entre les personnes que sur des éléments contractuels.

L’association n’envoie pas forcement ses bilans d’activité au MCEM et celui ci n’informe pas forcement ses visiteurs de la présence de l’Espadon (pas de signalétique commune). Cette situation peut s’expliquer en partie par la jeunesse de cette coopération. 2007 a été la première année de pleine exercice pour l’Espadon.

Cette situation permet de garder une souplesse favorable à un processus expérimental. Pour autant sa reproductibilité sur d’autres sites, dans d’autres contextes ou sa durabilité dépendent de mécanismes de régulation des conflits d’intérêt plus indépendants des personnes qui ont fondé cette coopération. Elle soulève un certain nombre de nouvelles questions importantes au vu de l’état d’avancement du projet :

Comment structurer cette coopération sans la figer ou la déséquilibrer ? Quels peuvent être les apports d’une ratification par la France de la Convention de Faro ? Comment les traduire en droit commun ?

Prosper Wanner, S.C.O.P. Place – Janvier 2008

Sources complémentaires :

  • Site de l’association Boud’mer : http://www.boudmer.org/
  • Site du MCEM : http://www.musee-europemediterranee.org/
  • Site du Conseil de l’Europe : http://www.coe.int/
  • Site de la LOLF : http://www.performance-publique.gouv.fr/

Sources du diagnostic

Ce diagnostic a été finalisé en janvier 2008 principalement à partir des éléments suivants :

  • 1 entretien avec Denis Chevalier, conservateur en chef du MCEM ;
  • 2 entretiens avec Philippe Tome, fondateur et directeur de l’association Boud’mer ;
  • Les données comptables de l’exercice 2006, le budget prévisionnel 2007 et 2008 et les bilans d’activité de 2003 à 2006 de l’association Boud’mer ;
  • La convention passée entre le MCEM et l’association Boud’mer concernant l’Espadon ;
  • Le document de présentation du Projet scientifique et culturel du MCEM 2002 : « Réinventer un musée : le MCEM » ; et les statistiques des visites de 2003 à 2007 du MCEM.
  • Les prix du marché liés à l’exploitation d’une barque : place au port, skipper, …
  • Les documents de la LOLF concernant les indicateurs de performances ;
  • La convention cadre dite « de Faro » du Conseil de l’Europe.

[1] Cet indicateur mesure l’impact du patrimoine sur l’activité économique de l’entreprise, voire du territoire. Le rapport sur « L’économie de l’immatériel. La croissance de demain » (ministère des finances, 2006) a préconisé de s’intéresser aux bénéfices à tirer de l’exploitation « de notre histoire, de notre géographie ou de nos territoires ». Et qui a donné à la création en avril 2007 de l’Agence du Patrimoine Immatériel de l’État (APIE). Il s’agit de pouvoir estimer et comparer l’impact d’une valorisation partagée du patrimoine.

[2] LOLF, Mission Culture, Patrimoine, Objectif n° 2 (du point de vue du citoyen et de l’usager) : Accroître l’accès du public au patrimoine national. 1. Rendre accessible une part croissante des patrimoines.

[3] Sources des données : rapport d’activité association Boud’mer 2006 et 2007, données chiffrées MuCEM (nombre d’œuvres exposées, prêtées, en réserve).  Précisions méthodologiques :  La probabilité de valorisation en musée : Sur les 500 000 objets du MUCEM, 3 à 4000 font partie de la collection permanente (0,1%), 20 000 sont en dépôt permanent dans d’autres lieux (4%) et 3 000 font parties des expositions thématiques (0,1%).

[4] Cet indicateur vise à mesurer l’efficacité de la coopération suivant un indicateur identifié au sein de ceux de la LOLF. C’est-à-dire la capacité d’une administration à atteindre les objectifs correspondant à ses missions. L’objectif se s’appuyer sur un indicateur LOLF est de pouvoir comparer l’efficacité du processus coopératif au regard d’autres expériences et à la cible que s’est fixée l’Etat pour les années à venir.

[5] Depuis une trentaine d’année, le Conseil de l’Europe développe au niveau théorique l’idée d’approche intégrée du patrimoine comme contribution du patrimoine culturel au débat démocratique, à la cohésion territoriale, à la qualité de la vie, à la valorisation durable et au développement économique. Le 27 octobre 2005 à Faro, la conférence de clôture du 50ème anniversaire de la Convention culturelle européenne a abouti à une convention cadre sur la valeur du patrimoine culturel pour la société. Convention dite « de Faro », elle est  en cours de ratification.

[6] Convention de Faro – Article 5 – Droit et politiques du patrimoine culturel.

[7] Il est difficile aujourd’hui d’extraire des comptes des musées – MCEM – des éléments financiers permettant d’évaluer le coût unitaire de chacun de ces modes de conservation et de les comparer économiquement.

[8] Précisions méthodologiques : Sources de données : budget et rapport d’activité association Boud’mer et tarif du marché (coût location place, redevance Port, ½ journée pilote). Mode de calcul de l’indicateur : évaluation du coût administratif au prorata du nombre de bateaux en usage (coût total / nombre de bateaux en usage). Ce coût devrait diminuer avec la mise en accès de nouveaux bateaux.

[9] LOLF : Objectif n° 3 (du point de vue du contribuable) : Elargir les sources d’enrichissement des patrimoines publics. Indicateur 2. Accroître la part des ressources propres des établissements publics et des organismes patrimoniaux sous tutelle du ministère de la culture et de la communication.

[10] Cet indicateur vise à mesurer l’efficience de la coopération suivant un indicateur identifié au sein de ceux de la LOLF.

[11] L’indicateur de mesure de la LOLF pour les musées nationaux porte sur la part des ressources propres dans le budget total. Prévue à hauteur de 43% en 2006, elles devront atteindre 48% en 2010.

Prosper Wanner diagnostics#2 : Refuges d’Art, une œuvre d’art contemporain essence de développement durable

Second portrait réalisé dans le cadre des 3 diagnostics de coopérations patrimoniales innovantes pour le compte de l’AGCCPF PACA.

Nous voulons dépasser les découpes disciplinaires et la décontextualisation des objets qui sont encore trop dominantes dans l’exercice des métiers patrimoniaux et l’élaboration des collections. Extrait Charte du patrimoine commun méditerranéen. AGCCPF PACA 2000.

Préambule

Le musée Gassendi, situé à Digne-les-Bains, a intégré dans ses collections les œuvres d’art contemporain « Refuges d’art » situées dans la réserve géologique de Haute Provence[1]. « Refuges d’Art » est un ensemble de bâtis – bergerie, corps de ferme, chapelle – dont la restauration intègre une création de l’artiste Andy Goldsworthy.

L’installation de ces œuvres hors les murs du musée, leur fréquentation déjà effective, l’intérêt croissant du public et le potentiel de développement économique qu’elles représentent, obligent le musée à qualifier leur accessibilité afin de maintenir l’esprit du projet.

Jean Pierre Brovelli, guide de randonnée et partenaire du projet, qui accompagne ceux qui souhaitent relier à pied les différents lieux de « Refuges d’Art ». Les coopérations « public privé » caractérise ce processus.  La première a été celle développée entre le musée et la réserve de haute Provence (association Loi 1901).

Le diagnostic propose de situer cette coopération entre Jean Pierre Brovelli et le musée, d’en comprendre les raisons et de mesurer les premiers résultats obtenus.

Pour pouvoir mesurer et comparer l’impact de ces coopérations public privé, il est essentiel d’utiliser un système d’indicateurs commun.  Le diagnostic fait référence avant tout aux nouveaux indicateurs de performance de l’Etat vis à vis du contribuable, de l’usager et du citoyen utilisés dans la cadre de la loi organique relative aux lois de finances du premier août 2001 – la LOLF. Il propose de répondre aux questions suivantes :

Quelles sont les raisons qui ont motivé cette coopération ? Dans un contexte de maîtrise de la dépense publique, contribue-t-elle à qualifier l’accessibilité d’œuvres en accès libre? Est-elle performante pour le musée ? Pour Jean-Pierre Brovelli ? Contribue-t-elle au développement économique de ce territoire alpin ? L’inscrit elle dans le développement durable ?

Dénomination Musée Gassendi Jean-Pierre Brovelli
Statut Musée de France Entreprise individuelle
Localisation Digne-les-Bains Seyne-Les-Alpes
Statut personne rencontrée Conservateur Indépendant
Nombre de salariés 10 0
Nombre visiteurs 2007 10.000 NC
Ressources 2007 1,4 million d’euros NC

Expo virtuelle

En 2007, l’association des conservateurs des collections publiques de France section PACA (AGCCPF PACA) a lancé une invitation internationale à de jeunes graphistes sortis d’écoles ou en cours de formations pour dialoguer sur l’actualité des enjeux de leurs métiers. Conservateurs et graphistes recherchent ensembles les formes les plus aptes aux nouvelles formes de coopérations indispensables dans l’espace symbolique aujourd’hui. L’invitée de l’expo virtuelle 2007 était Marion Arnoux. Elle vient de sortir de l’école de design de Saint-Etienne et participe à la structure expérimentale Laboratoire IRB, sous la responsabilité de Denis Coueignoux et Ruedi Baur. Le projet résulte d’une collaboration avec Mathieu Ehrsam, Designer multimédia pour aboutir à une interprétation graphique de portraits consacrés aux professionnels du monde économique qui cherchent avec les conservateurs des solutions durables dans la vie des objets de collections publiques qui leur sont confiées.

[kml_flashembed publishmethod= »static » fversion= »8.0.0″ movie= »http://hoteldunord.coop/wp-content/uploads/2008/01/expovirtuelle_cairn.swf » width= »800″ height= »600″ targetclass= »flashmovie »]

Monsieur Brovelli est accompagnateur de randonnée en moyenne montagne, basée à Seyne-Les-Alpes dans les Alpes de Haute Provence. Il est devenu accompagnateur en montagne après avoir exercé d’autres activités professionnelles notamment dans la culture au Conseil général. Situé sur le « créneau » des randonnées alliant culture et nature, il cherche à concilier ses intérêts pour la culture, la nature et l’itinérance . Il propose depuis 2004 des séjours allant du week end à la semaine tout compris. Positionné sur « l’Art de marcher », ses séjours « Refuges d’Art » représentent une part importante de son activité. La préparation de ce parcours comme itinéraire de randonnée a demandé un travail de repérage conséquent. Investissement indispensable pour identifier les possibilités de ravitaillement, repérer les refuges possibles en cas d’intempérie et évaluer au mieux le niveau de difficulté.

Comment rendre visible ce positionnement spécifique? Comment maintenir une activité professionnelle qui réponde aux motivations qui ont fondé la création de l’entreprise (durabilité) ?  

« Refuges d’Art » est une proposition de l’artiste Andy Goldsworthy à la réserve géologique et au musée Gassendi. Le musée Gassendi assure l’ingénierie culturelle du projet « Refuges d’Art » et la réserve géologique de Haute Provence la gestion financière. Pour gérer ensemble les propositions d’art contemporain, le musée et la réserve ont créé le Centre d’Art Informel de Recherche sur la Nature – le CAIRN. Le musée Gassendi, Musée de France, accueille en moyenne 10.000 visiteurs par an et 3.000 scolaires, sa surface est de 2.000 m2, son budget annuel est de 1,4 millions d’euros et il a 10 salariés. « Refuges d’Art » représentera à terme un accroissement de sa surface d’exposition permanente équivalent à un sixième de celle actuelle. Une surface culturelle supplémentaire en milieu rural, conformément aux objectifs de l’Etat pour les années à venir[2].

  • Indicateur COOPERATIF N°1.1  – Efficacité[3]Cette coopération public privé est-elle performante pour le musée ?
Chapelle Sainte Madeleine 25 m2
Ferme de Belon 47 m2
Thermes 15 m2
Col de l’Escuchière 36 m2
Le vieil Esclandon 120 m2
River of earth (au Musée) 50 m2
Total hors musée 243 m2
Musée Gassendi 2000 m2

Ce « musée ré inventé » cherche à être en prise directe avec son territoire notamment en faisant cohabiter d’une manière revendiquée comme « non conventionnelle » les collections d’origine du musée – beaux-arts et sciences – et des œuvres d’art contemporain issues de la politique de résidence artistique mise en œuvre au sein du CAIRN. Nadine Gomez-Passamar, conservatrice du musée Gassendi dirige et met en œuvre l’ingénierie culturelle du projet « Refuges d’Art ». Elle est impliquée dans le projet depuis son origine et continue aujourd’hui d’en assurer le développement. Elle est directrice artistique du CAIRN.

Commencé en 2001, le projet constituera à terme un itinéraire pédestre de 150 kilomètres et comprenant 10 œuvres de l’artiste. Les bâtis peuvent accueillir des personnes pour une halte, parfois une nuit. Les œuvres, dons faits à la ville de Digne-Les-Bains par l’artiste en 2006, sont les premiers « hors les murs » à être acceptés par la commission des  Musées de France. Chaque bâti est de propriété publique – Communes, ONF – et chaque œuvre fait partie de la collection permanente du Musée Gassendi.

Monsieur Brovelli participe au processus collectif de réalisation. Il est agréé par la réserve géologique de Haute Provence et habilité par le musée Gassendi.  Il a participé à la définition de l’itinéraire en accompagnant certaines marches de reconnaissance avec l’artiste, le personnel du musée et de la réserve.

Cette démarche ouverte et collective est un facteur de développement durable. Conformément aux recommandations du Conseil de l’Europe en matière de patrimoine culturel et de développement durable, elle promeut une approche intégrée des politiques relatives à la diversité culturelle, biologique, géologique et paysagère et favorise un équilibre entre ces composantes[4]. Le Conseil de l’Europe encourage la participation de chacun au processus d’identification, d’étude, d’interprétation, de protection, de conservation et de présentation du patrimoine culturel. Ce projet pourrait être le support d’un indicateur de « diversité partenarial » permettant de mesurer le degré de cohésion territoriale du projet.

L’AFNOR[5] propose divers degrés possibles de participation en ce sens qui vont de la simple information à la participation effective. Le Conseil de l’Europe ajoute la reconnaissance d’un droit au patrimoine associant chacun à la gouvernance du développement durable.

Les quatre composantes du développement durable – culture, environnement, économie et social – sont associées via le projet. Leur degré d’implication évolue avec le temps.

  • Indicateur COOPERATIF N°2 : – Gouvernance démocratique[6] Cette coopération public privé contribue-t-elle à inscrire ce territoire alpin dans le  développement durable ?
Dominante Partenaires Niveau d’implication
Dimension Economique Jean-Pierre Brovelli Consulté : conception du parcoursValorisé : proposition de séjour. Habilitation Musée et agrément Réserve.
Dimension Culturelle Musée Gassendi Associé : convention CAIRN
Dimension Ecologique Réserve géologique Associé : convention CAIRN
Dimension citoyenne Communes Informé : Rapport de l’agence régionale du patrimoineAssocié : propriétaire de sites

Aujourd’hui cet itinéraire pédestre prévu pour 12 jours fait partie des offres commerciales de Jean-Pierre Brovelli. Il prévoit en 2008 d’accompagner une soixantaine de personnes sur ce parcours par groupe de 8 personnes.  Si la retombée économique reste importante, elle ne représente pas son intérêt principal. La plus value économique repose davantage sur le fait de trouver une clientèle avec qui partager « l’Art de marcher ». La réalisation de l’itinéraire « Refuges d’Art » reste limitée : elle est physiquement et mentalement éprouvante pour un accompagnateur. Par contre, le fait d’offrir ce parcours permet de rendre visible son positionnement sur « l’Art de marcher ». La recherche d’information via internet en lien avec le projet « Refuges d’Art » (artiste, projet, CAIRN) génère deux demandes de renseignement journalière sur son site professionnel. Ces personnes sont parfois de potentiels clients pour d’autres offres proposées. Et ceux qui ont réalisé le parcours restent en lien durablement avec lui.

Ce renforcement de la visibilité du positionnement renforce la durabilité du projet d’entreprise. Les motivations entreprenariales de Jean-Pierre Brovelli structurent l’offre de séjour alliant culture, nature et itinérance. Le fait de pouvoir trouver « un marché » qui soit en cohérence avec ces motivations était un pari audacieux dont la réussite se voit ici renforcée. A cinquante ans et après un parcours professionnel diversifié, cet engagement économique est davantage l’aboutissement d’un projet personnel que la recherche d’une activité aussi rémunératrice soit-elle.

  •  Indicateur COOPERATIF N°3.1 – valorisation économique [7] Cette coopération public privé est-elle performante pour Jean Pierre Brovelli ?
Problématique Plus value patrimoine.
Rendre visible un positionnement sur « l’art de marcher » alliant culture, nature et itinérance. 2 demandes d’information journalière via internet liées à « Refuges d’Art ».
Trouver un « marché » en cohérence avec les motivations entrepreuneuriales. Développement d’une offre et repérage d’une demande en cohérence avec les motivations entrepreuneuriales.

 Œuvre d’art contemporain accessible en pleine nature, « Refuges d’Art » est un vecteur de développement durable pour la montagne. Fin 2007, la commune de Digne-Les-Bains a commandé une étude sur les retombées économiques et sociales du projet à l’Agence régionale du patrimoine P.A.C.A.  A mi parcours, il s’agissait de produire des données sur les impacts générés par le projet au regard de ses coûts de mise en oeuvre.

Ce travail important d’étude réalisé durant l’été 2007 permet d’avoir une première mesure de l’impact économique et social de « Refuges d’Art » en Haute Provence. Il représente 4,7 % de touristes en plus au Pays dignois – qu’ils viennent spécialement pour la découverte des oeuvres d’Andy Goldsworthy et/ou les oeuvres d’art contemporain -, soit plus de 30.000 nuitées annuelles, une consommation touristique évaluée à 1,6 million d’euros par an et 131 emplois dans le Pays Dignois. Impact qu’il faut mettre au regard d’un investissement de l’ordre d’environ 90.000 euros par an, hors participation du personnel du musée et de la réserve – 7 postes sont directement impliqués. Ce taux de retour sur investissement est conséquent et semble durable.

  •  Indicateur COOPERATIF N°3.2 – valorisation économique – Cette coopération public privé contribue-t-elle au développement économique de ce territoire alpin ?
Résultats étude agence régional du patrimoine P.A.C.A. Personnes venues pour la découverte des oeuvres d’Andy Goldsworthy et/ou les oeuvres d’art contemporain
% des touristes du Pays dignois 4,7%
Nombre de nuitées annuelles 31 025
Consommation touristique 1,6 millions d’euros
Nombre d’emplois dans le Pays dignois 131 emplois
Coût moyen annuel direct du projet 90 000 euros (hors personnel musée et réserve)
Taux de retour sur investissement Estimé à 17 fois supérieur à l’investissement annuel

L’Agence régionale du patrimoine prévoit une croissance à minima de 8,8% de la fréquentation annuelle, bien au delà de l’objectif de 1,9% fixé pour les arts plastiques sur l’ensemble du territoire par l’Etat [8]. Soit d’ici 5 ans, 8.000 visiteurs à minima, non loin des 10.000 visiteurs actuels du musée Gassendi, première étape du parcours. Soit une plus value culturelle significative pour un territoire rural : Digne-les-bains, préfecture départementale, compte 18.000 habitants intra muros, 30.000 au niveau du Pays[9].

  •  Indicateur COOPERATIF N°1.2  – Efficacité – Cette coopération public privé est-elle performante pour le musée ?
Nombre de personnes
Découverte des oeuvres d’Andy Goldsworthy et/ou les oeuvres d’art contemporain 5 5008 000 au terme du projet dans 5 ans (estimation)
Musée Gassendi 10 000  (moyenne)
Taux de croissance annuel de la fréquentation + 8,5%  (minima, étude Agence régionale du patrimoine)
LOLF, Mission Culture, Création, Objectif n° 3 + 1,9%  (moyenne par an d’ici 2010)

 Toute la difficulté réside dans le fait que cette valorisation économique reste bénéfique pour le Pays Dignois et ne se fasse pas au détriment de l’esprit du projet. Il s’agit d’inventer les modalités d’accès adaptées à son originalité. Modalités que le musée avait prévu de développer une fois le projet arrivé à terme et relayé auprès du grand public, c’est à dire au mieux dans 5 ans. La notoriété croissante de l’artiste au niveau international, la parution d’articles dans la presse nationale – Télérama, Alpes Magazine -, l’usage déjà effectif par des acteurs locaux dans le cadre de leur activité – guide de randonnée, office du tourisme – font que les refuges d’art sont déjà fréquentés.

Comme l’étude de l’Agence régionale du patrimoine l’a confirmé, il n’existe pas un seul « canal » qui mène à découvrir « Refuges d’Art » : internet, bouche-à-oreille, médias. L’ensemble des actions de communication et d’information ne peut être ni mené, ni auto financé : topo-guide, fiche d’accès, revue de presse, livre, site internet, audio guide, etc. Pour exemple, l’IGN a estimé à 50.000 euros le coût de réalisation d’une carte spécifique au parcours «  Refuges d’Art ». Budget relativement important au regard des 150.000 euros nécessaires en moyenne par refuge.

Aujourd’hui, le Musée Gassendi co-construit des modalités d’information et de communication avec des partenaires locaux. Ces co-productions sont aussi multiples que les modalités d’accès possibles : une salle dédiée au Musée en collaboration avec l’artiste, un livre topo-guide édité par les Edition Fage, la formation d’un nouvel accompagnateur par Jean-Pierre Brovelli et la proposition d’une dizaine de séjours de randonnée.

Sur l’ensemble de ces actions, le musée Gassendi finance 30% des coûts de mise en œuvre, le reste étant pris en charge par les partenaires[10].

D’autres projets co-produits sont en cours comme une revue de presse avec l’Agence de développement des Alpes-de-Haute-Provence ou celui porté par l’office du tourisme sur la création d’un audio guide ou encore celui de faire appel à une association de porteurs pour rendre accessibles les refuges à des personnes à mobilité réduite. Les sites Internet – celui des refuges, du musée, de la réserve et de Jean-Pierre Brovelli,  premier en terme de consultation – vont permettre de télécharger les fiches d’accès réalisées par le musée ou orienter vers l’ouvrage des éditions Fage.

La fréquentation du public va augmenter – prévisions de 8.000 visiteurs à minima d’ici 5 ans -, les sources d’information aussi (6 nouveaux supports prévus en 2008) et l’offre touristique va gagner en qualité et en attractivité. Et ce avec une maîtrise du budget puisque, même si l’ensemble des coûts est difficilement évaluable avec précision, la contribution des partenaires du projet peut être estimée à hauteur des deux tiers du coût total, ce qui est plus que les 48% de ressources propres que vise l’état d’ici 2010 pour les musées.

  •  Indicateur COOPERATIF N°3 : – Efficience [11] – Dans un contexte de maîtrise de la dépense publique, contribue-t-elle à  trouver les ressources nécessaires pour qualifier l’accessibilité d’œuvres en accès libre?

 

Contribution au financement de la fonction d’accessibilité 2008
Musée Gassendi 30%
Jean-Pierre Brovelli 23%
Edition Fage 47%
Indicateur LOLF : part ressources propresObjectif en 2006 pour les musées de FranceProgression d’ici 2010  43%+5%

 

 Action Partenaire Réalisation Coût
Espace d’information Musée Gassendi Equipement d’une nouvelle salle  15 000  € 30%
Topo Guide Fage Edition Réalisation (22% PVTTC)  16 500  € 47%
3000 ouvrages vendus à 25 euros TTC Diffusion distribution de la moitié (18% PVTTC)  6 750  €
Qualification nouvel accompagnateur Jean-Pierre Réalisation d’un parcours formation (10 jours)  1 600  € 23%
Animation site internet (demande information)  Brovelli Mise à jour annuelle, suivi (1 jour/mois)  1 600  €
Accompagnement de groupe 9 séjours proposés (50 jours)  8 000  €
 49 450  €

La régulation des rapports entre ces différents acteurs du projet repose sur un rapport de confiance, et dans une moindre mesure de manière conventionnée (communes, prestataires : guide, hébergeurs, etc). Les œuvres font partie des collections du musée, le bâti est propriété communale ou de l’ONF, et la réserve géologique de Haute Provence, association Loi 1901, assure la gestion de ces domaines.

Si cette situation favorise une liberté d’action pour chacun des membres, elle dépend fortement des personnalités qui animent le projet. Le poids économique croissant de « Refuges d’Art » dans l’économie locale, l’augmentation de la fréquentation, la création de nouveaux refuges ou l’arrivée de nouveaux acteurs (Office du tourisme, accompagnateurs) risque de fragiliser cet équilibre. Elle soulève un certain nombre de nouvelles questions importantes au vu de l’état d’avancement du projet :

Comment trouver un cadre de régulation adapté à une coopération public privé multiforme ? Comment garder un processus ouvert sans perdre l’esprit du projet ? Comment ne pas figer la situation ? Quelles seraient, en cas de litige, les modalités de régulation actuelles ?

Sources complémentaires :

  • Site du musée Gassendi : http://www.musee-gassendi.org/
  • Site de la réserve géologique de Haute Provence : http://www.resgeol04.org/
  • Site de Jean-Pierre Brovelli : http://www.etoile-rando.com/
  • Site « Refuges d’Art » : http://www.refugesart.fr/
  • Site de l’Agence régionale du patrimoine : http://www.patrimoine-paca.com/
  • Site du Conseil de l’Europe : http://www.coe.int/
  • Site de la LOLF : http://www.performance-publique.gouv.fr/

Source du diagnostic

Ce diagnostic a été réalisé principalement à partir des éléments suivants :

  • 1 entretien avec Nadine Gomez-Passamar, conservateur du Musée Gassendi et Jean-Pierre Brovelli, guide de randonnée ;
    • Document de présentation du projet CAIRN ;
    • Recherche Internet sur les sites associés à la promotion du CAIRN ;
    • L’étude sur l’impact économique du CAIRN réalisée par l’agence régionale du patrimoine – 2007 ;
    • Les documents de la LOLF concernant les indicateurs de performances ;
    • La convention cadre dite « de Faro » du Conseil de l’Europe.

 


[1] Les 200 000 hectares de la réserve géologique de Haute Provence en font la plus grande d’Europe.

[2] La LOLF, mission Culture, prévoit de mesurer la part des m2 supplémentaires construits en zone rural par rapport au nombre total de m2 construits dans l’année. L’indicateur concerne actuellement seulement les bibliothèques.

[3] Cet indicateur vise à mesurer l’efficacité de la coopération suivant un indicateur identifié au sein de ceux de la LOLF. C’est-à-dire la capacité d’une administration à atteindre les objectifs correspondant à ses missions. L’objectif se s’appuyer sur un indicateur LOLF est de pouvoir comparer l’efficacité du processus coopératif au regard d’autres expériences et à la cible que s’est fixée l’Etat pour les années à venir.

[4]Convention cadre du Conseil de l’Europe dite «  de Faro », article 8 – Environnement, patrimoine et qualité de la vie

[5] L’association française de normalisation – AFNOR – a édité en 2006 la SD 21000 appliquée aux collectivités territoriales – Guide pour la prise en compte des enjeux du développement durable dans la stratégie et le management des collectivités territoriales.

[6] Cet indicateur vise à mesurer l’implication des membres de la société sur les questions se rattachant au patrimoine. Il s’agit d’une proposition d’un nouvel indicateur possible.

[7] Cet indicateur mesure l’impact du patrimoine sur l’activité économique de l’entreprise, voire du territoire. Le rapport sur « L’économie de l’immatériel. La croissance de demain » (ministère des finances, 2006) a préconisé de s’intéresser aux bénéfices à tirer de l’exploitation « de notre histoire, de notre géographie ou de nos territoires ». Et qui a donné à la création en avril 2007 de l’Agence du Patrimoine Immatériel de l’État (APIE). Il s’agit de pouvoir estimer et comparer l’impact d’une valorisation partagée du patrimoine.

[8] LOLF, Mission Culture, Création, Objectif n° 3

[9] Précisions méthodologiques : Sources de données : L’étude réalisée par l’Agence régionale du patrimoine, données 2003 sur le tourisme en Pays Dignois, source site Pays Dignois. Mode de calcul de l’indicateur : L’étude de l’agence régionale du patrimoine n’a pas donné, faute de sources existantes, d’estimation en nombre de personnes qui viennent spécialement pour la découverte des oeuvres d’Andy Goldsworthy et/ou les oeuvres d’art contemporain. Il est possible d’avoir une première estimation à partir de la durée moyenne du séjour estimée à 5,6 journées par le Pays Dignois et des 31 025 nuitées calculées par l’Agence régionale du patrimoine. L’estimation est alors de 5 460 personnes. La seule donnée existante est les «  2 491 visiteurs sur 3 refuges » du comptage effectué à l’été 2007 (4 mois) par la réserve géologique de Haute Provence. 

[10] Précisions méthodologiques : Sources de données : les données ont été recueillies au cours de l’entretien avec Nadine Gomez-Passamar et Jean-Pierre Brovelli. Mode de calcul de l’indicateur :  Concernant la nouvelle  salle au musée Gassendi, seuls les coûts directs sont pris en compte. Le coût de fabrication du livre est calculé à partir de la répartition des coûts moyens par rapport au prix public de vente TTC (syndicat national des éditeurs – SNE : fabrication 11%, auteur 11%). L’édition est prévue sur un tirage de 3000 exemplaires vendus à 25 euros prix public (PVTTC). Fage édition va assurer la diffusion distribution de 1500 exemplaires, l’autre moitié étant vendue directement par le Musée. Ce coûtde diffusion distribution  est estimé à 18% du PVTTC (moyenne SNE). Le calcul des coûts pris en charge par Jean-Pierre Brovelli se base sur un coût journée de 160 euros. La mise à jour du site et la réponse aux demandes parfois techniques représentent un jour par mois (soit 10 journées par an). Le coût de formation d’un second accompagnateur est estimé sur le nombre de journée nécessaire (réaliser la totalité du parcours, soit 10 journées). Et 9 séjours sont proposés en 2008 pour une durée totale de 50 jours.

[11] Cet indicateur vise à mesurer l’efficience de la coopération suivant un indicateur identifié au sein de ceux de la LOLF. C’est-à-dire de mettre en regard les moyens déployés et les résultats fixés (rapport qualité/prix). L’objectif de s’appuyer sur un indicateur LOLF est de pouvoir comparer l’efficience de processus coopératif avec d’autres expériences et avec la cible que s’est fixé l’Etat pour les années à venir.

 

Prosper Wanner : Introduction aux 3 diagnostics de coopérations patrimoniales innovantes

La cause est entendue : la culture sera désormais le quatrième pilier du développement durable. (…) Le Sommet de Rio avait déjà, en 1992, tracé la voie en affirmant que le “développement durable” était d’abord un changement de comportements, c’est à dire un changement culturel.

« Culture et développement durable : la percée », Serge Antoine[1]2005.

La sensibilisation croissante de l’opinion publique au développement durable se traduit timidement en actes, que nous soyons interpellés en tant que citoyen, professionnel ou simple consommateur. Si celle des plus jeunes semble se faire, celle des adultes reste problématique. La culpabilisation – le monde va mal -, la consom’action – l’avenir est dans votre porte monnaie – ou encore l’incitation fiscale ne s’avèrent pas être les meilleures vecteurs de responsabilisation. Au contraire parfois.

Ce changement de comportement, si souvent mis en avant comme fondamental pour tendre vers un développement durable, soutenable ou simplement désirable, représente pour chacun une (r)évolution culturelle. Il ne s’agit pas seulement d’avoir les bons outils, un certain nombre de recettes existent déjà, mais de vouloir s’en saisir. Notre rapport avec notre environnement, qu’il soit humain, naturel ou technique, passe par la culture. Tout comme le lien entre générations, fondement du développement durable.

La culture et le patrimoine, peu pris en compte jusqu’à aujourd’hui dans les politiques de développement durable, sont en passe d’en devenir le quatrième pilier. L’enjeu semble encore bien au delà : ils ne sont pas seulement un bien à conserver pour les générations futures mais ils sont l’un des seuls capable aujourd’hui d’accompagner un changement culturel de cette nature.

Cette qualité culturelle se double d’une qualité économique qui en faitce « plus petit dénominateur commun » entre des secteurs, des disciplines et des logiques appelés à se côtoyer davantage – économie, sociale, culture et environnement. Transversalité indispensable au développement durable.

Ce potentiel – « faire développement durable » – est perçu par les conservateurs du patrimoine d’abord comme une prise de risque. Et c’est une réelle prise de risque que de passer d’une prise si bien identifiée – les politiques publiques du patrimoine – à cette nouvelle prise – coopérer avec la société civile – sans tomber dans la « marchandisation » du patrimoine.

Aujourd’hui, des conditions semblent réunies pour accompagner une prise de risque.

1/ Le contexte est plus que favorable, voire même « trop », pour prendre langue avec le monde économique, souvent perçu comme antagoniste. Le patrimoine, comme la culture, sont déjà à l’œuvre dans les nouveaux processus de création de valeur. Ils deviennent des plus values concurrentielles déterminantes pour se démarquer dans une économie de plus en plus mondialisée et virtuelle. Le patrimoine est déjà devenu un levier économique du désendettement de l’Etat. La toute nouvelle agence du Patrimoine immatériel de l’Etat – l’APIE – et la récente valorisation exceptionnelle de la marque « Louvre » sont là pour en témoigner. Les collectivités locales, les TPE, les PME, les associations, bref ce qui fait l’économie locale, a tout autant besoin du patrimoine pour s’ancrer localement et retrouver une marge de manœuvre économique, propice au développement durable.

2/ Des indicateurs d’encadrement des politiques publiques se structurent au niveau national. Ce sont des repères pour suivre la prise de risque, comparer sa performance, en tirer des bilans et savoir si elle reste compatible avec les politiques nationales. Bref pour ne pas avancer totalement dans le brouillard. Cette possibilité est offerte notamment par la loi organique relative aux lois de finances de 2001, la LOLF. L’Etat a construit une batterie de plus d’un millier d’indicateurs de performance. Ils concernent l’ensemble des politiques publiques – culture, santé, économie, etc – et sont appréhendés du point de vue du citoyen, de l’usager et du contribuable. Une autre série d’indicateurs concerne sa stratégie nationale de développement durable – SNDD. Les deux sont sensés converger.

3/ Au delà de ces balises, un cadre de régulation adapté à la coopération des conservateurs avec le privé – associations, entreprises, particuliers – émerge au niveau européen : le droit au patrimoine culturel. L’absence ou la faiblesse des référentiels existants sur la coopération public privée en matière de patrimoine fragilise la construction de conventions propres à réguler les rapports de force, voire les éventuels conflits d’intérêts. En proposant de faire passer chacun du statut de « bénéficiaire » du patrimoine à celui « d’ayant droit », elle propose un nouveau cadre de régulation. Evitant par là de devenir de simple « client ». Les partenaires privés sont reconnus comme des associés, non pas seulement d’éventuels clients, fournisseurs ou bienfaiteurs. Le patrimoine est public et reste public.

La difficulté est d’avancer sur l’ensemble de ces fronts. L’un ne peut pas se passer de l’autre. La coopération sans objectifs clairs s’apparente plus à une stratégie d’affichage.  Et la poursuite d’objectifs communs sans outils de pilotage permet difficilement de capitaliser de la connaissance et de tirer des bilans pour avancer. Enfin, la coopération sans cadre de régulation revient à ne pas appréhender la gestion des conflits et qu’ils deviennent ingérables, notamment dans les phases de développement ou lorsque les fondateurs s’en vont.

L’objet de cette « galerie virtuelle » est de nourrir, voire d’initier ce chantier en commençant par faire évoluer notre propre regard. La coopération entre conservateurs et entreprises favorables au développement durable existe déjà. Les trois exemples choisis par l’AGCCPF PACA en témoignent. Ils illustrent volontairement les trois axes traditionnels du développement durable : l’environnement, le social et l’économie.

La problématique environnementale est illustrée par la coopération entre le Musée Gassendi à Digne-les-Bains et la réserve géologiques de Haute Provence. La problématique sociale par la mission européenne de patrimoine intégré de la Ville de Marseille inscrite au cœur d’un projet de l’Agence Nationale de Revitalisation urbaine – l’ANRU. Et la problématique économique par la contribution du MCEM au développement d’une initiative d’économie sociale et solidaire à Marseille.

Dans chaque cas, l’angle d’analyse a porté sur la relation établie entre un(e) conservateur(trice) et un(e) entrepreneur(se) privé(e).
La réalisation de ces portraits a consisté dans un premier temps à aller voire sur les sites, à rencontrer ces personnes, à récolter leur témoignage et des données disponibles. Ensuite, à partir de cette matière, un diagnostic a été réalisé sous trois angles. Le premier sur la valorisation économique, ou, dit autrement, l’intérêt pour l’entrepreneur. Le second sur l’efficience et l’efficacité de cette coopération pour le Musée. Et le dernier sur les modalités de contractualisation qu’il a été possible de poser entre l’entreprise et le Musée.

Dans quelles mesures une approche coopérative entre un conservateur et une entreprise est-elle performante ? Est-elle compatible avec les cibles de performance que se fixe l’Etat pour 2010 ? Contribue-t-elle à renforcer une approche de développement durable pour l’entreprise ? La réalisation des missions du Musée ?

Aucune des parties des portraits – le musée, l’objet patrimonial, l’entreprise -n’est similaire. Au contraire, ils illustrent une diversité d’entrées possibles : Un Musée national, un Musée départemental et une mission communale – Une association, un indépendant et une société anonyme – Une oeuvre d’art, un objet patrimonial et un monument historique. La convergence entre les portraits ne repose pas sur les statuts des parties mais davantage sur leurs modalités d’action et leur production.

1/ La coopération s’avère intéressante pour les deux parties. Chacune de ces coopérations est efficiente – ou économe – pour le musée et l’entreprise. Elles sont un moyen efficace pour accompagner la réalisation des missions du musée – amélioration de l’accessibilité du patrimoine, de l’intervention en zones rurales ou en zones urbaines sensibles. Elles se montrent même performantes au regard des cibles fixées par la LOLF aux musées pour 2010.  Enfin, elles renforcent les acteurs économiques dans leur choix de s’inscrire dans un développement durable.

2/ Les trois portraits convergent sur la mise en œuvre de la politique patrimoniale. L’accès au patrimoine repose dans les trois cas sur l’itinérance : balade en mer, itinéraire européen, randonnée. Et la coopération avec une large partie de la société civile – associations, entreprises, collectifs, etc –  se fait de manière effective : le patrimoine s’avère un catalyseur capable de faire travailler ensemble des mondes qui se côtoient peu : l’économie, le social, la culture et l’environnement.

3/ Ils partagent aussi une fragilité structurelle : ce sont des initiatives de développement durable peu durables. La coopération repose davantage sur des liens de confiance que sur une régulation contractuelle des rapports. Dans ce contexte, il peut être difficile de passer un cap de développement, d’aller au delà des fondateurs ou simplement de transférer ces expériences sauf à de retrouver un contexte identique.

Il existe peu de référence. Si la relation au client ou au bénéficiaire est suffisamment balisée, celle de la coopération public/privée demande à l’être davantage. La Convention-cadre du Conseil de l’Europe sur la valeur du patrimoine culturel pour la société proposée en novembre 2005 par le Conseil de l’Europe est le point d’appui pour s’atteler à la tâche.

Une première conclusion à ces portraits est peut-être l’identification de ce chantier qui semble prioritaire pour que de ces innovations, de ces expériences, de ces investigations émerge un cadre de droit commun.

Le cadre de plus avancé pour accompagner ces processus est l’Agenda 21 culturel. L’Agence Française de normalisation – l’AFNOR – vient de publier un guide méthodologique « développement durable et responsabilité sociétale appliquée aux collectivités locales. ». L’agenda 21 peut être initié par tout acteur, pourquoi pas les musées ?

Prosper Wanner, janvier 2008

PORTRAITS 

  1. La  barque L’Espadon, bien inaliénable partagé. 
  2. Refuges d’Art, une  œuvre d’art contemporain essence de développement durable
  3. La grotte des Carmes – entre Monument Historique et source de développement durable

INDICATEURS

Indicateur COOPÉRATIF N°1 – valorisation économique.

Le premier angle d’analyse vise à rendre plus explicite l’intérêt de l’entrepreneur. Il n’est ni un client, ni un fournisseur et ni un mécène du Musée mais bien l’associé d’un projet commun. Comment y trouve t il son compte ? En quoi cette coopération renforce-t-elle son positionnement ?

Indicateur COOPERATIF N°2  – Efficacité.

Le second indicateur vise à mesurer l’efficacité de la coopération du point de vu du Musée. C’est-à-dire sa capacité à atteindre les objectifs correspondant aux missions d’intérêt général inhérent au projet de coopération. Afin de pouvoir comparer l’efficacité du processus coopératif au regard d’autres expériences et à la cible que s’est fixée l’Etat pour les années à venir, cet indicateur est au préalable identifié au sein de la LOLF.

Indicateur COOPERATIF N°3 : – Efficience.

Ce troisième indicateur toujours concernant le Musée porte sur l’efficience de la coopération. L’efficience désigne le fait de réaliser un objectif avec le minimum de moyens engagés possibles. Il s’agit de mettre en regard les moyens déployés et les résultats fixés. Toujours dans la perspective de pouvoir comparer l’efficience du processus coopératif au niveau national, l’indicateur est identifié au sein de la LOLF.

Indicateur COOPERATIF N°4 : – Gouvernance démocratique :

Le dernier angle d’analyse porte sur l’implication des membres de la société civile – entreprises, associations, particuliers, etc – sur les questions se rattachant au patrimoine et le niveau de conventionnement actuel.


[1] Serge Antoine (1927-2006) : Président d’Honneur du Comité 21, Membre du Conseil National du Développement durable (France), Membre de la Commission Méditerranée du développement durable. Liaison Energie – Francophonie, Editorial, pp. 4-6, IEPF, Canada.

Prosper Wanner et Christine Breton : Le patrimoine départemental : bien commun et échanges économiques

Préambule :

Cette note est le fruit d’un processus de recherche action initié entre une fonctionnaire en charge de la conservation du patrimoine et un entrepreneur en charge du développement durable d’entreprises.

Cette dualité, bien commun et échange économique, est voulue : les intérêts patrimoniaux et économiques sont rarement croisés. D’un côté l’approche patrimoniale est perçue comme excluant des biens du champ économique et augmentant la charge publique. De l’autre, l’approche économique est perçue comme participant à «  marchandiser  » des biens patrimoniaux. Cette tension est d’actualité : droits d’auteur, brevets sur le vivant, surexploitation touristique, etc.

Ce processus vise, de part et d’autre, à dépasser cette opposition entre bien commun (inaliénable) et usage privé (profitable) dans l’intérêt de chacun.

Il représente pour chacun une révolution culturelle. Le caractère inaliénable du bien, sa gestion démocratique, son libre accès restent difficile  à traduire dans le cadre d’un usage privé. Tous comme la désignation de ce qui fait patrimoine et son usage est difficile à appréhender de manière participative.

Il a été validé par le Conseil Départemental de Concertation, en séance plénière du 16 novembre 2006. Voir la version officielle.

 

L’économie du patrimoine.

La conservation du patrimoine est une charge publique. Son repérage, sa restauration, son étude ou son exposition sont autant de charges qui sont rarement compensées par le produit des visites.C’est une économie déficitaire.

Depuis le XIXème siècle, la nature du patrimoine ne cesse de s’élargir pour aller bien au-delà du Trésor de la Cathédrale. Aux biens corporels (monuments), incorporels (arts, artisanats) viennent s’ajouter les biens culturels puis naturels, de plus en plus menacés.

Cet accroissement exponentiel fait peser sur les collectivités locales de lourdes responsabilités : comment repérer l’ensemble des biens locaux en périls ? Lesquels conserver pour le bien des générations futures ? Comment évaluer les risques liés à leur disparition : crise identitaire, perte de souveraineté ? Comment financer leur conservation dans un contexte de raréfaction de la ressource publique ?

La valorisation économique du Patrimoine.

L’art, l’artisanat, la restauration sont autant de secteurs qui bénéficient du patrimoine.  Le tourisme est devenu l’une des premières industries civiles au monde et la vente en ligne de biens culturels (musique, image, texte, …), l’une des plus prometteuses.Le patrimoine a acquis une plus-value marchande sans précédent.

La valorisation économique du patrimoine est essentielle. Elle fait se croiser des connaissances, provoque des rencontres et ouvre à d’autres cultures. Des entreprises, des artisans, des associations vivent du patrimoine et le font vivre.

Le tourisme est de loin le secteur économique qui bénéficie le plus de la valorisation du patrimoine.

La mesure de cette «  lucrativité  » permet de valoriser la charge publique patrimoniale au regard de son impact économique.

La Région PACA a créé un Observatoire Régional en ce sens. Il mesure la portée économique d’un bien patrimonial au regard des retombées touristiques (visites, restaurant, hôtel, ..), fiscales (taxe de séjour) et liées à sa restauration (travaux de restauration, mobilisation de finances publiques). Cette plus-value économique repose en grande partie sur la capacité à séduire une clientèle potentielle qui génère des recettes directes (billetterie, visites guidées, librairie) et indirectes (dépenses effectuées dans son environnement).

L’expérience française des Pôles d’économie du patrimoine montre que la portée économique concerne également l’attractivité d’un territoire (amélioration de la qualité de vie) et son artisanat (création d’une identité forte).

La loi du 2 août 2005 en faveur des PME a créé le label « entreprise patrimoine vivant » destiné à promouvoir le développement des entreprises détenant un patrimoine économique (savoir-faire rare, maîtrise de techniques traditionnelles ou haute technicité). Il vise à valoriser la reconnaissance de ce patrimoine au niveau national et international et à renforcer ces entreprises via des mesures financières et des outils de communication spécifiques.

La surexploitation économique du patrimoine.

L’investissement pour « plus d’attractivité » à court terme a parfois des effets induits : dégradation de l’intentionnalité du bien pour répondre aux exigences légitimes d’une clientèle, perte d’identité, évolution des sites vers des zones commerciales touristiques, augmentation du foncier au détriment des agriculteurs ou des moins riches, …. Notre territoire vit fortement du tourisme et connaît les effets d’un «  excès de tourisme  » et d’un «  excès d’attractivité  ».

Les biens et services patrimoniaux sont dotés d’une double  nature, économique et culturelle. Le risque d’une absence de régulation concernant cette double qualité est de voir s’opposer valeur économique et intérêt général.

La Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles signée le 20 octobre 2005 par la Conférence générale de l’UNESCO (http://portal.unesco.org/culture/fr) pose les biens et services culturels comme porteurs d’identité, de valeur et de sens qui en conséquence ne doivent pas être traités comme ayant une valeur exclusivement commerciale.

Actuellement, des négociateurs de l’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS) s’interrogent sur la possibilité d’extraire le patrimoine du bien public et de lui faire intégrer les lois du marché : les institutions publiques cèdent leurs droits et dopent ainsi l’économie mondiale. Le risque est que d’une économie du patrimoine, certes déficitaire, nous passions à l’exploitation économique du patrimoine : de bénéficiaires légataires de notre patrimoine, nous deviendrions clients.

Un exemple concret : le conflit qui a opposé Kokopelli, association de diffusion des anciennes semences potagères, et un céréalier est une nouvelle illustration de cette tension entre bien public et valeur marchande : suite à la demande d’inscription de variétés de semences anciennes sur un catalogue officiel, le tribunal d’Alès a pointé la divergence entre législation commerciale, ici nationale, et législation patrimoniale, ici communautaire.

http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=2164

Aujourd’hui, les brevets sur le vivant, les droits à l’image ou plus localement la transformation de certains de nos sites ou communes en «  Parc d’attraction  » sont déjà autant de signaux d’alerte auxquelles il nous faut être attentif.

Pour autant, les monuments historiques doivent être utilisés pour avoir une chance d’être entretenus tout comme le paysage doit procurer un revenu aux agriculteurs qui le gère.

Comment sortir de cette opposition entre une logique patrimoniale qui sanctuarise des biens au prix d’un alourdissement de la charge publique et d’une approche marchande qui créée de la richesse au risque d’une perte de souveraineté ?

Comment augmenter la surface de nos parcs naturels, conserver notre patrimoine minier, rénover un habitat social historique, maintenir une agriculture paysanne péri-urbaine sans alourdir la charge publique ?

L’investissement productif du Patrimoine 

Faire converger développement économique et conservation du patrimoine : un enjeu de développement durable

Des récits citoyens, témoignages d’une convergence possible entre des pistes de développement durable et des enjeux de conservation du patrimoine, ici, dans le département des Bouches du Rhône :

  • Le reboisement de la Chaîne de l’étoile (site Natura 2000) avec le pompage de l’eau de la Galerie à la mer et le recyclage des «  boues rouges  » produites par le traitement de la bauxite (mineur de Gardanne) ;
  • L’usage des savoir-faire en micro électronique et en matière d’extraction du silicium pour installer localement une industrie photovoltaïque et augmenter notre autonomie énergétique (association d’éducation à l’environnement) ;
  • La rénovation en Haute Qualité Environnementale des premiers habitats sociaux de Marseille pour conserver des savoir-faire anciens adaptés aux évolutions écologiques (entrepreneur BTP) ;
  • La réintroduction du chanvre, plante coupe-feu, pour l’exploiter comme matière écologique alternative au tout plastique (artiste) ;
  • Le développement de circuits courts favorables au maintien d’une agriculture paysanne comme gage de notre souveraineté alimentaire et de conservation de nos paysages et des biodiversités locales (paysan).

Depuis la déclaration d’Amsterdam de 1975 : « la conservation intégrée engage la responsabilité des pouvoirs locaux et appelle la participation des citoyens ». Un réservoir de 30 ans de textes aux états membres, d’appels à propositions et de travaux d’experts est à notre disposition (www.coe.int)..  La recommandation R(95)9 : “ Relative à la conservation des sites culturels intégrée aux politiques du paysage ” est la plus riche d’applications  potentielles.

Que le patrimoine ne soit plus seulement le fruit du regard de conservateurs, mais aussi de citoyens, et qu’ils puissent en avoir la jouissance permet de dépasser la vision française où l’Etat dit ce qui est patrimoine, donc notre identité, et s’en sert comme gage personnel (le trésor de la cathédrale). L’intérêt est à la fois européen (enrichir la logique de nation) et économique (trouver des ressources de conservation du patrimoine autre que la cession de droit).

En reconnaissant la double qualité économique et culturelle du patrimoine, elle vise à inscrire sa conservation et son usage comme moteur de développement d’une société plus démocratique et participant à l’amélioration de la qualité de vie pour tous. Concernant le tourisme, elle est attentive à un développement durable et équilibré qui permette une meilleure valorisation des sites et irrigue l’ensemble du département.

L’approche intégrée du Patrimoine dans son rapport culture/nature s’inscrit en complémentarité de l’héritage patrimonial (musées, monuments,  inscrits dans une logique de Nation).

La responsabilité patrimoniale n’est plus à la seule charge de la collectivité locale.

La désignation de ce qui fait patrimoine, le repérage de biens patrimoniaux menacés, les pistes possibles de conservation ou de valorisation peuvent être aussi le fruit de la société civile : associations, collectifs, entreprises, … Les capacités locales à «  faire patrimoine  » ou conservation préventive sont démultipliées.

La conférence de clôture du 50ème anniversaire de la Convention culturelle européenne (Faro, octobre 2005) a abouti à uneconvention cadre sur la valeur du patrimoine culturel pour la société. Cette Convention représente une avancée considérable. Elle décline de manière précise les principes de mise en œuvre de politiques publiques de conservation intégrée du patrimoine. Elle traite des droits et des responsabilités des individus en matière de patrimoine culturel et explicite successivement sa mise en lien sur les différentes dimensions du développement : le débat démocratique, la cohésion territoriale, la qualité de la vie, la valorisation durable et le développement économique.

Sa déclinaison en terme de politique publique reste à faire. Dans ce sens, elle donne un cadre et pose des bases précises qui sont autant de points d’appui

Le patrimoine n’est plus vu comme une charge publique mais comme un investissement productif.

Le bien cherche à acquérir une « fonction vivante » en lien avec le présent et ses enjeux. Il s’adapte au présent (comme cela a été longtemps le cas) et sa valeur intentionnelle participe, comme un investissement, au développement durable du territoire. Il est une ressource pour l’ensemble de la société : entreprises, associations, habitants,  …

La charge publique de conservation devient ici une ressource entreprenariale. Des entreprises peuvent s’appuyer sur cette ressource pour créer de la richesse : l’entretien du jardin d’un château, le prélèvement d’espèces naturelles menaçantes ou le débroussaillage en prévention des incendies sont autant de richesses pour des entrepreneurs.  Elles favorisent l’ancrage d’activités économiques au territoire.

La conservation d’un bâtiment, d’un savoir faire ou d’une culture ne se fait plus au prix d’un déficit public, d’une cession de droit ou d’un excès d’attractivité, mais dans le cadre d’un projet de développement durable partagé.

La difficulté est que le bien ne perde pas sa valeur intentionnelle (culturelles, politiques et symbolique) au profit d’une approche purement financière (ne plus viser le visiteur curieux en quête d’intelligence mais le client potentiellement solvable). Le risque d’une absence de régulation concernant cette double qualité économique et culturelle, est de voir s’opposer valeur économique et intérêt général.

Le patrimoine peut avoir un rôle à jouer concernant notre souveraineté alimentaire, notre autonomie énergétique ou la défense de nos paysages. La valorisation du patrimoine n’est plus essentiellement son attractivité, mais sa capacité à appuyer des projets de développement économiques qui soient industriels, agricoles ou tertiaires. Notre capacité à maîtriser nos choix de développement s’en trouve renforcer.

Il ne s’agit pas de voir la conservation du patrimoine comme une contrainte (augmenter les impôts, accroître démesurément le tourisme ou la villégiature, amplifier la dépendance économique), mais comme le trésor qu’il est et ce que nous pourrions en faire dans l’intérêt de tous.

La gestion du patrimoine devient le support de coopération public privé

Le service public ne peut plus se passer de la société civile et inversement.

Le statut coopératif prend ici un nouvel intérêt.  Sa nature de droit commercial, le  caractère impartageable du bien constitué et sa gouvernance démocratique en font un cadre possible d’expérimentation. Plus particulièrement, le nouveau statut de société coopérative d’intérêt collectif qui peut associer des intérêts publics et privés (SCIC).

Il ne s’agit pas d’opposer commerce du patrimoine contre cercle vertueux coopératif mais, par ce statut, de (re)mettre à l’ordre du jour ces formules qui permettent de mettre à égalité public et privé. Il convient d’ouvrir ce savoir-faire aux productions symboliques.

Actuellement, des coopératives, positionnées sur la conservation du patrimoine, réunissent des artisans, des usagers, des entreprises, des chercheurs et des collectivités territoriales. Elles participent à l’intérêt général et enrichissent l’activité économique de territoires, de professionnels du tourisme, d’artisans, d’associations et de chercheurs.

En 2006, les coopératives pourront acquérir une stature européenne. Avec le nouveau statut de coopérative européenne s’ouvre le champ à l’expérimentation de coopérations locales inscrites à l’échelon européen.

Une approche transversale qui bouscule les cadres actuels.

La conservation intégrée d’un bien patrimonial représente une révolution culturelle tant pour les acteurs économiques que pour les conservateurs du patrimoine.

Les intérêts patrimoniaux et économiques d’un territoire sont rarement croisés. Cela peut s’expliquer par les craintes qu’ils engendrent de part et d’autres : d’un côté l’approche patrimoniale peut être perçue comme excluant des biens locaux du champ économique et de l’autre, l’approche économique peut aboutir à «  marchandiser  » des biens patrimoniaux.

Cette approche bouscule le cadre d’une gestion classique du patrimoine. Le challenge est d’innover les contours de cette relation entre propriété collective (inaliénable) et usage individuel (profitable). Cette évolution concerne autant le processus de désignation citoyenne de ce qui fait patrimoine (recenser, nommer, exposer) que de nouvelles formes d’usage participative du patrimoine (investir, participer).

Le caractère inaliénable du bien, sa gestion démocratique, son libre accès doivent trouver leur traduction dans le cadre d’une conservation intégrée.

Proposition n°1 : Le Conseil Départemental de Concertation invite le Département à faire siennes les recommandations du Conseil de l’Europe en matière d’approche intégrée du patrimoine, à savoir :

1.1 Reconnaître la double qualité économique et culturelle du patrimoine, inscrire sa conservation et son usage comme moteur de développement d’une société plus démocratique et participant à l’amélioration de la qualité de la vie pour tous,

1.2 Etre attentif à un développement durable et équilibré du tourisme qui permette une meilleure valorisation des sites et irrigue l’ensemble du département.

1.3 Devenir moteur dans le processus de ratification de la convention de Faro au niveau national, transnational, au niveau de l’Arc Latin et européen.

Proposition n°2 : Dans le cadre de l’objectif d’une gestion intégrée du patrimoine, le Conseil Départemental de Concertation invite le Conseil Général à :

2.1  Faire identifier les ressources en matière de patrimoine sur le territoire départemental sous toutes ses formes et notamment reconnaître la complémentarité de son héritage patrimonial ( musées, monuments inscrits dans une logique de Nation), avec l’approche intégrée du patrimoine dans son rapport culture/nature.

2.2 Faire identifier et produire des indicateurs appropriés à une gestion intégrée du patrimoine.

2.3 Le Conseil Général pourra en s’appuyant notamment sur l’Agence Régionale du Patrimoine et le Conseil de l’Europe pour réaliser les travaux.

Proposition n°3 : Le Conseil Départemental de Concertation invite le Conseil Général à valoriser le capital symbolique collectif.

3.1 En inscrivant son patrimoine comme une ressource mobilisable pour l’ensemble de ses politiques et de ses services en inscrivant et en se donnant un cadre d’usage de son patrimoine dans le respect des règles reconnues et dans une perspective de développement durable et de conservation préventive. En inscrivant les travaux de restauration sur les monuments et sites lui appartenant dans une gestion intégrée en lien avec les enjeux du présent.

3.2 Au plus petit échelon territorial, dans le cadre de la politique de l’aide aux communes ou des financements croisés en faisant prévaloir l’approche intégrée du patrimoine notamment dans un souci de bonne gestion de ses investissements et en confortant son accompagnement dans la perspective d’un développement culturel équilibré.

Proposition n°4 : Le Conseil Départemental de Concertation préconise au Conseil Général d’inscrire ses politiques patrimoniales dans le cadre de la construction européenne.

4.1 Au niveau européen, il soutien l’inscription des démarches locales dans le cadre des politiques européennes : fonction de veille, appui au montage de projet, co-financement. Il mobilise ses réseaux européens et notamment sa représentation à Bruxelles et ses partenaires au sein de l’Arc Latin.

4.2 Il porte attention à l’inscription des démarches patrimoniales dans un cadre européen : incitation à la coopération transnationale, création de biens communs européens.  Au niveau euro-méditerranéen, il peut prendre appui sur la proposition de constitution d’un Réseau euro-méditerranéen des systèmes locaux dans le cadre du programme européen Delta.

4.3 En lien avec le Conseil de l’Europe et l’Etat, il valorise son investissement par la publication de ces actions dans le cadre des programmes européens de valorisation des bonnes pratiques dont le programme Héritage.

Proposition n°5 : Le Département reconnaît à chaque citoyen un droit au patrimoine culturel dans un souci d’innovation.

5.1 Le repérage, la restauration, l’interprétation, l’exposition ou l’usage du patrimoine peuvent être le fruit de démarches citoyennes : collectif d’habitants, entreprises, associations, coopératives, etc. Ces démarches sont traitées de manière équivalente aux autres politiques patrimoniales.

5.2 Pour cela, le Département crée une ligne d’appels à projets privilégiant l’approche intégrée du patrimoine. Les trois niveaux de collectivités locales pourraient être mobilisées.  Il pourrait porter sur la déclinaison locale des recommandations du Conseil de l’Europe notamment en matière de « production patrimoniale citoyenne » et en matière « d’usage patrimonial intégré ».

Cet appel d’offre pourrait donner lieu à terme à un appel d’offre européen ou euro méditerranéen.

Proposition n°6 :

Dans le cadre de ses politiques de soutien au mouvement coopératif et à son ouverture à la construction européenne, le Conseil Départemental de Concertation engage le Département à poursuivre son soutien au mouvement coopératif et en particulier au développement des coopérations public privé notamment au sein des SCIC et des fonds dédiés. En encourageant ces coopérations à faire patrimoine en les accompagnant à prendre une dimension européenne dès que les textes le permettront à travers la coopérative européenne à venir.