Prosper Wanner : pourquoi un forum sur la valeur sociale du patrimoine à Marseille?

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Face à une crise de la représentativité politique, à un modèle de développement de moins en moins soutenable et à des tensions sociales croissantes, le 12 et 13 septembre 2013 à Marseille, pour le Forum de Marseille un large panel comprenant notamment des élus locaux, le Conseil de l’Europe, des acteurs de la société civile, des artistes et de simples citoyens vont énoncer le rôle qu’ils souhaitent voir jouer aux patrimoines culturels pour une amélioration de leur cadre de vie, une économie solidaire, un dialogue social renforcé et une démocratie participative.

Ce rôle attribué aux patrimoines culturels en Europe est le fruit de 30 années de travaux du Conseil de l’Europe sur « la valeur du patrimoine culturel pour la société » qui se sont traduits en 2005 par l’adoption d’une convention-cadre, dite Convention de Faro.

Cette Convention de Faro commence à sortir de l’anonymat depuis que l’Italie l’a signée en mars 2013. Pour autant, les colloques et articles qui l’abordent en Europe montrent qu’elle reste difficile à interpréter. La place centrale qu’elle réserve aux citoyens, seul ou en commun est mise en avant sans pour autant que cela clarifie ses enjeux.

Est ce une nouvelle catégorie du Patrimoine, un « patrimoine citoyen » proche du petit patrimoine ou du patrimoine immatériel ?Une nouvelle Convention sur le patrimoine immatériel dans la lignée de celle de l’UNESCO? Défend elle une meilleure prise en compte des publics « prioritaires » dans la gestion du patrimoine ?

Le Forum de Marseille va permettre au Conseil de l’Europe de revenir sur cette Convention-cadre, d’en faire la promotion en Europe et d’actualiser ses enjeux. Ce Forum est la première d’une série de « Balades de Faro » que le Conseil de l’Europe programme pour promouvoir cette Convention-cadre et créer les conditions du suivi de son application. Il portera sur la valeur sociale du patrimoine pour la société.

L’arrière port marseillais est pauvre en patrimoine protégé qu’il soit inscrit ou classé comme petit patrimoine, patrimoine immatériel, paysage, archive, …. tout comme il est en Europe l’un des principaux foyers d’initiatives citoyennes patrimoniales qui mobilisent élus, entrepreneurs, artistes, scientifiques, associations et simples habitants.

L’arrière port marseillais dépasse les limites administratives des arrondissements de Marseille concernés pour s’étendre sur plusieurs communes avoisinantes. Il est riche de récits liés aux flux et reflux migratoires, à l’évolution du port, au développement industriel, aux anciennes bastides de la bourgeoisie marseillaise,  …. Ses habitants sont porteurs de ces récits tous comme les érudits locaux et les scientifiques qui s’y intéressent. Pour autant, la somme des récits ne fait pas récit collectif.

Cette absence de récit collectif favorise pour les habitants le sentiment d’abandon, d’exclusion et de ségrégation sociale : nouveaux arrivants versus habitants des cités versus noyaux villageois versus nouvelles entreprises. Pour les décideurs qui ont en charge l’avenir de ces quartiers, l’absence de récit collectif propre à ceux qui vivent là participe à les rendre « invisibles » : ils construisent au désert. Cet abandon doublé d’une ignorance génère de la violence qui se traduit dans la dégradation du vivre ensemble et la défiance vis à vis du politique et de l’institution.

Paradoxalement, la défense du cadre de vie y est devenue prétexte à débuter le récit collectif. Là où il y a des tensions déclarées ou latentes liées au cadre de vie, il y a des groupes constituées : amicales de locataires, associations de quartier, regroupements d’entreprises, collectifs d’habitants et des élus mobilisés … La narration du récit collectif commence avec celle des récits liés à ces tensions.

Ce travail de narration collective a commencé dès 1995 grâce à la mise en place d’une mission européenne expérimentale de patrimoine intégré entre la Ville de Marseille et le Conseil de l’Europe. Un « service public patrimonial » a été expérimenté via la mise à disposition des habitants d’un poste de conservateur du patrimoine pour écrire avec eux leur récit collectif.

Ce processus d’écriture continu révèle des sources des tensions : savoir populaire contre savoir scientifique, usage économique contre cadre de vie, récit national contre récits minoritaires, etc.

La convention de Faro permet de donner un cadre de régulation commun de ses tensions. Elle fait de la capacité développée en l’Europe à gérer ses propres conflits son patrimoine commun, celui de tous les européens : ce sont la démocratie, l’état de droit et les droits de l’Homme. Ce patrimoine commun devient la modalité de gestion des tensions liés à la construction du récit collectif : démocratiquement et dans l’intérêt général. Il n’y a plus d’arbitrage descendant sur ce qui est patrimonial ou pas mais des processus de conciliation et re conciliation autour d’un projet de société, d’un « vivre ensemble ».

La « valeur sociale » – vivre ensemble – du patrimoine est reconnue comme l’une des valeurs du patrimoine  au même titre sa valeur esthétique, scientifique, symbolique, économique, etc

La Convention-cadre de Faro est devenue dans ces quartiers le cadre commun qui permet l’action politique. Les maires du 2me, 7me et 8me secteurs de Marseille et celui de Vitrolles ont signé leur adhésion aux principes énoncés par la Convention de Faro. Ses élus locaux et les citoyens réunis en « communautés patrimoniales » ont collectivement adhéré aux principes de la convention pour se doter d’un cadre et d’une perspective commune et faire récit collectif.  Ce processus d’écriture continu tisse lentement  des liens et contribue à faire communauté.

Ces communautés patrimoniales, faisant récit collectif, produisent de la citoyenneté. La construction du récit collectif confronte les récits, les interroge et les agence : elle permet une compréhension de l’environnement dans lequel vivent les personnes. Les représentations, les positionnements et les modes d’actions évoluent en même temps que se construit le récit collectif. Il permet le passage du mode de la dénonciation singulière à l’action collective. Chacun est porteur de savoirs et savoir-faire, une reconnaissance sociale dans des quartiers où elle n’existe plus par le travail faute d’emplois.

Ce processus patrimonial contribue par là à « faire société ». Il contribue à une ré appropriation du bien commun et développe de l’imaginaire collectif, préalable à l’action politique. Le récit devenu collectif acquière une dimension patrimoniale qui le rend légitime et partagé. Du cas particulier, l’enjeu devient de société.

Le processus patrimonial donne accès à des ressources symboliques et à une identité collective qui rendent l’action politique possible. La communauté patrimoniale devient un interlocuteur visible, légitime et doté de ressources, ce qui lui permet d’exister et d’agir.

Dans la durée, ces processus patrimoniaux s’avèrent de puissants leviers de transformation : ils  contribuent à modifier les plans d’urbanisme comme dans le cas de la cascade des Aygalades, à obtenir une protection légale comme dans le cas du savon de Marseille, à faire reconnaitre de nouveaux patrimoines et ont permis le développement de projets de la capitale européenne de la culture comme le GR2013, Culture Pilots et Hôtel du Nord.

Pour revenir à la Convention de Faro, dans tous ces processus, le récit précède l’objet patrimonial. Le Patrimoine reste un prétexte ou un résultat possible d’un processus patrimonial mais non sa finalité. L’objet patrimonial peut symboliser ces récits collectifs comme d’autres formes comme la balade urbaine, une publication (récits d’hospitalité), l’intervention artistique ou l’action de prévention (les ateliers de révélations urbaines), etc

En ce sens, il ne s’agit pas d’ajouter une nouvelle catégorie de patrimoine, de recommander une meilleure prise en compte des publics ou de contribuer à une meilleure protection du patrimoine immatériel.

La Convention de Faro s’intéresse au patrimoine en tant que processus pour « faire société ». Elle considère que chaque citoyen détient seul ou en commun une part du récit collectif qui mérite d’être pris en compte pour mieux vivre ensemble ;

L’écriture du récit collectif – faire société – se fait au niveau des citoyens (communauté patrimoniale / principes de subsidiarité), « dans le cadre de l’action publique », garante des modalités d’écriture de ce récit (Convention de faro / principe de suppléance).

Prosper Wanner, aout 2013

Prosper Wanner: Why a forum on the social value of heritage in Marseille?

SAMSUNG DIGITAL CAMERA Faced with a crisis of political representativity, a less and less sustainable development model and increasing social tensions, on 12 and 13 September 2013 in Marseille, for the Marseille Forum a broad panel including local elected representatives, The Council of Europe, civil society actors, artists and ordinary citizens will state the role they want to play in cultural heritage for an improvement of their living environment, a solidarity economy, a strengthened social dialogue and participatory democracy. This role attributed to cultural heritage in Europe is the result of 30 years of work by the Council of Europe on "the value of cultural heritage for society" which was translated into 2005 by the adoption of a framework convention, the so-called Faro convention. This Faro Convention has begun to emerge from anonymity since Italy signed it in March 2013. However, the symposiums and articles that address it in Europe show that it is still difficult to interpret. The central place it reserves for the citizens, alone or in common, is put forward without clarifying its stakes. Is this a new category of heritage, a "citizen heritage" close to the small heritage or intangible heritage? A new Convention on intangible heritage in line with that of UNESCO? Is it advocating better consideration of "priority" audiences in heritage management? The Marseille Forum will allow the Council of Europe to revert to this framework Convention, to promote it in Europe and to update its stakes. This Forum is the first in a series of "Faro rides" that the Council of Europe programme to promote this framework Convention and create the conditions for monitoring its implementation. It will focus on the social value of the heritage for society. The back port of Marseille is poor in protected heritage whether it is listed or classified as small heritage, intangible heritage, landscape, archive,…. Just as it is in Europe one of the main foci of heritage citizen initiatives that mobilize elected representatives, entrepreneurs, artists, scientists, associations and simple inhabitants. The back port of Marseilles exceeds the administrative limits of the boroughs of Marseille concerned to extend over several neighbouring communes. It is rich in stories related to migratory fluxes and Ebb, to the evolution of the port, to industrial development, to the former bastide of the Marseille bourgeoisie,…. Its inhabitants carry these stories all like the local scholars and the scientists who are interested in them. However, the sum of the narratives does not make a collective narrative. This absence of a collective narrative favours the feeling of abandonment, exclusion and social segregation for the inhabitants: Newcomers versus inhabitants of cities versus village nuclei versus new companies. For the decision makers who are in charge of the future of these neighbourhoods, the absence of collective narrative peculiar to those who live there participates in making them "invisible": they build in the desert. This abandonment coupled with ignorance generates violence which translates into the degradation of living together and the defiance of politics and the institution. Paradoxically, the defence of the living environment has become a pretext to begin the collective narrative. Where there are declared or latent tensions linked to the living environment, there are established groups: friendly tenants, neighbourhood associations, groupings of companies, collectives of inhabitants and elected representatives… Narration of the collective narrative begins with that of the narratives linked to these tensions. This work of collective narration began as early as 1995 thanks to the establishment of a European experimental mission of integrated heritage between the city of Marseille and the Council of Europe. A "Heritage public service" was experienced through the provision of a heritage curator's position to write their collective narrative with them. This process of continuous writing reveals the sources of tensions: popular knowledge against scientific knowledge, economic use against living environment, national narrative against minority narratives, etc. The Faro convention allows us to give a framework for common regulation of its tensions. It makes the capacity developed in Europe to manage its own conflicts its common heritage, that of all Europeans: it is democracy, the rule of law and human rights. This common heritage becomes the method of managing the tensions linked to the construction of the collective narrative: democratically and in the general interest. There is no longer a descending arbitration on what is patrimonial or not but of the conciliation and reconciliation processes around a societal project, of a "living together". The "Social Value" – Living together – heritage is recognized as one of the values of heritage in the same way its aesthetic, scientific, symbolic, economic value, etc. The Faro framework Convention became in these quarters the common framework that Allows political action. The mayors of the 2nd, 7me and 8th sectors of Marseille and of the trolls signed their adherence to the principles set out in the Faro Convention. Its local elected representatives and citizens gathered in "heritage communities" have collectively adhered to the principles of the Convention to develop a common framework and perspective and to make a collective narrative.  This continuous writing process slowly weaves links and contributes to community. These heritage communities, making a collective narrative, produce citizenship. The construction of the collective narrative confronts the narratives, interviews and agencies: it allows an understanding of the environment in which people live. Representations, positions and modes of action evolve at the same time as the collective narrative is built. It allows the passage from the mode of the singular denunciation to the collective action. Everyone is a bearer of knowledge and know-how, a social recognition in neighbourhoods where it no longer exists through work for lack of jobs. This heritage process thus contributes to "making society". It contributes to a re-appropriation of the common good and develops the collective imaginary, prior to political action. The collective narrative acquires a heritage dimension that makes it legitimate and shared. Of the particular case, the issue becomes a society. The heritage process provides access to symbolic resources and collective identity that make political action possible. The heritage community becomes a visible, legitimate and resourceful interlocutor, allowing it to exist and act. In the long run, these heritage processes are proving to be powerful levers of transformation: they contribute to modify the urban planning plans as in the case of the cascade of Aygalades, to obtain legal protection as in the case of the soap of Marseille, to To recognize new heritages and have enabled the development of projects of the European capital of culture such as the GR2013, culture pilots and Hotel du Nord. To return to the Faro Convention, in all these processes, the narrative precedes the Heritage object. Heritage remains a pretext or a possible result of a heritage process but not its purpose. The heritage object can symbolize these collective narratives like other forms such as Urban Stroll, a publication (accounts of hospitality), artistic intervention or prevention action (the workshops of urban revelations), etc in this sense, it does is not to add a new category of heritage, to recommend a better consideration of the public or to contribute to better protection of the intangible heritage. The Faro Convention focuses on heritage as a process for "making society". It considers that each citizen holds a share of the collective narrative which deserves to be taken into account in order to live together better; The writing of the collective narrative – making a society – is done at the level of citizens (heritage community/principles of subsidiarity), "in the context of public action", guaranteeing the modalities for writing this narrative (Faro Convention/principle of substitution). Prosper Wanner, August 2013

Christine Breton : 13/9/13

HOTE Christine Breton

Les 12 et 13 septembre 2013 aura lieu le Forum de Marseille sur la valeur sociale du patrimoine pour la société.

L’occasion de faire l’historique : accumuler 19 années de faits et leur interprétation. Reconstituer le processus collectif qui se déploie jusqu’aux balades qui seront partagées avec les membres du Forum.

Non, comme un cri ! Cette évidence là est un contre-sens ! Car s’échapperait ainsi le cœur du processus, le travail de toutes et tous nos précurseurs. S’échapperait le socle théorique que nous traquons en ce retour de balades. Il me reste donc à vous faire un récit pour que vous accédiez non à 19 années de faits énoncés dans le faire semblant historique mais à un escalier secret, un accès aux fondations implicites qui nous font marcher.

Voici un récit pour une description implicite du processus Faro depuis 15 ans dans les quartiers derrière le port. Une invitation aux discussions qui s’ouvriront le 13 septembre au retour des 4 balades.

Elle était arrivée d’Allemagne la veille.
Lui était à Marseille depuis plusieurs semaines déjà.
Il venait de faire une formidable découverte, renversant le sens de la ville, renversant les certitudes académiques capables de définir le temps. Elle appelle cela un « gaps », une faille dans le temps et lui parle d’un fantôme échappé là.
Il venait de retrouver la rue de Lyon, dans les faubourgs, dans une partie de la ville où l’on ne va que pour y épuiser sa vie au travail. En décrivant, pour son journal, la sensation de retournement que le corps ressent alors, il comprenait que c’était la figure parfaite, la forme urbaine de ses « thèses sur la philosophie de l’histoire » qu’il était en train d’achever.
La rue de Lyon incarnait ses plus extrêmes intuitions abstraites ; la rue de Lyon devenait l’icône moderne du 20e siècle, juste avant la grande catastrophe innommable, les totalitarismes, les guerres et l’ultime rebond de la guerre civile européenne. Il avait à la fois l’intuition de cette catastrophe collective et celle de sa vie propre, de ce ça qui n’avait à voir qu’avec lui. Il le savait maintenant, il l’avait compris ici, à Marseille, ville de temps et non d’espace. Il vivait la conjonction entre un moment de présent et un moment de passé, il avait retourné le temps en remontant la rue de Lyon.
– Fin du langage –
Il savait que son intuition de départ était juste mais il ne pouvait incorporer cette découverte, alors, sans un mot, il l’a prise par la main et il l’a emmené marcher sur la route de Lyon, dans ses pas, pour qu’elle comprenne, qu’elle croise sa vision fulgurante.
Il était devenu un sans-parole.

Sur la rue de Lyon, ils ont marché longuement, elle commençait à entrevoir elle aussi cette faille asphyxiante de notre vivant collectif. Notre désastre. Elle le suivait, elle mettait ses pas dans le déroulé de sa pensée. Et la rue d’un coup l’a prise, elle se récita le texte écrit par lui quelques années auparavant : “Plus nous nous éloignons du centre et plus l’atmosphère devient politique. C’est le tour des docks, des bassins, des entrepôts, des cantonnements de la pauvreté, les asiles éparpillés de la misère (…) ce combat n’est nulle part aussi impitoyable qu’entre Marseille et le paysage provençal (…) la longue rue de Lyon est la mine que Marseille creuse dans le paysage pour le faire voler en éclats…”

Alors elle a su que l’intuition était juste, que son invention fulgurante devait prendre forme au plus vite, que les jours étaient comptés.
Ils se sont assis dans un bistrot d’ouvriers au niveau de Saint-Louis. Ils avaient déjà bien avancé dans la sape urbaine, ils s’y étaient dissous. Ils se sont assis dans la peur et le tremblement. Ils se sont mis au travail. Il a sorti de sa poche un manuscrit hâtif, ils sont restés penchés sur les 17 paragraphes de ses  » thèses sur la philosophie de l’histoire « .

Une femme les observait depuis un moment. Une vaste femme hospitalière comme seul le labeur sait les rendre.
Les femmes d’ici ont appris la divination dans la colline et celle-ci devinait quelque chose. Quand ils étaient entrés, elle s’était demandé ce que venaient faire ici ces étrangers bohèmes, ces “bobos” dirait-on aujourd’hui. L’homme tremblait et elle faisait un immense effort pour le soutenir. Comme Pierre et Marie Curie, se disait-elle. Elle avait vu cela dans le journal du Parti qui traînait sur une table du café. Elle les regardait travailler, c’est-à-dire souffrir beaucoup avec les mots comme eux et elle souffrait sur les chaînes de fabrication alentour.

Elle s’approcha quand elle comprit que leurs efforts étaient vaincus par l’énormité du désastre de la pensée qu’ils mesuraient dans sa plénitude.

Alors elle s’est approchée d’eux, elle s’est autorisée et leur a dit, sans trop savoir comment, de ne pas arrêter leur marche, qu’elle voulait bien garder ce papier sur lequel ils travaillaient.
Que les prolétaires n’avaient pas d’histoire ni de patrimoine, eux étaient seulement faits pour produire des enfants qui seraient aussi des ouvriers.
Que ce papier, c’était une pierre de fondation pour ici.
Qu’ils sauraient se le transmettre en le vivant, en se le racontant.
Qu’un jour d’autres le comprendraient, l’incorporeraient.

Et ils lui ont donné sans savoir pourquoi, ils lui ont donné, retrouvant dans ce geste la force nécessaire pour le finir.

Elle est partie à New York avec le texte deux jours plus tard et lui est parti mourir par lui-même sur la frontière espagnole. À New York, le texte a bien été un peu remanié, un peu édulcoré ; les humains sont affaiblis en 1940.
Il reste sa version de feu quelque part sur la rue de Lyon, dans l’hospitalité du temps “pris à rebrousse-poil” qui fait du patrimoine un processus prospectif autant que rétrospectif. En un mot le récit de l’environnement.

Cette presque-fiction est fondée sur un fait réel peu connu : c’est à Marseille que Walter Benjamin rencontre sa presque cousine Hannah Arendt en été 1940. Il lui remet son manuscrit des « Thèses sur la philosophie de l’histoire » pour qu’elle le donne à Adorno alors réfugié à New York.

Et elle la vaste femme hospitalière, c’est Faro qui permet son apparition et maintenant son existence.
C’est nous ici qui incorporons la version de feu restée rue de Lyon.
C’est par la fiction que se transmet le processus collectif Faro entrepris depuis 1995 dans la complexité des quartiers le long de la rue de Lyon.

J’aurai aussi bien pu vous projeter vers le personnage de Louis Massignon arrivé à Marseille le 2 août 1930. C’est aussi le plein été. C’est la rencontre annuelle des « semaines sociales de France » , les SSF créées en 1904. Les SSF auraient du se tenir à Alger et Marseille est un Alger de substitution. 1930, centenaire de l’Algérie coloniale, impossible d’y vivre une rencontre ayant pour titre : le problème social aux colonies.
Louis Massignon, islamologue, professeur au Collège de France, rentre d’Alger, envoyé pour enquête. Il fait la conférence de clôture des SSF le 3 août 1930. Puis il part pour Paris et y commence son enseignement à Aubervilliers : il a rejoint l’urgence des « équipes sociales » qui viennent d’être créées et procurent un enseignement aux travailleurs nord africains en métropole.
Je peux incorporer sa parole aux quartiers, elle nait de leur expérience transnationale.

Il importe de se projeter à l’envers dans l’industrialisme international, dans l’intuition du plus jamais ça, dans la mémoire de faits institutionnels depuis 1994, dans presque 20 ans de construction aussi lente qu’Europe ; c’est tout cela la genèse du processus Faro.

Christine Breton, août 2013

Christine Breton: 13/9/13

Host Christine Breton The Marseille Forum on the social value of heritage for society will take place on 12 and 13 September 2013. The opportunity to make history: accumulate 19 years of facts and their interpretation. Reconstruct the collective process that unfolds until the walks that will be shared with the members of the Forum. No, like a scream! This evidence is a counter-sense! For thus escaping the heart of the process, the work of all and all our precursors. Would escape the theoretical base that we are tracking in this return of walks. So I have to tell you a story so that you don’t have to go to 19 years of facts set out in the pretend historical but at a secret staircase, access to the implicit foundations that make us work. Here is a narrative for an implicit description of the Faro process for 15 years in the neighborhoods behind the port. An invitation to the discussions that will open on September 13th when the four walks return.

She had arrived from Germany the day before. He was in Marseille for several weeks already. He had just made a great discovery, reversing the meaning of the city, reversing the academic certainties capable of defining time. She calls it a « gaps », a flaw in time and tells him about a ghost escaped there. He had just found the Rue de Lyon, in the suburbs, in a part of the city where we only go to exhaust his life at work. In describing, for his diary, the sensation of reversal that the body feels then, he understood that it was the perfect figure, the urban form of his « thesis on the Philosophy of history » that he was completing. The rue de Lyon embodied its most extreme abstract intuition; Lyon Street became the modern icon of the 20th century, just before the great unspeakable catastrophe, totalitarianism, wars and the ultimate rebound of the European civil war. He had both the intuition of this collective catastrophe and that of his own life, of that which only had to do with him. He knew it now, he had understood it here, in Marseille, city of time and not of space. He lived the conjunction between a moment of present and a moment of past, he had returned time by going up the street of Lyon. -End of language-he knew that his initial intuition was right but he could not incorporate this discovery, then, without a word, he took it by the hand and took him to walk on the road to Lyon, in his steps, so that she understands, that she crosses her vision ful Gurante. He had become a no-speaker.

On the rue de Lyon, they walked at length, she began to glimpse this suffocating fault of our collective life. Our disaster. She followed him, she put her steps in the unfolding of her thought. And the street of a sudden took it, she recited the text written by him a few years before: « The farther we get away from the center and the more the atmosphere becomes political. It’s the docks ‘ turn, basins, warehouses, cantonments of poverty, the scattered asylums of misery (…) This fight is nowhere as ruthless as between Marseille and the Provençal landscape (…) The long street of Lyon is the mine that Marseille Dig into the landscape to make it fly in splinters… « 

So she knew that the intuition was right, that her meteoric invention should take shape as soon as possible, that the days were counted. They sat in a workers ‘ bistro at the St. Louis level. They had already advanced well in the urban undermining, they had dissolved there. They sat in fear and trembling. They got to work. He pulled out of his pocket an early manuscript, they remained bent over the 17 paragraphs of his « thesis on the Philosophy of History ».

A woman had been watching them for a while. A vast hospital woman as only toil knows how to make them. The women from here learned divination in the hill and this one guessed something. When they came in, she wondered what the bohemian foreigners were doing here, these « bobos » would say today. The man was shaking and she was making a huge effort to support him. Like Pierre and Marie Curie, she said to herself. She had seen this in the party newspaper that was hanging over a coffee table. She watched them work, that is, suffer a lot with words like them and she suffered on the surrounding production lines.

She approached when she understood that their efforts were defeated by the enormity of the thought disaster they measured in its fullness.

So she approached them, she allowed herself and told them, without knowing how, not to stop their walk, that she wanted to keep the paper they were working on. That the Proletarians had no history or heritage, they were only made to produce children who would also be workers. That this paper, it was a foundation stone for here. That they could pass it on by living it, telling it. That one day others would understand it, the incorporate.

And they gave him without knowing why, they gave him, finding in this gesture the force necessary to finish it.

She left for New York with the text two days later and left him to die by himself on the Spanish border. In New York, the text was somewhat revamped, slightly watered down; Humans are weakened in 1940. It remains its version of Fire somewhere on the street of Lyon, in the hospitality of the time « taken in rubs » which makes the heritage a prospective process as well as retrospective. In a nutshell the story of the environment.

This almost fiction is based on a real little known fact: it is in Marseille that Walter Benjamin meets his almost cousin Hannah Arendt in the summer of 1940. He handed her his manuscript of « thesis on the Philosophy of history » so that she would give it to Adorno then refugee in New York. And she the vast hospitable woman, it is Faro that allows its appearance and now its existence. It is we here who incorporate the version of Fire remained rue de Lyon. It is through fiction that the Faro collective process undertaken since 1995 in the complexity of the neighbourhoods along the Rue de Lyon is transmitted. I might as well have projected you to the character of Louis Massignon arrived in Marseille on August 2, 1930. It’s also full summer. It is the annual meeting of the « social weeks of France », the SSF created in 1904. The SSF should have been held in Algiers and Marseille is a substitute Algiers. 1930, centenary of colonial Algeria, impossible to live there a meeting entitled: The social problem in the colonies. Louis Massignon, Islamologist, professor at the Collège de France, returned from Algiers, sent for investigation. He made the closing conference of SSF on August 3, 1930. He then left for Paris and began his teaching at Aubervilliers: He joined the urgency of the « social teams » that had just been created and provided education for North African workers in France. I can incorporate her word into the neighborhoods, she is born from their transnational experience. It is important to project itself upside down in international industrialism, in the intuition of never again, in the memory of institutional facts since 1994, in almost 20 years of construction as slow as Europe; This is the genesis of the Faro process. Christine Breton, August 2013

Lundi 2 septembre, participez à la 9me marche dans les récits

Lundi 2 septembre au matin, participez à la 9me marche dans les récits à Arenc : l’impossible embouchure et Marseille terre d’accueil de l’association Ancrages avec Christine Breton, conservateur honoraire du patrimoine.

Cette balade créée à partir du récit d’hospitalité d’Hôtel du Nord : Le livre d’un Ruisseau, revu et augmenté, en collaboration avec les archives départementales.

Le Nouvel Observateur : Marseille : j’accueille des touristes dans les quartiers nord, ce n’est pas le ghetto

Le 22 août 2013, le Nouvel Observateur a publié une interview de Michèle Rauzier, hôte de la coopérative d’habitants Hôtel du Nord :Marseille : j’accueille des touristes dans les quartiers nord, ce n’est pas le ghetto.

France 3 National, le 19/20 en reportage à Hôtel du Nord

19_20Le 19-20 de France 3 national du samedi 19 août 2013 a consacré un reportage à Hôtel du Nord, l’occasion d’une découverte des hôtes d’Hôtel du Nord, de leurs lieux d’hospitalité et de leur environnement patrimonial.

Le tournage a débuté par une visite chez Ghislaine dans sa chambre d’hôtes au cabanon de mémé à Saint-André pour l’arrivée de passagers venus du Vaucluse. Ensuite, il s’est poursuivi à l’oppidum du Verduron pour une lecture sur toute la ville avec les passagers bretons accueillis chez Dominique à Verduron dans la résidence associative d’écritures Höfn.

Le tournage a continué le lendemain avec un petit déjeuner avec ces même passagers amenés à St André pour rencontrer Samia déléguée générale de l’association Ancrages qui a présenté l’histoire du quartier et des tuileries.

Le reportage est visible sur le site internet de France3 : http://www.france3.fr/jt/19-20/17-08-2013 (à 16 minutes 25 du début des JT).

Samedi 31 août, venez en balade martime avec Boud’mer

Samedi 31 août au matin, venez au départ de l’Estaque participer à une Balade en mer en barquettes traditionnelles vers le port de Saumaty avec l’association Boud’mer.

Le tarif est de 26 euros par personne. La réservation est obligatoire : 6 euros frais de réservation en ligne et une participation de 20 euros payée sur place et comprenant l’adhésion des personnes embarquées à l’association Boud’mer.

BFM TV : Une semaine en PACA: visite dans les quartiers nord de Marseille – 30/07

La seconde balade Terroirs des Cités a eu lieu le samedi 30 juillet avec une quinzaine de participants qui a suivi Christiane Martinezdans la découverte de La Visitation et alentours. BFM TV a consacré un reportage à cette balade dans le cadre de sa série « une semaine en PACA ».

« Terroirs des Cités » car la terre des grands ensembles a aussi son histoire, souvent passionnante, sédimentée dans la diversité des parcours humains et des actes urbains qui composent la ville. Des habitants qui vivent là vous invitent à écouter et partager des espaces, des paysages, des trajectoires de vie et de langues, des histoires d’exil, en un mot leur patrimoine.

Cette semaine, direction le Sud et la région Provence-Alpes-Côte-D’azur. Seconde étape à Marseille dans les Bouches-du-Rhône. La coopérative « Hôtel du Nord » organise chaque semaine une balade au sein des quartiers nord de la cite phocéenne pour montrer une nouvelle perspective de la ville.

Lundi 1er juillet, participez à la 7eme marche dans les récits d’hospitalité

Photo Martine DerainLundi 1er juillet au matin, partez à la recherche du poème épique avec Christine Breton, conservateur honoraire du patrimoine, à l’occasion de la 7me marche dans les récits d’hospitalité d’Hôtel du Nord.

 

Vous abordoez le 5ème récits d’hospitalitéédité par Martine Derain : Portes sublimes et jardins poèmes. Il est consacré aux poètes des quartiers nord et à la disparition de l’un d’eux, Pierre de Saint Louis. C’était au 17ème siècle.