Marseille-Casablanca: nos archives invisibles

Dans le cadre de la biennale d’art Manifesta, qui se tiendra l’an prochain à Marseille, la coopérative Hôtel du Nord a été sollicitée pour participer au programme Les Archives invisibles. Avec 7 autres collectifs ou aventures citoyennes singulières, des expositions et programmations proposeront une plongée dans les archives et les démarches d’initiatives produisant par leurs actions d’autres récits de Marseille. Ce programme se fonde également sur la collaboration avec un artiste. Nous vous proposons un petit récit de la première rencontre avec Mohamed Fariji, artiste marocain vivant à Casablanca, le 17 novembre dernier du côté de Saint Antoine, qui fut aussi l’occasion de partir dans l’archéologie de notre propre histoire…

Après avoir passé la journée de samedi entre immeubles effondrés du centre-ville et cheminées des collines de Septèmes, nous nous retrouvons en compagnie de Mohamed Fariji chez Jean et Dominique. Contrairement aux prédictions météorologiques les plus maussades, il fait beau et de la terrasse on peut profiter de la vue ensoleillée sur Saint-Antoine, Plan d’Aou, la Castellane, la Bricarde et la mer tout au loin.

Le  café bu, nous nous installons dans le salon pour entendre la présentation de Mohamed. L’ambiance est studieuse. Il faut dire que pendant les deux jours qui se sont écoulés, Mohamed a beaucoup écouté, beaucoup enregistré, mais peu parlé. Nous sommes donc avides de l’entendre s’exprimer et de nous présenter son travail. Très vite, le thème de la réactivation de la mémoire collective émerge et nous fait sentir que l’équipe de Manifesta a eu du nez en proposant à Hôtel du Nord et à Mohamed Fariji de travailler ensemble.

L’atelier de l’observatoire, art et recherche

Images à l’appui, Mohamed nous présente le travail de son association, l’Atelier de l’observatoire, dont les locaux sont situés à 31 km de Casablanca. Mohamed l’a créée en 2011 afin de pallier le manque de proposition artistique pour les habitants et d’accompagnement pour les artistes émergents ainsi que pour mettre en réseaux des artistes, des curateurs, des chercheurs et des citoyens. Parmi les nombreux programmes développés par l’association, la Serre et le Musée collectif sont tout de suite entrés en résonnance avec les activités d’Hôtel du Nord.

La Serre est une structure mobile qui sert de lieu d’activité pour les enfants lorsqu’elle se trouve à l’Atelier de l’observatoire (il s’agit d’accompagner la « pousse” des enfants, avec des ateliers de peinture, de fabrication de déguisement, de travail des matériaux…). Mais la Serre se déplace également sous forme d’architecture mobile dans les centres villes et les quartiers périphériques des grandes villes comme Casablanca et Marrakech. Elle est montée dans un lieu public, dans un lieu de passage et des artistes y viennent pour présenter leurs projets en cours mais aussi parfois « impossibles » et rencontrer d’autres artistes, des curateurs, des chercheurs, des habitants. L’espace génère des rencontres, des échanges, des émissions de radio.

Le programme du Musée collectif a eu comme genèse la réactivation d’un lieu public, au potentiel éducatif et patrimonial, à l’abandon : l’aquarium de Casablanca. A partir de la collecte de sons et de témoignages dans le quartier pour comprendre les raisons -plutôt opaques- de la fermeture du lieu, Mohamed a monté en collaboration avec d’autres artistes marocains une exposition intitulée « l’Aquarium imaginaire » à l’intérieur du lieu. Il a alors proposé d’en faire un espace à la fois central et en mouvement dédié à la mémoire de la ville de Casablanca.

De là est né un projet apparemment sans limite, celui du Musée collectif qui part du besoin de raconter l’histoire des habitants et des lieux délaissés. L’idée est de collecter auprès des habitants des objets ou des documents liés à la mémoire des lieux, de les raconter, de les mettre en résonance ou en tension, puis de les placer dans des vitrines mobiles, temporaires, qui peuvent être alimentées en continu par l’apport de nouveaux objets. Cette valorisation s’accompagne d’une réactivation à travers l’organisation de rencontres qui font collaborer des universitaires avec des artistes en vue de transmettre leurs travaux et d’échanger avec le grand public.Pour Mohamed, il s’agit de mettre en mouvement, de faire en sorte que l’exposition, et cela vaut aussi pour celle des Archives Invisibles, ne soit pas une fin en soi mais l’occasion de générer une dynamique. A Casablanca, cela prend la forme de nombreux ateliers dans les quartiers périphériques, où interviennent des artistes, des architectes, des journalistes, des citoyens afin de mener une réflexion sur la collecte de la mémoire de la ville. Ces ateliers ont pour objectif de transmettre des compétences et de donner lieu à des actions concrètes dans le quartier. Des ateliers d’écriture ont ainsi conduit à la création d’un journal, un autre de prise de son à la création d’une radio et des formations au guidage ont permis à des jeunes d’organiser des visites guidées selon des itinéraires choisis par leurs soins.
Le Musée collectif est donc une sorte de matrice qui intègre les habitants en venant faire des propositions dans leur espace de vie dans l’idée de générer des échanges entre artistes et citoyens. Au Maroc, où la quasi-totalité des archives relève du domaine privé, cette initiative correspond, bien plus qu’à un musée à la collection figée, à la création et à la mise à disposition du public d’un centre de recherche collectif, en perpétuelle évolution.

Afin de laisser un temps de digestion, nous avons pris une pause et nous avons décidé de manger tous ensemble afin de pouvoir continuer librement la discussion. Fati avait préparé un délicieux buffet, convaincant dès l’entrée avec une incroyable soupe courge-gingembre-marron-curcuma.  

Un récit venu du Nord

Après cette pause aux accents de veillée au coin du feu, nous nous regroupons à nouveau pour entendre un nouveau récit, celui de Christine cette fois.

La venue de Mohamed et le projet des Archives Invisibles est également une occasion pour nous de revenir sur la généalogie d’Hôtel du Nord. Christine la fait remonter au début des années 80, au moment où elle mène avec Thierry Raspail une réflexion sur une approche intégrée, c’est-à-dire contextualisée, du patrimoine. Un des appuis de leurs recherches sont les travaux du Conseil de l’Europe, qui depuis 1975 planche sur le droit des citoyens à valoriser leur patrimoine culturel :  passer du récit individuel au récit collectif de manière à rendre la mémoire partageable. Ces textes aboutissent en 2005 à la Convention de Faro, ratifiée par 18 pays dont la France ne fait pas partie. 

Sur ces bases sont alors posés les jalons de la future coopérative Hôtel du Nord :

En 2007, un travail est fait dans le vallon des Carmes avec des élèves en écoles de design et d’architecture venus de Zurich. Christine donne une assise locale au projet dont une des réalisations est la production d’une carte postale qui constitue la première cartographie d’Hôtel du Nord !

Dans la lancée, un travail est mené avec la Cité des Arts de la rue et avec les associations patrimoniales du quartier des Aygalades pour réactiver la mémoire des habitants du quartier et de la fête du château des Aygalades organisée avant guerre par les ouvriers. Des communautés patrimoniales émergent, structurant collectivement leurs recherches locales à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine, où elles invitent tout Marseille à venir marcher avec elles.

En 2008, le journal La Marseillaise publie la carte de toutes les balades de l’année mettant en lumière et en récit ces communautés. Ce document synthétique est une bien belle archive qui trouvera sûrement sa place dans l’exposition ! Le compagnonnage avec La Marseillaise, et également avec Radio Grenouille pour documenter le processus en cours durera de nombreuses années.

C’est dans le contexte de la future Capitale européenne de la Culture que Christine et Prosper avec la commission patrimoine qui réunit la mairie de secteur 15/16 et les diverses communautés patrimoniales vont proposer la constitution d’une coopérative patrimoniale. L’existence de Marseille-Provence 2013 permet également d’explorer un nouvel aspect de la Convention de Faro: la dimension économique. En effet, la convention prévoit que le patrimoine culturel puisse également servir le développement économique du territoire et des habitants qui le font vivre. 

Cette question semble particulièrement pertinente à expérimenter dans la situation d’une capitale de la culture qui généralement tente de faire levier économique, pour le meilleur et souvent le pire, plutôt dans les centre ville. Comment se servir de cet enjeu dans les quartiers économiquement dévastés?

En préfiguration d’Hôtel du Nord, plusieurs actions sont alors menées, dont par exemple la cartographie de la route du savon de Marseille, pour lequel un label de reconnaissance géographique du produit (IGP) sera obtenu des années plus tard. C’est aussi le moment de la naissance de la dimension hospitalière avec l’objectif de proposer en 2013 : 50 chambres, 50 balades et 50 produits (artistiques, éditoriaux, artisanaux). L’initiative récolte un réel succès et le chiffre symbolique de « 50 » est rapidement dépassé. Malgré une préfiguration menée également au Plan d’Aou, le projet ne sera par contre pas suivi par les bailleurs sociaux qui ne trouveront finalement pas de cadre réglementaire pour tenter une expérimentation d’accueil dans les cités dont ils ont la gestion.

L’outil de propriété collective qu’est Hôtel du Nord permettra ainsi que soient expérimentés de manière concrète les principes de la Convention de Faro.

A la fin de ce chantier, Christine part à la retraite mais continue d’œuvrer à la fois là où elle habite, et en s’attelant à la rédaction des Récits d’hospitalité, qui racontent une autre histoire de Marseille, écrite depuis le Nord, et qui attendent dans chaque chambre d’Hôtel du Nord le voyageur qui viendra les découvrir. 


Sur la notion d’archives

Avec ces deux récits “fondateurs » en tête, celui du Musée collectif de Mohamed et celui d’Hôtel du Nord, nous nous lançons dans une discussion à bâtons rompus sur la notion d’archive. Nous en avons retenu que :

Le musée est un endroit où les objets sont figés. Autrement dit, le visiteur ignore tout du processus de production de ces objets.  Le paysage renvoie à un art urbain de représentation de l’espace, lequel est perçu à partir d’un point de vue singulier. A contrario, dans notre démarche (à pied!), nous cherchons à nous positionner à l’intérieur du paysage. En marchant à pied, nous suivons les variations du paysage, nous voyons apparaître et disparaître des éléments en fonction de la topographie. Ce perpétuel mouvement de zoom et de dézoom, de dedans/dehors a l’avantage de nous permettre d’appréhender la complexité et la polyphonie du “réel”. 

Notre exploration nous amène à chercher des traces inscrites dans l’organisation de ce même paysage. Cela passe par la rencontre avec des gens, par l’activation d’une mémoire. Notre démarche consiste à additionner des couches de regards et de mémoire. Or, cette même mémoire tend à disparaitre une fois passée l’activation. Nous fabriquons quelque chose qui se dissout (comme le savon de Marseille). 

La difficulté à conserver est d’autant plus grande que la captation ne parvient pas à restituer le contexte et donc entraîne la perte de la mise en scène avec les autres et le territoire. Il faudrait trouver le moyen d’établir une cartographie qui permet d’établir des liens, entre les histoires des différentes familles, les sons du quartier etc.  

Mais la nature même de l’archive vivante n’est-elle pas justement de se modifier, mais également de mourir ?  Notre archive est invisible aussi parce que même en l’ayant fait émerger une fois, elle peut disparaitre à nouveau. Il nous faudrait un moyen pour ne pas être enfermé dans un processus d’accumulation et de perte. A un moment Agnès lance un cri du cœur en racontant comment petite, du côté de St Louis, elle se promenait en touchant du doigt les murs, le trottoir, le caniveau et en s’écrivant « à moi, c’est à moi, c’est moi ! ». Autrement dit, ce qu’on cherche à activer ce n’est pas le sentiment de propriété mais d’appartenance, c’est-à-dire une forme d’attachement qui donne envie de prendre soin et donc de s’impliquer.

Pour conclure, rappelons un enjeu majeur qui est que le centre de la métropole Aix- Marseille se trouve justement ici, dans les 15 et 16e arrondissement !

Tout le monde s’accorde sur l’idée que le processus qui est en train de s’initier ne doit pas se limiter à Manifesta mais qu’il doit déborder l’événement. Dans le temps, mais aussi dans l’espace du lieu d’exposition, de manière à faire communiquer le centre et la périphérie mais aussi Marseille et Casablanca, que les activités des deux rives se fassent écho et que chacune diffuse et relaie l’activité de l’autre.

Afin de laisser Mohamed avancer dans sa pensée et dans ses propositions pour l’expo, nous convenons que la conversation peut également se poursuivre de manière très collective via la programmation. Ce sera le sujet de la prochaine séance de travail, où chacun est invité à venir avec une envie et idée de balade, une proposition d’un son ou d’un film et une forme ou sujet de rencontre/conférence.

Peu à peu, pas à pas, les archives invisibles apparaissent…

LE SENS DE LA PENTE, récit #2

On vous raconte les aventures du 1000 pattes, groupe d’explorateurs de grande proximité, des voisins qui marchent pour transmettre, comprendre, se rencontrer, créer et finalement mieux prendre soin de nos quartiers… Nous cheminons cette année le long de la pente qui du Massif de la Nerthe finira par nous conduire à la mer…

Vendredi 8 novembre, 9h30, sensation d’une première journée d’hiver, ciel bleu vif.


Avant de rejoindre le domaine de Cossimont on se retrouve à la Déviation. La plupart d’entre nous connaissons déjà le lieu pour venir y partager les proposions artistiques qui régulièrement ré-inventent cet ancien atelier de réparation mécanique de Lafarge. Mais aujourd’hui nous profitons de cette situation un peu différente pour plonger avec Aldo dans les coulisses de l’aventure.

Si on tire les fils de l’histoire géologique et industrielle, on est bien ici dans notre “axe du calcaire et de la Coloniale” (la première cimenterie qui commence ici à creuser la carrière avant d’y installer plus tard des ateliers). Ce tricot se poursuit dans le présent du lieu puisque c’est justement aujourd’hui que des petits hommes perchés installent de grands filets de protection pour sécuriser la falaise de l’ancienne carrière.Ils sont missionnés à la demande des habitants de la Déviation par Lafarge, le puissant voisin qui possède toujours à l’heure actuelle une grande partie du foncier de ce côté du massif de la Nerthe.

Le projet de dévier ces lieux pour en faire un espace de vie et de production artistique est né d’une petite équipe d’étudiants ayant le goût de la communauté aventureuse.

Rejoints par quelques autres et notamment Aldo qui partage avec nous ce matin ce récit, et qui n’en est pas à sa première expérience du genre, ils sont une quinzaine à s’installer d’abord en location et à vivre sur place pour transformer leurs loyers en force vive de construction. Les aménagements réalisés en autoproduction sont impressionnants (studios de danse, ateliers, studio cinéma, théâtre…)! 
Rapidement arrive à la fois le souhait d’acquérir le lieu mais aussi de ne pas vouloir faire le jeu de ce marché de l’immobilier qui nous met si souvent en contradiction et en tension les uns avec les autres.L’objectif devient alors de trouver à la fois les fonds mais aussi le statut juridique pour assurer la durabilité du projet et l’impossibilité de spéculer sur le foncier (problème récurrent dans les achats collectifs quand arrive le temps des reventes des parts ou des lots).C’est finalement l’association joliment nommée le “Parpaing libre” qui sera propriétaire à partir d’avril 2019, et tout le monde reste locataire…

On aurait pu passer la matinée là, à se promener entre traces du passé, usages présents et projets à venir, mais au détour de la route sinueuse Cossimont nous attend.

Nous remontons ainsi toujours l’axe du ciment et de la construction, puisque ce vieux domaine agricole, en fait une grosse ferme qui vraisemblablement pavillon de chasse du Marquis de Marignane, fut propriété de la grande famille de tuilier Sacoman avant d’être racheté par la Coloniale pour passer ensuite entre les mains peu bienveillantes des cimenteries Lafarge.


Nous sommes là à la croisée de plusieurs chemins…

3 communes d’abord: Marseille, Le Rove et les Pennes Mirabeau.
Au-dessus de nous s’enchaîne le ballet des avions, orientés à l’atterrissage par les 2 balises qui nous font face.
Au-dessous de nous passe le tunnel du Rove et sa longue suite de chiffres: 24 puits qui permirent son percement et qui aujourd’hui ponctuent le paysage, 185 m de profondeur pour le plus grand, 4633 mètres de long, 8500 ouvriers, 300 morts pour le construire, plus de 100 trains par jour…

Passages…

Ces collines qui séparent l’étang de Berre et la mer racontent ainsi la longue histoire des hommes qui passent, qui veulent passer à tout prix.

Jean nous donne à voir et à sentir ces strates du passage, du chemin antique à la route industrielle, des Celtes dont on devine devant nous l’oppidum de La Cloche, aux pipelines de gaz qu’on aperçoit le long des pentes.
Nous rejoignons ce qui reste du domaine. Ferme, pavillon de chasse,  habitat de l’un des directeurs de la Coloniale, colonie de vacances /centre aéré pour les enfants des salariés des usines, les bâtiments seront finalement détruits partiellement mais volontairement par Lafarge, par abattage des toitures qui en France attestent de l’ «  habitabilité » d’un bâti (donc déterminent aussi les taxes foncières et impôts locaux).

Habitante de l’Estaque, Jacqueline était là par hasard quand les bulldozers sont arrivés un jour de 1990. 

Envoyée par le supplément quartier du « Provençal » pour lequel elle travaillait, elle s’intéresse à ce moment-là à celles et ceux qui habitent au hameau de la Nerthe, qui arpentent la colline et en prennent soin. 
A sa grande surprise elle découvre qu’il existe des chasseurs écolos ici, mène l’enquête, écrit une double page et tombe sous le charme de la vie à la Nerthe.

Elle-même passe ensuite une bonne dizaine d’années à la Galline, avec sa famille et ses 7 chevaux (qu’elle a amené depuis St Julien Les Martigues en 1991, empruntant l’ancienne route Celte…) qui pâturent dans les près de la famille Turc avec qui elle avait un accord d’occupation.

La famille Turc est la plus ancienne famille de la Nerthe, et l’une des 2 familles qui possèdent la plupart des terres après Lafarge. Jacqueline et son mari François, le garagiste de l’Estaque, sont très impliqués dans la défense de l’environnement et du hameau. Ils ont alors élaboré un projet de création d’un centre équestre (Poney-club), qui n’a pu voir le jour à cause de l’incompatibilité des activités équestres avec les activités de chasse, notamment sur les terrains de Lafarge. C’est aussi dans ces années là qu’elle participe à la création de l’association « La Galline mon poumon ».

A ce moment de nos conversations commence le “cimetière” des projets qui ne verront jamais le jour, et l’inventaire des luttes pour donner une valeur patrimoniale au massif ainsi qu’un peu de souci écologique aux décideurs. 


Vincent, autre habitant fondateur de “La Galline mon poumon” nous en raconte une partie. Les travaux des nombreuses associations (CIQs, Association Estaque Environnement, Cap au nord…) qui se sont régulièrement mobilisées, notamment lors de l’élaboration de schémas d’orientation urbaine (PLU, SCOT…), éclairent aussi cette succession de très patients combats, parfois gagnés, parfois perdus, parfois on ne sait plus.
Au milieu des ruines, des cartes d’urbanisme et des archives associatives on se perd un peu mais on constate la motivation très affirmée des habitants à protéger le massif en y développant des activités « douces » (projets de valorisation des sentiers et du patrimoine, de sylvopastoralisme, d’arboretum, d’activités sportives et équestres…). 


Victoire en suspension

En l’état de notre compréhension, qui s’affinera au fil des prochaines explorations, on peut tout de même essayer de résumer les grand sujets dépliés devant les ogives en brique…:

Les négociations et luttes se sont concentrées depuis la fin des années 90 d’abord sur l’articulation entre le classement du massif dans les documents d’urbanisme et l’aménagement d’un nouvel échangeur à partir de l’A55 afin de stopper le flux incessant des poids lourds qui traversait tout l’Estaque. L’idée défendue alors par les associations était de construire l’échangeur mais de classer le massif en zone de protection d’espaces verts et zones agricoles, alors que le plan d’occupation des sols de l’époque proposait un classement en zone urbanisable. 

Dans cette même période, les projets d’aménagement abordent également la question du stockage de conteneurs du Port, sujet récurrent pour lequel l’agence de l’urbanisme de Marseille imagine à l’époque un stockage chez Lafarge.  Enfin est également prévu, toujours dans les terrains de Lafarge, la mise en place d’un centre de déchets inertes dans l’ancienne carrière, désaffectée depuis 1981 et devenue avec le temps un beau lac naturel particulièrement riche en biodiversité…

Plus de 15 ans plus tard, en 2014 et dans le contexte des élections municipales, les associations refont le point et interrogent les candidats. En 2011 tous ces projets portés par Lafarge ont obtenu leur autorisation préfectorale. L’échangeur et la bretelle d’autoroute sont néanmoins devenus un projet de demi-échangeur avec une voie d’accès privée pour Lafarge, ce qui convient mieux aux associations qui voient en l’échangeur une promesse d’urbanisation. L’inquiétude est alors très forte sur le comblement du lac et le stockage des conteneurs dans le massif qui vont à contre-sens des divers projets de valorisation des collines en site naturel et patrimonial.


La grande revendication pour véritablement engager les partenaires à la fois industriels et publics vers une autre orientation semble alors la cession des terrains au Conservatoire du Littoral. Une décision avait en effet été prise dans ce sens pour les terrains marseillais en 2005. Mais en 2014 toujours rien n’avait été mis en oeuvre.

Nous sommes en 2019… 

Le lac a été partiellement comblé, les camions font un grand détour pour ne plus passer par l’Estaque mais attendent toujours leur demi-échangeur… qui est devenu la clause suspensive d’une promesse de vente de 90 hectares signée entre Lafarge et le Conservatoire, le 14 avril 2019…  Une victoire en suspension… Et du côté de la mairie de secteur on parle maintenant d’école de l’environnement pour la ferme Cossimont…


Pour digérer tout ça on continue le jeu de piste dans le domaine décomposé.

Jusqu’à ce qu’une cascade de chèvres du Rove dévale la pente nous entraînant nous aussi dans leur course légère!

Autour d’une dernière fleur de ciste, nous décidons que pour la prochaine exploration nous irons voir et comprendre avec nos pieds l’activité et les projets liés à Lafarge, ainsi que les reliques de l’activité agricole de la famille Turc.

Photos Dominique Poulain et Julie de Muer


RDV devant Cossimont le 5 décembre de 9h30 à 12h30

LE SENS DE LA PENTE, récit #1

Dimanche 13 octobre après-midi, soleil, peu de vent.

Comme souvent au démarrage d’une création de balade collective il y a une sorte d’hésitation et de trouble. Nous ne nous connaissons pas tous, nous ne sommes pas sûrs d’avoir bien compris ce qu’on va faire et pourquoi on va le faire…, mais nous sommes là. 

Le LÀ de ce dimanche après-midi s’appelle Thalassanté, un hameau de conteneurs qui tient plus de l’art de vivre au cabanon que de la mondialisation du transport maritime. Une histoire commencée il y a une vingtaine d’années autour de la mer et réinventée en outil commun très polymorphe par des plus jeunes depuis 4 ans.
Dans le NOUS il y a ceux qui s’activent à donner cette nouvelle vie à cet endroit, ceux qui habitent pas loin depuis longtemps, ceux qui résident depuis plus récemment au travers de l’implantation d’une aventure artistique joliment nommée la Déviation, ceux qui viennent d’un peu plus loin et qui ont pris goût à explorer avec leurs pieds le quartier d’à côté…
On en vient alors au QUOI FAIRE? Si tout le monde est d’accord sur cette idée simple de marcher ensemble en version « exploration », on commence par mettre chacun sur la table ce qui nous plaît, nous parle, quelle est notre relation à ce fragment de l’Estaque.


D’habitude l’un de nous prend des photos, ou dessine pendant nos rencontres. Mais ce dimanche après-midi réunis autour d’une table, personne n’y pense. Alors un petit remix temporel image les propos glanés avec des photos de Dominique, prises lors de nos précédentes balades.


L’histoire de Vincent est celle d’un habitant qui découvre il y a une vingtaine d’années par un discours assez musclé du directeur de l’école élémentaire qu’il vit dans une zone Seveso et que la colline sauvage où il aime se promener est toujours une colline industrielle, même si les usines ont cessé leur activité. De cette prise de conscience émergera une série d’actions avec d’autres autour des déchets, jusqu’au réaménagement de la petite zone de pique-nique juste avant La Galline qui n’était à l’époque qu’une décharge ravinée. Vincent a revisité ces histoires en les mêlant à la plus contemporaine aventure de la « dépollution » des sites de l’industrie chimique, dans un “toxic tour » portant le nom d’une plante aux grandes capacités d’adaptation aux terrains dégradés: l’Asphodèle.

François, voisin de table aujourd’hui et voisin de vie à l’Estaque, a réalisé pas mal d’entretiens sonores lors de cette construction de balade, qui racontent les enjeux urbains ou écologiques du massif de la Nerthe dans cette période de transition, mais aussi témoignent de la vie de ceux qui ont travaillé non pas dans les usines chimiques mais dans leurs cousines du BTP.


L’histoire du ciment c’est celle dans laquelle la Déviation s’est installée. Adrien nous raconte l’intérêt de ses jeunes habitants artistes à mieux connaître cette trame qui traverse toute la pente, de Lafarge tout en haut, au port où nous sommes tout en bas. L’axe de La Coloniale, la première cimenterie. Louise et Juliette, artistes installées à la Déviation ont d’ailleurs déjà bien démarré l’exploration en s’intéressant aux voitures carbonisées et aux matériaux résiduels de ces paysages marqués par la production chimique. Elles en travaillent des formes, notamment en les cuisant comme des céramiques.

Angélique habite quant à elle l’une des anciennes courées des usines Kuhlmann. Elle aime les sociabilités qui accompagnent cette organisation de l’habitat, a connu quelques anciens des usines et a très envie d’en savoir plus, d’autant plus que l’école Fenouil où elle enseigne a déjà accumulé beaucoup de matériaux sur « Le temps des usines » (nom du journal réalisé par les enfants sur ce thème).

Et il y a Agnès, l’habitante toujours motivée à relier, qui rêve d’atteindre la limite nord qu’est l’ancienne colonie Cossimont en venant… à cheval à partir de Martigues! Et les souvenirs de Georges d’une vieille danseuse de cabaret qui vivait au Vallon des Abandonnés. Et le désir de Nathalie que ces temps partagés à fouiller ensemble nous permettent de mieux nous saisir des enjeux actuels quant à l’accès à la mer, et de comprendre ce rapport toujours un peu mystérieux au Grand Port. 


On se dit qu’il y a tous ces sujets et ces lieux qui nous attirent, mais qu’il y a aussi les manières de regarder qui dans notre groupe très diversifié donnent envie de jouer ensemble.
Et puis à la fin, on constate le plaisir qu’on ressent de ne pas savoir où tout cela peut nous conduire, à quels parcours, quelles formes, quelles interventions. 


Nous savons en revanche que ce mélange de structures artistiques, de lieux, d’habitants va forcément nous conduire cette année à apprendre, faire des rencontres, mais aussi tester et inventer des manières de se relier pour vivre un peu plus ensemble dans la pente, jusqu’à la mer…

Alors rendez-vous est pris pour une première balade d’exploration. Nous partirons de l’ancienne colonie Cossimont pour aller… on verra bien où…

Mercredi 18 septembre 2019 à 17h ¬ Avec Christine Breton à la Bibliothèque L’Alcazar

Les récits d'hospitalité d'Hôtel du Nord. Image Hôtel du Nord ©

La Bibliothèque municipale à vocation régionale et les éditions commune vous invitent à une rencontre avec Christine Breton, conservateur honoraire du patrimoine, historienne et sociétaire d’Hôtel du Nord, autour des Récits d’Hospitalité de l’Hôtel du Nord, pour un regard contemporain sur cette expérience de longue durée.

Le cycle des Récits laisse la mémoire d’un « manifeste » patrimonial. 15 années, 3 années, 6 années : c’est le temps d’une expérience de terrain, d’une forme éditoriale et de leur transmission… Ça se passe dans les quartiers des 15 et 16e arrondissements de Marseille : là se trament des alternatives historiques, là s’invente la ville, là l’espoir, celui qui traverse le désastre, a une couleur septentrionale… 

Rendez-vous au Patio, au 3e étage secteur régional, en présence de Martine Derain, artiste-éditrice, et de Roland Alberto, libraire, librairie L’Odeur du temps. | entrée libre !

Découvrez les récits d’hospitalité d’Hôtel du Nord

Marcelle média : Des guides bénévoles dans les quartiers du nord de Marseille

Balade à la rencontre des chèvres du Rove organisée par Hôtel du Nord © DR

La média Marcelle en ligne interactif alimenté par des journalistes professionnels s’intéresse tout particulièrement aux actions et initiatives utiles à la société et à la personne. Le 30 juillet 2019, ils publient le portait “Des guides bénévoles dans les quartiers du nord de Marseille“.

[Portraits de bénévoles] Ils sont retraités mais loin d’être inactifs ! Sociétaires de la coopérative Hôtel du Nord, Agnès Maillard et Louis Duffet font découvrir leur quartier et leur passion pour l’apiculture aux Marseillais et visiteurs de toute la France. Objectif : mettre en lumière le patrimoine naturel et culturel de ce côté de la ville.

Ma Provence TV : Marseille : Les Quartiers Nord, spot touristique

Agnès et Louis, hôtes et sociétaires d’Hôtel du Nord font l’objet d’un reportage de la chaîne de télévision locale Ma Provence TV. Un reportage vidéo qui présente l’ensemble de leurs offres d’hospitalité “Marseille : Les Quartiers Nord, spot touristique

Chaque soir après le journal de la chaîne de télévision locale Ma Provence TV, une personnalité commente l’actualité, parle de culture, présente son travail ou ses activités sur le plateau de Provence Azur. Vincent Fraschina, hôte de la coopérative Hôtel du Nord est l’invité du jour pour parler slow tourisme et Oiseaux de passage : Du slow tourisme à Marseille.

Et si pour votre séjour à Marseille vous ne cherchiez pas une chambre sur le Vieux port ou la Corniche, mais plutôt chez l’habitant, dans les quartiers Nord ?
Contrairement au Sud, réputé pour son offre touristique, le Nord de la ville est très méconnu, parfois même redouté.
En s’associant à la nouvelle plateforme de slow tourisme « Les oiseaux de passage », des habitants proposent des chambres, des balades et des rencontres pour valoriser leur patrimoine.

20 minutes : Face à Airbnb et autres Booking.com, ils lancent un site de slowtourisme.

Le journal 20 Minutes, édition Marseille Provence, a consacré un article le 165 juillet 2019 à notre plateforme coopérative de voyage : Face à Airbnb et autres Booking.com, ils lancent un site de slowtourisme.

Voyage éthique : La plateforme «Les oiseaux de passage» propose ses toutes premières destinations à découvrir à travers le regard de celles et ceux qui y vivent.

Avec eux, pas de clés à récupérer dans une boîte fermée par un digicode, pas de notation et encore moins de promo de dernière minute. A rebours des géants que sont devenus Airbnb et autres Booking.com, la plateforme coopérative «  Les Oiseaux de passage » s’est lancée fin juin avec une dizaine de destinations pionnières, et un maître mot : l’hospitalité, la vraie.

Notre nouvelle plateforme de voyage se lance!

Quatre années après l’appel d’Hôtel du Nord à ses partenaires du tourisme social, de la culture, de l’économie sociale et solidaire, du web libre à Aubervilliers à penser ensemble une nouvelle plateforme web de voyage conforme à nos engagements respectifs, la version bêta est enfin en ligne!!!

Quatre années pour créer une plateforme qui propose une autre manière de voyager, qui privilégie l’échange et la rencontre entre habitants, professionnels et voyageurs, d‘humain à humain.

Quatre années pour appréhender et (re)penser les mondes du voyage, du numérique, des droits culturels, de la coopération sans cesse.

Quatre années pour se laisser le temps d’imaginer, développer, fédérer, rêver, designer, financer et enfin concrétiser.

Un grand merci à toutes celles et ceux qui nous ont rejoint.

La suite ne pourra s’écrire que collectivement avec celles et ceux qui partagent nos envies d’hospitalité, de coopération et d’humanité.

Bienvenues aux oiseaux de passage!

Exploration botanique de Foresta – Récit #3, les plantes utiles

Les plantes utiles de Foresta : tinctoriales et comestibles

Pour cette exploration botanique du 30 mars 2019 plutôt thématique, nous nous sommes intéressés aux plantes utiles présentes sur le site de Foresta : les plantes tinctoriales pour la teinture et la peinture délaissées depuis l’ère industrielle, et la cueillette de plantes sauvages comestibles, qui ont toute leur place dans un développement écologique, et de ce fait bénéficient d’un regain d’intérêt.

Tellement d’intérêt ce jour là que personne n’a pensé à prendre des photos, je suis donc revenue après pour photographier les plantes, une balade invisible…

  1. Les plantes tinctoriales

L’homme peint son corps et son habitat depuis le paléolithique, mais la teinture végétale des fibres comme le lin ou la laine pour le tissage se développe au néolithique avec les débuts de l’agriculture (-6000 en Europe).

A Foresta, avec un sol calcaire, argileux, et fait de beaucoup de remblais, on trouve quelques tinctoriales qui se sont adaptées au climat méditerranéen local, sec et venteux.

Vue du bassin haut de Foresta

L’arbre à perruques, Cotinus coggygria, le sumac fustet – couleurjaune

Important dans l’industrie textile depuis le XVIe siècle, il est exploité en Provence, en Espagne, au Portugal et même cultivé en Italie du sud.

Bien que sa teinture soit de faible stabilité à la lumière, il est économique à l’utilisation, et se prête à une utilisation avec d’autres principes tinctoriaux onéreux comme la cochenille et le carthame. Malgré la concurrence des bois exotiques dès le 16e, l’activité se maintient jusqu’au milieu du 19e siècle.

On cueille les feuilles et les jeunes pousses en juin juillet mais toutes les parties aériennes de la plante peuvent s’utiliser. On coupe les branches, puis on les sèche au soleil, et on bat, puis on passe à la meule les feuilles et les sommités détachées des branches.

L’Argeras, Ulex parviflorus, Ajonc épineux – couleur jaune

Il peut remplacer le genêt des teinturiers (Genista tinctoria) ou la Gaude (Reseda luteola). On récolte les branches fleuries fraîches qu’on fait bouillir.

Le Nerprun, Rhamnus alaternus – couleur jaune

Comme deux autres nerpruns, on utilise les baies pour la teinture depuis le IIe siècle, en récoltant les baies avant maturité en début d’été puis en les faisant sécher. On les appelait aussi « graines d’Avignon », recherchées par les teinturiers de « petit teint ». On l’employait aussi pour fabriquer une couleur jaune à peindre sous le nom de stil-de-grainen la mélangeant à de l’argile et de l’alun (bi-sulfate de potassium et aluminium) utilisée par les peintres flamands du XV-XVIe siècle.

Nerprun alaterne, Rhamnus alaternus
Baies de Nerprun

Le chrysanthème jaune, Chrysanthemum coronarium – couleur jaune

Plante de petit teint, on obtient le colorant jaune à partir de la décoction des fleurs, et il s’applique sur la laine, le coton et la soie préalablement mordancés à l’alun.

Le Grenadier, Punica granatum – couleur jaune orangé

La grenade peut en effet contenir 400 graines par fruit, ce qui en fait le symbole de la fécondité dans de nombreuses cultures. Originaire du pourtour de la mer caspienne, il est domestiqué dès le néolithique et importé en Asie orientale et dans le bassin méditerranéen. Les Romains le ramènent de Carthage et les Arabes en ont planté de grandes quantités en Espagne à partir du VIIIe siècle.

On utilise en teinture l’écorce des fruits et parfois l’écorce du tronc. La grenade donne une teinte solide safran, résistante au soleil et aux lavages. Utilisée en simple décoction sans mordant au Maghreb pour teindre la laine, tandis qu’avec un mordançage au fer, elle donne des tons gris ou noirs. Passée sur un pied d’indigo, elle donne un vert bouteille ou émeraude.

Galium aparine, gratteron – couleur rose

Cette plante qui ressemble à la garance voyageuse, Rubia peregrina ou la vraie garance, Rubia tinctoria peut aussi être utilisée en teinture, par les racines stolonées rouges. Les baies sont un bon succédané de café.

Le Chêne kermès, Quercus coccifera – couleur rose, rouge (cochenille)

Le kermès a pris le nom de la cochenille qui le parasite, Kermes vermilio, et donne un colorant rouge très recherché pour le textile et l’alimentaire depuis l’Antiquité. Au XVIIIe siècle, le vermillon français est concurrencé par la cochenille mexicaine, qui provient du figuier de Barbarie (Opuntia) et coûte bien moins cher. Aujourd’hui la cochenille est devenue rare en France, surtout à cause des incendies de forêts et des insecticides de l’agriculture. On récolte les femelles car ce sont les œufs qui sont remplis d’une liqueur rouge, que l’on trempe dans le vinaigre pendant 12h, et que l’on sèche au soleil. Il faut 60 à 80 individus pour obtenir un gramme de pigment.

Chêne kermès, Quercus coccifera

Le Sureau, Sambucus nigra – couleur mauve bleu

Le nom fait référence aux Sambuca, les flûtes fabriquées par les bergers grecs à base de tiges de sureau évidées. On retrouve chez les Celtes cette même allusion aux flûtes en sureau que les druides utilisaient pour converser avec les morts. L’usage très ancien du sureau est attesté par l’archéologie. Les baies sont macérées dans du vinaigre pendant deux jours et portées à ébullition une heure. On trempe le tissu en décoction. Il donne des tons du violine au bleu en passant par un gris souris. On peut aussi utiliser les baies du prunelier Prunus spinosa pour ces couleurs.

Le Pastel, Isatis tinctoria – couleur bleu

Des traces de son utilisation dès le néolithique ont été trouvées dans la grotte d’Adaouste dans les Bouches du Rhône. Mais son rôle en teinture se développe au XIIe siècle avec des pastels en provenance d’Espagne ou d’Orient, et devient la couleur des princes et de la Vierge en France et en Europe. Pendant la Renaissance le pays de cocagne enrichit la région. Cependant l’indigo importé d’Inde et d’Asie vient concurrencer le pastel…La récolte des feuilles s’étale de la St Jean jusqu’en octobre en 4 à 6 cueillettes puis un long travail de transformation est nécessaire pour obtenir le fameux bleu. Pour les bâtons de pastel, on mélange avec de la gomme et de la craie le colorant.

le Pastel, Isatis tinctoria

La Scabieuse, Scabiosa – couleur bleu pâle

Une décoction de cette plante donne, après oxydation à l’air du tissu de coton, une teinture bleu pâle assez solide.

L’Iris, Iris Germanica – couleur verte

La culture de l’iris comme matière première a été surtout pratiquée aux Pays-Bas (iris xiphium) pour le pigment vert tiré de ses pétales, et au Maroc pour le parfum des racines, dont on tire une huile essentielle le « beurre d’iris » (iris germanica). Il a été utilisé pour les enluminures et la peinture mais il est peu solide.

Le Sumac des corroyeurs, Rhus coriaria – couleur brun

le feuillage riche en tanins est récolté de fin juillet à fin septembre pour la tannage et la teinture des peaux, d’ou son nom commun.

Une plante comestible et tinctoriale : le coquelicot (Papaver rhoeas)

Coquelicot

2. Les plantes comestibles

Toute l’année ou presque, on peut ramasser des plantes comestibles à Foresta, certaines très présentes comme le fenouil, d’autres seulement comestibles durant un petit moment de saison comme l’asperge sauvage.

L’Ail sauvage, Allium napolitanum, à préserver

L’Arroche maritime, Atriplex halimus

Arroche maritime ou Pourpier marin

L’Asperge sauvage, Asparagus acutifolius

La Bette sauvage, Betta vulgaris maritima

Blette sauvage, Betta maritima

Le Calendula arvensis, souci sauvage

Le Chardon marie, Silybum marianum

Le Chénopode blanc, Chenopodium album

La Chicorée sauvage, Cichorium intybus

Le Coquelicot, Papaver rhoeas

Le Fenouil sauvage, Foeniculum vulgare

Fenouil

La Moutarde noire, Brassica nigra

Le Laîteron maraîcher, Sonchus oleraceus

La Mauve, Malva sylvestris

L’Oseille sauvage, Rumex acetosa ou Rumex pulcher (violon)

La Passerage, Cardaria draba, faux brocoli

La Pimprenelle, Sanguisorba minor

Le Pin pignon, Pinus pinea

Le Pissenlit, Taraxacum officinale et T. obovatum (luisant)

Le Plantain lancéolé, Plantago lanceolata

Plantain lancéolé

Le Plantain corne de cerf, Plantago coronopus

Le Poireau sauvage, Allium ampeloprasum

Le Pourpier, Portulaca oleracea

Le Prunier épineux, Prunus spinosa

La Ronce, Rubus fructicosus

Le Robinier, Robinia pseudacacia

La Roquette blanche, Diplotaxis erucoides

La Roquette jaune, Diplotaxis tenuifolia

Le Salsifi à feuille de poireau, Tragopogon porrifolius

Salsifi sauvage

Le Sureau noir, Sambucus nigra

Biblio :

Sauvages et comestibles, Marie Claude Paume, Edisud

Plantes à teinter, Chantal Delphin et Eric Gitton, Ed. Plume de carotte, collection Terra curiosa


Les ânes sont revenus à Foresta…sur le chemin d’une école de la nature

Hôtel du Nord partage avec vous le récit du groupe d’habitants qui s’impliquent au côté de Bénédikte et de ses 14 ânes sur les terrains de Foresta. Une histoire pour découvrir cette aventure en construction mais aussi pour inviter à la rejoindre, elle est collective et ouverte à tous !

Pour entretenir les herbes folles des 16 ha du territoire de Foresta, les 14 ânes de Bénédikte de l’association Mont’ânes sont de nouveau marseillais…, pour prendre soin des lieux et aussi pour le plus grand plaisir des enfants et habitants des quartiers Nord.

Des ânes à Foresta pourquoi ?

  • Pour la tonte écologique du lieu
  • Dans le cadre de la mise en place progressive de l’école de la nature avec pour commencer (les mercredis des petits bergers de 14h à 17h30, gratuit sur inscription Nathalie 06 99 01 23 10)

Car les ânes sont aussi un support magique aux échanges entre les êtres humains !

Vue sur mer avec ânes

Ils sont arrivés le 24 mars à l’occasion de la fête de printemps de Foresta, à pattes du parc de Pichauris (Allauch) par le massif de l’Etoile, puis en camion de Château Gombert pour être à l’heure à la fête !

Dès qu’ils sont sur place les enfants du quartier le sentent et sont aimantés par ces doux animaux au long poil. Des relations se nouent avec les personnes qui en prennent soin : Bénédikte, Jonathan, Agnès, Nathalie, Vincent (responsable des jardins partagés du Belvédère voisins).

Le 10 avril les enfants de l’ITEP de St Louis et ceux du quartier se lancent courageusement dans un grand nettoyage du futur parc des ânes (au Bd d’Hanoï), afin qu’ils ne se blessent pas. 

Bergers sur mer

Bénédikte leur parle des ânes et de leur mission sur Foresta.

Puis on passe à l’action !

Nettoyage des déchets pour les ânes devant le jardin du belvédère

On trouve beaucoup beaucoup de déchets : du verre, des restes de goûters et de fêtes, des plastiques, des emballages, et certains objets très dangereux pour les pieds des ânes.

Petite archéologie des déchets
de nombreux déchets…
mais une volonté de fer

Et voilà ! Le lieu est propre. Les enfants ont compris que jeter des déchets n’importe où n’était pas sans conséquence !

Espérons que cette sensibilisation acquise auprès de ce jeune public trouvera son écho auprès d’autres visiteurs…

On a fini pour aujourd’hui
Bénédikte et les petits bergers

La boucle est bouclée !

On soigne, on brosse, on apprend le langage des animaux

Bénédikte explique comment brosser les ânes pour les débarrasser de leur manteau d’hiver.

Beaucoup d’attention et d’échanges

Agnès nous explique la morphologie des sabots des ânes, et comment les entretenir.

Tout le monde est ravi ! Enfants et adultes ! On a bien travaillé, on s’est bien amusé, on a beaucoup appris !

L’association Yes We Camp nous permet de nous réunir et d’échanger joyeusement sur cette belle journée, autour d’un bon goûter !

Dès le lendemain le 11 avril, nous recevons des habitants de St Louis via le centre social, ainsi que deux nouvelles recrues aux longues oreilles, Bichette et Pomponette qui retrouvent leurs potes.

Beaucoup de mamans et grands-mères ont accompagné les enfants. Elles semblent aussi heureuses et intéressées qu’eux !

Puis le moment tant attendu par les petits bergers arrive ! Nous partons faire une balade. A tour de rôle bien encadré par les personnes de l’équipe et les mamans, les enfants (de moins de 40 kg) chevauchent fougueusement les ânes !

On voyage…
Promenade bien méritée

D’ores et déjà nos voisins du quartier témoignent de leur intérêt par rapport à la présence des ânes à côté de chez eux. Nous souhaitons que le bien être de nos amis aux longues oreilles repose aussi sur l’attention bienveillante des voisins et visiteurs.

les goûters du mercredi
Pour parler avec les ânes

Ce projet est en cours de construction.

Toute participation, idée, suggestion sont les bienvenues. Nous tenons beaucoup à ce que nos actions répondent au désir des habitants. Les activités peuvent également s’exporter de Foresta (animation en centre social, école, quartier, marché, hôpital…). 

N’hésitez pas à contacter Bénédikte : 06 83 52 92 97 , Nathalie : 06 99 01 23 10 ou Agnès : 06 08 36 70 93.