Les récits d’exploration mettent en partage les conversations et recherches des balades en cours de construction.
Chacun a amené une histoire à raconter, une production à goûter ou un bouquin à partager autour de sa relation à l’arbre.







Les récits d’exploration mettent en partage les conversations et recherches des balades en cours de construction.
Chacun a amené une histoire à raconter, une production à goûter ou un bouquin à partager autour de sa relation à l’arbre.







Les conversations marchées sont une invitation à regarder ce qui est là avec un scientifique qui ne connait pas forcément les lieux mais avec qui nous pensons avoir des « sujets de conversation »…
Cet inventaire est participatif et ses résultats sont consignés sur le site du mouvement « Tela botanica », où des milliers de personnes en France inventorient les plantes sauvages de leur quartier.
Cette année le 1000 pattes, groupe informel qui fabrique collectivement au sein d’Hôtel du Nord des explorations puis des balades, se laisse guider par les arbres, avec comme point de départ Foresta. Récit de la première séance de travail… Ce groupe est ouvert, vous pouvez le rejoindre à tout moment en prenant contact avec la coopérative.
Un premier petit groupe s’est retrouvé à Foresta, non pas sous un arbre, mais sous une ombrière en cannes de Provence, fabriquée collectivement avec le collectif Safi il y a quelques semaines pour apporter de l’ombre là les arbres ne sont pas…
Nous avons le temps d’un pique nique pour définir un peu plus précisément ce qu’on voudrait chercher en prenant l’arbre pour guide.
Quelles sont nos questions, envies, intuitions qui se cachent derrière l’arbre qu’aujourd’hui nous interpellons ?
Envahisseur, opportuniste, lanceur d’alerte…?
Vincent se lance et nous raconte ses interrogations autour de l’Ailante.
Dans son quartier du côté de l’Estaque cet arbre, originaire de Chine et importé en occident lors de l’engouement pour les « chinoiseries » ornementales, est communément regardé comme un «invasif». L’Ailante semble pousser partout et à grande vitesse. Alors entre la valeur qu’on a pu y donner par le passé (il a été largement utilisé comme arbre d’ornement tant dans les jardins que dans les espaces publics) et son possible statut de plante invasive à combattre aujourd’hui, que penser?…
Ce cas de l’Ailante devient encore plus passionnant quand Dalila nous explique que l’Ailante fait partie de ces arbres qui aiment les terrains remuées, appauvries voire dégradés. Plus qu’une invasive on pourrait dire que c’est une « opportuniste », elle sait très bien profiter du goût de l’humain des villes à décaisser, remblayer, déplacer les terres et les laisser devenir les coulisses de la construction.
Par sa multiplication, on pourrait même considérer qu’elle « donne l’alerte », qu’elle nous interpelle sur la manière dont nous gérons la terre sur laquelle nous habitons.
Dans le jardin de Vincent, le bosquet d’ailante est devenu un sujet important, à contenir mais aussi transformer. Outre l’ombre qu’elle apporte à cette colline aride, l’aillante permet à la compagne de Vincent de réaliser des sortes de totems avec les rejets et branches d’Ailantes qui chaque années se développent rapidement. A aller voir!
Foresta étant tout à fait caractéristique de ces terres urbaines dégradées, s’intéresser à l’ailante et à ce type d’arbres, dans toutes ces ambiguïtés et tensions qu’il révèle, nous semble motivant. D’autant plus que la Canne, qui est à l’origine de l’ombre qui nous abrite, fait également partie de ces espèces à la fois considérées comme invasives mais développant des stratégies pour trouver les ressources des lieux (par ex l’eau) et elle même devenir une ressource sur ces terres dégradées par les hommes.
Nous décidons ainsi de cette année mener une sorte d’enquêtes autour de l’ailante et de la canne (où, pourquoi et comment elles habitent, leurs usages et leurs histoires, comment elles peuvent devenir de la ressource et des histoires à partager…).
De foresta à forêt: petite histoire d’un territoire prohibé…
A partir de cette première histoire, il nous apparaît évident qu’il est nécessaire de prolonger cette question de la « survie « sur des terrains aussi difficiles que les terrains remués et transformés de Foresta. Mais avant ça nous revenons au nom «Foresta ».
Ce n’est pas que le nom d’une famille noble provençale et de son château, d’une zone d’opération militaire, d’un creux industriel, d’un terrain d’aventures.
C’est aussi dans l’histoire du mot le terme pour désigner un terrain interdit, mis au ban, sur lequel on ordonne de ne pas habiter ni cultiver, dans l’intérêt de la chasse seigneuriale. Apparait ainsi le verbe Forestare, « mettre au ban ». Et comme la chasse aime les animaux qui aiment les bois, Forestare a donné Forêt!
Redonner de l’usage collectif à un terrain qui s’appelle Foresta? Une fois qu’on connait cette étymologie et l’histoire des lieux, là encore ça motive!
Habiter sur les ruines…
Mais si la notion de « territoire mis au ban » résonne bien avec notre situation locale, force est de constater qu’il n’y a pas, presque plus, de forêt à Foresta. Y en a t’il eu un jour? Et comment se débrouillent les rescapés pour vivre là malgré les bouleversements urbains, ou les nouveaux venus qui ont choisi malgré les embruns salés, malgré le vent, malgré le manque d’eau et la terre appauvrie de s’installer là?
Ces arbres spécialistes de la survie nous questionnent et nous avons envie d’aller les rencontrer.
Nous décidons donc qu’un volet des explorations sera consacré à les inventorier, comprendre leurs stratégies et écouter ces arbres qui sont là, témoins d’un autre temps ou au contraire agiles pour survivre en conditions particulièrement difficiles.
Depuis un peu plus d’un an Hôtel du Nord active une fois tous les 15 jours un drôle de petit marché sur le Parvis de l’hôpital nord. Preuve en acte qu’il suffit parfois de peu pour humaniser, donner des idées, relier des ressources, voici en images un partage des lieux et une relecture des enjeux. Prochaine date le mardi 26 juin, avec un improbable Karaoké animée par la musicienne-habitante Anne-Laure Carette.
Réalisé par Dominique Poulain.
Il semblerait que dans Saumaty un peu endormi il y a urgence !!
Suite aux témoignages de la balade précédente, nous avons senti le besoin de clarifier ce qu’on avait pu comprendre du fonctionnement de la pêche en méditerranée.
Rémi, qui est devenu assez spécialiste du sujet se lance…
« Il existe encore aujourd’hui sur les côtes méditerranéennes, l’une des plus anciennes institutions maritimes : la prud’homie de pêche. Issue des corporations de l’Ancien régime, la prud’homie a survécu à la Révolution, avant d’être consacrée au niveau juridique au milieu du 19ème siècle. Aujourd’hui, 33 prud’homies sont réparties sur les côtes du Languedoc Roussillon (11 prud’homies), de la région Provence Alpes Côte d’Azur (18 prud’homies) et de la Corse (4 prud’homies) »
Rémi nous explique comment fonctionne le secteur, pas simple…
Tout cela donne une situation juridique et des situations de faits complexes et pour dire vrai on s’y perd un peu…
Danièle, pour remettre un peu d’ordre dans tout cela, dessine et on se promet de potasser le document de synthèse que nous transmet Rémi sur le statut du pêcheur et l’analyse juridique du secteur (fichier en fin de récit).

Ce qu’on retient tout de même c’est que contrairement à l’Espagne ou l’Italie où les pêcheurs ont dû se débrouiller et se sont constitués en coopératives qui ont progressivement structuré le secteur jusqu’à aujourd’hui, la France a connu une présence de l’Etat plus forte qui a eu un rôle de soutien mais aussi une action déstabilisatrice en coupant le développement des capacités d’autonomie (vieux débat).
Pris dans les jeux avec l’institution, les aides à telle filière ou à telle autre, le secteur s’est progressivement désorganisé, divisé et s’est un peu perdu dans des querelles de pouvoirs mortifères aujourd’hui.
Un des symptômes de ce manque d’autonomie serait le constat que des mouvements de réinstallation des jeunes s’expérimentent dans d’autres pays, mais pas ou peu chez nous. Tous les pêcheurs que nous croisons convergent sur le fait que c’est mission impossible…
Pour digérer ce cours de droit et de sociologie du travail nous allons partager un petit déchargement de mulets (muges).
On y apprend les différences entre mulets jaune, gris et noir, que le noir est meilleur que le loup alors que le gris ne vaut pas trop le coup, et que s’il y avait eu une chance de trouver du jaune dans ce banc de gris, Esposito le négociant aurait fait trier un à un les poissons…
Après avoir erré à la recherche du « l’usine à crevettes » pour finalement trouver une conserverie à l’abandon (Unimer a fermé ses portes il y a 6 mois après avoir perdu le marché de la SNCM), nous finissons par trouver David Revel et son entreprise familial de cuisson de crevettes.
Rendez-vous est finalement pris pour la prochaine séance, mardi 26 avril, qui débutera donc sous le signe de la crevette, dégustation à l’appui. Nous enchainerons alors avec la rencontre du directeur du port pour aborder notamment les projets de transformation des lieux et des activités.
Et d’ici là on peut potasser…
Du Régali on a une vue imprenable sur le petit port de pêche de Saumaty qui étale ses 4 hectares de plan d’eau non loin au pied du phare de Mourepiane depuis 1976.
Tous ces bateaux de pêche, tous ces filets multicolores enguirlandés de flotteurs entreposés sur les quais, ce bruit de la tour à glace, l’écho des hauts parleurs de quelque chalutier, ce va et vient perpétuel sur les quais, ce fourmillement d’activité ; bref : tout ce petit univers, m’est familier en apparence. Et ce n’est qu’apparence en effet car j’habite à côté et si je le vois tous les jours, je ne fais que l’entrevoir de loin. En réalité c’est pour moi un illustre inconnu dont je ne capte que l’image et parfois le son sans rien y comprendre…
Il y a comme un fossé entre mon univers sur la colline de Mourepiane et le monde maritime de Saumaty, au-delà de la barrière qui interdit l’accès à toute personne étrangère à cette zone d’activité, il y a surtout un gouffre d’ignorance réciproque qui nous sépare.
Je me dis qu’il n’y a pas plus frustrant qu’une proximité inaccessible…
Ce matin avec les amis du Mille Pattes, nous allons franchir le gué pour accéder à cette rive inconnue et découvrir ses habitants : les pêcheurs…. Quels liens allons-nous tisser entre nous ?
Saumaty est le port de pêche de Marseille qui accueille chalutiers, thoniers et « petits métiers », ainsi qu’une criée au cœur d’un marché de négoce important et des installations adaptées à la conservation du poisson dans les meilleures conditions en attendant leur transit rapide vers les lieux de vente.
Patrick Fernandez, membre de la Prudhommie de Pêche de Marseille, armateur et patron pêcheur, capitaine du Marie Bernard, a eu la gentillesse de nous recevoir sur les quais pour nous parler de son monde, en précisant qu’il partageait une démarche de « pescatourisme »… En trouvant les modalités juridiques pour permettre aux pêcheurs d’embarquer des « civils » à bord, certains pêcheurs (avec Rémi et son association Marco Polo) ont décidé de voir dans le Pesca tourisme non pas une possible reconversion mais plutôt une opportunité de diversification et de transmission de la culture de la pêche traditionnelle.
Cette réflexion s’est manifestée notamment après la récente crise du thon dont les quotas de pêche ont été grandement réduits pour assurer son repeuplement. Aujourd’hui sa biomasse est estimée à 585 000 tonnes alors qu’elle n’était plus que de 150 000 t en l’an 2000. On a frôlé l’extinction…
Patrick Hernandez commence par nous décrire en quelques phrases un horizon quelque peu bouché du monde de la pêche, et qui continue à s’assombrir malheureusement…
« Beaucoup d’activités ont disparu, la question de la valorisation des métiers survivants se pose ! »
« Les pêcheurs vieillissent, la moyenne d’âge est aujourd’hui au-dessus de 45 ans. »
« Les jeunes ne sont plus intéressés par ce métier devenu peu attractif, pénible, voire parfois dangereux. Il impose des contraintes trop élevées pour un revenu très fluctuant. C’est un métier chronophage soumis aux aléas de la nature à l’instar des métiers agricoles. »
« Pour une bonne pêche pouvant rapporter 600 euros dans la nuit – ce qui n’arrive plus très souvent – combien d’autres sorties pour pas grand-chose ou pour rien……et les jours de mauvais temps on reste bloqué au port, et il y a aussi les avaries qui empêchent de sortir. »
« Les matelots sont payés au pourcentage sur la pêche effectuée, les jours sans sortie ils ont droit à une indemnité de 88 € brut. »
« Question formation la France compte 12 lycées professionnels maritimes dont un lycée de la mer à Sète, et un autre à Bastia, sinon il y a des stages de matelot d’une durée de 4 mois à raison de 20 h de cours par semaine dont le coût et de 1500€. »
Patrick Fernandez a l’allure dynamique du gars qui sait ce qu’il veut et qui en veut….. Il parle de son métier avec passion, le regard plein de ces souvenirs de prises miraculeuses qui marquent la vie d’un pêcheur, mais n’oublie pas non plus les galères qui ont émaillées son parcours. La quarantaine passée, le teint halé, marqué par la vie au large, il arpente le pont des bateaux depuis l’âge de 16 ans. Il aime ce qu’il fait et ce qu’il fait c’est ce qu’il est…Pêcheur !
Le Mille Pattes s’enroule autour de Patrick, sa multitude d’oreilles à l’écoute attentive de son discours passionnant, le groupe est tout frissonnant de froid à cause du mistral déchaîné. Le ciel est d’un bleu merveilleusement limpide mais ça caille…..Du coup, les quais sont déserts et aucun bateau n’est de sortie aujourd’hui.
Patrick souligne avec regret le fait que son monde se soit refermé progressivement, que ce n’est pas seulement dû aux barrières qui limitent l’accès du MIN de Saumaty aux seuls professionnels y ayant une activité, mais aussi à cause des réglementations locales ou européenne de plus en plus sécuritaires et exigeantes, il faut répondre également à un souci de protection de l’espace économique et des biens. Beaucoup de ports réputés pour leur ouverture ont suivi ce mouvement de repli sur soi. L’évolution sociétale a tendance à provoquer l’enfermement de certains univers…. « C’est bien de recréer du lien au-delà des barrières ! » s’exclame Patrick.
Et c’est justement ce que nous souhaitons rétablir…. Autrefois Mourepiane avait un lien étroit avec la mer et le port, sans la moindre barrière ni sociale ni physique. Ici on était un pied sur terre et un pied en mer, tous imprégnés de la vie des gens de mer, matelots, dockers, pêcheurs, poissonniers, ouvriers des tuileries ou de la chimie estaquéenne, vivant tous d’un même élan le plaisir de l’accès libre à la grande bleue. Ici tout le monde mangeait plus souvent du poisson que de la viande. Et du poisson pêché à proximité, une ressource hyper économique et apparemment inépuisable. La marée remontait jusque sur les tables de la colline…. Depuis la modernisation du port dans les années 60 et l’arrivée des pêcheurs à Saumaty en 1976, la colline de Mourepiane et les quartiers environnants ont perdu progressivement leur lien direct avec leur mer, les grillages ont marqué la frontière entre les nouveaux territoires établis. Mêmes les quelques habitants d’ici, marins ou passionnés de pêche et heureux possesseurs de bateaux, ont fini par refermer derrière eux les barrières de leurs clubs nautiques respectifs où ils ont pu trouver un amarrage. Le Club Nautique de Mourepiane qui n’est pas très éloigné de là, reste tout aussi fermé.
Patrick nous initie brièvement aux types et aux techniques de pêche en prenant soin de ne pas nous noyer dans un jargon professionnel trop pointu……et le pointu ici on connait bien ! Il nous fait part également de ses préoccupations quant à la diminution de la ressource.
« On distingue essentiellement trois types de pêche, la pêche côtière pratiquée le long du littoral à l’intérieur des 12 milles, la pêche hauturière pratiquée sur le plateau et le talus continental au-delà des 12 milles, et la pêche lointaine ; Le chalutage s’effectue à 50 milles de la côte. Un mile marin équivaut à 1852 m. »
« A Saumaty on pratique le chalutage, la pêche au lamparo, le filet maillant et le palangrier. Le monde de la pêche est confronté autant qu’il est sensibilisé aux problèmes écologiques affectant la mer et par voie de conséquence la ressource des pêcheurs. On constate que si le nombre des poissons ne semble pas diminuer beaucoup, en revanche sa biomasse se réduit nettement, car la taille des poissons adultes est de plus en plus petite, le calibre est donc plus petit. Sardines et anchois, base alimentaire essentielle, sont au premier rang des espèces touchées par ce problème. Pour faire le même poids de pêche, tu prends donc beaucoup plus de têtes, et tu appauvris. Je pense que ce n’est pas que la surpêche qui est à l’origine du phénomène, et l’IFREMER ne dévoile pas le fond du problème, on ne sait pas pourquoi le poisson se met à devenir adulte prématurément. Pollution, raréfaction du plancton, modifications climatiques, surpêche, stress lié à l’activité marine touristique …… une chose est certaine : c’est qu’on constate l’appauvrissement général progressif de la ressource même en ce qui concerne les espèces peu ou pratiquement pas pêchées. »
Patrick dénonce, le niveau de pollution important des calanques, médiatisée par les boues rouges qui sont loin d’être les seuls rejets, prône le zéro rejet et regrette toutes les dérogations dont jouit la France quant aux rejets en mer. Il nous fait part également de ses préoccupations en ce qui concerne les métaux lourds présents chez les grands prédateurs comme les dauphins ou les thons et surtout l’espadon, mais qu’on retrouve aussi dans toute la chaine alimentaire jusqu’au plancton.
Patrick Fernandez nous entraine vers les quais battus par le mistral à la découverte d’un Lamparo. Il nous fait découvrir la Pêche au Lamparo, pratiquée déjà dans l’antiquité à l’aide de naphtes et de résines à cette époque-là, on l’appelait aussi « pêche au feu ». La lumière produite par de puissants spots installés au bout d’un bras articulé attire le poisson dont le banc se resserre dans la zone éclairée, la capture est réalisée en encerclant les poissons avec un filet que l’on referme ensuite par en dessous pour les emprisonner dans une nasse qui est remontée à bord. Les poissons pêchés sont ensuite déposés dans des bacs d’eau et de glace, le choc thermique tue la capture rapidement, la fraîcheur et la qualité sont ainsi garanties dans les meilleures conditions.
Le thon qui est pêché à l’aide de thoniers senneurs peut être gardé vivant en cages sur le bateau. Le thon c’est le poisson roi, un grand migrateur qui se reproduit dans trois régions du globe : en Atlantique, dans le Pacifique vers l’Australie, et autour des Baléares en Méditerranée. Cette précieuse ressource est sous étroite surveillance de la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique, et les captures autorisées pour le thon de l’Atlantique et de la Méditerranée ont été limitées à 15 821 tonnes en 2015. Les pêcheurs dénoncent les sévères restrictions qui leur sont imposées et profitent cependant en Méditerranée de la résistance importante des pays orientaux, où la pêche fait encore vivre une bonne partie de la population, aux interdictions et qui revendiquent vivement le droit à cette pêche traditionnelle. Sinon sa pêche serait probablement totalement interdite en Méditerranée qui se verrait alors progressivement transformée en « sanctuaire » à thon… au grand dam des pêcheurs.
Patrick Fernandez prône une gestion de la pêche qui se fait en temps réel et en liaison étroite entre le capitaine et le mareyeur qui s’occupe à terre du négoce des produits de la mer, ainsi on ne pêche pas plus que de raison. Si la capture ne peut pas être vendue dans des conditions satisfaisantes au moment de sa pêche, elle est remise à l’eau vivante. Il n’y aura pas de vente à perte, la ressource n’est pas appauvrie inutilement et le poisson relâché pourra être repêché une autre fois. Le produit de la pêche est donc optimisé par un prélèvement ajusté à la demande. Les aides précieuses apportées par les sonars et autres dispositifs de repérage du poisson permettent également de gagner considérablement en efficacité.
« On dénombre actuellement 150 bateaux de pêche dans les Bouches du Rhône, dont une quarantaine à Saumaty…. »
Aujourd’hui il reste à Saumaty 2 chalutiers, 7 lamparos et une trentaine de « petits métiers » …
Petits métiers….grande activité locale.
La pêche aux « petits métiers », qui désignent les embarcations de moins de 12 mètres à bord desquels elle se pratique, représente près de 80% de l’activité locale. C’est une pêche très sélective avec des filets adaptés aux différents poissons recherchés, qui s’effectue dans la bande côtière et souvent de nuit. On la nomme aussi « pêche artisanale » ou « pêche côtière ».
Le « mille patte » quitte Patrick à regret pour aller à la rencontre de deux autres pêcheurs. Ça bourdonne entre les oreilles et ce n’est pas le fait du vent …il va falloir assimiler toutes ces informations !
Nous partons à la rencontre de Mohamed Gabsi, la soixantaine passée, 40 ans de mer à son actif : 20 ans en tant que second et 20 ans sur son fileyeur, un « petit métier » qu’il chérit comme sa propre épouse. C’est même sa deuxième maison, il pourrait profiter d’une retraite tranquille, mais ne se résout pas à quitter son bateau et passe son temps en mer ou à Saumaty quand il n’est pas chez lui : Il continue à pêcher pour « mettre du beurre dans les épinards ». La mer et la pêche ont régi sa vie jusqu’à présent et « Momo » n’a pas envie que cela change… Après ses sorties nocturnes dans le golfe phocéen, son épouse continue toujours à vendre le produit de sa pêche au vieux port sur le quai des Belges. Ce circuit traditionnel de vente au public a fort heureusement été sauvegardé au nom de la tradition, Marseille n’a presque plus de poissonneries ; tout juste une trentaine digne de ce nom aujourd’hui contre près de 850 autrefois… Ce considérable maillage de diffusion assurait une forte relation avec les quartiers environnants et favorisait le développement de pleins de petits boulots connexes. Hayette qui nous a rejoint nous rappelle ce temps où son frère – toujours employé à Saumaty- ramenait au bidonville de Fenouil où ils habitaient des cagettes entières de poissons données en guise de salaire et tout le monde en profitait…
Mohamed pratique une pêche saisonnière au gré des migrations du poisson dans la bande côtière. Il pêche tout sauf le thon. Il utilise des filets spécifiques selon les espèces qu’il cherche à capturer : filet trémail, filet maillant, filet à merlan, filet à daurades…. Ce type de pêche saisonnière nécessite une parfaite connaissance des habitudes du poisson et de son environnement. Si autrefois il alternait par exemple la sole et le merlan aujourd’hui, le pêcheur au petit métier cumule souvent plusieurs types de pêche simultanément pour assurer ses revenus…
Et le « mille Patte » s’emmêle dans tous ces filets soigneusement entreposés sur le quai au droit du bateau de Momo….
Autorisé à la pêche aux petits métiers en zone de protection renforcée, il est bien sensibilisé à la protection de l’espace naturel et de la ressource. Mais les réglementations mettent un peu Momo en rogne, comme beaucoup de ses confrères, il n’apprécie guère les contraintes européennes jugées trop bureaucratiques et non adaptées aux spécificités régionales. Tout cela complique singulièrement sa gestion de la pêche….
Le thon est bien sûr au centre des préoccupations, ce super prédateur qui augmente ses effectifs progressivement du fait des restrictions imposées par l’Europe, est accusé d’effectuer un prélèvement trop important sur les prises potentielles des pêcheurs aux petits métiers. Il affecte leur ressource cible. Il va sans dire que les points de vue divergents sur cette question, du camp des pêcheurs au camp des écologistes en passant par les organismes chargés des problématiques de la pêche et de la mer le discours n’est pas le même…d’ailleurs aux yeux de certains pêcheurs : « Greenpeace ne sont pas des écolos mais des politicards ! »… Le ton est donné !
Boris nous rejoint aux côtés de Mohamed.
La quarantaine, grand et mince, je lui trouve un petit air de Renaud et de Gavroche de la mer avec sa casquette en Jean bleue rabattue sur les yeux….Boris et un passionné de la mer mais regrette de ne pas pouvoir vivre de sa passion à temps plein, il mène de front deux vies professionnelles différentes pour s’en sortir.
Son discours se veut très humaniste et social aussi : « la mer n’est à personne et le poisson est à tout le monde ! »
Boris aime Saumaty et considère que ce port est bien adapté à leur activité, mais regrette quelques lacunes dans la gestion de cet espace : problèmes récurrents comme « la malpropreté, le désordre, les épaves de bateaux coulées, certains bâtiments bloqués à quai toute l’année. Du matériel à l’abandon ou stocké à long terme … tout cela finit par nuire aux capacités de ce port. »
Boris, qui est pêcheur aux petits métiers, nous explique que depuis la crise de la grande pêche, il y a de plus en plus de pêcheurs qui se reconvertissent à la pêche artisanale. Ce n’est pas sans conséquences car cela induit finalement une grave surpêche dans la bande côtière, et beaucoup de ceux qui viennent aux petits métiers par nécessité ne sont pas initiés aux bons usages pour se consacrer à cette activité dans le respect de la ressource. La bande côtière ne l’oublions pas est une zone particulièrement sensible car c’est la nurserie de la majorité des espèces. Une crise en déclenche une autre…. on finit par se retrouver avec une vingtaine de km de filets devant la Redonne alors que seulement 5 sont autorisés ! Et que fait la prudhommie de pêche ? Elle qui doit assurer de front des fonctions d’auxiliaire de police judiciaire, de régulation, de gestion des conflits, semble bien à la peine pour remplir sa mission. Cette structure, qui remonte au moyen âge, joue pourtant un rôle central dans la défense des spécificités régionales mises à mal par la réglementation européenne. Elle permet l’association de la pêche aux outils réglementaires.
A la crise interne il faut encore ajouter des facteurs extérieurs qui prennent une ampleur préoccupante. L’activité touristique perturbe beaucoup trop le milieu maritime. La cohabitation entre « petits métiers » et loisirs nautiques est de plus en plus difficile et conduit à une perte de relation loisir/pêche « il y a une méconnaissance des bons usages et une absence de culture commune d’un territoire et d’un milieu qu’il faut pourtant partager, seule cette culture commune permet de conserver à la mer sa nature de Bien commun ». La pêche de plaisance s’est considérablement développée hors du cadre règlementaire strict imposé aux pêcheurs professionnel et cela impacte aussi le milieu. 80% des prises ne font pas la maille.
Boris est très conscient de la précarisation de son métier qui s’aggrave du fait de tous ces facteurs confondus : appauvrissement des ressources, pollution, dégradation du milieu marin, réchauffement climatique, pression touristique… Boris ne baisse pas les bras pour autant, il est pêcheur acteur de son territoire, et entend bien le défendre de toute la force de ses convictions.
« Un pêcheur peut devenir une sentinelle, il exploite, mais aussi il gère et fait partie du milieu. »
Le « mille pattes » quitte Momo et Boris, est prend rendez-vous pour une prochaine visite et pourquoi pas aussi pour une sortie en mer sur un « petit métier » (après enregistrement de rigueur aux affaires maritimes bien sûr…) La sympathique bestiole multicolore longe les quais, se faufile entre les filets, les caisses de matériel divers, s’attarde auprès des thoniers, reluque un lamparo, rêve aussi de pêches extraordinaires et finit par se décider à quitter Saumaty poussée par le vent qui ne faiblit pas… Quelle belle balade dans le monde de la mer, à quand le « mille palmes » ?
Malgré un beau soleil, une journée froide et venteuse qui a visiblement découragé les dames de La Savine. Aucun enfant ne joue dehors… Seuls quelques jeunes encapuchonnés se tiennent debout à l’entrée de la cité…


D’abord le petit terrain de foot dans ce qui fut un bassin réserve d’eau, puis un arrêt à la chaufferie à côté du fantôme du bâtiment A, lui-même construit à l’emplacement de la fontaine, vestige de la ferme des origines.
Aménagement à l’ancienne : pierre sèche ! Grâce au chantier d’insertion, Louis et Agnès apprécient en connaisseurs : leur terrain aux Mayans est tout en restanques.
Savine, Palanque et hôpital Nord. D’un 14 juillet à l’autre, les arbres qui entouraient le terrain de foot (stade) ont brûlé.
Vue sur l’Etoile et Les Peyrards : notre regard se tourne aujourd’hui vers la colline.
Deux portails à franchir et un petit goût d’interdit….
Locataire depuis 1960 de la Campagne Mouret (propriété de la ville), madame SOS-CIA, ainsi que Mme Soscia épelle malicieusement son nom, accueille gentiment notre petite troupe.




Un essai de rocaille et un four réussi.

La petite troupe en mouvement… et à la pause tisanes !
Bravo à Emilie qui a porté son petit tout au long de ces chemins escarpés.
Il n’y a pas qu’aux Mayans qu’il y a des abeilles !

Quand même…beaucoup de grillages ! Avec parfois – heureusement – quelques… trous.
A suivre…
Cette envie de balade est comme une rivière formée de multiples initiatives et désirs de se relier : entre le haut et le bas, ceux qui vivent à La Savine et ceux des vallons, entre les immeubles et la colline, entre des temporalités aussi qui souvent s’entrechoquent : la mémoire, le temps que l’on vit comme habitant, les temporalités du projet urbain, et les temps suspendus…
Alors qu’un Plan de rénovation urbaine est en cours, et refaçonnera le visage du territoire, sans doute est-il temps de retracer ce qu’il a été jusque-là, pour laisser une trace et saisir ses continuelles transformations parfois douces et longues et parfois plus profondes et rapides.

Un travail de recueil des mémoires a été commencé : d’un côté par Fabio, qui fût plusieurs mois en stage au Cerfise et qui est maintenant l’animateur de la Maison du Projet du PNRU. Il a fait de nombreux entretiens avec des habitants, recherché les données urbaines, historiques et cartographiques, avec l’envie aujourd’hui de trouver des formes de mises en partage de ce travail.
Et il y a aussi Jean Pierre qui a réunit un fond impressionnant de cartes anciennes, Agnès et Louis qui arpentent depuis le Vallon des Mayans, Hadri et ses dessins, et tous ceux qui compilent chacun à leur manière connaissances des lieux et souvenirs.
Notre première balade fût en fait une balade « sur la carte », pour se rencontrer entre voisins, partager la démarche et envisager ensemble comment pourraient commencer les balades d’exploration.
Dans la Maison du Projet à La Savine se trouve en effet une photo aérienne géante posée au sol !
Nous avons pu ainsi « marcher immobile » dans 50 m2, tout en se racontant quelques histoires !

Julie indique sur la carte-sol les lieux que chacun propose d’aller visiter collectivement, avec deux types de marquages : un pour les lieux bâtis et un autre pour les lieux d’évènements, d’histoires, de souvenirs … La colline attire beaucoup avec sa végétation, sa faune et ses points de vue.
Des souvenirs d’enfance, des lieux de jeux dans des ruines qui autrefois ont été des maisons de campagne, des bastides.
Des souvenirs de faits historiques liés à des histoires personnelles comme les oncles de Hadri Bougherara qui sont venus d’Algérie libérer la France en 1945.
Le désir de connaitre ses voisins est motivé et motivant, et l’invitation faite par Till pour la visite de L’Annonciade, où il habite mais aussi cultive avec le collectif Chiendent, est reçue avec enthousiasme.
A ce premier stade, nous avons pu répertorier presqu’une vingtaine de lieux possibles pour nourrir nos balades :
D’un côté 3 personnages que nous retrouvons facilement dans le tarot.
L’Evêque (carte du Pape)
Le Maire (carte de l’empereur)
Le Squatteur (carte du Mat/Fol)
Guidés par la lecture d’un texte de Christine Breton, perchés au dessus du Bassin de Séon, percevoir les 3 portes qui nous entourent, celles de 3 campagnes qui au milieu du 19ème racontent l’histoire:
Campagne Consolat (le Maire), Campagne Mazenod (L’évèque), Campagne Tornési.
Dans sa continuité, c’est ici aussi là que 10 ans plus tard les architectes Rozan et Eigger gagneront le concours pour construire 800 logements au centre de la même « Campagne-L’évêque ».
Trois grands domaines seront en1945 les portes du « mouvement des squatteurs », alliant militants chrétiens du Mouvement Populaire des Familles et communistes dans une ville mise à mal par la guerre, en manque de tout et notamment de logements.
Les trois campagnes seront squattées pendant plus de 10 ans et le mouvement des squatteurs, fondé en 1946, s’étend rapidement dans les autres quartiers.
Combinaisons de cartes
De ce 19ème siècle déjà bien avancé on aperçoit l’alliance d’une église bâtisseuse du territoire (L’évêque de Mazenod crée 22 nouvelles paroisses et fera construire 40 églises dont la cathédrale de la Major et Notre Dame de la Garde, un vrai plan d’urbanisme…) à l’ingénierie industrielle des grandes familles (Consolat déclenche la construction du Canal de Marseille, et le voisin Jules Mirès crée ses hauts-fourneaux à St-Louis, tout en lotissant la Baie d’Arenc).
Le 20ème siècle prolonge la combinaison : l’église Saint-Louis construite en 1933 incarne la grande Mission, la «croisade » (nom du bulletin paroissial) se construit tout en innovations de béton, et s’affiche à la fois locale et internationale. Rapidement, le regard se trouble…


Mirage (nouvelle combinaison?)
Que voit-on?
Une mosquée, une église?
Saint Louis le roi missionnaire ou le plus modeste Saint Louis d’Anjou?
Une mission ou du militantisme?
De l’action religieuse ou de l’action sociale? Et l’art dans tout ça?
1945 les prêtres ouvriers s’installent à Saint Louis, suivant de près le mouvement des squatteurs.
Patrick vient de là et nous raconte, avec André de l’association La Fraternité de St Louis.
La JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) tient les rennes, on choisit dans le calendrier de la JOC des images et l’on demande à des affichistes oranais installé au centre ville d’en faire des affiches géantes à encoller dans l’église, juste au dessus du chemin de croix peint par Martin Ferrières en 1937 comme nous l’explique Jean Claude, et récemment restauré par Laure qui nous raconte aussi la technique particulière de la peinture à la fresque.
La bataille des images est engagée dans cette autre guerre de religion. Ce n’est plus la Croisade que l’on fait circuler mais les Semailles, le journal du Diocèse dont vont se servir les militants et paroissiens pour constituer le support aux encollages !
Nouvelle combinaison de cartes…
De l’histoire de cette paroisse ouvrière devenue chef d’œuvre d’art contemporain, nous tirons une combinaison de 3 cartes :
Cette combinaison nous guide intuitivement dans nos rencontres d’aujourd’hui :
Al Insaf est un centre culturel musulman très engagé dans l’action sociale (distribution de vêtements et de repas à Saint-Louis et au centre ville, soutien scolaire, temps partagés etc.), accueillant également une mosquée dans son niveau inférieur.
Rahim nous raconte ce qu’il sait du passé du bâtiment (du métal à la chaussure), son rachat par sa famille et la mobilisation progressive des habitants, principalement des parents d’élèves pour « faire quelque chose ».
Le Rocher, associée à la Fondation des apprentis d’Auteuil anime la Maison des familles ainsi que diverses actions sociales notamment à Campagne Lévèque. Membre de la communauté de l’Emmanuel (clé de voûte du Renouveau charismatique en France elle a une influence croissante au sein de l’Eglise catholique depuis sa création en 1976 et est très présente sur le terrain animée par sa mission évangélisatrice), elle s’occupe également aujourd’hui du culte à L’Église Saint-Louis.
La « famille » a dans tous les cas remplacé l’ouvrier.
Les usines sont encore là, mais ce sont des maisons vides…
.Huileries Salador (Huileries Augustin Roux, qui devient Salador en 1965 et fournira la marque Lesieur). Usine des femmes de la Cité Saint-Louis.
Robert, lui aussi né à la Cité Saint Louis, y a fait ses jobs d’été.
« Cette grande salle c’était pour l’embouteillage. Moi je devais vérifier que les bouchons était bien vissés, sinon au bout de la chaine tu avais de l’huile partout. Mais parfois je m’endormais, et les femmes m’engueulais quand arrivaient là bas des bouteilles toutes dégoulinantes… ».
« La grande maison c’était la facturation, et celle dans coin là bas le directeur. »
Emilie a des envies de fêtes foraines dans cette énorme cour oubliée. Un théâtre?
Justement ! Philippe
Caubère, qui deviendra l’un des comédiens les plus connus de sa génération et avant tout apprécié pour sa capacité à mettre seul en scène sa propre vie a grandi ici, dans la maison en friche.
Son père fut directeur l’usine.
« On l’invite à la Fête Foraine? »
De l’autre côté du mur, l’ange Gabriel déploie toujours ses ailes. Et les tours de la Viste nous ramènent au squatteur.
Essayons de changer les cartes…
Et que se passe t-il si on rajoute à nos 3 cartes( Soleil/Ange/Bateleur) la carte du « Fol » (autrement appelé du « Mat »), qui est la figure du marcheur libre, de l’imagination débordante, de l’exploration et que l’on retourne à l’église Saint Louis ?
On retrouve le théâtre et Armand Gatti !
« C’est ainsi, que dans les premiers jours de 1990, conduit jusque-là par cet orchestre de passeurs qui avait mis plus de deux ans à se constituer, Gatti pénétra dans la crypte de l’église St Louis.
L’y attendaient une vingtaine de jeunes (et moins jeunes) « exclus sociaux » qui, pour quelques mois (du moins pour ceux qui iraient jusqu’au bout), allaient se lancer dans une aventure dont la seule chose qu’ils savaient, c’est qu’elle ne leur procurerait pas un travail ».
Extrait Armand Gatti à Marseille. Metteur en scène et auteur d’origine espagnole, anarchiste.
Est-on encore dans la « Mission » qui semblait au fil de nos rencontres être la seule façon d’agir ici ?
Emilie a pu retrouver le livre et les cassettes VHS témoignant de cette expérience radicale d’utopie émancipatrice. Visionnage collectif dans les prochaines semaines…
Deux photos pour conclure, en ouverture…
Le sourire de Marthe, rencontrée le long du chemin et de son jardin. Trajectoire arménienne, générosité et réciprocité d’un échange. Nous reviendrons partager du miel et des feuilles de vignes.
La station service AGIP où le pompiste nous a accueilli fier de nous prévenir qu’elle était l’oeuvre d’un architecte « très connu ».
Entre temps nous nous sommes souvenus qu’il s’agissait de Jean Prouvé. C’est à cet endroit, pile dans le triangle des 3 portes, que nous reprendrons notre chemin la prochaine fois…