LE SENS DE LA PENTE #6

On vous raconte les aventures du 1000 pattes, groupe d’explorateurs de grande proximité, des voisins qui marchent pour transmettre, comprendre, se rencontrer, créer et finalement mieux prendre soin de nos quartiers… Nous cheminons cette année le long de la pente qui du Massif de la Nerthe finira par nous conduire à la mer…

LE RECIT DE MARYSE

Maryse a une superbe coiffure. Un panaché de mèches de teintes diverses et vraiment bien assorties : des blonds cendrés, des cuivres et des roux qui ressemblent à une fourrure élégante de jeune renard. Elle nous accueille au seuil de sa porte, nous surplombe comme un reine. 

Nous on est là, dix abrutis par la chaleur dès neuf heures du matin à reprendre nos premières  explorations sur le Sens de la Pente post confinement. 

Suivant la proposition d’Adrien de suivre le vallon des Riaux entre le massif de La Nerthe et la mer,  nous nous laissons “couler” le long des traverses, à cueillir les prunes qui mûrissent dans les délaissés, à goûter la fraîcheur des petits jardins qui débordent des cabanons. Les noms se croisent et répètent, Puget, Michel, Chauffert, … évoquant des connexions, des mariages qui sait, entre les différentes familles actrices du développement industriel du Nord de Marseille au 19ème et 20ème siècle : tuileries, cimenteries, manufactures.

Un vieux monsieur prend torse nu le vent devant sa maison pendant que le rideau en face vole à la fenêtre d’anciens logements ouvriers. C’était la maison des directeurs, ou les bureaux, ou la maison du directeur de La Coloniale. Dans la richesse des détails le tout reste flou mais une chose est sûre, nous tournons depuis une heure autour de ce que fût La Coloniale. Sa femme nous oriente vers Cézanne “par là, plus haut c’est joli”.

“Si vous cherchez la plus belle chose du quartier, c’est moi.” reprend le monsieur. 

Maryse, elle ne peut pas marcher, elle attend depuis six mois qu’on l’opère du second genou. “J’ai dû passer presque quatre vingt jours de confinement moi à attendre cette opération”. 

Pendant le confinement Mathilde est venue l’aider, lui faire des courses, discuter.

La maison est coquette et soignée, des cigales en céramiques près de l’évier, les plantes vertes dans le salon, les radis attendent équeutés le déjeuner. Il est 11h, l’assiette est déjà mise, une seule, dos à la porte, face à la fenêtre. Oh comme c’est frais, ici. “C’était le dispensaire de Lafarge, ils ont tout revendu en 1974,  on a acheté avec mon mari en 1977. Comme on travaillait dans l’entreprise on était prioritaire.”

Dans le quartier que La Coloniale semble avoir construit en grande partie, logements, salle des fêtes, espace de santé sont mis à la disposition des ouvriers et des cadres. Sur le carrefour se regardent une maison de cadre, le dispensaire, la coopérative et les cités-logements, leur cours et buanderie communes, et leurs jardins.

Le commun est partout, à l’initiative de La Coloniale, puis de Lafarge. Ce qui n’est pas construit par l’entreprise elle-même profite de la mise à disposition des matériaux par l‘usine. 

Habitat ouvrier, maisons des cadres, équipement, poussière sur la peau au retour du travail, minéralité de la montagne,… : le ciment lie tout cela.

C’était la famille, il te donnait des cadeaux pour ton mariage par exemple. Moi quand j’ai épousé mon mari nous avons eu une maison là en- bas.” «Ils vous l’ont donnée?» je demande. «Non, on habitait sans payer, c’était la famille.»

Dans le récit de Maryse, la massif lui-même semble faire partie de ces équipements communs à une famille.

Je prenais la poussette avec mes petits, des jumeaux, et j’allais biberonner là-haut à pied. On allait pique-niquer à la table ronde, les enfants jouaient dans le château, allaient se baigner Aujourd’hui, les bâtiments industriels ont été détruits en grande partie et le site fait l’objet de travaux de décontamination. Des cités ouvrières de très petites dimensions ont été construites dès les années 1880, à la périphérie immédiate du site industriel. A Cossimont, on cueillait les asperges, on ramassait le bois du barbecue, on allait aux fleurs.

Et puis son visage, rayonnant dès qu’elle parle de ses “petits” se ferme, et l’oeil se mouille.

Maintenant il y a des carcasses de voitures brûlées, c‘est dommage. Le château est tout écroulé, je n’y vais plus, c’est trop triste.” 

LE TEMPS DE LA MOBILISATION

Deux heures avant, au café, ML s’autoproclame la bête noire de Lafarge. Voilà des années qu’elle se bat contre les poussières qui émanent des concasseurs et poudrent arbres, terrasses, poumons. Elle est partie prenante du collectif de protection de la Nerthe qui réveille aujourd’hui sa mobilisation en apprenant la mise en vente des terrains agricoles de la ferme Turc. La nouvelle réveille la crainte que Lafarge ne s’en saisisse.

Il ne s’agit d’ailleurs pas forcément de craindre une carrière mais de voir des espaces vécus et pratiqués comme publics passer aux mains d’une industrie privée. Nombre d’habitants après des années de lutte attendent toujours l’aboutissement d’une promesse de vente des terres au Conservatoire du Littoral.

 « Ils nous doivent tout, on leur doit quoi nous? Le ciment, tout ça” avec un geste sur les alentours” les constructions, … Mais sinon? Il n ‘y a plus que 13 ou 14 emplois dans l’usine, ça ne nourrit plus personne ici“.

 “C’est le site le plus pollué de France au niveau des poussières. Ce n’est pas de leur faute d’ailleurs, c’est de la faute de la géographie du site. Les jours de mistral, elles dégoulinent le vallon, poudrent les arbres de gris pendant parfois deux trois jours s’il ne pleut pas.

Retour chez Maryse

Et la pollution que pouvait provoquer ces usines vous en aviez conscience ? “ je demande à Maryse.

Il y avait 5 usines ici à L’Estaque :  La Coloniale, qui est devenue les chaux et ciments de Marseille, les ciments de Marseille, puis Lafarge, où j’ai travaillé après mon mariage. Ils réunissaient les époux dans la même entreprise, c’était plus simple pour les enfants, les horaires tout cela. Et puis tu pouvais te voir au travail.

Surle qui faisait de l’équarrissage et qui a été détruite.La Société minière et métallurgique Penarroya dont une partie du site est actuellement en décontamination. Rousselot, qui fabriquait de la gélatine à partir de carcasses animales.Kuhlmann où j’ai commencé à 17 ans. Mes vêtements puaient le sulfure de carbone quand je rentrais le soir.  On savait et on savait pas. On travaillait, on était bien content.”

“Mais ce sont les gens qui ont fait le mal” reprend Maryse.

“Les gens sont venus construire là-haut autour des usines. Il y avait des nuisances forcément, des poussières, du bruit, et du coup c’est monté en confrontation et ça a, en partie, détruit, défait les liens familiaux qui existaient entre l’entreprise, ses ouvriers et cadres.”

L’ENDROIT DU DEBAT

“Ça, c’est les années 70”

Jean déménage à cette époque à l’Estaque. Dès les années 50 une génération d’ouvriers espagnols et italiens avait commencé à quitter les logements ouvriers, peu à peu remplacés par les Kabyles venus d’Algérie. Dans les années 70, Lafarge vend son patrimoine de logements. Les employés sont prioritaires à l’achat.

Entre nous ça débat, qui a généré quoi, ou quoi a généré qui?

“C’était le début du recul industriel, ou son déplacement vers Fos. Et c’est à la fois l’accès à la propriété pour les ouvriers mais aussi le début des ventes et reventes de ce patrimoine. Et sans doute aussi qu’on commençait à prendre conscience des bords de mer, à les relier à d’autres fonctions, loisirs, etc. Les anciens logements ouvriers qui arrivent sur le marché de l’immobilier vont peu à peu devenir séduisants pour les “étrangers”, moi, les “bobos” du moment, ceux qui cherchent un cadre de vie différent du centre ville.”

 “En 1970, Kuhlmann ça marche. On retrouve au PC local Guédiguian et Malek Hamzaoui, qui feront ce film si nostalgique, Marius et Jeannette, sur une industrie qui péréclite, un milieu ouvrier qui disparaît. Dix ans après la vie ouvrière est morte, Kuhlmann ferme. 20 ans plus tard, c’est devenu trop cher pour nous pour acheter ici. C’est une autre génération d’”étrangers”, de “bobos” souvent précaires mais moins ancrés qui fuyant le centre ville sont venus s’installer ici.”

“En réalité, explique Jean, se superposent et se mêlent ici différentes vagues d’immigration et statuts d”étrangers”, les villages entiers italiens employés génération après génération dans les usines, l’immigration des années 20-30 puis d’après guerre venant des colonies avant la décolonisation, les migrations d’un quartier à l’autre de Marseille en recherche d’une meilleure qualité de vie… “ 

Et à nous d’oeuvrer pour nous relier sans ciment…

Récit écrit par Louise Nicollon des Abbayes

Pour rejoindre le collectif du protection du Massif de la Nerthe ou en savoir plus: https://www.facebook.com/pages/category/Cause/Collectif-de-Protection-du-Massif-de-la-Nerthe-201367896575969/



LE SENS DE LA PENTE, récit #5

On vous raconte les aventures du 1000 pattes, groupe d’explorateurs de grande proximité, des voisins qui marchent pour transmettre, comprendre, se rencontrer, créer et finalement mieux prendre soin de nos quartiers… Nous cheminons cette année le long de la pente qui du Massif de la Nerthe finira par nous conduire à la mer…

La part des sols, 2 mars 2020

LA SINUSOÏDALE D’AGNES

Nous sommes à La Déviation, ancien bâtiment technique de l’usine d’exploitation minière Lafarge. Acheté il y a quelques années par un groupe d’artistes issus de multiples disciplines, le lieu a pour but de fabriquer une alternative faite “ d’échanges, de compétences et de savoirs, de rencontres et de créations, (…) où le temps et l’espace nous appartiennent”.

L’espace a conservé ses mesures industrielles : les larges hangars se sont mutés en plateau de danse, atelier de construction ou “guinguette”, vaste espace modulable où se croisent marché de légumes frais, bar, représentations théâtrales ou dansées, concerts, expositions tout au long de l’année.  

C’est la première fois que cette exploration se fait assise, et à l’intérieur…

C’est un moment, une étape, dans notre descente du massif vers la mer où nous avons senti le besoin de faire un point. Ici le vallon se resserre, l’urbain devient plus dense, les espaces libres ressemblent plus à des délaissés industriels qu’à des îlots végétalisés.

Sur le tableau Agnès dessine une sinusoïdale.

Elle veut faire le point sur la géologie des massifs dont nous ressentons encore la présence ici ; La Déviation est lovée dans une ancienne carrière de calcaire dont des morceaux se détachent, mettant en danger les caravanes installées en dessous. L’entreprise Lafarge a la responsabilité de remettre ce lieu en état et l’on voit quelque petits hommes aujourd’ hui s’affairer sur la falaise pour poser un filet.

“La montagne, nous dit Agnès, est un paysage en « vagues » créées par la tectonique des plaques. C’est ce phénomène qui faisant affleurer les couches de roches les plus anciennes sous forme de colline les rend plus accessibles  et  permet notamment de faire l’exploitation en carrières ouvertes moins onéreuses que lorsque souterraines.

Ici la matière première, des marnes argilo-calcaires, n’a qu’une faible valeur marchande. Elle coûte moins cher que la main d’oeuvre, le combustible et le transport. Son exploitation, pour avoir un intérêt économique au regard industriel, repose donc sur un équilibre entre trois critères : la qualité du gisement, la facilité de son exploitation et la proximité de la demande. Le site de Lafarge à L’Estaque, ici, réunit ces trois conditions ; aujourd’hui les travaux urbains de Marseille et le projet Euroméditerranée aujourd’hui assurent une commande sur plusieurs dizaines d’années.

Depuis l’antiquité jusqu’au 19ème siècle, ces conditions (qualités, facilité, proximité) sont honorées déjà par de petits exploitants locaux de chaux. Une multitude de fours à chaux encore visibles dans les massifs manifestent d’exploitations à mesure familiale : petites structures de pierre sphériques où le calcaire prélevé à proximité est cuit pour former la chaux vive, base de mortier de construction.

A partir de la fin des années 1850, cette production locale s’industrialise. Trois entreprises familiales obtiennent des autorisations pour multiplier les fours : 3 fours en 1856 pour Giraud, trois fours en 1858 pour Antoine Puget, trois fours en 1869  pour Dominique Luçon.

Le début du 20ème siècle voit l’entrée de capitaux et acteurs nouveaux. Lindenmeyer est un patron protestant d’origine suisse. Avec son associé l’ingénieur Henri Liquet, ils acquièrent les infrastructures construites dans le dernier quart du siècle précédent par les chaufourniers Charles et Joseph Chauffert. Il s’agit d’un ensemble de hangars, fours, et logements collectifs assurant autant la production que l’habitat des ouvriers.

Lindenmeyer et Liquet obtiennent en 1913 l’autorisation d’en adapter les équipements en vue de produire non plus (seulement) de la chaux mais du ciment Portland artificiel à partir des matières premières déjà en exploitation à la Nerthe. La Société Coloniale de Chaux et de Ciments de Marseille, dite “La Coloniale” voit le jour.

De la chaux au ciment, il y a un lien logique d’infrastructures et de matière première qui fait muter l’industrie de plâtre et chaux vers l’industrie du ciment. Le grappier, rebut du blutage de la chaux, est déjà utilisé par les ouvriers des entreprises pour la construction de leurs habitations. Une fois broyé et éteint à la vapeur afin d’éviter tout gonflement, ce grappier devient dans les mains des ingénieurs un ciment de type Portland présentant plusieurs qualités majeures : une prise plus rapide et une résistance supérieure à celle de la chaux .

En 1950, la société toujours conduite par André Lindenmeyer devient Cimenterie de Marseille et outremer, jusqu’en 1970 où par absence de candidat familial à la succession de Lindenmeyer la société devient élément d’un groupe industriel de taille internationale, Lafarge.

Plusieurs évolutions réglementaires notables interviennent alors dans le code minier. En 1970, les carrières importantes sont désormais soumises à autorisation préfectorale puis assimilées en 1993 à des installations classées pour la protection de l’environnement. Il suffisait jusqu’alors d’une simple déclaration au maire de la commune concernée pour exploiter une carrière. Aucune mesure de réaménagement n’était par ailleurs imposée ; la carrière devenue infructueuse était laissée en état.

Le lac dont nous parlions auparavant est exemplaire de l’évolution de ces différentes réglementations. Ancienne carrière de marnes abandonnée à l’arrêt de l’activité cimenterie, elle accueille la remontée des sources, ou la récupération des eaux de pluie (Lafarge et les habitants ne sont pas d’accord sur ce point) et devient lac. Le lac est utilisé pendant plusieurs années comme un lieu de baignade par les habitants. En 2011, il retrouve un usage aux yeux de Lafarge et se voit réaffecté à une nouvelle activité économique de l’entreprise: le stockage de déchets inertes.


L’USINE, LES TONGUES ET LES JOURS LIBRES DE ROBERT

Robert est administrateur avec Francis du groupe Facebook “Tu es de l’Estaque si”. Il n’habite plus l’Estaque mais a rejoint les collines de l’arrière pays. C’est pourtant chez lui ici. Il y a grandi, travaillé, évité de devenir “un mauvais garçon” grâce à l’usine, “vécu les plus belles années de sa vie”.

Robert parle. Il parle d’une époque où la manière de vivre et de travailler au sein de l’entreprise Kuhlmann, était complètement différente d’ailleurs : on se baladait en tongues, on fumait dans l’usine, on faisait le barbecue, on mangeait avec les ingénieurs.

Robert se rappelle de ANTAR publicité : «Un métier où on peut faire des actes gratuits est un métier d’homme libre ». Un homme donnait une clé à molette à son collègue. Il faisait alors des journées de 12 h, 6 fois par semaine, et restait parfois à l’atelier le dimanche pour voir et aider les collègues. ”Tout le monde le faisait, on ne demandait pas de paiement d’heures supplémentaires. Il y avait la lutte des classes mais pas de conflit vraiment. Quelques grèves mais pas beaucoup.”

Cet échauffement en salle appelle alors le plein air. La pluie s’est calmée, nous décidons de poursuivre un peu notre descente de la pente.

Vers l’ancien site de stockage de la Coloniale puis Lafarge, en contrebas, Robert nous montrera alors ses formes de rochers préférés sur la falaise d’en face. Au-dessus de nous des arcades en désuétude témoignent des installations industrielles construites par La Coloniale pour faire du sens de la pente une opportunité. La matière première est transportée depuis la carrière en haut par des wagonnets qui glissent le long d’une trémie circulaire vers l’usine en contrebas. Déversée dans des silos, elle est broyée et additionnée de composants chimiques différents en fonction du ciment que l’on veut obtenir. C’est le cru. Ce mélange sec est passé au four pour obtenir un produit vitrifié : le clinker, puis re-broyé, pulvérisé, ensaché empilé dans les camions. Les camions franchissent les arcades du viaduc SNCF sous lesquelles se trouve toujours la balance.

LE CHEMIN DU CIMENT

Nous tentons nous aussi de suivre ce chemin des matériaux.

Aujourd’hui , parmi les différents sites en possession de Lafarge sur le massif, seule la carrière Galland est en activité d’extraction. Lafarge a cessé d’y produire du ciment à la fin des années 80 pour se consacrer à la production de granulat calcaire puis plus récemment diversifier son activité avec la gestion des déchets inertes. En contrebas de l’actuelle Déviation, les équipements liés à la production du ciment sont donc devenus désuets, les fours et les bâtiments administratifs détruits, et les espaces laissés vacants.


Alors que les cheminements publics ne nous laissent pas d’autre option que la route, nos bonnes relations de voisinage nous permettent de passer les portails et d’aller à la rencontre de Gilbert. Artiste il s’est installé dans ces espaces avec sa compagne et y a recomposé lieu d’habitation et atelier.


On y reconnaît facilement le décor du film Marius et Jeannette, en même temps que l’on ressent le dépaysement de regarder ce qu’on connaît déjà d”un autre point de vue”.

L’ÂNE ET LE VIADUC DE JEAN-PIERRE

Plus bas encore sous le viaduc de la ligne PLM, Jean-Pierre loue une partie de l’ancien site de distribution à Lafarge, dont subsiste encore l’énorme écran de balance pour peser les camions. Il est lui aussi “fils des usines de l’Estaque”,  ses parents venant de villages siciliens où les entreprises venaient embaucher en masse. 

C’est maintenant le lieu où en parallèle de son travail il fait ce qu’il aime, avoir des animaux, “s’en occuper bien”. Des ânes et des chèvres. Par terre des petites billes égales noires et blanches. Certaines sont des crottes de chèvres séchées, d’autres des résidus du broyage du ciment.

Nous quittons en nous promettant de nous revoir très bientôt, aucun de nous n’imaginais alors que c’est la pente du confinement qu’il faudrait pour quelques mois éprouver…

Les contenus de ce récit ont été produits par Agnès, Mathilde, Robert, Françoise, Danièle, Louise, Julie et la conversation collective, puis remis en forme par Louise et Julie.

LE SENS DE LA PENTE, récit #4

On vous raconte les aventures du 1000 pattes, groupe d’explorateurs de grande proximité, des voisins qui marchent pour transmettre, comprendre, se rencontrer, créer et finalement mieux prendre soin de nos quartiers… Nous cheminons cette année le long de la pente qui du Massif de la Nerthe finira par nous conduire à la mer…

Lundi 3 février, 13h30, Château de l’Air, Hameau de la Galline, Marseille, ciel dégagé 

NOUS SOMMES UN GROUPE QUI CHERCHE

Des rencontres avec les habitants ancrés depuis longtemps : André Turc, sa sœur Denise et Mr Soprano son mari, Daniel Simoni le neveu adopté par Sirio Simoni le frère de Denise → Bicou, Georges, Philippe, Anne

Des rencontres avec des nouveaux arrivants : Charlotte → Claire, Julie, Aldo

Le sens des mots, la toponymie, des cartes, des poèmes, des chansons, des collections de noms → Danièle, Josyane

Des matériaux à « cueillir » dans les collines, dans les lieux interdits, dans le lac  → Louise, Agnès, Pascal, Ana

Des histoires des puits, de la construction du tunnel ferroviaire et de ses apports de population d’ouvriers italiens  → Mathilde, Jean

Des grottescelle où aurait vécu la famille Puget, celles qui ont abrité les troupeaux, celles où on a prié, celles où l’on a trouvé refuge, au fil des besoins de se réfugier → Jean, Sabine

Des usages, des mémoires mais aussi des sensations, des perceptions, des ambiances → Morgane, Jonathan, Françoise

Le début d’une histoire…

Un détective privé, engagé par une grande collectionneuse, est chargé de retrouver la vierge de La Galline. Ce bijou inestimable du moyen-âge a été sauvé des saccages de la révolution française par les habitants du hameau. La vierge aurait été enterrée en 1789 dans un endroit devenu un parking souterrain en 1992. A l’aide des recherches d’une jeune céramiste sur les matériaux des environs, le détective apprend que la vierge serait maintenant ensevelie au cœur du centre de stockage de déchets inertes de la Nerthe, dont la rumeur dit qu’il serait en passe d’être racheté par des turcs, ou des grecs.

Le détective, la collectionneuse et la céramiste arriveront-ils à faire forer le gigantesque remblaiement au bon endroit ? 

Et pourront-ils obtenir le soutien des habitants sans réveiller les convoitises locales ni se faire démasquer par ceux qui règnent tels des Seigneurs sur ce territoire, les frères Lafarge ? 

Mais est-ce vraiment le début ou la fin ?

 Je suis le dernier des Turc !

 C’est le récit d’un homme …

… « parti ailleurs »…

             … en phase avec l’histoire d’une famille rurale sans paysan…

… « en conflits », coupé des siens et peu à peu de son sol…

Pierre Turc le grand-père d’André, mort à 40 ans ; il possédait toutes les boulangeries du bassin de Séon qu’il alimentait en coupant le bois sur le massif ; avec cet argent, la famille peut racheter la ferme de l’Hermitage.

André en 2001, suite à l’incendie sur le massif de la Nerthe, coupe du bois et le vend ; avec cet argent il refait les studios.

Propriétaire d’une partie de la route il la loue à Lafarge. 

André Turc décrète qu’il est le dernier, qu’après lui, plus rien ne restera de la famille Turc. 

Alors tournons-nous vers demain, vers ce que nous pouvons dans notre imaginaire collectif rêver, réinventer. 

Tournons-nous vers ces nouveaux habitants de la Galline qui sont les acteurs de ce qui se fera demain.

Remontons à la ferme et traversons les champs en attente. 

Tout en poursuivant notre descente vers la mer et l’Estaque, refaisons ces allers et retours jusqu’à Cossimont pour repenser l’entrée de la Ville, faire revivre ces arbres et y cueillir les fruits tant qu’ils en portent. 

En attendant que les poètes reconstruisent ces sites, que les peintres cultivent ses collines et que les marcheurs y fassent paître les chèvres du Rove. 

Contrastes…

Jonathan : Nous passons d’un état de calme et sérénité dans ce paysage bucolique et de campagne à un état d’alerte et de tension quand un avion passe au-dessus de nos têtes. En effet, cette proximité de sentiments est très étrange, car nous avons l’envie de vivre ici, dans cet environnement particulièrement accueillant par sa qualité de nature sauvage, du confort qu’offre le hameau et de son calme apparent alors que nous sommes régulièrement mis en alerte lorsqu’un avion ou camion passe à toute vitesse. Entre la lenteur et l’hyper activité, l’hospitalité et l’inhumanité.

Morgane : Premières sensations – En contrehaut de l’église, le soleil frappe nos joues. Entre mer et collines, on se rappelle à Marseille lointaine. Au-dessus de nous, une ronde de gabians par centaines ; elle laisse vite place à un avion assez proche pour qu’on en distingue bien la silhouette et les couleurs. Son bruit arrête la discussion. Un couloir aérien emprunté par différents volatiles. Au village, interdiction de klaxonner – sur un panneau jamais-vu. Un autre avion au-dessus de nous, et son bruit qui déborde nos mots. 

Jonathan: D’autres sentiments vont et viennent régulièrement entre l’introspection et l’exhibition. Dans certains endroits (comme le lac par exemple) nous perdons tout repère ; l’eau nous rappelle le niveau 0 de la mer alors que nous sommes en altitude et le paysage, délimité par les crêtes des collines avoisinantes,  nous amène dans une posture de solitude, puis de sérénité voire d’intimité. Ces sentiments sont très vite rattrapés par celui de dévoilement ; quand nous sommes en haut de ces mêmes collines où nous pouvons voir loin et où nous pouvons être exposés à tous les regards et coups de mistral. Nous nous rattachons à nos repères bien ancrés.

Morgane : Toujours à Marseille oui, puisque les panneaux électriques arrachés dévoilent leurs coulisses, que les bennes à ordures dégueulent à côté du ruisseau.

Jonathan : Encore le même contraste entre les moments de déambulation dans la garrigue en toute liberté stoppée net par des grilles infranchissables avec des panneaux d’avertissement comme seul moyen de communication.

Morgane : Quelques indices d’un ailleurs… Peut-on parler d’un habiter ici ? Entre villa pimpante et barrières rouillées. C’est un village presque fantôme. Des traces du passé s’inscrivent dans les carrés de paysage abandonnés. Les roseaux y reprennent leur droit. Sur un mur, le vent et la pluie effacent les ayants-droits : la mention d’un « jardin » passé se devine dans la pierre, à côté d’un panneau délavé portant l’inscription « CIMENTS LAFARGE – ENTRÉE INTERDITE – DANGERS – TIRS DE MINES ».

Jonathan : Ce morceau de territoire est comme un palimpseste, il est construit sur plusieurs couches dans le temps long de son histoire, mais aussi de couches d’usages qui n’ont rien à voir les uns avec les autres.

Je me demande dans quel autre endroit du monde on pourrait entendre d’une même voix un chœur si éclectique : camion, coq, avion, gabian, train et vent.

Et pendant ce temps, promenade d’une cheminée à l’autre (trous d’aération de la ligne de chemin de fer sous nos pieds) avec Charlotte, habitante du hameau depuis 2007.

CHEMINÉE N°19

CHEMINÉE N°18

On voit aujourd’hui que la cheminée n°18 a été récemment incluse dans un enclos privé qui ressemble à un petit ranch improvisé avec un cheval. 

A côté, une entreprise de terrassement, de nombreux camions, des barrières encore et encore et une drôle de confusion des noms puisque ces nouveaux habitants sont… des turcs…

La solidarité d’un groupe d’habitants a existé dans la lutte contre les multiples décharges, à propos du lac où on pouvait avant se baigner, pour la préservation du massif, mais le découragement prend parfois le dessus.

La difficulté du quartier : chacun fait fait fait c’qui lui plaît plaît plaît, et les petits arrangements (entre voisins) comme les grands (avec les industriels) ne vont malheureusement pas souvent dans le sens du commun.

La loi du plus fort?

D’autres lois dans tout ça ?

NOUS SOMMES UN GROUPE QUI SE RETROUVE ET SE RACONTE SES SENS DE LA PENTE (à suivre…)

Les cheminées des collines, entre pastoralisme et toxic tour

Réalisation par Guillaume Baudoin / Production Hôtel du Nord et l’association environnement Septèmes-les-Vallons et environs – AESE.

Chaque année la coopérative Hôtel du Nord propose de construire à plusieurs, sous le nom collectif du Mille pattes, de nouvelles balades avec ceux qui en ont envie, voisins d’à côté ou d’un peu plus loin.

Ce film restitue de manière sensible une balade construite collectivement à Septèmes-les-Vallons autour des enjeux écologiques d’un territoire partagé entre activités industrielles, péri-urbanisation de Marseille et préservation des milieux naturels.

Textes écrits par les habitants, balade filmée le 16 novembre 2019. Avec Pierre de l’association Septèmes-les-Vallons patrimoine, Isabelle, Anne-Marie, Henri et Bernard de l’AESE, Malika, Agnès, Carole, Georges, Julie, Dominique, Stéphanie, Claire, Agnès, Louis, Virginie, Nathalie et Eric de la Ferme communale de Septèmes-les-Vallons. Merci à Sylvie pour les Fantaisies tricotées de Tata Patchouli, au Bureau des guides du GR2013 et à tous ceux qui sont venus participer ou contribuer à nos recherches. Merci à Guillaume pour ce film. Merci aux cheminées, aux chèvres, au ruisseau, aux pierres et aux herbes folles des collines.

LE SENS DE LA PENTE, récit #3

On vous raconte les aventures du 1000 pattes, groupe d’explorateurs de grande proximité, des voisins qui marchent pour transmettre, comprendre, se rencontrer, créer et finalement mieux prendre soin de nos quartiers… Nous cheminons cette année le long de la pente qui du Massif de la Nerthe finira par nous conduire à la mer…

6 janvier 2020, La Nerthe, Marseille

ÇA COMMENCE PAR UN AVION

Les notes de ce beau lundi de janvier ont été perdues dans la colline. Mais nous avons nos mémoires, nos sensibilités, nos outils (quelques uns dessinent, d’autres enregistrent ou écrivent).
Alors on tente d’assembler nos fragments, en acceptant les trous et les petits glissements de sens parfois… Ça fait partie du sens de la pente!

SOUVENIRS…

Agnès: Je me souviens de Noël qui raconte ses séjours d’été : “Je venais là, à l’époque on l’appelait la Coloniale. On n’avait pas le droit d’aller seuls dans les collines. Les garçons et les filles étaient séparés. Le directeur de la Coloniale, il habitait à Cossimont, on ne devait pas le déranger. Mes parents, ils travaillaient dans les tuileries. Mon père il était dans les mines jusques dans les années 50. Même les enfants de ceux qui travaillaient dans le bâtiment, ils y avaient droit. Là-bas, c’était mon premier baiser. Il est resté longtemps le pin avec le coeur gravé et nos initiales. Mais après il y a eu le feu. C’était plutôt un centre aéré, à la journée. On avait joué “la partie de cartes” de Pagnol, même que je jouais Panisse. On montait avec le bus. La route, c’était pas la même qu’aujourd’hui. C’était étroit mais cimenté et on arrivait direct sur Cossimont.”

Dominique: Je me souviens que Marie-Blanche n’avait pas voulu se garer à quelques pas de notre lieu de RV, jugeant cette route où bien d’autres parmi nous ont installé sans vergogne leurs voitures, interdite aux pauv’péquins que nous sommes, propriété de Lafarge, essentiellement destinée aux camions Lafarge… Durant notre long moment de discussion au tout début de la balade, nous avons constaté que bien des camions sillonnaient la route derrière nous, et s’en est suivi, justement, une longue discussion, assez précise et technique sur les raisons de ce statut de route privée, les frontières exactes de la propriété de LAFARGE, et … de nouveau, sur les luttes des habitants pour sauvegarder tel ou tel périmètre (cf récit précédent).

Julie: Je me souviens avoir alors pensé « Alors la route aujourd’hui accessible a un usage public est une route privée, et la route publique nous est devenue inaccessible, presqu’invisible.”Et je me souviens aussi d’entendre Marie-Blanche nous raconter le tournage du beau film de Jean-Pierre Thorn, Je t’ai dans la peau, dont une des scènes se passe à Cossimont.  Je me souviens alors d’Agnès nous racontant l’histoire de sa mère, qui à la manière de l’héroïne du film s’est « défroquée » pour poursuivre tout d’abord le mouvement des prêtres ouvriers dont l’un des QG était le quartier de St Louis et son église de béton, puis plus tard la lutte dans les cellules communistes actives dans ces quartiers de Marseille. Je me souviens de ces frottements permanents entre ces missions religieuses et ces militances sociales, avec souvent le plafond de l’ »appareil » qui ici et là empêche.  Je nous entends en plein milieu du massif de la Nerthe parler des mouvements de femmes et des premières banderoles d’Agnès formée aux slogans féministes par Lucienne Brun, grande activiste du bassin de Séon décédée la semaine précédente…


Agnès: Je me souviens que le film de J.P Thorn, c’est une histoire vraie qui s’est passée à Lyon et que Marie-Blanche a milité dans les luttes féministes avec l’héroïne du film (pas l’actrice, la vraie).  Et que l’ancienne route s’est trouvée désaffectée car par arrêté préfectoral Lafarge a été obligé de construire une nouvelle route, celle que nous empruntons régulièrement et qui de fait est une propriété privée avec du coup un problème du stationnement le long de cette route. Pourtant c’était la plus ancienne route du Rove, route d’usage de toutes les circulations de hommes depuis bien longtemps… Ce qui nous amène à nous parler du récent compromis de vente des terrains par Lafarge au Conservatoire du Littoral suite à longue lutte des habitants, soutenue également par la mairie de secteur, de la clause suspensive à cette vente qui engage la construction d’un demi-échangeur dans les 5 ans… Lutte gagnée mais résultat pas gagné… (cf récit précédent)

Danièle: Je me souviens  que nous sommes enfin partis en tournant le dos à Cossimont en direction de la ferme Turc, et de Bicou qui tente de situer les différents propriétaires et terrains : Lieutaud, Turc, Lafarge, Lamy…Dans un paysage et une vue magnifiques, nous nous demandons pourquoi ce nom, Turc… On se dit qu’il ne faut pas oublier de rechercher toutes ces étymologies.


Claire: On se souvient qu’après cette halte un peu longue, la marche reprend dans une jolie garrigue. Alors Josiane raconte un souvenir de son mari qui travaillait (pour Lafarge, vrai ou faux ?) au Vénézuela. Avec les pneus, ils fabriquaient des tuyaux poreux pour irriguer le désert à Abou Dabi. S’ensuit une séquence de “téléphone arabe” dont nous avons un enregistrement qui n’est pas piqué des hannetons.

Danièle: Je me souviens des “dinettes” des chasseurs, abris avec un semblant d’air de maisonnettes, il y en avait un qui avait utilisé une planche à repasser…

RÉCIT (à plusieurs voix à partir des enregistrement réalisés par Louise) 

Nous longeons dans un paysage bucolique ce qui fut la carrière Lamy.

Arrivée en fin d’exploitation cette carrière fut rebouchée, plutôt par gravats que terre végétale, et réhabilitée comme l’oblige aujourd’hui la loi quand une carrière arrive au terme de son exploitation. Cet espace a successivement été l’objet d’un désir d’extension de Lafarge, d’utilisation en zone de stockage de déchets inertes, puis en zone de stockage de containers. Les collines et terrains privés sont depuis longtemps une économie foncière à Marseille, le port se refusant à accueillir les stockages de conteneurs à moindre prix et les entreprises de conteneurs se refusant à payer le prix que pourraient leur demander le port…Les projets ont jusqu’alors été toujours abandonnés, cet espace étant également classé en zone naturelle au titre de ses qualités écologiques.

En contigu sur notre droite, nous voyons un monticule de terre. C’est ce qui reste de la “montagne de pneus, qui empêchaient de voir les arbres » nous dit Noël.

Lafarge brulait les pneus du temps de l’usine. Quand on l’a fermé en 1985 pour ne garder qu’une zone d’extraction, ils ont continué à être stockés là.  Il y aurait eu des projets du côté de Lafarge pour en faire un ré-usage industriel, un recyclage sous forme de poussière pour en faire du combustible qui aurait assuré une économie de 10 à 15% de fioul à la cimenterie Lafarge de la Malle qui se trouve dans le massif de l’Etoile.

Ces projets n’ont pas abouti et à partir de 1991 par arrêté préfectoral Lafarge les a enterré là.  Résultat, la collinette sur laquelle nous marchons, et qui a ensuite été revégétalisée.

La ferme dite Turc, ou Ferme en briques ou L’Ermitage, est une grande bâtisse blottie dans le vallon, à l’architecture comparable à certaines bâtisses de Cossimont (avec les fenêtres en ogive). Cette bastide est devenue successivement campagne de chasse puis bâtiment à usages agricoles.

Elle appartenait au docteur L’Homme qui s’en servait essentiellement pour chasser, puis a été achetée par les Turc en 1920, qui en exploitent alors surtout les terres agricoles, “plus de quatre cent oliviers dans le vallon”, et y gardent les mulets.
Ils s’y sont pourtant déplacés les deux dernières années de la guerre en 43-44, leur propre ferme en bas au côté de l’église étant réquisitionnée par les allemands.Par la suite, la bâtisse reprend usage comme bâtiment agricole. Le rez de chaussée notamment est prêté aux bergers “jusqu’à ce que’un jour leurs brebis en liberté bouffent tout le blé des prés exploités par les Turc”.

Agnès nous raconte son expérience de cette ferme en 1974, lieu favori de virées nocturnes adolescentes, emplie de charrettes, de herses, de trucs, de bagnoles, “dont une merveilleuse voiture, une Delage Delahaye” dira plus tard Noel. Avec ses copains de virée, elle y découvre un temps étrangement suspendu : la maison est toujours meublée, la casserole est restée sur le feu, le stylo et le livre de compte ouverts sur la table.

La maison perdure dans ce “semi abandon”, est prêtée un moment à deux jeunes qui y organisent des fêtes gigantesques et est protégée au quotidien par Monsieur Simoni Sirio ( frêre de Mme Turc née Simoni) et de son neveu Daniel Simoni qui ont entretenu les près et l’oliveraie, les préservant par exemple de l’incendie de 2001 en les arrosant plusieurs fois par jour, en les taillant et les traitant contre les mouches, jusqu’à ce que leur santé les en empêche, il y a maintenant trois ans.

Le devenir de cette campagne est incertain. Elle bénéficie, comme tout le massif, de la double classification en zone agricole et PPRIF qui interdit d ‘y étendre l’urbanisation au-delà de ce qui existe. La bâtisse ne peut donc pas être raccordée à l’eau, ni à l’électricité et n ‘a de valeur que celle de ses terres agricoles, c’est a dire, pécuniairement parlant, nada.
“C’était censé autrefois valoir beaucoup, donc quand il y avait un héritage autrefois on donnait les terre agricoles aux garçons et les terres en cailloux au bord de la mer aux filles, parce que ça ne sert à rien.”
(On apprendra plus tard par Marie Blanche des précisions sur les modalités de  ce classement en zone agricole. L’auto construction , les caravanes, les constructions nouvelles, les entreprises travaux publics, stockage de véhicules de travaux publics, y sont interdits jusque dans le hameau et pourtant…).

Quelle relève pour ce bâtiment et ces terres inexploitées, “la provence de Giono” dit Bicou? Hors micro, on traverse ces jolis champs, on retrouve un puit caché sous une végétation bien irriguée encore, on parle d’agriculture multiforme, d’apiculture,  d’oliviers, d’amandiers, d’élevage, de ferme pédagogique, d’horticulture et de cultures de plantes médicinales, …

Le bucolique s’interrompt brusquement au remblai qui soutient la route des camions de Lafarge. Monsieur Turc, le père d’André et Denise, n’avait pas voulu vendre à la coloniale et s’est farouchement opposé toute sa vie à l’entreprise d’exploitation minière précédent Lafarge. Il semble qu’il voulait y préserver ce paysage agricole et végétal.
Au dessus sur la crête, dans notre dos dit Noël, c’est l’ancienne voie romaine qui reliait Marseille à l’étang de Berre. On la dessine à la cime des pins qui y dessinent une ligne. “Cette partie est restée intacte encore, en parallèle au chemin moderne avec les rayures dans la roche des charrettes”.
Le chemin en contrebas de la route devient blanc de cette poussière qui vole des camions qui la sillonne, aller-retour.
Le lac apparaît à droite en contrebas de falaises plus ou moins défendues par des barrières. Certains les franchissent, d’autres interpellent sur l’instabilité des matériaux de la falaise.

Le lac est beau. Il a un usage depuis des dizaines d’années, bien qu’interdit, de loisir. L’eau est bleue, bleue, bleue.  Elle a surgit dans cette ancienne carrières de marnes par remontée des nappes phréatiques et sources dans le vide créé. Aujourd hui, elle participe toujours à la logistique industrielle de Lafarge en lui permettant d’arroser les poussières issues de la carrière encore exploitée derrière nous plutôt que d’utiliser de l’eau dite de ville, soit traitée, donc potable.
L’entreprise Lafarge a diversifié ses activités en récupérant le (abondant) marché de gestion de déchets inertes de Marseille (multiples gros chantiers type Euromed, L2…). Elle a commencé à combler le lac avec ces déchets issus du bâtiment, répondant à la réglementation qui exige de reformer les volumes défaits après exploitation minière. Les déchets inertes ne sont pas dangereux et sont très contrôlés, dit Marie Blanche, mais des matériaux se diffusent malgré tout dans les sols et les ruissellements, et le plastique qui y est contenu remontait à la surface de l’eau, y flottait et en a abimé la qualité.
Lafarge interrompt le comblement et en 2016 adopte une autre stratégie en stockant les déchets à l’arrière du lac, le laissant diminué, encerclé de barrières, mais toujours lac.

A présent, les camions enfouissent la colline, que l’on voit en arrière plan du lac, sous ces gravats de travaux public en y dessinant depuis la base jusqu’au sommet un serpentin de restanques blanches. On voit encore le sommet de la colline surgir boisé de cette nouvelle fausse montagne minérale. Agnès voit de son oeil d’aigle des plantations à la base de cette nouvelle fausse montagne minérale.
Un nouvel enjeu d’occupation de ces espaces est abordé : les conteneurs…
Quand on redescend vers le hameau et avant de découvrir avec Daniel Simoni la petite chapelle de la Galline en mangeant la Galette (nous sommes le 6 janvier!), Noël nous montre “le chien qui regarde la lune”.

ET ÇA FINIT PAR UN AVION

LE SENS DE LA PENTE, récit #2

On vous raconte les aventures du 1000 pattes, groupe d’explorateurs de grande proximité, des voisins qui marchent pour transmettre, comprendre, se rencontrer, créer et finalement mieux prendre soin de nos quartiers… Nous cheminons cette année le long de la pente qui du Massif de la Nerthe finira par nous conduire à la mer…

Vendredi 8 novembre, 9h30, sensation d’une première journée d’hiver, ciel bleu vif.


Avant de rejoindre le domaine de Cossimont on se retrouve à la Déviation. La plupart d’entre nous connaissons déjà le lieu pour venir y partager les proposions artistiques qui régulièrement ré-inventent cet ancien atelier de réparation mécanique de Lafarge. Mais aujourd’hui nous profitons de cette situation un peu différente pour plonger avec Aldo dans les coulisses de l’aventure.

Si on tire les fils de l’histoire géologique et industrielle, on est bien ici dans notre “axe du calcaire et de la Coloniale” (la première cimenterie qui commence ici à creuser la carrière avant d’y installer plus tard des ateliers). Ce tricot se poursuit dans le présent du lieu puisque c’est justement aujourd’hui que des petits hommes perchés installent de grands filets de protection pour sécuriser la falaise de l’ancienne carrière.Ils sont missionnés à la demande des habitants de la Déviation par Lafarge, le puissant voisin qui possède toujours à l’heure actuelle une grande partie du foncier de ce côté du massif de la Nerthe.

Le projet de dévier ces lieux pour en faire un espace de vie et de production artistique est né d’une petite équipe d’étudiants ayant le goût de la communauté aventureuse.

Rejoints par quelques autres et notamment Aldo qui partage avec nous ce matin ce récit, et qui n’en est pas à sa première expérience du genre, ils sont une quinzaine à s’installer d’abord en location et à vivre sur place pour transformer leurs loyers en force vive de construction. Les aménagements réalisés en autoproduction sont impressionnants (studios de danse, ateliers, studio cinéma, théâtre…)! 
Rapidement arrive à la fois le souhait d’acquérir le lieu mais aussi de ne pas vouloir faire le jeu de ce marché de l’immobilier qui nous met si souvent en contradiction et en tension les uns avec les autres.L’objectif devient alors de trouver à la fois les fonds mais aussi le statut juridique pour assurer la durabilité du projet et l’impossibilité de spéculer sur le foncier (problème récurrent dans les achats collectifs quand arrive le temps des reventes des parts ou des lots).C’est finalement l’association joliment nommée le “Parpaing libre” qui sera propriétaire à partir d’avril 2019, et tout le monde reste locataire…

On aurait pu passer la matinée là, à se promener entre traces du passé, usages présents et projets à venir, mais au détour de la route sinueuse Cossimont nous attend.

Nous remontons ainsi toujours l’axe du ciment et de la construction, puisque ce vieux domaine agricole, en fait une grosse ferme qui vraisemblablement pavillon de chasse du Marquis de Marignane, fut propriété de la grande famille de tuilier Sacoman avant d’être racheté par la Coloniale pour passer ensuite entre les mains peu bienveillantes des cimenteries Lafarge.


Nous sommes là à la croisée de plusieurs chemins…

3 communes d’abord: Marseille, Le Rove et les Pennes Mirabeau.
Au-dessus de nous s’enchaîne le ballet des avions, orientés à l’atterrissage par les 2 balises qui nous font face.
Au-dessous de nous passe le tunnel du Rove et sa longue suite de chiffres: 24 puits qui permirent son percement et qui aujourd’hui ponctuent le paysage, 185 m de profondeur pour le plus grand, 4633 mètres de long, 8500 ouvriers, 300 morts pour le construire, plus de 100 trains par jour…

Passages…

Ces collines qui séparent l’étang de Berre et la mer racontent ainsi la longue histoire des hommes qui passent, qui veulent passer à tout prix.

Jean nous donne à voir et à sentir ces strates du passage, du chemin antique à la route industrielle, des Celtes dont on devine devant nous l’oppidum de La Cloche, aux pipelines de gaz qu’on aperçoit le long des pentes.
Nous rejoignons ce qui reste du domaine. Ferme, pavillon de chasse,  habitat de l’un des directeurs de la Coloniale, colonie de vacances /centre aéré pour les enfants des salariés des usines, les bâtiments seront finalement détruits partiellement mais volontairement par Lafarge, par abattage des toitures qui en France attestent de l’ «  habitabilité » d’un bâti (donc déterminent aussi les taxes foncières et impôts locaux).

Habitante de l’Estaque, Jacqueline était là par hasard quand les bulldozers sont arrivés un jour de 1990. 

Envoyée par le supplément quartier du « Provençal » pour lequel elle travaillait, elle s’intéresse à ce moment-là à celles et ceux qui habitent au hameau de la Nerthe, qui arpentent la colline et en prennent soin. 
A sa grande surprise elle découvre qu’il existe des chasseurs écolos ici, mène l’enquête, écrit une double page et tombe sous le charme de la vie à la Nerthe.

Elle-même passe ensuite une bonne dizaine d’années à la Galline, avec sa famille et ses 7 chevaux (qu’elle a amené depuis St Julien Les Martigues en 1991, empruntant l’ancienne route Celte…) qui pâturent dans les près de la famille Turc avec qui elle avait un accord d’occupation.

La famille Turc est la plus ancienne famille de la Nerthe, et l’une des 2 familles qui possèdent la plupart des terres après Lafarge. Jacqueline et son mari François, le garagiste de l’Estaque, sont très impliqués dans la défense de l’environnement et du hameau. Ils ont alors élaboré un projet de création d’un centre équestre (Poney-club), qui n’a pu voir le jour à cause de l’incompatibilité des activités équestres avec les activités de chasse, notamment sur les terrains de Lafarge. C’est aussi dans ces années là qu’elle participe à la création de l’association « La Galline mon poumon ».

A ce moment de nos conversations commence le “cimetière” des projets qui ne verront jamais le jour, et l’inventaire des luttes pour donner une valeur patrimoniale au massif ainsi qu’un peu de souci écologique aux décideurs. 


Vincent, autre habitant fondateur de “La Galline mon poumon” nous en raconte une partie. Les travaux des nombreuses associations (CIQs, Association Estaque Environnement, Cap au nord…) qui se sont régulièrement mobilisées, notamment lors de l’élaboration de schémas d’orientation urbaine (PLU, SCOT…), éclairent aussi cette succession de très patients combats, parfois gagnés, parfois perdus, parfois on ne sait plus.
Au milieu des ruines, des cartes d’urbanisme et des archives associatives on se perd un peu mais on constate la motivation très affirmée des habitants à protéger le massif en y développant des activités « douces » (projets de valorisation des sentiers et du patrimoine, de sylvopastoralisme, d’arboretum, d’activités sportives et équestres…). 


Victoire en suspension

En l’état de notre compréhension, qui s’affinera au fil des prochaines explorations, on peut tout de même essayer de résumer les grand sujets dépliés devant les ogives en brique…:

Les négociations et luttes se sont concentrées depuis la fin des années 90 d’abord sur l’articulation entre le classement du massif dans les documents d’urbanisme et l’aménagement d’un nouvel échangeur à partir de l’A55 afin de stopper le flux incessant des poids lourds qui traversait tout l’Estaque. L’idée défendue alors par les associations était de construire l’échangeur mais de classer le massif en zone de protection d’espaces verts et zones agricoles, alors que le plan d’occupation des sols de l’époque proposait un classement en zone urbanisable. 

Dans cette même période, les projets d’aménagement abordent également la question du stockage de conteneurs du Port, sujet récurrent pour lequel l’agence de l’urbanisme de Marseille imagine à l’époque un stockage chez Lafarge.  Enfin est également prévu, toujours dans les terrains de Lafarge, la mise en place d’un centre de déchets inertes dans l’ancienne carrière, désaffectée depuis 1981 et devenue avec le temps un beau lac naturel particulièrement riche en biodiversité…

Plus de 15 ans plus tard, en 2014 et dans le contexte des élections municipales, les associations refont le point et interrogent les candidats. En 2011 tous ces projets portés par Lafarge ont obtenu leur autorisation préfectorale. L’échangeur et la bretelle d’autoroute sont néanmoins devenus un projet de demi-échangeur avec une voie d’accès privée pour Lafarge, ce qui convient mieux aux associations qui voient en l’échangeur une promesse d’urbanisation. L’inquiétude est alors très forte sur le comblement du lac et le stockage des conteneurs dans le massif qui vont à contre-sens des divers projets de valorisation des collines en site naturel et patrimonial.


La grande revendication pour véritablement engager les partenaires à la fois industriels et publics vers une autre orientation semble alors la cession des terrains au Conservatoire du Littoral. Une décision avait en effet été prise dans ce sens pour les terrains marseillais en 2005. Mais en 2014 toujours rien n’avait été mis en oeuvre.

Nous sommes en 2019… 

Le lac a été partiellement comblé, les camions font un grand détour pour ne plus passer par l’Estaque mais attendent toujours leur demi-échangeur… qui est devenu la clause suspensive d’une promesse de vente de 90 hectares signée entre Lafarge et le Conservatoire, le 14 avril 2019…  Une victoire en suspension… Et du côté de la mairie de secteur on parle maintenant d’école de l’environnement pour la ferme Cossimont…


Pour digérer tout ça on continue le jeu de piste dans le domaine décomposé.

Jusqu’à ce qu’une cascade de chèvres du Rove dévale la pente nous entraînant nous aussi dans leur course légère!

Autour d’une dernière fleur de ciste, nous décidons que pour la prochaine exploration nous irons voir et comprendre avec nos pieds l’activité et les projets liés à Lafarge, ainsi que les reliques de l’activité agricole de la famille Turc.

Photos Dominique Poulain et Julie de Muer


RDV devant Cossimont le 5 décembre de 9h30 à 12h30

LE SENS DE LA PENTE, récit #1

Dimanche 13 octobre après-midi, soleil, peu de vent.

Comme souvent au démarrage d’une création de balade collective il y a une sorte d’hésitation et de trouble. Nous ne nous connaissons pas tous, nous ne sommes pas sûrs d’avoir bien compris ce qu’on va faire et pourquoi on va le faire…, mais nous sommes là. 

Le LÀ de ce dimanche après-midi s’appelle Thalassanté, un hameau de conteneurs qui tient plus de l’art de vivre au cabanon que de la mondialisation du transport maritime. Une histoire commencée il y a une vingtaine d’années autour de la mer et réinventée en outil commun très polymorphe par des plus jeunes depuis 4 ans.
Dans le NOUS il y a ceux qui s’activent à donner cette nouvelle vie à cet endroit, ceux qui habitent pas loin depuis longtemps, ceux qui résident depuis plus récemment au travers de l’implantation d’une aventure artistique joliment nommée la Déviation, ceux qui viennent d’un peu plus loin et qui ont pris goût à explorer avec leurs pieds le quartier d’à côté…
On en vient alors au QUOI FAIRE? Si tout le monde est d’accord sur cette idée simple de marcher ensemble en version « exploration », on commence par mettre chacun sur la table ce qui nous plaît, nous parle, quelle est notre relation à ce fragment de l’Estaque.


D’habitude l’un de nous prend des photos, ou dessine pendant nos rencontres. Mais ce dimanche après-midi réunis autour d’une table, personne n’y pense. Alors un petit remix temporel image les propos glanés avec des photos de Dominique, prises lors de nos précédentes balades.


L’histoire de Vincent est celle d’un habitant qui découvre il y a une vingtaine d’années par un discours assez musclé du directeur de l’école élémentaire qu’il vit dans une zone Seveso et que la colline sauvage où il aime se promener est toujours une colline industrielle, même si les usines ont cessé leur activité. De cette prise de conscience émergera une série d’actions avec d’autres autour des déchets, jusqu’au réaménagement de la petite zone de pique-nique juste avant La Galline qui n’était à l’époque qu’une décharge ravinée. Vincent a revisité ces histoires en les mêlant à la plus contemporaine aventure de la « dépollution » des sites de l’industrie chimique, dans un “toxic tour » portant le nom d’une plante aux grandes capacités d’adaptation aux terrains dégradés: l’Asphodèle.

François, voisin de table aujourd’hui et voisin de vie à l’Estaque, a réalisé pas mal d’entretiens sonores lors de cette construction de balade, qui racontent les enjeux urbains ou écologiques du massif de la Nerthe dans cette période de transition, mais aussi témoignent de la vie de ceux qui ont travaillé non pas dans les usines chimiques mais dans leurs cousines du BTP.


L’histoire du ciment c’est celle dans laquelle la Déviation s’est installée. Adrien nous raconte l’intérêt de ses jeunes habitants artistes à mieux connaître cette trame qui traverse toute la pente, de Lafarge tout en haut, au port où nous sommes tout en bas. L’axe de La Coloniale, la première cimenterie. Louise et Juliette, artistes installées à la Déviation ont d’ailleurs déjà bien démarré l’exploration en s’intéressant aux voitures carbonisées et aux matériaux résiduels de ces paysages marqués par la production chimique. Elles en travaillent des formes, notamment en les cuisant comme des céramiques.

Angélique habite quant à elle l’une des anciennes courées des usines Kuhlmann. Elle aime les sociabilités qui accompagnent cette organisation de l’habitat, a connu quelques anciens des usines et a très envie d’en savoir plus, d’autant plus que l’école Fenouil où elle enseigne a déjà accumulé beaucoup de matériaux sur « Le temps des usines » (nom du journal réalisé par les enfants sur ce thème).

Et il y a Agnès, l’habitante toujours motivée à relier, qui rêve d’atteindre la limite nord qu’est l’ancienne colonie Cossimont en venant… à cheval à partir de Martigues! Et les souvenirs de Georges d’une vieille danseuse de cabaret qui vivait au Vallon des Abandonnés. Et le désir de Nathalie que ces temps partagés à fouiller ensemble nous permettent de mieux nous saisir des enjeux actuels quant à l’accès à la mer, et de comprendre ce rapport toujours un peu mystérieux au Grand Port. 


On se dit qu’il y a tous ces sujets et ces lieux qui nous attirent, mais qu’il y a aussi les manières de regarder qui dans notre groupe très diversifié donnent envie de jouer ensemble.
Et puis à la fin, on constate le plaisir qu’on ressent de ne pas savoir où tout cela peut nous conduire, à quels parcours, quelles formes, quelles interventions. 


Nous savons en revanche que ce mélange de structures artistiques, de lieux, d’habitants va forcément nous conduire cette année à apprendre, faire des rencontres, mais aussi tester et inventer des manières de se relier pour vivre un peu plus ensemble dans la pente, jusqu’à la mer…

Alors rendez-vous est pris pour une première balade d’exploration. Nous partirons de l’ancienne colonie Cossimont pour aller… on verra bien où…

Les ânes sont revenus à Foresta…sur le chemin d’une école de la nature

Hôtel du Nord partage avec vous le récit du groupe d’habitants qui s’impliquent au côté de Bénédikte et de ses 14 ânes sur les terrains de Foresta. Une histoire pour découvrir cette aventure en construction mais aussi pour inviter à la rejoindre, elle est collective et ouverte à tous !

Pour entretenir les herbes folles des 16 ha du territoire de Foresta, les 14 ânes de Bénédikte de l’association Mont’ânes sont de nouveau marseillais…, pour prendre soin des lieux et aussi pour le plus grand plaisir des enfants et habitants des quartiers Nord.

Des ânes à Foresta pourquoi ?

  • Pour la tonte écologique du lieu
  • Dans le cadre de la mise en place progressive de l’école de la nature avec pour commencer (les mercredis des petits bergers de 14h à 17h30, gratuit sur inscription Nathalie 06 99 01 23 10)

Car les ânes sont aussi un support magique aux échanges entre les êtres humains !

Vue sur mer avec ânes

Ils sont arrivés le 24 mars à l’occasion de la fête de printemps de Foresta, à pattes du parc de Pichauris (Allauch) par le massif de l’Etoile, puis en camion de Château Gombert pour être à l’heure à la fête !

Dès qu’ils sont sur place les enfants du quartier le sentent et sont aimantés par ces doux animaux au long poil. Des relations se nouent avec les personnes qui en prennent soin : Bénédikte, Jonathan, Agnès, Nathalie, Vincent (responsable des jardins partagés du Belvédère voisins).

Le 10 avril les enfants de l’ITEP de St Louis et ceux du quartier se lancent courageusement dans un grand nettoyage du futur parc des ânes (au Bd d’Hanoï), afin qu’ils ne se blessent pas. 

Bergers sur mer

Bénédikte leur parle des ânes et de leur mission sur Foresta.

Puis on passe à l’action !

Nettoyage des déchets pour les ânes devant le jardin du belvédère

On trouve beaucoup beaucoup de déchets : du verre, des restes de goûters et de fêtes, des plastiques, des emballages, et certains objets très dangereux pour les pieds des ânes.

Petite archéologie des déchets
de nombreux déchets…
mais une volonté de fer

Et voilà ! Le lieu est propre. Les enfants ont compris que jeter des déchets n’importe où n’était pas sans conséquence !

Espérons que cette sensibilisation acquise auprès de ce jeune public trouvera son écho auprès d’autres visiteurs…

On a fini pour aujourd’hui
Bénédikte et les petits bergers

La boucle est bouclée !

On soigne, on brosse, on apprend le langage des animaux

Bénédikte explique comment brosser les ânes pour les débarrasser de leur manteau d’hiver.

Beaucoup d’attention et d’échanges

Agnès nous explique la morphologie des sabots des ânes, et comment les entretenir.

Tout le monde est ravi ! Enfants et adultes ! On a bien travaillé, on s’est bien amusé, on a beaucoup appris !

L’association Yes We Camp nous permet de nous réunir et d’échanger joyeusement sur cette belle journée, autour d’un bon goûter !

Dès le lendemain le 11 avril, nous recevons des habitants de St Louis via le centre social, ainsi que deux nouvelles recrues aux longues oreilles, Bichette et Pomponette qui retrouvent leurs potes.

Beaucoup de mamans et grands-mères ont accompagné les enfants. Elles semblent aussi heureuses et intéressées qu’eux !

Puis le moment tant attendu par les petits bergers arrive ! Nous partons faire une balade. A tour de rôle bien encadré par les personnes de l’équipe et les mamans, les enfants (de moins de 40 kg) chevauchent fougueusement les ânes !

On voyage…
Promenade bien méritée

D’ores et déjà nos voisins du quartier témoignent de leur intérêt par rapport à la présence des ânes à côté de chez eux. Nous souhaitons que le bien être de nos amis aux longues oreilles repose aussi sur l’attention bienveillante des voisins et visiteurs.

les goûters du mercredi
Pour parler avec les ânes

Ce projet est en cours de construction.

Toute participation, idée, suggestion sont les bienvenues. Nous tenons beaucoup à ce que nos actions répondent au désir des habitants. Les activités peuvent également s’exporter de Foresta (animation en centre social, école, quartier, marché, hôpital…). 

N’hésitez pas à contacter Bénédikte : 06 83 52 92 97 , Nathalie : 06 99 01 23 10 ou Agnès : 06 08 36 70 93.

Exploration botanique Foresta – Récit #2 les euphorbes

Depuis le Bd d’Hanoï, lieu de rendez-vous de chaque exploration botanique, nous descendons par l’escalier du sentier du Teucrium pseudochamaepitys, et remarquons une floraison très précoce de la fameuse plante protégée nationalement, à coté d’une euphorbe « réveil matin » (euphorbia helioscopia). Ce sera le thème d’une prochaine exploration car ce jour là, nous nous sommes plus particulièrement intéressés aux euphorbes.

Pour la seconde exploration botanique de l’année le 2 mars, il faisait très beau, nous sommes allés herboriser dans un endroit ou personne ne va, difficilement accessible, en contrebas des grandes lettres et au dessus de la tuilerie Monnier.

le talus à explorer

La descente des talus, entre les euphorbes. C’est parti pour l’identification des plantes ici présentes…pas facile !

Les euphorbes (EuphorbiaL.), nom féminin, possèdent des inflorescences particulières nommées cyathes, particularité qu’elles partagent seulement avec quelques genres voisins. Ce sont des plantes toxiques, qui possèdent un latex blanc parfois très irritant.

Chez les espèces des régions tempérées, l’aspect des plantes fleurissant se modifie beaucoup au fil des jours : les feuilles ont tendance à disparaître à mesure que l’ombelle se développe, la tige rougit, tandis que le fruit, capsule globuleuse à trois loges, émerge très rapidement de l’inflorescence.

Le mot euphorbia proviendrait d’euphorbium, le nom donné par le roi Juba de Maurétanie, en l’honneur de son médecin grec Euphorbus, à la drogue médicinale faite à partir du latex de l’espèce aujourd’hui nommée Euphorbia resinifera.

Euphorbe en fleurs
la boite à herboriser de Safi
la fiche de détermination par plante

Vérifier les détails

la flore (livre)

On reconnaît en général les euphorbes à leurs inflorescences vert jaunâtre, ou cyathes, disposées en ombelles, ne possédant ni sépales ni pétales. Chaque inflorescence contient une fleur femelle à trois styles entourée de fleurs mâles, le tout dans une coupe formée par deux bractées portant quatre ou cinq glandes souvent cornues. Le fruit, pédicellé, est une capsule généralement très arrondie, lisse ou granuleuse.

observer les détails pour identifier l’espèce précise

Nous avons cherché dans les flores (livres) pour déterminer le nom exact de l’euphorbe la plus présente en cet endroit. Elle s’appelle Euphorbia graminifolia, une euphorbe à feuilles fines, avec une tige rouge à la floraison et presque plus de feuilles. La plus commune dans les jardins est aussi là, Euphorbia helioscopia ou euphorbe réveil-matin.

observation rigoureuse

L’euphorbe fait partie de la même famille que l’Hévéa avec lequel on produit le latex à caoutchouc, qui pousse principalement en Amazonie.

En 1935 dans le Minnesota, Carl Pfaender un ouvrier agricole s’enthousiasme pour le potentiel laticifère de l’euphorbe esula, qui produit un caoutchouc d’aussi bonne qualité que ceux importés. L’euphorbe est, à cette époque, considérée au Etats-Unis comme une plante toxique et invasive à éradiquer. Carl Pfaender se lance tout de même dans la fabrication du caoutchouc. En 1941, sous la pression de ses voisins il est obligé de verser lui-même des pesticides sur plusieurs hectares de plantes dont il s’est occupé au titre de culture de latex d’avenir. C’est la fin de son aventure du caoutchouc d’euphorbe.

En 1942, pour contribuer à l’effort de guerre, des botanistes explorent la possibilité de produire du caoutchouc sur le sol américain. Ross A Gorter, chef de la division de biochimie à l’université du Minnesota, suggère que la mauvaise herbe devienne une culture permanente dans les terres marginales et en régénération du nord du Minnesota et du Dakota du Nord. Les scientifiques prédisent un rendement de 170 à 220 kilos de caoutchouc à l’hectare, ce qui est considéré comme un bon rendement. 

Trois jours plus tard, Le Minneapolis Morning Tribune mélange les données et annonce un chiffre de 150 à 198 « tonnes », à la place de kilo à l’hectare. Des Centaines de fermiers proposent leurs terres pour travailler et transformer l’euphorbe. Lorsque l’on découvre la modeste réalité du rendement, toute cette affaire s’avère aussitôt d’un embarras insurmontable et signe la fin de la ruée vers l’euphorbe à caoutchouc.

Extrait de Guayule et autres plantes à Caoutchouc de la saga d’hier à l’industrie de demain, de Mark R. Finlay

une grande graminée, Pipterium milliaceum

Il y avait aussi la Mauve, qu’on ne présente plus, le poireau des vignes…

Plantes identifiées sur la parcelle :

Allium ampeloprasum le poireau sauvage, Euphorbia graminifolia (tenuifolia), Euphorbia helioscopia euphorbe réveil-matin, Malva sylvestris la mauve, Mercurialis annua la mercuriale, Betta maritima la blette sauvage, Pipterium milliaceum une grande graminée, Phragmites australis le roseau commun, Verbascum sinuatum la molène à feuilles sinueuses, Scabiosa la scabieuse, Diplotaxis erucoides la roquette blanche, Sonchus oleraceus le laiteron maraîcher

Les explorations botaniques sont des balades qui invitent à faire ensemble l’inventaire de la flore de Foresta, et rendre ces données accessibles à tous sur le site Tela Botanica. Pour participer à d’autres explorations botaniques c’est par ici

la mauve
le poireau sauvage

Photos Shéryl Debourg (Yes we camp) et Isabelle Dor

Récit Toxic Tour #2 (de Freygières à Fabregoules)

Le 12 février dernier on se retrouvait à Septèmes pour la seconde balade d’exploration à la recherche de la source perdue du ruisseau Caravelle/Aygalades et de l’histoire des collines industrielles…

Nous commençons notre balade en rencontrant Mr Magro, élu de Septêmes et habitant du quartier des vieux Caillols où nous nous trouvons. Il nous rappelle les enjeux de Caravelle : ne pas considérer le cours d’eau que comme un réseau pluvial et véritablement le gérer comme un fleuve côtier, en finir avec les rejets industriels qui en bouleverse l’écologie, restaurer la rypisilve, retrouver un débit d’eau adapté à la vie d’une rivière méditerranéenne. Pour ça quelques outils: le PLUI (pour l’urbanisme), le PPRI (pour les crues et donc l’hydrographie), le contrat de baie (pour la connaissance) et aussi le changement dans les compétences de l’eau (Gemapi) qui devraient contraindre les pouvoirs publics à s’intéresser au fleuve (pour la gestion).

Et notre mobilisation…

Alors Avanti!

Mais avant d’aller occuper le sommet de l’étoile pour diffuser nos messages à la télévision :), on décide de passer chez Eric comprendre comment les chèvres participent de la gestion de ces collines.

Eric a repris l’activité de chêvrerie en 2014, transmise par Guy, qui vit toujours là dans la maisonnette.C’est une jolie histoire car Eric, habitant des Aygalades et qui a découvert sur le tard sa vocation de fromager puis chevrier, a vraiment vécu cette aventure (d’une reconversion professionnelle) comme une rencontre (avec Guy et les chèvres) et comme une retrouvaille avec les promenades qu’il faisait précisément dans ces collines petit avec ses parents














Aujourd’hui avec l’aide de la commune il a modernisé la chèvrerie, tout en vivant avec les souvenirs et les savoir-faire de Guy qui habite sur le site et sculpte dans les lieux (cherchez la chouette…).


Eric nous explique l’AOC récemment acquis par la brousse du Rove et aussi avec Yves qui s’occupe du comité bénévole communal des feux et forêts, la place des chèvres dans la gestion du risque incendie.

Cette année pour la première fois vous pouvez en tant qu’habitant demander à accueillir quelques unes de ses chèvres pour débroussailler votre terrain!


La chèvrerie se trouve dans une ancienne carrière de calcaire dont on aperçoit quelques vestiges.


On rejoint ainsi la forêt, direction Lafarge…

L’implantation de Lafarge (usine de la Malle) se compose à la fois d’une carrière et d’une cimenterie, installées depuis 1958.C’est dans ce vallon de Fabregoules que les sources convergent pour devenir la source du ruisseau Caravelle/Aygalades.
Nous allons tenter de trouver l’eau, mais profitons sur le chemin des vestiges d’anciens systèmes de gestion de l’eau, et d’un panorama spectaculaire…


Et voici le lac, la source, le bassin, … L’eau… Enfin…
La rétention d’eau exercée par le creusement de la carrière n’est pas intégralement responsable du manque de débit du ruisseau (il y a aussi les eaux possiblement captées par la Galerie de la mer, et aussi les perturbations du bassin versant par l’urbanisation, et aussi la pluviométrie …) mais elle est tout de même un facteur capital sur lequel on doit pouvoir agir (inviter Larfarge à remettre de l’eau dans le lit à partir d’une concertation sur les besoins écologiques du ruisseau).


Convaincus de notre « mission » nous finissons d’explorer les circuits de l’eau et de nous convaincre de son retour proche, à l’aide de nos nouvelles technologies de poche…

La balade se finit en mode aventure, nous ne quittons plus le lit du ruisseau…

Et pour finir en couleur, une rencontre avec ce petit champignon qui nous a accompagné tout au long de cette exploration aqueuse et forestière: la pezize écarlate…Il fait partie des organismes saprophytes, qui peuvent vivre dans l’air, l’eau ou le sol sans dépendre directement d’un être vivant.
Très flashy, et attisant la curiosité, vivant au détour de cette étrange histoire de ruisseau dont parfois on doute de l’existence, de ces paysages qu’on soupçonne parfois d’être plus morts que vivant, il est apparu comme une bonne mascotte pour un Toxic tour!
Profitons…

Prochaine exploration Toxic Tour le Jeudi 4 avril, avec aussi l’observation collective d’un premier lâcher d’eau dans le ruisseau concerté avec Lafarge.