LE SENS DE LA PENTE, récit #1

Dimanche 13 octobre après-midi, soleil, peu de vent.

Comme souvent au démarrage d’une création de balade collective il y a une sorte d’hésitation et de trouble. Nous ne nous connaissons pas tous, nous ne sommes pas sûrs d’avoir bien compris ce qu’on va faire et pourquoi on va le faire…, mais nous sommes là. 

Le LÀ de ce dimanche après-midi s’appelle Thalassanté, un hameau de conteneurs qui tient plus de l’art de vivre au cabanon que de la mondialisation du transport maritime. Une histoire commencée il y a une vingtaine d’années autour de la mer et réinventée en outil commun très polymorphe par des plus jeunes depuis 4 ans.
Dans le NOUS il y a ceux qui s’activent à donner cette nouvelle vie à cet endroit, ceux qui habitent pas loin depuis longtemps, ceux qui résident depuis plus récemment au travers de l’implantation d’une aventure artistique joliment nommée la Déviation, ceux qui viennent d’un peu plus loin et qui ont pris goût à explorer avec leurs pieds le quartier d’à côté…
On en vient alors au QUOI FAIRE? Si tout le monde est d’accord sur cette idée simple de marcher ensemble en version « exploration », on commence par mettre chacun sur la table ce qui nous plaît, nous parle, quelle est notre relation à ce fragment de l’Estaque.


D’habitude l’un de nous prend des photos, ou dessine pendant nos rencontres. Mais ce dimanche après-midi réunis autour d’une table, personne n’y pense. Alors un petit remix temporel image les propos glanés avec des photos de Dominique, prises lors de nos précédentes balades.


L’histoire de Vincent est celle d’un habitant qui découvre il y a une vingtaine d’années par un discours assez musclé du directeur de l’école élémentaire qu’il vit dans une zone Seveso et que la colline sauvage où il aime se promener est toujours une colline industrielle, même si les usines ont cessé leur activité. De cette prise de conscience émergera une série d’actions avec d’autres autour des déchets, jusqu’au réaménagement de la petite zone de pique-nique juste avant La Galline qui n’était à l’époque qu’une décharge ravinée. Vincent a revisité ces histoires en les mêlant à la plus contemporaine aventure de la « dépollution » des sites de l’industrie chimique, dans un “toxic tour » portant le nom d’une plante aux grandes capacités d’adaptation aux terrains dégradés: l’Asphodèle.

François, voisin de table aujourd’hui et voisin de vie à l’Estaque, a réalisé pas mal d’entretiens sonores lors de cette construction de balade, qui racontent les enjeux urbains ou écologiques du massif de la Nerthe dans cette période de transition, mais aussi témoignent de la vie de ceux qui ont travaillé non pas dans les usines chimiques mais dans leurs cousines du BTP.


L’histoire du ciment c’est celle dans laquelle la Déviation s’est installée. Adrien nous raconte l’intérêt de ses jeunes habitants artistes à mieux connaître cette trame qui traverse toute la pente, de Lafarge tout en haut, au port où nous sommes tout en bas. L’axe de La Coloniale, la première cimenterie. Louise et Juliette, artistes installées à la Déviation ont d’ailleurs déjà bien démarré l’exploration en s’intéressant aux voitures carbonisées et aux matériaux résiduels de ces paysages marqués par la production chimique. Elles en travaillent des formes, notamment en les cuisant comme des céramiques.

Angélique habite quant à elle l’une des anciennes courées des usines Kuhlmann. Elle aime les sociabilités qui accompagnent cette organisation de l’habitat, a connu quelques anciens des usines et a très envie d’en savoir plus, d’autant plus que l’école Fenouil où elle enseigne a déjà accumulé beaucoup de matériaux sur « Le temps des usines » (nom du journal réalisé par les enfants sur ce thème).

Et il y a Agnès, l’habitante toujours motivée à relier, qui rêve d’atteindre la limite nord qu’est l’ancienne colonie Cossimont en venant… à cheval à partir de Martigues! Et les souvenirs de Georges d’une vieille danseuse de cabaret qui vivait au Vallon des Abandonnés. Et le désir de Nathalie que ces temps partagés à fouiller ensemble nous permettent de mieux nous saisir des enjeux actuels quant à l’accès à la mer, et de comprendre ce rapport toujours un peu mystérieux au Grand Port. 


On se dit qu’il y a tous ces sujets et ces lieux qui nous attirent, mais qu’il y a aussi les manières de regarder qui dans notre groupe très diversifié donnent envie de jouer ensemble.
Et puis à la fin, on constate le plaisir qu’on ressent de ne pas savoir où tout cela peut nous conduire, à quels parcours, quelles formes, quelles interventions. 


Nous savons en revanche que ce mélange de structures artistiques, de lieux, d’habitants va forcément nous conduire cette année à apprendre, faire des rencontres, mais aussi tester et inventer des manières de se relier pour vivre un peu plus ensemble dans la pente, jusqu’à la mer…

Alors rendez-vous est pris pour une première balade d’exploration. Nous partirons de l’ancienne colonie Cossimont pour aller… on verra bien où…

Les ânes sont revenus à Foresta…sur le chemin d’une école de la nature

Hôtel du Nord partage avec vous le récit du groupe d’habitants qui s’impliquent au côté de Bénédikte et de ses 14 ânes sur les terrains de Foresta. Une histoire pour découvrir cette aventure en construction mais aussi pour inviter à la rejoindre, elle est collective et ouverte à tous !

Pour entretenir les herbes folles des 16 ha du territoire de Foresta, les 14 ânes de Bénédikte de l’association Mont’ânes sont de nouveau marseillais…, pour prendre soin des lieux et aussi pour le plus grand plaisir des enfants et habitants des quartiers Nord.

Des ânes à Foresta pourquoi ?

  • Pour la tonte écologique du lieu
  • Dans le cadre de la mise en place progressive de l’école de la nature avec pour commencer (les mercredis des petits bergers de 14h à 17h30, gratuit sur inscription Nathalie 06 99 01 23 10)

Car les ânes sont aussi un support magique aux échanges entre les êtres humains !

Vue sur mer avec ânes

Ils sont arrivés le 24 mars à l’occasion de la fête de printemps de Foresta, à pattes du parc de Pichauris (Allauch) par le massif de l’Etoile, puis en camion de Château Gombert pour être à l’heure à la fête !

Dès qu’ils sont sur place les enfants du quartier le sentent et sont aimantés par ces doux animaux au long poil. Des relations se nouent avec les personnes qui en prennent soin : Bénédikte, Jonathan, Agnès, Nathalie, Vincent (responsable des jardins partagés du Belvédère voisins).

Le 10 avril les enfants de l’ITEP de St Louis et ceux du quartier se lancent courageusement dans un grand nettoyage du futur parc des ânes (au Bd d’Hanoï), afin qu’ils ne se blessent pas. 

Bergers sur mer

Bénédikte leur parle des ânes et de leur mission sur Foresta.

Puis on passe à l’action !

Nettoyage des déchets pour les ânes devant le jardin du belvédère

On trouve beaucoup beaucoup de déchets : du verre, des restes de goûters et de fêtes, des plastiques, des emballages, et certains objets très dangereux pour les pieds des ânes.

Petite archéologie des déchets
de nombreux déchets…
mais une volonté de fer

Et voilà ! Le lieu est propre. Les enfants ont compris que jeter des déchets n’importe où n’était pas sans conséquence !

Espérons que cette sensibilisation acquise auprès de ce jeune public trouvera son écho auprès d’autres visiteurs…

On a fini pour aujourd’hui
Bénédikte et les petits bergers

La boucle est bouclée !

On soigne, on brosse, on apprend le langage des animaux

Bénédikte explique comment brosser les ânes pour les débarrasser de leur manteau d’hiver.

Beaucoup d’attention et d’échanges

Agnès nous explique la morphologie des sabots des ânes, et comment les entretenir.

Tout le monde est ravi ! Enfants et adultes ! On a bien travaillé, on s’est bien amusé, on a beaucoup appris !

L’association Yes We Camp nous permet de nous réunir et d’échanger joyeusement sur cette belle journée, autour d’un bon goûter !

Dès le lendemain le 11 avril, nous recevons des habitants de St Louis via le centre social, ainsi que deux nouvelles recrues aux longues oreilles, Bichette et Pomponette qui retrouvent leurs potes.

Beaucoup de mamans et grands-mères ont accompagné les enfants. Elles semblent aussi heureuses et intéressées qu’eux !

Puis le moment tant attendu par les petits bergers arrive ! Nous partons faire une balade. A tour de rôle bien encadré par les personnes de l’équipe et les mamans, les enfants (de moins de 40 kg) chevauchent fougueusement les ânes !

On voyage…
Promenade bien méritée

D’ores et déjà nos voisins du quartier témoignent de leur intérêt par rapport à la présence des ânes à côté de chez eux. Nous souhaitons que le bien être de nos amis aux longues oreilles repose aussi sur l’attention bienveillante des voisins et visiteurs.

les goûters du mercredi
Pour parler avec les ânes

Ce projet est en cours de construction.

Toute participation, idée, suggestion sont les bienvenues. Nous tenons beaucoup à ce que nos actions répondent au désir des habitants. Les activités peuvent également s’exporter de Foresta (animation en centre social, école, quartier, marché, hôpital…). 

N’hésitez pas à contacter Bénédikte : 06 83 52 92 97 , Nathalie : 06 99 01 23 10 ou Agnès : 06 08 36 70 93.

Exploration botanique Foresta – Récit #2 les euphorbes

Depuis le Bd d’Hanoï, lieu de rendez-vous de chaque exploration botanique, nous descendons par l’escalier du sentier du Teucrium pseudochamaepitys, et remarquons une floraison très précoce de la fameuse plante protégée nationalement, à coté d’une euphorbe « réveil matin » (euphorbia helioscopia). Ce sera le thème d’une prochaine exploration car ce jour là, nous nous sommes plus particulièrement intéressés aux euphorbes.

Pour la seconde exploration botanique de l’année le 2 mars, il faisait très beau, nous sommes allés herboriser dans un endroit ou personne ne va, difficilement accessible, en contrebas des grandes lettres et au dessus de la tuilerie Monnier.

le talus à explorer

La descente des talus, entre les euphorbes. C’est parti pour l’identification des plantes ici présentes…pas facile !

Les euphorbes (EuphorbiaL.), nom féminin, possèdent des inflorescences particulières nommées cyathes, particularité qu’elles partagent seulement avec quelques genres voisins. Ce sont des plantes toxiques, qui possèdent un latex blanc parfois très irritant.

Chez les espèces des régions tempérées, l’aspect des plantes fleurissant se modifie beaucoup au fil des jours : les feuilles ont tendance à disparaître à mesure que l’ombelle se développe, la tige rougit, tandis que le fruit, capsule globuleuse à trois loges, émerge très rapidement de l’inflorescence.

Le mot euphorbia proviendrait d’euphorbium, le nom donné par le roi Juba de Maurétanie, en l’honneur de son médecin grec Euphorbus, à la drogue médicinale faite à partir du latex de l’espèce aujourd’hui nommée Euphorbia resinifera.

Euphorbe en fleurs
la boite à herboriser de Safi
la fiche de détermination par plante

Vérifier les détails

la flore (livre)

On reconnaît en général les euphorbes à leurs inflorescences vert jaunâtre, ou cyathes, disposées en ombelles, ne possédant ni sépales ni pétales. Chaque inflorescence contient une fleur femelle à trois styles entourée de fleurs mâles, le tout dans une coupe formée par deux bractées portant quatre ou cinq glandes souvent cornues. Le fruit, pédicellé, est une capsule généralement très arrondie, lisse ou granuleuse.

observer les détails pour identifier l’espèce précise

Nous avons cherché dans les flores (livres) pour déterminer le nom exact de l’euphorbe la plus présente en cet endroit. Elle s’appelle Euphorbia graminifolia, une euphorbe à feuilles fines, avec une tige rouge à la floraison et presque plus de feuilles. La plus commune dans les jardins est aussi là, Euphorbia helioscopia ou euphorbe réveil-matin.

observation rigoureuse

L’euphorbe fait partie de la même famille que l’Hévéa avec lequel on produit le latex à caoutchouc, qui pousse principalement en Amazonie.

En 1935 dans le Minnesota, Carl Pfaender un ouvrier agricole s’enthousiasme pour le potentiel laticifère de l’euphorbe esula, qui produit un caoutchouc d’aussi bonne qualité que ceux importés. L’euphorbe est, à cette époque, considérée au Etats-Unis comme une plante toxique et invasive à éradiquer. Carl Pfaender se lance tout de même dans la fabrication du caoutchouc. En 1941, sous la pression de ses voisins il est obligé de verser lui-même des pesticides sur plusieurs hectares de plantes dont il s’est occupé au titre de culture de latex d’avenir. C’est la fin de son aventure du caoutchouc d’euphorbe.

En 1942, pour contribuer à l’effort de guerre, des botanistes explorent la possibilité de produire du caoutchouc sur le sol américain. Ross A Gorter, chef de la division de biochimie à l’université du Minnesota, suggère que la mauvaise herbe devienne une culture permanente dans les terres marginales et en régénération du nord du Minnesota et du Dakota du Nord. Les scientifiques prédisent un rendement de 170 à 220 kilos de caoutchouc à l’hectare, ce qui est considéré comme un bon rendement. 

Trois jours plus tard, Le Minneapolis Morning Tribune mélange les données et annonce un chiffre de 150 à 198 « tonnes », à la place de kilo à l’hectare. Des Centaines de fermiers proposent leurs terres pour travailler et transformer l’euphorbe. Lorsque l’on découvre la modeste réalité du rendement, toute cette affaire s’avère aussitôt d’un embarras insurmontable et signe la fin de la ruée vers l’euphorbe à caoutchouc.

Extrait de Guayule et autres plantes à Caoutchouc de la saga d’hier à l’industrie de demain, de Mark R. Finlay

une grande graminée, Pipterium milliaceum

Il y avait aussi la Mauve, qu’on ne présente plus, le poireau des vignes…

Plantes identifiées sur la parcelle :

Allium ampeloprasum le poireau sauvage, Euphorbia graminifolia (tenuifolia), Euphorbia helioscopia euphorbe réveil-matin, Malva sylvestris la mauve, Mercurialis annua la mercuriale, Betta maritima la blette sauvage, Pipterium milliaceum une grande graminée, Phragmites australis le roseau commun, Verbascum sinuatum la molène à feuilles sinueuses, Scabiosa la scabieuse, Diplotaxis erucoides la roquette blanche, Sonchus oleraceus le laiteron maraîcher

Les explorations botaniques sont des balades qui invitent à faire ensemble l’inventaire de la flore de Foresta, et rendre ces données accessibles à tous sur le site Tela Botanica. Pour participer à d’autres explorations botaniques c’est par ici

la mauve
le poireau sauvage

Photos Shéryl Debourg (Yes we camp) et Isabelle Dor

Récit Toxic Tour #2 (de Freygières à Fabregoules)

Le 12 février dernier on se retrouvait à Septèmes pour la seconde balade d’exploration à la recherche de la source perdue du ruisseau Caravelle/Aygalades et de l’histoire des collines industrielles…

Nous commençons notre balade en rencontrant Mr Magro, élu de Septêmes et habitant du quartier des vieux Caillols où nous nous trouvons. Il nous rappelle les enjeux de Caravelle : ne pas considérer le cours d’eau que comme un réseau pluvial et véritablement le gérer comme un fleuve côtier, en finir avec les rejets industriels qui en bouleverse l’écologie, restaurer la rypisilve, retrouver un débit d’eau adapté à la vie d’une rivière méditerranéenne. Pour ça quelques outils: le PLUI (pour l’urbanisme), le PPRI (pour les crues et donc l’hydrographie), le contrat de baie (pour la connaissance) et aussi le changement dans les compétences de l’eau (Gemapi) qui devraient contraindre les pouvoirs publics à s’intéresser au fleuve (pour la gestion).

Et notre mobilisation…

Alors Avanti!

Mais avant d’aller occuper le sommet de l’étoile pour diffuser nos messages à la télévision :), on décide de passer chez Eric comprendre comment les chèvres participent de la gestion de ces collines.

Eric a repris l’activité de chêvrerie en 2014, transmise par Guy, qui vit toujours là dans la maisonnette.C’est une jolie histoire car Eric, habitant des Aygalades et qui a découvert sur le tard sa vocation de fromager puis chevrier, a vraiment vécu cette aventure (d’une reconversion professionnelle) comme une rencontre (avec Guy et les chèvres) et comme une retrouvaille avec les promenades qu’il faisait précisément dans ces collines petit avec ses parents














Aujourd’hui avec l’aide de la commune il a modernisé la chèvrerie, tout en vivant avec les souvenirs et les savoir-faire de Guy qui habite sur le site et sculpte dans les lieux (cherchez la chouette…).


Eric nous explique l’AOC récemment acquis par la brousse du Rove et aussi avec Yves qui s’occupe du comité bénévole communal des feux et forêts, la place des chèvres dans la gestion du risque incendie.

Cette année pour la première fois vous pouvez en tant qu’habitant demander à accueillir quelques unes de ses chèvres pour débroussailler votre terrain!


La chèvrerie se trouve dans une ancienne carrière de calcaire dont on aperçoit quelques vestiges.


On rejoint ainsi la forêt, direction Lafarge…

L’implantation de Lafarge (usine de la Malle) se compose à la fois d’une carrière et d’une cimenterie, installées depuis 1958.C’est dans ce vallon de Fabregoules que les sources convergent pour devenir la source du ruisseau Caravelle/Aygalades.
Nous allons tenter de trouver l’eau, mais profitons sur le chemin des vestiges d’anciens systèmes de gestion de l’eau, et d’un panorama spectaculaire…


Et voici le lac, la source, le bassin, … L’eau… Enfin…
La rétention d’eau exercée par le creusement de la carrière n’est pas intégralement responsable du manque de débit du ruisseau (il y a aussi les eaux possiblement captées par la Galerie de la mer, et aussi les perturbations du bassin versant par l’urbanisation, et aussi la pluviométrie …) mais elle est tout de même un facteur capital sur lequel on doit pouvoir agir (inviter Larfarge à remettre de l’eau dans le lit à partir d’une concertation sur les besoins écologiques du ruisseau).


Convaincus de notre « mission » nous finissons d’explorer les circuits de l’eau et de nous convaincre de son retour proche, à l’aide de nos nouvelles technologies de poche…

La balade se finit en mode aventure, nous ne quittons plus le lit du ruisseau…

Et pour finir en couleur, une rencontre avec ce petit champignon qui nous a accompagné tout au long de cette exploration aqueuse et forestière: la pezize écarlate…Il fait partie des organismes saprophytes, qui peuvent vivre dans l’air, l’eau ou le sol sans dépendre directement d’un être vivant.
Très flashy, et attisant la curiosité, vivant au détour de cette étrange histoire de ruisseau dont parfois on doute de l’existence, de ces paysages qu’on soupçonne parfois d’être plus morts que vivant, il est apparu comme une bonne mascotte pour un Toxic tour!
Profitons…

Prochaine exploration Toxic Tour le Jeudi 4 avril, avec aussi l’observation collective d’un premier lâcher d’eau dans le ruisseau concerté avec Lafarge.

Exploration botanique Foresta – Récit # 1, la forêt de chênes

feuilles marcescentes du Chêne blanc

Débutées en 2016, les explorations botaniques sont des balades qui invitent à faire ensemble l’inventaire de la flore de Foresta, vaste espace autour des grandes lettres de Marseille. Les explorations botaniques sont une proposition du collectif Safi et d’Espigaou dans le cadre de Foresta, un projet porté par Yes We Camp en collaboration avec Hotel du Nord.

La petite forêt qui a résisté au chamboulement de Foresta nous intéressait depuis longtemps…

A FORESTA, UNE ÉTONNANTE FORÊT

En grimpant un peu dans la colline, sous la maison rose, une forêt de chênes pubescents se cache parmi les pins d’Alep. ILs ont peut-être cinquante ans ou plus, ce sont des arbres relativement rares à Marseille, car le chêne pubescent se développe généralement sur des sols riches, profonds et frais, ce qui n’est pas vraiment le cas de cette ancienne carrière d’argile qu’est Foresta.

Alors comment ces arbres sont-ils arrivés là ? Que nous racontent-ils ? Quelle flore hébergent-ils ? La forêt est-elle en évolution, stable ou en régression ? Voilà l’objet de cette exploration du 9 février 2019, la première de l’année.

la forêt ancienne de Foresta

UNE RELIQUE DE L’ANCIEN DOMAINE DU CHÂTEAU

Foresta a été modelé par les activités qui l’ont traversé : forêt domaniale, carrière d’argile des tuileries, zone de remblais de Grand Littoral…Malgré toutes ces transformations, la forêt de chênes est visible sur toutes les images d’archives de Géoportail depuis les années ciqnante. Une persistance peut-être due à sa situation.

Peu accessible et difficile à voir depuis le chemin, elle est située à l’aplomb d’un énorme bloc rocheux et s’étend le long d’une pente raide. Elle recueille ainsi les eaux de pluie et bénéficie peut-être des eaux souterraines de Foresta. C’est certainement ce qui a favorisé l’installation de ces chênes qui, bien que méditerranéens, aiment la fraîcheur.

UN ARBRE ADAPTÉ AU CHAUD ET AU FROID

Quercus pubescens signifie chêne à poils courts et mous, en référence à la face interne des feuilles et des jeunes rameaux. Ces poils piègent la rosée et maintiennent un environnement humide. Son aire de répartition est assez étendue. En se déplaçant au nord, il peut être soumis à des températures négatives qui feraient geler l’eau de ses cellules, aussi ce chêne a également une stratégie pour s’adapter au froid : à l’automne, ses feuilles sèchent sur l’arbre, et ne tomberont au sol qu’à la repousse des suivantes, on dit qu’elles sont marcescentes.

Perdre ses feuilles n’est pourtant pas une stratégie fréquente en Méditerranée. Pensez au Pin, à l’Olivier, au Chêne vert, ses voisins ici, qui gardent leurs feuilles tout l’hiver. Les températures hivernales étant peu intenses, ils ne gèlent pas. Pour ces arbres, il est donc préférable de garder leurs feuilles protégées de poils ou d’une couche de cire, plutôt que d’engager une dépense énergétique au printemps pour en fabriquer de nouvelles.

Filaire à feuilles étroites

UNE FORÊT ACCUEILLANTE ET SOCIALE

Le tapis de feuilles à nos pieds abrite de nombreux insectes et des mycéliums de champignons. Ils participent à transformer cette litière en humus riche et fertile. Une poignée de terre prélevée sur le chemin est sans appel sur le travail effectué par ces organismes. prélevée dans les pentes, la terre est ocre rouge quand celle au pied des chênes est d’un brun foncé.

Les glands, fruits du chêne pubescents, attirent et nourrissent de nombreux animaux dont les Geais des chênes, qui par leur comportement de thésaurisation contribuent très activement à la dissémination des glands.

Dans notre forêt, les chênes pubescents sont associés aux chênes verts. Lorsqu’ils sont réunis, ces deux arbres indiquent l’étage climatique méso-méditerranéen (ni trop chaud, ni trop froid) qui accueille, grâce à la disparition des feuilles du chêne pubescent qui laisse pénétrer la lumière dans le sous bois, un cortège de plantes associées caractéristiques.

Lorsque des végétaux génèrent les conditions d’accueil favorables aux autres végétaux (disponibilité de la lumière, structure du sol…), on parle de sociabilité végétale.

Viorne tin ou Laurier tin – Viburnum tinus

DES PLANTES DE SOUS-BOIS MEDITERRANÉEN

Viorne-tin Viburnum tinus, Nerprun alaterne Rhamnus alaternus, Filaire à feuilles étroites Phillyrea angustifolia, Salspareille d’Europe Smilax aspera et Pin d’Alep Pinus halepensis… Des plantes que nous avons retrouvé lors de l’inventaire de la forêt (voir carte site) auquel se sont jointes des plantes plus thermophiles, qui aiment la chaleur.

Nous avons observé au cœur de la forêt, des jeunes chênes mélangés a des arbres plus anciens, leur nombre du centre vers la périphérie.  Lorsque le chêne se desserre, le Pin d’Alep apparaît. 

Ces deux arbres cohabitent facilement, car leurs stratégies démographiques sont très différentes et se complètes : le chêne a une croissance lente, il fleurit vers 20 ans et à une vie de 500 ans et plus. Le Pin, a une croissance rapide et vit environ 100 ans.  A proximité de la Forêt, une zone incendiée laisse apparaitre carcasse de voiture et squelettes d’arbres calcinés. Une question se pose alors à nous, le pin halep, très inflammable, peut-il mettre la forêt en danger ?

écailles de Ceterach officinal

UNE FOUGÈRE A ÉCAILLES

Des Iris naturalisés, de l’Immortelle d’Italie …peuplent le rocher. Et même une très belle fougère, le Cétérach officinal (Asplenium ceterach), dont la face inférieure est couverte d’écailles argentées qui participent à une adaptation poussée à la sècheresse. Par temps sec ses feuilles s’enroulent pour ne présenter que les écailles qui font barrière à l’évapotranspiration.

grotte de Foresta, en haut de la forêt

On a aussi découvert une petite grotte tout en haut du site, une belle surprise pour les petits explorateurs botanistes…

Les explorations botaniques de Foresta continuent : https://www.hoteldunord.coop/balades-prog/ et http://parcforesta.org

Restons branchés! Récit #4

Un nouvel épisode de l’une de nos explorations en cours, qui donnera lieu à une première balade publique le 24 mars prochain…

Il y a des jours où tout à l’air ordinaire, et où pourtant l’extra-ordinaire s’invite au coin de la rue. 

Le 10 janvier 2019 fut un jour comme ça pour une grosse grappe de voisins qui allait vivre une petite aventure, une sorte de glissade tranquille hors de nos habitudes, en remontant du ruisseau des Aygalades jusqu’à Foresta. Le coin de la rue ce jour là c’est le 151 de l’avenue des Aygalades.
Comme à l’ordinaire ça travaille dans cette petite zone d’activités nommée Marseille industries, installée entre terril (de boues rouges) et ruisseau. Avant, il y a longtemps, il y avait là une grande propriété rurale avec 3 fermes, des vignes, une bastide et des loges à cochons. Le dernier propriétaire Balthazar Rouvière vendit en 1870 à la PLM (Paris Lyon Méditerranée) de Talabot pour construire la Gare de Saint-Louis Les Aygalades. L’aventure cheminote dont on parlera plus tard démarre là. S’installera un peu plus tard dans le siècle une huilerie (société des huiles raffinées du midi) puis dans les années 20 une station d’épuration et une usine de gélatine qui fonctionne jusqu’à la guerre. C’est la famille propriétaire, les Ramonnaxto, de cette usine de gélatine, qui après pas mal de temps en friche transformeront peu à peu en zone d’entrepôts puis en zone d’activité ces terrains. Aujourd’hui il y 75 entreprises qui sont installées là, un peu de tout (du fret, des grossistes en matériel techniques, des informaticiens…).  
Mais tout ce petit monde qui tourne plutôt bien n’est pas habitué à voir un groupe de plus en plus important s’amasser à côté de ce que fut la maison du gardien, devant une mystérieuse et discrète petite poste.
Mais où sont les arbres dans tout ça? Car c’est toujours sur la piste des arbres qu’on se retrouve là…


La bascule vers un autre monde qui se trouve pourtant bel et bien là prendra quelques minutes, le temps de faire connaissance de Jeannot, ancien cheminot, mais aussi pâtissier, qui au milieu de cette mini zone d’affaire semble aussi improbable que le Lapin blanc dans Alice au pays des Merveilles (sauf que Jeannot n’a pas du tout l’air de trouver qu’il est en retard…).

Côté marcheurs on est particulièrement nombreux, et une fois encore (chouette), nous sommes plein à ne pas nous connaître, à ne pas venir du même quartier, de la même « tribu », donc des rencontres en perspectives…

Bascule par la petite porte, nous passons de l’autre côté…


De l’autre côté les plantes sont les reines et chacune porte son histoire.


De l’autre côté le petit olivier a été planté là pour Marthe, parce que sa maman s’appelait Emilie Olivier, et que c’était une jolie manière qu’elle porte le nom de son père et pousse avec le nom de sa mère. 
Sous lui, se trouve une bouteille pleine de voeux qui seront un jour déterrés par la demoiselle, mais chut, c’est encore un secret…De l’autre côté tout semble un peu magique, il y a même des boules à facettes et des dames aux longs manteaux en fourrure qui portent des baguettes de pain et causent avec des garçons en sac à dos…


De l’autre côté, on apprend qu’il y a sur l’olivier des feuilles rondes et des feuilles allongées, et que c’est important pour les aider à grandir quand on les taille…


De l’autre côté tout semble un peu magique, il y a même des boules à facettes et des dames aux longs manteaux en fourrure qui portent des baguettes de pain et causent avec des garçons en sac à dos…


De l‘autre côté il y a des humains qui semblent d’organiser autour des arbres plutôt que l’inverse…


De l’autre côté c’est un bazar, un monde complexe d’espèces végétales, animales et d’usages humains qui nous rassure: on est vivants!…

Nous poursuivons dans le labyrinthe végétal des Jardins cheminots. Mais d’où vient cette apparition? Apparition ou au contraire relique, mirage d’un réel vivant mais évoluant dans une temporalité parallèle?
Ecoutons les horloges…


1855, l’axe ferroviaire du PLM s’achève à ce niveau. L’axe du train et du ruisseau se croisent, et se trouve en deçà de la ligne fiscale de l’octroi, incitant l’installation des industries qui tentent d’éviter les charges fiscales.Sur les pentes du chemin de fer jusqu’au ruisseau, les talus se prêtent à la culture des radis et à la culture ouvrière… Jeannot nous raconte que ce serait le comte de Mirabeau qui aurait vendu pour l’Ecu symbolique les terrains à destination des ouvriers pour y jardiner. Une condition à cette vente nous dit-il: que le béal (ces dérivations qu’on a construit le long qui ruisseau pour capter la force motrice de l’eau) soit entretenu à vie par les jardiniers…
Aujourd’hui ce n’est plus avec l’eau du ruisseau trop polluée qu’on arrose les jardins. Et si un jour ça redevenait possible? Chiche?

Nous arrivons dans le jardin de Anne. Elle n’est pas cheminote, elle témoigne du renouvellement qui peu à peu diversifie les histoires et les pratiques. Elle développe son jardin en permaculture, et surtout l’ouvre à l’apprentissage en proposant une école du jardinage avec un cycle complet de mise en pratique autour du jardinage urbain.

Contact et infos auprès de Anna: apmarsdegun@yahoo.fr

De nouveau le paysage est enchanteur et le récit instructif. Nous y apprenons l’histoire de l’association Jardinot (contraction de Jardin et Cheminot) qui s’est recomposée autour des multiples jardins ouvriers liés à l’histoire cheminote et à la SNCF.

Nous continuons pour rejoindre la parcelle de Jeannot. La ligne d’horizon nous rappelle que ce territoire est bien industriel et qu’en ces temps de déprise c’est l’immobilier qui se charge de requalifier…

Jeannot cultive dans ces jardins depuis plus de 60 ans, il a tout appris des aïeuls, de la pluie et de la lune. Il fut longtemps président des jardins cheminots, et aujourd’hui son grand plaisir est de transmettre. Il faudrait écrire un livre à partir de ce que raconte à chaque rencontre Jeannot. Christine qui marche aussi avec nous aujourd’hui a commencé, on espère qu’elle poursuivra, c’est important.

Pour l’heure on découvre les lieux. Jeannot son truc c’est les agrumes. Alors dans les dizaines d’histoires qu’il nous raconte c’est celle de la main de Bouddha, un citronnier.

INTERLUDE BANQUET ET TARTE AU CITRON (confectionnée par Dalila en spéciale dédicace à notre hôte)

Les retrouvailles ne sont pas aisées, car le ruisseau a du non pas partager son lit, mais peu à peu se laisser oublier dans le florilège industriel qui borde ses rives. Dès la sortie des jardins c’est la valse des déchets qui donne le rythme, le là, le sol?

Déchets, déchoir, déchu. Borderline…

Toute la filière du déchet se traverse en quelques centaines de mètres, avec de très vielles histoires (l’extraction des corps gras des animaux au moyen d’hydrocarbures) et des plus récentes (centres de tri, déchetterie ou recyclage de métaux…).

Et les arbres dans tout ça, arrivent-ils encore à raconter quelque chose?
D’abord ils nous disent tout simplement par leur présence. La ripisylve est vaillante, on se sent paradoxalement vraiment explorateurs dans cette zone là… 

Dalila nous pointe une forêt de figuiers qui l’interroge côté reproduction, et nous fait remarquer la “bataille” en cours entre les fresnes habitués des bords de l’eau et les muriers à papier qui s’adaptent bien aux retournements de la terre. Plus qu’une bataille entre les « typiques » et les « opportunistes », elle nous raconte la dynamique d’un milieu qui nous invite à nous questionner sur ce que pourrait être les divers modes d’entretien ou d’accompagnement de ces berges autogérées, ça discute…


Nous arrivons à la star, l’Etoile du Nord, la Cascade!

La journée n’étant pas dédiée (pour une fois) à l’état de l’eau mais à regarder à partir des berges, on part à l’aventure de l’allée de platanes repérée dans les images anciennes.

Sur le chemin deux demoiselles nous regardent…

Petite exploration avec Jean-François, artiste-jardinier des lieux…

En revenant on voit des arbres partout, dans tout…

Nous quittons la cascade et la Cité des arts de la rue pour prendre un peu de hauteur…

Il est bien connu que dans les forêts vivent parfois des lutins. Nous ne sommes pas loin du bois sacré contre qui a combattu César (voir le récit précédent), il n’y a plus de forêt mais il reste un lutin, ou un esprit, ou… qui sait. Ce qui est sur c’est qu’il s’appelle Pierre-Louis, qu’on se demande ce qu’il fait là, qu’il n’est pas sur lui non plus, mais nous dit qu’on est à l’heure (le retour du lapin blanc??)! Pour nous récompenser il nous raconte l’histoire du Château Bovis, en réponse aux divers châteaux qui trainaient par là. On se souvient d’une histoire de vaches mais à ce stade de la balade plus rien n’est sur…

Mais la rencontre hasardeuse nous amène à parler de où nous sommes, l’ancienne cité des créneaux, détruite dans les années 2010. Petite cité-village, sa douloureuse trajectoire nous amène à parler de l’attachement que nous portons aux lieux, aux sols, quelqu’ils soient quand ils ont vu et su nous y faire grandir. Nous sommes des arbres…
Et quelques minutes plus tard…!!


Les mains des enfants dans les feuilles, les troncs-immeubles ou les immeubles-troncs, le tout dans le faux tuf et la vraie rocaille. Histoire d’histoires…
Fin de balade un peu sur le fil, on n’est plus trop sur de la part de fiction et de réalité dans ce qu’on rencontre et raconte…
Ce qui est sur c’est qu’on arrive au Parc Brégante, et que là, sur le petit pont de rocaille et dans le beau jardin très arboré de cette ancienne bastide convertie une fois n’est pas coutume en parc public municipal, 3 d’entre nous ont joué petits de manière transgressive (passer la palissade) et 3 d’entre nous se sont mariés (c’est the spot pour les photos de mariage). Delà à dire que le mariage est transgressif, on ne le dira pas…

Nous sommes après cet épisode près à nous perdre un peu et à trouver un trou dans le grillage. Bizarrement cette désorientation (on s’est vraiment perdus) est balisée par le GR2013. Allez comprendre…


Nous rentrons dans le territoire Foresta… Nous saluons la forêt comestible et le figuier Câlin (il est tout doux à force qu’on le carresse), on salue le grand paysage et là on se dit qu’il est temps de se dire au revoir.


Et bien non, la rencontre encore nous appelle puisque Ahmed et Hakim nous font signe. Jardiniers « pionniers » pour ne pas dire « clandos », « sauvages », des terrains Foresta, mais aussi « sentinelles », gardiens », “soigneurs », ils prennent soins de lieux depuis des années, cultivant dans les ruines de l’ancien Château Bel air leurs jardins à la mode kabyle.

Et là, surprise, il se sont attaqués à la pente! L’escalier! 
On en rêvait, ils l’ont fait!

Euh, non, ils en rêvaient, ils le font… et ils ont tellement raison, ils ouvrent l’horizon! 
Merci à tous!!

Photos Dominique Poulain et Didier Brevet.

Prochaine exploration “Restons branchés!” en avril, “Balade des arbres, épisode 1” le 24 mars.

Toxic Tour Caravelle: Récit #1

On est le jeudi 4 décembre, et on se retrouve sous le soleil d’hiver sur la place devant la poste de Septêmes. 

Derrière le côté anodin du petit rassemblement, la situation est pourtant incertaine. Nous venons pour certains de Septêmes, pour d’autres de St Antoine, pour d’autres encore des Aygalades ou de Saint Henri Rien que ça c’est un pas de côté vers l’inconnu mais aussi vers la rencontre…! Tout en étant tous passionnés par nos quartiers et engagés d’une manière ou d’une autre à mieux les connaitre afin de mieux en prendre soin, pour la plupart on ne se connait pas. D’où un petit silence un peu embarrassé en attendant on ne pas trop quel retardataire. C’est assez rare qu’on soit d’autant de quartiers différents, et même de communes, intéressés par le même sujet pour construire une balade. Alors de quoi s’agit-il? Objectif de l’après midi, commencer à arpenter physiquement les lieux qui pourraient peu à peu nous raconter l’histoire passée et présente de l’industrie chimique dans cette petite commune limitrophe de Marseille, avec qui elle partage (entre autres) le fleuve côtier qu’on nomme ici Caravelle, puis à partir des Aygalades Ruisseau des Aygalades. L’envie pour cette balade en construction est donc clairement de relier une histoire patrimoniale industrielle locale à des situations écologiques actuelles, notamment en s’intéressant aux relations (via l’industrie, la géographie, le fleuve…) de cette petite commune rurale à sa grande voisine marseillaise. Notre petite équipe va donc faire connaissance chemin faisant, sachant qu’on se sait pas vraiment quel chemin on va faire, et se met en route. Nous avons trouvé un consensus pour commencer l’exploration: aller voir au fond du vallon du Maire les rejets de l’usine Spi pharma, source majeure de la pollution actuelle du ruisseau Caravelle. Sur le chemin, Pierre, habitant fin connaisseur des lieux partage anecdotes de village et de rivière, entre vaches flottantes lors de la crue de 1907, restes de fontaine et traces de l’ancien lavoir et moulin.
A partir d’une carte postale du milieu du 20ème siècle ça donne…
Très vite on se retrouve aussi à essayer de démêler ce qu’on sait du bassin versant des Aygalades, c’est à dire de tous ces affluents dont certains ne sont plus considérés que comme des souvenirs, et d’autres comme des égouts.
 
On les suit dans ce qu’on peut en voir…
Et si on regarde une carte, une rivière est une multitude …
Etude de connaissance de l’aléa inondation sur le bassin versant des Aygalades- Setec Hydratec 2015
La balade continue vers le très bucolique Vallon du Maire. Plusieurs hypothèses quant au nom, dont celle qu’à un moment l’une des usines qui le borde était propriété du maire de la commune.
Comme nous sommes dans l’idée d’explorer un Toxic tour, on ne manque pas cette arrivée spectaculaire de colis en provenance de Chine dans le Ruisseau du Maire (affluent qui va donc se jeter dans Caravelle). Certains (Isabelle et Bernard sont des membres actifs de l’association AESE qui lutte contre les pollutions industrielles à Septêmes et ses environs) vont mener l’enquête…
Sur le chemin on s’accorde la joie de prendre un chemin buissonnier pour chercher sur les pas d’Isabelle une mystérieuse source des Lilas… Pas évident de l’identifier mais finalement on la trouve.
Peu à peu les traces industrielles se font plus présentes. De drôles de tunnels de taupes géantes par ici, la forêt cheminée par là, des collines qui sentent de plus en plus le remblai et le terril.
Nous voilà dans les paysages historiques de la chimie locale.
 
Bon là il va falloir prendre un peu plus de phrases pour expliquer (avec l’aide des savoirs de tous et quelques compléments de l’historien Xavier Daumalin…):
 
L’histoire de l’industrie chimique à Marseille et sa région est liée à celle de la soude, nécessaire à la fabrication du savon de Marseille. Initialement produite à partir de végétaux, un nouveau procédé breveté par un certain Nicolas Leblanc en 1791 va lentement (car au début les marseillais ont continué à importer de la soude végétale car moins onéreuse et moins… polluante…) changer la donne en permettant une fabrication à partir de la décomposition du sel marin avec de l’acide sulfurique. 
Le mouvement de passage au procédé Leblanc va commencer en 1809, avec l’ouverture d’une usine au sud de Marseille. La suite de l’histoire, passionnante et complexe, on vous la racontera en marchant, mais pour l’instant nous retenons que le développement des usines est alors intense dans Marseille et que dès les années 1815 des protestations, procès, se multiplient par des habitants inquiets des effets des rejets gazeux sur la santé et sur les cultures… 
 
Et oui, les préoccupations environnementales ne sont pas que des questions contemporaines…!
 
Septêmes fut la première commune hors Marseille, à la fois proche et perçue comme suffisamment rurale pour être « loin de la ville », à accueillir cette croissance rapide des soudières.
Elle sera ainsi également la reine des contestataires, quatre usines des industriels Rougier, Grimes, Rigaud, Crémieux et Delpuget y étant implantées dès ces années là, employant près de 170 ouvriers.
 
En 1816 les usines du vallon sont menacées d’être incendiées. Ca se finit violemment par l’incarcération de plusieurs cultivateurs. Pierre a ainsi retrouvé le procès qu’un de ses aïeuls agriculteurs a intenté aux soudiers. Nous espérons le lire bientôt!
L’état va finalement poser un ultimatum aux soudiers pour qu’ils réduisent leurs gaz. 
 
C’est alors pour certains la délocalisation vers « des déserts » (Port Cros, Porquerolles, Les Goudes et globalement toute la côte littorale), pour d’autres la recherche technologique, avec la mise en place de ces fameux tunnels de taupes qu’on repère dans le paysage, autrement nommées cheminées rampantes (on vous racontera comment ça marche une prochaine fois…). 
Mais la encore des habitants de Septêmes se rebiffent alignant les contre expertises pour prouver l’inefficacité de l»’invention ». 
La bataille fut rude à coup là encore de procès et plaintes. Mais l’Etat et les experts du conseil de salubrité jugeront ces préoccupations environnementales infondées, sauvant ainsi pour un bon bout de temps l’industrie provençale de la soude…

La tumultueuse histoire de la soude se poursuivra tout au long du 19ème siècle, sur fond d’innovations technologiques et d’affrontements fiscaux et économiques , puis aboutira dans ses contenus à la production des engrais chimiques. Elle débute en 1879 à Septêmes avec l’installation de la société Schloesing frères & Cie

L’usine, dont nous avons les vestiges juste sous nos yeux, produit des engrais azotés à partir des eaux de vidanges de la ville de Marseille, ainsi que des engrais phosphatés. 

Ce groupe Schoesling a eu un certain rôle dans l’adoption du modèle de l’agriculture intensive et l’utilisation des engrais chimiques dans le sud de la France, avec des compagnes de communication assez spectaculaires (les carottes géantes!) et même un journal présenté comme informatif  La Gazette des champs, dont le tirage dépassera les 250 000 exemplaires. 

Nous arrivons maintenant au fond du Vallon à l’Usine Spi Pharma. Cette entreprise est installée dans des anciens ateliers du vieil ensemble industriel. Elle produit des produits chimiques utilisés dans les médicaments et notamment les pansements gastriques (le Gavascon). Spi Pharma semble considérer le ruisseau du Maire plutôt comme un égout et y rejette du sel et de l’hydroxyde d’aluminium. L’augmentation de la salinité d’une rivière d’eau douce est un bouleversement écologique majeur auquel qui ici s’ajoutent les pollutions des remblais se déversant dans le ruisseau quand il pleut. 
Ce rejet est identifié par les chercheurs (de l’IMBE, Institut Méditerranéen de Biodiversité et d’Ecologie) qui travaillent actuellement à faire une sorte d’« état de santé » du Ruisseau des Aygalades comme la source majeure de pollution, qui impacte l’ensemble du fleuve puisqu’il se trouve très en amont. 
L’AESE est intervenue à plusieurs reprises notamment auprès de l’Agence de l’eau, une verbalisation a également eu lieu lors d’un rejet très spectaculaire en décembre 2016 mais pour l’instant sans avancées majeures.
 
Petites sélections d’images pour se faire une idée de comment ça se présente…

Et le rejet de 2016:

Pour finir cette première exploration, nous partons à l’aventure dans les restes de l’usine Duclos. Installée sur une grosse partie de la colline jusqu’au centre ville de Septêmes, elle produisait à la fois des sels d’aluminum utilisés aux traitements de eaux, des bétons projetés et de l’industrie chimique (Duclos Chimie), et traitait également le mercure (sous le nom de Duclos environnement…). 
 
L’activité mercure a cessé en 2011 et avait fait l’objet de longues luttes des habitants contre son extension, la suite de l’histoire contestataire de la commune… Aujourd’hui un projet de dépollution et d’écoquartier est dans les tuyaux, à suivre…
 
Petite balade en images dans ce Toxic Park en devenir, à la lisière du landart, du graff et de l’art brut…! Laissons parler les images…
 
L’amorce de la reconversion est visible:  la nouvelle médiathèque de Septêmes.
Bernard et Pierre ont chacun a leur façon cartographié cette passionnante balade, une belle manière de conclure.
 
 
La prochaine fois (le 12 février prochain après-midi), direction Lafarge!!

Restons branchés! Récit d’exploration #2

Les récits d’exploration mettent en partage les conversations et recherches des balades en cours de construction. 

Cette fois ça commence par un pique-nique sur la terrasse de Dominique.

Chacun a amené une histoire à raconter, une production à goûter ou un bouquin à partager autour de sa relation à l’arbre.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Après le pique quasi gastronomique on revient dans l’enquête.
 
La mémoire des fractures…
 
D’abord l’histoire du Robinier Faux acacia. Dans la vieille ferme que Dominique et Jean viennent habiter il y a déjà un paquet d’années, ils devinent deux ronds entourant ce qui devait être deux arbres, abritant agréablement la terrasse et donnant des airs de bastides à l’endroit. 
 
Mais il faut bien vivre et l’activité de la ferme évolua, avec notamment du stockage de charbon. On coupa les arbres pour laisser la place au camion venant livrer le combustible. Des années après, Jean et Dominique partent donc en quête d’un nouvel arbre à planter là, pour donner un peu de fraicheur au lieu où nous pique-niquons. 
Alors qu’ils espéraient un micocoulier, c’est finalement un robinier qui emménagera avec eux. Ils apprendront avec lui à accompagner la « fracture” (c’est un arbre très cassant), ce qui va nous permettre d’arriver à notre premier adage/slogan inventé de la journée (il y en aura d’autres…):  « Ça casse mais ça pousse »…
 
 
 
 
 
 
Ça vaut des nèfles…
 
Pas très loin du robinier, on trouve un très vaillant néflier qui a tout particulièrement l’affection de Jean. 
 
Serait-ce par goût pour ce qui n’est pas très valorisé (comme un peu chacun de nous dans ces balades)? Ou par intérêt pour l’activité permanente dont cet arbre fait preuve (Jean est aussi un grand travailleur)? 
 
En tous cas il nous amène notre deuxième adage: « Super, ça vaut des nèfles »…
 
 
 
 
 
 
 
 
Le Palmier du ghetto…
 
Josyane a bien préparé son résumé de ses recherches sur l’Aillante! Outre ce qu’on savait déjà (que c’est une plante qui s’installe dans les terres remuées, qui résiste à des conditions très dégradées de sol et de pollution, qu’on peut au choix y voir une nuisible ou une championne de la survie), on apprend que cet arbre fut donc importé de Chine (on verra que la Chine est récurrente dans cette histoire…) comme arbre d’ornement mais aussi, mais surtout, dans l’espoir d’une exploitation économique via son Bombyx, un papillon de nuit capable de produire de la soie.
Quand cette production n’a plus trouvé d’intérêt économique on l’a peu à peu trouvé moins sympathique…
Pour continuer à lister ses qualités, et pas seulement ses défauts (notre goût pour les nèfles…), on remarque sa capacité à pousser rapidement, les qualités musicales de son bois,  ses capacités à inhiber la germination d’autres plantes (ce qui peut être un défaut comme une qualité…).
 
 
Un instrument pour sonder les corbeaux en Ailante
 
 
L’Ailante a aussi beaucoup de noms différents, qui expriment la difficulté de clairement le classer du côté des bons ou des mauvais…
 
Outre le “Palmier du Ghetto », « Faux vernis du Japon », “Arbre du ciel » et « Arbre du paradis, il a aussi deux noms d’usage en Chine: 
Pour le chinois de la campagne il est l”’Arbre du printemps” (car sa période de « renaissance » annuelle est tardive et annonce avec certitude le printemps) quand il est pour le chinois des villes “l’Arbre puant” (parce qu’il dégage une odeur nauséabonde quand on froisse ses feuilles). 
Les chinois l’utilisent aussi comme métaphore à la fois du père de famille (par allusion à son côté imposant quand il est mature) et du fils dévergondé (en faisant allusion à la croissance un peu fofolle des rejets de souche).
 
Alors l’adage qui nous vient pourrait être : « Oui mais non ».
 
Entre Terre et Ciel…
 
Et l’on finit notre petit tour de table de nouveau avec la Chine, mais aussi la langue arabe et le dessin, avec Stéphanie qui nous montre les idéogrammes qui correspondent à « arbre” mais aussi « racine”, « cime”, « forêt »… 
Elle nous fait également partagé le beau livre Nous n’’irons plus au bois” dessiné par Zeynep Perinçek. 
 
 
Pour l’adage, les chinois nous invitent à réfléchir à Si j’étais un arbre…

 

 
 
 
 
 
 
 
 
Et puis on part en balade sur Foresta…
 
 
C’est pour commencer le retour du robinier, dans une autre situation. 
Dalila nous raconte alors que cet arbre, grâce à la présence de nodosité et de bactéries symbiotiques sur ses racines, a la particularité comme toutes les Fabaceae (légumineuses), d’être capable de capter l’azote de l’air (ce que la plupart de végétaux ne peuvent pas faire bien que l’atmosphère en contienne 78%). 
Une partie de cet azote sera utilisé pour fabriquer ses protéines, et l’ autre restera dans le sol et deviendra assimilable par les autres plantes.
Le Robinier, en agissant comme un engrais, en fait ainsi profiter les autres.
 
Donc c’est super… Oui! 
 
Mais il prend aussi possiblement la place d’autres plantes à cause de ses gousses pleines de graines… Non! 
 
“Oui mais non »…
 
 
Bon, on apprend aussi qu’il peut remplacer le teck pour faire de chouette terrasse mais aussi des bâtons du jardinier car son bois est imputrescible.
 
Quelques mètres plus tard voici le peuplier. 
 
Potentiellement marqueur d’eau, mais oui mais non nous dit la compagnie, car c’est le peuplier blanc, pas le vert. 
Mais savez-vous que le peuplier blanc c’est le peuplier de peintres de la Renaissance italienne, l’arbre avec lequel ils fabriquaient leur retable pour peindre sur bois? Ceux du nord utilisaient le chêne. 
Clin d’oeil aux nombreuses histoires italiennes de ces quartiers?
 
Et puis voilà le Frêne et ses histoires de Fresnette (idée pour l’Epicerie Foresta?) mais aussi de fourmis qui nettoient l’arbre en buvant le liquide sucré contenu dans des pucerons à partir du suc de l’arbre… euh… vous m’avez compris??
 
Et toujours ces plantes qui indiqueraient l’eau, en dessous… 
 

Le mystère du Savonnier. Pourquoi ça s’appelle comme ça? On ne sait pas mais on sait que, encore une fois, cet arbre vient de Chine… 
Troublante cette récurrence de la Chine, quand on sait que le projet MIF 68, qui indirectement a provoqué le projet Foresta, est largement lié aux investisseurs chinois et aux stratégies des nouvelles routes de la soie…
 
 
 
Tiens cette fois un Troène du Japon. Ils furent à la mode dans les bastides marseillaises, taillés en boule et recouverts de filets afin de permettre « Les chasses aux dames » , les oiseaux étant ainsi plus faciles à chasser pour la gente féminine…Hum Hum…
 

Nous voilà à l’orée de l’incendie. Un drame et une chance… Nous échangeons sur les impacts de l’incendie, à la fois traumatiques pour les hommes dans la modification du paysage qu’il provoque, mais aussi accélérateur pour certaines plantes qui vont profiter de la lumière retrouvée.
On se dit qu’il faudra approfondir cette question de l’incendie, de sa gestion aussi, notamment en invitant le chercheur Thierry Tatony à converser avec nous.
 
Des Chênes blancs, Chênes Kermes, de la Filaire, du Neprun, Viorne tin, Salsepareille, c’est tout un milieu qui vit là, face aux Ailantes et aux buissons d’Atriplex.
 
 
 
 
L’un grignotera t’il l’autre?
 
 
Nous y serons attentifs et pour prendre soin de cette incroyable relique nous proposons également d’entamer une procédure de classement au titre de la protection du biotope, rien que ça!!
 
 
 
A suivre…
 

Conversation marchée à Foresta #1

Les conversations marchées sont une invitation à regarder ce qui est là avec un scientifique qui ne connait pas forcément les lieux mais avec qui nous pensons avoir des « sujets de conversation »…

Récit de la Conversation marchée #1, 7 novembre 2018
 
Qui vit là et comment?
 
Alors c’était un mercredi matin, ciel menaçant, et une colline Foresta particulièrement verte pour la période de l’année. But de jeu de la matinée: regarder ensemble avec les chercheuses du laboratoire le LPED (laboratoire population environnement développement) Magali Deschamps-Cottin et Carole Barthelemy ce qui est là, dans un espace naturel profondément modifié par l’homme et aux conditions difficiles (pente, embruns, vent…). 
 
Toutes deux travaillent sur la nature en ville, et plus particulièrement à Marseille. 
Magali est écologue, elle regarde les relations et interactions entre les plantes, les animaux…et les hommes, avec une prédilection pour les papillons. 
Carole est sociologue, elle travaille sur les relations entre la nature et la société plus particulièrement dans les quartiers populaires de Marseille. Ça veut dire les usages qu’ont les habitants de la nature, les représentations mais aussi les modes de gestion de cette nature urbaine qui n’est pas toujours perçue ou nommée comme telle (les délaissés, les friches, les collines habitées…).
 
Après une petite introduction presque polémique à propos des prédateurs domestiques que sont les chats (qui en trop grand nombre affaiblissent la biodiversité), nous partons marcher.
 
A Foresta on se trouve majoritairement dans ce qu’on appelle un milieu ouvert. Or les papillons aiment bien ces milieux, plus que les forêts… Ils ont par contre besoin d’habitats diversifiés, notamment pour passer l’hiver.
 
Par exemple certains papillons passent l’hiver à taille adulte en ce cachant dans des vieux murs ou dans les ronces (donc oui, les ronces c’est important et pas que pour ramasser des mûres…).
 
 
 
 
 
Tiens, là le vieux mur qui sous tend aujourd’hui le Lycée de la Viste, relique bâtie de la colline d’origine. Un bon gite…
D’autres papillons passent l’hiver sous forme de chenilles ou de chrysalide, directement sur les plantes.
 
Dans le fenouil qui poussent un peu partout ici on trouve le Machaon. La Machaon aime le fenouil. Les papillons ont en effet des plantes hôtes, des plantes spécifiques que chaque espèce choisira pour pondre ses oeufs et qui sera la base alimentaire de la chenille. Les plantes sauvages parfois considérées comme mauvaises herbes peuvent ainsi être précieuses vues par une autre espèce…
On se fait un petit tour des espèces qui apprécient les friches et les zones abandonnées de nos contrées. Certains sont migrateurs, traversant la Méditerranée et élargissant ainsi leurs capacités à trouver le bon climat, la bonne plante… 
Et beaucoup ont des noms plein d’imaginaire…
Le Grand voilier, le Vulcain, la Belle dame ou encore le Pacha, qui n’accepte comme plante hôte que l’arbousier. Nous pourrions même rencontrer un papillon dont la femelle est appelée la Mégère quand son mâle se nomme le Satyre… 
Bon, en l’absence d’arbousier pas d’espoir de Pacha pour l’instant à Foresta…
 
On croise sur la dyplotaxie (la roquette sauvage) des chenilles de Pierrides, un papillon plutôt « tout terrain « .
 
 
Ici il faut se mélanger…
Un terrain artificialisé comme Foresta est le lieu de vie des champions de l’adaptation, de ceux (plantes, animaux et… humains…?) qui arrivent à trouver des stratégies pour faire avec les difficultés et qui finalement en font une opportunité.
En profitant de la « coupe » provoquée par l’installation des lettres de Netflix, on peut voir que la couche du sol vivante, propice à la vie, est très fine. En dessous les remblais des multiples modifications du site. La présence de l’argile joue aussi sur la perméabilité des sols. En gros soit c’est trop sec, soit c’est noyé… 
 
La réponse qu’ont trouvée les plantes à cette situation est de faire des cycles courts, aller vite pour réussir à se reproduire dans les deux périodes « viables » le printemps et l’automne. On voit aussi que dans ces terrains remués urbains qui ont constitué le terroir marseillais avec ses bastides et ses fermes, les plantes se mélangent, les espèces héritées des jardins cotoyant les spontanées reines de l’adaptation.
 
 
 
 
La planque du moustique…
Globalement, on est toujours agréablement surpris de constater que Foresta, tout en étant resté un espace ouvert, est plutôt « propre ». Peu de déchets, quelques bagnoles abandonnées de temps en temps mais finalement rien de trop alarmant au regard de la taille des lieux.
 
Mais malgré tout on trouve des petits amoncellements de temps à autres qui sont des vrais villas pour moustique, notamment les tigres qui adorent les humains et leur capacité à laisser trainer des récipients d’eau stagnante. Un peu d’eau qui traine dans une canette suffit à installer une nurserie, un cycle de reproduction pouvant se dérouler en 1 semaine. Si une partie des espèces de moustiques sont nécessaires dans un milieu, Magali nous invite quand même à sérieusement éviter ce genre d’habitat collectif qui dérégule les équilibres entre les espèces et nous bouffe quand même un peu la vie 🙂
 
Adopter un âne ou un quadra…
Nous arrivons devant l’un des quadra installés par SAFI dans Foresta. L’idée est d’avoir une petite zone d’observation détaillée des plantes pour que son inventaire exhaustif dans le temps nous apprenne comment évolue le terrain, par exemple suite à la venue des ânes qui depuis cette année se chargent du débroussaillage de printemps. Est-ce que les ânes vont modifier les plantes et le terrain? Affaire à suivre…

Cet inventaire est participatif et ses résultats sont consignés sur le site du mouvement « Tela botanica”, où des milliers de personnes en France inventorient les plantes sauvages de leur quartier.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Ailantes Versus Chênes?
 Nous nous trouvons à la lisière entre une relique de la colline ancienne et de la colline transformée. D’un côté un bout de forêt avec des chênes pubescents, de l’autre une prairie sèche peuplée d’Aillantes qui ont réussi, c’est l’une de leur caractéristiques, à s’installer sur cette terre appauvrie. L’Ailante est considérée comme invasive. En même temps elle a la qualité d’arborer des zones dégradées par les hommes et où il est difficile d’habiter quand on est un arbre. Un petit débat démarre sur la menace, ou pas, que l’Aillante représente pour les chênes de l’autre côté du chemin. Battle à poursuivre lors de la prochaine balade d’exploration à partir des arbres…
Les écologues nous invitent à observer la dynamique d’évolution de cette micro-forêt:  Y a t’il de jeunes arbres ? Progresse t’elle ou régresse t’elle ?
 
Dans le même ordre d’idée, posant ainsi la question des régulations qui deviennent parfois complexes pour la nature anthropisée, Magali nous raconte que quand on met trop de ruches d’abeilles domestiques, ce qui ne semble au premier abord qu’une bonne idée, on met la pression sur les espèces sauvages. On crée une concurrence autour de la ressource des lieux avec d’un côté des abeilles sauvages qui butinent seules, et de l’autre des abeilles domestiques qui fonctionnent en colonies et qui « ratissent » très efficacement les zones de pollen. Tout est histoire d’équilibres…
 

Un peu plus loin on découvre un « arrangement” entre deux cèdres de l’Atlas plantés trop serrés et des mûriers à papier. Ré-équilibrer la répartition en taillant fragiliserait surement l’équilibre de l’ensemble, notamment racinaire, les rendant ainsi plus vulnérables au vent…
Dans ce cas on conclue qu’il faut au contraire laisser faire, observer, faire régulièrement des photos pour documenter et se rendre peu à peu compte de comment ces arbres et ce paysage vit.
 
 
Un bassin à ménager…
Nous finissons devant l’un des deux bassins de rétention de Foresta. Ces ouvrages techniques sont aussi des lieux de vie, notamment celui-ci qui a la qualité de ne pas être bétonné, ce qui le rend beaucoup plus hospitalier pour plein d’espèces de plantes et d’animaux. Tout peut y circuler, il crée un milieu dynamique, plein d’interactions. Nous nous promettons de rechercher les résultats de l’enquête sur les oiseaux nicheurs, réalisé récemment par le LEPD et l’association la Chevèche.
On regarde également la ressource que représente les cannes, que nous apprenons à tresser et à utiliser comme ressource de construction à Foresta.
 
Nous concluons notre conversation en se confirmant avec nos deux scientifiques qui découvraient les lieux pour la 1ère fois que cet espace naturel, pivot également dans les enjeux de corridors écologiques (trames), était vraiment précieux. 
Vaste, usager, à la fois marqueur historique et révélateur de toutes les stratégies de la nature pour s’adapter, cet endroit peut participer à nommer et à prendre soin d’une nature urbaine qu’on ne valorise pas ou peu et qui souvent devient un enjeu, conflictuel, au moment où on la perd (pour une construction).
 
On se dit que plus qu’une “Zone à Défendre”, c’est une belle “Zone à Ménager”, qu’on a du temps pour ça et qu’il faut en profiter…
 
 
A suivre!
 
 
Prochain Récit d’exploration à suivre: Restons branchés #2
Photos Sheryl Debourg

Récit #1 des racines et des arbres: Restons Branchés!

Cette année le 1000 pattes, groupe informel qui fabrique collectivement au sein d’Hôtel du Nord des explorations puis des balades, se laisse guider par les arbres, avec comme point de départ Foresta. Récit de la première séance de travail… Ce groupe est ouvert, vous pouvez le rejoindre à tout moment en prenant contact avec la coopérative.

Un premier petit groupe s’est retrouvé à Foresta, non pas sous un arbre, mais sous une ombrière en cannes de Provence, fabriquée collectivement avec le collectif Safi il y a quelques semaines pour apporter de l’ombre là les arbres ne sont pas…

Nous avons le temps d’un pique nique pour définir un peu plus précisément ce qu’on voudrait chercher en prenant l’arbre pour guide.

Quelles sont nos questions, envies, intuitions qui se cachent derrière l’arbre qu’aujourd’hui nous interpellons ?

Envahisseur, opportuniste, lanceur d’alerte…?

Vincent se lance et nous raconte ses interrogations autour de l’Ailante.

Dans son quartier du côté de l’Estaque cet arbre, originaire de Chine et importé en occident lors de l’engouement pour les « chinoiseries » ornementales, est communément regardé comme un «invasif». L’Ailante semble pousser partout et à grande vitesse. Alors entre la valeur qu’on a pu y donner par le passé (il a été largement utilisé comme arbre d’ornement tant dans les jardins que dans les espaces publics) et son possible statut de plante invasive à combattre aujourd’hui, que penser?…

Ce cas de l’Ailante devient encore plus passionnant quand Dalila nous explique que l’Ailante fait partie de ces arbres qui aiment les terrains remuées, appauvries voire dégradés. Plus qu’une invasive on pourrait dire que c’est une « opportuniste », elle sait très bien profiter du goût de l’humain des villes à décaisser, remblayer, déplacer les terres et les laisser devenir les coulisses de la construction.

Par sa multiplication, on pourrait même considérer qu’elle « donne l’alerte », qu’elle nous interpelle sur la manière dont nous gérons la terre sur laquelle nous habitons.

Dans le jardin de Vincent, le bosquet d’ailante est devenu un sujet important, à contenir mais aussi transformer. Outre l’ombre qu’elle apporte à cette colline aride, l’aillante permet à la compagne de Vincent de réaliser des sortes de totems avec les rejets et branches d’Ailantes qui chaque années se développent rapidement. A aller voir!

Foresta étant tout à fait caractéristique de ces terres urbaines dégradées, s’intéresser à l’ailante et à ce type d’arbres, dans toutes ces ambiguïtés et tensions qu’il révèle, nous semble motivant. D’autant plus que la Canne, qui est à l’origine de l’ombre qui nous abrite, fait également partie de ces espèces à la fois considérées comme invasives mais développant des stratégies pour trouver les ressources des lieux (par ex l’eau) et elle même devenir une ressource sur ces terres dégradées par les hommes.

Nous décidons ainsi de cette année mener une sorte d’enquêtes autour de l’ailante et de la canne (où, pourquoi et comment elles habitent, leurs usages et leurs histoires, comment elles peuvent devenir de la ressource et des histoires à partager…).

De foresta à forêt: petite histoire d’un territoire prohibé…

A partir de cette première histoire, il nous apparaît évident qu’il est nécessaire de prolonger cette question de la “survie “sur des terrains aussi difficiles que les terrains remués et transformés de Foresta. Mais avant ça nous revenons au nom «Foresta ».

Ce n’est pas que le nom d’une famille noble provençale et de son château, d’une zone d’opération militaire, d’un creux industriel, d’un terrain d’aventures.

C’est aussi dans l’histoire du mot le terme pour désigner un terrain interdit, mis au ban, sur lequel on ordonne de ne pas habiter ni cultiver, dans l’intérêt de la chasse seigneuriale. Apparait ainsi le verbe Forestare, “mettre au ban”. Et comme la chasse aime les animaux qui aiment les bois, Forestare a donné Forêt!

Redonner de l’usage collectif à un terrain qui s’appelle Foresta? Une fois qu’on connait cette étymologie et l’histoire des lieux, là encore ça motive!

Habiter sur les ruines…

Mais si la notion de “territoire mis au ban” résonne bien avec notre situation locale, force est de constater qu’il n’y a pas, presque plus, de forêt à Foresta. Y en a t’il eu un jour? Et comment se débrouillent les rescapés pour vivre là malgré les bouleversements urbains, ou les nouveaux venus qui ont choisi malgré les embruns salés, malgré le vent, malgré le manque d’eau et la terre appauvrie de s’installer là?

Ces arbres spécialistes de la survie nous questionnent et nous avons envie d’aller les rencontrer.

Nous décidons donc qu’un volet des explorations sera consacré à les inventorier, comprendre leurs stratégies et écouter ces arbres qui sont là, témoins d’un autre temps ou au contraire agiles pour survivre en conditions particulièrement difficiles.

Au pied de mon arbre (puis-je vivre heureux…?)
Et nous dans tout ça? Quelles sont nos relations plus intimes avec un, deux, dix arbres? Quelles sont nos histoires d’arbres? 
Il y a celles qui s’imbriquent intimement dans notre vie et notre mémoire, comme ces quelques arbres du boulevard Henri Barnier qui quand on écoute Dominique finissent par raconter toute l’histoire de sa maison. Ou la petite oliveraie où va ressourcer près de chez elle Isabelle. Mais il y aussi ces arbres qui portent des légendes, des luttes, des mémoires plus collectives dont ils peuvent devenir un témoin, un complice. 
Ils se trouvent à côté de chez nous ou un peu plus loin, ils nous relient.
 
Parfois nos histoires d’arbres deviennent aussi un sujet de conversation au quotidien. Comment on les taille chez soi ou dans l’espace public, comment avec eux ou parfois contre eux on marque son territoire, comment ils fixent des usages mais aussi des frontières dans un quartier? 
En écoutant les histoires d’arbres de Stéphanie au centre ville (notre pique nique a eu lieu quelques jours après les premiers arrachages d’arbres sur la Plaine) et celles de Sylviane à Saint Henri, nous réalisons comment les arbres d’un quartier deviennent à la fois un sujet qui engage du commun mais également du conflit.
 
Nous décidons alors de nous montrer ces arbres singuliers, d’écrire et de se raconter nos histoires intimes avec eux, et aussi de partir sur les traces de Sylviane pour explorer plus en détail une partie de St Henri, où l’entretien des arbres au quotidien est une conversation active entre voisins.
Et puis on finit en se rappelant la puissance poétique et imaginaire des arbres. On se souvient alors qu’Alice au Pays des merveilles y bascule en tombant dans un arbre, que même les botanistes et scientifiques comme Francis Hallé font appel à la poésie pour nommer ce qu’on peut s’apprendre, et que la dimension affective que l’arbre déclenche chez l’homme en fera un excellent guide de balades à plusieurs voix!
Prochaine exploration, vendredi 16 novembre: pour s’inscrire ici