Les 27 octobre, 12 novembre et 13 décembre 2025 nous partons en balades-ateliers entre voisins pour partager nos observations, nos questions et nos savoirs.
Ces balades sont les débuts de l’Ecole du feu, un projet au long cours associant habitants, chercheurs et artistes pour apprendre et imaginer ensemble à la fois comment mieux se protéger mais aussi comment développer des manières d’habiter les lisières plus en lien avec ce qui nous environne.
En voici un compte-rendu écrit, ainsi qu’un récit photographique de l’artiste Garance Maurer.
L’École du feu est initiative portée par leBureau des guides du GR2013 avec la coopérative Hôtel du Nord et le collectif de l’incendie du 8 juillet.
Suite à la catastrophe du 8 juillet, a poussé l’idée qu’on pouvait apprendre de l’incendie. Après une première rencontre en juillet à Miramar, nous inaugurons en marchant l’’ECOLE DU FEU !
Apprendre comment fonctionne un incendie, ce que nous raconte le sol, qui sont les plantes pyrophiles, ce que permet le feu… Se souvenir de comment on faisait avant, découvrir comment on fait ailleurs et imaginer ce qu’on pourrait faire ensemble !
L’École du feu est initiative portée par le Bureau des guides du GR2013 avec la coopérative Hôtel du Nord et le collectif de l’incendie du 8 juillet. Plus d’infos…
Les 27 octobre, 12 novembre et 13 décembre nous partons en balades-ateliers entre voisins pour partager nos observations, nos questions et nos savoirs. Un premier cycle de 3 balades pour affiner nos regards, énoncer nos questions, fabriquer ensemble des hypothèses, des envies et des actions.
Balade Pyros #1 – de la montée Pichou aux Abandonnés /lundi 27 octobre de 14h à 18h
Nous avons été accompagnés par Jordan Szcrupak (paysagiste), Patrick Jeannot (ex ONF), Elise Boutié (anthropologue) et Sophie Bertran de Balanda (jardinière et urbaniste).
Balade Pyros #3 – En haut du Marinier/ samedi 13 décembre de 14h à 17h30
Nous serons accompagnés par les habitants ayant collaboré avec la sécurité civile suite à l’incendie de 2001, Jordan Szcrupak (paysagiste), Elise Boutiè (anthropologue), et Victor Dubreuil (lieutenant de la Brigade des marins pompiers de Marseille (sous réserve).
L’École du feu est initiative portée par le Bureau des guides du GR2013 avec la coopérative Hôtel du Nord et le collectif de l’incendie du 8 juillet.Plus d’infos…
Les 27 octobre, 12 novembre et 13 décembre 2025 nous partons en balades-ateliers entre voisins pour partager nos observations, nos questions et nos savoirs.
Ces balades sont les débuts de l’Ecole du feu, un projet au long cours associant habitants, chercheurs et artistes pour apprendre et imaginer ensemble à la fois comment mieux se protéger mais aussi comment développer des manières d’habiter les lisières plus en lien avec ce qui nous environne.
Le 14 juin on se retrouvait au Parc de la Jougarelle à la Castellane pour apprendre avec le collectif SAFI le feutrage de la laine brute, se raconter des histoires de laine et de tapis kabyles, se souvenir du filage et préparer ensemble la transhumance de septembre.
C’était aussi les 100 ans Pierre, l’occasion de se rappeler ce qui est important et de chanter le piste animale!
On est entré dans le monde des oiseaux grâce à notre guide Espoir et tous les bruits alentours n’ont pas empêché la grande poésie de ce moment. On était une grappe d’humains à l’affût d’un monde que les promeneurs de chiens et travailleurs du matin ne soupçonnaient même pas. Mal réveillés mais passionnés, buvant les paroles d’Espoir.
Depuis, le monde a changé, je ne regarde plus les tourterelles de la même manière..Je n’imaginais pas toute la richesse de cet univers.
Un grand merci à Espoir qui nous a ouvert ces portes.On recommence quand ?
J’ai noté les espèces rencontrées :
– Fauvette espé (ça veut dire de cette espèce).
Il y a plusieurs espèces de fauvettes. Elles sont dans les buissons et ont plusieurs chants.
La fauvette à tête noire : chant long répétitif (avec un bruit de papier alu froissé) .
La fauvette mélano céphalé + œil maquillé orange.
– Moineau Domestique
– Goélan Lecofé
– Rouge-queue Noir
– Rouge-gorge Familier : chant flûté, cristallin, mélodieux comme une conversation
– Tourterelle Turque (celle que l’on voit chez nous : gris clair)
– Tourterelle des bois (écaillée et migratrice)
– 2 sortes de Pigeons : Bizet (plutôt au sol), et Ramier (+ gros) avec un trait blanc. Aurions-nous là l’origine du Chemin de Bizet?
– Serin cini chant cyclique, un peu comme une chaîne rouillée.
– Il y a 4 types de mésange : charbonnière qu’on a entendu (3 chants différents tchoupi tchoupi…), bleue, et même 7 espèces d’après le guide que j’ai trouvé…
– Roitelet Huppé dans les conifères
– Le Rossignol Phylomel
– La chaleur, le vent et les humains chassent les oiseaux
– On a aussi appris que vers Niolon un aigle de Boneli niche
Espoir capte la Mésange Charbonnière. Titit Tut
Le Roitelet Huppé sautille dans le cèdre.
Fruit de notre récolte sonore et visuelle – Espoir Bouvier
Suite à l’incendie du 8 juillet, une première rencontre a été organisée par le Bureau des guides du GR2013, la coopérative Hôtel du Nord et les riverains de Miramar en contribution au Collectif de l’incendie du 8 juillet, pour mieux comprendre le feu, son écologie et la gestion des incendies.
Cette rencontre a été le prémisse de ce qui allait devenir l’Ecole du feu, un projet au long cours associant habitants, chercheurs et artistes pour apprendre et imaginer ensemble à la fois comment mieux se protéger mais aussi comment développer des manières d’habiter les lisières plus en lien avec ce qui nous environne.
Une balade dans laquelle les yeux de deux photographes semblent nous pister. Parfois au cœur de l’échange, parfois en lisière, ils portent attention à leur vision périphérique, jouent avec les distances, font corps avec la petite meute ou s’éloignent en solitaires, faisant apparaitre les autres corps qui traversent, évitent, passent, vivent ici.
L’un est plutôt loup, l’autre est plutôt chat. Pourrait-on reconnaitre le regard d’elle, l’attention de lui ? Elle s’appelle Evangeline, il s’appelle Franck. Pour ce récit ce sont leurs images qui seront la trace de notre nouvelle recherche du petit Chemin des Bestiaux.
PARTIE 1 : Le centenaire, le chien et l’enfant
Il était une fois un paysage. Ce paysage n’était pas ce ceux qu’on voudrait croire immortel. Depuis sa naissance il s’était tant et tant transformé que parfois il devait rappeler qu’il était toujours là, toujours vivant, toujours avec nous, fais de nous et dans nous. Ainsi le « nous » essayait de se rappeler, ce n’était pas facile.
Ce jour-là nous avons réussi, un peu, grâce à l’alliance que le paysage avait passé avec le centenaire, les enfants et le chien.
Le centenaire et la mémoire
Pierre tient son chemin, celui des bestiaux, celui des hommes qui conduisent à l’abattoir. « Gorge Cœur Ventre », il nous invite à plonger dans le regard de la mise à mort industrielle puis nous lit presqu’en sautillant la fable « Le cochon, la chèvre et le mouton ».
Evangeline le chat parfois se faufile entre les humains pour les observer de près, Franck le loup regarde autour. A notre tour de pister leurs photos !
Zoom sur un extrait du film Gorge Cœur v-Ventre de Maud Alpi
Une Chèvre, un Mouton, avec un Cochon gras, Montés sur même char s’en allaient à la foire : Leur divertissement ne les y portait pas ; On s’en allait les vendre, à ce que dit l’histoire : Le Charton n’avait pas dessein De les mener voir Tabarin Dom Pourceau criait en chemin Comme s’il avait eu cent Bouchers à ses trousses. C’était une clameur à rendre les gens sourds Les autres animaux, créatures plus douces, Bonnes gens, s’étonnaient qu’il criât au secours ; Ils ne voyaient nul mal à craindre.
Le Charton dit au Porc : Qu’as-tu tant à te plaindre ? Tu nous étourdis tous, que ne te tiens-tu coi ? Ces deux personnes-ci plus honnêtes que toi, Devraient t’apprendre à vivre, ou du moins à te taire. Regarde ce Mouton ; a-t-il dit un seul mot ? Il est sage. Il est un sot, Repartit le Cochon : s’il savait son affaire, Il crierait comme moi, du haut de son gosier, Et cette autre personne honnête Crierait tout du haut de sa tête.
Ils pensent qu’on les veut seulement décharger, La Chèvre de son lait, le Mouton de sa laine. Je ne sais pas s’ils ont raison ; Mais quant à moi qui ne suis bon Qu’à manger, ma mort est certaine. Adieu mon toit et ma maison. Dom Pourceau raisonnait en subtil personnage : Mais que lui servait-il ? Quand le mal est certain, La plainte ni la peur ne changent le destin ; Et le moins prévoyant est toujours le plus sage.
A la fable, Danièle répond par le chant et la ballade popularisée par Joan Baez « Donna Donna », dont beaucoup d’entre nous découvrent la signification. Et une fois encore, nous chantons avec le paysage…
Dans un wagon rempli pour le marché, Il y a un veau avec un œil morne. Au-dessus de lui, une hirondelle Bat des ailes rapidement dans le ciel.
Comment les vents rient-ils ? Ils rient de toutes leurs forces ! Rire et rire toute la journée, Et la moitié des nuits d’été.
Donna, Donna, Donna, Donna Donna, Donna, Donna, Don Donna, Donna, Donna, Donna Donna, Donna, Donna, Don
« Arrêtez de vous plaindre », dit le fermier.
« Qui vous a dit d’être veau ? Pourquoi n’avez-vous pas d’ailes pour voler avec ? Comme l’hirondelle si libre et fière ? »
Comment les vents rient-ils, Ils rient de toutes leurs forces ! Rire et rire toute la journée, Et la moitié des nuits d’été.
Donna, Donna, Donna, Donna Donna, Donna, Donna, Don Donna, Donna, Donna, Donna Donna, Donna, Donna, Don
Les veaux sont facilement attachés et abattus, Ne sachant jamais pour quelle raison. Mais celui qui chérit la liberté,
Comme l’hirondelle a appris à voler.
Comment les vents rient-ils ? Ils rient de toutes leurs forces ! Rire et rire toute la journée, Et la moitié des nuits d’été.
L’enfant et le jeu
Thais et Hiacinte volent autour de nous à la manière des hirondelles. Soudain ils deviennent chevaux, araignée, tous les animaux à la fois. Ils sont vivants et évoquent dans leurs jeux libres et aventureux nos conversations sur les relations, entre apprivoisement, domestication, ensauvagement… Et leurs corps mettent en mouvement le paysage, rendent intéressant une barrière, passionnant un muret, apprenant un escalier.
Evangeline attrape quelques moments au vol !
Luna et Tania
La Tania et la Luna. Tout de suite ça sonne !
Evangeline a fait leur portrait et c’est Franck qui a pisté leur relation. Dans cette relation, on est parfois ensemble, à deux ou en collectif, on se touche, on cohabite serré, et d’autres fois on prend le large. Luna la chienne laisse alors Tania à ses conversations humaines et rejoint le paysage des enfants. Elle aussi révèle sa vitalité et une manière d’habiter en activant les espaces et le mobilier urbain.
PARTIE 2 : L’autre chemin des bestiaux
Maintenant que nous sommes un peu plus un « nous », on part en direction du petit chemin des bestiaux en explorant les traverses de Saint-Louis. Chacun observe à sa façon, on s’imbrique enfants, chien, oiseaux, habitants d’ici ou de plus loin. À partir de là nos photos se mélangent, celles d’Évangéline et Franck mais quelques-unes aussi de Julie qui complètent le parcours.
Le chemin des bestiaux de Pierre, c’était aussi l’idée d’un « chemin de conscience ». Il a été emprunté pour les manifestations contre l’incinérateur qui devait être installé au bord du ruisseau des Aygalades, a été le support des nombreuses chansons qui racontent les quartiers nord et que Pierre aime à nous partager.
Le «chemin des lycéens » que nous empruntons semble alors étrangement en résonance, et les luttes d’aujourd’hui émergent au fil du chemin. Gaza, luttes féministes, défense du quartier, on longe aussi l’usine d’où est partie la fuite au chrome 6 qui a pollué l’ensemble de la nappe phréatique, le ruisseau et ainsi les animaux qui y vivent ou les humains qui auraient par exemple jardiné avec l’eau de leur puits. On ruisselle alors vers des histoires géologiques, on passe les barrières pour plonger dans le tuf…
Alors que la pluie nous rattrape, on se transforme en essaim sous le porche d’un immeuble, gentiment accueillis pas les petits joueurs de foot.
Pierre nous partage un dernier texte témoin des solidarités auxquelles il nous invite et c’est en partageant l’imaginaire des gammares, crevettes du fleuve côtier et nom du joyeux collectif qui s’est mobilisé pour en prendre soin, que la divagation sur le chemin des bestiaux se conclue.
Photos Evangeline Allize, Franck Pourcel et Julie de Muer
Les ateliers « Bestiaire des quartiers nord » proposent aux enfants (petits et grands) de mener l’enquête sur la présence plus ou moins visible des animaux près de chez eux. Ces rendez-vous, animés par Chloé Mazzani, Jeanne Alcaraz, Willy Le Corre et Julie de Muer, sont l’occasion d’explorer la ville, de partager des connaissances et d’élaborer collectivement des formes (chansons, histoires, dessins, enregistrements) qui seront restituées lors de la « Grande Transhumance » le samedi 20 septembre.
Date des prochains ateliers : à la bibliothèque de Saint-André mercredi 21 et samedi 24 mai 14h30-16h30
au parc de la Jougarelle mercredi 7, 14 & 28 mai mercredi 11 juin 14h-16h
Atelier #1 mercredi 23 avril 2025 à la bibliothèque de Saint André
Ouf ! Il fait beau ! On va pouvoir mettre le nez dehors sans risquer de s’enrhumer.
Aujourd’hui, Chloé, Jeanne et Elodie comptent les minots venus participer à l’atelier dans la cour de la bibliothèque : il y en a bien 25. Il faut dire que le centre aéré est venu en force.
Afin de faire connaissance et de commencer à former notre troupeau, on nomme notre animal préféré et on imite son cri, sa manière de se tenir, de bouger. Les cris de panthères commencent à résonner dans la cour, tandis que des cobras sillonnent le sol. Les quelques timides du groupe haussent les sourcils : est-ce un zoo ou bien un cirque ?
Chloé propose un jeu : Que chacun choisisse son animal totem. Puis une qualité -ou un défaut- qui le représente le mieux. On assemble les deux et voilà, on obtient son nom indien !
Tous les enfants ont disparu, à la place se tiennent Tigre Indécis, Cobra Puissant, Rossignol Nerveux, Girafe Maigre, Ours Fatigué, Otarie Joyeuse, Chat Rigolo… Est-ce une nichée, un ban, un essaim ?
Non ! C’est une meute ! Une meute de loups, que guide Jeanne au rythme de la bourrée :
Je mène les loups, mène les loups laissez donc faire Je mène les loups, mène les loups loin de chez vous
Je n’irai pas au bord de la rivière Je n’irai pas si mon amant n’y est pas Je n’irai pas au bord de la rivière Je n’irai pas si mon amant n’y est pas
Je mène les loups, mène les loups laissez donc faire
Il y aurait donc des loups à Saint-André ? Pas facile de les repérer puisqu’ils ne sortent que la nuit. Le plus simple est peut-être d’aller chercher des indices là où ils sortent pour boire ou se nourrir. Mais qu’est-ce que ça mange un loup ? Des moutons ! Zut, le troupeau n’est pas repassé depuis la transhumance de septembre dernier.. Heureusement il y a des poules ! Juste derrière la bibliothèque !
Elodie nous conduit jusqu’à une maison qui se trouve dans la rue derrière l’église : dans le jardin, une bonne quinzaine de poules de toutes les couleurs. Les propriétaires sont très gentils et ouvre à la meute hirsute qui gratte à son portail.
A-t-on déjà vu un loup dans le poulailler ?
Non jamais.
Un renard alors ?
Même pas. Les seuls qui cause du tord aux poulettes ce sont..les rats !
Nous voilà reparti.e.s « Ahoooooooou » à la recherche du Loup de Saint-André. En chemin Cobra Puissant nous avoue qu’il a peur des loups…
Il y a t-il des créatures cachées dans les buissons ? Nous voilà au parc Emmanuel Vitria : on cherche la petite bête sur les figuiers, entre les feuilles, dans l’herbe fraîchement tondue.
Un débat s’installe à propos de la « cabane perchée » : est-ce qu’il s’agit d’un abris pour les pigeons ou bien pour les abeilles ? Chacun y va de sa théorie. Marie-Agnès nous souffle que c’est bien un pigeonnier. « La ville de Marseille récupère les fientes et fertilise les plates bandes alors ? Mais c’est formidable » s’exclame Chloé. Il semblerait qu’en réalité le but de ce Bed and Breakfast ait pour objectif de distribuer de la nourriture contenant des produits contraceptifs, afin de limiter la reproduction des volatiles.Les services municipaux ne sont donc pas aussi à la page des gestes de cohabitation humains-animaux qu’on l’espérait.
Nous continuons notre déambulation dans les rues du quartier, telle une meute de jeunes loups.
En passant devant un portail, nos effluves de bêtes des bois déchaîne l’ire de trois chiens féroces.
Au croisement de la traverse Rey et de la rue Régine Crespin, un autre spectacle nous attend : le domptage des fauves ! A l’aide de sa pâtée et de ses croquettes, Mme Mamie a su apprivoiser les chats sauvages du quartier. Elle connaît leurs noms, leurs histoires et s’occupe d’eux plusieurs fois par jour.
Après le spectacle, la dompteuse prononce un discours salutaire sur la prévention de la maltraitance des animaux.
La meute retourne à la bibliothèque en chantant « Je mène les loups ».
Pour finir, nous retraçons notre aventure sur une carte de Saint-André : les rues et les bâtiments sont dessinés mais où sont les animaux ? En quelques coups de crayons, nous rajoutons tout ce qui manque sur la carte.
Lors de la prochaine séance, nous continuerons à nous raconter des histoires d’animaux des villes et d’animaux des champs (des chants), et nous les peindrons grandeur nature (et même au delà).
BALADE DE LA DEUXIÈME CHANCE Lorsqu’à la recherche de la piste animale Nos pas nous emmenèrent là où l’on perdait tout espoir Quelle ironie du sort que ce funeste lieu fatal Permette aujourd’hui aux jeunes à nouveau d’y croire. Nous qui sommes passés par là Évoquant la vache jolie et le mouton innocent Offrant son corps au sacrifice halal Nous avons tous ensemble remonté le temps. Puis nous sommes repartis en chantant Le puissant hymne de la transhumance Sur le chemin des bestiaux, en bêlant Évoquant la vie, ses combats ses errances. Plein d’espoir des paroles du centenaire Qui a vu son combat tel Don Quichotte Sous la trace de nos milles pattes débonnaires Renaître au nord accueillant, des hôtels de nos potes. L’aventure ce jour-là sur une ronde s’est arrêtée Sur l’évocation de l’amour innocent de Gabrielle Nous promettant les mains jointes de nous retrouver Pour poursuivre bientôt l’aventure de plus belle.
C’est Marc qui fait ainsi rimer notre première balade d’exploration à la recherche du Chemin des Bestiaux. Ce petit chemin-là, il reliait la gare des Aygalades d’où arrivaient les bêtes, aux Abattoirs de Saint-Louis.
On est dans la seconde moitié du 19ème siècle et dans la première partie du 20ème. Le canal a contribué à modifier la présence animale. Les vaches sont plus nombreuses avec les prairies irriguées, on a des étables qui apparaissent un peu partout en ville pour faciliter l’accès au lait. Les ovins ne circulent plus par les seuls chemins de transhumance, le train et les bateaux organisent d’autres trajectoires.
Et la consommation de viande augmente, à la fois par le changement des régimes alimentaires et aussi par l’expansion démographique.
L’exploitation animale commence à s’organiser de manière plus industrielle. Les abattoirs vont ainsi entraîner une présence animale très forte, à la fois visible par les troupeaux qui passent et repassent, mais aussi plus invisible en mettant la mise à mort à distance derrière les murs et en générant toute une série d’usages dérivés de la ressource animale (graisses animales, os…).
Le chemin des bestiaux témoigne de cette mise à distance, quand les animaux deviennent une marchandise qu’on transporte en grand nombre d’une infrastructure à une autre, du train de la nouvelle voie de chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée à cette sorte d’usine que sont les grands abattoirs de Saint-Louis.
Mais le chemin des bestiaux c’est aujourd’hui aussi le chemin de Pierre. Un chemin de mémoire des circulations animales, mais aussi des luttes sociales et écologiques.
Pierre va avoir 100 ans. Il a dessiné, écrit et proposé de prendre soin de ce chemin auprès de la ville de Marseille et de son « budget participatif ». Ce petit dossier « fait main », il nous l’a aussi envoyé et on a tout de suite eu envie d’aller marcher avec lui !
Alors aujourd’hui rendez-vous est donné dans la partie des abattoirs qui est devenue l’école de la 2èmechance.
Nous sommes accueillis par Lila Somé qui dirige cette aventure pédagogique hors norme. Comme son nom l’indique, le principe de l’établissement est d’accueillir à tout moment des jeunes dont le parcours scolaire a déraillé et de les aider à retrouver un chemin de formation.
La réhabilitation des bâtiments est assez impressionnante, l’équipement bien outillé et le lieu dégage une ambiance bon enfant et apaisée. Nadia nous confie qu’à son sens la beauté du site agit sur la motivation des jeunes qui se sentent soutenus et reconnus aussi par la qualité du lieu. C’est un retournement assez étonnant de l’histoire, qu’un lieu d’exploitation d’animaux vivants deviennent un lieu de réparation des jeunes humains que parfois on animalise…
L’histoire des abattoirs c’est aussi une histoire sociale et culturelle, qui raconte la société de l’époque en pleine modernisation.
Julie rappelle alors le contexte de la construction des abattoirs de Saint-Louis. Elle et Agnès ont eu la chance d’échanger à ce propos avec Rémi Grisal, un jeune chercheur qui fait sa thèse d’histoire sur les pratiques agricoles avant la construction du canal de Marseille. Il a donc beaucoup enquêté par exemple sur les droits de pâturages qui organisaient très largement les usages de la propriété et les frontières communales.
Il leur a aussi montré un tableau d’Emile Loubon qu’on peut voir au Musée des Beaux-arts à Marseille. Il est très connu mais selon Rémi on l’a longtemps interprété « à l’envers ».
Julie se lance dans l’explication du dessous des cartes de ce tableau. En gros le travail de Rémi montre comment ce tableau n’est pas un simple témoignage d’époque, qui montrerait le vestige d’une campagne agricole bientôt industrialisée, mais plus une construction volontaire pour faire advenir un projet municipal, porteur de l’élan industriel des notables de l’époque, et qui nécessite une recomposition du territoire marseillais : la création d’un marché aux bestiaux à Marseille !
On apprend ainsi que Emile Loubon, alors directeur des Beaux-arts et que l’on considère généralement comme la tête de file des paysagistes provençaux, peint ce tableau en même temps que se conçoivent et se créent les grands abattoirs.
A la fin de la première partie du 19ème siècle, les troupeaux ne dépendent plus que de l’arrière-pays et des chemins de transhumance. Le train, le port portent de nouvelles circulations, de nouveaux marchés, de nouveaux enjeux industriels. Il faut pour la bourgeoisie marseillaise ramener la vente des bestiaux à Marseille, quand alors elle se situe toujours à Aix, qui se trouve sur les anciens chemins. C’est ainsi que les abattoirs seront inaugurés en 1853 tout comme l’exposition du tableau, qui selon l’enquête de Rémi « met en scène lestransformations urbaines et paysagères en train de se faire, projetant celles qui restent à̀venir et contribuant à̀ leur avènement. »
Un peu comme les panneaux qui ont mis ou mettent en scène les futurs-anciens projets urbains dans ce qui reste des abattoirs J?!
Le projet de Grande Mosquée dans la partie toujours en friche des abattoirs
L’histoire croisée des bestiaux et de la mosquée nous rappelle aussi l’émergence avec l’abattoir de carrés destinés aux premiers bouchers maghrébins et à ce qui deviendra la filière halal.
On avait l’année dernière pu recueillir le témoignage du descendant de la famille Azzoug. Il nous avait raconté à la fois la saga familiale et l’évolution du halal comme marché économique.
Bachir Azzoug, son père, est arrivé en France en 1942. Il travailla comme beaucoup de ses compatriotes algériens aux tuileries. Les kabyles des tuileries vivaient alors pour beaucoup d’entre eux dans le bidonville de la Lorette, à Saint-André. C’est là qu’il eut l’idée de faire commerce de viande dans le bidonville, et qu’une première boucherie avec des animaux mis à mort avec une forme de ritualisation s’est organisée. Il eut ensuite une première boutique à Saint-André en 1966, la nécessité d’intégrer les abattoirs et la structuration de la filière halal dans les années 90. Il crée en 1987 une ferme aux Pennes-Mirabeau dédiée à commercialiser des agneaux, initialement toute l’année, et aujourd’hui seulement pour l’Aïd. Les bêtes sont alors tuées par les acheteurs qui respectent quelques principes. https://www.lafermeazzoug.fr/comment-sacrifier-son-agneau/
Cette histoire familiale et locale raconte bien les évolutions du fonctionnement des abattoirs sur la seconde moitié du 20ème siècle, et aussi les débats sur ce qu’est le halal. Là, on a pas mal débattu des manières de pratiquer la mise à mort de l’animal avec tous ces petits mystères sur lesquels on a facilement des opinions différentes (la viande est meilleure ? Le bien-être animal, oui non peut-être ?…) , mais aussi de la structuration d’une filière récente qui accompagne à partir des années 60 l’apparition du « consommateur musulman ».
Les changements du régime alimentaire dans les pays d’accueil (on se met à manger de la viande quasi tous les jours), le besoin de mieux identifier « ce qu’on a dans son assiette » (quand au pays tout s’organisait de manière artisanale) et les enjeux économiques liés à cette demande communautaire vont ainsi concorder avec le développement industriel de l’abattage.
En lisant après la balade les recherches de terrain de l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler, qui est allée depuis les années 90 observer les pratiques d’abattage halal dans les abattoirs en France, et en continuant les conversations avec celles et ceux de notre groupe qui ont grandi dans leur famille musulmane dans ces années-là, on comprend que le halal s’est constitué véritablement comme rituel religieux en même temps que la réglementation.
On pourrait parler d’un rituel industriel, lié à l’évolution sanitaire (besoin par exemple de quelqu’un habilité à être sacrificateur, rôle qui va devenir « labelisé » par les autorités religieuses, ce qui n’était pas le cas à l’émergence de la filière « artisanale » comme nous le confirme Mlouka, « dans les années 90 mon père il le faisait ») et au développement d’un marché de consommateurs.
Et au fil du temps ce marché concerne l’ensemble des objets et des pratiques de consommation, bien au-delà de la viande.
Au final, ce qu’on en retient c’est que halal ou pas halal, la question aujourd’hui c’est aussi qui a les sous pour acheter de la viande de qualité. Le marché halal a démarré pour la consommation d’une population pauvre. La demande s’est diversifiée, des filières bio halal s’organisent, et la famille Azzoug a compris ça puisque la vente ici se concentre sur les agneaux de l’Aïd mais le gros du marché du fils de Bachir, c’est la vente de viande française « de qualité » dans les pays du Maghreb pour des gens qui ont les moyens. Et côté abattage, lui comme la chercheuse disent la même chose, c’est kif kif et ça suit les règles de l’abattage industriel.
Notes dessinées de Mathilde
Toutes ces conversations donnent alors envie à Pierre de nous partager un premier de ses textes où il raconte une conversation avec une vache. Pierre écrit, tout le temps et partout semble-t-il. Il adore écrire pour les causes, pour partager des idées, des colères aussi. On verra plus tard que sur le chemin des bestiaux, son truc à Pierre c’était d’écrire des chants collectifs pour les manifs !
La promenade dans l’école de la 2ème chance va nous montrer l’enchevêtrement entre les anciens pavillons et le bâtiment moderne. Quelques images des travaux sont éloquentes.
C’est dans ces méli-mélo de strates et d’usages qu’on se propose d’écouter Elodie. Elle a amené un texte écrit par Sara Vidal et Nora Mekmouche qui a collecté énormément de mémoires dans les quartiers avec sa super collection Mots é-crits.
Sara a vécu un temps dans les anciens abattoirs à la période où ils ont été occupés par des artistes des arts de la rue, jusqu’à la création de la cité des arts de la rue actuelle. Les abattoirs artistiques d’alors n’ont pas grand-chose à voir avec ce qu’est aujourd’hui l’institution culturelle implantée aux Aygalades.
Et le texte, foisonnant de vie, raconte merveilleusement ces relations qui se tissent avec les animaux et autour des animaux. On y lit des anecdotes qui mettent en scène parfois des personnages animaux qui ont compté dans la vie du lieu mais aussi les périodes de l’aïd pour lesquelles les moutons vont être de retour de nombreuses années, ou encore l’expérience d’un « volailler » devenu une vraie ménagerie urbaine dont les habitants espéraient que la ville la pérenniserait en ménagerie pédagogique !
Sur le chemin on découvrira aussi le très tentant O2sens, restaurant pédagogique de l’école de la 2èmechance (on peut venir y déjeuner les mardis, mercredis et jeudis).
Puis dans l’ambiance encore en friche du reste du site, se finira la balade, qui permettra de resituer les abattoirs et le trajet des bestiaux dans un paysage plus vaste dans lequel on aperçoit Campagne-Lévèque et les vestiges d’une branche du canal de Marseille.
Photos de Stéphane
Et c’est de nouveau en écoutant Pierre détourner la Marseillaise puis par une grande ronde improvisée que se boucle la première exploration à la recherche du petit chemin des bestiaux !