Les ateliers « Bestiaire des quartiers nord » proposent aux enfants (petits et grands) de mener l’enquête sur la présence plus ou moins visible des animaux près de chez eux. Ces rendez-vous, animés par Chloé Mazzani, Jeanne Alcaraz, Willy Le Corre et Julie de Muer, sont l’occasion d’explorer la ville, de partager des connaissances et d’élaborer collectivement des formes (chansons, histoires, dessins, enregistrements) qui seront restituées lors de la « Grande Transhumance » le samedi 20 septembre.
Date des prochains ateliers : à la bibliothèque de Saint-André mercredi 21 et samedi 24 mai 14h30-16h30
au parc de la Jougarelle mercredi 7, 14 & 28 mai mercredi 11 juin 14h-16h
Atelier #1 mercredi 23 avril 2025 à la bibliothèque de Saint André
Ouf ! Il fait beau ! On va pouvoir mettre le nez dehors sans risquer de s’enrhumer.
Aujourd’hui, Chloé, Jeanne et Elodie comptent les minots venus participer à l’atelier dans la cour de la bibliothèque : il y en a bien 25. Il faut dire que le centre aéré est venu en force.
Afin de faire connaissance et de commencer à former notre troupeau, on nomme notre animal préféré et on imite son cri, sa manière de se tenir, de bouger. Les cris de panthères commencent à résonner dans la cour, tandis que des cobras sillonnent le sol. Les quelques timides du groupe haussent les sourcils : est-ce un zoo ou bien un cirque ?
Chloé propose un jeu : Que chacun choisisse son animal totem. Puis une qualité -ou un défaut- qui le représente le mieux. On assemble les deux et voilà, on obtient son nom indien !
Tous les enfants ont disparu, à la place se tiennent Tigre Indécis, Cobra Puissant, Rossignol Nerveux, Girafe Maigre, Ours Fatigué, Otarie Joyeuse, Chat Rigolo… Est-ce une nichée, un ban, un essaim ?
Non ! C’est une meute ! Une meute de loups, que guide Jeanne au rythme de la bourrée :
Je mène les loups, mène les loups laissez donc faire Je mène les loups, mène les loups loin de chez vous
Je n’irai pas au bord de la rivière Je n’irai pas si mon amant n’y est pas Je n’irai pas au bord de la rivière Je n’irai pas si mon amant n’y est pas
Je mène les loups, mène les loups laissez donc faire
Il y aurait donc des loups à Saint-André ? Pas facile de les repérer puisqu’ils ne sortent que la nuit. Le plus simple est peut-être d’aller chercher des indices là où ils sortent pour boire ou se nourrir. Mais qu’est-ce que ça mange un loup ? Des moutons ! Zut, le troupeau n’est pas repassé depuis la transhumance de septembre dernier.. Heureusement il y a des poules ! Juste derrière la bibliothèque !
Elodie nous conduit jusqu’à une maison qui se trouve dans la rue derrière l’église : dans le jardin, une bonne quinzaine de poules de toutes les couleurs. Les propriétaires sont très gentils et ouvre à la meute hirsute qui gratte à son portail.
A-t-on déjà vu un loup dans le poulailler ?
Non jamais.
Un renard alors ?
Même pas. Les seuls qui cause du tord aux poulettes ce sont..les rats !
Nous voilà reparti.e.s « Ahoooooooou » à la recherche du Loup de Saint-André. En chemin Cobra Puissant nous avoue qu’il a peur des loups…
Il y a t-il des créatures cachées dans les buissons ? Nous voilà au parc Emmanuel Vitria : on cherche la petite bête sur les figuiers, entre les feuilles, dans l’herbe fraîchement tondue.
Un débat s’installe à propos de la « cabane perchée » : est-ce qu’il s’agit d’un abris pour les pigeons ou bien pour les abeilles ? Chacun y va de sa théorie. Marie-Agnès nous souffle que c’est bien un pigeonnier. « La ville de Marseille récupère les fientes et fertilise les plates bandes alors ? Mais c’est formidable » s’exclame Chloé. Il semblerait qu’en réalité le but de ce Bed and Breakfast ait pour objectif de distribuer de la nourriture contenant des produits contraceptifs, afin de limiter la reproduction des volatiles.Les services municipaux ne sont donc pas aussi à la page des gestes de cohabitation humains-animaux qu’on l’espérait.
Nous continuons notre déambulation dans les rues du quartier, telle une meute de jeunes loups.
En passant devant un portail, nos effluves de bêtes des bois déchaîne l’ire de trois chiens féroces.
Au croisement de la traverse Rey et de la rue Régine Crespin, un autre spectacle nous attend : le domptage des fauves ! A l’aide de sa pâtée et de ses croquettes, Mme Mamie a su apprivoiser les chats sauvages du quartier. Elle connaît leurs noms, leurs histoires et s’occupe d’eux plusieurs fois par jour.
Après le spectacle, la dompteuse prononce un discours salutaire sur la prévention de la maltraitance des animaux.
La meute retourne à la bibliothèque en chantant « Je mène les loups ».
Pour finir, nous retraçons notre aventure sur une carte de Saint-André : les rues et les bâtiments sont dessinés mais où sont les animaux ? En quelques coups de crayons, nous rajoutons tout ce qui manque sur la carte.
Lors de la prochaine séance, nous continuerons à nous raconter des histoires d’animaux des villes et d’animaux des champs (des chants), et nous les peindrons grandeur nature (et même au delà).
BALADE DE LA DEUXIÈME CHANCE Lorsqu’à la recherche de la piste animale Nos pas nous emmenèrent là où l’on perdait tout espoir Quelle ironie du sort que ce funeste lieu fatal Permette aujourd’hui aux jeunes à nouveau d’y croire. Nous qui sommes passés par là Évoquant la vache jolie et le mouton innocent Offrant son corps au sacrifice halal Nous avons tous ensemble remonté le temps. Puis nous sommes repartis en chantant Le puissant hymne de la transhumance Sur le chemin des bestiaux, en bêlant Évoquant la vie, ses combats ses errances. Plein d’espoir des paroles du centenaire Qui a vu son combat tel Don Quichotte Sous la trace de nos milles pattes débonnaires Renaître au nord accueillant, des hôtels de nos potes. L’aventure ce jour-là sur une ronde s’est arrêtée Sur l’évocation de l’amour innocent de Gabrielle Nous promettant les mains jointes de nous retrouver Pour poursuivre bientôt l’aventure de plus belle.
C’est Marc qui fait ainsi rimer notre première balade d’exploration à la recherche du Chemin des Bestiaux. Ce petit chemin-là, il reliait la gare des Aygalades d’où arrivaient les bêtes, aux Abattoirs de Saint-Louis.
On est dans la seconde moitié du 19ème siècle et dans la première partie du 20ème. Le canal a contribué à modifier la présence animale. Les vaches sont plus nombreuses avec les prairies irriguées, on a des étables qui apparaissent un peu partout en ville pour faciliter l’accès au lait. Les ovins ne circulent plus par les seuls chemins de transhumance, le train et les bateaux organisent d’autres trajectoires.
Et la consommation de viande augmente, à la fois par le changement des régimes alimentaires et aussi par l’expansion démographique.
L’exploitation animale commence à s’organiser de manière plus industrielle. Les abattoirs vont ainsi entraîner une présence animale très forte, à la fois visible par les troupeaux qui passent et repassent, mais aussi plus invisible en mettant la mise à mort à distance derrière les murs et en générant toute une série d’usages dérivés de la ressource animale (graisses animales, os…).
Le chemin des bestiaux témoigne de cette mise à distance, quand les animaux deviennent une marchandise qu’on transporte en grand nombre d’une infrastructure à une autre, du train de la nouvelle voie de chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée à cette sorte d’usine que sont les grands abattoirs de Saint-Louis.
Mais le chemin des bestiaux c’est aujourd’hui aussi le chemin de Pierre. Un chemin de mémoire des circulations animales, mais aussi des luttes sociales et écologiques.
Pierre va avoir 100 ans. Il a dessiné, écrit et proposé de prendre soin de ce chemin auprès de la ville de Marseille et de son « budget participatif ». Ce petit dossier « fait main », il nous l’a aussi envoyé et on a tout de suite eu envie d’aller marcher avec lui !
Alors aujourd’hui rendez-vous est donné dans la partie des abattoirs qui est devenue l’école de la 2èmechance.
Nous sommes accueillis par Lila Somé qui dirige cette aventure pédagogique hors norme. Comme son nom l’indique, le principe de l’établissement est d’accueillir à tout moment des jeunes dont le parcours scolaire a déraillé et de les aider à retrouver un chemin de formation.
La réhabilitation des bâtiments est assez impressionnante, l’équipement bien outillé et le lieu dégage une ambiance bon enfant et apaisée. Nadia nous confie qu’à son sens la beauté du site agit sur la motivation des jeunes qui se sentent soutenus et reconnus aussi par la qualité du lieu. C’est un retournement assez étonnant de l’histoire, qu’un lieu d’exploitation d’animaux vivants deviennent un lieu de réparation des jeunes humains que parfois on animalise…
L’histoire des abattoirs c’est aussi une histoire sociale et culturelle, qui raconte la société de l’époque en pleine modernisation.
Julie rappelle alors le contexte de la construction des abattoirs de Saint-Louis. Elle et Agnès ont eu la chance d’échanger à ce propos avec Rémi Grisal, un jeune chercheur qui fait sa thèse d’histoire sur les pratiques agricoles avant la construction du canal de Marseille. Il a donc beaucoup enquêté par exemple sur les droits de pâturages qui organisaient très largement les usages de la propriété et les frontières communales.
Il leur a aussi montré un tableau d’Emile Loubon qu’on peut voir au Musée des Beaux-arts à Marseille. Il est très connu mais selon Rémi on l’a longtemps interprété « à l’envers ».
Julie se lance dans l’explication du dessous des cartes de ce tableau. En gros le travail de Rémi montre comment ce tableau n’est pas un simple témoignage d’époque, qui montrerait le vestige d’une campagne agricole bientôt industrialisée, mais plus une construction volontaire pour faire advenir un projet municipal, porteur de l’élan industriel des notables de l’époque, et qui nécessite une recomposition du territoire marseillais : la création d’un marché aux bestiaux à Marseille !
On apprend ainsi que Emile Loubon, alors directeur des Beaux-arts et que l’on considère généralement comme la tête de file des paysagistes provençaux, peint ce tableau en même temps que se conçoivent et se créent les grands abattoirs.
A la fin de la première partie du 19ème siècle, les troupeaux ne dépendent plus que de l’arrière-pays et des chemins de transhumance. Le train, le port portent de nouvelles circulations, de nouveaux marchés, de nouveaux enjeux industriels. Il faut pour la bourgeoisie marseillaise ramener la vente des bestiaux à Marseille, quand alors elle se situe toujours à Aix, qui se trouve sur les anciens chemins. C’est ainsi que les abattoirs seront inaugurés en 1853 tout comme l’exposition du tableau, qui selon l’enquête de Rémi « met en scène lestransformations urbaines et paysagères en train de se faire, projetant celles qui restent à̀venir et contribuant à̀ leur avènement. »
Un peu comme les panneaux qui ont mis ou mettent en scène les futurs-anciens projets urbains dans ce qui reste des abattoirs J?!
Le projet de Grande Mosquée dans la partie toujours en friche des abattoirs
L’histoire croisée des bestiaux et de la mosquée nous rappelle aussi l’émergence avec l’abattoir de carrés destinés aux premiers bouchers maghrébins et à ce qui deviendra la filière halal.
On avait l’année dernière pu recueillir le témoignage du descendant de la famille Azzoug. Il nous avait raconté à la fois la saga familiale et l’évolution du halal comme marché économique.
Bachir Azzoug, son père, est arrivé en France en 1942. Il travailla comme beaucoup de ses compatriotes algériens aux tuileries. Les kabyles des tuileries vivaient alors pour beaucoup d’entre eux dans le bidonville de la Lorette, à Saint-André. C’est là qu’il eut l’idée de faire commerce de viande dans le bidonville, et qu’une première boucherie avec des animaux mis à mort avec une forme de ritualisation s’est organisée. Il eut ensuite une première boutique à Saint-André en 1966, la nécessité d’intégrer les abattoirs et la structuration de la filière halal dans les années 90. Il crée en 1987 une ferme aux Pennes-Mirabeau dédiée à commercialiser des agneaux, initialement toute l’année, et aujourd’hui seulement pour l’Aïd. Les bêtes sont alors tuées par les acheteurs qui respectent quelques principes. https://www.lafermeazzoug.fr/comment-sacrifier-son-agneau/
Cette histoire familiale et locale raconte bien les évolutions du fonctionnement des abattoirs sur la seconde moitié du 20ème siècle, et aussi les débats sur ce qu’est le halal. Là, on a pas mal débattu des manières de pratiquer la mise à mort de l’animal avec tous ces petits mystères sur lesquels on a facilement des opinions différentes (la viande est meilleure ? Le bien-être animal, oui non peut-être ?…) , mais aussi de la structuration d’une filière récente qui accompagne à partir des années 60 l’apparition du « consommateur musulman ».
Les changements du régime alimentaire dans les pays d’accueil (on se met à manger de la viande quasi tous les jours), le besoin de mieux identifier « ce qu’on a dans son assiette » (quand au pays tout s’organisait de manière artisanale) et les enjeux économiques liés à cette demande communautaire vont ainsi concorder avec le développement industriel de l’abattage.
En lisant après la balade les recherches de terrain de l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler, qui est allée depuis les années 90 observer les pratiques d’abattage halal dans les abattoirs en France, et en continuant les conversations avec celles et ceux de notre groupe qui ont grandi dans leur famille musulmane dans ces années-là, on comprend que le halal s’est constitué véritablement comme rituel religieux en même temps que la réglementation.
On pourrait parler d’un rituel industriel, lié à l’évolution sanitaire (besoin par exemple de quelqu’un habilité à être sacrificateur, rôle qui va devenir « labelisé » par les autorités religieuses, ce qui n’était pas le cas à l’émergence de la filière « artisanale » comme nous le confirme Mlouka, « dans les années 90 mon père il le faisait ») et au développement d’un marché de consommateurs.
Et au fil du temps ce marché concerne l’ensemble des objets et des pratiques de consommation, bien au-delà de la viande.
Au final, ce qu’on en retient c’est que halal ou pas halal, la question aujourd’hui c’est aussi qui a les sous pour acheter de la viande de qualité. Le marché halal a démarré pour la consommation d’une population pauvre. La demande s’est diversifiée, des filières bio halal s’organisent, et la famille Azzoug a compris ça puisque la vente ici se concentre sur les agneaux de l’Aïd mais le gros du marché du fils de Bachir, c’est la vente de viande française « de qualité » dans les pays du Maghreb pour des gens qui ont les moyens. Et côté abattage, lui comme la chercheuse disent la même chose, c’est kif kif et ça suit les règles de l’abattage industriel.
Notes dessinées de Mathilde
Toutes ces conversations donnent alors envie à Pierre de nous partager un premier de ses textes où il raconte une conversation avec une vache. Pierre écrit, tout le temps et partout semble-t-il. Il adore écrire pour les causes, pour partager des idées, des colères aussi. On verra plus tard que sur le chemin des bestiaux, son truc à Pierre c’était d’écrire des chants collectifs pour les manifs !
La promenade dans l’école de la 2ème chance va nous montrer l’enchevêtrement entre les anciens pavillons et le bâtiment moderne. Quelques images des travaux sont éloquentes.
C’est dans ces méli-mélo de strates et d’usages qu’on se propose d’écouter Elodie. Elle a amené un texte écrit par Sara Vidal et Nora Mekmouche qui a collecté énormément de mémoires dans les quartiers avec sa super collection Mots é-crits.
Sara a vécu un temps dans les anciens abattoirs à la période où ils ont été occupés par des artistes des arts de la rue, jusqu’à la création de la cité des arts de la rue actuelle. Les abattoirs artistiques d’alors n’ont pas grand-chose à voir avec ce qu’est aujourd’hui l’institution culturelle implantée aux Aygalades.
Et le texte, foisonnant de vie, raconte merveilleusement ces relations qui se tissent avec les animaux et autour des animaux. On y lit des anecdotes qui mettent en scène parfois des personnages animaux qui ont compté dans la vie du lieu mais aussi les périodes de l’aïd pour lesquelles les moutons vont être de retour de nombreuses années, ou encore l’expérience d’un « volailler » devenu une vraie ménagerie urbaine dont les habitants espéraient que la ville la pérenniserait en ménagerie pédagogique !
Sur le chemin on découvrira aussi le très tentant O2sens, restaurant pédagogique de l’école de la 2èmechance (on peut venir y déjeuner les mardis, mercredis et jeudis).
Puis dans l’ambiance encore en friche du reste du site, se finira la balade, qui permettra de resituer les abattoirs et le trajet des bestiaux dans un paysage plus vaste dans lequel on aperçoit Campagne-Lévèque et les vestiges d’une branche du canal de Marseille.
Photos de Stéphane
Et c’est de nouveau en écoutant Pierre détourner la Marseillaise puis par une grande ronde improvisée que se boucle la première exploration à la recherche du petit chemin des bestiaux !
Enquêter à partir d’une attention aux animaux nous donne envie de tester plusieurs manières de se balader. C’est quoi les termes pour nommer des déplacements collectifs d’animaux ?
Pour les balades humaines, c’est vrai que le mot troupeau est le plus récurrent. Et il fait débat car parfois il nous évoque plus un rapport d’autorité contraint que la vitalité d’un troupeau de chevaux sauvages.
Alors on a trouvé Bande ! Mais d’autres fois on peut se penser un peu horde, et même banc ou nuée.
Tourner ensemble!
Le troupeau est étymologiquement lié au mouvement, « bouger, tourner ensemble », et cela répond avant tout au besoin fondamental de se protéger des prédateurs, ce qui n’est pas le même imaginaire qu’un groupe qui répond à un chef…
Nous découvrons ainsi qu’il existe un nombre assez surprenant de termes pour désigner les groupes d’animaux, souvent en déplacement mais pas que. Alors plutôt que de les citer tous, si on s’amusait à raconter nos petites enquêtes en diversifiant nos vocabulaires ?
La nuée de poulets et le troupeau de poules
Et oui, pour les poules aussi on parle de troupeau. Avant d’aller rejoindre notre premier poulailler du côté de l’Estaque, on se retrouve à quelques-unes à la Castellane. Et la balade commence finalement par… une nuée de poulets…
On peut bien parler de nuée pour une envolée collective de poules, puisqu’avant d’être oiseau domestique, c’est bien un oiseau sauvage, qu’on retrouve aujourd’hui uniquement en Asie par exemple sous le nom de Coq doré. Sa domestication fut tardive et absolument pas liée à l’alimentation. Parure, combat, la poule d’alors ne pond que 5 à 20 œufs par an et relève plus de l’animal sacré que de la vie paysanne ordinaire.
Les poules des Riaux n’ont pas oublié qu’elles étaient des oiseaux…
Mais à la Castellane, où par ailleurs on découvre des coqs et des poules qui semblent vivre en liberté dans la cité (à suivre dans un prochain épisode…), c’est une autre espèce qui nous passe autour en mode nuée.
Mais au fait pourquoi appelle-t-on les policiers des poulets ??
Eh bien si l’histoire de l’arrivée du coq en France est bien une histoire marseillaise, on vous la racontera plus tard, les poulets de l’ordre sont une histoire parisienne, le 36 quai des Orfèvres étant installé sur un ancien marché aux volailles…
La journée se poursuivra par la rencontre avec le poulailler de Farid, à l’Estaque Riaux.
Ce poulailler est intrigant car il se trouve dans la pente, entre deux rues, difficile à dire si c’est chez quelqu’un ou si c’est un usage plus collectif d’un bord de route. On y trouve, en plus des poules, des arbres caractéristiques de jardins du Maghreb comme les figuiers, les néfliers et les dattiers et notre chère canne de Provence que les poules semblent affectionner pour en faire leur nid. Ce qu’on perçoit ici c’est une histoire de voisinage ouvrier, de mémoires méditerranéennes et d’entraide (on apprendra que le poulailler a été créé par le père de Farid, qui a sans doute été un personnage fédérateur dans le quartier très soudé des Riaux). Mais aussi de difficultés pour s’entendre sur des règles de cohabitation.
L’existence du poulailler sur la voie publique, ses usages qui semblent avoir été plus collectifs par le passé qu’aujourd’hui montrent qu’il n’est pas si facile de se mettre d’accord pour prendre soin d’animaux qui ne sont pas perçus comme des animaux de compagnie, qui peuvent sembler bruyants ou pas si bienvenus que ça en ville…
Et il ne s’agit pas non plus d’animaux sans propriétaires qui parfois donnent lieu à des organisations autogérées comme par exemple pour les « chats libres » (entre maisons à chats, stérilisation, accompagnement… ). On décide donc de poursuivre l’enquête en allant découvrir une autre histoire de poulailler en lisière d’espaces publics au Plan d’Aou. On a entendu dire que régulièrement les habitants s’y retrouvaient pour amener leurs déchets alimentaires et partager les œufs…
Le murmure de Willy et des étourneaux en bande organisée
Il y a toute une collection de mots pour les groupes d’oiseaux, mais sans doute que le plus joli et qui colle bien à l’enquête pour l’instant plus solitaire de Willy est le « murmure ».
Bon, en fait il semble qu’on dit plutôt « murmuration » et qu’en français le terme serait agrégation. Mais pour celui qui s’intéresse au chant des oiseaux, la danse qui murmure est bien inspirante. On découvre alors une autre histoire de son qui impacte directement les étourneaux à Marseille, l’effarouchement acoustique. Car si les poules sèment parfois la discorde entre voisins, les étourneaux font parti des espèces que craignent les urbains.
Les villes qui sont sur le passage des voies naturelles de migration tentent d’ajuster la co-habitation. Sur le site internet de la ville de Marseille on peut ainsi lire qu’il y a une division Animal en ville qui intervient quand ils nous embêtent trop !
« Les mouvements migratoires des étourneaux ont lieu en septembre-novembre et en février-avril. Ces oiseaux au plumage sombre sont totalement inoffensifs, ils peuvent parfois impressionner les habitants.
A la tombée de la nuit, ils se regroupent, en bande, sous de grands arbres feuillus. Selon les ornithologues, ces oiseaux sont à la recherche d’un endroit calme et serein, pour passer leurs nuits. Inquiets pour leur sécurité, ils piaillentà chaque bruit qui retentit. Comme à l’intérieur d’un cocon, ils se nichent dans ces arbres « dortoirs » jusqu’au petit matin, à la chaleur des lumières urbaines et à l’abri des prédateurs de la campagne. Mais plus que leur regroupement massif et leurs cris insolents, ce sont bien leurs déjections qui mettent les Marseillais dans tous leurs états. Omnivores et particulièrement voraces, ils peuvent chaque hiver faire des dégâts assez considérables avec leurs excréments très salissants et corrosifs sur les jardins d’enfants, les voitures, balcons, stores, terrasses, cours d’école… […]
L’effarouchement acoustique reproduit des cris d’oiseaux leur faisant croire qu’ils ne sont pas en lieu sûr. Ils mémoriseront cet endroit et, par crainte, ne reviendront plus. Et si cela ne suffit pas, aux grands maux les grands remèdes : ils s’armeront de tirs de pétards stridents (fusées détonantes et crépitantes). » Site internet ville de Marseille.
Willy, lui, a choisi un autre chemin pour entrer en cohabitation, il s’est mis en tête de nous apprendre à murmurer avec l’étourneau, ou au moins de mieux entendre son chant.
Pour cela il nous fait découvrir le travail d’un artiste, Guillaume Hermen, qui en alliant partition graphique et écoute amène à « comprendre », à visualiser son chant qui devient « entendable ». C’est le début d’une piste assez expérimentale qui nous amènera sans doute dans les prochains mois à aller écouter, enregistrer et aussi chanter, avec nos oreilles un peu transformées…
Des chèvres qui hésitent entre la troupe férale et l’élevage phénicien
Des panneaux mettent en garde les automobilistes sur la présence de chèvres errantes.
La piste ouverte à propos des chèvres de l’A55 nous fait apparaitre l’idée de la « troupe ». Elles apparaissent un coup par ici, un coup par là, comme par un tour de magie ou par des numéros acrobatiques dont les agrès seraient la ville qui déborde sur la colline.
Un troupeau-troupe, un peu circacien, un peu forain, un peu punk face au troupeau bien élevé de leurs consœurs du Rove.
La team chèvres est donc partie dans la colline tout d’abord à la rencontre de quelqu’un qui s’y connait mieux que nous, la chevrière qui actuellement s’occupe du troupeau historique de la famille Gouiran (dont le premier troupeau date du 15ème siècle…).
Le troupeau de la famille Gouiran, un dialogue entre cornes et pylônes
La saga de cet élevage est longue, mais on peut déjà se rappeler que ces chèvres auraient été introduites par les grecs ou les phéniciens, qu’elles ont failli disparaitre à l’après-guerre de par le surpâturage et leur faible rendement en lait, et que c’est la mobilisation d’une poignée d’éleveurs, avec en première ligne André Gouiran qui a changé la donne et permis la conservation de l’espèce. La lutte s’est poursuivie sur le terrain fromager autour de la création d’un AOP pour la Brousse du Rove. La chèvre du Rove est également maintenant reconnue pour ses qualités de débrousailleuse et est devenue une actrice à part entière des plans de gestion contre les incendies… Rien que ça !
On apprend aussi qu’elle fait totalement partie des pratiques de transhumance, en assurant traditionnellement un grand soutien au berger pendant l’itinérance des troupeaux de moutons (elle peut guider les troupeaux, elle donne du lait aux agneaux et de la viande au berger…). Bref un animal de nos collines qui a tout pour inspirer nos imaginaires en manque de sobriété écologique…
Mais la chevrière relativise. Bien pour l’incendie certes, mais les troupeaux gardés empêchent aussi le reboisement. On voit bien la différence de couverture arbustive entre les deux versants nous fait-elle remarquer : celui où le troupeau pâture est nu quand l’autre est boisé. Bon, dans les années 1900 il y avait 4000 têtes pour 900 habitants au Rove, aujourd’hui un seul troupeau de 330 têtes pâture environ 1000 hectares…
Et les chèvres sauvages alors ? Comment s’en sortent-elles sans berger, sans éleveurs motivés ? Nous ne sommes pas là pour prendre partie mais pour comprendre un peu mieux comment les troupeaux habitent la colline.
Et les discussions ont beaucoup tourné autour de l’eau. Bah oui, on parle toujours de ce que mangent les chèvres (la garrigue, les arbustes, les broussailles et aussi nos jardins…) mais ce qu’elles boivent est aussi fondamental pour la production de lait des unes, et la survie des autres. Les chèvres du Rove sont une espèce très résistante à la pauvreté des sols et à la sècheresse, mais la chevrière propose l’hypothèse que la chèvre « sauvage » n’ayant pas de lait capté par l’humain serait encore plus résistante au manque d’eau. Des chèvres du Rove qui s’égarent peuvent s’ensauvager très rapidement, et vivre sans problème des mois seules dans la colline.
La troupe des chèvres « de l’autoroute » est une race alpine, avec des cornes en arrière et un trait sur le dos. L’origine en serait un troupeau échappé d’une ferme il y a 40 ans…
À la question de savoir « pourquoi l’autoroute », l’eau serait de nouveau un élément de réponse. L’infrastructure en bouleversant les pentes naturelles et par imperméabilisation des sols capte les ruissellements. En plus les terres de remblais sont favorables aux plantes pionnières, ce qui finalement fabrique des super spots de pâturage pour des chèvres pas trop regardantes sur les pollutions…
Ce cabri peut avoir 3 destins : devenir une chèvre laitière, de la viande pour la consommation de la ferme, partir chez l’engraisseur. La viande est exportée vers l’Italie ou le Maroc, et on se demande pourquoi il y a si peu de consommation en France. Mais il est possible de commander de la viande de cabri à la boucherie.
Commencer à parler des animaux des collines, c’est ouvrir aussi le sujet de la chasse ! Nous allons prochainement discuter avec des chasseurs du massif mais la chevrière nous témoigne déjà que les chasseurs à la fois entretiennent, apportent de l’eau qui bénéficie au troupeau mais n’apprécient guère que les chèvres fassent fuir les proies. Encore une histoire de co-habitation à creuser…
Et on finit par une séance de partage à la bibliothèque, où de belles plumes se révèlent :
Je suis le cheval des quartiers nord Celui à qui l’on avait réservé tout un secteur des abattoirs et même un pont pour passer de vie à trépas. Rien ne m a été épargné, ni ma chair qu’on donnait aux enfants pour les rendre fort s( comme un cheval ) ni ma sueur car j étais dur à la tâche. Partout dans les usines des quartiers nord et sur le port j’étais l’ouvrier corvéable à loisirs et ne demandait qu’un peu d’eau et d’avoine . J’étais là pour aider lorsqu’on déménageait du centre-ville ou des squats vers les nouvelles cité-jardins du nord.
On m’aimait aussi, j’accompagnais les mariés au parc et à la mairie dans de superbes calèches , je faisais la joie des enfants dans les manèges , je participais aussi tout paré d or et de fleurs aux processions à la vierge au milieu de la foule des croyants. Et suprême honneur mon pédigrée et ma race de provençal est reconnue au défilé des gardians sur le vieux port devant le maire.
Je suis le cheval des quartiers Nord celui qui est et a toujours été là ; je suis l ami des gens des quartiers populaires humbles et besogneux comme moi.
Marc témoigne de cette présence urbaine et ancestrale du cheval, puis Pierre, à la fois nouvelle recrue et doyen de notre groupe explorateur, nous impressionne avec un texte sur le goéland, lui aussi dans la checklist de la division Animal en ville de la mairie …
Pierre deviendra d’ailleurs à la fois notre berger et notre animal totem pour la séance suivante, à la recherche de l’ancien petit chemin des bestiaux…
Si j’étais un animal habitant le nord de Marseille, qu’est-ce que j’aurais à vous dire de nos quartiers?Avec quels animaux ai-je des relations dans mon voisinage ou dans ma vie quotidienne?Est-ce que j’ai déjà touché un mouton, un cochon, une vache, une chèvre?Qu’est-ce que la domestication peut nous raconter de la société que nous habitons?Est-ce que je me suis parfois senti animal? Est-ce que je me suis parfois senti animalisé•e?
C’est avec ces quelques questions et bien d’autres à glaner en chemin, que le Mille-pattes a commencé sa nouvelle enquête de voisinage.
Elle prolonge une exploration collective d’un an sur une historie longue du mal-logement, qui nous a conduit à partager des questions sur nos manières d’habiter et sur ce qui rend un environnement habitable.
La rencontre avec des moutons pour une journée finale de transhumance dans le bassin de Séon nous a donné quelques indices et ouvert … LA PISTE ANIMALE…
L’aventure a démarré comme une veillée. Nous sommes une quinzaine, dehors il fait froid et dedans il y a un feu. Naturellement on fait cercle. On s’était donné la règle d’un jeu de rôle, où l’on argumenterait chacun•e le choix d’un guide-animal mais ça ressemble à un moment d’oralité intime. Et c’est plus le conte que la plaidoirie qui s’entend dans les voix, qui respectent la petite consigne : 3 minutes par animal…
Elsa est près du poêle, déjà elle dessine notre premier bestiaire…
LE LOUP
C’est avec un chant que Jeanne commence, et une parole de la chanteuse Camille pour expliquer sa reprise d’un chant traditionnel dansée comme une bourrée à 2 temps : les loups.
« C’est une chanson de femme libre. La femme qui mène les loups est porteuse de cette insurrection. Elle sait que le loup ne s’attaque au troupeau que lorsqu’il a faim. Le loup rétablit tout l’écosystème. Il peut être menaçant mais pas seulement… Cette chanson peut dire aussi en sous-texte que la femme insurrectionnelle rétablit la paix . » Camille
Regarder Jeanne et écouter le chant partagé :
Le loup est un personnage au cœur des questions contemporaines sur la place de l’humain, sur nos rapports à la domestication, au sauvage et aux systèmes de domination. En même temps qu’il incarne la difficulté des hommes à cohabiter avec le sauvage, il est parfois aussi l’allié pour raconter l’air de rien les prédations des humains entre eux.
Cette proposition du loup a déjà ouvert quelques pistes :
Le chant d’abord, puisque nous allons poursuivre avec Jeanne et Willy, un samedi après-midi par mois à partir de janvier, un travail de chœur.
La compréhension de la présence du loup dans notre territoire, puisqu’il est maintenant présent dans les massifs des Calanques, de la Ste Baume ou encore en Camargue.
Et aussi suivre ce que le loup nous raconte de nos relations aux autres, humains ou non humains. Agnès propose alors de lire le livre publié par l’éditeur marseillais Wildproject « Le loup et le musulman », qui associe désastre écologique et islamophobie… A suivre !
LE MOUTON
On passe du loup au mouton ! Il fut notre guide pour la fin de notre chantier sur le mal-logement l’an passé, en nous permettant à la fois de questionner l’habitabilité de nos quartiers et aussi de vivre un grand moment d’hospitalité.
Fadila, Taous et Baya nous racontent leurs attachements à l’animal, sa place dans leurs cultures algériennes mais nous rappellent également les usages partagés entre ici et là-bas, à commencer par ceux de la laine. La transhumance de septembre nous a marqué, les retrouvailles avec la laine tout particulièrement.
On sait que le mouton c’est aussi l’histoire de nos consommations et pratiques alimentaires, l’abattage, la boucherie dans nos quartiers, la possibilité d’un éco-paturage à Marseille… Mais à la Castellane, c’est la laine qui nous guidera !
LES CHÈVRES SAUVAGES
Nous glissons doucement vers le sauvage, avec la drôle d’histoire des chèvres domestiques redevenues sauvages dans les collines de la Nerthe. Nicolas, Lionel et Chloé nous racontent la survivance des chèvres domestiques en Provence, les usages, les contes, mais se passionnent avant tout pour ce groupe de chèvres « libérées » qui font polémiques. Quelle légitimité pour ces animaux de l’entre-deux, entre urbain et collines, entre imaginaire provençal et peur de l’invasion, entre protection et extermination ? A suivre sans doute en mode balade en colline, sur la piste de cette faune sauvage qui habite nos villes sans nos consentements, la piste férale !
Et en audio Agnès, qui n’était pas là mais a choisi elle aussi de s’intéresser aux sauvages des villes avec LE RAT.
LES OISEAUX
On reste dans le trouble des relations sauvages ou domestiques. Les oiseaux… Nous sommes nombreux à avoir choisi un oiseau et témoignons de sentiments multiples pour dire les relations qu’il nous évoque : perte, émerveillement, colère, peur …
L’une des histoires racontée par Willy est cet Ara du Gabon qui vit en liberté depuis 2 ans dans les arbres de Mourepiane, provoquant une sorte d’attention collective par l’écoute de son chant. Lui aussi raconte ces transfuges qui passent du domestique au sauvage. Mais il évoque aussi l’ailleurs de l’oiseau, ramené de force ou aux trajectoires migrantes, et nous rappelle aux mystères de l’évolution, dans laquelle chants et couleurs sont utiles, ou pas…
Et puis l’oiseau peut nous guider vers un changement de points de vue, à l’échelle de la carte ou des diverses places qu’il occupe dans les cultures multiples qui composent nos quartiers.
Ecouter et regarder Alice, Claire, Willy et Arlette.
LES INSECTES et d’autres qui les mangent
L’appauvrissement des chants d’oiseaux dans nos quotidiens témoigne de la disparition des habitats et d’une certaine biodiversité, même si paradoxalement les villes deviennent peu à peu des meilleurs spots que les campagnes dévastées par l’agriculture industrielle. Alors profitons-en et allons nous sensibiliser à tous ceux qui, plus invisibles, nous racontent les éco-systèmes et révèlent plein d’autres géographies!
Entre une fable de Desnos proposée par Danièle pour danser la tarentelle avec les SAUTERELLES, une invitation à suivre les chemins de l’eau au son des GRENOUILLES avec Elsa , un poème écrit par Georges en hommage à la IULE libre qui nous rappelle qu’elle est Mille-pattes, et l’envie de Hugo de cartographier les habitats des CHAUVE-SOURIS, c’est la fête !
Saute, saute, sauterelle,
Car c’est aujourd’hui jeudi!
Je sauterai, nous dit-elle,
Du lundi au samedi.
Saute, saute, sauterelle,
A travers tout le quartier.
Sautez donc, Mademoiselle,
Puisque c’est votre métier.
Robert Desnos
L’ IULE : LE MILLE PATTE
J’ai fouillé dans ma mémoire des livres, les Saints, les savants,
Je n’ai pas trouvé ta trace, IULE, même dans l’Arche de Noé
Incognito parmi les reptiles qui rampent.
J’ai écouté SAINT SAENS et autres orchestres d’animaux.
Mais dans ce défilé carnavalesque,
Je n’ai pas entendu ta musique IULE,
Ni t’ai vu faire la fête.
J’ai cherché dans les ZOO : ce n’étaient qu’animaux venus d’ailleurs !
Rois ou Princes là-bas, imposants par leur force, leur taille, leur agilité
Prisonniers ICI dans leurs enclos, mangeant et dormant sous le regard des visiteurs
Je ne t’ai pas imaginé IULE
Te laisser mettre en cage et renoncer à ta liberté.
Sous les chapiteaux, il n’y a plus de montreurs d’ours ni de dresseurs de tigres
Il faut être un clown pour dresser des puces !
Mais aucun acrobate n’a jamais pensé à te dresser !
IULE
Dans les fermes et les prés, moutons, vaches, cochons
Et autres animaux élevés
Dans nos maisons, chiens et chats, animaux domestiques,
Fidèles amis que nous tenons en laisse
Tu n’es ni élevé, ni domestique ! IULE.
Tes colliers, la nature t’en a paré et tu y restes libre !
J’ai rejoint les Quartiers Nords et mes pas m’ont mené dans les collines
Et là ! sur les sentiers caillouteux, je t’ai vu : un, dix, des cents et des milles
IULES vous descendez en bande, horde sans fin, tout de noirs vêtus !
Grimpants après la pluie à l’assaut de nos habitats
Indifférents aux roues des VTT et aux pieds des marcheurs
Immense Armée de l’Ombre !
J’ai rejoint les Quartiers Nords et mes pas m’ont mené de villages en cités, de collines en vallées
Et là, dans ces lieux cabossés, délaissés, IULE, j’ai vu :
Nos pas solitaires sont devenus Mille Pattes !
Marchant en bande libre et joyeuse
A la rencontre de 1000 et autres récits de vies à écouter, mettre en lumière.
Et se mettent debout les rampants incognitos,
Et se font clameurs et chansons ceux dont la musique n’était pas entendue !
Milles Pattes, vous descendez en bande, horde sans fin, vêtus de milles couleurs !
Venus de nos quartiers partager vos combats, défaites et victoires
Montant à l’assaut de nos Villes et Métropoles
Indifférents à ceux qui veulent vous enfermer, dompter, domestiquer…
Tu es là, IULE,
Vous êtes Mille Pattes !
Immense armée de lumière !
C’est le Carnaval des animaux, le temps de faire la fête !
Georges
LES CHATS
Ces géographies animales nous sont peut-être plus observables grâce au chat. Evangéline et Micha nous racontent leur rencontre avec des habitant•es qui tentent de « réguler » par des maraudes de stérilisation la surpopulation des chats. Elles nous confient les questions que cette pratique « sous les radars » leurs inspire, quand par ailleurs certains propriétaires en appellent aux pouvoirs publics pour appliquer des modalités plus expéditives, et pas que pour soutenir la biodiversité… Entre notre amour pour l’animal de compagnie et la crainte de l’invasion de sa version « libre », on retrouve ces contradictions qui révèlent globalement nos capacités relationnelles appauvries et les paniques provoquées par les différences nuances du « sauvage » qui se plait à habiter les villes.
LES ÂNES ET LES CHEVAUX
Et puis il y a ceux qui habitaient et qui n’habitent plus. Ceux qu’on chérissait pour leurs capacités de travail, ces compagnons de route dont la perte pouvait ressembler à perdre ses jambes, et dont les organisations collectives ont longtemps eu besoin à la campagne comme en ville. L’âne et le cheval nous rappellent les vieilles cartes postales de cet avant pas bien vieux, où le cheval de St André et sa charrette étaient connu de toustes, et où l’âne accompagnait le départ à la pêche des pêcheurs du quartier. Mlouka et Samanta nous remémorent la place de l’âne dans la religion. Comment ne pas voir un signe complice dans la « croix de Saint André », dont on racontait qu’elle était la trace de la bénédiction par la Vierge Marie pour remercier l’animal de l’avoir conduite en Egypte ! Alors oui, l’âne est un bon guide pour les quartiers nord, d’autant plus que, comme le cheval, il est un animal social qui fait du bien, qui adoucit, qui ouvre des chemins de communication et de dialogue.
Un dialogue qui pourrait même nous faire entendre les ânes encore bien présents des villes du littoral du Maghreb…?
LA POULE
Et pour finir, Julie déroule son intérêt pour la poule. À partir de sa propre expérience d’avoir mis en place un petit poulailler dans son jardin à usage de toute sa rue, elle apprécie les « ambiguïtés » de sa présence en ville. A la fois nourricière et se nourrissant de nos déchets alimentaires, domestique mais pas vraiment de compagnie, vivant dans des espaces privés mais souvent aussi dans des lieux dont on ne sait pas trop à qui ils appartiennent (talus, délaissés…), la poule et la figure du poulailler apparaissent comme une dernière résistance de culture paysanne en ville, qu’elle soit trace de l’ancien terroir ou de toutes les cultures de la Méditerranée. On trouve donc des poules partout, y compris et même souvent dans les cités populaires. Partir à la recherche des poulaillers, interroger les relations et les histoires qu’ils couvent pourrait être une piste à la fois simple et propice à la rencontre de nos voisin•es !
Les poules du poulailler de la montée Castejon à l’Estaque Riaux, en mode perruches…
Après ce foisonnement de propositions, nous avons également partagé deux autres manières d’enquêter.
« Tout petit chemin, au nom dérisoire, quasi clandestin, dis-nous ton histoire »
Comment résister à cet appel ? C’est Pierre, un ancien de Saint-Louis (99 ans !!) qui nous a écrit pour nous demander de partir à la recherche du Chemin des bestiaux. Avec plaisir Pierre, on commencera avec toi le 30 janvier prochain !
Et puis toutes ces explorations, ça donne envie à certaines d’entre nous de les nourrir par des lectures. La question animale est un chemin passionnant pour aborder énormément de thématiques qui nous concernent tous•tes, et bien au-delà du quartier.
Alors entre écoute de podcasts, arpentages de livres, on va tenter aussi de partager de la pensée un peu plus théorique.
La bibliothèque ouvrira aussi des pistes de lectures avec les enfants, et on compte bien reprendre un mille pattes des enfants avec nos complices de la Castellane !
Dans son essai Ainsi l’animal et nous, Kaoutar Harchi, sociologue et écrivaine propose de réfléchir au processus d’animalisation. Tout d’abord elle rappelle comment notre culture est profondément marquée par la conviction que Nature et Culture sont des entités distinctes, voire opposées. A partir de là, les humains sont associés à la Culture, tandis que les autres êtres vivants sont associés à la Nature. Cette distinction se traduit aussi par l’idée d’une hiérarchisation, qui voudrait que les « êtres humanisés » soient supérieurs aux « êtres animalisés ». Concrètement, cela se traduit par une inégalité en droit car les êtres humanisés appartiendraient à une communauté morale, synonyme de préservation de la vie et de l’intégrité, dont les êtres animalisés seraient exclus. Inversement, ces derniers seraient soumis à la loi du plus fort et donc potentiellement exploitables et tuables à merci. Selon cette logique, les animaux sont des objets animés, dont on peut s’accaparer le corps, et qui n’auraient ni sensibilité ni histoire.
Kaoutar Harchi avance dans son livre que ce processus d’animalisation et d’humanisation dépasse la distinction biologique humains/animaux. En effet, il existe une forme d’animalisation de populations humaines, qui pour des raisons de racisme, sexisme, validisme ou autre forme de discrimination, se retrouvent dans la même posture d’infériorité que le sont habituellement les animaux par rapport à d’autres groupes d’humains considérés eux comme « humanisés ». La chercheuse donne plusieurs exemples dont l’usage du vocabulaire « sale chien », « grosse vache » qui montre clairement la dégradation à laquelle est associée la condition animale, et comment celle-ci peut se transmettre à des humains.
Jeanne rebondit en disant que le processus inverse existe également, que certains animaux sont quasiment humanisés, intégrant la sphère familiale par exemple. Et qu’on observe fréquemment ce paradoxe d’une hyper affection envers des animaux (en témoigne le succès des vidéos de chaton sur internet) en parallèle d’une insensibilité totale pour la souffrance d’êtres humains.
Ça me rappelle mon prof de géographie qui disait, à propos du bassin d’Arcachon : « ici, il y a des chiens qui ont un train de vie supérieur à celui d’un type au RSA ».
Alors pour la peine, et puisque Danièle l’a aussi fait, je vous partage un morceau intitulé « Money is King » et dont le refrain est :
But if you are poor, people tell you « Shoo!
A dog is better than you »
Si tu es pauvre, les gens te disent « Casse-toi!
Un chien vaut mieux que toi »
Maintenant essayons d’aller un peu plus loin en prenant le texte d’un autre auteur, anthropologue cette fois : Charles Stépanoff qui a écrit Attachements, enquête sur nos liens au-delà de l’humain. Lui aussi s’intéresse à la question des dominations, dans le rapport de l’Homme au reste du vivant ainsi qu’à l’intérieur des sociétés humaines. Son fil rouge consiste à se demander s’il existe un lien entre les relations que les humains entretiennent à leur environnement et la forme d’organisation de leur société.
Stépanoff commence par interroger la question de la domestication, qui très souvent est associée à l’idée d’une domination que les humains auraient commencé à exercer sur la Nature, avant de la reproduire au sein de leur propre espèce. La théorie voudrait qu’avant de commencer à exploiter la Nature, les humains chasseurs-cueilleurs vivaient dans une forme d’harmonie et de co-dépendance avec elle, et que l’introduction de la sédentarisation, de l’élevage et de la culture agraire ait engendré une rupture avec les écosystèmes ainsi qu’une forme d’organisation sociale pyramidale.
Or Stépanoff affirme que cette manière d’associer domestication à domination est un anachronisme. En effet, selon lui il n’y a pas de déterminisme qui associerait un mode de vie à une organisation sociale. Il existe des sociétés nomades pyramidales et d’autres sédentaires et égalitaires. Autrement dit, il y a une grande diversité dans les types de liens entre humains et entre humains et non-humains, et toutes ces formes de relations sont susceptibles d’évoluer.
Par « types de liens », l’auteur donne des exemples multiples comme lien affectif, thérapeutique, alimentaire, technique, mythologique etc. On pense facilement à la connexion forte et immédiate qu’entretiennent des populations qui extraient directement leurs moyens de subsistance de leur environnement, comme le peuple Tozhu que décrit l’auteur. Pour ces habitants de la Toundra éleveurs de rennes, les types de liens avec les animaux et les plantes sont très nombreux et peuvent se combiner. Par ex. le rapport au renne est à la fois nourricier, affectif, pratique et mythologique. Mais les humains des villes ne sont pas en reste car ils entretiennent également de nombreux liens sociaux et affectifs avec les plantes et animaux autour d’eux, bien que leurs ressources nourricières proviennent d’origine indirecte, via de nombreux intermédiaires (magasin, revendeur, transporteur, producteur). Contrairement aux Tozhu, les habitants des villes différencient leurs sources de rapports affectifs (=proches) et leurs sources de rapports nourriciers (=éloignés). Ainsi les premiers entretiennent un réseau dense avec leur environnement, tandis que les second ont un réseau étalé.
Pour Stépanoff, la forme du réseau, c’est-à-dire des formes d’attachements, est primordiale pour expliquer quelles sont les formes de relations que les humains entretiennent avec le monde autour d’eux puis à l’intérieur de leur propre société.
L’approche de Stépanoff, plus nuancée que celle de Kaoutar Harchi, se nourrit du renouvellement de l’anthropologie et de la pensée écologique de ces dernières années :
En anthropologie, des chercheurs comme Descola, Latour, Hallowell ont remis en cause l’idée que la sociabilité se limiterait aux rapports des humains entre eux, car leurs interactions (réciprocité, dette, attachement, parenté..) incluent également les non-humains.
En termes de vision écologique, on a longtemps considéré l’humain comme un perturbateur des écosystèmes. L’humain serait extérieur et nuisible à la Nature. De là le paradigme de la protection des milieux en empêchant l’Homme d’interagir avec, par exemple le dispositif des Parcs Nationaux. Or, les découvertes récentes en science de la Terre ont montré que les écosystèmes terrestres sont façonnés à plus de 75% par l’activité humaine et ce depuis plus de 12 000 ans ! Cette influence n’est pour autant pas synonyme de destruction ou de diminution de la biodiversité en soi. Si c’est ce type d’influence qui nous saute aujourd’hui aux yeux, c’est parce que nos usages sont à présent majoritairement tournés vers l’extractivisme intensif, mais pendant longtemps ça n’a pas été le cas. Ainsi, les humains sont des composantes déterminantes des communautés vivantes, de la plus dégradée à la plus riche. L’environnement est à la fois composé d’éléments biologiques mais aussi d’éléments culturels : gestes techniques (ex cueillette), mythologie, organisation politique. Les écosystèmes sont donc en réalité des socio-systèmes qui entremêlent phénomènes biologiques, écologiques et culturels.
Le bouquin de Stépanoff consistera à s’interroger sur la manière dont les réseaux, denses ou étalés, génèrent différents types de socio-systèmes, et à se demander lesquels possèdent la plus grande capacité de résilience.
Charles Stepanoff à retrouver en podcast sur arteradio: Vivons heureux avant la fin du monde : l’amour Wouf
Un groupe de personnes qui semblent se préparer à partir en randonnée…
(c)Dominique Poulain
(c)Sébastien Bossi
Ce dimanche 22 septembre 2024, il se trame quelque chose devant l’arrêt de bus 70. On se chuchote à l’oreille un secret…bientôt connu de tous ! Celui de l’itinéraire d’une grande transhumance : celle d’une vingtaine de moutons et de tout un troupeau d’humains qui traverseront les quartiers nord, comme on le faisait au temps jadis, quand les flots moutonnés patûraient les collines ou plus tard remontait du port pour rejoindre… les abattoirs …
(c)Dominique Poulain
Ouf ! Pas de risque de finir en côtelettes aujourd’hui : on prend le chemin à rebrousse poil, en direction du nord, en partant du sommet de la colline Consolat. Pour aller jusqu’à où ? Mystère..
On se réunit d’abord et Julie raconte l’histoire des « Moutons marseillais », cette association qui fait paître un troupeau urbain partout dans Marseille, guidé par son berger Arthur.
(c) Bulat Sharipov
(c)Dominique Poulain
La star du jour est bien entendu le petit agneau, à qui on donne des forces avant de partir pour cette aventure de 5km à pattes !
(c)Dominique Poulain
Même le loup est sous le charme.
(c)Sébastien Bossi
Allez c’est parti !
(c)Dominique Poulain
(c) Sébastien Bossi
Comme une superposition d’époques, les quartiers nord retrouvent les couleurs du pastoralisme d’autrefois.
(c)Dominique Poulain
Parcs, friches, bordures de route, l’urbanisme lâche du quartier offre de nombreuses ressources alimentaires pour le troupeau. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui l’éco-paturage, une manière beaucoup plus douce que la tondeuse de prendre soin des prairies urbaines…
(c)Sébastien Bossi
Heureusement que ce jardin possède une barrière…sinon il aurait été tondu ! On découvre qu’il y pousse du maïs et que les amandes n’ont pas été récoltées.
(c)Sébastien Bossi
Notre première étape : la Cité Consolat. Déjà visitée la veille lors de la balade « L’Ultime Demeure », cette « copro-dégradée » pose de nombreux problèmes aux habitant.e.s. Espérons que le passage du troupeau puisse apporter un peu de vie joyeuse.
(c)Dominique Poulain
On profite de la halte pour se partager nos souvenirs liés aux moutons. Pour Chloé il s’agit de la pagaille qu’elle semait dans les troupeaux lorsque, petite, elle vivait en Lozère !
(c)Sébastien Bossi
(c)Dominique Poulain
(c)Sébastien Bossi
Pour certains c’est la toute première rencontre.
(c)Dominique Poulain
Samanta, Tania et Arlette profitent de la pause pour refaire leurs pelotes.
(c) Sébastien Bossi
Le troupeau repart car la route est longue !
(c)Dominique Poulain
On traverse des forêts…
(c)Dominique Poulain
De grandes étendues…
(c)Sébastien Bossi
Sous le regard des habitant.e.s curieux!
(c)Sébastien Bossi
Et puis on arrive à la Cité-jardin Saint Louis, construite en 1926, sorte d’ancêtre du logement social.
(c)Dominique Poulain
Pour une nouvelle halte, l’occasion pour Agnès de raconter comment le pastoralisme façonnait autrefois les cheminements dans le quartier, mais aussi entre les villes, et que de nombreuses routes actuelles suivent encore la trace des « chemins à bestiaux ».
(c)Sébastien Bossi
Certains complètent et d’autres écoutent religieusement…
D’autres ne pensent qu’à manger.
(c)Dominique Poulain
On repart et cette fois, il va falloir prendre la route.
(c)Sébastien Bossi
En chemin on aperçoit des paysages intéressants.
(c)Dominique Poulain
(c)Sébastien Bossi
Et puis c’est l’arrivée en fanfare à Saint André, où une fois n’est pas coutume l’église est grande ouverte !
(c)Dominique Poulain
(c)Sébastien Bossi
Ce moment hautement mystique et inoppiné aurait-il été préparé en amont? Certainement selon certains qui ont vu dans les scènes suivantes quelques passages bibliques !
Le Buisson Ardent :
(c)Dominique Poulain
La Crèche
Le Baptême
Le comité d’accueil décore les moutons de pompons de laine.
(c)Dominique Poulain
Les plus heureux sont définitivement les enfants de Saint André.
(c)Dominique Poulain
Mais les grands ne sont pas en reste.
On complète cette drôle de rencontre entre moutons et église par l’histoire très locale de l’émergence d’une première filière de viande hallal à Saint André, plus précisément au sein du bidonville de la Lorette, par Bachir Azzoug. Venu d’Algérie dans les années 40 pour travailler aux tuileries, il créa une première boucherie au sein du bidonville qui deviendra une longue aventure familiale qui continue encore de nos jours, durant la période de l’Aïd.
(c)Sébastien Bossi
Une fois de plus on se remet en marche.
« C’est par ici les copines ! »
(c)Sébastien Bossi
Suivez le guide !
(c)Sébastien Bossi
Bravant le zonage urbain et le découpage routier, le vaillant troupeau se dirige vers la Castellane.
(c)Dominique Poulain
Où Fadila et son équipe nous attendent de pied ferme, fières de toutes les décorations qu’elles ont tricoté durant plusieurs semaines pour orner les buissons du rond point.
(c) Dominique Poulain
Elles nous partagent leur savoir faire en matière de travail de la laine : du mouton à la pelote !
(c) Bulat Sharipov
Jamais le rond point de Grand Littoral n’a été aussi peuplé.
Le troupeau d’enfants devenant conséquent, ça commence à être un peu la pagaille…
(c)Sébastien Bossi
Bien se nourrir pour devenir un beau gigot..heu un bel agneau.
(c)Dominique Poulain
(c)Sébastien Bossi
Mais nous ne sommes pas encore arrivés à la bergerie, et il faut encore un peu marcher.
(c)Sébastien Bossi
L’arrivée se trouve là où on l’attend le moins…
(c)Dominique Poulain
(c) Bulat Sharipov
Un petit paradis caché : Miramar
(c)Dominique Poulain
(c)Sébastien Bossi
Au tour des humains d’avoir le droit de se remplir la panse, avant la danse !
(c)Dominique Poulain
(c)Sébastien Bossi
Une fois repu, on explore cet improbable terrain.
Et on se lance dans la grande entreprise de laver de la laine brute !
(c)Dominique Poulain
(c)Sébastien Bossi
Il y en a qui travaillent et il y en a qui dansent !
Un jeu de pistes en action! par les enfants des écoles..
Ça y est ! Les deux écoles du quartier de Saint-André se sont rencontrées…
Lundi 27 mai, le matin, on s’est donné rendez-vous au Parc de la Jougarelle.
Nous sommes arrivés en synchronicité à 9h05
39 enfants en bus depuis l’école Condorcet, et 11 enfants à pied depuis l’école Barnier accompagnés d’une douzaine d’adultes.
Nous étions toustes excités par cette rencontre attendue depuis longtemps. Pas simplement par le fait de faire rencontrer des enfants des classes CE1, des écoles différentes. Mais par le fait symbolique d’unir le quartier, le haut à la Castellane et le bas au noyau villageois de Saint-André. En fait, c’était la genèse de ce jeu de pistes : relier les trois écoles de Saint-André ! Défi pour l’année prochaine ? Faire rencontrer aussi les enfants de l’école d’en haut de la Castellane ?
Emmanuelle, maitresse à l’école Saint-André Barnier nous raconte:
« La balade est toujours aussi magique : démarrer dans le parc de la Jougarelle est parfait. Les enfants sont libres de partir à l’aventure avec leur carte du jeu de piste. Certains se mettent à courir pour trouver la prochaine balise. Les enseignants de l’école du bas découvrent la verdure et le point de vue à couper le souffle, loin de l’image qu’ils se font de la cité. Les regards semblent imaginer le fameux château qui a donné le nom à la cité et la belle « Gabrielle de Castellane » . C’est avec enthousiasme que l’on découvre les sculptures des châteaux de la maternelle et de l’élémentaire et certains disent qu’ils ont de la chance ».
Et puis, de jouer le jeu de la transmission. Nous avions construit ce jeu de pistes l’année dernière avec les élèves de CP et CE1. Les CP, maintenant en CE1, étaient présents à cette aventure patrimoniale et detectivesque de quartier. Et eux, heureux de parler aux collègues de leur expérience, de leurs souvenirs. La transmission est clé pour les enfants, ça permet de créer un récit pour ceux qui racontent, ça ouvre des imaginaires, ça permet d’apprendre par l’expérience, et en plus, de mieux connaitre le quartier.
« Le parcours d’aventurier se poursuit sur les dalles cassées de l’ancien canal. Ces histoires d’eau ont façonné notre quartier car là, où il y a de l’eau, il y a de l’argile. D’où les nombreuses tuileries du quartier qui ont remodelé le quartier : les bastides ont cédé la place aux usines. Nous arrivons devant la pharmacie du Pradel, le ruisseau du bassin de Séon, qui relie le haut et le bas ».
Et bonne nouvelle, les plaques d’argile (balises du jeu) que nous avons fabriqué l’année dernière, sont toujours là !
Quelle surprise d’arriver dans le jardin de Barnier ! Les plantes ont tout envahi. C’est impressionnant à hauteur d’enfants.
Et puis nous avons eu le plaisir de partager tous ces beaux moments avec notre excellente jardinière de l’école Condorcet, Arlette. Qui nous a montrée nombreuses plantes qui poussent dans les friches (nos terrains d’aventures), beaucoup d’entre elles sont comestibles, d’autres du poison, et il y a en a avec lesquelles on peut peindre, les plantes tinctoriales !!! Merci Arlette !
Coquelicot !
Arlette nous montre le mur construit avec les briques des anciennes tuileries de Saint-André. Qui n’a pas un arrière grand-parent qui travaillait dans une des presque 200 tuileries qu’il y avait au début du XX siècle dans le bassin de Séon ? Et derrière le mur … la maison au toit pointu ! Vous pouvez lire tous les récits d’explorations du quartier 2023 sur le site d’Hôtel du Nord : https://www.hoteldunord.coop/le-1000-pattes-des-enfants-de-saint-andre-la-castellane-1/
Après le chemin des charrettes, on arrive au jardin du dessus du collège. La plaque « attention aux tigres » met encore plus d’excitation. Y a-t-il vraiment des tigres ? Le chemin n’a pas été préparé et il faut se frayer un passage entre les herbes folles et les ronces. A la queue leu leu, les enfants crient comme dans des montagnes russes.
Et voilà un autre moment important : celui du pique-nique.
C’est à ce moment de pause que Jessie vient me voir et me dit: » j’aime bien les balades, on dirait que le temps s’arrête… » Exactement Jessie, le temps se suspend quand on est en connexion avec la nature, quand on est toustes ensembles, quand on est heureux.ses…
C’est ensuite l’occasion d’excursion dans les toboggans de pierre et les élèves commencent à se mélanger. Jeanne met encore plus d’ambiance avec ses chansons rythmées « Oh, c’est l’eau… »
Fin de la balade, photo dans les escaliers de l’église de Saint-André, mission cumplida Watson !
Emmanuelle conclut: encore une fois, cette balade a été un succès pour tous : on a appris, transmis, échanger, jouer, couru, souri, chanter … et reçu beaucoup de reconnaissance et d’amitiés. Parents, enseignants, accompagnateurs et enfants ont pu cheminer en harmonie et fluidité, comme si nous étions porté par l’eau de notre Pradel : oh, c’est l’eau …
On a échangé nos numéros et on s’est promis de se revoir l’année prochaine !
Au mois de février, lors d’une balade avec des étudiants Allemands au quartier de Saint-Louis Consolat, nous avons fait un stop à l’église St. Louis. Par un de ces hasards qu’on ne sait pas expliquer, Claire, bénévole à l’église est venue à notre rencontre. Après avoir pris le temps de se présenter, après avoir chanté ensemble un air africain sous la houlette de Willy, elle accepte de nous emmener sur les pas de son logement. Et c’est ainsi que nous sommes entrés pour la première fois, en groupe, dans la cité de Campagne-Lévêque. Claire y habite depuis plusieurs années, elle nous a, très gentiment, fait visiter la cité et son appartement. Elle nous a parlé des difficultés que traversent les habitants: marchands de sommeils, dealers, incendies, ordures, descentes de police et CRS.
La cité de Campagne Lévêque est une cité des quartiers nord de Marseille, gérée par le bailleur social 13 Habitat. Pourquoi un tel nom ? Parce qu’elle a été bâtie sur les terres de l’ancienne résidence estivale de Mgr Mazenod (1837-1861). Elle domine de ses tours ocres tout Marseille, le centre-ville au sud, mais aussi l’Estaque à l’ouest. Construite en 1958, elle s’organise en longues barres, hautes de 12 étages. La cité compte environ 3000 habitants répartis dans les 806 logements qui vont du T2 au T4. La cité se caractérise surtout par une population jeune. Seuls 25% des habitants sont actifs et en situation d’emploi contre 41% sur l’ensemble du parc locatif géré par 13 Habitat. 26% des familles touchent le RMI (contre 14%) et 42% des ménages se déclarent isolés (contre 35%). Les habitants sont majoritairement issus de l’immigration maghrébine ou comorienne. Les personnes plus âgées souvent d’origine italienne ou arménienne.
Nous avons voulu approfondir, comprendre un peu plus les rouages de cette inhumaine machine du logement précaire. Alors pour ce nouvel épisode du 1000 pattes, nous avons axé notre déambulation autour de Campagne Lévêque. Nous avons commencé par rencontrer l’association Le Rocher Marseille.
Le Rocher Oasis des Cités : une mission en réponse à la crise sociale des quartiers
Habiter au cœur des cités et quartiers populaires français, pour accompagner les jeunes et leurs familles : c’est le choix que font les salariés et volontaires de l’association.
Le Rocher au coeur des cités, Marseille, est une association catholique d’éducation populaire. il est présent dans 9 villes en France. Le but de l’association est de permettre aux volontaires et salariés de vivre au coeur d’un quartier, dans une cité en zone prioritaire, de faire une présence au sein des habitants en proposant des activités comme l’aide aux devoirs, des cours de français, des ateliers pour les femmes, et des animations de rue.
Il n’y a pas de prosélytisme, mais le Rocher est en lien avec l’église Saint-Louis, les volontaires font leurs prières en dehors du temps de bénévolat. Le financement du Rocher se fait via des dons de particuliers et des entreprises, mais aussi à travers des subventions de la ville.
Au Rocher Marseille, il y a 3 filles et 5 garçons, un service civique, un salarié et le reste en volontariat. La plupart des volontaires du Rocher, habitent à Campagne- Lévêque, ils ont des appartements en collocation non mixtes. Il y a aussi un couple responsable de l’antenne, c’est Arthur et Tiphaine, ils ont deux garçons, habitent aussi dans la cité, et ils sont là pour 3 ans. Le but est de faire une présence aux sein des habitants, de proposer des activités, de se confronter aux mêmes réalités, les habitants sont leurs voisins!
« Le positif c’est le partage, une bonté que j’ai pas trouvé ailleurs, des gens qui se donnent pleinement avec le peu de choses qu’ils peuvent avoir, la générosité, l’humanité, la reconnaissance. Il y a des liens qui se créent, on fait des portes à portes, on va à la rencontre des voisins. »
On a pas mal de temps de préparation en équipe, on fait des tables ouvertes, on cuisine avec les habitants, on a des semaines de 5 jours du mardi au samedi, 4 jours sur 5 on fait l’accompagnement scolaire, de CE2 à la terminale, parfois des lycéens. Il y a aussi, les aventuriers juniors (sorte de scout) pour les primaires filles et garçons mélangés, des activités manuels, des grands jeux, des chasses aux trésors dans la nature, on va aller camper. » Antoine
Le bailleur13 Habitat
C’est 13 Habitat qui détient Campagne L’évêque. Il y a une grande barre et 2 latérale. Il y a des T3 et T4, ils sont hors-norme, ils n’ont pas la surface aux normes actuels. C’est une des premières cités, de logements de masses. il y a une grande partie des personnes âges qui habitent depuis longtemps, à l’époque c’était une population assez mélangée, y compris des fonctionnaires, après ça s’est dégradé.
13 Habitat est le bailleur, les conditions de vie sont totalement différentes des copropriétés.
En sortant du Rocher, Jeanne nous parles des copropriétés: « Les copropriétés c’est le horreur, vous avez des gens qui achètent un appartement pas très cher, certains en ont 3 ou 4, et ils sous-louent à des gens à des prix très élevés. Personne ne paye les charges, les ascenseurs ne marchent plus, les ordures se cumulent dans les couloirs, les propriétés communes se dégradent, personne s’en occupe. »
A Campagne Lévêque, il s’agit d’un bailleur social. Ce sont des logements construits il y a très longtemps, donc par ex. dans les salles de bain, il n’y a pas des systèmes d’aération, donc c’est très humide, il y a rapidement des champignons aux murs, les murs qui s’effritent. Il y a un chauffage par radiateurs dans chaque chambre.
Puis, Virginie nous parle des immeubles qui font l’angle du Bd. Balthazar Blanc, là où nous nous trouvons. « Sonacotra, c’est sont des foyers pour des travailleurs. Dans les années 60′, il y a un grand problème de logement en France, pour les travailleurs immigres qui arrivent pour travailler dans les usines, plus les rapatriés.«
Adoma (anciennement Sonacotra) est une société d’économie mixte, filiale du groupe CDC Habitat (Caisse des dépôts et consignations) qui a été créée en 1956 par l’État français pour accueillir les travailleurs migrants. source: wikipedia
De là nous partons vers Campagne Lévêque, accompagnés par Jeanne, habitante de la cité depuis des nombreux années, membre de l’amicale des locataires, et soeur de Saint-Vincent de Paul.
Jeanne nous a fait visiter son appartement T3, on a discuté longuement chez elle.
« La cite a eu des énormes difficultés depuis 5 ou 6 ans, d’abord peut-être de gestion. Les bâtiments vieillissent et les travaux engagés n’ont pas été faits comme il faut. Il y a eu d’ énormes problèmes de dégradation des appartements. Puis les réseaux de drogues qui sont toujours là. Désormais, depuis la décision de faire place nette dans les cités, ils se font discrets, parce qu’à tout moment il y a des descentes de CRS.
Quand les gens sont rentrés ici, c’était le paradis, vue sur la mer, un certain confort, etc. En 2000 il y a eu l’opération confort 2000. Au début, les ouvriers qui venaient travailler étaient surpris, ils disaient on ne voit jamais ça, c’était vraiment extra-relationnel.
Autrefois, tout le monde se parlait, il y avait quelque chose de spécial à Campagne Lévêque qu’on ne voyait pas dans d’autres cités. Les gens sortaient, les familles descendaient avec leurs petites chaises pliantes, on ne pouvait pas dormir avant minuit parce que tout le monde était dehors, on chantait, on discutait, la vie était merveilleuse.
Puis, ça s’est beaucoup effrité, les populations nouvelles sont arrivées, les familles nombreuses sont parties. Les squatters sont arrivés en masse il y a 3 ou 4 ans, les gens partent, ils veulent rénover, l’appartement reste vide un moment, avec la crise du logement, il y a un phénomène d’occupation, du squat, du marchand de sommeil.
Les volets sont toujours tirés parce que les gens ont des écrans de télé très grands, ils les placent contre les fenêtres, mais aussi pour montrer qu’il y a des bruits, qu’il y a quelqu’un, une présence. Il y a une bonne partie des squatters, par peur d’être expulsés ou squattés qui restent chez eux. Il y a toujours une personne de la famille qui reste. Des travailleurs viennent nettoyer la cité une fois par semaine, ils viennent balayer, enlever les déchets.
Avec l’amicale des locataires, nous avons décidé de faire du beau et on a envahi plein de petits endroits. On essaye de les garder propres, de planter des fleurs ou des herbes aromatiques. «
Nous sommes partis visiter la cité, Jeanne nous raconte les travaux prévus, « ils veulent désenclaver la cité, ils vont couper la grande barre en deux, puis démolir les deux grandes entrées pour créer un grand espace. Elle sera obligée de partir, son immeuble fait partie de ceux qui vont être détruits.
Nous avons marché, plutôt « promené », à travers la cité. Jeanne nous a raconté une multitude d’anecdotes. Chemin faisant, nous descendons progressivement vers le jardin qui se trouve à proximité de l’autre entrée de la cité.
Le jardin des papillons
Jeanne nous en a raconté la genèse, son état actuel et ses envies pour la suite.
Nous sommes assis sur de solides bancs de bois, quelques plantes grasses apparaissent sous les herbes hautes que le printemps a fait pousser, on aperçoit bien la structure en restanques. C’était difficile de prendre des notes au fil de l’eau, tant Jeanne est enthousiaste et impliquée. Alors nous avons eu une interview enregistrée plus tard et que je vous décrypte maintenant.
Ça a démarré par des ateliers de l’Amicale de Campagne Lévêque, avec des enfants mais aussi des adultes à qui nous avons demandé ce qu’ils voulaient. « nous, on veut des fleurs et des couleurs ». Nous fabriquions des livrets où les enfants racontaient ce qu’ils aimaient dans leur cité. « Campagne Lévêque comme je l’aime ». Ces livrets ont aussi donné lieu à une exposition.
2004, de mémoire. Les fleurs et les couleurs, il faut les planter. Nous avons choisi ce morceau de terrain parce qu’il était à proximité du centre social. Il ne servait jusques là qu’à faire pisser les chiens. Il nous a fallu quand même y amener de la bonne terre. C’est une entreprise qui s’en est chargée et elle nous a amené beaucoup de cailloux (l’horreur) mais aussi de la bonne terre et de grosses pierres. C’est ainsi que spontanément nous sommes partis du haut du terrain qui est assez pentu et que nous avons créé des sortes de restanques avec les gros cailloux, et un petit chemin qui descend au milieu « la coulée fleurie ».
Au début nous nous sommes fait aider par une association de la Ciotat « les jardins de l’espérance »
Tout en racontant les différentes étapes historiques du jardin, Jeanne insiste sur le fait que l’important ce n’est pas de faire, l’important c’est ce que le faire déclenche comme paroles, rêves, confidences. Le rêve de cette coulée fleurie qui serait d’abord une source puis un ruisseau, une cascade et tout en bas une vasque entièrement plantée de fleurs à pollen et qui est devenu le jardin des papillons.
Puis petit à petit sont arrivés des légumes, consommables sur place : radis, fèves, fraises.
Chacun devait essayer de sensibiliser les voisins afin de préserver ce lieu, à l’aide d’affichettes et de flyers donnés de la main à la main.
Cette aventure a duré des années. Jeanne est très discrète sur les raisons de l’arrêt des activités, mais il semble clair que cela n’est pas venu des habitants.
Pour sa part, elle ne désespère de rien. Elle continue de s’activer, fait un lien permanent avec les fleurs et les couleurs, slogan qu’elle reprend dans chacune de ses activités.
Elle s’investit dans ce qui est devenu un collectif environnement : tisser des fleurs et des couleurs capables de tout transformer. Protégeons nos enfants du manque d’émerveillement. Si je fais du beau, je chasse le laid. Le beau fait du bon. Sensibiliser sans culpabiliser. Si on s’y met tous, on peut réussir!
Récit fait par Agnès, Tania et Sam. Un grand merci à Claire, Antoine, et Jeanne pour leur paroles et leur hospitalité
Nous voulions changer un peu de format pour cette nouvelle exploration et avions proposé un déjeuner à 12h dans la nouvelle auberge de jeunesse, le QG, chez Charlotte à La Cabucelle. Elle nous a reçus dans son jardin car le temps très ensoleillé s’y prêtait à merveille. Nous avons eu droit, cependant, à une belle visite du lieu. Nous n’étions pas très nombreux.ses : Charlotte bien sûr, Marc, Marion, Samanta, Agnès (qui vous raconte) et …Paco que nous avons amené de chez lui. Marc nous a régalé•es de petites choses trouvées à St Louis, se souvenir de l’adresse !
C’était une bonne entrée en matière. Puis en voiture, nous sommes allé•es retrouver Arlette, Melvil et Fadila qui nous attendaient au musée de la réparation navale au Cap Pinède.
Ouh la la, quelle erreur, nous nous sommes d’emblée fait reprendre » il ne s’agit pas d’un musée, mais d’une exposition permanente » nous dit un grand Monsieur jovial en nous tendant sa carte de visite.
-Quoi, comment Monsieur Terrin, lui-même ?
-Eh oui, c’est mon arrière grand père qui a créé la société TERRIN, devenue SPAT (Société Provençale des Ateliers Terrin).
Nous sommes également attendu•es par ceux qui vont être nos guides, avec leurs airs de vrais marins.
Où l’on reconnaît Yves Juvin, un complice à Miramar.
Où l’on voit aussi un jeune garçon en formation de menuisier dans la marine. Ce qui nous donne l’opportunité de présenter Paco, notre nouvel ami de 90 ans. Car c’est aussi en partie grâce à la rencontre de ce menuisier sur les bateaux que nous nous retrouvons ici.
La rencontre pourrait se passer dehors, tant nous avons de choses à nous dire, l’atmosphère est à la bonne humeur.
Finalement, nous entrons, et là nos guides se transforment. Subitement, ils redeviennent ces travailleurs de force qu’ils ont été jusqu’en 1978, date à laquelle la SPAT a fermé ses portes, laissant près de 6000 ouvriers sur le carreau (lire récit #3).
Une quarantaine de ces hommes (nous sommes complètement immergé•es dans le masculin) décide de ne pas laisser péricliter leur outil de travail et fonde cette exposition sous l’égide de François Vidal, prêtre ouvrier de la Fraternité de St Louis. Dans notre déambulation, nous passerons devant une sorte d’autel qui lui est dédié, en tant que fondateur.
En gros, nous arpenterons 3 salles plus ou moins bien délimitées où les thèmes déclinés sont aussi variés que les emplois, depuis le calfatage des temps anciens jusqu’à la fabrique des hélices les plus grandes du monde. A force de maquettes, de photos, d’explications nous finirons par visualiser la jumboïsation des ferrys, l’arrivée d’un navire dans une forme de radoub, les luttes ouvrières qui ont parsemé les parcours.
Yves Juvin nous installe au poste de conduite d’une grue, nous fait faire les gestes du grutier, raconte les accidents qu’il a eu à subir…
Et puis le clou : ils décident de faire fonctionner le moteur d’une grue unique en son genre, celle qui a permis de récupérer des caissons de pierres énormes, au port de la Lave, afin de construire la digue du large. Celle-là, ils ne la mettent pas en marche pour tout le monde, seulement s’ils sentent qu’il y a un intérêt de la part du public.
Nous, il y a longtemps que nous sommes écrasé•es par les hauteurs, les milliers de tonnes transbordés, les tailles des bâtiments. Tout se décrit par des chiffres astronomiques.
Mais subitement, voir ces rouages en fonctionnement où la bielle mesure 3 fois mon avant-bras (j’exagère, mais pas tant que ça), cela nous fait pousser des oh et des ah de bonheur, de surprise. « Encore, encore !! » Et hop, c’est reparti pour un nouveau tour de vilebrequin bien graissé.
Vous aurez compris que nous avons vécu un moment assez particulier et que nos guides aussi. Fait de joie mais également du souci de la bonne transmission, de la bonne compréhension. Même si, au moment des hélices, nous avons presque toutes un peu perdu pied. Marc et Paco avaient l’air d’être encore en état d’absorption.
Nous nous sommes quitté•es après moult mercis, aux revoirs et photos de groupe promises prises par un des leurs.
La question est d’ores et déjà posée : qu’adviendra t’il de ce lieu après eux ?
Une lettre mystérieuse, la grotte inondée, l’eau potable des bateaux, les femmes du sud et le séminaire squatté…
La lettre à indices
On s’est réuni comme d’hab, au bar Terminus, soleil et café, Charly nous accueille toujours avec le sourire.
Charlotte, habitante de la Calade, a reçu un petit cadeau, très soigneusement emballé, mode missive à indices : des photos et une lettre de son voisin Guy. Une autre aventure commence… On est toustes excité•s, on se prend un peu pour Columbo ! Elle nous lit la lettre…
En l’an 2000, Laure Giraud était peintre, elle habitait dans l’actuelle maison de Charlotte, et en période faste, expo et vente, elle accumulait des photos et des croquis de la Calade et ses alentours avec un but artistique. Très intéressée par mes souvenirs, elle m’a posé beaucoup de questions autour de l’hôpital Houphoüet-Boigny et du couvent des Frères Blancs, congrégation espagnole bien implantée à la Calade […]. Un soir que nous parlions des sources et des cours d’eau cachés dans le quartier, elle m’a indiqué sa visite à la grotte des Frères, au fond de l’impasse Bertrand, sous la maison de Mme Machado. Lors de sa visite chez Mme Machado, elle n’avait pas son bon Nikon. Je me souviens avoir promis à Laure de lui ramener des photos, mais peut-être que finalement j’ai simplement offert les négatifs à Laure avant Noël (moi avec mon petit Kodak je n’ai eu finalement que peu de problèmes, grâce à ma lampe de poche!).
J’ai laissé deux photos à Mme Machado…
Extrait de la lettre de Guy à Charlotte
Mme Machado m’a raconté par bribes ses préoccupations à propos de cette crypte : visites nocturnes depuis son veuvage, disparition des objets liturgiques et ex-voto, certains très récents, jusqu’au début des années 90′. Elle était fière d’avoir sauvé le St Antoine de Padoue. La caverne a servi aussi d’abri, lors des bombardements de la libération de Marseille, en septembre 41′.
Les Frères de la Calade
Alors que Agnès et Samanta restent très motivées à trouver tout ce qui peut rester de sous-terrain et passages secrets dans le quartier, cette histoire est une magnifique invitation pour aller chercher la grotte! Et la lettre donne aussi d’autres infos… Guy nous informe que le bâtiment a été laissé vide après le départ des frères en Afrique dans les années 40 et 50) et qu’il avait ensuite été utilisé en tant que bâtiment municipal à divers usages sociaux jusqu’à sa fermeture autour de 2010.
Dans une de leurs balades d’explo, elles étaient justement allées à l’actuelle école des infirmières (ex hôpital Hophouët -Boigny) pour chercher des pistes sur l’histoire du grand bâtiment vide dit du Petit Séminaire, à côté de Campagne Lévêque. La dame du centre de documentation leur avait parlé du livre d’Etienne Calamai « Le Cap Janet ». Charlotte, décidément bien documentée, était venue ce jour là avec le même livre!
Effectivement, on trouve la partie manquante de l’histoire, qui fut pourtant notre point de départ : le Mouvement des Squatters.
« Après la guerre, de 1946 à 1950, une dizaine de familles s’installèrent en squatters dans certaines pièces inoccupées, malgré les Frères qui ne voulaient pas les faire chasser par la force mais qui eurent beaucoup de mal à négocier leur départ« .
Nous avons ainsi la confirmation que c’est bien ce bâtiment qui complète le triangle des 3 squats, conjointement avec le château Consolat et la Villa Tornesi. Et c’est le seul encore debout… (lire récits précédents).
La maison des frères de la Calade, extrait du ivre d’Etienne Calamai
Puis on s’est mis en marche pour aller à la recherche de la grotte, guidés par Jean-Louis, natif de la Calade et aujourd’hui habitant du Cap Janet. La maison ne semble plus être habitée. Apparemment, l’entrée à la grotte est par là… On reviendra parler avec les voisins et poursuivre nos recherches aux archives.
Les femmes du sud
En marchant au quartier de la Calade, on a fait une étape dans l’association Femmes du Sud, un groupe de femmes motivées, actives à la calade depuis de nombreuses années pour s’entraider mais aussi sortir du quartier par des randonnées ou des sorties culturelles. Elles gèrent une friperie à très petits prix..
Nous avons toustes trouvé notre petit bonheur…
La balade a continué en direction de la Campagne Servaux, où nous attend l’une de nos rencontres de bord de trottoir! La descente est raide, c’est le chemin qu’empruntent chaque jour les collégiens pour se rendre au Collège Arthur Rimbaud.
La campagne Servaux
L’histoire est, encore aujourd’hui, très liée à la réparation navale. Paco Jimenez, habite là depuis longtemps, et est maintenant propriétaire d’une partie de cet ancien domaine très tôt devenu base arrière du port. Il nous raconte.
« Au départ Servaux faisait l’approvisionnement en eau potable des bateaux, puis, de la vaisselle, des transats (chiliennes). Tout tournait autour des besoins de la navigation. Il y avait aussi une corderie, avec une machine qui testait la tension des cordes. En 1984 la famille voulait me vendre le château, je n’avais pas assez d’argent, mais j’ai acheté la partie menuiserie. Je suis né à Melilla, en Espagne. J’avais 26 ans dans les années 60, quand je suis arrivé à Marseille, ils m’ont embauché tout suite comme manoeuvre. J’étais ébéniste de formation, et au bout de quelques mois le contremaître l’a vu et il m’a mis à travailler avec un architecte. Et c’est là, qu’a démarrée ma carrière. L’année suivante je suis allé chercher ma fiancée en Espagne, on s’est marié et on est revenu en France. Elle était couturière, au début c’était très dur pour elle, elle ne connaissait personne, elle parlait pas la langue, on disait, l’année prochaine on rentre en Espagne, puis les années sont passées, on a fait des connaissances, on a eu 3 enfants et on est resté.
On se promène dans la campagne Servaux.
Dans les années 80, un local qu’on appelait le Co2, remplissait les bouteilles de gaz pour différentes utilisations dans l’industrie. A côté il y avait une serrurerie industrielle. Juste en face, il y a eu un projet de supermarché, qui n’a pas eu les autorisations à cause des dimensions du pont ferroviaire, il fallait une entrée et une sortie. Dans le bâtiment contigü il y avait des douches, et des vestiaires pour les femmes qui travaillaient dans les cordes, elles étaient une trentaine. Et un peu plus haut un atelier mécanique de réparation navale.
L’ex Campagne Servaux accueille toujours des ateliers de réparation navale, ici un atelier de peinture d’Alstom
Paco continue son récit :
La menuiserie a été reprise par mon fils, André. Il avait fait des études de serrurier, je l’avais embauché comme serrurier, mais avec tout ce qu’il y avait à faire avec le bois, je l’ai formé et après il m’a remplacé. Mais il est décédé très jeune, à 52 ans, donc j’ai repris le travail à 65 ans jusqu’à 80 ans. La menuiserie comprenait un local de montage, un local de vernissage et un local pour les outillages. Quand j’ai arrêté, j’ai mis tout en location et maintenant il y a diverses activités, plutôt artisanales.
Nous n’avons pas complètement compris qui est à l’origine de la société Servaux, qui semble avoir été créée dans sa forme initiale sous forme coopérative en 1912 par des armateurs et dans un besoin initial militaire (Servaux veut dire « SERvice AUXiliaire de l’armement ». Un des premiers besoins semble avoir été l’eau! Et ce qui semble attesté c’est qu’à Campagne Servaux au départ on mettait de l’eau douce en bouteille pour les navires. Au fil du temps cette fonction de super fournisseur s’est diversifiée vers d’autres types de produits (le mobilier, la vaisselle, le matériel de sauvetage et de ravitaillement) et d’autres types de bateaux . Au détour des souvenirs c’est l’image du « transat » qui est à plusieurs reprises revenue. et ils ont fini par devenir fabriquants de bateaux. Ils ont construit aussi les 6 maisons à l’arrière de la campagne, pour les contremaîtres. On rencontre l’un des actuels habitants, dont les parents ont pu racheter la maison quand l’entreprise a vendu en morceaux la campagne. Aujourd’hui Servaux qui n’est bien sûr plus un coopérative mais une grosse entreprise, se présente comme le leader mondial des services maritimes (les services pouvant désigner des biens comme des prestations). Leurs gammes d’interventions sont extrêmement vastes, puisqu’on trouve toujours le métier de départ de répondre à tout besoin d’un bateau en navigation n’importe où dans le monde, et maintenant ça veut dire beaucoup beaucoup de choses, entre marine commerciale, militaire et depuis peu un positionnement très affirmé sur le yachting !
C’est ainsi qu’ils sont aussi devenus des « rentiers du littoral « en développant sur l’Estaque et Saumaty des services liés aux besoins de la plaisance. Achat, vente, location de bateaux , ils commercialisent également des places au port et des espaces d’hivernage. Nos paysages locaux ont ainsi évolué au fil de leur croissance, avec depuis 2007 la construction de plus de 60 000 m2 d’infrastructures portuaires entre Mourepiane et L’Estaque. Comme quoi le commerce de l’eau converse avec le commerce de la terre…
Mais retrouvons Paco et son histoire.
Après, j’ai perdu le marché des bateaux, il n’y avait plus besoin de cales, à cause des containers. Il a fallu que je me trouve une autre sortie économique. J’ai rencontré une personne qui était maçon qui m’a présenté un architecte. Il est devenu l’architecte des Grands Moulins Storione, propriétaire des boulangeries Banettes. Ensemble on a fait le mobilier de toutes les Banettes de Marseille !
On a presque fini la visite, mais Mlouka veut un tour de manège portuaire…
On finit en profitant joyeusement de l’hospitalité de Paco, merci Paco!