Pascale Reynier : L’expérience de la Commission Patrimoine de la Mairie des 15èmes et 16èmes Arrondissements de Marseille

Nous poursuivons la mise en ligne des textes des intervenants à la rencontre du 2 mars 2013 à Venise suite à la signature de la Convention de Faro par l’État italien (voir  la présentation de la rencontre et voir les textes déjà en ligne).

Voici le texte du discours de Pacale Reynier, Adjointe déléguée à la Culture, à Marseille Capitale Européenne de la Culture et aux Nouvelles Technologies. Présidente de la Commission Patrimoine 15/16.

Mesdames, Messieurs,

A la suite de notre élection en Mars 2008, j’ai effectué un diagnostic de territoire.
Très vite il est apparu que la question patrimoniale était un enjeu fondamental pour notre secteur.
Le travail qu’avait effectué Madame Christine BRETON, que nous venons d’entendre, avait permis à de nombreux habitants de se saisir de cette problématique.

La création de la Commission Patrimoine, à la demande de Madame Samia GHALI, a permis d’organiser toutes ces énergies disséminées sur notre territoire. Cette Commission est composée :

  • d’associations de quartier,
  • d’artistes indépendants,
  • d’associations culturelles,
  • de compagnies artistiques professionnelles,
  • de chefs d’entreprises,
  • de médiateurs culturels,
  • de travailleurs sociaux.

Je la préside, entourée des employés municipaux du Service Culture.
Les deux premières années, nous nous sommes réunis une matinée par mois.
Les thèmes étaient nombreux et variés.
Je vous en cite quelques uns.

  • Classement et inscriptions de lieux, bâtiments,Mesure de conservation,
  • Dépôt de dossier comme « La route du savon » auprès de l’association MP13,
  • Sauvegarde de toiles de Vasarely,
  • Sauvegarde et aménagement du Patrimoine naturel     (Mourepiane, Nerthe, Colline Consolat, Cascade Aygalades).

Nous avons eu de grands succès comme le classement de la Gare de l’Estaque, l’avancée sur de nombreux dossiers concernant le patrimoine naturel.
Au sein de notre Commission, nous expérimentons la dimension conflictuelle du Patrimoine car elle est lieu de médiation.
En effet, des intérêts contradictoires s’y expriment dans un espace démocratique.
Les décisions que nous y prenons rejoignent toujours l’intérêt du plus grand nombre.
Cette Commission joue un rôle de médiatrice entre les différentes instances auxquelles sont confrontées les Communautés Patrimoniales : Ville de Marseille, Direction Régionale des Actions Culturelles, Communauté Urbaine de Marseille, Marseille Provence 2013.
Ainsi les habitants obtiennent des réponses car ils ont leur interlocuteur en face d’eux.
Nous consacrons 3 à 4 Commissions à préparer les Journées Europeénnes du Patrimoine , qui sont le temps fort de notre travail annuel.

En effet, durant ces trois jours, nous organisons une dizaine de balades patrimoniales, des expos, le salon du livre, des conférences, etc.
Il faut savoir, et c’est celà qui est extraordinaire, qu’en 2012, ce sont 6000 personnes qui ont participé à ces Journées Europeénnes du Patrimoine des 15èmes et 16èmes arrondissements de Marseille.
Lorsque l’on connaît l’histoire des quartiers Nord, la mauvaise réputation qui colle à ses habitants, croyez-moi celà tient du prodige.
Durant ces trois jours les marseillais découvrent qu’au sein de ce bassin d’habitations de 100 000 âmes, se trouvent des lieux naturels méconnus, protégés et quelque fois, splendides.
Ils découvrent aussi le dynamisme économique (Savonnerie du Midi, Arnavaux) et culturel (Cité des Arts de la Rue).
Et surtout la plus grande richesse de ce territoire à savoir ses habitants.
Non seulement ils sont dépositaires du passé industrieux de Marseille mais de plus leur sens de l’accueil, de l’hospitalité, du partage sont remarquables.
C’est pour eux, pour les mettre en valeur, que nous avons eu l’idée de créer un réseau de Chambres d’Hôtes.
Je vous laisse deviner les sarcasmes que ce projet a suscité ! « Accueillir des touristes dans les quartiers Nord quelle blague ! »
Hé bien laissez-moi vous dire, chers auditeurs, qu’aujourd’hui ce réseau de chambres d’hôtes organisé par la Coopérative Hôtel du Nord est une formidable réussite !
Associé à MP13, diffusé par le Guide du Routard, Hôtel du Nord est un exemple de développement économique alternatif.
Enfin la Commission Patrimoine des 15èmes et 16èmes arrondissements de Marseille a été capable de modéliser son fonctionnement, de le partager avec deux autres mairies de secteur, bientôt trois et la Mairie de Vitrolles (40 000 habitants).
A ce titre, nous sommes chargés par le Conseil de l’Europe et la Commission Européenne, de préparer une partie des débats qui auront lieu en Septembre prochain lors du Forum Européen du Patrimoine.
Vous pensez bien que jamais je n’aurais imaginé réaliser des actions aussi prestigieuses.
Mais ce qui me touche le plus, c’est d’être ici, à Venise, devant vous.
Moi qui suis issue d’une famille populaire, venue pour moitié, des montagnes de la Barbagia en Sardaigne;
C’est parce que Madame Samia GHALI et moi-même avons grandi dans ces quartiers, que nous connaissons le goût amer des humiliations, que nous avons compris l’enjeu du Patrimoine intégré. Nous nous sommes inspirés de ce concept pour restaurer la dignité des habitants et nous y sommes parvenues.
Je suis heureuse de partager avec vous cette fierté.

Grazie per il vostro ascolto.

Pascale Reynier, Venise mars 2013

Christine Breton : La convention de Faro une chance pour les communautés patrimoniales coincées entre petits fronts de guerre sociale et musées

Hôtel du Nord poursuit la mise en ligne des textes des intervenants à la rencontre du 2 mars 2013 à Venise suite à la signature de la Convention de Faro par l’État italien (voir  la présentation de la rencontre et voir les textes déjà en ligne). 

Hôtel du Nord publie le texte de l’intervention de Christine Breton conservatrice honoraire du patrimoine et sociétaire de la coopérative Hôtel du Nord « Les communautés patrimoniales entre petits fronts de guerre sociale et musées ».

Posons notre héritage et le modèle dominant du musée. Ce vaste cube blanc international peut aussi être un musée local. Il est un accumulateur d’objets décontextués et, par là même, un grand poème baroque à la gloire du savant en son laboratoire, maître du monde et des colonies. Pour la société un tel modèle entre dans la catégorie des utopies collectives basées sur la tabula rasa, tables rases inventées par la modernité, glorieuse ou criminelle. La référence musée incarne le corps national, partout en Europe et en France dés la Révolution en 1792. C’est un récit de fondation. Récit aujourd’hui obsolète quand les nations se fédérent en Europe, quand la décolonisation rétablie ses biens culturels dans leur contexte si possible, quand la richesse se fait en micro-secondes. Nous n’ avons plus besoin du musée, il est une oeuvre héritée, un monument historique

– Totologie de l’isolement.

Posons maintenant la réalité des communautés patrimoniales. Le corps social s’incarne dans l’ensemble des données symboliques héritées. Le musée a le pouvoir sur le symbolique et il fascine d’autant. Un pouvoir absolu de vie et de mort sur toute trace de mémoire collective, le musée décide de ce qui entre ou non dans l’histoire. Faire un musée aujourd’hui aprés la sévère critique construite contre ce modèle obsolète tient de la volonté de puissance personnelle ou de l’ignorance. Ignorer qu’en France, par exemple, le même homme, Jules Ferry, crée l’organisation de l’enseignement primaire obligatoire et celle des musées et qu’il fut aussi le champion de la colonisation.
– Comment être à notre présent social ?

Au moment de cette question, nous sommes passé à l’histoire monde, nous avons inversé les contextes historique. Il est temps pour l’invisible. Alors se met à briller, dans le lointain, tout ce qui fut exclu du grand récit national. Commence à scintiller tout ce qui n’est pas référencé, muséifié ou partie de la Nation. Apparaissent les disparus de la nuit stellaire, les fantômes errant loin de notre roman collectif, ceux qu’avaient si bien su aimer Walter Benjamin en marchant dans les rues de Berlin ou Marseille. Alors, le temps se retourne et la référence se décale vers le tiers exclu
– Frémissement de la raison.

Comment réagi le corps social ? je l’entend souvent gronder dans mon dos, lorsque nous traversons à pied les quartiers de Marseille, lorsque nous passons un petit front de guerre sociale. Ils grondent, mal à l’aise dans le contact physique avec l’exclusion urbaine violente. Et là c’est encore le modèle muséal qui revient en protection face à cette remontée de refoulé collectif : sensation de zoo ou de muséification de la ville. Une sensation qui ne renvoie pourtant qu’à soi-même, à son savoir comme pouvoir ; surpris en inculte de la vie. Alors je suis assurée que cette ville que nous sommes en train de penser avec nos pieds, collectivement dans la marche, ne s’entend plus. Je perçois dans mon dos leur profonde émotion, leur débat intérieur qui les assourdit temporairement
– Impasse sociale.

C’est peut-être cela le musée du 21ème siècle : la capacité à percevoir la greffe-musée en soi, dans l’organique même. Le désordre violent qu’elle y crée. La décision de s’en défaire, d’accepter l’impossibilité de comprendre tant les concepts sont encore immatures et pourtant percevoir la formidable poussée vivante dés que nous lâchons tout pour partir au désert des savoirs. Le corps social bascule dans une pratique collective des savoirs et mémoires. Une pratique écologique, contextuée.
– fin des colonies, débuts du travail des communautés patrimoniales sur le terrain du quotidien habité.

L’anthropologue américain Timothy Ingold résume ce triple salto contextuel : « En elle-même, l’information n’est pas un savoir, et son accumulation ne nous rend pas plus savants. Notre capacité à savoir tient plutôt à la possibilité que nous avons de situer une telle information, à comprendre sa signification, au sein d’un contexte de relations perceptuelles, en direct avec nos environnements. Et je soutiens que nous développons cette capacité à condition  qu’on nous montre les choses ». Marchons donc au désert du musée en suivant l’habitant là pour qu’il nous montre. Développons collectivement nos relations perceptuelles avec les petits fronts de guerre sociale rendus si violents par l’invisibilité et le silence assourdissant dominant.
– possibilité de contextes.

Christine Breton
Conservateur honoraire du Patrimoine
Venise mars 2013.

Christine Breton 

Conservateur honoraire du patrimoine, elle a eu la charge de collections publiques au musée de Grenoble (1974-1983), aux Fonds régionaux de Rhône Alpes et de Provence (1984-1987). Conservateur chargée de mission à la Ville de Marseille de 1987 à 2010 elle a créé les programmes d’ateliers d’artistes, d’expositions et de commandes artistiques urbaines ; en collaboration avec le Conseil de l’Europe elle a expérimenté dés 1996, avec les habitants, l’approche intégrée du patrimoine dans les 15-16èmes arrondissements de Marseille. Docteur en histoire en 1981, elle a été invitée dans de nombreuses écoles d’art, instituts de design et d’histoire de l’art ; de 1988 à 1995 professeur associée à l’université d’Aix-Marseille. A la retraite, elle poursuit ses recherches historiques et patrimoniales.

BIBLIOGRAPHIE Sélective

  •  Berriat 83, expositions dans et hors musée, musée de Grenoble,1983 ;
  • Fragments de collections pour la mémoire d’une ville, Le Luc en Provence, FRAC Provence, 1985 ;
  • La galerie de la mer, Ville de Marseille,1987-1995, 7 numéros sur l’art et la ville ;
  • Approche intégrée du patrimoine, valorisation partagée du patrimoine, valeur conflictuelle du patrimoine, comme des saumons, le prince des curieux et l’ermite collection Exos, AGCCPF, 2004 – 2010 ;
  •  école des filles de Saint-André, Marseille, 1998-2005 ;
  • Südraum-Konferenz, Leipzig, 2004 ;
  • Hôtel du nord/ récits d’hospitalité, 8 numéros avec Martine Derain, éditions commune, Marseille, 2010-2012.

Après Venise, rendez vous à Marseille en septembre 2013 pour parler de Faro.

Les 1, 2 et 3 mars, suite à la signature de la Convention de Faro par l’État italien, le Conseil de l’Europe et l’association Faro Venezia ont co organisé 3 journées dédiées à la Convention de Faro (voir l’article à ce sujet).

Le droit au patrimoine culturel, l’usage durable du patrimoine, les balades patrimoniales et la démocratie participative ont été au coeur des échanges auxquels se sont associés les institutions, les professionnels et la société civile. Tous les participants ont pris rendez vous en septembre 2013 à l’occasion des rencontres euro méditerranéennes de Faro à Marseille pour poursuivre ces échanges.

Hôtel du Nord publiera dans les prochains jours les textes des interventions de Samia Ghali, sénatrice-maire des 15/16,Pascale Reynier, élue à la culture des 15/16 et présidente de la Commission Patrimoine 15/16, Christine Breton conservatrice honoraire du patrimoine et sociétaire de la coopérative Hôtel du Nord,  Nicole Meyer-Rodrigues  de l’unité d’archéologie de Saint-Denis, Kouider Metair de l’association Bel Horizon , deVincenzo Casalli, Cristina Gregorin et Francesco Calzolaio de l’association Faro Venezia et de Prosper Wanner, gérant de la coopérative Hôtel du Nord et co fondateur de Faro Venezia.

A l’initiative de l’association Faro Venezia, plusieurs associations et le Conseil de l’Europe ont fondé la commission vénitienne des communautés patrimoniales. 

Balade patrimoniale sur la création contemporaine à Venise
Photo de groupe : Silvia Costa député au Parlement Européen, Yolanda Valle-Neff directrice de l’Unesco Venise, Christine Breton, conservatrice du patrimoine à Marseille et sociétaire Hôtel du Nord, Pascale Reynier, élue à la culture des XV e XVI Arrondissement de Marseille, Erminia Sciacchitano du Ministère de la culture, Michela Zanon du musée ébraique de Venise, Daniel Thèrond du Conseil de l’Europe, l’ambassadeur Umberto Vattani président de l’université internationale de Venise, Alberto D’Alessandro du Conseil de l’Europe, Kouider Metair, de l’association Bel Horizon à Oran, Lauso Zagato, professeur de droit international à l’Université de Ca’ Foscari et les membres de l’association Faro Venezia : Cristina Gregorin, Manuela Cattaneo della Volta, Vincenzo Casali, Prosper Wanner, Walter Fano, Adriano de Vita.
Journée de travail à la bibliothèque Marciana sur la Convention de Faro.

Balade patrimoniale sur les religions à Venise « io credo ».

Prosper Wanner : La Commission Patrimoine 15/16, espace de démocratie participative.

Hôtel du Nord initie la mise en ligne des textes des intervenants à la rencontre du 2 mars 2013 à Venise. 

Voici le texte de l’intervention de Prosper Wanner, gérant de la coopérative d’habitants Hôtel du Nord et co fondateur de l’association Faro Venezia.

Le processus coopératif Hôtel du Nord a été voulu et lancé en 2009 à l’initiative de membres de la Commission Patrimoine 15/16 présidée par l’élue à la culture Pascale Reynier comme plateforme commune de valorisation économique des patrimoines.

Le 2 mars, les vénitiens créeront la Commission vénitienne des communautés patrimoniales. En 2010, c’était la mairie de secteur de Marseille 2/3 qui créait le collectif Patrimoine et création suivi en 2012 par la mairie du 13/14 et la mairie de Vitrolles qui a fondé l’Atelier de Faro.

Le 2 mars est l’occasion pour Hôtel du Nord de revenir à traversune série d’articles sur ces processus de démocratie participative et de gestion de la valeur conflictuelle du patrimoine, ou dit autrement sur ce qu’est une commission patrimoine.

Ces articles sont préparatoires à la Rencontre de Faro qui aura lieu en septembre 2013 à Marseille à l’initiative du Conseil de l’Europe et de l’Union Européenne.

Le premier article proposé a été écrit par Prosper Wanner, gérant d’Hôtel du Nord et membre de l’association Faro Venezia, pour expliquer « en pratique » ce qu’est la commission patrimoine 15/16 en vu de la création de la Commission vénitienne des communautés patrimoniales (voir la version italienne).

Ma che cosa é questa commissione patrimoniale?

La Convention de Faro pose la question du droit au patrimoine culturel. Quelle est la place des citoyens dans les choix patrimoniaux ? Elle reconnait à chaque personne, seule ou en commun, le droit de bénéficier du patrimoine culturel et de contribuer à son enrichissement[1].

C’est cette reconnaissance du droit au patrimoine qui motive l’engagement d’élus et de citoyens : reconnaître à chacun, dans le cadre de l’action publique, le droit de désigner de ce qui fait patrimoine pour soi, de contribuer à son interprétation, de prendre part aux choix de sa mise en valeur ou d’être associé à l’usage qui en est fait.

Les motifs de cette reconnaissance sont largement exprimés dans la Convention de Faro : prévention des conflits, dialogue interculturel, démocratie participative, développement soutenable, etc

La Convention de Faro est un cadre de référence qui permet une coopération entre les institutions publiques, les citoyens, les élus et le secteur privé[2].

A Marseille,  en 1995 a été lancé une mission expérimentale européenne de patrimoine intégré. Elle s’est traduite par la mise à disposition des habitants d’un poste de conservateur du patrimoine à plein temps. Ce conservateur a assumé durant 15 années une mission de service public auprès des habitants en mettant à disposition ses compétences de chercheur et de fonctionnaire.

L’exercice du droit au patrimoine, dans le cadre de l’action publique, c‘est à dire le droit individuellement ou en groupe devaloriser le patrimoine culturel à travers son identification, son étude, son interprétation, sa protection, sa conservation et sa présentation, nécessite des compétences scientifiques et une connaissance des procédures administratives que possède essentiellement l’institution publique : recherches et suivi scientifique en lien avec les professionnels du patrimoine ; coordination avec l’autorité scientifique ; accompagnement des procédures d’archivage, de classement et d’inscription, préparation d’expositions. Ces compétences sont celles des scientifiques, historiens, conservateurs, archéologues, géologues, etc.

Au terme de cette mission expérimentale s’est posée la question de la continuité de ce service public qui répondait alors à une demande croissante des habitants. Cette continuité s’est faite en trois parties : une continuité politique via l’adhésion du maire aux principes de la Convention de Faro, une continuité de service public via la création d’une commission patrimoine réunissant élus, institutions et habitants  et une continuité scientifique via l’engagement de chercheurs auprès des habitants.

Samia Ghali, sénatrice maire du 8me secteur de Marseille a signé symboliquement son « adhésion en aux principes énoncés par la Convention-cadre sur la valeur du patrimoine pour la société du Conseil de l’Europe » (Convention de Faro) en présence du Conseil de l’Europe, des représentants des collectivités locales et des habitants, associations et entreprises impliqués dans la mise en valeur des patrimoines.

Cette signature reste symbolique dans le cas d’un maire dans la mesure où seul l’Etat peut ratifier la Convention. Elle permet de qualifier et de légitimer une stratégie patrimoniale intégrée au niveau local et de prendre un cadre de référence commun.

A ce jour, 4 maires ont signés symboliquement la Convention de Faro. Comme premier acte, ils ont eux aussi mis en place un espace de démocratie participative comme Patrimoine et Création dans le 2me et 3me arrondissement de Marseille ou l’Atelier de Faro à Vitrolles.

La première commission patrimoine, créée en 2009 par Samia Ghali, est présidée par Pascale Reynier, élue à la culture. Elle mobilise un large partenariat de personnes impliquées sur la défense du cadre de vie : les communautés patrimoniales, les comités d’intérêts de quartiers et les acteurs culturels.

La composition de la commission patrimoine a été réalisée sur les bases suivantes : l’élue à la culture préside la commission patrimoniale et, forte de l’adhésion de la maire de secteur aux principes de la Convention de Faro, est garante du cadre politique de référence. Le service culture assure le secrétariat de la commission patrimoniale.

Les communautés patrimoniales au nombre de 8 ont chacune un relais au sein de la commission patrimoine. Au sens de la Convention de Faro, une communauté patrimoniale se compose de personnes qui attachent de la valeur à des aspects spécifiques du patrimoine culturel qu’elles souhaitent, dans le cadre de l’action publique, maintenir et transmettre aux générations futures[3].

Les communautés patrimoniales présentes à la commission patrimoine sont des collectifs qui rendent compte publiquement des recherches patrimoniales qu’elles mènent durant l’année à l’occasion des journées européennes du patrimoine.  Elles sont une douzaine représentées dans la commission patrimoine : associations de défense du cadre de vie, amicales de locataires, collectifs d’entreprises, associations de parents d’élèves, acteurs culturels.  Toute nouvelle communauté patrimoniale peut demander à être présente dans la commission. Les acteurs culturels (cinéma, théâtres, etc) impliqués dans des actions patrimoniales, réunis au sein d’un collectif « outils commun », ont un représentant à la commission patrimoine.

La coopérative Hôtel du Nord, créée à l’initiative de membres de la commission patrimoine comme plateforme commune de valorisation économique du patrimoine est représentée. La coopérative réunis une trentaine de sociétaires qui développent de l’économie via le patrimoine (chambres d’hôte, balades, publications) et mutualisent une marque, un site internet, une école des hôtes et la commercialisation.

Enfin, sont présents les représentants des deux collectifs de comités d’intérêts de quartier, instance para public de représentation des habitants auprès de la ville.

La commission patrimoine établit chaque année un planning précis sur l’année d’une demi douzaine de rencontres définis collectivement. En fonction des sujets abordés, sont invités les institutions compétentes.

En 2011, les sujets abordés ont été les suivants : une commission avec les services des Monuments historiques pour faire le point d’avancement des dossiers de demandes de classements ou labellisations, une commission sur journées européennes du patrimoine pour choisir le thème et construire le programme commun, une commission sur les dossiers cadre de vie en lien avec les institutions publiques concernées et une commission sur la valorisation économique du patrimoine avec la coopérative Hôtel du Nord.

Des commissions patrimoniales « réduites » sont programmées sur des sujets précis : une demande de classement, la construction d’un programme commun culturel, etc.

Chaque commission est co préparée par un membre de la commission et le service culture. L’ordre du jour est envoyé un mois avant pour leurs préparations en amont avec les habitants, le compte rendu ou relevé de décisions une semaine après.

La commission patrimoine est l’espace politique de concertation, de gestion des conflits, d’alerte, de proposition et d’échanges de savoirs entre les citoyens, leurs élus et les institutions sur l’application du droit au patrimoine culturel, c’est à dire l’application de la Convention de Faro.

Prosper Wanner, gérant d’Hôtel du Nord et membre de Faro Venezia.


[1] La Convention de Faro reconnait que toute personne a le droit, tout en respectant les droits et libertés d’autrui, de s’impliquer dans le patrimoine culturel de son choix comme un aspect du droit de prendre librement part à la vie culturelle consacré par la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies (1948) et garanti par le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (1966).

[2] Elle encadre les limites dans lesquels peuvent s’expérimenter de nouvelles pratiques patrimoniales. Elle énonce les objectifs, définitions et principes partagés (Titre 1), elle expose les apports du patrimoine culturel à la société et au développement humain (Titre 2) et elle fixe les responsabilités partagées envers le patrimoine culturel et participation du public (Titre 3).

[3] Convention de Faro, article 2.

L’Italie signe la Convention de Faro !

Aujourd’hui, ce mercredi 27 février 2013 à 10h00, dans le bureau de la Secrétaire Générale Adjointe et en sa présence, M. Manuel Jacoangeli, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire, représentant permanent de l’Italie auprès du Conseil de l’Europe, a signé la Convention Convention-cadre du Conseil de l’Europe sur la valeur du patrimoine culturel pour la société (STCE n° 199).

Cet événement sera au centre des trois journées du 1, 2 et 3 mars 2013 à Venise organisées sur la Convention de Faro par le bureau du Conseil de l’Europe à Venise en collaboration avec l’association Faro Venezia. Les citoyens vénitiens avaient traduit dès 2008 la Convention de Faro en italien, traduction qui a servie pour celle officielle.

Comme nous l’avions annoncé précédemment, Samia Ghali, Pascale Reynier, Christine Breton, Prosper Wanner et leurs partenaires de la Seine Saint-Denis et d’Oran sont invités à cette occasion à partager leur expérience (voir article).

Toute personne, seule ou en commun, a le droit de bénéficier du patrimoine culturel et de contribuer à son enrichissement ; l’exercice du droit au patrimoine culturel ne peut faire l’objet que des seules restrictions qui sont nécessaires dans une société démocratique à la protection de l’intérêt public, des droits et des libertés d’autrui. (article 4 de la Convention de Faro).

  • Télécharger la traduction officielle en italien ici.
  • Télécharger le programme en italien :


Coloque Venise : il ruolo delle Comunità patrimoniali nella partecipazione democratica alla cultura

Le 1, 2 et 3 mars le bureau du Conseil de l’Europe à Venise en collaboration avec notre alter ego Un Faro Per Venezia organise un événement sur la Convention de Faro à l’occasion de sa ratification par l’Italie : Il ruolo delle Comunità patrimoniali nella partecipazione democratica alla cultura.  

Cet événement sera l’occasion de la fondation de la commission vénitienne des communautés patrimoniales sur le modèle marseillais. Les vénitiens étaient présents à Marseille en 2009 à l’invitation de la Commission Patrimoine 15 16 pour la première signature de la Convention de Faro par un Maire, Samia Ghali. Depuis les échanges n’ont pas cessé.

Samia Ghali, sénatrice-maire des 15/16, Pascale Reynier, élue à la culture des 15/16 et présidente de la Commission Patrimoine 15/16, Christine Breton conservatrice honoraire du patrimoine et sociétaire de la coopérative Hôtel du Nord ainsi que Prosper Wanner, gérant de la coopérative Hôtel du Nord et co fondateur de Un Faro Per Venezia sont invités à y présenter l’expérience marseillaise.

Véronique Poupard de Plaine CommuneNicole Meyer-Rodrigues  de l’unité d’archéologie de Saint-Denis, Kouider Metair de l’association Bel Horizon et Emmanuel Antoine de l’association Artefacte93 et Minga, autres alter ego d’Hôtel du Nord seront présents.

A cet occasion, Un Faro Per Venezia propose deux balades patrimoniales, l’une sur les lieux actuels de production artistique et une autre sur les religions. L’occasion de renforcer le réseau euro méditerranéen des villes qui s’engagent sur les principes de la Convention de Faro.


Jean Cristofol : Le Nord

La question s’est posée d’accueillir dans Hôtel du Nord, des hôtes qui voudraient nous rejoindre et dont les habitats se trouvent dans d’autres arrondissements de Marseille, mais aussi dans des villes de l’étang de Berre et de la zone de Fos. Cela nous oblige à réfléchir aux limites géographiques dans lesquelles s’inscrit Hôtel du Nord. Cela nous oblige aussi à réfléchir au développement nécessaire de nos activités pour atteindre un équilibre minimum qui autorise la survie économique de notre coopérative – et, espérons-le, son développement autonome.

Évidemment, les deux aspects sont liés, mais ils doivent aussi répondre à une véritable nécessité et à une cohérence qui leur donne un sens. Hôtel du Nord est ancré dans la réalité des quartiers nord de Marseille. Il est le produit d’une histoire propre qui s’est longuement inscrite dans les quinzième et seizième arrondissements. Cela fait deux territoires qui ne se recouvrent que partiellement et qu’il faut bien distinguer : le territoire qui a accueilli la naissance d’une expérience et qui se définit aussi dans ses limites institutionnelles, et le territoire qui porte l’esprit et la raison de cette expérience et qui, lui, ne s’arrête pas aux découpages administratifs. Ce sont ces deux territoires qu’Hôtel du Nord porte dans son nom, et dont il doit savoir réinventer les relations à la fois imaginaires et géographiques.

Ce qui porte les coopérateurs d’Hôtel du Nord, c’est une certaine façon de s’emparer de la réalité des lieux et des tensions qui les travaillent pour en nourrir des projets entrelacés où s’articulent des valeurs communes : la rencontre, l’accueil et l’hospitalité, la volonté de valoriser des territoires au delà des clichés qui les accablent, l’idée que l’histoire ne vit que dans la création présente, la conviction que l’économie peut se réinventer dans la relation à la culture. Et ce qui caractérise ces lieux et leurs tensions, c’est le processus économique et politique qui a noué le destin de Marseille en divisant profondément la ville, en opposant le nord et le sud, en niant la richesse de son patrimoine populaire, en créant des zones de ségrégation sociale, en faisant de l’oubli et du mépris une arme de destruction morale qui préside à la reproduction de formes du pouvoir morbides, incapables de penser l’avenir. Evidemment, Hôtel du Nord ne constitue certainement pas à lui seul une réponse à ce processus, mais il y trouve sa toile de fond et il puise dans la nécessité de lui résister sa première énergie.

Ainsi, ce qu’on appelle les quartiers nord ne correspond pas seulement à un périmètre, ni à un territoire d’appartenance, mais à un certain point de vue. Ce point de vue est à la fois celui à partir duquel ils sont regardés et celui qu’ils nous proposent comme lieu d’un regard sur le monde. D’une certaine façon, Hôtel du Nord se propose de travailler ces points de vue et la façon dont ils se croisent.

Ce serait d’ailleurs une idée curieusement simplificatrice de penser que les quartiers nord sont un territoire. Ils recouvrent une incroyable richesse de territoires différents. Et cette diversité de territoires, de populations, d’histoires et de traditions, de langues aussi, se reconnaît dans un espace certainement bien concret, mais toujours redessiné, toujours réinventé. Il y a, vers Corbières, une structure portuaire d’accueil des bateaux de plaisance qui s’affirme comme un port de Marseille Ouest. C’est évidemment une façon locale d’éviter de se situer au nord, c’est une façon de pratiquer une géographie de la dénégation. Nous devons pratiquer une géographie de la revendication.

Que des initiatives se manifestent du côté des treizième et quatorzième arrondissements, cela me semble absolument naturel. Dans la logique des points de vue croisés, je ne vois pas vraiment ce qui les distingue de nos quartiers, même si l’éloignement de la mer les rend cinématographiquement moins photogéniques. Les villes de l’étang de Berre nous posent une question bien plus intéressante. Elles nous parlent en raccourci de l’histoire de nos quartiers, entre l’extension du tissus urbain et le déplacement des activités industrielles vers des espaces plus larges, plus ouverts, plus facilement articulés sur la façade maritime – le nord. Ils nous parlent aussi de l’apport des populations immigrées, du croisement entre héritages agricoles et entreprises mangeuses de terrains, entre les villages et les cités, les villes nouvelles et les formes recommencées de la crise sociale. Elles sont différentes de nous et elles sont nous à la fois, nos prolongements, nos extensions, nos modestes et pauvres Amériques. Elles sont notre nord et elles participent de notre nord. Nous partageons la même histoire et le même présent, parce que nos territoires respectifs se sont constitués dans la même logique. C’est pourquoi il me semble nécessaire que s’y continue et s’y déploie l’activité d’Hôtel du Nord.

Jean Cristofol, sociétaire Hôtel du Nord, novembre 2012.

Vidéos de la rencontre Venezia-Marsiglia.

Le groupe Un Faro Per Venezia vient de mettre en ligne les vidéos de la rencontre « Venezia-Marsiglia: esperienze di comunità patrimoniale » qui a eu lieu le vendredi 23 septembre 2011 à Villa Groggia à Venise en présence de membres de la coopérative Hôtel du Nord.

Unfaropervenezia, Io decido, geografie di genere, Hôtel du Nord, Cap au Nord, Venti di Cultura et l’IVESER ont présenté des démarches participatives qui reprennent les principes de la Convention de Faro.Le directeur du nouveau bureau du Conseil de l’Europe à Venise a confirmé que l’Italie allait bientôt ratifier la Convention de Faro et que pour 2012 il envisageait d’organiser un événement à Venise sur la Convention de Faro.

Lucienne Brun, Cap au Nord et Hôtel du Nord

Cristina Gregorin, UnFaroPerVenezia

Vincenzo Casali, 40xVenezia

Alberto D’Alessandro, Conseil de l’Europe

Voir les autres vidéos sur le site unfaropervenezia : lien

Venezia-Marsiglia: esperienze di comunità patrimoniale

Après les journées européennes du patrimoine dans les quartiers nord de Marseille, des sociétaires et amis d’Hôtel du Nord participeront aux journées européennes du patrimoine à Venise avec au programme une balade patrimoniale dans le port pétro chimique de Marghera et une rencontre sur le Droit au patrimoine culturel avec une intervention de Lucienne Brun, sociétaire de la coopérative Hôtel du Nord.

Incontro tra le associazioni organizzato da Un Faro per Venezia con il patrocinio di Iveser : Una riflessione e una discussione sul diritto delle comunità a utilizzare, difendere e valorizzare il patrimonio culturale attraverso iniziative e buone pratiche di cittadinanza attiva.

Intervengono: Iveser, Comitato Villa Groggia, Hôtel du Nord, 40xVenezia, Geografie di Genere, Coordinamento Io Decido, Venti di Cultura. Tutta la cittadinanza è invitata a partecipare. Per saperne di più su Un Faro per Venezia e la convenzione di Faro:
www.unfaropervenezia.eu Si ringrazia la Municipalità di Venezia, Murano e Burano per la collaborazione.

Le 2/3 s’engage à appliquer les principes de la Convention de Faro

Comme  Samia Ghali en 2009 pour les 15 et 16e arrondissement Marseille, vendredi 16 septembre 2011 Lisette Narduci, Maire de secteur du 2 et 3e arrondissement, signera son engagement à appliquer les principes de laConvention de Faro.

A cette occasion, les membres de la coordination patrimoines et créations accueilleront leurs collègues marseillais et étrangers appliquant déjà les principes de la convention de Faro, en présence de représentants du Conseil de l’Europe et de Marseille Provence 2013.

Hôtel du Nord sera présent avec une délégation euro méditerranéenne venue participer à un work shop sur la Convention de Faro co construit avec l’association Euromed Conseil.

La signature sera suivie d’un apéritif, accompagné par Dhalia qui interprétera « Tais toi Marseille » paroles de Maurice Vidalin, musique de Jacques Datin, en hommage à Colette Renard qui a fait de cette chanson un élément de patrimoine.

Le rendez vous est 18 h à la Mairie de secteur, 2 place de la Major, 13002.