Marianne d’Or de la démocratie locale à Samia Ghali

Mercredi 12 juin 2013, Jean-Louis Debré, président du Conseil Constitutionnel, a remis la Marianne d’Or de la démocratie locale à Samia Ghali pour la politique culturelle qui a été mise en place au sein de la mairie des 15ème et 16ème arrondissement de Marseille.

Créé en 1984, la Marianne d’Or honore les communes qui méritent que leurs initiatives, actions, politiques soient connues et reconnues, et deviennent une référence au niveau national.

L’occasion de revenir sur « la première cité de France à avoir signé la Convention de Faro » grâce « à l’ensemble des marseillaises et marseillais qui participent à ce projet« , processus de démocratie locale qui sera au cœur de la première « Balade de Faro » du Conseil de l’Europe et de l’Union Européenne à Marseille les 12 et 13 septembre 2013.


Remise de la Marianne d’Or à Samia Ghali le… di Samia-Ghali

Rencontres d’Oran sur la Convention de Faro et Camus les 9 et 10 mai 2013.

Euromed Conseil, sociétaire d’Hôtel du Nord, l’association Bel Horizon, L’Institut Culturel Français à Oran et l’Ambassade de France à Alger proposent du 9 au 10 mai une série de rencontres sur la Convention de Faro et Camus à Oran.

Cet événement bénéficie du partenariat de la Mairie Marseille 15/16, de la Mairie Marseille 2/3, de laMairie de Vitrolles, de la coopérative Hôtel du Nord, de l’association Ancrages et de la compagnie aérienne Aigles Azur, transporteur officiel.

En ces temps de rigueur économique les États ont pu regarder d’un oeil suspicieux l’arrivée d’une nouvelle convention sur la protection et la gestion du patrimoine. Mais la Convention de Faro du fait de son approche novatrice en matière de gestion et d’utilisation du patrimoine possède une réelle valeur ajoutée pour les États et la société civile.

L’approche intégrée du patrimoine portée par «la Convention de Faro» complète les anciennes conceptions du patrimoine, conceptions figées, où il n’était question que de protection et de conservation. Cette nouvelle définition prône une vision plus large de la notion de patrimoine, elle ne renverrait plus seulement au patrimoine « historique » mais également aux objets que l’on peut qualifier « d’ordinaires ». Le patrimoine ne serait plus seulement défini selon des critères esthétiques ou historiques. Tout objet/monument porteur de sens et d’identité pour une population pourra être érigé au rang de patrimoine.

De ce fait, la Convention de Faro entend placer l’individu au centre des préoccupations patrimoniales. Elle lui permettra de se réapproprier ses droits culturels « indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité » prévus dans l’article 22 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

  • Entrée libre sur inscription

«Les repères camusiens» à Oran – Balade, conférence déambulatoire dans les rues d’Oran – Vendredi 10 mai

Après tout, la meilleure façon de parler de ce qu’on aime est d’en parler légèrement. En ce qui concerne l’Algérie, j’ai toujours peur d’appuyer sur cette corde intérieure qui lui correspond en moi et dont je connais le chant aveugle et grave mais je puis dire au moins qu’elle est ma vraie patrie et qu’en n’importe quel lieu du monde, je reconnais ces fils et mes frères à ce rire d’amitié qui me prend devant eux. Oui, ce que j’aime dans les villes algériennes ne se séparent des hommes qui les peuplent. Voilà pourquoi je préfère m’y trouver à cette heure du soir où les bureaux et les maisons déversent dans les rues, encore obscures, une foule jacassante, qui finit par couler jusqu’aux boulevards devant le mer et commence à s’y taire, à mesure que vient la nuit et que les lumières du ciel, les phares de la baie, et les lampes de la ville se rejoignent peu à peu dans la même palpitation indistincte. (…)

Non, décidément, n’allez pas là-bas si vous vous sentez le coeur tiède et si votre âme est une bête pauvre mais pour ceux qui connaissent les déchirements du oui et du non, de midi et des minuits, de la révolte et de l’amour, pour ceux enfin qui aiment les buchers devant la mer, il y a là-bas, une flamme qui les attends». Extrait de «l’été», 1947

  • Inscription : Association Bel Horizon

Jeudi 9 mai 18h00 :Séminaire sur la Convention de Faro, Institut Français d’Oran
Modération – Mohamed Chabani, Directeur d’Euromed Conseil

Introduction aux principes de Faro

  • Christine Breton, Conservateur honoraire du patrimoine

L’implication des communes dans la mise en place des principes de Faro :

  • Pascal Reynier, Présidente de la Commission Patrimoine des 15 et 16ème arrondissements de Marseille
  • Gisèle Gros-Coissy, Présidente de la Coordination « patrimoine et création » du 2/3 de Marseille
  • Géraldine Garnier, Chargée de Mission Culturelle, Direction de la Culture et de l’Animation Mairie de Vitrolles, en charge du projet «Vitrolles Echangeur 2013 – Vitrolles hospitalité»

Le patrimoine au service du développement économique

  • Prosper Wanner, Gérant de la coopérative « Hôtel du Nord » – Patrimoine et développement économique, l’exemple d’Hôtel du Nord ;
  • Christine Vernière, Sociétaire – Témoignage d’une sociétaire, chambre d’hôtes
  • Azzedine Bahou, Chef de projet relations euroméditerranéennes, Communauté urbaine Marseille Provence Métropole

Le patrimoine au service de la société civile

  • Samia Chabani, Directrice d’Ancrages – Les balades patrimoniales, une démarche intégrée du patrimoine;
  • Kouider Metair, Président de Bel Horizon – L’expérience de Bel Horizon en matière de valorisation du patrimoine

Vendredi 10 mai 9h-12h

  • 10h-13h : Balade patrimoniale – Oran/Santa Cruz
  • 15-18h : Rencontre avec la société civile – Bel Horizon

Samedi 11 mai 10h – 13 Hommage à Albert Camus

  • Balade littéraire et Conférence déambulatoire «les repères camusiens». Lecture de textes d’Albert Camus le long de la ville
  • Présentation : Kouider Metair / Lectures : Abdelhak Abdeslem, Ismahem Khlifi, Larbi benaissa

Télécharger le programme : séjour camus et convention de Faro

Prosper Wanner : Lettre à l’attention de Benoit Hamon, Ministre délégué chargé de l’Économie sociale et solidaire et de la Consommation

Benoit Hamon, Ministre délégué auprès du ministre de l’Economie et des Finances, chargé de l’Economie sociale et solidaire et de la Consommation

Monsieur le Ministre,

Nous vous contactons en votre double qualité de Ministre de l’Economie Sociale et Solidaire et Ministre de la Consommation.

Située dans les quartiers nord de Marseille, « Hôtel du Nord » est une coopérative créée par des habitants de ces quartiers. Elle met en relation directe des touristes et leurs hôtes, habitants qui font découvrir leur ville et leur quartier au-delà des clichés véhiculés, favorisant une économie dans l’intérêt de ceux qui vivent, travaillent et habitent dans ces quartiers.

Aujourd’hui une cinquantaine d’hôtes proposent des chambres d’hôtes, des balades urbaines, des ouvrages et des productions locales. Cette offre de nature coopérative connaît un succès grandissant, notamment avec l’année Marseille-Provence 2013 Capitale Européenne de la Culture.

Marseille-Provence 2013, la Fondation de France et les Collectivités Locales coproduisent cette aventure coopérative, sans oublier les nombreux soutiens d’artistes, de designers, de scientifiques, de professionnels du tourisme et d’habitants dont bénéficie la coopérative.

La coopérative est conseillée et reconnue par les opérateurs du tourisme et a en interne les compétences professionnelles nécessaires à son activité. Créée en 2011, elle poursuit son développement et des groupes de randonneurs, des agences de voyages solidaires, des comités d’entreprises la sollicitent pour des offres groupées.

Aujourd’hui, l’avenir de la coopérative est menacé par un problème d’interprétation réglementaire sur l’articulation entre sa forme juridique en coopérative et la nature de son activité.

Atout France, consultée par notre assureur La Macif, a répondu que pour garantir la sécurité des consommateurs, la coopérative devait passer par une agence de voyage ou bien s’immatriculer comme agence de voyage.

Atout France ne prend pas en compte les spécificités coopératives. Elle considère les sociétaires de la coopérative comme de simples sous-traitants et non des coproducteurs. Elle rend la coopérative dépendante des agences de voyages et refuse de reconnaître sa qualité de société de personnes en considérant que seul le gérant en tant que personne physique doit être qualifié (obligation de l’immatriculation agence de voyage).

La question qui vous est posée est de savoir si lorsque une coopérative vend les prestations de ses sociétaires, elle est à ce titre elle-même producteur, et donc, dans notre cas, non assujettie à cette obligation que voudrait nous imposer Atout France (article Art.L. 211-3 du Code du tourisme).

Atout France dépend de votre Ministère comme celui du Ministère des Finances que nous avions sollicité à ce sujet il y a un an et qui après nous avoir répondu favorablement, est revenu sur sa décision, faute de connaissance des spécificités coopératives (il nous a été conseillé de faire jurisprudence sur le sujet).

De l’arbitrage de votre Ministère dépend l’avenir de notre coopérative.

Nous vous invitons à visiter notre site internet hoteldunord.coop, à venir bénéficier de notre hospitalité et nous serions heureux de vous accueillir lors du forum européen que nous co organisons les 12 et 13 septembre 2013 où Marseille-Provence invite l’Europe autours de la Convention-cadre du Conseil de l’Europe sur la valeur du patrimoine culturel pour la société.

Pour la coopérative « Hôtel du Nord »

Prosper Wanner, gérant.

Gilbert Latour et Prosper Wanner : le patrimoine législatif du savon de Marseille

Savon réalisé par la Savonnerie du Midi en 2009 à l’occasion de l’adhésion au principes de la Convention de Faro de la Mairie de Marseille 15/16

En 2007, la Savonnerie du Midi, située dans le vallon des Carmes aux Aygalades, après avoir souffert d’un acte de vandalisme, est dans une situation critique. Gilbert Latour, PDG de Chimitex et actuel sociétaire de la coopérative Hôtel du Nord décide néanmoins de poursuivre l’activité de la savonnerie.

Il partage son intérêt pour le savon de Marseille en organisant de nombreuses manifestations : Il ouvre la savonnerie au public chaque année lors des journées européennes du patrimoine et via le projet de la route du savon de Marseille à Marseille ; il accueille les jeunes accompagnés par l’ADDAP13 dans le cadre des ateliers de révélation urbaine ainsi qu’une artiste en résidence ; il participe activement à la commission patrimoine Marseille 15/16 ;  il soutient un travail réalisé sur un musée du savon à la savonnerie par les étudiants de l’école d’architecture de Paris la Villette sous la conduite de Véronique Bigo.

Gilbert Latour fait alors le pari de redonner au savon de Marseille ses lettres de noblesse issues de l’édit de Colbert en 1688 et d’un décret de Napoléon Ier en 1812. Ce dernier donne une marque spécifique au savon de Marseille fabriqué à Marseille : le pentagone où est inscrit «huile d’olive, le nom du fabricant et celui de la ville de Marseille ». Le procédé de fabrication et l’origine ne sont pas pour autant protégés et l’utilisation des graisses animales, des parfums ou des colorants est malheureusement aujourd’hui monnaie courante. Gilbert Latour décide de remettre le pentagone à l’ordre du jour sur ses savons fabriqués à Marseille à base d’huile d’olive.

Il interpelle les élus locaux.  Valérie Boyer, députée des Bouches-du-Rhône, interroge en 2011 le Ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie pour « savoir si l’édit de Colbert du 5 octobre 1688 et le décret de Napoléon du 22 décembre 1812 font partie de notre droit positif.« . La réponse ministérielle confirme  que « le décret du 22 décembre 1812 que vous citez semble toujours en vigueur, bien que les amendes n’aient pas été actualisées. » mais que « à ce jour, le savon de Marseille n’est protégé par aucun des dispositifs protégeant une appellation d’origine ou d’indication géographique.« (Voir la question et la  réponse).

Alors que l’article 3 de l’édit de Colbert du 5 octobre 1688 définit les conditions de fabrication du savon en Provence sans aucune graisse animale, que le décret de Napoléon Ier du 22 décembre 1812 précise que la ville de Marseille possède une marque pour ses savons à l’huile d’olive constituée par un pentagone et que deux arrêts de la cour d’appel d’Aix-en-Provence – celui du 28 décembre 1927, confirmé par la Cour de cassation le 24 octobre 1928, et celui du 12 novembre 1928 – disposent que la dénomination savon de Marseille est connue du public, usitée dans le commerce et s’applique à un produit bien déterminé à base d’huiles végétales[1], certaines industries de savon et de détergent utilisent la dénomination « savon de Marseille » sur des savons à base de graisses animales avec des parfums et des colorants. Ainsi les fabricants du savon de Marseille traditionnel réalisé avec 72 % d’huiles végétales et sans aucune graisse animale, ni parfum, ni colorant, sont confrontés à une concurrence déloyale de la part des industries du savon et du détergent.

Cette situation constitue également une tromperie à l’égard des consommateurs. En effet, seule la recette traditionnelle du savon de Marseille lui confère ses vertus hypoallergéniques et écologiques (biodégradable en moins de vingt-huit jours – méthode OCDE) en raison de l’utilisation d’huiles végétales et de l’absence d’additifs, de parfums et de colorants.

Quatre savonneries  témoignent encore des quatre-vingt-dix fabriques, installées près des cours d’eau, soit plus de quatre cents chaudières, qui produiront cent quatre-vingt mille tonnes au début du XXe siècle. Des centaines d’ouvriers, les « fatiguons », ont alimenté d’immenses chaudrons où cuisaient les pâtes composées de soude et d’huiles.

En 2011, avec ces trois autres savonniers des Bouches-du-Rhône, il fonde l’Union des Professionnels du Savon de Marseille (UPS) pour défendre, promouvoir et faire connaître le véritable savon de Marseille(voir le site). Le savon de Marseille est  au coeur d’une proposition de Loi du 6 février 2013 visant à créer un dispositif d’enregistrement des indications géographiques pour les produits industriels dont les caractéristiques seront strictement définies par décrets pris après une enquête publique et consultation des organisations ou groupements professionnels directement intéressés.

igp-ressource-ppaleMarie-Arlette Carlotti, ministre déléguée aux handicapés et à la lutte contre l’exclusion, en visite à la Savonnerie du fer à cheval en février 2013, a annoncé à l’UPS qu’elle allait appuyer la demande d’ajouter le savon de Marseille à la liste des Indications Géographiques Protégées (IGP), proposition déjà faite par la députée des Bouches-du-Rhône Valérie Boyer en février 2013 (voir la proposition de Loi).

L’indication géographique protégée (IGP) est un signe officiel européen d’origine et de qualité qui permet de défendre les noms géographiques et offre une possibilité de déterminer l’origine d’un produit alimentaire quand il tire une partie de sa spécificité de cette origine.

Le 12 juin 2013, les députés ont voté en commission une extension des indications géographiques protégées aux produits manufacturés, et non plus seulement aux produits alimentaires, dans le cadre du projet de loi sur la consommation présenté par le ministre délégué à la Consommation, Benoît Hamon. Le projet de Loi confie à l’INPI (Institut national de la propriété intellectuelle) le soin de gérer les dossiers d’indications géographiques protégées.

A suivre… en découvrant notamment les balades de la route du savon de Marseille.

Gilbert Latour et Prosper Wanner, avril 2013, misa à jour juillet 2013

 


[1] Le savon doit être fabriqué avec un mélange d’huiles végétales contenant, après la fabrication, approximativement 62 % à 64 % d’acide gras et de résine, 8 % à 8,5 % d’alcalis combinés, 1,35 % d’alcali libre – soude –, du chlorure de sodium et de la glycérine, 28 % à 29 % d’eau.

Odile Richard : La gare de l’Estaque, un modèle d’inscription au titre des monuments historiques initié par une association de bénévoles.

La gare est composée d’un bâtiment voyageur construit en1851, sur la ligne PLM (Paris-Lyon-Méditerranée) ainsi que d’un ensemble d’annexes de style « Art Déco » avec  passage souterrain édifiés vers 1925.

Cette gare est également le point de départ de la ligne  dite de la Côte Bleue vers Port de Bouc et Miramas.

Face à la dégradation des édifices, à l’intérêt architectural de l’ensemble et au rôle passé et actuel de cette gare , l’association « Action Environnement Estaque » (AEE) depuis 2008 collecte de la documentation sur la gare. Ce travail de recherches auprès de divers organismes, archives, bibliothèques, revues, particuliers se poursuit encore.

Depuis 2009 la gare de l’Estaque est l’élément patrimonial central desbalades découvertes, axées sur les industries, l’habitat ouvrier et bourgeois, les peintres, la pêche, les viaducs, les tunnels, organisées par  l’AEE, dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine.

L’association a constitué un dossier préliminaire joint à sa  demande de protection  faite auprès de la DRAC (Direction Régionale des Affaires culturelles) qui l’a jugée opportune fin 2011. Cette demande a été relayée au sein de la Commission Patrimoine présidée par l’élue à la Culture de la mairie de secteur, Pascale Reynier qui avait organisé une visite in situ avec la Drac.
La chargée d’études documentaires DRAC/CRMH a rédigé et présenté le dossier de demande de protection  devant la CRPS réunie en commission plénière en  juillet 2012, La commission régionale du patrimoine et des sites (C.R.P.S.) qui rassemble des représentants de l’administration, des élus locaux, des professionnels et historiens de l’art a émis un avis favorable

L’arrêté d’inscription de la gare de l’Estaque au titre des Monuments Historiques a été signé fin 2012.

La procédure d’inscription ou de classement

La demande peut être faite par un particulier,une association, une collectivité locale, etc.

Cette demande doit être complétée par un dossier comportant un volet administratif (cadastre, propriétaire..), un volet historique  et descriptif (photos plans,archives…) pour une évaluation de l’immeuble. Elle est soumise à une commission (CRPS) qui se prononce sur l’opportunité de poursuivre la procédure.

Ensuite ce sont les services de la DRAC qui se chargent de la constitution du dossier et sollicitent l’avis de l’architecte en chef des monuments historiques, de l’architecte des bâtiments de France, du conservateur régional des monuments historiques. Le dossier est soumis à l’avis  de la CRPS , cet avis est soumis au préfet de région qui prend , le cas échéant l’arrêté d’inscription ou transmet le dossier au ministère de la Culture pour un classement.

La protection au titre des monuments historiques, classement ou inscription, constitue une servitude qui suit l’immeuble et génère un périmètre de visibilité de 500m à l’intérieur duquel tout projet de  construction ou de modification de l’environnement ou du bâti doit faire l’objet d’un avis de l’architecte des bâtiments de France.

Dans certains cas une aide financière peut être obtenue de l’Etat et une défiscalisation est possible pour le propriétaire.

L’association «Action  Environnement Estaque »  présentera, in situ, la gare de l’Estaque dans le cadre du Forum Européen du Patrimoine  qui se tiendra les 12 et 13 Septembre 2013 aux Archives départementales Gaston Deferre à Marseille.

Rédaction : Odile RICHARD – Association « Action Environnement Estaque »

  • Journées du Patrimoine 2012 : L’Estaque, un site industriel d’exception


L’Estaque, un site industriel d’exception… di journeesdupatrimoine

  • LCM 2011 : Il faut sauver la gare de l’Estaque !


Il faut sauver la gare de l’Estaque ! (Marseille) di LCM

Marseille – Venise, 5 années d’échanges et de marches!

A l’occasion de la rencontre du 2 mars 2013 à Venise suite à la signature de la Convention de Faro par l’État italien (voir  la présentation de la rencontre et voir les textes déjà en ligne), l’association Faro Venezia, co organisatrice de l’événement a réalisée une vidéo « Che cosa una passeggiata patrimoniale »  à partir de ses images d’archives.

C’est l’occasion de revenir sur 5 années d’échanges continus entre les vénitiens et les marseillais. Echanges qui se poursuivront les 12 et 13 septembre 2013 à l’occasion de la rencontre européenne de Faro à Marseille co organisée par le collectif des élus engagés sur Faro, les communautés patrimoniales, Hôtel du Nord, Marseille-Provence 2013, le Conseil de l’Europe et l’Union Européenne.

Alberto Dalessandro : conclusions de la rencontre de Venise sur la Convention de Faro.

Nous poursuivons la mise en ligne des textes des intervenants à la rencontre du 2 mars 2013 à Venise suite à la signature de la Convention de Faro par l’État italien.

Voici le texte en anglais de Alberto Dalessandro, directeur du bureau du Conseil de l’Europe à Venise, de conclusion de la Conférence « the framework Convention of the Council of Europe on the value of cultural heritage for society (Faro, 27 October 2005) », Venice, March 1-3, 2013

The conference on the framework Convention of the Council of Europe on the value of cultural heritage for society has been a crucial moment to disseminate the principles of the Faro Convention and to profoundly brainstorm about  its potential and its concrete application.

The main aims of the meeting were to identify concrete actions and measures in order to ensure an effective implementation of the specific objectives pursued by the Convention:

  1. Promoting the idea of Cultural Heritage not as a goal but as auseful resource for society.
  2. Recognizing access and participation to cultural life as a basic human right, as defined in the Universal Declaration of Human Rights.
  3. Broadening the involvement of the civil society throughout the ongoing process of defining and managing cultural heritage.
  4. Recognizing the potential for the sustainable development of the territories, emphasizing the connection between local communities, their cultural heritage and the environment.

The participants recognized at first the need to ensure the dissemination of the principles and values of the Faro Convention at the institutional and political level throughout Europe, in order to ensure the knowledge of the Convention and favour a better cooperation between different stakeholders in the field of cultural heritage.

The need for a deeper understanding of the topics established by the Convention was also stated in order to better define methodologies of its application. This point requires improving national statistical information and creating new measurement tools in order to assure concrete evidence of the contribution of the cultural heritage to human, social and economic development.

Moreover the Venetian event was the occasion for sharing experiences and best practices among some of the most important institutional actors and members of the civil society of both national and European level. The debate provided some key issues and concrete proposals that could be the starting point for the development of a virtuous process, the so-called “Venetian Process”.

Following the events promoted by the Council of Europe office in Venice, the “Venetian Process”,  should be an important laboratory to define innovative participative and democratic approaches applied to the cultural field (expanding to other policy fields as tourism or labor) and develop common practices and strategies both of national and European interest.

The first step to be encouraged is the creation of a Venetian focus group defining procedures and tools in close dialogue with the city of Marseilles, which offered a practical example of efforts to apply a “Faro approach”. The cooperation between the two cities should be intensified taking into consideration the “European Heritage Forum”, planned in September 2013.

The experience brought by the association “Faro Venezia” raised the awareness about the importance of a widespread engagement of the civil society in the practical actions required. Promoting the diffusion of tools such as the “heritage promenade”, introduced by the “Faro Venezia” association, would be an important means to spread the values of the Convention. In close connection with this, awidespread network of local clubs and organizations should be promoted in order to foster the exchange of good practices and ideas between public authorities and civil society. The use of digital technology and social networks should be also encouraged and  developed.

A debate is open on the creation of a Venetian Heritage Commission, based on the example offered by the city of Marseille. This would be an instrument of public participation in cultural heritage management, between “heritage communities”, public authorities and civil society associations. Within the “heritage commission” might be arranged specials committees concerning key themes identified by the local community.

The education and training issues are equally relevant for the development of the “Venetian process”, with the aim of a sound implementation of the provisions of the Convention. Considering a previous experience realized in San Servolo Island by the Council of Europe, the creation of a European centre for the Arts, crafts and ancient traditions will be encouraged, in connection with similar European initiatives. A public proposal has been presented by the Marco Polo System GEIE for the Forte Marghera area. The specific objective would be the creation of a European network of Arts and craft training centres.

Recognizing the importance of the preservation and knowledge of the traditional craftsmanship and traditions, new concrete actions were explored. The main proposal concerns the creation of inventories to document all the practices, representations, expressions, knowledge and skills embedded in the venetian region. This initiative, which should be hold directly by local  communities, would prevent the threat of disappearance of such richness. Furthermore, a second list was proposed in order to address the recognition of the need to preserve and promote the “local cultural heritage” as it is conceived and identify by each local “heritage community” and which give high value to this specific heritage (which could be different from the heritage identify by the Minister of Culture or cultural institutions). Both of these inventories provided a relevant instrument of cultural democracy.

Recognizing the value and the potential of cultural heritage for human development, cultural diversity and the promotion of intercultural dialogue, the participants furthermore encouraged the creation and the enhancement of a European network of cities to promote the principles of the Faro Convention.

This could end to the realization of as symbolic declaration, the “Venetian Chart” drawing the main guidelines and actions to be taken by municipalities and local communities in order to preserve and put in value their heritage as it is seen from the local community point of view. The Chart  may be a kind of “Declaration of intent” creating a network of cities supporting the spread of the principles of the Faro Convention and calling the community to actions for the preservation of their proper cultural heritage to future generations, defining innovative procedures and methodologies.

Samia Ghali : Marseille et la Convention de Faro.

Nous poursuivons la mise en ligne des textes des intervenants à la rencontre du 2 mars 2013 à Venise suite à la signature de la Convention de Faro par l’État italien (voir  la présentation de la rencontre et voir les textes déjà en ligne).

Voici le texte du discours de Samia Ghali, Sénateur Maire de Marseille , Vice Présidente de Marseille Provence Métropole.

Mesdames, Messieurs,

Je suis une élue locale, Maire du 8ème Secteur de Marseille, ce qui représente environ 100 000 habitants et que l’on appelle, communément les  « Quartier Nord ».
Je suis également une élue nationale, puisque j’ai l’honneur de siéger au SÉNAT depuis 2008.
La relation avec l’Europe me paraît indispensable dans l’exercice de ces deux mandats.
Il faut absolument qu’à chaque fois que l’Europe produit une idée positive pour la population nous la mettions en oeuvre sur le terrain. Pourquoi ?
Parce que sinon l’Europe restera impopulaire, perçue comme une institution au mieux, inutile, au pire néfaste.
La convention de Faro est une convention qui, dans son essence même, crée, permet l’exercice de la citoyenneté.
En effet, permettre à chacun de désigner son Patrimoine, de le valoriser, c’est lui permettre d’agir sur son environnement, d’être acteur de sa ville, et d’une certaine façon, de sa vie. Pourquoi ?
Parce que le Patrimoine, c’est l’histoire d’une bâtisse, puis d’un quartier, puis d’une histoire humaine.
Dans les 15èmes et 16èmes arrondissements de Marseille, notre héritage est celui de l’industrie, du Port.
C’est, en corollaire celui de l’immigration italienne, espagnole, d’Afrique du Nord, puis du monde entier.
De nombreux historiens, sociologues, et autres chercheurs, ont étudié le monde ouvrier, le fonctionnement du port, les problématiques liés à l’immigration, l’intégration, etc.

Mais la parole des acteurs mêmes de cette histoire où est-elle ?
Dans quel espace l’habitant peut-il raconter ce qu’est son quartier, les relations humaines, les luttes, les lieux importants pour la communauté à laquelle il appartient.
Et j’emploie ici le terme « Communauté » au sens de Communauté Patrimoniale telle que la définit la Convention de Faro.
A savoir un groupe de personnes qui peut décider, par exemple, qu’une école élémentaire fait partie du Patrimoine commun.
C’est celà le Patrimoine intégré.
Pour moi qui suis native de ces quartiers, je sais que c’est un enjeu fondamental car il permet de restaurer la dignité, notre dignité. Rien de moins.
Dire que notre histoire a de la valeur, que notre territoire recèle de merveilles naturelles (littoral, cascade, colline), et architecturales et que les mieux placés pour les préserver, les présenter, ce sont les habitants eux-mêmes.
Voilà pourquoi j’ai demandé la création d’une Commission Patrimoine dès Septembre 2008 et ratifié la Convention de Faro en Janvier 2009.
L’action de cette Commission Patrimoine vous sera présentée par Pascale REYNIER, mon élue déléguée à la Culture qui la préside.

Je suis fière et heureuse que cette dynamique ait inspiré trois autres Mairies (deux à Marseille et Vitrolles).
Je suis également honorée d’être parmi vous et de jouer, en quelque sorte, le rôle bienveillant de Marraine de cette convention.
2013 est l’année où Marseille est Capitale Européenne de la Culture.
En Septembre nous y accueillerons le Forum Européen du Patrimoine.
Celà sera pour nous l’occasion de découvrir notre territoire  au travers des balades patrimoniales organisées par notre Commission.
D’ores et déjà je vous y invite, et vous pourrez résider dans l’une des 50 chambres gérées par « Hôtel du Nord », coopérative née de la Commission Patrimoine.
Vous constaterez alors qu’il y a des fois, où le miracle politique s’accomplit, et qu’une convention européenne, peut tout-à-coup, changer le regard des uns sur les autres, sur soi-même ; Etre fier de son Passé pour construire l’avenir où chacun trouve sa place.

Je vous remercie.

Samia Ghali, Venise, mars 2013.

Kouider Metair : Oran, naissance d’une conscience patrimoniale

La mise en ligne des textes des intervenants à la rencontre du 2 mars 2013 à Venise (voir  la présentation de la rencontre et voir les textes déjà en ligne) se poursuit.

Voici le texte du discours de Kouider Metair, président de l’association Bel Horizon à Oran.

Pourquoi et comment faire participer les habitants et les communautés patrimoniales au patrimoine culturel et avec quels résultats ? L’expérience de l’Association Bel Horizon à Oran, Algérie.

La conscience patrimoniale est toute récente en Algérie. La loi de protection du patrimoine, loi 98/04, a été promulguée en 1998 et les décrets d’application en 2003. Entretemps, notre pays a perdu des pans entiers de son patrimoine. Avant cela, les défenseurs du patrimoine se recrutaient au sein de journalistes, architectes et certaines élites uniquement.  Mais en l’absence de cadre juridique adéquat, leur action demeurait limitée. L’exemple le plus édifiant a été la construction, dans les années 80, d’un bâtiment de 17 étages en plein cœur d’un site patrimonial classé, situé au centre-ville, avec l’assentiment  du Ministère de la Culture, en charge de la protection du patrimoine ! Au jour d’aujourd’hui, soit 30 ans après, cette carcasse en béton, inachevée, trône toujours au sein de ce site qui s’est totalement dégradé ! La restructuration urbaine, à coups de bulldozers, a démoli, en un temps record, ce que les Anciens ont mis des siècles à bâtir. Le Vieil Oran, cité historique, est en friche et ressemble à un quartier qui aurait subi un bombardement.

Avec l’amorce de l’ouverture démocratique des années 90, des associations ou ONG de protection du patrimoine ont vu le jour. Elles ont puissamment contribué à la diffusion de la culture patrimoniale et à la sensibilisation du citoyen et des pouvoirs publics, en s’appuyant sur des dispositions de la loi 98/04, qui ouvrent de bonnes perspectives d’intervention à la société civile :

 Article 91 Toute association légalement constituée qui se propose par ses statuts d’agir pour la protection des biens culturels peut se porter partie civile, en ce qui concerne les infractions à la présente loi.

Par ailleurs, Article 17 : (…) les monuments  sont soumis au classement par arrêté du ministre chargé de la culture après avis de la commission nationale des biens culturels, sur sa propre initiative ou de toute autre personne y ayant intérêt.

Cependant et  malgré cette avancée, notre pays souffre d’une problématique particulière, à savoir que l’héritage patrimonial n’est pas partagé pour des raisons idéologiques. En effet :

Notre pays dispose d’une stratification patrimoniale exceptionnelle : une période préhistorique de plus de 100 000 ans, présence phénicienne, romaine, byzantine, arabo-musulmane, ottomane, espagnole, française, mais cette richesse n’est pas perçue comme telle, vu qu’elle a été le produit d’une Histoire, certes riche, mais tumultueuse et complexe. Une Histoire ponctuée, durant des siècles, par des guerres, des conquêtes et des colonisations extrêmement violentes. Par conséquent notre perception du patrimoine en Algérie n’est pas commune : les monuments qui rappellent la période française sont-ils considérés, par tous, comme patrimoine national ?

Nous prenons cet exemple puisqu’il s’agit d’une Histoire récente et pourvue d’un très grand nombre de monuments et autres bâtiments remarquables.

La loi 98/04 est venue proposer une conception partagée du patrimoine dans son ensemble, puisque l’article 2 précise :

Aux termes de la présente loi, sont considérés  comme patrimoine culturel de la nation tous les biens culturelsimmobiliers, immobiliers par destination et mobiliers existants sur et dans le sol des immeubles du domaine national, appartenant à des personnes physiques ou morales de droit privé, ainsi que dans le sous-sol des eaux intérieures et territoriales nationales légués par les différentes civilisations qui se sont succédé de la préhistoire à nos jours.

Cette perception commune, préconisée par la loi, nous permet d’envisager une appropriation du patrimoine dans son ensemble, qu’il soit l’héritage d’une colonisation ou autre !

Nous nous sommes proposé de donner de la visibilité à ce patrimoine oranais, dont la caractéristique est d’être un patrimoine stratifié, diversifié mais malheureusement, encore une fois,  pas encore totalement partagé :

  • Préhistoire :
  • antiquité :
  • arabo musulman :
  • espagnol:
  • ottoman:
  • français:

C’est à partir de ce constat et de ce cadre légal, que nous avons entrepris, au cours de ces 10 dernières années, un travail de sensibilisation en direction des jeunes, en particulier et de la population en général :

  • Par la formation de jeunes guides du patrimoine et de la ville (3 promotions de 20 jeunes à chaque fois),
  • Par un travail d’inventaire des sites et monuments historiques, suivi de la publication d’un guide des sites et monuments historiques,
  • Par l’organisation de workshops sur la subjectivité du patrimoine et le tracé de circuits patrimoniaux,
  • et enfin La création de plusieurs circuits thématiques, adaptés à des publics cibles et aux différentes communautés :, repères féminins de l’Oran patrimonial, circuits arbres remarquables ,sites et monuments historiques,  repères camusiens et roblésiens, architecture du XX ème art déco et néo mauresque etc.

Mais la marque de fabrique de notre association reste la randonnée pédestre sur les circuits patrimoniaux. Organisées une fois par mois, avec une moyenne d’une centaine de participants, la randonnée patrimoniale prend une allure spectaculaire le 1ermai de chaque année, avec des milliers de participants et dans une grande mixité sociale.  Cette activité de masse est  voulue spectaculaire pour justement  frapper l’imagination et susciter l’émerveillement d’être ensemble, de découvrir ensemble ce que peut ramener le patrimoine en termes d’amélioration du cadre de vie et de désir de «vivre ensemble» !

L’ensemble de ces actions ont contribué à faire participer les communautés à s’approprier graduellement leur patrimoine dans sa totalité. Les pouvoirs publics annoncent des  perspectives réelles de prise en charge du Vieil Oran. Nous nous proposons d’accompagner ces actions, par la mobilisation des communautés, de faire en sorte que le patrimoine serve aussi et surtout les besoins culturels de ces populations et d’éviter la tendance à vouloir muséifier ces espaces patrimoniaux.

En conclusion, nous pouvons affirmer que la prise de conscience patrimoniale s’est affirmée à tous les niveaux. Les associations patrimoniales existent un peu partout dans le pays et sont organisées sous forme de réseaux, dont l’un est animé par notre association, depuis une dizaine d’années et que nous avions dénommé « Héritages pluriels ».  Par ailleurs, nous adhérons pleinement aux objectifs de la Convention du Faro, en espérant qu’un jour on puisse organiser une réunion pareille à Oran. Tout un programme !

Kouider Metair, Venise, mars 2013

Daniel Thérond : La Convention de Faro, le patrimoine et la gestion du changement

Suite à la signature de la Convention de Faro par l’Etat italien, Hôtel du Nord continue la mise en ligne des textes des intervenants à la rencontre du 2 mars 2013 à Venise (voir  la présentation de la rencontre et voir les textes déjà en ligne).

Voici le texte de la communication de Daniel THEROND, Secrétaire du Comité de rédaction de la Convention de Faro et ancien Chef du service de la culture, du patrimoine et de la diversité au Conseil de l’Europe.

Offrant une vision actualisée du patrimoine la Convention à laquelle vient d’adhérer l’Italie complète les grands textes antérieurs du Conseil de l’Europe et de l’UNESCO sur les biens culturels. Ce texte resitue le patrimoine comme une réponse aux attentes et aux besoins de bien-être du citoyen dans des démocraties avancées. Il met en évidence le parti que l’on peut tirer du patrimoine pour améliorer la qualité du milieu de vie des habitants tout en favorisant un renforcement du lien social.

En tant que Convention cadre, Faro constitue un chantier de réflexion et d’expérience qu’il reviendra à chaque pays de développer selon ses spécificités. Cependant un éclairage très particulier du texte tient à l’approche « bottom up » suggérée avec le concept de « communauté patrimoniale »,  porteur d’initiatives et d’engagement du public. La nouvelle construction du patrimoine promue par Faro repose pour ainsi dire sur quatre piliers :

  •  La perception du patrimoine non comme une fin en soi mais comme une ressource utile à la société ;
  • L’accès au patrimoine et son usage comme une pratique des droits de l’homme vécue par les citoyens ;
  • La responsabilité partagée de tous envers ce patrimoine et la diversification de ses acteurs ;
  • L’orientation de l’économie du patrimoine vers un développement durable des territoires.

Le patrimoine en tant que ressource

Faro adopte une définition qui dépasse le cloisonnement traditionnel du matériel et de l’immatériel, des immeubles et des objets. Il s’agit d’une « ressource » expression des « valeurs, croyances, savoirs et traditions en continuelle évolution ». Loin d’être seulement rétrospectif le fil conducteur du patrimoine se poursuit dans le temps. Pour la première fois également une convention définit le « patrimoine commun  de l’Europe », comme le produit des strates successives ayant caractérisé les territoires. C’est l’ensemble de ces strates dans tous leurs aspects, quelle qu’en soit l’origine et les vicissitudes,  qui forment aujourd’hui le patrimoine d’un lieu déterminé.  Peut-être est-ce justement la diversité d’une telle ressource et de toutes ses facettes qui a pu engendrer dans le temps la créativité des territoires jusque dans le présent.

Faro englobe aussi dans le patrimoine commun de l’Europe les idéaux principes et valeurs ayant débouché sur les droits de l’homme, la démocratie et l’état de droit. Cette référence politique inédite par rapport à la définition traditionnelle des biens culturels a fait l’objet de controverses lors de l’élaboration du texte. La pertinence du texte se comprend cependant mieux quand on pense à une actualité mondiale comportant de la  violence et des résurgences d’obscurantisme.

L’usage des ressources patrimoniales et l’exercice des droits de l’homme

En prolongement des droits fondamentaux, le fait que toute personne puisse se reconnaître dans un ou plusieurs patrimoines relève du droit de participer à la vie culturelle reconnu par la Déclaration universelle des droits de l’homme et du droit de plus en plus reconnu par le jurisprudence de bénéficier d’un meilleur environnement.  Toute personne (article 4) se doit « de respecter aussi bien le patrimoine culturel des autres que son propre patrimoine et en conséquence le patrimoine commun de l’Europe ».  L’article sur le  « patrimoine culturel et le dialogue », innove dans un instrument de ce type en se référant à des méthodes d’interprétation interculturelle des biens et  à a mise en place d’un processus de conciliation lorsque des valeurs contradictoires sont attribuées au même patrimoine par diverses communautés. Ainsi le patrimoine devient un outil pédagogique pouvant contribuer à une culture du vivre ensemble : loin d’alimenter les exacerbations identitaires il peut favoriser la prise de conscience par les personnes de la pluri appartenance culturelle de beaucoup de territoires et de leurs habitants.

La responsabilité partagée et la diversification des acteurs

Le concept de « communauté patrimoniale », à ne pas enfermer dans des limites ethniques ou linguistiques, concrétise sur le terrain l’exercice du droit au patrimoine. Il traduit l’implication des personnes partageant de mêmes intérêts dans les démarches d’identification, de conservation, de valorisation et de diffusion du patrimoine. Les initiatives nées spontanément à Venise et à Marseille,   illustrent le rôle montant de communautés patrimoniales  qui entendent s’investir dans la mise en valeur du potentiel des ressources du territoire. Des exemples se multiplient dans d’autres pays s’agissant notamment des friches industrielles et de grands équipements des 19 et 20ème siècles appelant des reconversions.

Faro est le premier texte international (cf. Titre III) décrivant l’indispensable action conjuguée d’un éventail d’acteurs (autorités publiques, investisseurs, propriétaires de biens, entreprises privées, milieux professionnels  et mouvement associatif). La part croissante de l’apport des investisseurs privés et du monde associatif ne rend évidemment pas obsolète le rôle des pouvoirs publics garants de l’intérêt général et de la fixation des règles du jeu. Les collaborations publique/privée et les équilibres à trouver entre l’implication des experts et la participation du public, le rôle des responsables publics et l’engagement de la société civile constituent les enjeux d’une nouvelle configuration des politiques et des pratiques patrimoniales. La diversification des rôles et des modes d’intervention est évidemment reliée  à l’économie du patrimoine.

Approfondir le débat  sur une économie diversifiée du patrimoine 

Longtemps considéré comme une charge improductive le patrimoine est perçu depuis des décennies comme une source de bénéfices provenant du tourisme et d’un ensemble d’industries culturelles. Les études sur les effets directs et indirects de l’investissement dans le patrimoine et ses effets multiplicateurs sont nombreuses. Cependant on gagnerait à affiner la réflexion car ne peut avoir une vision unique et appliquer de  mêmes recettes à des situations différentes et complexes comme : la gestion de centres urbains et de l’habitat, la gestion de monuments majeurs très fréquentés ou au contraire insuffisamment fréquentés, des activités très diversifiées entrant au sens de Faro dans la famille large du patrimoine telles par exemple que les métiers d’art, les arts de la table, la gastronomie, la mode,  ou encore les arts et traditions populaires ou le carnaval.

En raison de leur nature et significations certains types de patrimoine suppose des contraintes de protection, de respect d’authenticité  et une part importante de financements publics alors que d’autres éléments peuvent vivre avec des contraintes de protection moindres ou même sans protection légale et à partir de financements largement privés et de soutiens bénévoles. Il y a partout un rôle pour les communautés patrimoniales, étant entendu que dans certains cas ce rôle est d’autant plus déterminant qu’il y a une absence de soutien des budgets publics faute de moyens. Les solutions et les partenariats  sont en fait à bâtir au cas par cas. Le suivi de Faro implique un échange international précieux d’expériences (« benchmarking ») qui peut aider à identifier et mieux comprendre la stratégie des financements croisés et des montages instructifs transposables de partenariat .

L’usage durable du potentiel patrimonial des territoires

D’aucuns pourraient mettre l’accent principal sur les perspectives de la croissance d’un tourisme culturel se chiffrant en centaine de millions de nouveaux visiteurs potentiels provenant de pays émergents, tant les patrimoines et les paysages de l’Europe gardent de l’attractivité. Il n’y a pas lieu ici d’épiloguer sur un choix de développement qui ferait de certaines parties de l’Europe un vaste parc d’attraction après délocalisation de presque toutes les autres activités de production…

C’est une vision autrement ambitieuse que sous-tend la Convention en insérant le patrimoine dans des perspectives aussi étendues que possible de l’aménagement du territoire et du développement endogène. A l’évidence il faut ici rapprocher Faro et la Convention européenne du paysage (Florence 2000) qui toutes deux  s’inscrivent dans une perspective de régénération territoriale impliquant non seulement les activités touristiques et leur effets directs, indirects et induits mais une véritable  diversification des activités économiques puisant dans « l’intelligence territoriale », les savoirs et savoir faire des régions et les villes  et appelle l’expérience de tout autre modèle alternatif de développement durable et d’économie solidaire favorisant l’emploi.

C’est l’intérêt des articles 8 à 10 de la Convention de souligner des principes d’usage durable des ressources tels que l’importance de l’entretien, le respect des valeurs patrimoniales dans le cas d’adaptation et de reconversion de biens, l’insertion des besoins spécifiques de la conservation dans les réglementations techniques de portée générale, la promotion de l’utilisation des matériaux et techniques anciennes et l’exploration de leur apport dans la production contemporaine, enfin le maintien d’un haut niveau de qualification par les procédures de qualification et d’accréditations des personnes ou des entreprises.

L’article 13 souligne le rôle majeur de la formation et de la transmission du savoir faire qui sont une condition « sine qua non » de l’avenir patrimonial. La coopération européenne en ce domaine reste un besoin à satisfaire en ligne d’ailleurs avec les  travaux initiés à Venise dès les années 70 par le Conseil de l’Europe avec son centre expérimental de formation d’artisans et les réseaux initiés à ce moment.  La promotion de l’image des métiers et de leur utilité économique et sociale reste, dans tous les cas de figure, un impératif du développement local.

Mettant à travers plusieurs articles l’accent sur le renforcement de l’accès au patrimoine comme un objectif central, Faro aborde également les enjeux de l’utilisation des techniques numériques (article 14) aussi bien sous l’angle de la qualité des contenus,  de la diversité linguistique, de la prévention du trafic illicite des biens culturels que du libre accès à l’information. Ces matières appellent un travail sur l’éthique et la déontologie qui aurait sa place dans un suivi effectif de la Convention.

Un tel suivi reste à mettre en place pour favoriser la réalisation sur le terrain de la dynamique créée par le texte innovant du Conseil de l’Europe. Il appartient juridiquement aux Etats signataires d’en préciser les formes sous les auspices du Conseil de l’Europe.  Cependant il n’est pas douteux que les régions et les villes tout comme la société civile auront un rôle pratique à jouer, quand on garde en mémoire par exemple les expériences spontanément engagées à Marseille et à Venise autour du « message de Faro ».  Des chantiers thématiques pourraient être ainsi lancés et poursuivis à travers des réseaux de partenaires européens voulant s’y investir. Sans aucune exhaustivité viennent notamment à l’esprit : l’étude comparée d’activités de développement local fondées sur l’usage durable  de ressources patrimoniales ; l’expérience vécue de nouveaux publics ( Cf « Hôtel du nord ») ; la vitalité des métiers d’art et du patrimoine dans la compétitivité des territoires ; la qualité de contenu des produits numériques utilisant le support du patrimoine ; l’évolution des profils professionnels et la relation expert/public. Mais bien d’autres entrées seraient à prendre en compte au fil de l’évolution même de l’idée du patrimoine ressortant de Faro.

Pour conclure, Venise avait accueilli en 1964 la rédaction du texte fondamental qu’est la Charte ICOMOS sur la conservation architecturale. Avec la signature de la Convention de Faro et le présent colloque, l’Italie contribue activement à un renouveau du débat sur le rôle du patrimoine dans une société en changement qui cherche des repères et des raisons d’espérer. Si la notion de patrimoine n’existait pas de longue date il faudrait aujourd’hui l’inventer, tant elle est importante pour la compréhension et l’acceptation de la diversité de nos sociétés, pour l’engagement de projets créatifs et des réseaux sociaux qu’ils engendrent, et enfin pour mettre en pratique des initiatives concrètes de développement « soutenable » au bénéfice du plus grand nombre dans une Europe plus optimiste et plus humaine.

Daniel Therond, Venise, mars 2013.