Venise à Marseille pour Faro – communiqué presse Faro Venezia

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Suite au Forum de Marseille, l’association vénitienne Faro Venezia a publié ce communiqué de presse traduit de l’italien (voir la version italienne ici)

Quelques associations culturelles vénitiennes ont été invitées auForum de Marseille « sur la valeur sociale du patrimoine et la valeur du patrimoine pour la société », les 12 et 13 septembre 2013 auquel ont participé des représentants de vingt-deux pays, sous l’égide du Conseil de l’Europe et de la Commission Européenne.

Les deux journées se sont déroulées en réunions plénières et lors de balades patrimoniales, itinéraires pour citoyens et visiteurs qui traversent des biens communs avec les acteurs et témoins de cet héritage culturel. Les interventions ont porté sur la présentation de l’expérience marseillaise par celles et ceux qui la mettent en œuvre : administrateurs locaux, associations culturelles, scientifiques, entreprises privées et coopératives.

Le Forum a mis en évidence l’expérience marseillaise, première en Europe à appliquer les principes de la Convention-cadre sur le Patrimoine Culturel, signée à Faro, au Portugal en octobre 2005. Le Conseil de l’Europe via la Convention de Faro promeut une démocratie participative renforcée, un dialogue inter culturel à tous les niveaux et une amélioration des conditions de vie des citoyens, à travers la consolidation de leur sentiment d’appartenance à leur propre territoire.

L’enjeu à Marseille a été la convention elle-même : seulement et seulement si les acteurs locaux sont capables de l’appliquer concrètement, elle pourra devenir un instrument efficace de participation des citoyens à la valorisation de leur territoire.

L’association Faro Venezia, invitée à Marseille pour sa longue expérience d’application des principes de la Convention,  a à son tour invité les coordinateurs de quelques communautés patrimoniales déjà actives sur le Lido, sur l’Arsenal et sur le pourtour lagunaire : le Forum Avenir Arsenal, le Comité pour l’Ecomusée de la Lagune et le processus participatif  « le Lido au premier plan ».

Aujourd’hui la réflexion commune sur l’avenir de chacun de ces patrimoines est bien avancée, de manière autonome et souvent en avance sur l’application des principes de la Convention. Force est de constater la capacité renouvelée des associations à participer aux stratégies de développement des ressources culturelles avec les citoyens, les experts et les administrations publiques locales. À Marseille a émergé la possibilité d’une coordination entre ces réalités vénitiennes et d’autres qui pourrait permettre de nouvelles synergies dans les méthodes de travail et le partage des objectifs.

Le premier pas dans ce sens sera l’événement organisé par le Comité pour l’Ecomusée, samedi 28 et dimanche 29 septembre: un cabotage culturel qui partie de Cavallino pour arriver à l’Arsenal et au Lido, avec des événements culturels et balades patrimoniales réunissant les intérêts et les passions des nombreux sujets impliqués, tous primus inter pares.

La délégation vénitienne invitée à Marseille était la plus nombreuse car depuis des années existe un processus parallèle entre les deux communautés patrimoniales, inspiré par Prosper Wanner qui est engagé sur les deux les fronts. Au terme du Forum qui a conclut une évaluation positive de l’expérience marseillaise, le Conseil de l’Europe et la Communauté Européenne se sont engagés à poursuivre la réflexion en mettant en lumière d’autres lieux d’expérimentation et à renforcer la reconnaissance des principes de la convention en les insérant comme valeur ajoutée dans les programmes communautaires.

Seulement de cette manière, comme cela a été le cas avec la Convention sur le Paysage, il sera possible d’apporter des réponses concrètes par le financement de projets construits de manière participative.

Francesco Calzolaio, Faro Venezia e coordinatore Comitato per l’Ecomuseo della laguna di Venezia; Vincenzo De Nitto, coordinatore Processo Partecipativo « il Lido in primo piano »;  Roberto Pugliese,  coordinatore Forum Futuro Arsenale.

Le Forum de Marseille en marche

Forum de Marseille – ABD – Photo Tabasco Vidéo ©
Forum de Marseille – ABD – Photo Tabasco Vidéo ©

A l’occasion du Forum de Marseille sur la valeur sociale du patrimoine pour la société les 12 et 13 septembre, le Conseil de l’Europe a énoncé les priorités actualisées de la Convention de Faro : le renforcement de la démocratie participative et du dialogue inter culturel et l’amélioration de la qualité et du cadre de vie de tous les citoyens.

L’innovation de ce Forum a été d’initier une co construction des conditions de mise en œuvre de ces nouvelles priorités entre les instances européennes et la société civile au sens large : associations, habitants, entrepreneurs, artistes, etc.

PANEL 2.jpgPour cette première Balade de Faro, un large panel d’une centaine de personnes a réunis à cette occasion ministres, ambassadeurs, ministères, parlementaires, élus locaux, fonctionnaires, institutions européennes, associations, artistes, universitaires, habitants, entrepreneurs d’une vingtaine de pays : Arménie, Belgique, Slovaquie, Slovénie, Italie, Chypre, Grèce, Danemark, Espagne, Canada, Turquie, France, Algérie, Autriche, Georgie, Bosnie Herzégovine, Portugal, Palestine, Croatie, Lettonie et Norvège.

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Balade de Faro – Savonnerie du Fer à Cheval – photo Dominique Poulain ©

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Balade de Faro – association culturelle de réparation navale – Photo Tabasco Vidéo ©

200 personnes ont participé au Forum de Marseille. 163 personnes ont assisté aux plénières les 12 et 13 septembre et une centaine de « marcheurs » sont allés sur le terrain, en « balade atelier » dans chacune des mairies qui appliquent déjà ces principes européens pour rencontrer et échanger avec celles et ceux qui les mettent en oeuvre et en tirer des enseignements européens.

Les 4 maires – Samia Ghali, Lisette Narducci, Garo Hovsepian et Loic Gachon – engagés avec leur mairie dans l’application des principes européens ont témoigné des raisons et résultats de cet engagement novateur

A cette occasion, Le Conseil de l’Europe et la Commission Européenne ont édité une brochure sur l’expérience marseillaise qui revient sur 14 démarches locales innovantes ainsi que 4 fiches reprenant chacune des 4 balades atelier.

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Balade de Faro – La Viste – Photo Tabasco Vidéo ©

Le bilan de ce Forum fera notamment l’objet d’une brochure et d’un support vidéo qui viendront mettre en évidence les enseignements du Forum. Plusieurs sociétaires d’Hôtel du Nord, présents sur ces balades ateliers, publierons d’ici peu leur point de vu photo, écrit, sonore et vidéo.

Une des propositions bien engagée est celle de constituer un réseau regroupant les réalités locales :  Marseille, Vitrolles, Oran, Seine Saint-Denis, Venise, Hébron, Beau soleil, …

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La coopération s’accélère avec la Seine Saint-Denis, largement présente au Forum de Marseille.

Du 14 au 20 septembre 2013, la Région île de France, organise pour la deuxième année consécutive la semaine des patrimoines et invite les Franciliens à découvrir leur patrimoine.

A cette occasion, des balades, débats, colloques et événements sont proposées. Le 18 septembre, le Réseau Mémoires-Histoires en ïle de France propose une rencontre-débat :balades urbaines de Marseille à l’Ile de France, nouvelles expériences et enjeux.L’expérience de la coopérative Hôtel du Nord et du Forum de Marseille seront présentés parJulie De Muer.

Les liens entre Marseille et la Seine Saint Denis continuent à se renforcer depuis 3 ans. 6 de ses représentants étaient présents au Forum de Marseille :

  • Daniel ORANTIN, Directeur du Comité départemental du tourisme de la Seine-Saint-Denis – CDT93 – qui propose notamment les Promenades et balades urbaines Douce Banlieue;
  • Aulde CAZORLA, membre fondateur de Franciade qui édite et commercialise des objets dérivés du patrimoine de Saint-Denis et de la Seine-Saint-Denis;
  • Emmanuel ANTOINE d’Artefact93, réseau d’une cinquantaine de professionnels producteurs d’objets artistiques et artisanaux à Plaine Commune;
  • Véronique POUPARD, responsable du service développement local à Plaine Commune ;
  • Mathieu GLAYMANN, membre fondateur d’Accueil Banlieue, réseau d’une cinquantaine de chambres d’hôtes en Seine-Saint Denis.

La Provence et La Marseillaise parlent du Forum de Marseille

Forum-La-Marseillaise-Oran-Venise-sept13Les 12 et 13 septembre, plus d’une vingtaine de pays de l’Europe et de la Méditerranée étaient présents pour le Forum de Marseille sur la valeur sociale du Patrimoine.

Les séances plénières ont réunis plus d’une centaine de participants tout comme les 4 ateliers balades de Faro organisés par les mairies et la société civile des 2me, 7me et 8me secteurs de Marseille et Vitrolles.

La Provence a consacré un article au Forum « Quand les quartiers prennent leur avenir en main‘ tout comme La Marseillaise qui a publié un article « Des quartiers exemplaires aux yeux de l’Europe » et un encart sur « Oran, Venise et les autres …« .

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Les vénitiens seront à nouveau présents à Marseille pour le forum européen du patrimoine.

Les 12 et 13 septembre, le Forum de Marseille sur la valeur sociale du patrimoine pour la société sera à nouveau l’occasion pour Hôtel du Nord d’accueillir celles et ceux qui en Europe et en Méditerranée ont des engagements similaires.

L’occasion de rencontrer de nouvelles expériences comme celles d’Izmir et d’Hébron et d’apporter des nouvelles de celles et ceux avec qui maintenant nous échangeons de longue date : Bel Horizon à Oran, Faro Venezia à Venise, Accueil Banlieue en Seine Saint Denis, Artefact93 et Franciade à Plaine Commune.

Cette année, grâce au soutien du Conseil de l’Europe et de la Commission Européenne, 4 vénitiens viendront à l’initiative de Faro Venezia apporter au Forum de Marseille l’expérience vénitienne où la société civile défend son cadre de vie en promouvant les principes de la Convention de Faro.

Depuis la première balade patrimoniale vénitienne sur le modèle marseillais en 2008, les échanges n’ont pas cessé. Les vénitiens comptent à leur actif la traduction en italien de l’ensemble de la Convention de Faro, une vingtaine de balades patrimoniales, une publication sur le Fontego dei Tedeschi, la présence dans de nombreux médias et colloques internationaux sur le droit au patrimoine culturel et en mars de cette année la co organisation d’un colloque à Venise à l’occasion de la signature par l’Italie de la Convention de Faro auquel ils ont associé les expériences de Marseille, d’Oran et Saine Saint-Denis.

Pour le Forum de Marseille, l’association Faro Venezia a fait le choix d’inviter trois collectifs importants d’associations impliquées dans la défense de leur cadre de vie sur l’Arsenal de Venise, le Lido et la Lagune de Venise.

  • Patrizia Vacchino, déjà présente à Marseille en 2009 à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine, vice présidente de l’association Faro Venezia et organisatrice de balades patrimoniales vénitiennes. Cette année Faro Venezia programme fin septembre trois balades patrimoniales pour les Journées Européennes du Patrimoine.
  • Francesco Calzolaio, membre de l’association Faro Venezia et président de l’association Vento di Cultura. Il coordonne un regroupement d’associations et de communes autours d’un projet d’éco musée de la Lagune de Venise;
  • Roberto Falcone coordinateur du Forum Arsenal qui réunit pas moins de 30 associations citoyennes qui se reconnaissent dans l’idée que la Ville de Venise doit réussir à se ré approprier la gestion de l’Arsenal, l’ouvrir à la jouissance des Vénitiens et de le gérer de façon à améliorer leur cadre de vie.
  • Vincenzo De Nitto, directeur à l’urbanisme à la ville de Venise, responsable du processus  participatif « Le Lido au premier plan » concernant la reconversion de la zone du Palais du Cinéma et du Casino de Venise sur l’ile du Lido.

Vous pourrez les rencontrer lors du Forum de Marseille où à l’occasion des balades des Journées Européennes du Patrimoine.

Céline BOURBOUSSON : Hôtel du Nord, Femu Quì : de la quête du sens entre les quartiers Nord de Marseille et la Corse

Céline BOURBOUSSON, Master 2 RH ECONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE à AIX MARSEILLE UNIVERSITE Faculté d’Economie et de Gestion a présenté et soutenu en septembre 2013 son mémoire ORGANISATION ET PROJET : QUELLE MOBILISATION AU SEIN D’ « ORGANISATIONS-FRONTIERES » ? Hôtel du Nord, Femu Quì : de la quête du sens entre les quartiers Nord de Marseille et la Corse.  Son Directeur de mémoire a été Nadine RICHEZ-BATTESTI, Maître de Conférences en Sciences Economiques.

A tous les héros anonymes des quartiers Nord de Marseille, sociétaires d’Hôtel du Nord et autres citoyens téméraires, qui oeuvrent chaque jour dans l’ombre pour une société meilleure. A vous qui bravez injustices, exactions et spoliations, sans relâchement aucun, avec cette force qui vous caractérise.
Per u populu Corsu, anch’ellu colpu dà l’accanimentu mediàticu, chì lotta per campà di manera dégna, si batte contru à mommificazione di a socultura, l’èsiliu, è a caliata di a so lingua. A voi altri Corsi ammuniti, uniti è cumbattanti, purtati da un spiritu di ghjustizià è di fraternità. Arritti tutti, o ghjenti !

Les 12 et 13 septembre 2013, l’Europe vient sur le terrain

Les communautés patrimoniales, la coopérative d’habitants Hôtel du Nord,  les mairies des 2me, 7me et 8me secteurs de Marseille, la Mairie de Vitrolles, le Conseil Général des Bouches-du-Rhône, Marseille-Provence 2013, la Commission Européenne et le Conseil de l’Europe organisent jeudi 12 septembre et vendredi 13 septembre 2013aux Archives et Bibliothèque Départementale le Forum européen sur la valeur sociale du patrimoine pour la société.

Le but est d’extraire des expériences patrimoniales locales, réalisées en référence à la Convention de Faro, des enseignements européens.

A cette occasion, fort de l’expérience portée par les initiatives locales, des représentants européens et méditerranéens viennent sur le terrain afin de s’enrichir des actions mise en place dans des quartiers populaires de Marseille et Vitrolles.

Réflexions, dialogues et balades urbaines sont au programme dès le jeudi et se prolongeront le long du week-end des Journées Européennes du Patrimoine les 15 et 16 septembre en lien avec la programmation « Patrimoines en partage » de Marseille-Provence 2013 : GR2013, Culture Pilots, etc.

Programme et inscriptions vers le forum :

·      sur le site de Marseille-Provence 2013 : http://www.mp2013.fr/patrimoines-en-partage/

·      sur le site du Conseil de l’Europe :http://www.coe.int/t/dg4/cultureheritage/heritage/identities/marseille_fr.asp

·      sur le site d’Hôtel du Nord : http://hoteldunord.coop/balade-de-faro/forum-de-marseille/

Prosper Wanner : pourquoi un forum sur la valeur sociale du patrimoine à Marseille?

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Face à une crise de la représentativité politique, à un modèle de développement de moins en moins soutenable et à des tensions sociales croissantes, le 12 et 13 septembre 2013 à Marseille, pour le Forum de Marseille un large panel comprenant notamment des élus locaux, le Conseil de l’Europe, des acteurs de la société civile, des artistes et de simples citoyens vont énoncer le rôle qu’ils souhaitent voir jouer aux patrimoines culturels pour une amélioration de leur cadre de vie, une économie solidaire, un dialogue social renforcé et une démocratie participative.

Ce rôle attribué aux patrimoines culturels en Europe est le fruit de 30 années de travaux du Conseil de l’Europe sur « la valeur du patrimoine culturel pour la société » qui se sont traduits en 2005 par l’adoption d’une convention-cadre, dite Convention de Faro.

Cette Convention de Faro commence à sortir de l’anonymat depuis que l’Italie l’a signée en mars 2013. Pour autant, les colloques et articles qui l’abordent en Europe montrent qu’elle reste difficile à interpréter. La place centrale qu’elle réserve aux citoyens, seul ou en commun est mise en avant sans pour autant que cela clarifie ses enjeux.

Est ce une nouvelle catégorie du Patrimoine, un « patrimoine citoyen » proche du petit patrimoine ou du patrimoine immatériel ?Une nouvelle Convention sur le patrimoine immatériel dans la lignée de celle de l’UNESCO? Défend elle une meilleure prise en compte des publics « prioritaires » dans la gestion du patrimoine ?

Le Forum de Marseille va permettre au Conseil de l’Europe de revenir sur cette Convention-cadre, d’en faire la promotion en Europe et d’actualiser ses enjeux. Ce Forum est la première d’une série de « Balades de Faro » que le Conseil de l’Europe programme pour promouvoir cette Convention-cadre et créer les conditions du suivi de son application. Il portera sur la valeur sociale du patrimoine pour la société.

L’arrière port marseillais est pauvre en patrimoine protégé qu’il soit inscrit ou classé comme petit patrimoine, patrimoine immatériel, paysage, archive, …. tout comme il est en Europe l’un des principaux foyers d’initiatives citoyennes patrimoniales qui mobilisent élus, entrepreneurs, artistes, scientifiques, associations et simples habitants.

L’arrière port marseillais dépasse les limites administratives des arrondissements de Marseille concernés pour s’étendre sur plusieurs communes avoisinantes. Il est riche de récits liés aux flux et reflux migratoires, à l’évolution du port, au développement industriel, aux anciennes bastides de la bourgeoisie marseillaise,  …. Ses habitants sont porteurs de ces récits tous comme les érudits locaux et les scientifiques qui s’y intéressent. Pour autant, la somme des récits ne fait pas récit collectif.

Cette absence de récit collectif favorise pour les habitants le sentiment d’abandon, d’exclusion et de ségrégation sociale : nouveaux arrivants versus habitants des cités versus noyaux villageois versus nouvelles entreprises. Pour les décideurs qui ont en charge l’avenir de ces quartiers, l’absence de récit collectif propre à ceux qui vivent là participe à les rendre « invisibles » : ils construisent au désert. Cet abandon doublé d’une ignorance génère de la violence qui se traduit dans la dégradation du vivre ensemble et la défiance vis à vis du politique et de l’institution.

Paradoxalement, la défense du cadre de vie y est devenue prétexte à débuter le récit collectif. Là où il y a des tensions déclarées ou latentes liées au cadre de vie, il y a des groupes constituées : amicales de locataires, associations de quartier, regroupements d’entreprises, collectifs d’habitants et des élus mobilisés … La narration du récit collectif commence avec celle des récits liés à ces tensions.

Ce travail de narration collective a commencé dès 1995 grâce à la mise en place d’une mission européenne expérimentale de patrimoine intégré entre la Ville de Marseille et le Conseil de l’Europe. Un « service public patrimonial » a été expérimenté via la mise à disposition des habitants d’un poste de conservateur du patrimoine pour écrire avec eux leur récit collectif.

Ce processus d’écriture continu révèle des sources des tensions : savoir populaire contre savoir scientifique, usage économique contre cadre de vie, récit national contre récits minoritaires, etc.

La convention de Faro permet de donner un cadre de régulation commun de ses tensions. Elle fait de la capacité développée en l’Europe à gérer ses propres conflits son patrimoine commun, celui de tous les européens : ce sont la démocratie, l’état de droit et les droits de l’Homme. Ce patrimoine commun devient la modalité de gestion des tensions liés à la construction du récit collectif : démocratiquement et dans l’intérêt général. Il n’y a plus d’arbitrage descendant sur ce qui est patrimonial ou pas mais des processus de conciliation et re conciliation autour d’un projet de société, d’un « vivre ensemble ».

La « valeur sociale » – vivre ensemble – du patrimoine est reconnue comme l’une des valeurs du patrimoine  au même titre sa valeur esthétique, scientifique, symbolique, économique, etc

La Convention-cadre de Faro est devenue dans ces quartiers le cadre commun qui permet l’action politique. Les maires du 2me, 7me et 8me secteurs de Marseille et celui de Vitrolles ont signé leur adhésion aux principes énoncés par la Convention de Faro. Ses élus locaux et les citoyens réunis en « communautés patrimoniales » ont collectivement adhéré aux principes de la convention pour se doter d’un cadre et d’une perspective commune et faire récit collectif.  Ce processus d’écriture continu tisse lentement  des liens et contribue à faire communauté.

Ces communautés patrimoniales, faisant récit collectif, produisent de la citoyenneté. La construction du récit collectif confronte les récits, les interroge et les agence : elle permet une compréhension de l’environnement dans lequel vivent les personnes. Les représentations, les positionnements et les modes d’actions évoluent en même temps que se construit le récit collectif. Il permet le passage du mode de la dénonciation singulière à l’action collective. Chacun est porteur de savoirs et savoir-faire, une reconnaissance sociale dans des quartiers où elle n’existe plus par le travail faute d’emplois.

Ce processus patrimonial contribue par là à « faire société ». Il contribue à une ré appropriation du bien commun et développe de l’imaginaire collectif, préalable à l’action politique. Le récit devenu collectif acquière une dimension patrimoniale qui le rend légitime et partagé. Du cas particulier, l’enjeu devient de société.

Le processus patrimonial donne accès à des ressources symboliques et à une identité collective qui rendent l’action politique possible. La communauté patrimoniale devient un interlocuteur visible, légitime et doté de ressources, ce qui lui permet d’exister et d’agir.

Dans la durée, ces processus patrimoniaux s’avèrent de puissants leviers de transformation : ils  contribuent à modifier les plans d’urbanisme comme dans le cas de la cascade des Aygalades, à obtenir une protection légale comme dans le cas du savon de Marseille, à faire reconnaitre de nouveaux patrimoines et ont permis le développement de projets de la capitale européenne de la culture comme le GR2013, Culture Pilots et Hôtel du Nord.

Pour revenir à la Convention de Faro, dans tous ces processus, le récit précède l’objet patrimonial. Le Patrimoine reste un prétexte ou un résultat possible d’un processus patrimonial mais non sa finalité. L’objet patrimonial peut symboliser ces récits collectifs comme d’autres formes comme la balade urbaine, une publication (récits d’hospitalité), l’intervention artistique ou l’action de prévention (les ateliers de révélations urbaines), etc

En ce sens, il ne s’agit pas d’ajouter une nouvelle catégorie de patrimoine, de recommander une meilleure prise en compte des publics ou de contribuer à une meilleure protection du patrimoine immatériel.

La Convention de Faro s’intéresse au patrimoine en tant que processus pour « faire société ». Elle considère que chaque citoyen détient seul ou en commun une part du récit collectif qui mérite d’être pris en compte pour mieux vivre ensemble ;

L’écriture du récit collectif – faire société – se fait au niveau des citoyens (communauté patrimoniale / principes de subsidiarité), « dans le cadre de l’action publique », garante des modalités d’écriture de ce récit (Convention de faro / principe de suppléance).

Prosper Wanner, aout 2013

Christine Breton : 13/9/13

HOTE Christine Breton

Les 12 et 13 septembre 2013 aura lieu le Forum de Marseille sur la valeur sociale du patrimoine pour la société.

L’occasion de faire l’historique : accumuler 19 années de faits et leur interprétation. Reconstituer le processus collectif qui se déploie jusqu’aux balades qui seront partagées avec les membres du Forum.

Non, comme un cri ! Cette évidence là est un contre-sens ! Car s’échapperait ainsi le cœur du processus, le travail de toutes et tous nos précurseurs. S’échapperait le socle théorique que nous traquons en ce retour de balades. Il me reste donc à vous faire un récit pour que vous accédiez non à 19 années de faits énoncés dans le faire semblant historique mais à un escalier secret, un accès aux fondations implicites qui nous font marcher.

Voici un récit pour une description implicite du processus Faro depuis 15 ans dans les quartiers derrière le port. Une invitation aux discussions qui s’ouvriront le 13 septembre au retour des 4 balades.

Elle était arrivée d’Allemagne la veille.
Lui était à Marseille depuis plusieurs semaines déjà.
Il venait de faire une formidable découverte, renversant le sens de la ville, renversant les certitudes académiques capables de définir le temps. Elle appelle cela un « gaps », une faille dans le temps et lui parle d’un fantôme échappé là.
Il venait de retrouver la rue de Lyon, dans les faubourgs, dans une partie de la ville où l’on ne va que pour y épuiser sa vie au travail. En décrivant, pour son journal, la sensation de retournement que le corps ressent alors, il comprenait que c’était la figure parfaite, la forme urbaine de ses « thèses sur la philosophie de l’histoire » qu’il était en train d’achever.
La rue de Lyon incarnait ses plus extrêmes intuitions abstraites ; la rue de Lyon devenait l’icône moderne du 20e siècle, juste avant la grande catastrophe innommable, les totalitarismes, les guerres et l’ultime rebond de la guerre civile européenne. Il avait à la fois l’intuition de cette catastrophe collective et celle de sa vie propre, de ce ça qui n’avait à voir qu’avec lui. Il le savait maintenant, il l’avait compris ici, à Marseille, ville de temps et non d’espace. Il vivait la conjonction entre un moment de présent et un moment de passé, il avait retourné le temps en remontant la rue de Lyon.
– Fin du langage –
Il savait que son intuition de départ était juste mais il ne pouvait incorporer cette découverte, alors, sans un mot, il l’a prise par la main et il l’a emmené marcher sur la route de Lyon, dans ses pas, pour qu’elle comprenne, qu’elle croise sa vision fulgurante.
Il était devenu un sans-parole.

Sur la rue de Lyon, ils ont marché longuement, elle commençait à entrevoir elle aussi cette faille asphyxiante de notre vivant collectif. Notre désastre. Elle le suivait, elle mettait ses pas dans le déroulé de sa pensée. Et la rue d’un coup l’a prise, elle se récita le texte écrit par lui quelques années auparavant : “Plus nous nous éloignons du centre et plus l’atmosphère devient politique. C’est le tour des docks, des bassins, des entrepôts, des cantonnements de la pauvreté, les asiles éparpillés de la misère (…) ce combat n’est nulle part aussi impitoyable qu’entre Marseille et le paysage provençal (…) la longue rue de Lyon est la mine que Marseille creuse dans le paysage pour le faire voler en éclats…”

Alors elle a su que l’intuition était juste, que son invention fulgurante devait prendre forme au plus vite, que les jours étaient comptés.
Ils se sont assis dans un bistrot d’ouvriers au niveau de Saint-Louis. Ils avaient déjà bien avancé dans la sape urbaine, ils s’y étaient dissous. Ils se sont assis dans la peur et le tremblement. Ils se sont mis au travail. Il a sorti de sa poche un manuscrit hâtif, ils sont restés penchés sur les 17 paragraphes de ses  » thèses sur la philosophie de l’histoire « .

Une femme les observait depuis un moment. Une vaste femme hospitalière comme seul le labeur sait les rendre.
Les femmes d’ici ont appris la divination dans la colline et celle-ci devinait quelque chose. Quand ils étaient entrés, elle s’était demandé ce que venaient faire ici ces étrangers bohèmes, ces “bobos” dirait-on aujourd’hui. L’homme tremblait et elle faisait un immense effort pour le soutenir. Comme Pierre et Marie Curie, se disait-elle. Elle avait vu cela dans le journal du Parti qui traînait sur une table du café. Elle les regardait travailler, c’est-à-dire souffrir beaucoup avec les mots comme eux et elle souffrait sur les chaînes de fabrication alentour.

Elle s’approcha quand elle comprit que leurs efforts étaient vaincus par l’énormité du désastre de la pensée qu’ils mesuraient dans sa plénitude.

Alors elle s’est approchée d’eux, elle s’est autorisée et leur a dit, sans trop savoir comment, de ne pas arrêter leur marche, qu’elle voulait bien garder ce papier sur lequel ils travaillaient.
Que les prolétaires n’avaient pas d’histoire ni de patrimoine, eux étaient seulement faits pour produire des enfants qui seraient aussi des ouvriers.
Que ce papier, c’était une pierre de fondation pour ici.
Qu’ils sauraient se le transmettre en le vivant, en se le racontant.
Qu’un jour d’autres le comprendraient, l’incorporeraient.

Et ils lui ont donné sans savoir pourquoi, ils lui ont donné, retrouvant dans ce geste la force nécessaire pour le finir.

Elle est partie à New York avec le texte deux jours plus tard et lui est parti mourir par lui-même sur la frontière espagnole. À New York, le texte a bien été un peu remanié, un peu édulcoré ; les humains sont affaiblis en 1940.
Il reste sa version de feu quelque part sur la rue de Lyon, dans l’hospitalité du temps “pris à rebrousse-poil” qui fait du patrimoine un processus prospectif autant que rétrospectif. En un mot le récit de l’environnement.

Cette presque-fiction est fondée sur un fait réel peu connu : c’est à Marseille que Walter Benjamin rencontre sa presque cousine Hannah Arendt en été 1940. Il lui remet son manuscrit des « Thèses sur la philosophie de l’histoire » pour qu’elle le donne à Adorno alors réfugié à New York.

Et elle la vaste femme hospitalière, c’est Faro qui permet son apparition et maintenant son existence.
C’est nous ici qui incorporons la version de feu restée rue de Lyon.
C’est par la fiction que se transmet le processus collectif Faro entrepris depuis 1995 dans la complexité des quartiers le long de la rue de Lyon.

J’aurai aussi bien pu vous projeter vers le personnage de Louis Massignon arrivé à Marseille le 2 août 1930. C’est aussi le plein été. C’est la rencontre annuelle des « semaines sociales de France » , les SSF créées en 1904. Les SSF auraient du se tenir à Alger et Marseille est un Alger de substitution. 1930, centenaire de l’Algérie coloniale, impossible d’y vivre une rencontre ayant pour titre : le problème social aux colonies.
Louis Massignon, islamologue, professeur au Collège de France, rentre d’Alger, envoyé pour enquête. Il fait la conférence de clôture des SSF le 3 août 1930. Puis il part pour Paris et y commence son enseignement à Aubervilliers : il a rejoint l’urgence des « équipes sociales » qui viennent d’être créées et procurent un enseignement aux travailleurs nord africains en métropole.
Je peux incorporer sa parole aux quartiers, elle nait de leur expérience transnationale.

Il importe de se projeter à l’envers dans l’industrialisme international, dans l’intuition du plus jamais ça, dans la mémoire de faits institutionnels depuis 1994, dans presque 20 ans de construction aussi lente qu’Europe ; c’est tout cela la genèse du processus Faro.

Christine Breton, août 2013

Aurélie Roperch : « J’irai dormir dans les quartiers nord », 3ème prix Charles Gide

Charles GideL’article « J’irai dormir dans les quartiers nord » de Aurélie Roperch de l’École de Journalisme et de communication d’Aix-Marseille  a reçu le troisième prix Charles Gide du  »meilleur reportage en économie sociale » de la Fondation du Crédit Coopératif. Ce prix décerné par un jury d’une dizaine de professionnels s’adresse aux étudiants de dernière année des 13 écoles de journalisme reconnues par la profession. Nous avons trois raisons de remercier Aurélie Roperch pour son article.

Ce prix permets à une jeune journaliste d’avoir pu faire reconnaitre son talent en prenant comme sujet la coopérative d’habitants Hôtel du Nord.

Charles Gide fut un grand défenseur et théoricien des coopératives de consommateurs (voir sur wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Gide).

Ce prix promeut une expérience coopérative marseillaise. Marseille a été à la fois le lieu de l’abandon et de l’espérance coopérative. En 1888, c’est au congrès de Marseille que les espérances coopératives nées de la révolution de 1848 ont été abandonnées au profit d’un partie des travailleurs uniques[1]; en 1940 c’est à Marseille qu’une coopérative ouvrière, la fabrique de biscuits « Le fruit mordoré » est fondée et fera travailler 200 réfugiés jusqu’en 1942; c’est à Marseille que de 1944 à 1946 que les recommandations du Conseil de la Résistance qui préconisait l’instauration d’une « véritable démocratie économique et sociale » ont donné lieu à une expérience d’autogestion d’entreprise unique en France avecMARseille ENtreprises REQuisitionnées : 15.000 ouvriers ont ainsi accédé et participé à la gestion de 15 entreprises marseillaises[2].  Enfin, c’est aussi à Marseille que se réinvente la coopérative de consommateurs avec Autopartage ProvenceProxi-pousse ou Hôtel du Nord sans oublier dernièrement Fralib où le syndicalisme renoue avec la coopérative (voir article du Monde du 18 juin 2013[3]).

J’irai dormir dans les quartiers nord

Contempler la Méditerranée, l’arrière-port industriel ou la garrigue, mais depuis les cités. À Marseille, une coopérative créée par des habitants propose des chambres d’hôte dans des quartiers habituellement peu fréquentés par les touristes.

La baie vitrée s’ouvre sur une terrasse baignée de lumière. Le soleil rasant d’hiver découpe le paysage en objets scintillants. À perte de vue, la mer, majestueuse et rayonnante, impose son immense présence. « La vue sur la Méditerranée alors qu’on est dans les quartiers nord, ça étonne toujours», s’amuse Virginie Lombard. Cette Parisienne de 49 ans vit depuis treize ans dans le 15e arrondissement de Marseille. Depuis novembre dernier, elle loue la chambre de son appartement du quatrième étage de la cité de la Cabucelle par le biais de la coopérative Hôtel du Nord. Des habitants ont concrétisé cette initiative originale il y a deux ans : louer leurs chambres, au cœur des cités, pour faire découvrir les richesses ignorées de la banlieue marseillaise.

Hôtel du Nord est l’une des premières coopératives en France à donner la parole majoritairement aux habitants. L’idée a vu le jour sur un pari : « On a pensé qu’il était possible de développer une offre d’hospitalité et de découverte marchande dans les quartiers nord et que celle-ci rencontrerait une demande », explique Prosper Wanner, le gérant. Cet ingénieur de formation s’est retrouvé à la tête d’un projet pensé dès les années 1990. « J’ai rencontré un collectif de conservateurs du patrimoine qui militaient sur ce territoire. Il y a quelques années, ils avaient publié un manifeste pour protester contre un projet de modernisation de l’administration. Pour eux, les musées étaient en décalage avec le territoire sur lequel ils s’implantaient », raconte-t-il. À l’époque cogérant d’une coopérative qui accompagne les structures économiques innovantes, il rejoint le concept d’Hôtel du Nord en 2002. « Ils sont venus me demander comment faire pour développer une économie qui impliquerait les habitants. On a fait des stages de création d’entreprise, des rapports sur les notions de patrimoine et économie, des tentatives d’actions commune sur le terrain, etc. » Trois ans plus tard, l’Europe leur fournit un premier cadre législatif de référence : la Convention de Faro, qui reconnaît que « chaque personne, seule ou en commun, a le droit de bénéficier du patrimoine culturel et de contribuer à son enrichissement ». Si la France ignore le texte, la mairie des 15e et 16e arrondissements de Marseille en devient le premier signataire en 2009. Un soutien local qui permet le lancement, l’année suivante, de cinq chambres d’hôtes dans les quartiers. Face au succès de cette période-test, la coopérative patrimoniale Hôtel du Nord est officiellement mise en place l’année suivante.

Des chambres à partir de cinq euros

Aujourd’hui, l’équipe gérée par Prosper Wanner compte une cinquantaine de membres dont trente sociétaires. « Une bonne bande de motivés », plaisante Virginie. Cette botaniste et animatrice de jardins partagés a fréquenté la coopérative pendant six mois avant de devenir sociétaire. « Des collectifs d’artistes locaux m’ont fait connaître Hôtel du Nord il y a un an et demi. Ce

qui m’a intéressée, c’est que le touriste, comme l’habitant, découvre en marchant toute la richesse des quartiers! » Cinq mois plus tard, elle décide d’ouvrir sa chambre. Pour Prosper Wanner, « l’enjeu est de faire se croiser les gens. Comment s’adresser à tous, sachant que nous sommes sur des quartiers très diversifiés en termes d’habitats, de catégories sociales, etc. ? »

Un autre obstacle, légal cette fois, empêche certains locataires de devenir hôte. Si Virginie, dont l’immeuble est en copropriété, peut louer son bien, les locataires d’habitats sociaux n’en ont pas le droit. Être chambre d’hôte est assimilé à de la sous-location, une pratique aujourd’hui illicite que la coopérative essaie de faire accepter. La sénatrice-maire du 15e et 16e arrondissements, Samia Ghali, prépare actuellement une proposition de loi pour que l’activité de chambre d’hôte soit occasionnellement possible en habitat social.

En attendant d’élargir l’offre d’hébergement, trente-six chambres en appartements, maisonnettes ou en bastides sont déjà disponibles. Les prix, fixés librement par chaque hôte, varient entre 5 et 160 euros. La coopérative récupère un pourcentage de 10% sur le nombre de nuitées tarifées. Le reste revient aux hôtes. Mais pour Virginie, comme pour Michèle Rauzier, propriétaire d’une de ces bastides, la recette n’est pas la motivation première. « On reçoit des gens charmants avec qui on crée des liens. Certains sont même devenus des amis. C’est ce qui me tient à cœur. Mais cela ne me déplaît pas de gagner un petit peu d’argent : une maison comme ça, c’est un véritable gouffre financier ! », confie la jeune retraitée en dévoilant sa propriété. Dans un écrin de verdure, accolée à un phare, la grande maison aux volets bleus surplombe le quartier et offre une large vue sur le port industriel. Un paysage que l’on peut aussi admirer depuis la chambre que loue Michèle. « Ne faites pas trop attention, le dernier hôte vient de partir, je n’ai pas encore fait le ménage », s’excuse-t-elle en arrangeant le lit de la pièce d’un blanc immaculé. Pour cette fille d’un patron de bar, l’hospitalité est une seconde nature. « Je reçois des gens comme si je recevais de la famille, j’ai toujours vécu comme ça depuis que je suis petite », revendique-t-elle.

Un accueil qui a été tout aussi chaleureux pour Daniel et Martine Pattin, qui viennent tout juste de quitter l’appartement de Virginie après un week-end. « C’est une bonne surprise, on est très contents. Nous sommes déjà venus à Marseille il y a cinq ans mais cette fois, on n’a pas eu l’impression d’être des touristes mais plutôt d’être invités », relate Martine. C’est après avoir découvert Hôtel du Nord dans un magazine que le couple de Parisiens a contacté Virginie via le site internet de la coopérative. « L’intérêt de cet hébergement, c’est vraiment d’être inséré dans la ville, de vivre la vie de quartier. Mais il y a aussi les produits locaux, l’histoire et la mémoire du patrimoine, c’est ce qui fait la différence », conclut Daniel.

Une autre image des quartiers nord

Développer l’hospitalité dans les quartiers, c’est aussi pour faire oublier le tableau noir qu’on dresse trop souvent de Marseille, notamment dans les médias: règlements de compte liés au trafic de drogue, vols de bijoux, saleté de la ville, etc. « On s’appuie sur un projet militant. Les quartiers nord ont des histoires passionnantes, mais elles restent sans doute à écrire et à raconter », commente Julie de Muer. Cette sociétaire participe à l’autre activité-phare de la coopérative : les balades patrimoniales, qui révèlent des petits coins de paradis à deux pas des quartiers bétonnés. Pour six euros, on découvre des massifs de calcaire en grimpant à travers la garrigue, des ruines d’une ancienne civilisation celtique ou encore une cascade dépaysante à deux pas seulement des cités. Pour compléter ces parcours, la coopérative, inscrite dans le Guide du Routard 2013, propose également des livres, Les Récits d’hospitalités, une dizaine de produits locaux, dont du savon artisanal, et du miel produit dans les quartiers.

Depuis sa création, Hôtel du Nord, qui reçoit des soutiens financiers de structures publiques, clôture ses bilans à l’équilibre. En deux ans elle a généré une activité économique globale de 42 500 euros, dont 20 000 euros de recettes via les chambres. Le nombre de nuitées a plus que triplé et les balades attirent de plus en plus d’amateurs. Aujourd’hui, son activité est ralentie par un problème de statut juridique. Atout France, l’agence chargée par l’État de gérer le développement touristique, ne prend pas en compte sa nature coopérative et l’oblige à faire un choix : faire appel à une agence de voyage pour continuer à proposer ses offres, ou bien payer la caution pour être enregistrée comme telle.

En tant que coopérative, Hôtel du Nord demande à être reconnue comme agence de voyage solidaire. Une requête que Prosper Wanner a envoyé mi-avril au ministre de l’économie sociale et solidaire, Benoît Hamon. « Si nous obtenons gain de cause, nous pourrions vendre des séjours, des forfaits nuitées plus balade, ou bien nuitées plus ouvrage, sans passer par une agence de voyage », espère-t-il. En attendant de régler ses obstacles juridiques, Hôtel du Nord ne perd pas de vue les millions de touristes attendus cet été pour l’année 2013, pour laquelle Marseille a été désignée capitale européenne de la culture. Une vingtaine de balades et une douzaine de chambres supplémentaires sont en cours d’ouverture.

Aurélie Roperch, Ecole de Journalisme et de communication d’Aix-Marseille

 

[1] Considérant que les sociétés coopératives de production et de consommation ne peuvent améliorer le sort d’un petit nombre de privilégié dans une faible proportion, le Congrés déclare que les société coopératives ne peuvent aucunement être considérées comme des moyens assez puissants pour arriver à l’émancipation du prolétariat.  Les coopératives deviennent des outils de propagande du partie des travailleurs socialistes de France créé à l’issu du congrès

[2] Sur les coopératives : http://hoteldunord.coop/la-cooperative-hotel-du-nord/patrimoine-cooperatif/

[3] Lire l’article « 40 ans après « Lip », le modèle coopératif reste une alternative aux restructurations », Le monde 18 juin 2013 :http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/06/18/cooperatives-et-syndicats-un-mariage-de-raison-pour-lutter-contre-les-restructurations_3432214_3234.html