Le fond coopératif d’archives populaires de la Coopérative Hôtel du Nord est ouvert aux archives municipales de la Ville de Marseille
Avec comme premier don-cadeau les archives racontées de Noailles Debout! suite au drame du 5 novembre pour ne pas oublier et faire place aux récits, personnes, patrimoines et matrimoines populaires, parfois traumatiques, conflictuels et dissonants, qui font l’histoire d’une ville comme Marseille.
Un fond relié aux chaînes, cadeau symbolique des effondrements, offertes au musée d’histoire par les habitant•es et entrées dans ses collections. Un double fond d’archives racontées et communicables pour que l’institution en assure la pérennité et l’accessibilité sans que l’association ne perde sa capacité à les raconter.
Merci aux élu•es Perrine Prigent , élue au patrimoine, Marie Batoux, élue à l’éducation populaire et Jean Marc Copolla, élu à la culture, au Musée d’Histoire de Marseille et aux Archives municipales d’avoir rendu cela possible dans la suite de l’adhésion de la Ville aux principes de Faro.
Un grand merci à Noailles debout! et aux collectifs de Noailles réunis en comité d’archives pour la grande confiance accordée à la coopérative d’habitant•es des quartiers nord de Marseille Hôtel du Nord.
Maintenant qu’il est ouvert et structuré, reste à l’enrichir des récits jusque là invisibles, ignorés et écartés.
Comment faire entrer dans l’histoire officielle de la ville de #Marseille les mémoires et les paroles des habitant.e.s précarisé.e.s et victimes de la violence institutionnelle?
Le droit au patrimoine culturel est inhérent au droit de participer à la vie culturelle, tel que défini dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. Toute personne, seule ou en commun, a le droit de bénéficier du patrimoine culturel et de contribuer à son enrichissement. La conservation du patrimoine culturel et son utilisation durable ont comme but le développement humain et la qualité de la vie (Convention de Faro, articles 1 et 4)
Ce vendredi 5 novembre 2021, après l’hommage aux victimes des effondrements du 5 novembre 2018, une déambulation partira de la rue d’Aubagne et se rendra au Musée d’Histoire de Marseille pour l’inauguration du projet PRENDRE PLACE. Cette collaboration entre l’association Noailles Debout! et du Musée d’Histoire de Marseille, accompagnés par Hôtel du Nord, fait entrer dans l’histoire officielle de la ville de Marseille les mémoires et les paroles des habitant.e.s précarisé.e.s et victimes de la violence institutionnelle.
L’invitation à prendre place
Après l’hommage qui se tiendra rue d’Aubagne au matin du vendredi 5 novembre, nous vous invitons à former un cortège qui partira dignement à 10h30 de la Place du 5 novembre jusqu’au Musée d’Histoire, à 700 mètres de marche. Nous porterons le quartier au-dessus de nos têtes, (une grande maquette d’étudiants architectes réparée par des jeunes et enfants du quartier, voir photos dans la discussion).
De 11h à 12h, nous partagerons un verre et l’expression de notre détermination collective à écrire cette histoire ensemble.
PRENDRE PLACE est un projet collectif d’écriture singulière de l’histoire du quartier de Noailles. Il démarre le 5 novembre novembre 2021, trois ans après l’effondrement du 63 et du 65 rue d’Aubagne. Les habitant.es du quartier organisent leurs archives, écrivent leurs mémoires et transforment leur avenir à travers un processus de patrimonialisation réalisé hors et dans les murs du Musée d’Histoire, dans une co-production originale entre habitants, conservateurs, associations, artistes et chercheurs.
LANCEMENT PRENDRE PLACE, ACTE I À PARTIR DU 5 NOVEMBRE 2021
Le 5 novembre 2018, les immeubles 63 et 65 de la rue d’Aubagne dans le quartier de Noailles s’effondrent, emportant des vies et des mémoires. Dans le fracas et le désordre qui suivent cet épisode dramatique et singulier de la vie d’une ville, des habitant.es veillent, s’entraident, se réconfortent. Ils se questionnent et organisent aussi pour « prendre place » dans ce grand vide laissé par les effondrements, en commençant par se rappeler que cet événement brutal s’inscrit dans l’histoire de ce quartier populaire, ancien, hôte d’une diversité culturelle et témoin d’une certaine gestion urbaine.
C’est l’histoire d’une place à prendre dans la ville.
C’est une proposition participative et évolutive basée sur la réparation et la valorisation de la mémoire.
C’est un processus qui vise à inscrire cette place dans l’Histoire collective.
Ce sont des habitant.es qui interpellent le Musée sur la nécessité de faire une place à leur histoire.
Un partenariat de l’association Noailles Debout ! et du Musée d’histoire de Marseille, accompagnés par la coopérative Hôtel du Nord.
A l’occasion du programme du Tiers QG#Archives invisibles de la biennale Manifesta13, Hôtel du Nord est invité à partager ses archives invisibles, collectées et racontées avec Mohamed Fariji, artiste et porteur d’un projet de Musée collectif à Casablanca.
Les #ArchivesInvisibles retracent les généalogies et les mémoires non institutionnelles d’initiatives d’habitants, d’histoires de résilience et de synergies collectives originaires et situées dans des zones particulières de Marseille. Ces généalogies qui remettent en question les discours « traditionnels » de la ville, sont racontées par un artiste invité ou un collectif. À travers cette mise en valeur artistique, les #ArchivesInvisibles réactivent ces histoires et récits en dialogue les unes avec les autres et appellent à leur reconnaissance comme patrimoine commun, souvent invisible et inaperçu des institutions.
Hôtel du Nord a invité d’autres initiatives d’habitants en Europe pour qui le patrimoine culturel est un moyen d’action politique pour la défense de leur cadre de vie, la lutte contre l’exode rural, le dialogue post conflit, le renforcement de la société civile : Patrimoni en Espagne, Cabbage Field en Lituanie, Almašani en Serbie, Machkhaani en Géorgie. Ces initiatives font partie du Réseau européen de la Convention de Faro animé par le Conseil de l’Europe sur de la valeur du patrimoine culturel pour la société.
Elles cherchent à rendre visible l’invisible, les personnes, les lieux et leurs histoires (Faro moto). Dans des contextes souvent difficiles – clientélisme, corruption, exode rurale, gentrification, spéculation foncière -, elles contribuent à renforcer le respect des droits humains, l’État de droit et la démocratie. Face à ces situations, au coté d’actions en justice, de manifestations et de pétitions, elles s’appuient sur les patrimoines culturels et naturels pour agir collectivement. La question qui leur est posée est de savoir pourquoi le patrimoine. Quelle est la valeur de ces archives invisibles pour la société? Pourquoi choisissent ils ce mode d’action? Que permet-il? Ces question leurs seront posées comme à Hôtel du Nord, Manifesta et le Musée collectif lors d’une Agora samedi 22 février de 14h à 18h– Au Tiers QG (57 rue Bernard Dubois) : traces et récits visibles et invisibles des communautés.
Pour préparer ce débat, voici une présentation brève du Conseil de l’Europe, de la Convention de Faro et des initiatives qui seront présentes.
Le Conseil de l’Europe et la Convention de Faro
La Convention-cadre du Conseil de l’Europe sur la valeur du patrimoine culturel pour la société, dite Convention de Faro, est avant tout une convention sur la société et pour la société. Elle s’inscrit dans le dispositif du Conseil de l’Europe visant à aider les 47 États membres à relever les enjeux sociétaux auxquels ils font face : une crise de la représentativité politique, une crise des modèles économiques et une crise culturelle ou identitaire.
Le Réseau européen de la Convention de Faro réunit une vingtaine de personnes – élus locaux, coopératives, associations, artistes, institutions publiques, … – qui comme nous sont engagées sur la reconnaissance du droit au patrimoine culturel comme droit humain, c’est à dire pour chaque personne, seule ou en commun, du droit de bénéficier du patrimoine culturel et de contribuer à son enrichissement.
Les travaux du Réseau portent notamment sur le respect de la diversité des interprétations, la mise en valeur du patrimoine culturel comme ressource de coexistence pacifique, de développement humain et de qualité de la vie et le développement de pratiques innovantes de coopération des autorités publiques avec les communautés patrimoniales. Hôtel du Nord est membre de ce réseau et participe activement à ce processus continue de recherche action coordonné par le Conseil de l’Europe.
Kaunas est la seconde ville de Lituanie avec environ 300 000 habitants. Comme l’ensemble du pays, elle a connu depuis les années 90 un important déclin démographique, stabilisé depuis quelques années. Marquée par les multiples occupations et annexions du pays, Kaunas garde aussi en mémoire son passé de capitale de la Lituanie indépendante entre 1920 et 1940 et de première ville juive du pays avant la guerre. Ville étudiante, riche de ce patrimoine XXème mais ayant des difficultés à fixer sa jeunesse au-delà du temps des études ainsi qu’à attirer un tourisme aimanté par la Capitale Vilnius, la ville tente une redynamisation de la ville par la culture, notamment via sa biennale et son titre de capitale européenne de la culture en 2022.
Du côté de la société civile, une tension existe entre une posture plutôt passive issue des années de fort contrôle social, et une évolution des aspirations citoyennes vers des postures plus actives et une meilleure prise en compte de la population notamment dans les décisions liées au développement urbain. Le processus autours du Cabagge field (champs de choux) porté par deux artistes et s’inspirant du community art anglo-saxon, fait émerger une communauté patrimoniale via des actions artistiques comme la co création d’un opéra patrimonial, prélude à un réveil des consciences et à l’engagement d’actions politiques collectives sur la défense de leur cadre de vie. Invités : Vita Gelunieneet Ed Caroll, artistes.
Laboratoire patrimoni en zone rurale, Castillan, Espagne
Le programme Patrimoni de l’Université Jaume concerne un territoire rural de 100.000 habitants et 126 villages de moins de 5.000 habitants situés dans l’arrière pays. L’économie y est essentiellement tertiaire (retraités, zones résidentielles) et le tourisme, très présent sur la côte, y est peu développé tout comme l’agriculture. Quelques industries persistent comme la céramique. Depuis 1992, Patrimoni fait partie d’une réponse plus globale de l’université à sa « dette » envers le monde rural auquel elle enlève une population jeune et qualifiée.
Patrimoni accompagne des initiatives patrimoniales « à la demande » des villageois pour lutter contre l’exode rural en valorisant leurs patrimoines naturels et culturels : l’eau (fontaines, circuits, etc), la laine (industrie, tradition, …), l’art rupestre (patrimoine mondial de l’humanité), la guerre civile (bataille de Levante), l’art contemporain (musée, itinéraire), la céramique (Real fabrica), la musique (festivals, pratiques), la Cartuja de Valldecrist, les oliviers (millénaires), la pédagogie (musée), la faune et la flore (parc naturel), les hippies, … Invité : Ángel Portolés, animateur du programme Patrimoni.
L’ONG Civic initiative fait émerger une communauté patrimoniale en Géorgie autour du théâtre de Machkhaani et l’animation d’un café de la connaissance. Machkhaani, village de 400 habitants, peu accessible et où le quotidien des habitants reste difficile (absence d’eau potable), possède un théâtre à l’italienne construit il y a deux cents ans par les villageois. La rénovation de ce théâtre, sa symbolique sur la capacité des citoyens à se mobiliser et sa réactivation à travers notamment un festival national mobilise une communauté qui dépasse le seul village et réunie plus de 20.000 personnes aujourd’hui. Cette communauté patrimoniale, face au peu d’intérêt des institutions publiques, s’organise, finance et faire revivre ce récit collectif. Invitée : Nana Bagalishvili, coordinatrice de Civic initiative.
Novi Sad, Serbie
Novi Sad, seconde ville de Serbie, future capitale européenne de la Culture en 2021, compte 400.000 habitants, vingt et une communautés, quatre langues officielles, deux alphabets officiels et neuf religions pratiquées. En 2005, les habitants du quartier central de Almašani ont mené collectivement une bataille contre à un projet de création de boulevard venant couper en deux leur quartier “villageois”. Pour se protéger à l’avenir de ce type de risque, ils mettent depuis en valeur les patrimoines de leur quartier. Cet engagement leur a permis d’être le principal interlocuteur de l’équipe de la Capital Européenne de la culture. Le quartier est au centre des enjeux européens de « migrations, conflits et réconciliation, chômage des jeunes, discrimination des rom et égalité homme-femme » identifiés pour 2021. Les défis à relever par la communauté locale sont nombreux : exode des jeunes face au chômage, discriminations de la communauté rom, présence de « logements sociaux horizontaux » issus de la période socialiste, risque de gentrification accentué par 2021, manque de confiance dans la classe politique, …. La communauté mène de nombreuses actions pour inclure davantage d’habitants comme le festival « Découvrez les arrières jardins de Almaš » et depuis un an la gestion d’une station culturelle installée dans une ancienne fabrique du quartier.
Invités : Violetta Đerković et Filip Vlatkovic de la communauté.
Le Musée Collectif, Casablanca
Le Musée Collectif résulte d’un travail de recherche, de collecte, de réflexion et de création mené par des groupes composés d’artistes, d’activistes, d’étudiants, d’enfants et d’habitants qui engagent des actions dans leurs quartiers visant à faire émerger des récits peu connus. Dans un processus partagé d’écriture d’une histoire de la ville par ses citoyens, le Musée Collectif accueille des objets, documents, archives et témoignages des habitants sur la mémoire de leurs quartiers en valorisant la macro-histoire, l’intime, l’oublié et les marges. (extrait site internet du musée).
A l’occasion du programme du Tiers QG de la biennale Manifesta13, la coopérative Hôtel
du Nord vous invite à découvrir ses archives invisibles, collectées et
racontées avec Mohamed Fariji, artiste et porteur d’un projet de Musée
collectif à Casablanca.
Entre pas à pas et pas de côté, c’est par
la marche que s’est exprimée il y a plus de 20 ans au nord de Marseille le
besoin d’une autre manière d’observer, de penser et de finalement renouer activement
avec les traces du passé. Alors forcément il fallait sortir, partir
à pied…
En prolongement de l’exposition, nous
vous proposons de partager chemins de traverse, recherches, hospitalités et
récits, au cours d’une rencontre et de 3 balades qui remonteront peu à peu de
Noailles jusqu’aux Aygalades.
Agora modérée par Prosper Wanner (coopératives Hôtel du Nord et Les oiseaux
de Passage)
Discussions autour d’expériences de réactivation de traces et de
murs. Histoires de territoire à Marseille, Casablanca (Maroc), Kaunas
(Lituanie), Castille (Espagne), Machkhaani (Georgie) et Novisad
(Serbie).
Dans le cadre de la biennale d’art Manifesta, qui se tiendra l’an prochain à Marseille, la coopérative Hôtel du Nord a été sollicitée pour participer au programme Les Archives invisibles. Avec 7 autres collectifs ou aventures citoyennes singulières, des expositions et programmations proposeront une plongée dans les archives et les démarches d’initiatives produisant par leurs actions d’autres récits de Marseille. Ce programme se fonde également sur la collaboration avec un artiste. Nous vous proposons un petit récit de la première rencontre avec Mohamed Fariji, artiste marocain vivant à Casablanca, le 17 novembre dernier du côté de Saint Antoine, qui fut aussi l’occasion de partir dans l’archéologie de notre propre histoire…
Après avoir passé la journée de samedi entre immeubles effondrés du centre-ville et cheminées des collines de Septèmes, nous nous retrouvons en compagnie de Mohamed Fariji chez Jean et Dominique. Contrairement aux prédictions météorologiques les plus maussades, il fait beau et de la terrasse on peut profiter de la vue ensoleillée sur Saint-Antoine, Plan d’Aou, la Castellane, la Bricarde et la mer tout au loin.
Le café bu, nous nous installons dans le salon pour entendre la présentation de Mohamed. L’ambiance est studieuse. Il faut dire que pendant les deux jours qui se sont écoulés, Mohamed a beaucoup écouté, beaucoup enregistré, mais peu parlé. Nous sommes donc avides de l’entendre s’exprimer et de nous présenter son travail. Très vite, le thème de la réactivation de la mémoire collective émerge et nous fait sentir que l’équipe de Manifesta a eu du nez en proposant à Hôtel du Nord et à Mohamed Fariji de travailler ensemble.
L’atelier de l’observatoire, art et recherche
Images à l’appui, Mohamed nous présente le travail de son association, l’Atelier de l’observatoire, dont les locaux sont situés à 31 km de Casablanca. Mohamed l’a créée en 2011 afin de pallier le manque de proposition artistique pour les habitants et d’accompagnement pour les artistes émergents ainsi que pour mettre en réseaux des artistes, des curateurs, des chercheurs et des citoyens. Parmi les nombreux programmes développés par l’association, la Serre et le Musée collectif sont tout de suite entrés en résonnance avec les activités d’Hôtel du Nord.
La Serre est une structure mobile qui sert de lieu d’activité pour les enfants lorsqu’elle se trouve à l’Atelier de l’observatoire (il s’agit d’accompagner la « pousse » des enfants, avec des ateliers de peinture, de fabrication de déguisement, de travail des matériaux…). Mais la Serre se déplace également sous forme d’architecture mobile dans les centres villes et les quartiers périphériques des grandes villes comme Casablanca et Marrakech. Elle est montée dans un lieu public, dans un lieu de passage et des artistes y viennent pour présenter leurs projets en cours mais aussi parfois « impossibles » et rencontrer d’autres artistes, des curateurs, des chercheurs, des habitants. L’espace génère des rencontres, des échanges, des émissions de radio.
Le programme du Musée collectif a eu comme genèse la réactivation d’un lieu public, au potentiel éducatif et patrimonial, à l’abandon : l’aquarium de Casablanca. A partir de la collecte de sons et de témoignages dans le quartier pour comprendre les raisons -plutôt opaques- de la fermeture du lieu, Mohamed a monté en collaboration avec d’autres artistes marocains une exposition intitulée « l’Aquarium imaginaire » à l’intérieur du lieu. Il a alors proposé d’en faire un espace à la fois central et en mouvement dédié à la mémoire de la ville de Casablanca.
De là est né un projet apparemment sans limite, celui du Musée collectif qui part du besoin de raconter l’histoire des habitants et des lieux délaissés. L’idée est de collecter auprès des habitants des objets ou des documents liés à la mémoire des lieux, de les raconter, de les mettre en résonance ou en tension, puis de les placer dans des vitrines mobiles, temporaires, qui peuvent être alimentées en continu par l’apport de nouveaux objets. Cette valorisation s’accompagne d’une réactivation à travers l’organisation de rencontres qui font collaborer des universitaires avec des artistes en vue de transmettre leurs travaux et d’échanger avec le grand public.Pour Mohamed, il s’agit de mettre en mouvement, de faire en sorte que l’exposition, et cela vaut aussi pour celle des Archives Invisibles, ne soit pas une fin en soi mais l’occasion de générer une dynamique. A Casablanca, cela prend la forme de nombreux ateliers dans les quartiers périphériques, où interviennent des artistes, des architectes, des journalistes, des citoyens afin de mener une réflexion sur la collecte de la mémoire de la ville. Ces ateliers ont pour objectif de transmettre des compétences et de donner lieu à des actions concrètes dans le quartier. Des ateliers d’écriture ont ainsi conduit à la création d’un journal, un autre de prise de son à la création d’une radio et des formations au guidage ont permis à des jeunes d’organiser des visites guidées selon des itinéraires choisis par leurs soins. Le Musée collectif est donc une sorte de matrice qui intègre les habitants en venant faire des propositions dans leur espace de vie dans l’idée de générer des échanges entre artistes et citoyens. Au Maroc, où la quasi-totalité des archives relève du domaine privé, cette initiative correspond, bien plus qu’à un musée à la collection figée, à la création et à la mise à disposition du public d’un centre de recherche collectif, en perpétuelle évolution.
Afin de laisser un temps de digestion, nous avons pris une pause et nous avons décidé de manger tous ensemble afin de pouvoir continuer librement la discussion. Fati avait préparé un délicieux buffet, convaincant dès l’entrée avec une incroyable soupe courge-gingembre-marron-curcuma.
Un récit venu du Nord
Après cette pause aux accents de veillée au coin du feu, nous nous regroupons à nouveau pour entendre un nouveau récit, celui de Christine cette fois.
La venue de Mohamed et le projet des Archives Invisibles est également une occasion pour nous de revenir sur la généalogie d’Hôtel du Nord. Christine la fait remonter au début des années 80, au moment où elle mène avec Thierry Raspail une réflexion sur une approche intégrée, c’est-à-dire contextualisée, du patrimoine. Un des appuis de leurs recherches sont les travaux du Conseil de l’Europe, qui depuis 1975 planche sur le droit des citoyens à valoriser leur patrimoine culturel : passer du récit individuel au récit collectif de manière à rendre la mémoire partageable. Ces textes aboutissent en 2005 à la Convention de Faro, ratifiée par 18 pays dont la France ne fait pas partie.
Sur ces bases sont alors posés les jalons de la future coopérative Hôtel du Nord :
En 2007, un travail est fait dans le vallon des Carmes avec des élèves en écoles de design et d’architecture venus de Zurich. Christine donne une assise locale au projet dont une des réalisations est la production d’une carte postale qui constitue la première cartographie d’Hôtel du Nord !
Dans la lancée, un travail est mené avec la Cité des Arts de la rue et avec les associations patrimoniales du quartier des Aygalades pour réactiver la mémoire des habitants du quartier et de la fête du château des Aygalades organisée avant guerre par les ouvriers. Des communautés patrimoniales émergent, structurant collectivement leurs recherches locales à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine, où elles invitent tout Marseille à venir marcher avec elles.
En 2008, le journal La Marseillaise publie la carte de toutes les balades de l’année mettant en lumière et en récit ces communautés. Ce document synthétique est une bien belle archive qui trouvera sûrement sa place dans l’exposition ! Le compagnonnage avec La Marseillaise, et également avec Radio Grenouille pour documenter le processus en cours durera de nombreuses années.
C’est dans le contexte de la future Capitale européenne de la Culture que Christine et Prosper avec la commission patrimoine qui réunit la mairie de secteur 15/16 et les diverses communautés patrimoniales vont proposer la constitution d’une coopérative patrimoniale. L’existence de Marseille-Provence 2013 permet également d’explorer un nouvel aspect de la Convention de Faro: la dimension économique. En effet, la convention prévoit que le patrimoine culturel puisse également servir le développement économique du territoire et des habitants qui le font vivre.
Cette question semble particulièrement pertinente à expérimenter dans la situation d’une capitale de la culture qui généralement tente de faire levier économique, pour le meilleur et souvent le pire, plutôt dans les centre ville. Comment se servir de cet enjeu dans les quartiers économiquement dévastés?
En préfiguration d’Hôtel du Nord, plusieurs actions sont alors menées, dont par exemple la cartographie de la route du savon de Marseille, pour lequel un label de reconnaissance géographique du produit (IGP) sera obtenu des années plus tard. C’est aussi le moment de la naissance de la dimension hospitalière avec l’objectif de proposer en 2013 : 50 chambres, 50 balades et 50 produits (artistiques, éditoriaux, artisanaux). L’initiative récolte un réel succès et le chiffre symbolique de « 50 » est rapidement dépassé. Malgré une préfiguration menée également au Plan d’Aou, le projet ne sera par contre pas suivi par les bailleurs sociaux qui ne trouveront finalement pas de cadre réglementaire pour tenter une expérimentation d’accueil dans les cités dont ils ont la gestion.
L’outil de propriété collective qu’est Hôtel du Nord permettra ainsi que soient expérimentés de manière concrète les principes de la Convention de Faro.
A la fin de ce chantier, Christine part à la retraite mais continue d’œuvrer à la fois là où elle habite, et en s’attelant à la rédaction des Récits d’hospitalité, qui racontent une autre histoire de Marseille, écrite depuis le Nord, et qui attendent dans chaque chambre d’Hôtel du Nord le voyageur qui viendra les découvrir.
Sur la notion d’archives
Avec ces deux récits « fondateurs » en tête, celui du Musée collectif de Mohamed et celui d’Hôtel du Nord, nous nous lançons dans une discussion à bâtons rompus sur la notion d’archive. Nous en avons retenu que :
Le musée est un endroit où les objets sont figés. Autrement dit, le visiteur ignore tout du processus de production de ces objets. Le paysage renvoie à un art urbain de représentation de l’espace, lequel est perçu à partir d’un point de vue singulier. A contrario, dans notre démarche (à pied!), nous cherchons à nous positionner à l’intérieur du paysage. En marchant à pied, nous suivons les variations du paysage, nous voyons apparaître et disparaître des éléments en fonction de la topographie. Ce perpétuel mouvement de zoom et de dézoom, de dedans/dehors a l’avantage de nous permettre d’appréhender la complexité et la polyphonie du « réel ».
Notre exploration nous amène à chercher des traces inscrites dans l’organisation de ce même paysage. Cela passe par la rencontre avec des gens, par l’activation d’une mémoire. Notre démarche consiste à additionner des couches de regards et de mémoire. Or, cette même mémoire tend à disparaitre une fois passée l’activation. Nous fabriquons quelque chose qui se dissout (comme le savon de Marseille).
La difficulté à conserver est d’autant plus grande que la captation ne parvient pas à restituer le contexte et donc entraîne la perte de la mise en scène avec les autres et le territoire. Il faudrait trouver le moyen d’établir une cartographie qui permet d’établir des liens, entre les histoires des différentes familles, les sons du quartier etc.
Mais la nature même de l’archive vivante n’est-elle pas justement de se modifier, mais également de mourir ? Notre archive est invisible aussi parce que même en l’ayant fait émerger une fois, elle peut disparaitre à nouveau. Il nous faudrait un moyen pour ne pas être enfermé dans un processus d’accumulation et de perte. A un moment Agnès lance un cri du cœur en racontant comment petite, du côté de St Louis, elle se promenait en touchant du doigt les murs, le trottoir, le caniveau et en s’écrivant « à moi, c’est à moi, c’est moi ! ». Autrement dit, ce qu’on cherche à activer ce n’est pas le sentiment de propriété mais d’appartenance, c’est-à-dire une forme d’attachement qui donne envie de prendre soin et donc de s’impliquer.
Pour conclure, rappelons un enjeu majeur qui est que le centre de la métropole Aix- Marseille se trouve justement ici, dans les 15 et 16e arrondissement !
Tout le monde s’accorde sur l’idée que le processus qui est en train de s’initier ne doit pas se limiter à Manifesta mais qu’il doit déborder l’événement. Dans le temps, mais aussi dans l’espace du lieu d’exposition, de manière à faire communiquer le centre et la périphérie mais aussi Marseille et Casablanca, que les activités des deux rives se fassent écho et que chacune diffuse et relaie l’activité de l’autre.
Afin de laisser Mohamed avancer dans sa pensée et dans ses propositions pour l’expo, nous convenons que la conversation peut également se poursuivre de manière très collective via la programmation. Ce sera le sujet de la prochaine séance de travail, où chacun est invité à venir avec une envie et idée de balade, une proposition d’un son ou d’un film et une forme ou sujet de rencontre/conférence.
Peu à peu, pas à pas, les archives invisibles apparaissent…