La Balade Harmonique (ce qui se cache derrière les coulisses)

Deux ans, deux reports et trois confinements.
C’est bien le temps qu’il faut pour tracer un chemin.
Deux ans, c’est bien peu de temps pour relier des communautés.
Et pour jouer de la musique, combien en faut-il d’années ?
Deux ans pour imaginer collectivement une balade, non pas pour chercher à devenir musicien.nes mais pour l’être dès qu’on prend part à l’élan collectif.

Etape 1 : au commencement, le bicentenaire de l’Harmonie de l’Estaque

En 2020, l’Harmonie de l’Estaque a soufflé sa deux centième bougie. Sise à proximité de la gare de l’Estaque, ce lieu raconte l’histoire de la sociabilité ouvrière, des rapports complexes avec les patrons (qui le fondèrent et le financèrent avant que des groupes de travailleurs, souvent lié aux mouvements communistes très actifs dans les quartiers , ne le prennent en main) , et témoigne du dynamisme artistique de ce territoire.
Toujours active mais un peu lasse de ses habitudes, l’Harmonie a trouvé grâce à la nomination de son actuel président, Henri Gil, un nouveau souffle. Le bicentenaire est alors devenu l’horizon et le cadre d’un vaste désir de maillage et de coopération avec de nombreuses associations, les écoles, les artistes voisins. De nouveaux usages sont naturellement apparus dans cet élan (ateliers de chants populaires, de danses trad ont commencé à animer les locaux régulièrement, à venir la reprise avec la Fanfare des familles d’un orchestre ouvert à tous.tes…).

De là est née l’envie de fêter dignement cet anniversaire, par une grande balade qui mettrait en perspective histoire tuilière et musique. La thématique tuilière faisant le lien avec le parc urbain de Foresta, l’idée d’une marche autour de l’Harmonie a pris des proportions inhabituelles : faire une traversée, de l’Estaque à Foresta, sans jauge limitée côté public. Une balade qui aurait lieu une seule fois et qui occuperait une journée complète.
Des musicien.nes habitant.es ont été sollicité.es pour ponctuer le passage des baladeur.euses. Pour faciliter l’autonomie au sein d’un groupe très large, on a imaginé un carnet de bord contenant des informations multiples ainsi que des incitations à découvrir par soi-même en portant son attention sur tel ou tel détail discret. 

Prévue pour le 2 mai 2020, la matinée devait permettre de rejoindre l’école primaire de Saint-Henri où les élèves, très impliqués dans l’étude de l’histoire tuilière, auraient présenté avec leurs camarades de l’Estaque-Gare le fruit de leurs recherches. On aurait ensuite rejoint Foresta en ligne droite. Là, la balade se serait terminée par une grande fête, « la fête du marquis de Foresta », version moderne et carnavalesque. Cette jonction aurait été l’occasion d’une fête de quartier, impliquant l’équipe de Foresta, les enfants qui gravitent autour du centre équestre, des groupes de musique et de danse et tout le public volontaire. Cette balade était donc vraiment placée sous le signe du ralliement, et du mélange des genres voire de l’inversion des rôles… 

Reportée du fait du confinement#1, la balade harmonique a été reprogrammée en mai 2021, toujours dans le même esprit de rassemblement et de mouvement collectif.

Etape 2 : de la persévérance en temps de confinement

Le confinement de mars-mai 2020 a complètement bouleversé le programme de balades et d’explorations de la coopérative. Toutefois, dès le mois de juin, une série de « balades des confinés » voit le jour : les coopérateur.ices créent une forme de balade inédite, destinée à partager leur propre expérience du confinement. Au cœur de cette reprise intense, on parle aussi du report de la balade harmonique et des moyens de la transformer pour qu’elle intègre les changements récemment vécus.
Le 6 août 2020, Julie De Muer envoie un mail collectif pour informer des décisions prises lors de la réunion du 22 juin à propos du report de la balade harmonique.

<Julie Demuer>  jeu. 6 août 2020 08:58

Bonjour à tous.tes,

J’ai tellement pris de retard sur pas mal d’aventures à relancer après le confinement que je ne trouve que maintenant le temps de raconter ce qu’on s’est dit lors de nos retrouvailles autour de la Balade harmonique.

Ceux qui étaient là:  Julie, Danièle, Dominique, Jean, Jean-Marie, Henri, Mathilde

CONTEXTE POST CONFINEMENT

• L’Harmonie décide d’étendre le bicentenaire à 2021.

Dans l’état d’esprit, les présents à la réunion étaient tous d’accord qu’il ne s’agissait pas tant de reporter ce qui aurait du avoir lieu le 3 mai mais de le transformer en en reprenant bien sur les ingrédients mais en s’autorisant à modifier les contenus et la manière de faire.

• Concrètement nous sommes arrivés à un scénario qui proposerait de prendre comme socle et horizon la grande balade (qui pourrait avoir lieu début mai 2021), mais qui se déclinerait en 3 balades publiques intermédiaires, correspondant aux 3 séquences qui existaient déjà dans notre premier version, et qui correspondent aussi à un ensemble d’acteurs, d’habitants, à une sensibilité, une couleur.

• Pendant le confinement, des relations se sont tissés dans des micro-voisinages. 

Hôtel du Nord en a proposé en juin des mises en forme collective au travers de 7 “balades des confinés », portées par des voisins à partir de leur vécus.

L’une d’entre elle est issue de ce qui s’est passé sur le pont de l’Estaque entre les voisins de l’Harmonie et ceux de Bovis, et a finalement repris en partie cette intention de la grande balade autour de la liaison entre le bas et le haut.

Elle s’est déroulée le 28 juin (très très bien) et amène une nouvelle énergie pour la balade Harmonique en construction.

Il semble aussi que du côté de St Henri les enseignants ont repris la thématique tuilière pour élaborer un projet pédagogique pour l’an prochain. Si c’est bien le cas (Amandine n’était pas à la réunion, on s’en est parlé rapidement en se croisant) il y a la encore sans doute un niveau de « tricotage » qui pourra se faire entre balades qui relient et actions de la communauté active localement.

Seulement voilà : dès novembre advint le confinement#2, lequel emporta notre programmation de balades intermédiaires, du fait de l’interdiction de manifestation publique ainsi que de la démobilisation qui touchait les personnes investies dans le projet de la célébration du bicentenaire.
Cependant, la balade continuait de faire son chemin dans nos esprits et au fil des rencontres, elle continuait à prendre forme.
Nous avons ainsi gagné de nouveaux complices notamment le collectif de musiciens et danseurs improvisateurs du Grand 8, qui suite au confinement s’est découvert un vrai goût pour le plein air et qui s’associe du coup aux expériences de balades. Le 24 octobre 2020, à l’occasion de la balade du Sens de la Pente#1 (qui échappait de justesse au reconfinement), le collectif accompagnait ainsi l’exploration du massif de la Nerthe proposée par Hôtel du Nord, la Déviation et Thalassanté dans le cadre de l’événement Non Site/On site.

Les échanges et les rencontres (notamment avec Laura Spica du Vacarme Orchestra, Olivier Bost du Grand8/Fanfare des familles, Manu Théron et Claude Freyssinet de la FAMDT) ont fait se recentrer la thématique de la balade sur la musique populaire et ses modes de transmission. Aux vues des difficultés à travailler avec les écoles dans le contexte sanitaire, certains aspects initialement prévus ont été mis en suspens au profit d’une forme musicale et participative. L’idée étant que cette balade soit un concert ambulatoire de l’Estaque à Foresta et que le groupe de marcheur.euses se transforme au fil des rencontres musicales en un orchestre total au sein duquel chacun.e aura un rôle rythmique et mélodique. A Foresta, la journée pourrait alors se prolonger par des ateliers de musique et de danse et se terminerait par une représentation collective, où les frontières entre spectateurs et artistes seront brouillées.

Ces multiples reprogrammations et annulations, transformations au grès des rencontres, exercices de souplesse pour tenter de s’adapter aux multiples et changeantes directives gouvernementales étaient à la fois porteuses de créativité et d’affinage de la proposition, mais également facteurs d’essoufflement. Au début de l’année 2021, la question devint dès lors de savoir si la dimension collective était toujours présente et si suffisamment de personnes étaient prêtes à s’impliquer une nouvelle fois. Le 8 mars, une date est alors fixée pour la « réunion de la dernière chance ».
Il en ressortit que nous étions nombreux.ses à être prêt.es à se faire confiance et à s’engager collectivement dans la réalisation d’une Balade Harmonique prévue pour le 2 mai, et ce malgré les incertitudes.

Etape 3 : être en harmonie, déf : capacité à marcher ensemble

<Mazzani Chloe>  mar. 9 mars 18:27

Hello,

Afin de raccrocher les absents et de remettre en commun ce que nous avons partagé lundi autour de la table, voici un petit récap de la balade harmonique telle qu’elle se dessine à l’heure actuelle :

La balade démarre de l’Harmonie de l’Estaque et chemine jusqu’à Foresta, à travers des paysages reliés par l’histoire tuillière mais visuellement,auditivement, urbanistiquement, socialement aussi sans cesse en rupture. 

Cette mise en mouvement est initiée par un prétexte qui reste à préciser : débat autour de la création de l’Harmonie ? recherche d’une tradition de transhumance orchestrale perdue ? Invitation à la fête du marquis ? 

Cette version de la balade place la musique au centre : la musique fait partie de la marche elle-même, elle souligne, fait sonner le paysage en même temps qu’elle participe à la narration des histoires que nous voulons raconter.

Cette marche est aussi un moyen de faire l’expérience de la musique en tant que moment de faire-ensemble, de fabrication d’un corps collectif. Cela par la rencontre du groupe de marcheur.euses avec des formes musicales collectives, par l’endossement d’accessoires sonores, par jeu avec le mobilier urbain, par tout ce qui peut permettre de transformer le rythme de la marche en rythme musical.

Afin d’également transmettre des connaissances sur l’histoire et le patrimoine des espaces traversés, de partager des témoignages, des protocoles, des jeux etc un livret va être fabriqué collectivement et distribué aux participant.e.s, tel un conducteur d’orchestre réunissant les multiples lignes de chant.

Pour l’instant on est parti sur une forme de 3-4h de marche (départ de la balade à 9h30 pour une arrivée à 13/14h). Le pique nique aura lieu à Foresta, où la balade sera accueillie et pourra devenir un après midi partagé autour des histoires d’argile et de tuiles. On a aussi évoqué l’hypothèse de ré-exposer à Foresta les travaux des écoles (ce qui avait été fait avec Jean François il y a deux ans).

L’itinéraire que nous allons explorer dimanche est le suivant :

Harmonie de l’Estaque – pont de la gare – chemin le long de containers – clairière de l’ancienne bastide Miramar – la Monjarde – place Raphel – les Castors – gare de St Henri – rond point en bas de la Castellane (vers la piscine) – montée vers Grand Littoral et passage sous les fondations – Foresta 

Rendez-vous dimanche 14 mars à 9h au 22 traverse de l’Harmonie (devant chez Danièle qui offre le café) pour parcourir cet itinéraire ensemble et faire jaillir les idées !

C’est le dimanche 14 mars que reprirent enfin les explorations marchées. En réalité, le démarrage fut long et quelque peu laborieux : nous venions de prendre conscience que la date du 2 mai tombait cette année en plein milieu du mois de ramadan, ce qui compromettait la participation de nombreuses personnes, notamment celle des enfants et des mamans de la Castellane que l’on voulait explicitement rallier. Pour autant, impossible de changer la date, fixée depuis plus d’un an, car on perdait à nouveau des membres clefs de l’équipe. Après moult tempêtes de cerveau, il décidé de simplement changer l’horaire de la balade : qu’elle ait lieu l’après midi et non plus le matin, de manière à pouvoir faire la rupture du jeun à Foresta.

<Dominique Poulain> dim. 14 mars 2021  18:40

Je ne  résiste pas, mes amis… quand on réfléchit ensemble à une date plausible pour la balade, ça donne …ça ! 

Une fois résolu ce problème nous partons explorer le parcours afin d’imaginer les interventions parlées et musicales.
Une attention particulière est portée à la fin du parcours : à la colline-remblais de Grand Littoral/Foresta. Il apparaît comme vraiment important de relier ce territoire à notre point de départ de l’Estaque-Saint Henri, du fait de l’histoire tuilière commune et de l’envie d’effectuer la traversée pédestre du bassin de Séon, alors même que la zone du remblais a été aménagée exclusivement pour la voiture et que le piéton ne s’y sent pas très invité. Relier Foresta grâce à la balade Harmonique apparaît aussi comme un moyen de contribuer au processus d’intégration du parc urbain à son voisinage, comme le projette l’Assemblée de Foresta

<Julie Demuer>  dim. 14 mars 20:45

Une dernière petite image/texte issu du bouquin de Valérie Jouve, en écho à celui que je vous ai lu devant la Gare de St Henri. Le secret de fondation de l’effondrement de Grand Littoral.

Ce petit texte résonne fort pour moi avec ce qui s’est exprimé très récemment lors des dernières assemblées collectives qui se sont déroulées à Foresta, et qui ont laissé surgir l’importance d’œuvrer à partager nos histoires.

Dans sa nouvelle version, la balade se structure notamment autour d’un chant « Indian Red », qui tisse l’évolution du groupe vers sa « transformation » en corps collectif et en orchestre. Le chant est transmis aux participant.e.s en amont grâce aux sessions de chant animées par Willy une fois par semaine au cinéma l’Alhambra.

A partir de cette semaine, tous les jeudis, la session chant animée par Willy commencera par un temps de transmission du chant. La prochaine fois sera sur le plateau de l’Alhambra ce jeudi à 19h.

<Le Corre Willy>  lun. 29 mars 08:36

Salut a tous.

Tout d abord, bravo a toutes ces enquêtes lettrées, imagées, imaginées et partagées. 

Un petit mot concernant la chanson Indian Red qui sera un des fils conducteurs harmoniques de la ballade. 

Je mène par ailleurs des cessions de transmissions de chants de carnavals dont “Indian Red”. 

Je voulais donc vous convier dès  ce jeudi 19h/22h à l’alhambra afin que vous puissiez l’apprendre également. Je commencerai la cession par ce chant. 

Vous pouvez évidemment rester toute la séance et tenter de monter en route dans ce “char” chanté en cours de construction. 

Des bises.

Willy

Début avril, un nouveau confinement est mis en place : mais il est trop tard, le groupe a trouvé son rythme de croisière et se met à l’ouvrage pour préparer la journée du 2 mai…fusse t-elle sous le coup des restrictions.

On se met alors à travailler par petits groupes afin d’avancer sur les différents chantiers :

Willy et Jef préparent de quoi déjà assembler une centaine d’instruments (bâtons sonnaille, ceintures ou bracelets avec des tessons d’argile…) qui seront distribués aux participant.e.s durant la balade afin de contribuer à leur transformation.

Un chant continue à se transmettre et être enseigné par Willy aux habitants chanteurs et par Olivier à la Fanfare des familles.

Une session de travail a lieu en petit comité pour préciser la trame qui permettra d’articuler toutes les interventions durant la marche et la narration.

Une première réunion à Foresta a permis de commencer à dessiner la manière d’accueillir la balade le 2 mai mais aussi de trouver les manières d’impliquer les enfants et les familles qui fréquentent le parc dans la préparation.

Willy a repris contact avec l’Ecole Rabelais et finalement ils vont pouvoir malgré la situation sanitaire préparer une partie des instruments avec les enfants.

Des nouvelles rencontres ou retrouvailles ont eu lieu avec Nathan qui a passé 5 mois en immersion en 2020 à Foresta pour expérimenter des manières de mettre en récit les histoires à partir des savoir-faire des habitant.es, de l’argile et de la fête, avec Rama Diallo qui, avec ses collègues sénégalais, transmets dans les quartiers les traditions musicales et les contes d’Afrique de l’Ouest toujours en circulation à Marseille, avec Julien qui habite à Saint-Henri mais est aussi le fondateur de la Rara Walib, et bien sur avec Chadly, Hamida, les mamans super actives de l’école Amasie qui composent aujourd’hui une partie de ce qui s’appelle l’Assemblée Foresta.

Olivier, Willy et Laura ont continué à échanger sur l’imbrication des formes musicales.

Les uns et les autres ont envoyé de la doc, des photos, partagé des enquêtes, des idées ou des lectures.

Concernant la narration, une bascule est proposée par le groupe: au lieu d’aller à la Fête du marquis (qui demande finalement beaucoup d’explication pour devenir compréhensible à qui n’est pas natif ou spécialiste d’histoire locale), ils ont proposé de repartir d’une question à la fois simple et complexe: « c’est quoi l’harmonie? ».

Toute cette activité est accompagnée de l’écriture intensive du livret par Julie et Chloé, qui condensent les recherches menées autour de l’histoire de l’Harmonie de l’Estaque, l’histoire ouvrière et tuilière du bassin de Séon, l’évolution industrielle des collines, les bidonvilles, la renaturation du remblais de Foresta, dans une déclinaison de la définition d’harmonie. Le livret est accessible : ICI

Etape 4 : dernières minutes

Selon l’endroit où chacun se trouve, la réalité du confinement et des « risques » du maintien d’un événement public affecte différemment. Ainsi, quelques jours avant la date de la grande balade, l’équipe de Foresta décide de se retirer, ne se sentant pas en mesure d’accueillir du public sur le site.
Au dernier moment le parcours change et prend pour point d’arrivée le parc de l’ancienne bastide de Miramar qui a attiré un intérêt croissant au cours de la construction de la balade. Ce changement de dernière minute déçoit quelque peu les efforts investis pour rallier Foresta. Cependant, la réalité de Miramar, un espace arboré et fréquenté par le voisinage, menacé par une acquisition privée manquant de transparence et par des projets d’extension industrielle, fait écho de manière frappante avec la réalité foncière du parc urbain Foresta. La transformation de l’itinéraire apparaît dès lors comme un jalon qui permettra de renforcer les liens avec la communauté de Foresta.

L’émulation créée par la Balade Harmonique a permis la mise en place d’une mobilisation citoyenne rapide et efficace au moment où les pins de Miramar se sont retrouvés sous la menace de trançonneuses. Marie, Agnès, les habitant.e.s de la Monjarde et tout une constellation de voisin.e.s plus ou moins proches ont commencé à s’investir pour la préservation et l’animation du lieu. Leurs aventures sont en ligne sur la page Sauvons Miramar et bientôt viendra un récit complet !

Pour le 2 mai, il est décidé de ne pas communiquer officiellement, mais d’inviter chacun.e à informer son cercle, tout en expliquant la démarche particulière de cette balade dont l’adresse est avant tout destinée aux habitant.e.s mêmes du territoire traversé.

Prêt.es pour la levée de rideau en ce 1e mai ! L’équipe se réunit à l’Harmonie de l’Estaque-gare juste avant d’entamer un dernier repérage sous une pluie battante

La suite de l’aventure harmonique, c’est ICI !

ARGILES

Nouveau folklore et culture industrielle au nord de Marseille

3 séries d’ateliers artistiques autour du patrimoine tuilier du bassin de Séon à Foresta

Et si on partait à en voyage ici?

Et si on inventait ensemble un pays imaginaire, le fabuleux pays des tuiles et de l’argile?

En l’explorant on pourrait écouter et raconter les multiples histoires de ceux et celles qui vivent et ont vécu là, on pourrait aussi écouter ce que nous disent les plantes, la terre et aussi les caddies et le béton . Peut-être même qu’on pourrait peu à peu inventer des fêtes, des chants, des traditions à ce drôle de pays à la fois si réel et accueillant à nos rêves?

Et si l’argile pouvait donner matière et formes à l’envie de tisser avec toutes ces voix une histoire collective?

Pendant tout l’été, une première série d’ateliers vous propose de partir à la recherche des histoires et des savoirs-faire liés au passé tuilier de Foresta et des quartiers environnants. C’est aussi vers les usages d’aujourd’hui que ce voyage nous conduira, pour peu à peu vivre une aventure collective et pourquoi pas imaginer un nouveau folklore pour se relier?

Photos Nathan Bonnaudet et Dominique Poulain

Renseignements et inscriptions aux ateliers (gratuits) : 06 09 87 98 75 ou 07 68 23 59 91

Le festin argileux
Atelier proposé par Nathan Bonnaudet (artiste designer)

Il y a quelques dizaines d’années, Foresta était une carrière d’argile dans lequel on récoltait la terre servant à fabriquer les tuiles de Marseille. Cet été une tuilerie d’un nouveau genre s’installe sur le parc, des outils traditionnels et un four à céramique primitif vous invitent à découvrir l’histoire industrielle locale. Le temps d’une semaine, venez fabriquer de la vaisselle inspirée des techniques de fabrication des tuiles et réaliser un festin célébrant le sol de Foresta.

du 26 au 30 juillet: 9h30-12h30 du lundi au jeudi, Vendredi 9h30-18h avec goûter de restitution en fin de journée. Visite des réserves du Mucem le mercredi 28 juillet.

Pour les Familles, enfants à partir de 9 ans et adultes


Rouge  Atelier proposé par Louise Nicollon (artiste plasticienne)


Au pied de Foresta, l’usine Monier. Dernière industrie tuilière marseillaise, elle appartient à un récit où le paysage, les femmes et les hommes ont fabriqué ensemble une histoire et une forme à la ville : l’un fournit la matière première, l’ argile, les autres apportent leurs savoir-faire, artisanaux puis industriels… Nous vous proposons d’enquêter ensemble sur cette histoire en recherchant et collectant avec et auprès des habitants les différentes voix et formes que prend cette histoire (souvenirs, savoir-faire, luttes, archives…).

du 19 au 28 juillet : 9h30-12h30 lundis et mardis matin, mercredi 9h30-18h

Familles, enfants à partir de 9 ans et adultes

Les bolides
Atelier proposé par Nathan Bonnaudet (artiste designer)


Foresta est depuis des années le terrain de jeu des motards de tout Marseille. Il n’est pas rare de croiser les passionnés entre les collines naturelles et les remblais entassés là. Mais depuis quelques mois, des chevaux se sont installés sur le site et se confrontent aux moto cross. Venez réaliser des costumes et drapeaux en textile et participer à une parade mettant en scène la rencontre de ces deux groupes.


Les mercredis de septembre

14h30-18h30

Adolescents (à partir de 13 ans)

Argiles est un projet évolutif qui aimerait relier les histoires, les quartiers et les initiatives autour d’un patrimoine à la fois multiple et commun. Il prendra de multiples formes (ateliers de pratiques artistiques, fêtes, balades, parades…) au fur et à mesure des idées, expériences et énergies partagées. Il est porté par la coopérative d’habitants Hôtel du Nord, avec les artistes impliqués, Foresta, Yes We Camp et ses partenaires, l’Harmonie de l’Estaque, l’Ecole de musique de Séon, l’association Voyons Voir et de multiples collectifs d’habitants actifs dans leur territoire.

Le projet Argiles est soutenu par Rouvrir le Monde, un dispositif de la DRAC PACA dans le cadre de l’été culturel 2021 du Ministère de la Culture et par le programme Culture et lien social du Ministère de la Culture et de la préfecture des Bouches du Rhône.

Mythologie : Une mythologie est un ensemble de mythes qui forment un système doté d’une certaine cohérence, sous-tendu par la logique propre au système de pensée développé par une communauté donnée, dans un endroit et à une époque donnés.

Folklore : Le folklore (de l’anglais folk, peuple et lore, savoir, connaissances, science) est l’ensemble des productions collectives émanant d’un peuple et se transmettant d’une génération à l’autre par voie orale et par imitation. Ces arts et traditions populaires comprennent la culture littéraire (contes, récits, chants, musiques et croyances), figurative (rites, costumes, danses, décors, représentations), et matérielle (habitation, outillage, techniques, instruments, etc.).

Assemblée : Espace de dialogue rapproché pour personnes impliquées, mais aussi s’assembler (mettre ensemble, unir).

Exploration botanique de Foresta – Récit #5 La coulée verte

La coulée verte ou comment les plantes se sont adaptées à Foresta

Après la fin de l’exploitation de l’immense carrière d’argile de Foresta, la colline a été remodelée dans les années 90 et une « Coulée Verte » fut un temps imaginée par la ville de Marseille. 

De nombreux arbres et arbustes ont été plantés à cette époque afin d’embellir mais surtout de tenir les nombreux talus en pente du site. Abandonnés pendant une vingtaine d’années, que sont devenus ces plantations ? Certaines se sont installées et d’autres non. Cette exploration de la coulée verte sur tout l’espace de Foresta nous a donné quelques réponses.

L’arrivée à Foresta par le Bd d’Hanoï à la Viste est toujours impressionnante…

coté ville
et coté colline

Premier arrêt sur cette maladie étrange qu’ont tous les genêts de Foresta, ils font des « balais de sorcière », la plante se met à fabriquer d’étranges feuilles.

Le genêt (Spartium junceum) et ses balais de sorcière

Les pins d’Alep plantés sur les talus, nous suivons les chemins parallèles et sillonnons sur le site.

Les pins d’Alep sur les talus

Le Chalef, Eleagnus ebbingei au premier plan, un arbuste planté mais qui ne colonise pas, au fond les pins d’Alep, Pinus halepensis, et les pins pignon ou parasol, Pinus pinea.

Chalef, pins d’Alep et pins parasol

De surprenants Ovni ont atterri parmi les pins !

Ovni

C’est parti pour l’identification des plantes, la Vipérine ou Echium vulgare avec ses fleurs violettes et roses nous attire naturellement. La boite à herbier de Safi inspire les botanistes, chacun remplit les fiches pour l’herbier de Foresta.

La boite à herboriser de Safi

Fiche d’herbier, flore pour déterminer le nom des plantes.

Herbier

La Vipérine en fleur

Vipérine ou Echium vulgare

Un champ de graminées et au fond les pins parasol, bien reconnaissables avec leur forme arrondie.

Graminées et pins pignon

Déterminer les graminées, c’est un peu difficile, il faudrait un spécialiste pour nous éclairer…

Graminées à identifier…

Un petit Févier d’Amérique, Gleditzia triacanthos inermis a poussé à partir de graines d’un arbre adulte planté dans la coulée verte. Un bel arbre d’ornement qui s’est adapté aux conditions de Foresta.

Févier d’Amérique

La jolie feuille du Févier dAmérique.

Plantations qui ont commencé à coloniser Foresta :

Arbre à perruques (Cotinus coggygria), Ailante (Ailanthus altissima), Viorne tin (Viburnum tinus), Savonnier (Koelreuteria paniculata), Pin d’Alep (Pinus halepensis), Chêne vert (Quercus ilex), Pistachier lentisque (Pistacia lentiscus), Frêne à feuilles étroites (Fraxinus angustifolia), Mûrier noir (Morus nigra), Févier d’Amérique (Gleditzia triacanthos inermis), Tamaris gallica, Erable negundo (Acer negundo), Troëne du Japon (Ligustrum japonicum), Laurier rose (Nerium oleander), Micocoulier (Celtis australis), Poirier (Pyrus communis)

Identification des arbres

Un petit arrêt sur les canapés du hameau pour continuer l’herbier.

Plantations qui n’ont pas colonisé mais sont toujours présentes :

Chalef (Eleagnus x ebbigei), pin parasol (Pinus pinea), Cédre de l’Atlas (Cedrus atlantica)

Arbres et arbustes sauvages présents :

Eglantier (Rosa canina), Ormeau (Ulmus minor), Peuplier noir (Populus nigra)

Fiche d’herbier pour un Ormeau.

Ormeau

Avec cette exploration de l’adaptation des plantes au site, il sera plus facile de choisir les bonnes espèces à planter à Foresta.

Comme d’habitude, nous mettrons ces données sur le site de botanique participative Tela Botanica.

A bientôt sur les chemins de Foresta !

Exploration botanique de Foresta – Récit #4 le Teucrium pseudochamaepitys

La star des plantes de Foresta : la Germandrée faux petit pin ou Teucrium pseudochamaepitys

LE BOTANISTE SOUHAITERAIT QU’ON NE TOUCHE À AUCUNE PLANTE…

Pour cette exploration botanique, nous nous sommes intéressés à un petit bout de colline entre le jardin du belvédère et le parc Brégante ou l’on croise le GR 2013. C’est une petite partie préservée du site de Foresta ou poussent des plantes caractéristiques, et aussi la Germandrée faux petit pin (Teucrium pseudochamaepitys) de la famille des Lamiacées, une petite plante protégée au niveau national car on ne la trouve qu’aux abords du bassin de Séon à Marseille. Il existe d’autres petits sites de Teucrium ps. dans le Var et l’Aude. 

Ça discute entre le botaniste Jean Daquino qui souhaiterait qu’on ne touche à aucune plante et Bénédikte la responsable des ânes de Foresta qui remarque que les mauves ne sont pas bonnes pour les ânes.

Pâturage et biodiversité sont-ils compatibles sur le terrain de Foresta ? Tout est possible quand on gère les actions, en délimitant certaines zones par exemple.

Départ comme d’habitude devant le jardin du belvédère à la Viste, ou l’on retrouve l’équipe de Yes We Camp et les enfants qui participent aux « goûters du mercredi » avec les ânes de Bénédikte. Joséphine enregistre l’exploration botanique pour Radio Foresta.

Départ au Bd d’Hanoï

Jean Daquino, de la Sté Linnéenne de Provence, nous présente différentes variétés d’Ophrys, ces fleurs qui imitent physiquement un insecte mais également produisent une odeur de phéromone pour l’insecte en question. Pendant qu’il se pose sur la fleur prenant celle-ci pour un partenaire, deux petits pollini se collent sur l’insecte qui les déposera plus loin, la nature fabrique de multiples associations dont on connaît encore mal tous les secrets.

Ophrys bourdon

Il vaut mieux utiliser une loupe pour voir les détails, on remarque les pollini qui se collent sur le stylo…

Observation des pollini

La boite à herbier fabriquée par Safi, le micro de Radio Foresta et les gants pour tous les bénévoles et les enfants afin de ramasser les déchets à l’entrée de Foresta au Bd d’Hanoï.

Anthericum liliago sur la boite à herboriser

On sait par les descriptions des botanistes du XIXème siècle que cette germandrée était très présente sur les collines de Marseille. Elle résiste au feu, se développant par un système de racines stolonées, et préfère les milieux ouverts. Par contre elle n’a pu résister au retournement des sols pour l’urbanisation, et a seulement persisté sur de petits sites épargnés par l’homme.

Ici, la construction du lotissement en haut a déjà causé la disparition d’une partie du site de la Germandrée, mais aujourd’hui elle est encore menacée par les jardiniers d’en bas qui sont mal informés de la protection en liste rouge et veulent « faire propre ».

Avec Joséphine de Yes We Camp, nous avons préparé un panneau d’information sur cette plante rare qui sera bientôt mis en place à l’entrée de Foresta du Bd d’Hanoï, en haut de l’escalier du Teucrium, construit par les jardiniers, et que nous aménagerons en sentier botanique l’an prochain.

Au fond, la cité Campagne Lévêque, le lycée nord et en bas du vallon les jardins kabyles installés là depuis longtemps en contrebas des nouvelles résidences. Au premier plan les affleurements calcaires (tuf) des hauteurs du bassin de Séon ou pousse la Germandrée faux petit pin. On la trouve aussi aux alentours du lycée nord dans le parc de Séon, à Mourepiane au Régali et sur les hauteurs de l’Estaque à Septèmes les vallons.

Finalement l’escalier des jardiniers qui traverse ce site protégé devient pour nous un sentier botanique pour l’observation du Teucrium pseudochamaepitys. L’idée étant de le transformer dans l’avenir en véritable sentier botanique avec des informations sur ce biotope.

On y trouve des plantes méditerranéennes de colline : Buplèvre arbustif seulement présent ici, pistachier lentisque et pistachier térébinthe, euphorbes (graminifolia, helioscopia, dentata), chêne kermès, viorne tin, genêt spartium, brachypodium retusum etc, associés à la Germandrée faux petit pin, qui est partout sur ce petit site.

Observation des détails de la plante, feuilles, fleur, poils ou non, tige carrée ou ronde qui permettent de l’identifier mais surtout d’avoir une meilleure connaissance de la flore en milieu urbain. Le Teucrium pseudochamaepitys est en fleurs, la colline est remplie de petites fleurs blanches.

Le Buplèvre arbustif ou Bupleurum fruticosum, une plante indigène qu’on ne voit plus beaucoup. Un petit coin peut s’avérer très riche en biodiversité.

Buplèvre arbustif

La Coronille à feuilles de jonc ou Coronilla juncea, pas très commune non plus mais bien présente ici avec l’Euphorbe dentée ou Euphorbia dentata, dont la feuille est dentée.

Coronille à feuilles de jonc
Euphorbe à feuille dentée

L’Euphorbe à fines feuilles ou Euphorbia graminifolia en compagnie du Chêne kermès ou Quercus coccifera en fleur.

Euphorbe à feuille fine
Chêne kermès

L’alysson maritime ou Lobularia maritima, avec son odeur de miel, et le Pistachier lentisque ou Pistacia lentiscus

Alysson ou Lobularia maritima
Pistachier lentisque

La Germandrée faux petit pin ou Teucrium pseudochamaepitys réapparaît chaque année à partir de ses racines stolonnées, puis développe sa hampe florale en avril-mai. La tige est carrée et poilue, les feuilles sont triséquées, la couleur de la plante est glauque.

Fleurs de Germandrée faux petit pin

La fleur typique des Lamiacées est blanche, lavée de purpurin de façon plus ou moins marquée.

La Germandrée le long de l’escalier des jardiniers
La Germandrée dans son biotope

La Scabieuse et le Buplèvre arbustif avec ses fleurs jaunes en ombelle.

La scabieuse
Le buplèvre arbustif

L’Aphyllante de Montpellier ou Aphyllanthes monspeliensis

La Mauve ou Malva sylvestris le long du GR 2013

La mauve au premier plan

Les explications de Jean sont toujours passionnantes et avec une note d’humour…

Herboriser…

Lavatera cretica une Malvacée qui ressemble à la Mauve mais ses feuilles sont plus pointues et ses fleurs plus petites et plus claires

Lavatera cretica

La Vipérine ou Echium vulgare

Vipérine

Puis nous sommes attirés par la verdure et suivons le GR 2013 qui nous conduit directement dans le parc Bregante par une entrée cachée…

Le Sureau noir ou Sambucus nigra

Fleur de sureau noir

La Ronce qui produit les mûres

Au milieu des ronces

La vue du verger sauvage sur le GR 2013 avant l’entrée du Parc Bregante

Vue sur mer du verger de Foresta

Arrivée au Parc Bregante ou l’on admire le chêne vert qui enlace amoureusement le grand pin, Bregante c’est le parc des amoureux !

Parc Brégante par l’entrée du GR 2013

La Myrte ou Myrtus communis est un bel arbuste qui peut vivre 300 ans. Elle couvrait les collines de la Nerthe, qui signifie Myrte en provençal, mais a disparu du Rove. Heureusement elle est plantée dans les parcs et jardins pour son esthétique et son odeur.

La myrte

Le Pitto ou Pittosporum tobira, très bien installé en Provence

Le pitto

La Glycine géante qui dévale les terrasses du parc.

Glycine

Photinia serratifolia, un arbre rare en France

Photinia serratifolia

le cheveu de Vénus, une plante pariétale

Cheveu de Vénus

la Ruine de Rome, une autre pariétale

Ruine de Rome

La vue sur Consolat et la mer depuis le parc Bregante

Vue sur le Frioul

A bientôt sur les sentiers de Foresta…

Exploration botanique de Foresta – Récit #3, les plantes utiles

Les plantes utiles de Foresta : tinctoriales et comestibles

Pour cette exploration botanique du 30 mars 2019 plutôt thématique, nous nous sommes intéressés aux plantes utiles présentes sur le site de Foresta : les plantes tinctoriales pour la teinture et la peinture délaissées depuis l’ère industrielle, et la cueillette de plantes sauvages comestibles, qui ont toute leur place dans un développement écologique, et de ce fait bénéficient d’un regain d’intérêt.

Tellement d’intérêt ce jour là que personne n’a pensé à prendre des photos, je suis donc revenue après pour photographier les plantes, une balade invisible…

  1. Les plantes tinctoriales

L’homme peint son corps et son habitat depuis le paléolithique, mais la teinture végétale des fibres comme le lin ou la laine pour le tissage se développe au néolithique avec les débuts de l’agriculture (-6000 en Europe).

A Foresta, avec un sol calcaire, argileux, et fait de beaucoup de remblais, on trouve quelques tinctoriales qui se sont adaptées au climat méditerranéen local, sec et venteux.

Vue du bassin haut de Foresta

L’arbre à perruques, Cotinus coggygria, le sumac fustet – couleurjaune

Important dans l’industrie textile depuis le XVIe siècle, il est exploité en Provence, en Espagne, au Portugal et même cultivé en Italie du sud.

Bien que sa teinture soit de faible stabilité à la lumière, il est économique à l’utilisation, et se prête à une utilisation avec d’autres principes tinctoriaux onéreux comme la cochenille et le carthame. Malgré la concurrence des bois exotiques dès le 16e, l’activité se maintient jusqu’au milieu du 19e siècle.

On cueille les feuilles et les jeunes pousses en juin juillet mais toutes les parties aériennes de la plante peuvent s’utiliser. On coupe les branches, puis on les sèche au soleil, et on bat, puis on passe à la meule les feuilles et les sommités détachées des branches.

L’Argeras, Ulex parviflorus, Ajonc épineux – couleur jaune

Il peut remplacer le genêt des teinturiers (Genista tinctoria) ou la Gaude (Reseda luteola). On récolte les branches fleuries fraîches qu’on fait bouillir.

Le Nerprun, Rhamnus alaternus – couleur jaune

Comme deux autres nerpruns, on utilise les baies pour la teinture depuis le IIe siècle, en récoltant les baies avant maturité en début d’été puis en les faisant sécher. On les appelait aussi « graines d’Avignon », recherchées par les teinturiers de « petit teint ». On l’employait aussi pour fabriquer une couleur jaune à peindre sous le nom de stil-de-grainen la mélangeant à de l’argile et de l’alun (bi-sulfate de potassium et aluminium) utilisée par les peintres flamands du XV-XVIe siècle.

Nerprun alaterne, Rhamnus alaternus
Baies de Nerprun

Le chrysanthème jaune, Chrysanthemum coronarium – couleur jaune

Plante de petit teint, on obtient le colorant jaune à partir de la décoction des fleurs, et il s’applique sur la laine, le coton et la soie préalablement mordancés à l’alun.

Le Grenadier, Punica granatum – couleur jaune orangé

La grenade peut en effet contenir 400 graines par fruit, ce qui en fait le symbole de la fécondité dans de nombreuses cultures. Originaire du pourtour de la mer caspienne, il est domestiqué dès le néolithique et importé en Asie orientale et dans le bassin méditerranéen. Les Romains le ramènent de Carthage et les Arabes en ont planté de grandes quantités en Espagne à partir du VIIIe siècle.

On utilise en teinture l’écorce des fruits et parfois l’écorce du tronc. La grenade donne une teinte solide safran, résistante au soleil et aux lavages. Utilisée en simple décoction sans mordant au Maghreb pour teindre la laine, tandis qu’avec un mordançage au fer, elle donne des tons gris ou noirs. Passée sur un pied d’indigo, elle donne un vert bouteille ou émeraude.

Galium aparine, gratteron – couleur rose

Cette plante qui ressemble à la garance voyageuse, Rubia peregrina ou la vraie garance, Rubia tinctoria peut aussi être utilisée en teinture, par les racines stolonées rouges. Les baies sont un bon succédané de café.

Le Chêne kermès, Quercus coccifera – couleur rose, rouge (cochenille)

Le kermès a pris le nom de la cochenille qui le parasite, Kermes vermilio, et donne un colorant rouge très recherché pour le textile et l’alimentaire depuis l’Antiquité. Au XVIIIe siècle, le vermillon français est concurrencé par la cochenille mexicaine, qui provient du figuier de Barbarie (Opuntia) et coûte bien moins cher. Aujourd’hui la cochenille est devenue rare en France, surtout à cause des incendies de forêts et des insecticides de l’agriculture. On récolte les femelles car ce sont les œufs qui sont remplis d’une liqueur rouge, que l’on trempe dans le vinaigre pendant 12h, et que l’on sèche au soleil. Il faut 60 à 80 individus pour obtenir un gramme de pigment.

Chêne kermès, Quercus coccifera

Le Sureau, Sambucus nigra – couleur mauve bleu

Le nom fait référence aux Sambuca, les flûtes fabriquées par les bergers grecs à base de tiges de sureau évidées. On retrouve chez les Celtes cette même allusion aux flûtes en sureau que les druides utilisaient pour converser avec les morts. L’usage très ancien du sureau est attesté par l’archéologie. Les baies sont macérées dans du vinaigre pendant deux jours et portées à ébullition une heure. On trempe le tissu en décoction. Il donne des tons du violine au bleu en passant par un gris souris. On peut aussi utiliser les baies du prunelier Prunus spinosa pour ces couleurs.

Le Pastel, Isatis tinctoria – couleur bleu

Des traces de son utilisation dès le néolithique ont été trouvées dans la grotte d’Adaouste dans les Bouches du Rhône. Mais son rôle en teinture se développe au XIIe siècle avec des pastels en provenance d’Espagne ou d’Orient, et devient la couleur des princes et de la Vierge en France et en Europe. Pendant la Renaissance le pays de cocagne enrichit la région. Cependant l’indigo importé d’Inde et d’Asie vient concurrencer le pastel…La récolte des feuilles s’étale de la St Jean jusqu’en octobre en 4 à 6 cueillettes puis un long travail de transformation est nécessaire pour obtenir le fameux bleu. Pour les bâtons de pastel, on mélange avec de la gomme et de la craie le colorant.

le Pastel, Isatis tinctoria

La Scabieuse, Scabiosa – couleur bleu pâle

Une décoction de cette plante donne, après oxydation à l’air du tissu de coton, une teinture bleu pâle assez solide.

L’Iris, Iris Germanica – couleur verte

La culture de l’iris comme matière première a été surtout pratiquée aux Pays-Bas (iris xiphium) pour le pigment vert tiré de ses pétales, et au Maroc pour le parfum des racines, dont on tire une huile essentielle le « beurre d’iris » (iris germanica). Il a été utilisé pour les enluminures et la peinture mais il est peu solide.

Le Sumac des corroyeurs, Rhus coriaria – couleur brun

le feuillage riche en tanins est récolté de fin juillet à fin septembre pour la tannage et la teinture des peaux, d’ou son nom commun.

Une plante comestible et tinctoriale : le coquelicot (Papaver rhoeas)

Coquelicot

2. Les plantes comestibles

Toute l’année ou presque, on peut ramasser des plantes comestibles à Foresta, certaines très présentes comme le fenouil, d’autres seulement comestibles durant un petit moment de saison comme l’asperge sauvage.

L’Ail sauvage, Allium napolitanum, à préserver

L’Arroche maritime, Atriplex halimus

Arroche maritime ou Pourpier marin

L’Asperge sauvage, Asparagus acutifolius

La Bette sauvage, Betta vulgaris maritima

Blette sauvage, Betta maritima

Le Calendula arvensis, souci sauvage

Le Chardon marie, Silybum marianum

Le Chénopode blanc, Chenopodium album

La Chicorée sauvage, Cichorium intybus

Le Coquelicot, Papaver rhoeas

Le Fenouil sauvage, Foeniculum vulgare

Fenouil

La Moutarde noire, Brassica nigra

Le Laîteron maraîcher, Sonchus oleraceus

La Mauve, Malva sylvestris

L’Oseille sauvage, Rumex acetosa ou Rumex pulcher (violon)

La Passerage, Cardaria draba, faux brocoli

La Pimprenelle, Sanguisorba minor

Le Pin pignon, Pinus pinea

Le Pissenlit, Taraxacum officinale et T. obovatum (luisant)

Le Plantain lancéolé, Plantago lanceolata

Plantain lancéolé

Le Plantain corne de cerf, Plantago coronopus

Le Poireau sauvage, Allium ampeloprasum

Le Pourpier, Portulaca oleracea

Le Prunier épineux, Prunus spinosa

La Ronce, Rubus fructicosus

Le Robinier, Robinia pseudacacia

La Roquette blanche, Diplotaxis erucoides

La Roquette jaune, Diplotaxis tenuifolia

Le Salsifi à feuille de poireau, Tragopogon porrifolius

Salsifi sauvage

Le Sureau noir, Sambucus nigra

Biblio :

Sauvages et comestibles, Marie Claude Paume, Edisud

Plantes à teinter, Chantal Delphin et Eric Gitton, Ed. Plume de carotte, collection Terra curiosa


Les ânes sont revenus à Foresta…sur le chemin d’une école de la nature

Hôtel du Nord partage avec vous le récit du groupe d’habitants qui s’impliquent au côté de Bénédikte et de ses 14 ânes sur les terrains de Foresta. Une histoire pour découvrir cette aventure en construction mais aussi pour inviter à la rejoindre, elle est collective et ouverte à tous !

Pour entretenir les herbes folles des 16 ha du territoire de Foresta, les 14 ânes de Bénédikte de l’association Mont’ânes sont de nouveau marseillais…, pour prendre soin des lieux et aussi pour le plus grand plaisir des enfants et habitants des quartiers Nord.

Des ânes à Foresta pourquoi ?

  • Pour la tonte écologique du lieu
  • Dans le cadre de la mise en place progressive de l’école de la nature avec pour commencer (les mercredis des petits bergers de 14h à 17h30, gratuit sur inscription Nathalie 06 99 01 23 10)

Car les ânes sont aussi un support magique aux échanges entre les êtres humains !

Vue sur mer avec ânes

Ils sont arrivés le 24 mars à l’occasion de la fête de printemps de Foresta, à pattes du parc de Pichauris (Allauch) par le massif de l’Etoile, puis en camion de Château Gombert pour être à l’heure à la fête !

Dès qu’ils sont sur place les enfants du quartier le sentent et sont aimantés par ces doux animaux au long poil. Des relations se nouent avec les personnes qui en prennent soin : Bénédikte, Jonathan, Agnès, Nathalie, Vincent (responsable des jardins partagés du Belvédère voisins).

Le 10 avril les enfants de l’ITEP de St Louis et ceux du quartier se lancent courageusement dans un grand nettoyage du futur parc des ânes (au Bd d’Hanoï), afin qu’ils ne se blessent pas. 

Bergers sur mer

Bénédikte leur parle des ânes et de leur mission sur Foresta.

Puis on passe à l’action !

Nettoyage des déchets pour les ânes devant le jardin du belvédère

On trouve beaucoup beaucoup de déchets : du verre, des restes de goûters et de fêtes, des plastiques, des emballages, et certains objets très dangereux pour les pieds des ânes.

Petite archéologie des déchets
de nombreux déchets…
mais une volonté de fer

Et voilà ! Le lieu est propre. Les enfants ont compris que jeter des déchets n’importe où n’était pas sans conséquence !

Espérons que cette sensibilisation acquise auprès de ce jeune public trouvera son écho auprès d’autres visiteurs…

On a fini pour aujourd’hui
Bénédikte et les petits bergers

La boucle est bouclée !

On soigne, on brosse, on apprend le langage des animaux

Bénédikte explique comment brosser les ânes pour les débarrasser de leur manteau d’hiver.

Beaucoup d’attention et d’échanges

Agnès nous explique la morphologie des sabots des ânes, et comment les entretenir.

Tout le monde est ravi ! Enfants et adultes ! On a bien travaillé, on s’est bien amusé, on a beaucoup appris !

L’association Yes We Camp nous permet de nous réunir et d’échanger joyeusement sur cette belle journée, autour d’un bon goûter !

Dès le lendemain le 11 avril, nous recevons des habitants de St Louis via le centre social, ainsi que deux nouvelles recrues aux longues oreilles, Bichette et Pomponette qui retrouvent leurs potes.

Beaucoup de mamans et grands-mères ont accompagné les enfants. Elles semblent aussi heureuses et intéressées qu’eux !

Puis le moment tant attendu par les petits bergers arrive ! Nous partons faire une balade. A tour de rôle bien encadré par les personnes de l’équipe et les mamans, les enfants (de moins de 40 kg) chevauchent fougueusement les ânes !

On voyage…
Promenade bien méritée

D’ores et déjà nos voisins du quartier témoignent de leur intérêt par rapport à la présence des ânes à côté de chez eux. Nous souhaitons que le bien être de nos amis aux longues oreilles repose aussi sur l’attention bienveillante des voisins et visiteurs.

les goûters du mercredi
Pour parler avec les ânes

Ce projet est en cours de construction.

Toute participation, idée, suggestion sont les bienvenues. Nous tenons beaucoup à ce que nos actions répondent au désir des habitants. Les activités peuvent également s’exporter de Foresta (animation en centre social, école, quartier, marché, hôpital…). 

N’hésitez pas à contacter Bénédikte : 06 83 52 92 97 , Nathalie : 06 99 01 23 10 ou Agnès : 06 08 36 70 93.

Exploration botanique Foresta – Récit #2 les euphorbes

Depuis le Bd d’Hanoï, lieu de rendez-vous de chaque exploration botanique, nous descendons par l’escalier du sentier du Teucrium pseudochamaepitys, et remarquons une floraison très précoce de la fameuse plante protégée nationalement, à coté d’une euphorbe « réveil matin » (euphorbia helioscopia). Ce sera le thème d’une prochaine exploration car ce jour là, nous nous sommes plus particulièrement intéressés aux euphorbes.

Pour la seconde exploration botanique de l’année le 2 mars, il faisait très beau, nous sommes allés herboriser dans un endroit ou personne ne va, difficilement accessible, en contrebas des grandes lettres et au dessus de la tuilerie Monnier.

le talus à explorer

La descente des talus, entre les euphorbes. C’est parti pour l’identification des plantes ici présentes…pas facile !

Les euphorbes (EuphorbiaL.), nom féminin, possèdent des inflorescences particulières nommées cyathes, particularité qu’elles partagent seulement avec quelques genres voisins. Ce sont des plantes toxiques, qui possèdent un latex blanc parfois très irritant.

Chez les espèces des régions tempérées, l’aspect des plantes fleurissant se modifie beaucoup au fil des jours : les feuilles ont tendance à disparaître à mesure que l’ombelle se développe, la tige rougit, tandis que le fruit, capsule globuleuse à trois loges, émerge très rapidement de l’inflorescence.

Le mot euphorbia proviendrait d’euphorbium, le nom donné par le roi Juba de Maurétanie, en l’honneur de son médecin grec Euphorbus, à la drogue médicinale faite à partir du latex de l’espèce aujourd’hui nommée Euphorbia resinifera.

Euphorbe en fleurs
la boite à herboriser de Safi
la fiche de détermination par plante

Vérifier les détails

la flore (livre)

On reconnaît en général les euphorbes à leurs inflorescences vert jaunâtre, ou cyathes, disposées en ombelles, ne possédant ni sépales ni pétales. Chaque inflorescence contient une fleur femelle à trois styles entourée de fleurs mâles, le tout dans une coupe formée par deux bractées portant quatre ou cinq glandes souvent cornues. Le fruit, pédicellé, est une capsule généralement très arrondie, lisse ou granuleuse.

observer les détails pour identifier l’espèce précise

Nous avons cherché dans les flores (livres) pour déterminer le nom exact de l’euphorbe la plus présente en cet endroit. Elle s’appelle Euphorbia graminifolia, une euphorbe à feuilles fines, avec une tige rouge à la floraison et presque plus de feuilles. La plus commune dans les jardins est aussi là, Euphorbia helioscopia ou euphorbe réveil-matin.

observation rigoureuse

L’euphorbe fait partie de la même famille que l’Hévéa avec lequel on produit le latex à caoutchouc, qui pousse principalement en Amazonie.

En 1935 dans le Minnesota, Carl Pfaender un ouvrier agricole s’enthousiasme pour le potentiel laticifère de l’euphorbe esula, qui produit un caoutchouc d’aussi bonne qualité que ceux importés. L’euphorbe est, à cette époque, considérée au Etats-Unis comme une plante toxique et invasive à éradiquer. Carl Pfaender se lance tout de même dans la fabrication du caoutchouc. En 1941, sous la pression de ses voisins il est obligé de verser lui-même des pesticides sur plusieurs hectares de plantes dont il s’est occupé au titre de culture de latex d’avenir. C’est la fin de son aventure du caoutchouc d’euphorbe.

En 1942, pour contribuer à l’effort de guerre, des botanistes explorent la possibilité de produire du caoutchouc sur le sol américain. Ross A Gorter, chef de la division de biochimie à l’université du Minnesota, suggère que la mauvaise herbe devienne une culture permanente dans les terres marginales et en régénération du nord du Minnesota et du Dakota du Nord. Les scientifiques prédisent un rendement de 170 à 220 kilos de caoutchouc à l’hectare, ce qui est considéré comme un bon rendement. 

Trois jours plus tard, Le Minneapolis Morning Tribune mélange les données et annonce un chiffre de 150 à 198 « tonnes », à la place de kilo à l’hectare. Des Centaines de fermiers proposent leurs terres pour travailler et transformer l’euphorbe. Lorsque l’on découvre la modeste réalité du rendement, toute cette affaire s’avère aussitôt d’un embarras insurmontable et signe la fin de la ruée vers l’euphorbe à caoutchouc.

Extrait de Guayule et autres plantes à Caoutchouc de la saga d’hier à l’industrie de demain, de Mark R. Finlay

une grande graminée, Pipterium milliaceum

Il y avait aussi la Mauve, qu’on ne présente plus, le poireau des vignes…

Plantes identifiées sur la parcelle :

Allium ampeloprasum le poireau sauvage, Euphorbia graminifolia (tenuifolia), Euphorbia helioscopia euphorbe réveil-matin, Malva sylvestris la mauve, Mercurialis annua la mercuriale, Betta maritima la blette sauvage, Pipterium milliaceum une grande graminée, Phragmites australis le roseau commun, Verbascum sinuatum la molène à feuilles sinueuses, Scabiosa la scabieuse, Diplotaxis erucoides la roquette blanche, Sonchus oleraceus le laiteron maraîcher

Les explorations botaniques sont des balades qui invitent à faire ensemble l’inventaire de la flore de Foresta, et rendre ces données accessibles à tous sur le site Tela Botanica. Pour participer à d’autres explorations botaniques c’est par ici

la mauve
le poireau sauvage

Photos Shéryl Debourg (Yes we camp) et Isabelle Dor

Exploration botanique Foresta – Récit # 1, la forêt de chênes

feuilles marcescentes du Chêne blanc

Débutées en 2016, les explorations botaniques sont des balades qui invitent à faire ensemble l’inventaire de la flore de Foresta, vaste espace autour des grandes lettres de Marseille. Les explorations botaniques sont une proposition du collectif Safi et d’Espigaou dans le cadre de Foresta, un projet porté par Yes We Camp en collaboration avec Hotel du Nord.

La petite forêt qui a résisté au chamboulement de Foresta nous intéressait depuis longtemps…

A FORESTA, UNE ÉTONNANTE FORÊT

En grimpant un peu dans la colline, sous la maison rose, une forêt de chênes pubescents se cache parmi les pins d’Alep. ILs ont peut-être cinquante ans ou plus, ce sont des arbres relativement rares à Marseille, car le chêne pubescent se développe généralement sur des sols riches, profonds et frais, ce qui n’est pas vraiment le cas de cette ancienne carrière d’argile qu’est Foresta.

Alors comment ces arbres sont-ils arrivés là ? Que nous racontent-ils ? Quelle flore hébergent-ils ? La forêt est-elle en évolution, stable ou en régression ? Voilà l’objet de cette exploration du 9 février 2019, la première de l’année.

la forêt ancienne de Foresta

UNE RELIQUE DE L’ANCIEN DOMAINE DU CHÂTEAU

Foresta a été modelé par les activités qui l’ont traversé : forêt domaniale, carrière d’argile des tuileries, zone de remblais de Grand Littoral…Malgré toutes ces transformations, la forêt de chênes est visible sur toutes les images d’archives de Géoportail depuis les années ciqnante. Une persistance peut-être due à sa situation.

Peu accessible et difficile à voir depuis le chemin, elle est située à l’aplomb d’un énorme bloc rocheux et s’étend le long d’une pente raide. Elle recueille ainsi les eaux de pluie et bénéficie peut-être des eaux souterraines de Foresta. C’est certainement ce qui a favorisé l’installation de ces chênes qui, bien que méditerranéens, aiment la fraîcheur.

UN ARBRE ADAPTÉ AU CHAUD ET AU FROID

Quercus pubescens signifie chêne à poils courts et mous, en référence à la face interne des feuilles et des jeunes rameaux. Ces poils piègent la rosée et maintiennent un environnement humide. Son aire de répartition est assez étendue. En se déplaçant au nord, il peut être soumis à des températures négatives qui feraient geler l’eau de ses cellules, aussi ce chêne a également une stratégie pour s’adapter au froid : à l’automne, ses feuilles sèchent sur l’arbre, et ne tomberont au sol qu’à la repousse des suivantes, on dit qu’elles sont marcescentes.

Perdre ses feuilles n’est pourtant pas une stratégie fréquente en Méditerranée. Pensez au Pin, à l’Olivier, au Chêne vert, ses voisins ici, qui gardent leurs feuilles tout l’hiver. Les températures hivernales étant peu intenses, ils ne gèlent pas. Pour ces arbres, il est donc préférable de garder leurs feuilles protégées de poils ou d’une couche de cire, plutôt que d’engager une dépense énergétique au printemps pour en fabriquer de nouvelles.

Filaire à feuilles étroites

UNE FORÊT ACCUEILLANTE ET SOCIALE

Le tapis de feuilles à nos pieds abrite de nombreux insectes et des mycéliums de champignons. Ils participent à transformer cette litière en humus riche et fertile. Une poignée de terre prélevée sur le chemin est sans appel sur le travail effectué par ces organismes. prélevée dans les pentes, la terre est ocre rouge quand celle au pied des chênes est d’un brun foncé.

Les glands, fruits du chêne pubescents, attirent et nourrissent de nombreux animaux dont les Geais des chênes, qui par leur comportement de thésaurisation contribuent très activement à la dissémination des glands.

Dans notre forêt, les chênes pubescents sont associés aux chênes verts. Lorsqu’ils sont réunis, ces deux arbres indiquent l’étage climatique méso-méditerranéen (ni trop chaud, ni trop froid) qui accueille, grâce à la disparition des feuilles du chêne pubescent qui laisse pénétrer la lumière dans le sous bois, un cortège de plantes associées caractéristiques.

Lorsque des végétaux génèrent les conditions d’accueil favorables aux autres végétaux (disponibilité de la lumière, structure du sol…), on parle de sociabilité végétale.

Viorne tin ou Laurier tin – Viburnum tinus

DES PLANTES DE SOUS-BOIS MEDITERRANÉEN

Viorne-tin Viburnum tinus, Nerprun alaterne Rhamnus alaternus, Filaire à feuilles étroites Phillyrea angustifolia, Salspareille d’Europe Smilax aspera et Pin d’Alep Pinus halepensis… Des plantes que nous avons retrouvé lors de l’inventaire de la forêt (voir carte site) auquel se sont jointes des plantes plus thermophiles, qui aiment la chaleur.

Nous avons observé au cœur de la forêt, des jeunes chênes mélangés a des arbres plus anciens, leur nombre du centre vers la périphérie.  Lorsque le chêne se desserre, le Pin d’Alep apparaît. 

Ces deux arbres cohabitent facilement, car leurs stratégies démographiques sont très différentes et se complètes : le chêne a une croissance lente, il fleurit vers 20 ans et à une vie de 500 ans et plus. Le Pin, a une croissance rapide et vit environ 100 ans.  A proximité de la Forêt, une zone incendiée laisse apparaitre carcasse de voiture et squelettes d’arbres calcinés. Une question se pose alors à nous, le pin halep, très inflammable, peut-il mettre la forêt en danger ?

écailles de Ceterach officinal

UNE FOUGÈRE A ÉCAILLES

Des Iris naturalisés, de l’Immortelle d’Italie …peuplent le rocher. Et même une très belle fougère, le Cétérach officinal (Asplenium ceterach), dont la face inférieure est couverte d’écailles argentées qui participent à une adaptation poussée à la sècheresse. Par temps sec ses feuilles s’enroulent pour ne présenter que les écailles qui font barrière à l’évapotranspiration.

grotte de Foresta, en haut de la forêt

On a aussi découvert une petite grotte tout en haut du site, une belle surprise pour les petits explorateurs botanistes…

Les explorations botaniques de Foresta continuent : https://www.hoteldunord.coop/balades-prog/ et http://parcforesta.org

Restons branchés! Récit #4

Un nouvel épisode de l’une de nos explorations en cours, qui donnera lieu à une première balade publique le 24 mars prochain…

Il y a des jours où tout à l’air ordinaire, et où pourtant l’extra-ordinaire s’invite au coin de la rue. 

Le 10 janvier 2019 fut un jour comme ça pour une grosse grappe de voisins qui allait vivre une petite aventure, une sorte de glissade tranquille hors de nos habitudes, en remontant du ruisseau des Aygalades jusqu’à Foresta. Le coin de la rue ce jour là c’est le 151 de l’avenue des Aygalades.
Comme à l’ordinaire ça travaille dans cette petite zone d’activités nommée Marseille industries, installée entre terril (de boues rouges) et ruisseau. Avant, il y a longtemps, il y avait là une grande propriété rurale avec 3 fermes, des vignes, une bastide et des loges à cochons. Le dernier propriétaire Balthazar Rouvière vendit en 1870 à la PLM (Paris Lyon Méditerranée) de Talabot pour construire la Gare de Saint-Louis Les Aygalades. L’aventure cheminote dont on parlera plus tard démarre là. S’installera un peu plus tard dans le siècle une huilerie (société des huiles raffinées du midi) puis dans les années 20 une station d’épuration et une usine de gélatine qui fonctionne jusqu’à la guerre. C’est la famille propriétaire, les Ramonnaxto, de cette usine de gélatine, qui après pas mal de temps en friche transformeront peu à peu en zone d’entrepôts puis en zone d’activité ces terrains. Aujourd’hui il y 75 entreprises qui sont installées là, un peu de tout (du fret, des grossistes en matériel techniques, des informaticiens…).  
Mais tout ce petit monde qui tourne plutôt bien n’est pas habitué à voir un groupe de plus en plus important s’amasser à côté de ce que fut la maison du gardien, devant une mystérieuse et discrète petite poste.
Mais où sont les arbres dans tout ça? Car c’est toujours sur la piste des arbres qu’on se retrouve là…


La bascule vers un autre monde qui se trouve pourtant bel et bien là prendra quelques minutes, le temps de faire connaissance de Jeannot, ancien cheminot, mais aussi pâtissier, qui au milieu de cette mini zone d’affaire semble aussi improbable que le Lapin blanc dans Alice au pays des Merveilles (sauf que Jeannot n’a pas du tout l’air de trouver qu’il est en retard…).

Côté marcheurs on est particulièrement nombreux, et une fois encore (chouette), nous sommes plein à ne pas nous connaître, à ne pas venir du même quartier, de la même « tribu », donc des rencontres en perspectives…

Bascule par la petite porte, nous passons de l’autre côté…


De l’autre côté les plantes sont les reines et chacune porte son histoire.


De l’autre côté le petit olivier a été planté là pour Marthe, parce que sa maman s’appelait Emilie Olivier, et que c’était une jolie manière qu’elle porte le nom de son père et pousse avec le nom de sa mère. 
Sous lui, se trouve une bouteille pleine de voeux qui seront un jour déterrés par la demoiselle, mais chut, c’est encore un secret…De l’autre côté tout semble un peu magique, il y a même des boules à facettes et des dames aux longs manteaux en fourrure qui portent des baguettes de pain et causent avec des garçons en sac à dos…


De l’autre côté, on apprend qu’il y a sur l’olivier des feuilles rondes et des feuilles allongées, et que c’est important pour les aider à grandir quand on les taille…


De l’autre côté tout semble un peu magique, il y a même des boules à facettes et des dames aux longs manteaux en fourrure qui portent des baguettes de pain et causent avec des garçons en sac à dos…


De l‘autre côté il y a des humains qui semblent d’organiser autour des arbres plutôt que l’inverse…


De l’autre côté c’est un bazar, un monde complexe d’espèces végétales, animales et d’usages humains qui nous rassure: on est vivants!…

Nous poursuivons dans le labyrinthe végétal des Jardins cheminots. Mais d’où vient cette apparition? Apparition ou au contraire relique, mirage d’un réel vivant mais évoluant dans une temporalité parallèle?
Ecoutons les horloges…


1855, l’axe ferroviaire du PLM s’achève à ce niveau. L’axe du train et du ruisseau se croisent, et se trouve en deçà de la ligne fiscale de l’octroi, incitant l’installation des industries qui tentent d’éviter les charges fiscales.Sur les pentes du chemin de fer jusqu’au ruisseau, les talus se prêtent à la culture des radis et à la culture ouvrière… Jeannot nous raconte que ce serait le comte de Mirabeau qui aurait vendu pour l’Ecu symbolique les terrains à destination des ouvriers pour y jardiner. Une condition à cette vente nous dit-il: que le béal (ces dérivations qu’on a construit le long qui ruisseau pour capter la force motrice de l’eau) soit entretenu à vie par les jardiniers…
Aujourd’hui ce n’est plus avec l’eau du ruisseau trop polluée qu’on arrose les jardins. Et si un jour ça redevenait possible? Chiche?

Nous arrivons dans le jardin de Anne. Elle n’est pas cheminote, elle témoigne du renouvellement qui peu à peu diversifie les histoires et les pratiques. Elle développe son jardin en permaculture, et surtout l’ouvre à l’apprentissage en proposant une école du jardinage avec un cycle complet de mise en pratique autour du jardinage urbain.

Contact et infos auprès de Anna: apmarsdegun@yahoo.fr

De nouveau le paysage est enchanteur et le récit instructif. Nous y apprenons l’histoire de l’association Jardinot (contraction de Jardin et Cheminot) qui s’est recomposée autour des multiples jardins ouvriers liés à l’histoire cheminote et à la SNCF.

Nous continuons pour rejoindre la parcelle de Jeannot. La ligne d’horizon nous rappelle que ce territoire est bien industriel et qu’en ces temps de déprise c’est l’immobilier qui se charge de requalifier…

Jeannot cultive dans ces jardins depuis plus de 60 ans, il a tout appris des aïeuls, de la pluie et de la lune. Il fut longtemps président des jardins cheminots, et aujourd’hui son grand plaisir est de transmettre. Il faudrait écrire un livre à partir de ce que raconte à chaque rencontre Jeannot. Christine qui marche aussi avec nous aujourd’hui a commencé, on espère qu’elle poursuivra, c’est important.

Pour l’heure on découvre les lieux. Jeannot son truc c’est les agrumes. Alors dans les dizaines d’histoires qu’il nous raconte c’est celle de la main de Bouddha, un citronnier.

INTERLUDE BANQUET ET TARTE AU CITRON (confectionnée par Dalila en spéciale dédicace à notre hôte)

Les retrouvailles ne sont pas aisées, car le ruisseau a du non pas partager son lit, mais peu à peu se laisser oublier dans le florilège industriel qui borde ses rives. Dès la sortie des jardins c’est la valse des déchets qui donne le rythme, le là, le sol?

Déchets, déchoir, déchu. Borderline…

Toute la filière du déchet se traverse en quelques centaines de mètres, avec de très vielles histoires (l’extraction des corps gras des animaux au moyen d’hydrocarbures) et des plus récentes (centres de tri, déchetterie ou recyclage de métaux…).

Et les arbres dans tout ça, arrivent-ils encore à raconter quelque chose?
D’abord ils nous disent tout simplement par leur présence. La ripisylve est vaillante, on se sent paradoxalement vraiment explorateurs dans cette zone là… 

Dalila nous pointe une forêt de figuiers qui l’interroge côté reproduction, et nous fait remarquer la “bataille” en cours entre les fresnes habitués des bords de l’eau et les muriers à papier qui s’adaptent bien aux retournements de la terre. Plus qu’une bataille entre les « typiques » et les « opportunistes », elle nous raconte la dynamique d’un milieu qui nous invite à nous questionner sur ce que pourrait être les divers modes d’entretien ou d’accompagnement de ces berges autogérées, ça discute…


Nous arrivons à la star, l’Etoile du Nord, la Cascade!

La journée n’étant pas dédiée (pour une fois) à l’état de l’eau mais à regarder à partir des berges, on part à l’aventure de l’allée de platanes repérée dans les images anciennes.

Sur le chemin deux demoiselles nous regardent…

Petite exploration avec Jean-François, artiste-jardinier des lieux…

En revenant on voit des arbres partout, dans tout…

Nous quittons la cascade et la Cité des arts de la rue pour prendre un peu de hauteur…

Il est bien connu que dans les forêts vivent parfois des lutins. Nous ne sommes pas loin du bois sacré contre qui a combattu César (voir le récit précédent), il n’y a plus de forêt mais il reste un lutin, ou un esprit, ou… qui sait. Ce qui est sur c’est qu’il s’appelle Pierre-Louis, qu’on se demande ce qu’il fait là, qu’il n’est pas sur lui non plus, mais nous dit qu’on est à l’heure (le retour du lapin blanc??)! Pour nous récompenser il nous raconte l’histoire du Château Bovis, en réponse aux divers châteaux qui trainaient par là. On se souvient d’une histoire de vaches mais à ce stade de la balade plus rien n’est sur…

Mais la rencontre hasardeuse nous amène à parler de où nous sommes, l’ancienne cité des créneaux, détruite dans les années 2010. Petite cité-village, sa douloureuse trajectoire nous amène à parler de l’attachement que nous portons aux lieux, aux sols, quelqu’ils soient quand ils ont vu et su nous y faire grandir. Nous sommes des arbres…
Et quelques minutes plus tard…!!


Les mains des enfants dans les feuilles, les troncs-immeubles ou les immeubles-troncs, le tout dans le faux tuf et la vraie rocaille. Histoire d’histoires…
Fin de balade un peu sur le fil, on n’est plus trop sur de la part de fiction et de réalité dans ce qu’on rencontre et raconte…
Ce qui est sur c’est qu’on arrive au Parc Brégante, et que là, sur le petit pont de rocaille et dans le beau jardin très arboré de cette ancienne bastide convertie une fois n’est pas coutume en parc public municipal, 3 d’entre nous ont joué petits de manière transgressive (passer la palissade) et 3 d’entre nous se sont mariés (c’est the spot pour les photos de mariage). Delà à dire que le mariage est transgressif, on ne le dira pas…

Nous sommes après cet épisode près à nous perdre un peu et à trouver un trou dans le grillage. Bizarrement cette désorientation (on s’est vraiment perdus) est balisée par le GR2013. Allez comprendre…


Nous rentrons dans le territoire Foresta… Nous saluons la forêt comestible et le figuier Câlin (il est tout doux à force qu’on le carresse), on salue le grand paysage et là on se dit qu’il est temps de se dire au revoir.


Et bien non, la rencontre encore nous appelle puisque Ahmed et Hakim nous font signe. Jardiniers « pionniers » pour ne pas dire « clandos », « sauvages », des terrains Foresta, mais aussi « sentinelles », gardiens », “soigneurs », ils prennent soins de lieux depuis des années, cultivant dans les ruines de l’ancien Château Bel air leurs jardins à la mode kabyle.

Et là, surprise, il se sont attaqués à la pente! L’escalier! 
On en rêvait, ils l’ont fait!

Euh, non, ils en rêvaient, ils le font… et ils ont tellement raison, ils ouvrent l’horizon! 
Merci à tous!!

Photos Dominique Poulain et Didier Brevet.

Prochaine exploration “Restons branchés!” en avril, “Balade des arbres, épisode 1” le 24 mars.

Restons branchés! Récit d’exploration #2

Les récits d’exploration mettent en partage les conversations et recherches des balades en cours de construction. 

Cette fois ça commence par un pique-nique sur la terrasse de Dominique.

Chacun a amené une histoire à raconter, une production à goûter ou un bouquin à partager autour de sa relation à l’arbre.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Après le pique quasi gastronomique on revient dans l’enquête.
 
La mémoire des fractures…
 
D’abord l’histoire du Robinier Faux acacia. Dans la vieille ferme que Dominique et Jean viennent habiter il y a déjà un paquet d’années, ils devinent deux ronds entourant ce qui devait être deux arbres, abritant agréablement la terrasse et donnant des airs de bastides à l’endroit. 
 
Mais il faut bien vivre et l’activité de la ferme évolua, avec notamment du stockage de charbon. On coupa les arbres pour laisser la place au camion venant livrer le combustible. Des années après, Jean et Dominique partent donc en quête d’un nouvel arbre à planter là, pour donner un peu de fraicheur au lieu où nous pique-niquons. 
Alors qu’ils espéraient un micocoulier, c’est finalement un robinier qui emménagera avec eux. Ils apprendront avec lui à accompagner la « fracture” (c’est un arbre très cassant), ce qui va nous permettre d’arriver à notre premier adage/slogan inventé de la journée (il y en aura d’autres…):  « Ça casse mais ça pousse »…
 
 
 
 
 
 
Ça vaut des nèfles…
 
Pas très loin du robinier, on trouve un très vaillant néflier qui a tout particulièrement l’affection de Jean. 
 
Serait-ce par goût pour ce qui n’est pas très valorisé (comme un peu chacun de nous dans ces balades)? Ou par intérêt pour l’activité permanente dont cet arbre fait preuve (Jean est aussi un grand travailleur)? 
 
En tous cas il nous amène notre deuxième adage: « Super, ça vaut des nèfles »…
 
 
 
 
 
 
 
 
Le Palmier du ghetto…
 
Josyane a bien préparé son résumé de ses recherches sur l’Aillante! Outre ce qu’on savait déjà (que c’est une plante qui s’installe dans les terres remuées, qui résiste à des conditions très dégradées de sol et de pollution, qu’on peut au choix y voir une nuisible ou une championne de la survie), on apprend que cet arbre fut donc importé de Chine (on verra que la Chine est récurrente dans cette histoire…) comme arbre d’ornement mais aussi, mais surtout, dans l’espoir d’une exploitation économique via son Bombyx, un papillon de nuit capable de produire de la soie.
Quand cette production n’a plus trouvé d’intérêt économique on l’a peu à peu trouvé moins sympathique…
Pour continuer à lister ses qualités, et pas seulement ses défauts (notre goût pour les nèfles…), on remarque sa capacité à pousser rapidement, les qualités musicales de son bois,  ses capacités à inhiber la germination d’autres plantes (ce qui peut être un défaut comme une qualité…).
 
 
Un instrument pour sonder les corbeaux en Ailante
 
 
L’Ailante a aussi beaucoup de noms différents, qui expriment la difficulté de clairement le classer du côté des bons ou des mauvais…
 
Outre le “Palmier du Ghetto », « Faux vernis du Japon », “Arbre du ciel » et « Arbre du paradis, il a aussi deux noms d’usage en Chine: 
Pour le chinois de la campagne il est l”’Arbre du printemps” (car sa période de « renaissance » annuelle est tardive et annonce avec certitude le printemps) quand il est pour le chinois des villes “l’Arbre puant” (parce qu’il dégage une odeur nauséabonde quand on froisse ses feuilles). 
Les chinois l’utilisent aussi comme métaphore à la fois du père de famille (par allusion à son côté imposant quand il est mature) et du fils dévergondé (en faisant allusion à la croissance un peu fofolle des rejets de souche).
 
Alors l’adage qui nous vient pourrait être : « Oui mais non ».
 
Entre Terre et Ciel…
 
Et l’on finit notre petit tour de table de nouveau avec la Chine, mais aussi la langue arabe et le dessin, avec Stéphanie qui nous montre les idéogrammes qui correspondent à « arbre” mais aussi « racine”, « cime”, « forêt »… 
Elle nous fait également partagé le beau livre Nous n’’irons plus au bois” dessiné par Zeynep Perinçek. 
 
 
Pour l’adage, les chinois nous invitent à réfléchir à Si j’étais un arbre…

 

 
 
 
 
 
 
 
 
Et puis on part en balade sur Foresta…
 
 
C’est pour commencer le retour du robinier, dans une autre situation. 
Dalila nous raconte alors que cet arbre, grâce à la présence de nodosité et de bactéries symbiotiques sur ses racines, a la particularité comme toutes les Fabaceae (légumineuses), d’être capable de capter l’azote de l’air (ce que la plupart de végétaux ne peuvent pas faire bien que l’atmosphère en contienne 78%). 
Une partie de cet azote sera utilisé pour fabriquer ses protéines, et l’ autre restera dans le sol et deviendra assimilable par les autres plantes.
Le Robinier, en agissant comme un engrais, en fait ainsi profiter les autres.
 
Donc c’est super… Oui! 
 
Mais il prend aussi possiblement la place d’autres plantes à cause de ses gousses pleines de graines… Non! 
 
“Oui mais non »…
 
 
Bon, on apprend aussi qu’il peut remplacer le teck pour faire de chouette terrasse mais aussi des bâtons du jardinier car son bois est imputrescible.
 
Quelques mètres plus tard voici le peuplier. 
 
Potentiellement marqueur d’eau, mais oui mais non nous dit la compagnie, car c’est le peuplier blanc, pas le vert. 
Mais savez-vous que le peuplier blanc c’est le peuplier de peintres de la Renaissance italienne, l’arbre avec lequel ils fabriquaient leur retable pour peindre sur bois? Ceux du nord utilisaient le chêne. 
Clin d’oeil aux nombreuses histoires italiennes de ces quartiers?
 
Et puis voilà le Frêne et ses histoires de Fresnette (idée pour l’Epicerie Foresta?) mais aussi de fourmis qui nettoient l’arbre en buvant le liquide sucré contenu dans des pucerons à partir du suc de l’arbre… euh… vous m’avez compris??
 
Et toujours ces plantes qui indiqueraient l’eau, en dessous… 
 

Le mystère du Savonnier. Pourquoi ça s’appelle comme ça? On ne sait pas mais on sait que, encore une fois, cet arbre vient de Chine… 
Troublante cette récurrence de la Chine, quand on sait que le projet MIF 68, qui indirectement a provoqué le projet Foresta, est largement lié aux investisseurs chinois et aux stratégies des nouvelles routes de la soie…
 
 
 
Tiens cette fois un Troène du Japon. Ils furent à la mode dans les bastides marseillaises, taillés en boule et recouverts de filets afin de permettre « Les chasses aux dames » , les oiseaux étant ainsi plus faciles à chasser pour la gente féminine…Hum Hum…
 

Nous voilà à l’orée de l’incendie. Un drame et une chance… Nous échangeons sur les impacts de l’incendie, à la fois traumatiques pour les hommes dans la modification du paysage qu’il provoque, mais aussi accélérateur pour certaines plantes qui vont profiter de la lumière retrouvée.
On se dit qu’il faudra approfondir cette question de l’incendie, de sa gestion aussi, notamment en invitant le chercheur Thierry Tatony à converser avec nous.
 
Des Chênes blancs, Chênes Kermes, de la Filaire, du Neprun, Viorne tin, Salsepareille, c’est tout un milieu qui vit là, face aux Ailantes et aux buissons d’Atriplex.
 
 
 
 
L’un grignotera t’il l’autre?
 
 
Nous y serons attentifs et pour prendre soin de cette incroyable relique nous proposons également d’entamer une procédure de classement au titre de la protection du biotope, rien que ça!!
 
 
 
A suivre…