Le dimanche 3 décembre, l’hebdo La Croix a publié un article « Voir Marseille autrement » pour promouvoir notre proposition d’hospitalité et de découverte de Marseille par son Nord. L’occasion de remercier les journalistes de La Croix qui chaque année depuis dix ans suivent notre activité et la partage avec leurs lecteurs et lectrices.
Au-dessus la biodiversité et les satellites, au-dessous les tunnels et les câbles sous-marins.
Nous nous sommes retrouvés entre l’au-dessus et l’au-dessous, sur les escaliers à côté du lycée, avec la belle vue depuis la colline surplombant la mer… Comme dirait Agnès J. « la colline Consolat fait complètement partie du Bassin de Séon. »
Entre le dessus et le dessous
Grâce à la formule magique de Dominique, laborantine des cours de sciences au lycée Saint-Exupéry, nous avons pu passer, telle une classe de vieux lycéens, les portes d’accès et découvrir cette cité éducative d’avant-garde construite à la fin des années 50′, où nombreux d’entre nous, étions élèves ou avons vu nos enfants grandir.
Les récits dissonants du lycée Nord, depuis ces deux journaux, Le Monde et La Marseillaise, respectivementen 2013 et 2023.
Le lycée Saint-Exupéry (1800 élèves, 200 professeurs, 40 personnels) a été construit sur le domaine Consolat-Mirabeau, propriété de la famille Mirabeau du XVe au XVIIIe siècle et qui sera acheté en 1829 par la famille Consolat (celle du fameux maire qui décida de la construction du Canal de Marseille). Devenue propriété de la Ville de Marseille peu avant la deuxième guerre mondiale, le domaine sera occupé par les troupes allemandes, puis à la libération par les troupes américaines avant que la Ville ne récupère les terrains pour la construction du lycée et d’un ensemble immobilier. Les grottes et les caves de la colline seront alors fermées et le château démoli. Dans les plis de ces diverses occupations, la campagne Consolat sera aussi la deuxième campagne réquisitionnée par le mouvement naissant des Squatters, avec la Campagne Tornesi où a grandi Agnès (récit #1).
La forme arrondie du lycée, tellement années 50′
Julie rebondit alors sur les arrondis, « tellement années 50′! » du bâtiment à l’entrée du lycée et nous fait remarquer leurs résonances avec la station service juste en face!
Cette forme joliment circulaire dédiée à la voiture est classée patrimoine de l’architecture, faisant partie de 2 prototypes de Jean Prouvé. Cet ingénieur-bricoleur n’a pas construit que des stations services et est en fait un personnage majeur dans l’après-guerre des réflexions sur le besoin urgent de logement. Prouvé fut un pionnier dans la construction industrielle mais il incarnera une autre recherche que celle du « grand ensemble », celle du préfabriqué, du kit plus proche de la cabane que de la barre collective. Il chercha ainsi à proposer des habitats modulaires répondant aux besoins de confort et d’hygiène tout en étant économiques, rapides et faciles à construire. Ce n’est pas cette vision qui l’emportera, et on se rappelle alors que le lycée avec son architecte René Egger raconte aussi cette bataille dans les conceptions et les techniques du logement social.
Station service en face au lycée
Mais nous étions venu visiter le parc de 7 hectares qui entoure le lycée pour apprécier sa biodiversité, et découvrir comment les habitants non humains de la colline dialoguent parfois avec les jeunes humains qui poussent là !
Dominique nous raconte…
Il y a 35 ans j’ai atterri par hasard dans ses murs, et je n’en suis jamais repartie : je suis technicienne du laboratoire des sciences de la vie et de la terre, et animatrice du sentier nature. Au travers de mon expérience, de mes recherches, je suis convaincue que passer du temps dans la nature est essentiel au bon développement de l’enfant comme de l’adulte, sur le plan psychologique autant que sur le plan physique. Être dehors aide à la gestion du stress et renforce l‘estime de soi, favorise la collaboration, la communication, la créativité et l’esprit critique
Nous voici enfin dehors. Après un court temps d’adaptation où Agnès et Marc Medhi retrouvent les émotions de leurs 12 ans (au départ le lycée était un collège) pendant que ceux•elles qui viennent pour la première fois se laissent immerger et impressionner par la beauté du site , nous nous avançons vers le « coin biodiversité ». Cette petite enclave de terrain est balisée par une mini barrière en bois pour éviter d’être piétinée et aucun travail de l’homme n’a été pratiqué depuis 4 ans. Ici, la nature évolue en permanence, les espèces pionnières (la grande mauve, les arabidopsis, la folle avoine…) commencent à laisser la place à d’autres qui explosent à chaque printemps. Il n’est pas rare de rencontrer criquets et sauterelles grignotant les feuilles tendres, la coccinelle se régalant de pucerons, l’araignée tissant consciencieusement sa toile, le lézard se dorant la pilule sur le rocher face au soleil.
Nous évoquons l’impact de l’homme, nous parlons d’écologie, cette science qui s’intéresse aux relations des êtres vivants entre eux et avec leur environnement, et de la biodiversité (du grec bio : la vie) différente quand se trouve d’un coté ou de l’autre de cette bien légère palissade.
Virginie, nous montre les plantes qui ont poussé dans ce petit coin, la Mauve par exemple, très liée au retournement des sols dit-elle, et à la présence des matières organiques, l’Allyson maritime, des petits Soucis, des Graminées, de la Roquette jaune et blanche…. Ça nous transporte pour ceux et celles qui ont contribué au Caminando à Saint-André et à notre mantra avec les enfants de la Castellane:« diplotaxie, diplotaxie si on trouve la clé on pourra rentrer ».
Virginie continue, les plantes sauvages, « qu’on ditpionnières ou adventices » arrivent au début sur les sols pas terribles et comme c’est des plantes qui ont des racines « carottes », au bout de quelques années, elles ramollissent les sols et les autres graines qui n’arrivaient pas à s’installer commencent a pousser. Les plantes pionnières sont très utiles, on les retrouve beaucoup dans les friches des quartiers nord, elles permettent d’améliorer les terrains et la diversité.
Julie, qui décidément tente aujourd’hui des associations entre nos sujets, nous invite à se rappeler qu’on considère souvent comme « sales » ces espaces et ces plantes qu’on pourrait remercier pour leur travail de recomposition du sol. Savoir que les sols se reconstruisent permet de ne pas sombrer dans la nostalgie « d’avant c’était mieux », et que si on a malmené le sol de nos quartiers, on peut aussi penser que les humains peuvent s’inspirer des plantes pionnières… Le sol peut se reconstruire, on peut l’aider à se reconstruire, et on en sera que plus vivant nous aussi non?
Dominique nous rappelle la plante la plus toxique de France… le laurier rose !
Avec ce panorama impressionnant qu’on a du lycée, on se rend compte qu’on a toustes un bout d’histoire à partager. Tania vit à côté de la cité de campagne Lévêque, dans une barre des immeubles privés, en copropriété. Elle habitait avant dans une des petites maisons qui formait le domaine plus vaste de la famille Camelio, morcelé peu à peu mais qui donne son nom au stade de rugby. Elle a du partir suite à la vente de ce beau terrain pour la construction un projet immobilier qui pour l’instant n’a pas vu le jour, et a choisi de rester au plus près, dans l’immeuble tout à côté… Cet assemblage d’habitats nous semblent harmonieux, on a peine à croire que la petite forêt qui subsiste pourrait ainsi disparaitre.
D’un côté de la colline on a le conservatoire du logement social, et de ce côté là on pourrait dire que c’est un conservatoire des équipements sportifs, ou des traces des équipements sportifs! Tant de souvenirs de pratiques sportives (Agnès en a encore un paquet d’histoires, entre la création d’un pseudo statut de sport étude pour elle toute seule quand elle était jeune nageuse un peu fugueuse de l’école et les exploits des jeunes judoka d’aujourd’hui). Tant aussi à la fois de militance (sport et éducation populaire sont très liés) mais aussi de tensions politiques, la piscine nord juste en dessous en étant un sacré témoignage!
On pivote un peu et toc, d’autres histoires se déroulent. Marc Medhi nous parle de l’ancienne base sous-marine allemande (sur la photo : bâtiment noir près de la mer). Construite en partie par des travailleurs locaux enrôlés dans le travail obligatoire, elle n’a jamais été achevée mais témoigne de cette intense période de construction du Sudwall, qu’on ira explorer très physiquement dans les dessous!
Difficile à détruire, elle a accueilli les prisonniers allemands qui y ont laissé quelques fresques puis est restée dans l’état comme de nombreux bunkers tout du long du littoral, , sans que les autorités portuaires ne trouvent un usage. Puis, à partir de la découverte de la scie à découper aux diamants (câblé diamantée) pour découper le béton et aux caractéristiques du lieu (murs anti-missiles et proximité de l’eau), les data centers ont flashé sur Martha (le petit nom de la base)! La société américaine Digital Realty/Interxionest venu s’installer en 2019 . De là, ils partent des câbles sous la mer pour le monde entier et Le Grand port fonde une partie de sa recomposition dans cette nouvelle activité hautement stratégique…
A partir de ce paysage militaire en reconversion numérique on se retrouve à parler d’ici, d’une fois encore cette période de la fin de la guerre ou du début de l’après-guerre mais aussi de nouveau de milieux, de mondialisation et de communs…
On se rappelle que les fonds des mers, juridiquement, ça n’appartient à personne. Il y a un enjeu énorme autour de la mer, à plein des niveaux, entre la ressource, le pétrole, la sécurisation des fonds. Aujourd’hui, une autre battle est en train de se passer sur les modèles/systèmes pour sécuriser les tuyaux, avec une multiplication des câbles et des stockages, comme Google qui est en train de créer leur propre système, alors qu’avant, tout ce qui était réseau, était partagé.
Et c’est exactement la même chose qui est en train de se passer avec la bataille pour contrôler l’espace, que lui aussi, n’appartient à personne, donc aussi se posent les questions des communs. Comme X – Space (Elon Musk), avec ses plus de 5000 satellites déjà lancés et 42000 de prévus.
Nous descendons le grand escalier bétonné : il remplace celui mangé par la rouille et l’érosion qui se cache dans la végétation, et nous arrivons devant une paroi rocheuse constituée de tuf. Cette roche présente sur tout le parc, est le témoin des cascades présentes sur le lieu dans des temps lointains, elle est constituée de moulages de débris végétaux emprisonnés dans du calcaire. Elle servira entre autres de matériel de construction des murs encadrant les restanques.
Agnès, qui semble ne pas avoir oublié ses cours de sciences nat appris juste au dessus, nous raconte avec ses mots ces 2 phénomènes chimiques :
Le karst : certaines qualités de calcaires sont karstiques. Celui de notre région en est un. La pluie, c’est de l’eau H2O. L’air, c’est de l’oxygène O2. Le sol, ici calcaire, est très chargé en matières organiques décomposées C(=carbone) H2O et O2 touchent le sol, s’infiltrent, rentrent dans le sol. Lorsque ces 2 éléments combinés rencontrent une zone carbonée, il se passe un phénomène chimique : le calcaire se dissout, il n’existe plus. Ça fabrique des circulations d’eau souterraines, à travers des galeries fabriquées par cette dissolution. Le sous-sol devient un vrai gruyère de grottes, de cavités parfois grandes comme des cathédrales, parfois plus petites que le petit doigt. Ça, c’est le karst.
Le tuf : il y a souvent (pas toujours) des endroits où cette eau extrêmement chargée de ce calcaire dissous ressort à la surface. Normalement, la destinée de l’eau est de descendre toujours vers le point le plus bas. Lorsqu’elle ressort avant d’atteindre la mer, c’est qu’elle est poussée ou attirée par une force très puissante. Au moment précis où l’eau re rencontre l’air libre O2, elle surgit en pression et se transforme en un gaz de très très fines gouttelettes. C’est le pschitt. Ces gouttelettes se déposent sur la végétation existante : toutes sortes de mousses, lichens, plantes, arbres. Ces végétaux deviennent de la roche calcaire. Ça c’est le tuf.
Karst
En écho à Agnès, Dominique continue à nous décrire ses balades sensorielles avec ses élèves :
« Sur cette restanque, essayons d’utiliser un maximum de vocabulaire pour décrire les sensations liées au toucher : Caresser des pétales duveteux, effleurer une fleur de chardon, frôler ses épines, tâter l’écorce d’un arbre, écraser de la terre entre ses doigts, marcher pieds nus dans des feuilles, dans l’herbe, attraper une graine de clématite virevoltante…Nous descendons sur la restanque suivante, appelée aussi bancaou en provençal. »
Agnès encore, notre chatGPT de la nature, à propos des Bancaous ou terrasses ou restanques.
« C’est le système de la gestion de l’eau dans le cadre des propriétés, celui d’en haut, il évacue son eau par des systèmes comme ce tuyau en poterie (photo au-dessous). L’eau arrive chez celui d’en dessous, celui d’en dessous ne peut pas porter plainte, s’il est envahi par l’eau, il fait le même système et il l’envoie chez celui d’en dessous, et ainsi de suite. L’eau n’appartient à personne, donc ils ne peuvent pas la garder, ils doivent la faire évacuer. »
Dominique nous parle du bas-relief représentant la chute d’Icare, sculpté probablement par Jean Amado (réalisateur des bas-reliefs en céramique jalonnant le lycée), et déposé ici suite aux travaux de rénovation du lycée. Icare ne vole plus, il s’est couché…
Icare nous fait penser à la géologie du territoire, son coté organique peut se fondre dans le paysage, et il y a quelque chose de beau de le voir couché, île ou continent, comme s’il nous invitait à l’embrasser.
Parfaite transition pour s’inverser, partir vers l’intérieur géologique, dessous!!
L’exploration du Mille-Pattes continue au-dessous du lycée, dans les tunnels allemands de la 2ème Guerre. On trouve des traces d’ouvrages militaires partout à Marseille, vers les Goudes, sur la côte et qui n’ont pas pu être détruits. On est ici dans l’observation de la baie, mais aussi dans l’alignement avec les Iles de Frioul. Marc nous explique qu’on protégeait les 2 anses, celle-ci, et celle de Marseille. On va voir plusieurs modes de construction, le coffrage, les fameuses fusées céramiques, et des percements à même la roche. A l’origine comme c’est de la roche tendre, c’était déjà creusé, c’était des grottes, et le propriétaire qui avait des vignes s’en servait de caves de stockage.
Ici, la transition est intérieure… on passe des tunnels sombres et froids en béton à la chambre principale chaleureuse et ample, grâce à la méthode de construction avec des fusées céramiques.
La fusée céramique
Jacques Couëlle invente le principe de la fusée céramique au sein du Centre de recherches des structures naturelles dans les années 1940. La fusée céramique est un élément en terre cuite. Les fusées s’emboitent les unes dans les autres à la manière des tiges de bambou ou de la prèle, comme dans la illustration ci-dessous.
Ce principe est utilisé pour construire des voûtes : sur le coffrage enduit d’une première couche de ciment sont alignées des rangées de fusées céramiques renforcées par des tiges métalliques qui permettent d’armer la structure. Le tout est ensuite recouvert d’une deuxième couche de ciment. Cette méthode à l’époque plus rapide que le procédé du béton permettait de réaliser en peu de temps des voûtes de grande portée, comme fût le cas du Grand Arénas.
Comme des miroirs qui se reflètent, entre l’histoire et l’actualité, le conflit Israélo-Palestinien…
Le ‘’Grand Arénas’’ est un camp de transit construit à la fin de la guerre dans le quartier de la Cayolle par l’architecte Fernand Pouillon à partir du réemploi de fusées céramiques dont la légende dit qu’il en aurait trouvé des stocks trainer sur le port. Plaque tournante de tous les flux migratoires, prisonniers ou déportés libérés, travailleurs ou soldats coloniaux qui vont retrouver leur famille après des années de séparation, « personnes déplacées », venant des camps ouverts en Europe centrale à l’issue du conflit mondial et en quête d’une nouvelle patrie, Marseille est notamment au coeur des mouvements vers la Palestine des juifs maghrebins et rescapés des camps. L’histoire de ce camp est longue et complexe, il sera une enclave juive vers Israël mais va également accueillir d’autres peuples réfugiés ou déplacés : travailleurs vietnamiens indépendantistes autogérés, des gitans et plus tard des algériens suspectés d’être membres du FLN…
Et tout cela nous ramène étrangement à l’histoire locale puisque c’est dans le bassin de Séon, plus précisément dans l’usine Martin de Saint-André que ces tuiles fusées furent pendant un court temps produites.
Pour sortir des tunnels, il fallait expérimenter à nouveau une sorte de renaissance… ça a été très physique mais une belle expérience !!! Il y a eu 20 accouchements de la mère roche…
Délicieux final Mille-Pattesque, couché de soleil, tisane et gâteau aux pommes. Merci Julie et bon anniversaire Marc !
Nous étions nombreux.ses comme une bande de lycéens. On a trouvé notre place en envahissant le Corsaire, le seul espace de sociabilité que les élèves du lycée Saint Exupéry peuvent investir vraiment à proximité de leur grand, très grand établissement.On avait compté sur le petit kiosque devant les terminaux de bus mais il était fermé, alors va pour le café-canette sur la chouette terrasse du snack.
On pensait se rappeler ce premier échange dense, déjà complexe, en illustrant les photos de Léone.
Léone elle vient ici pour la première fois, elle est sans doute la plus jeune, elle fait des études de journaliste tout en travaillant à la Revue dessinée et elle commence à travailler sur les squats, car elle en a côtoyé beaucoup et qu’elle en a marre d’en entendre parler dans les médias surtout à la fin de la trêve hivernale et au moment des expulsions. Et donc Léone elle fait aussi des photos. Sauf que internet parfois ça bugge, que ses photos sont maintenant bien loin de Marseille, qu’on aura le plaisir de les découvrir plus tard, et que maintenant il va falloir trouver une manière d’inventer nos images, juste avec nos souvenirs!
IMAGE#1 : Terrasse du Corsaire, une vingtaine de personnes en cercle, chaises rouges, lumière pleine de soleil. On se lance…
On se rencontre donc pour la première fois avec l’hypothèse qu’on pourrait peut-être marcher un bout de chemin ensemble cette année. Au départ il y a la croyance de quelques un•es que la marche participe à tisser du voisinage, du lien entre des initiatives, à activer de la transmission et que tout ça c’est modeste mais important. Et aujourd’hui on se propose de commencer une exploration avec l’idée que repartir de l’histoire longue des luttes et des expériences pour le logement à Marseille pourrait nous aider à redonner du sens aux engagements du passé et à rencontrer les luttes d’aujourd’hui.
Sur la terrasse du Corsaire certain•es d’entre nous ont vécu ces luttes historiques que sont le mouvement des squatters à l’après-guerre, ou des initiatives plus récentes comme le squat Saint-Just qui a accueilli durant 18 mois des mineurs isolés dans un ancien couvent, propriété de l’Eglise.
D’autres se posent des questions sur l’hospitalité. Qu’est-ce qui fait qu’on accueille certaines personnes et pas d’autres, comment pourrait-on embarquer les pouvoirs publics à voir des liens entre des enjeux qui semblent très éloignés comme le tourisme, les migrants et le mal logement?
En croisant ces premiers témoignages on voit assez vite émerger l’idée que habiter c’est le logement mais pas que. C’est aussi comment on se relie aux espaces, aux autres humains mais aussi au sol, aux plantes, à ce qui fait qu’un lieu est « habitable ».Arrivent alors les témoignages des batailles pour la colline Consolat quand, au milieu de centaines de logement sociaux on a voulu en faire une route, et l’aventure de Tour Sainte où dans une ancienne église désacralisée au milieu d’un vaste terrain bastidaire de Sainte Marthe s’invente un lieu culturel et militant pour que les jeunes de la Paternelle et des quartiers environnants se redonnent un sens à vivre là.
Se tisse aussi déjà le lien avec la démarche au sein du Lycée Saint Exupéry, pour que la colline redevienne une histoire partagée avec les savoirs des plantes et des sols. Et aussi avec l’expérience des ateliers buissonniers et des terrains d’aventure qui peu à peu à la cité de la Castellane fabriquent dans les lisières de la Jougarelle cet espace commun dont nous avons toustes besoin pour vivre, grandir, apprendre…
C’est avec ces premiers petits cailloux à poser sur le chemin que nous partons marcher…
IMAGE#2 : Devant ce qui était l’entrée de la Villa Tornesi. Agnès nous raconte son enfance dans ce qui fut l’une des 3 bastides squattées par le mouvement des squatteurs qui émergea à Marseille juste après la guerre.
10 familles dans 10 pièces avec près de 10 enfants chacune, ça en fait des souvenirs ! Par exemple celui de ces rideaux de velours rouge découpés qui venaient de l’église Saint Louis, alors récemment investie par le mouvement des prêtres ouvriers, et qui sont devenues les couvertures très « classe » de ces habitants mobilisés.
Car il s’agissait bien à l’époque d’une forme de mobilisation qui faisait suite à de nombreux appels, des inventaires de logement vacants et des manifestations portées à fois par les communistes et les milieux catholiques sociaux pour dénoncer la situation de crise du logement et l’incompétence des pouvoirs publics à agir notamment par la réquisition.
« Entre 1945 et 1946, 76.000 demandes de réquisition sont ainsi adressées à l’office municipal de logement pour la seule ville de Marseille. Seuls 2200 dossiers sont administrés, et pas une seule réquisition. Le scandale de ce qui est alors qualifié par les militants d’incompétence des pouvoirs publics, et qui en fait relève surtout de leur impuissance, fait passer quelques-uns des membres du MPF à l’acte de réquisition autonome, donnant naissance au mouvement des Squatters. Ce mouvement va bientôt gagner toute la France, entraînant dans son sillage nombre de militants des associations familiales convaincus qu’il n’est « pas envisageable de s’occuper des squatters sans être squatter soi-même. » Extrait de la Thèse de Claire Duport p.100, à retrouver dans le drive.
IMAGE #3 : Panorama. Marc Medhi nous raconte un grand paysage, celui du bassin de Séon.
Nous sommes sur l’esplanade juste en dessous du lycée Nord. La vue est grandiose. Il y a plusieurs années des lycéens avait brodé avec leurs enseignants et une artiste « Je suis au sommet du vide ». Il reste quelques bouts de laine, une trace parmi d’autres traces. Entre la géologie des massifs, les aménagements portuaires, la trame des voiries, Marc nous dessine peu à peu une histoire du logement social qui débute avec les maisonnettes de la Cité Jardin Saint Louis, se poursuit par les HLM Consolat où il est venu habiter gamin dans les années 60 puis la résidence Consolat et la co-propriété Consolat Les sources. Au loin on aperçoit aussi les petits immeubles de la cité SNCF.
Chaque cité a son vécu propre et raconte aussi un bout de la grande histoire du logement collectif, les stratégies, les utopies, les tensions entre toutes ces couches d’urbanisation qui sans s’opposer perdent au fil du temps leur porosité. Et on voit bien que la porosité quand elle subsiste passe par des chemins de nature, par des sentiers d’aventure qui invitent au jeu, au jardinage, au sport, à la promenade, à tous ces gestes simples qui apaisent nos corps intimes comme nos corps sociaux.
IMAGE #4: Nous marchons sur le sentier qui longe la colline, des petits groupes se sont formés et conversent.
Le plaisir de la balade et de la rencontre prend le pas sur les échanges en grand collectif. C’est plein de facettes qui commencent à apparaître, l’histoire de la construction du Lycée nord par le même architecte que l’Hôpital nord et de son inauguration par… Krouchtchev. L’histoire d’amour décrétée impossible entre une enseignante et un lycéen du Lycée Saint Exupéry, qui a abouti au suicide de Gabrielle Russier et a inspiré plusieurs chansons dont Mourir d’aimer d’Aznavour et a marqué la société de l’époque. L’histoire du château Consolat et de son parc, seconde bastide squattée et terrain de construction du lycée. L’histoire des souterrains allemands et de ses « fusées céramiques », et de toutes ces constructions du sudwall qui subsistent en sous-sols…L’histoire des propriétaires qui ont coopéré au mouvement des squats dans le but de dévaloriser leurs biens. L’histoire des co-pro dégradées en regard des cités HLM. L’histoire de la lutte des habitant•es de la cité Saint Louis pour qu’elle ne soit pas détruite…L’histoire de la grande marche pour l’égalité de 1983 et de la chanson des enfants des quartiers nord…
Nous rentrons tranquillement vers le bus 70. On ne sait pas encore ce que ce sera ce chemin collectif mais ce premier temps de partage nous donne envie de poursuivre nos pas à pas…
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La question des déchets paraît difficilement soluble, en tout cas dans une société comme la nôtre, fondée économiquement, socialement, philosophiquement sur la production continue et exponentielle de produits de consommation jetables issus de l’industrie pétrolière. La remise en question de la production même de matière jetable fleurant un peu trop l’éco-terrorisme, la seule pédagogie en matière de traitement des déchets à destination des « publics » (soit des adultes et des enfants vivant, consommant, jetant en 2023) semble être de les convaincre -de manière plus ou moins culpabilisante- de l’absolue nécessité de mettre les cartons dans la poubelle jaune et de ne surtout pas jeter son mégot dans la bouche d’égout. Ce qu’il advient des matières une fois refermé le couvercle de la poubelle ? Cela ne relève pas de notre juridiction !
Malgré les trésors d’inventivité déployés par les pédagogues, les déchets continuent de s’amonceler en dehors des bacs prévus à cet effet. Signe que limiter le cycle de vie du détritus au trajet consommateur ir.responsable – poubelle ne suffit pas à changer en profondeur les comportements ? Il se peut.
Vaut-il mieux alors bombarder les sujets de l’expérience avec des images atroces de poissons étouffés dans des sacs plastiques, d’oiseaux pataugeant dans la marée noire et de continent de polymères flottant ? Cela se fait.
Résultat : -80% des personnes cliquent sur la vidéo suivante « Dead Children in Gaza Strip/Urkraine/Yemen » -5% deviennent des écologistes chevronnés, adeptes du zéro déchet -15% entrent en dépression et se nourrissent exclusivement de crème glacé en pot de 1L pendant 3 semaines.
p.s 1. les écologistes chevronnés sont aussi généralement atteints de dépression, mais ils prennent de la crème glacée Max Havelaar®
p.s 2 : ces chiffres ne proviennent d’aucune source fiable
Qu’est-ce qu’un comportement sinon un reflet de notre rapport au monde, de nos croyances, de nos valeurs? Si tel est le cas, alors il faudrait que le système de représentations tout entier de l’individu soit bouleversé, changé, questionné pour qu’ensuite des gestes puissent suivre et s’ancrer dans un nouveau quotidien.
A défaut de bouleverser irrémédiablement les systèmes de représentation des individus, Made In The River tente de formuler une proposition pour faire face à la question des déchets, une proposition non pas technique mais artistique, dans le sens où il s’agit de décaler la réalité, de déplacer le point de vue par la mobilisation de l’imaginaire, dans l’espoir de fabriquer de nouvelles capacités d’agir. Ou au moins de ne pas produire de nouvelles dépressions.
Pour cela partons de la réalité et poussons-la à son climax. C’est l’apocalypse : les déchets de toutes sortes ont tout envahi. Le nettoyage n’est que réconfort temporaire, car quand bien même une partie des rejets peut être déplacée, son élimination totale et non résiduelle de la surface de la planète est impossible. L’anthropocène, arrivé à son acmé, cède à présent la place à une nouvelle force géologique à même de façonner les paysages : le detritocène.
Ce scénario paraît un peu radical ? C’est pourtant la réalité quotidienne de la rivière des Aygalades. La découverte de ce paysage ruiné déclenche chez de nombreuses personnes des sentiments contrastés : joie de découvrir la ripisylve et de goûter à la fraîcheur les jours d’été, admiration face au jet inattendu de la cascade…mais aussi violence devant ses berges composées de bouteilles d’huile, de vieilles bâches et de pneus entassés, douleur de constater l’absence d’eau retenue dans les lacs artificiels des carrières Lafarge et d’observer quelques rares anguilles asphyxiées dans une eau contaminée par les rejets des garages avoisinants.
Peut-on trouver de la connexion et de la joie dans les ruines ? Nous faisons le pari que oui, à partir du moment où nous acceptons de changer de paradigme : de sortir d’un rapport utilitariste à notre environnement, à la « Nature » considérée uniquement comme ressource et dont la préservation ne se juge qu’à l’aune des services qu’elle est capable de nous rendre : approvisionnement en eau, régulation de température, satisfaction esthétique etc. Faisons une expérience et considérons la rivière comme un parent, un être vivant qui bien que de forme différente de la nôtre aurait des droits intrinsèques au même titre que les autres individus qui forment notre entourage.
Popularisée par Philippe Descola, Vinciane Despret, Alessandro Pignocchi et de nombreux.se.s autres auteur.ices qui se sont intéressé.e.s aux relations entre êtres humains et autres vivants, cette vision dessine la possibilité d’un rapport de l’Homme à son environnement fondé sur la cohabitation plutôt que sur l’exploitation.
Alessandro Pignocchi, La recomposition des mondes, Editions du Seuil, 2019, pp 22-23
Cela se peut-il dans le cas d’une rivière aux apparences d’égout et pour laquelle le qualificatif « être vivant » ne vient pas spontanément à l’esprit ? Nous faisons le pari que oui, et que c’est justement en s’intéressant à ce que la rivière contient de moins ragoûtant, de plus répulsif que nous pouvons recréer ce sentiment de vie et ainsi retisser le lien entre elle et nous.
En effet, l’observation fine des matières que charrie la rivière nous a appris qu’une transformation physique et potentiellement chimique 1 s’opérait durant leur séjour dans l’eau.
La Gazette du Ruisseau#4 représente la rivière sous les traits d’un tube digestive qui avale, digère et recrache les déchets sous une nouvelle forme.
La rivière effectue donc une action de transformation sur ces matières qu’elle modifie mais aussi réassemble jusqu’à former des compositions inattendues, mêlant plastique et métal, tissu et plantes. Le plastique ayant séjourné contre un rocher pendant une longue durée prend des plis nouveaux, semblables à la texture d’une peau de crocodile. Le métal sur lequel il s’est entrelacé l’a teinté de rouille et produit des nuances dignes d’un pelage.
« Peau » de Créature du ruisseau, fabriquée à partir d’assemblage de plastiques collectés dans la rivière« galets » en polystyrène, difficilement différenciables de leurs cousins rocailleux
De ce point de vue, la rivière ne fait pas que subir les déchets de manière passive, elle est aussi active, assembleuse et créatrice de formes inédites qui introduisent du flou dans l’habituelle distinction « nature » et « culture ». Reconnaître que la rivière est une force agissante mène à changer de posture, à passer du statut d’acteur principal (l’humain qui agit pour la rivière) à celui, plus humble, d’observateur. En collectant et en assemblant les matériaux, nous n’avons d’autres ambitions que de produire une pâle imitation du travail de la rivière. L’observation, la sélection, le ramassage, le nettoyage forment un processus long qui requièrent du temps, de la patience et du soin, vertus qui finissent par accorder aux objets ramassés de la valeur et même une certaine préciosité, tant chacun finit par paraître unique, avec ses qualités visuelles ou tactiles. Traiter avec délicatesse des rebuts, se permettre de les jauger à l’aune de critères esthétiques précis, s’autoriser à collecter ceux qui nous plaisent et à laisser ceux qui ne nous parlent pas, tout cela revient à créer de l’attachement pour ce qui est rejeté, à repeupler ce qui paraissait désertifié.
Dès lors, les « peaux » des Créatures et la mise en scène de celles-ci sont une manière de traduire et de partager ce qu’enseigne l’expérience de la rencontre avec la rivière : bien que discrète, la vitalité des Aygalades persiste.
@Bulat Sharipov, l’esprit de la sécheresse des Aygalades@Georges Kammerlocher, Créature observée dans son habitat naturel pendant le ramassage du 30 septembre @Bulat Sharipov
à venir notre partenariat avec le CEREGE et l’utilisation du scanner MATRIX pour observer les nanoparticules présentes dans la rivière des Aygalades ↩︎
Les aventures des Journées Européennes du Patrimoine sous la pluie
Cette carte du quartier a été distribuée pour la marche des JEP. Elle est accessible auprès de la bibliothèque de Saint -André, de la coopérative Hôtel du Nord et de l’association Momkin
C’était écrit noir sur blanc : « Samedi 16 septembre 2023 : pluie 80% »
Quelle nouvelle réjouissante pour la végétation, assoiffée par un mois d’août brûlant ! Les marcheur.euse.s que nous sommes se sont senties prises d’un élan de joie à l’annonce de toute cette eau, d’une envie de danser sous la pluie…depuis notre canapé. Pourtant il en faut pour nous décontenancer à Hôtel du Nord ! Mais qui dit averse dit aversion à l’idée d’envoyer un groupe à l’aventure par monts et par vaux, avec pour tout guide une carte en papier (non imperméable!). A peine avions- nous mis au point un plan de repli, une autre date fin octobre, somme toute plus pratique pour la plupart d’entre nous etc.. qu’Emmanuelle, de sa voix assurée de maîtresse d’école patentée, a déclaré :
« Cette balade je la ferai, même si je dois la faire toute seule ! »
Emmanuelle, la veille de la balade
Il faut dire que cela faisait plusieurs mois qu’Emmanuelle et Agnès, les maîtresses de CP-CE1 de l’école Saint- André Barnier et leurs élèves planchent dur sur ce projet de fabriquer un jeu de piste patrimonial reliant les 3 écoles du quartiers, et par là- même le « haut » (la Castellane) et le « bas » (le noyau villageois).
La motivation étant chose contagieuse, nous sommes une bonne quarantaine au départ dans le parc de la Jougarelle, samedi 16 septembre à 10h, muni.e.s de parapluies colorés et prêt.e.s à partir explorer le quartier, carte au trésor en main.
Il y a des grands, désireux de découvrir ce quartier qu’ils ne connaissent pas ou alors qu’ils n’ont vraiment pas l’habitude d’arpenter à pied. Il y a aussi des plus petits : Hyacinthe, déjà rompu à l’expérience de cette chasse au trésor dont il avait été l’enfant-test quelques jours auparavant, et toute une bande joyeuse, élèves de l’école (ou apparentés) qu’Emmanuelle est parvenue à tirer du lit.
Profitant d’un rayon de soleil, apparu au moment du dévoilement de la carte au trésor, nous formons des petits groupes d’exploration : un premier groupe part à la recherche de l’indice n°1 : « le champ de palmier », tandis que les prochains restent pour apprendre une chanson .
Les indices, créés par les CP-CE1 de l’école Barnier, jalonnent le parcours et rappellent qu’il n’y a pas si longtemps encore, l’argile était le matériau qui unifiait le territoire du Bassin de Séon
Une fois l’indice trouvé, il suffit de retourner la carte pour accéder à des explications, poétiques, techniques ou historiques, qui décrivent l’endroit. Ces quelques lignes ont été écrites en croisant les expériences de celles qui ont accompagné les enfants dans cette aventure, sur ce territoire qu’elles connaissent chacune à leur manière, de par leur pratique : Elsa et Francesca, de l’association Momkin et 3.2.1, par leur présence hebdomadaire lors des « ateliers buissonniers » à la Jougarelle, Emmanuelle, enseignante engagée auprès de ses élèves et habitante de Saint- André, et Chloé, Julie, Samanta et Agnès, membres de la coopérative Hôtel du Nord qui ont pris l’habitude de marcher sur les traces des anciens chemins à l’affût des indices.
Mais ce ne sont pas les seules à avoir des choses à dire, et les participant.e.s de ce jeu de piste ont chacun.e.s de l’expérience à revendre concernant le fonctionnement du Port Autonome qu’on aperçoit au loin, le désamiantage de l’école du haut, les « concombres d’âne » explosifs, l’ancien réseau de canaux (avec ses martellières et ses Aiguadiers) qui permettait que poussent les fleurs et les légumes là où aujourd’hui fleurissent les immeubles…
Le château de Gabrielle de Castellane enfin retrouvé, dans la cour de l’école du haut !
Chaque petit groupe mène la balade à sa guise, au grès des personnes qui le composent. Certain.e.s ont ainsi droit à des surprises, comme la visite impromptue d’une belle maison par sa propriétaire, témoin de l’histoire agricole du quartier dont on s’efforce de débusquer les traces.
Au- dessus de la porte d’entrée, la vigne qui entoure les initiales des premiers habitants rappelle la tradition de la rocaille marseillaise et des cultures qui fleurissaient sur les bancaus de Saint- André
De son côté Emmanuelle est intarissable de détails et d’anecdotes, sa tablette à la main elle montre aux membres de son groupe de nombreux documents et archives qui racontent la richesse de l’histoire du quartier.
Alors qu’on se croyait tiré d’affaires, le ciel s’assombrit et la pluie se rappelle à nous. Les parapluies cessent d’être des bâtons de marche et reprennent leur place au -dessus de nos têtes.
On commence à être bien mouillé et quelques un.e.s font défection, alors ceux qui restent se serrent les coudes et les petits groupes finissent par se rejoindre afin de se donner du courage!
Même si aux yeux d’Arlette cette averse n’est tout juste bonne qu’à arroser les plantes bandes (sous entendu, il en faudra d’autres avant de réellement hydrater les sols), celle-ci suffit quand même à noyer la chaussée et à faire réapparaître le tracé du cours d’eau du Pradel ! Alors que celui-ci a été recouvert par la construction du boulevard Henri Barnier, il prend aujourd’hui sa revanche et nous rappelle que le chemin de l’eau ne peut réellement être contraint.
La marche continue le long de la Traverse de la Barre, où autrefois se croisaient les charrettes, cahotant entre les champs et les fermes qui étaient alors si nombreuses. Sur ce chemin les éléments de la vie et les évolutions du quartier sautent aux yeux : cité de la Bricarde d’un côté, ancienne bastide de l’autre, murs en tuiles et en briques issues des tuileries, avec au débouché la Nouvelle Lorette. Les bras croisés derrière une Glissière en Béton Armé qui sépare la résidence de la route, un monsieur regarde passer ces gens qui défilent, le poil humide et une carte détrempée à la main. Il est né dans le bidonville de la Lorette et connaît par cœur l’histoire du relogement, qui est avant tout la sienne et celle de sa famille, ainsi que celle des tuileries, du remblais de Foresta, de Grand Littoral. Nous lui taillons un brin de cosette, mais à peine les premiers l’ont-ils laisser souffler qu’un nouveau groupe arrive et relance la conversation.
La pluie semble derrière nous, nous pouvons nous lancer à la découverte de la friche où se trouvent les ruines de l’ancien gymnase du collège Henri Barnier, victime d’un glissement de terrain comme d’autres géants aux pieds d’argile avant lui. Les semelles s’augmentent de couches de boue, les poches et les bouches se teintent du violet des mûres fraiches.
On vous avait promis l’aventure au coin de la rue ! On ne vous a pas menti.
L’heure du pique nique approche, les ventres crient famine. Chacun cherche un endroit où s’installer malgré le sol détrempé. On tend des bâches, on déplie des nattes en plastique immédiatement piétinées par des chaussures pleines de boue… pas facile de se mettre au sec. Heureusement Julie distribue allégrement des tartines de pesto de plantes qu’elle a cueillies et préparées la veille.
Au moment où on croyait être à l’abri..BADABOUM ! Les nuages éclatent à nouveau et la pluie ruisselle sur les pique niques.. Malgré l’averse personne ne bouge, le réflexe est plutôt de se serrer les un.e.s les autres et de chanter !
Nous sommes des enfants des quartiers nord Et à pied ça fait loin jusqu’au vieux port Il y avait des vaches et des cochons À l’endroit où se trouvent nos maisons Pierrette partait avec son bidon d’lait Dans une ferme tout près de la forêt Adieu vaches et cochons, ferme et forêts Pierrette achèt’ son lait au supermarché
Sifflotée par plusieurs d’entre nous pendant la marche, la Chanson de Mehdi est entamée collectivement, à l’initiative de Jeanne. Ces paroles, écrites en 1982 par la classe de Daniel Beaume, professeur au collège Albert Camus dans le 14e, font toujours mouche et semblent avoir été écrites pour illustrer notre marche du jour. Elle était un des hymnes de la Marche pour l’égalité partie de Marseille en 1983, dont le 40naire est fêté cette année. Les paroles résonnent encore aujourd’hui, signe que l’histoire tourne en rond ? Ou peut- être preuve que c’est en marchant qu’on avance, droit devant ou en pas de côté.
Le soleil finit par poindre et les sourires qui n’avaient jamais disparu continuent de resplendir. On sort de la forêt pour rejoindre « la ville ». Avec sa pente herbue et ses sapins, la colline de Grand Littoral prend des airs de station de ski en été. Les enfants dévalent la piste rouge à toutes jambes.
Le ciel bleu revenu, les vaillant.e.s explorateur.ices achèvent de relier le haut du quartier à Saint-André village. L’arrivée est à la bibliothèque, qui a accueilli au printemps les ateliers buissonniers qui ont permis de rassembler tant de monde pour décorer les rues et préparer la Fête de la musique. Il se trouve que cette bibliothèque est .. une ancienne école ! Le chemin des écoliers est donc bien arrivé à bon port.
Cette marche, proposée à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine, a permis de présenter le travail réalisé par le Mille Pattes des enfants de Saint-André Barnier pendant l’année 2023. Ces explorations et les créations qui en ont découlé sont rattachées au projet « Caminando Saint André », porté par Hôtel du Nord, les associations Momkin, 3.2.1, Trait d’Union, l’Atelier sous le Platane, la bibliothèque de Saint-André et de nombreux autres complices.
L’occasion de partager des réflexions sur les activités des Coopérative Hôtel du Nord et SCIC Les oiseaux de passage autours des communs, des droits culturels, des principes coopératifs et de l’hospitalité.
Présentation : Face aux enjeux environnementaux, il est indispensable de repenser nos modèles économiques afin de dessiner les chemins d’une transition écologique et sociale réussie. Cela ne peut se faire que dans une dynamique collective et démocratique, associant chacun aux réflexions concernant notre avenir à tous. L’approche par les « communs », ces ressources partagées et gérées par des collectifs d’acteurs, est particulièrement utile pour favoriser une meilleure préservation des ressources de la planète, dans une perspective démocratique. Elle croise, sur le terrain, l’action d’un grand nombre d’acteurs de l’économie solidaire œuvrant pour une transformation sociale émancipatrice.
Cet ouvrage fait le récit d’expériences citoyennes riches de sens, de l’association Terre de liens à la coopérative d’habitants Hôtel du Nord, en passant par Railcoop, les expériences italiennes de resocialisation des biens confisqués à la criminalité et les tiers-lieux, espaces de sociabilité susceptibles de renouveler les approches du travail et le rapport à l’autre. Autant d’exemples qui démontrent que les formes de gouvernance démocratique et solidaire des communs méritent d’être largement soutenues si l’on veut pouvoir se projeter dans un futur plus désirable.
Un ouvrage sous la direction de Fanélie CARREY-CONTE de La Cimade et l’économiste philippe eynaud, de La Coop des Communs, écrit avec Justine Ballon, Florian Barès, Elisabetta Bucolo, marius chevallier, Aurelien Denaes, Alexandra Debaisieux de Railcoop Fanny Le Brech et Gaël Louesdon de Terre de Liens.
Des habitants réunis en coopérative proposent des chambres d’hôtes dans un territoire exclu des circuits touristiques. Leur idée est de faire découvrir aux gens de passage ce patrimoine méconnu entre barres d’immeubles et bastides provençales.
Un reportage de France 24 sur l’initiative « Hôtel du Nord » qui « promeut le tourisme dans les quartiers nord de Marseille, délaissés en raison de leur image négative liée à la criminalité. Avec ses tarifs abordables et ses hôtes passionnés, la coopérative fait découvrir le patrimoine de ces arrondissements, loin des destinations hypertouristiques habituelles ».
Une coopérative, Hôtel du Nord, gère un réseau de chambres d’hôtes d’habitants dans ces territoires éloignés des circuits touristiques traditionnels. Particulier propose une chambre d’hôtes au coeur d’une bastide marseillaise avec vue sur la Méditerranée, accès à un jardin exotique et une piscine. Le tout pour… 80 euros, petit-déjeuner compris, un hébergement abordable dans une ville où les nuitées touristiques flambent. La raison? Ce logement, situé au coeur des quartiers nord de Marseille, à la réputation sulfureuse, fait partie d’une coopérative, Hôtel du Nord, qui gère un réseau de chambres d’hôtes d’habitants de ces territoires éloignés des circuits touristiques traditionnels.
Une équipe de l’AFP est venue marcher et dialoguer avec les membres de notre coopérative cette été et Ouest France en a fait un article.
Extrait : Dans les quartiers nord de Marseille, un réseau d’une vingtaine de chambres d’hôtes tente de promouvoir une autre vision du tourisme et de combattre les clichés. Les habitants sont placés au cœur du dispositif pour faire découvrir aux visiteurs un patrimoine méconnu.