LA PISTE ANIMALE #4: la balade de la 2ème chance…

  

BALADE DE LA DEUXIÈME CHANCE 
Lorsqu’à la recherche de la piste animale
Nos pas nous emmenèrent là où l’on perdait tout espoir
Quelle ironie du sort que ce funeste lieu fatal 
Permette aujourd’hui aux jeunes à nouveau d’y croire.


Nous qui sommes passés par là
Évoquant la vache jolie et le mouton innocent 
Offrant son corps au sacrifice halal
Nous avons tous ensemble remonté le temps.


Puis nous sommes repartis en chantant
Le puissant hymne de la transhumance 
Sur le chemin des bestiaux, en bêlant
Évoquant la vie, ses combats ses errances.


Plein d’espoir des paroles du centenaire 
Qui a vu son combat tel Don Quichotte
Sous la trace de nos milles pattes débonnaires 
Renaître au nord accueillant, des hôtels de nos potes.


L’aventure ce jour-là sur une ronde s’est arrêtée
Sur l’évocation de l’amour innocent de Gabrielle 
Nous promettant les mains jointes de nous retrouver 
Pour poursuivre bientôt l’aventure de plus belle. 

C’est Marc qui fait ainsi rimer notre première balade d’exploration à la recherche du Chemin des Bestiaux. Ce petit chemin-là, il reliait la gare des Aygalades d’où arrivaient les bêtes, aux Abattoirs de Saint-Louis.  

On est dans la seconde moitié du 19ème siècle et dans la première partie du 20ème.  Le canal a contribué à modifier la présence animale. Les vaches sont plus nombreuses avec les prairies irriguées, on a des étables qui apparaissent un peu partout en ville pour faciliter l’accès au lait. Les ovins ne circulent plus par les seuls chemins de transhumance, le train et les bateaux organisent d’autres trajectoires.  

Et la consommation de viande augmente, à la fois par le changement des régimes alimentaires et aussi par l’expansion démographique. 

L’exploitation animale commence à s’organiser de manière plus industrielle. Les abattoirs vont ainsi entraîner une présence animale très forte, à la fois visible par les troupeaux qui passent et repassent, mais aussi plus invisible en mettant la mise à mort à distance derrière les murs et en générant toute une série d’usages dérivés de la ressource animale (graisses animales, os…). 

Le chemin des bestiaux témoigne de cette mise à distance, quand les animaux deviennent une marchandise qu’on transporte en grand nombre d’une infrastructure à une autre, du train de la nouvelle voie de chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée à cette sorte d’usine que sont les grands abattoirs de Saint-Louis.

Mais le chemin des bestiaux c’est aujourd’hui aussi le chemin de Pierre. Un chemin de mémoire des circulations animales, mais aussi des luttes sociales et écologiques.

Pierre va avoir 100 ans. Il a dessiné, écrit et proposé de prendre soin de ce chemin auprès de la ville de Marseille et de son « budget participatif ». Ce petit dossier « fait main », il nous l’a aussi envoyé et on a tout de suite eu envie d’aller marcher avec lui !

Alors aujourd’hui rendez-vous est donné dans la partie des abattoirs qui est devenue l’école de la 2èmechance.

Nous sommes accueillis par Lila Somé qui dirige cette aventure pédagogique hors norme. Comme son nom l’indique, le principe de l’établissement est d’accueillir à tout moment des jeunes dont le parcours scolaire a déraillé et de les aider à retrouver un chemin de formation. 

La réhabilitation des bâtiments est assez impressionnante, l’équipement bien outillé et le lieu dégage une ambiance bon enfant et apaisée. Nadia nous confie qu’à son sens la beauté du site agit sur la motivation des jeunes qui se sentent soutenus et reconnus aussi par la qualité du lieu. C’est un retournement assez étonnant de l’histoire, qu’un lieu d’exploitation d’animaux vivants deviennent un lieu de réparation des jeunes humains que parfois on animalise…

L’histoire des abattoirs c’est aussi une histoire sociale et culturelle, qui raconte la société de l’époque en pleine modernisation.

Julie rappelle alors le contexte de la construction des abattoirs de Saint-Louis. Elle et Agnès ont eu la chance d’échanger à ce propos avec Rémi Grisal, un jeune chercheur qui fait sa thèse d’histoire sur les pratiques agricoles avant la construction du canal de Marseille. Il a donc beaucoup enquêté par exemple sur les droits de pâturages qui organisaient très largement les usages de la propriété et les frontières communales.

Il leur a aussi montré un tableau d’Emile Loubon qu’on peut voir au Musée des Beaux-arts à Marseille. Il est très connu mais selon Rémi on l’a longtemps interprété « à l’envers ».

Julie se lance dans l’explication du dessous des cartes de ce tableau. En gros le travail de Rémi montre comment ce tableau n’est pas un simple témoignage d’époque, qui montrerait le vestige d’une campagne agricole bientôt industrialisée, mais plus une construction volontaire pour faire advenir un projet municipal, porteur de l’élan industriel des notables de l’époque, et qui nécessite une recomposition du territoire marseillais : la création d’un marché aux bestiaux à Marseille ! 

On apprend ainsi que Emile Loubon, alors directeur des Beaux-arts et que l’on considère généralement comme la tête de file des paysagistes provençaux, peint ce tableau en même temps que se conçoivent et se créent les grands abattoirs. 

A la fin de la première partie du 19ème siècle, les troupeaux ne dépendent plus que de l’arrière-pays et des chemins de transhumance. Le train, le port portent de nouvelles circulations, de nouveaux marchés, de nouveaux enjeux industriels. Il faut pour la bourgeoisie marseillaise ramener la vente des bestiaux à Marseille, quand alors elle se situe toujours à Aix, qui se trouve sur les anciens chemins. C’est ainsi que les abattoirs seront inaugurés en 1853 tout comme l’exposition du tableau, qui selon l’enquête de Rémi « met en scène lestransformations urbaines et paysagères en train de se faire, projetant celles qui restent à̀ venir et contribuant à̀ leur avènement. »

Un peu comme les panneaux qui ont mis ou mettent en scène les futurs-anciens projets urbains dans ce qui reste des abattoirs J?!

Le projet de Grande Mosquée dans la partie toujours en friche des abattoirs

L’histoire croisée des bestiaux et de la mosquée nous rappelle aussi l’émergence avec l’abattoir de carrés destinés aux premiers bouchers maghrébins et à ce qui deviendra la filière halal. 

On avait l’année dernière pu recueillir le témoignage du descendant de la famille Azzoug. Il nous avait raconté à la fois la saga familiale et l’évolution du halal comme marché économique.

Bachir Azzoug, son père, est arrivé en France en 1942. Il travailla comme beaucoup de ses compatriotes algériens aux tuileries. Les kabyles des tuileries vivaient alors pour beaucoup d’entre eux dans le bidonville de la Lorette, à Saint-André. C’est là qu’il eut l’idée de faire commerce de viande dans le bidonville, et qu’une première boucherie avec des animaux mis à mort avec une forme de ritualisation s’est organisée. Il eut ensuite une première boutique à Saint-André en 1966, la nécessité d’intégrer les abattoirs et la structuration de la filière halal dans les années 90.  Il crée en 1987 une ferme aux Pennes-Mirabeau dédiée à commercialiser des agneaux, initialement toute l’année, et aujourd’hui seulement pour l’Aïd. Les bêtes sont alors tuées par les acheteurs qui respectent quelques principes. https://www.lafermeazzoug.fr/comment-sacrifier-son-agneau/

Cette histoire familiale et locale raconte bien les évolutions du fonctionnement des abattoirs sur la seconde moitié du 20ème siècle, et aussi les débats sur ce qu’est le halal. Là, on a pas mal débattu des manières de pratiquer la mise à mort de l’animal avec tous ces petits mystères sur lesquels on a facilement des opinions différentes (la viande est meilleure ? Le bien-être animal, oui non peut-être ?…) , mais aussi de la structuration d’une filière récente qui accompagne à partir des années 60 l’apparition du « consommateur musulman ».

Les changements du régime alimentaire dans les pays d’accueil (on se met à manger de la viande quasi tous les jours), le besoin de mieux identifier « ce qu’on a dans son assiette » (quand au pays tout s’organisait de manière artisanale) et les enjeux économiques liés à cette demande communautaire vont ainsi concorder avec le développement industriel de l’abattage.

En lisant après la balade les recherches de terrain de l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler, qui est allée depuis les années 90 observer les pratiques d’abattage halal dans les abattoirs en France, et en continuant les conversations avec celles et ceux de notre groupe qui ont grandi dans leur famille musulmane dans ces années-là, on comprend que le halal s’est constitué véritablement comme rituel religieux en même temps que la réglementation. 

On pourrait parler d’un rituel industriel, lié à l’évolution sanitaire (besoin par exemple de quelqu’un habilité à être sacrificateur, rôle qui va devenir « labelisé » par les autorités religieuses, ce qui n’était pas le cas à l’émergence de la filière « artisanale » comme nous le confirme Mlouka, « dans les années 90 mon père il le faisait ») et au développement d’un marché de consommateurs.

Et au fil du temps ce marché concerne l’ensemble des objets et des pratiques de consommation, bien au-delà de la viande.

Au final, ce qu’on en retient c’est que halal ou pas halal, la question aujourd’hui c’est aussi qui a les sous pour acheter de la viande de qualité. Le marché halal a démarré pour la consommation d’une population pauvre. La demande s’est diversifiée, des filières bio halal s’organisent, et la famille Azzoug a compris ça puisque la vente ici se concentre sur les agneaux de l’Aïd mais le gros du marché du fils de Bachir, c’est la vente de viande française « de qualité » dans les pays du Maghreb pour des gens qui ont les moyens. Et côté abattage, lui comme la chercheuse disent la même chose, c’est kif kif et ça suit les règles de l’abattage industriel.

Notes dessinées de Mathilde

Toutes ces conversations donnent alors envie à Pierre de nous partager un premier de ses textes où il raconte une conversation avec une vache. Pierre écrit, tout le temps et partout semble-t-il. Il adore écrire pour les causes, pour partager des idées, des colères aussi. On verra plus tard que sur le chemin des bestiaux, son truc à Pierre c’était d’écrire des chants collectifs pour les manifs !

La promenade dans l’école de la 2ème chance va nous montrer l’enchevêtrement entre les anciens pavillons et le bâtiment moderne. Quelques images des travaux sont éloquentes.

C’est dans ces méli-mélo de strates et d’usages qu’on se propose d’écouter Elodie. Elle a amené un texte écrit par Sara Vidal et Nora Mekmouche qui a collecté énormément de mémoires dans les quartiers avec sa super collection Mots é-crits.

Sara a vécu un temps dans les anciens abattoirs à la période où ils ont été occupés par des artistes des arts de la rue, jusqu’à la création de la cité des arts de la rue actuelle. Les abattoirs artistiques d’alors n’ont pas grand-chose à voir avec ce qu’est aujourd’hui l’institution culturelle implantée aux Aygalades.

Et le texte, foisonnant de vie, raconte merveilleusement ces relations qui se tissent avec les animaux et autour des animaux. On y lit des anecdotes qui mettent en scène parfois des personnages animaux qui ont compté dans la vie du lieu mais aussi les périodes de l’aïd pour lesquelles les moutons vont être de retour de nombreuses années, ou encore l’expérience d’un « volailler » devenu une vraie ménagerie urbaine dont les habitants espéraient que la ville la pérenniserait en ménagerie pédagogique !  

Sur le chemin on découvrira aussi le très tentant O2sens, restaurant pédagogique de l’école de la 2èmechance (on peut venir y déjeuner les mardis, mercredis et jeudis).

Puis dans l’ambiance encore en friche du reste du site, se finira la balade, qui permettra de resituer les abattoirs et le trajet des bestiaux dans un paysage plus vaste dans lequel on aperçoit Campagne-Lévèque et les vestiges d’une branche du canal de Marseille.

Photos de Stéphane

Et c’est de nouveau en écoutant Pierre détourner la Marseillaise puis par une grande ronde improvisée que se boucle la première exploration à la recherche du petit chemin des bestiaux !

LA PISTE ANIMALE #3 : petites équipes agiles, grand groupe partageur, solos furtifs…

Enquêter à partir d’une attention aux animaux nous donne envie de tester plusieurs manières de se balader. C’est quoi les termes pour nommer des déplacements collectifs d’animaux ?

Pour les balades humaines, c’est vrai que le mot troupeau est le plus récurrent. Et il fait débat car parfois il nous évoque plus un rapport d’autorité contraint que la vitalité d’un troupeau de chevaux sauvages.

Alors on a trouvé Bande ! Mais d’autres fois on peut se penser un peu horde, et même banc ou nuée.

Tourner ensemble!

Le troupeau est étymologiquement lié au mouvement, « bouger, tourner ensemble », et cela répond avant tout au besoin fondamental de se protéger des prédateurs, ce qui n’est pas le même imaginaire qu’un groupe qui répond à un chef…

Nous découvrons ainsi qu’il existe un nombre assez surprenant de termes pour désigner les groupes d’animaux, souvent en déplacement mais pas que. Alors plutôt que de les citer tous, si on s’amusait à raconter nos petites enquêtes en diversifiant nos vocabulaires ?

La nuée de poulets et le troupeau de poules

Et oui, pour les poules aussi on parle de troupeau. Avant d’aller rejoindre notre premier poulailler du côté de l’Estaque, on se retrouve à quelques-unes à la Castellane. Et la balade commence finalement par… une nuée de poulets… 

On peut bien parler de nuée pour une envolée collective de poules, puisqu’avant d’être oiseau domestique, c’est bien un oiseau sauvage, qu’on retrouve aujourd’hui uniquement en Asie par exemple sous le nom de Coq doré. Sa domestication fut tardive et absolument pas liée à l’alimentation. Parure, combat, la poule d’alors ne pond que 5 à 20 œufs par an et relève plus de l’animal sacré que de la vie paysanne ordinaire.

Les poules des Riaux n’ont pas oublié qu’elles étaient des oiseaux…

Mais à la Castellane, où par ailleurs on découvre des coqs et des poules qui semblent vivre en liberté dans la cité (à suivre dans un prochain épisode…), c’est une autre espèce qui nous passe autour en mode nuée. 

Mais au fait pourquoi appelle-t-on les policiers des poulets ??

Eh bien si l’histoire de l’arrivée du coq en France est bien une histoire marseillaise, on vous la racontera plus tard, les poulets de l’ordre sont une histoire parisienne, le 36 quai des Orfèvres étant installé sur un ancien marché aux volailles…

La journée se poursuivra par la rencontre avec le poulailler de Farid, à l’Estaque Riaux.

Ce poulailler est intrigant car il se trouve dans la pente, entre deux rues, difficile à dire si c’est chez quelqu’un ou si c’est un usage plus collectif d’un bord de route.  On y trouve, en plus des poules, des arbres caractéristiques de jardins du Maghreb comme les figuiers, les néfliers et les dattiers et notre chère canne de Provence que les poules semblent affectionner pour en faire leur nid. Ce qu’on perçoit ici c’est une histoire de voisinage ouvrier, de mémoires méditerranéennes et d’entraide (on apprendra que le poulailler a été créé par le père de Farid, qui a sans doute été un personnage fédérateur dans le quartier très soudé des Riaux). Mais aussi de difficultés pour s’entendre sur des règles de cohabitation.

L’existence du poulailler sur la voie publique, ses usages qui semblent avoir été plus collectifs par le passé qu’aujourd’hui montrent qu’il n’est pas si facile de se mettre d’accord pour prendre soin d’animaux qui ne sont pas perçus comme des animaux de compagnie, qui peuvent sembler bruyants ou pas si bienvenus que ça en ville… 

Et il ne s’agit pas non plus d’animaux sans propriétaires qui parfois donnent lieu à des organisations autogérées comme par exemple pour les « chats libres » (entre maisons à chats, stérilisation, accompagnement… ). On décide donc de poursuivre l’enquête en allant découvrir une autre histoire de poulailler en lisière d’espaces publics au Plan d’Aou. On a entendu dire que régulièrement les habitants s’y retrouvaient pour amener leurs déchets alimentaires et partager les œufs…

Le murmure de Willy et des étourneaux en bande organisée

Il y a toute une collection de mots pour les groupes d’oiseaux, mais sans doute que le plus joli et qui colle bien à l’enquête pour l’instant plus solitaire de Willy est le « murmure ».

Bon, en fait il semble qu’on dit plutôt « murmuration » et qu’en français le terme serait agrégation. Mais pour celui qui s’intéresse au chant des oiseaux, la danse qui murmure est bien inspirante. On découvre alors une autre histoire de son qui impacte directement les étourneaux à Marseille, l’effarouchement acoustique. Car si les poules sèment parfois la discorde entre voisins, les étourneaux font parti des espèces que craignent les urbains. 

Les villes qui sont sur le passage des voies naturelles de migration tentent d’ajuster la co-habitation. Sur le site internet de la ville de Marseille on peut ainsi lire qu’il y a une division Animal en ville qui intervient quand ils nous embêtent trop !

« Les mouvements migratoires des étourneaux ont lieu en septembre-novembre et en février-avril. Ces oiseaux au plumage sombre sont totalement inoffensifs, ils peuvent parfois impressionner les habitants.

A la tombée de la nuit, ils se regroupent, en bande, sous de grands arbres feuillus. Selon les ornithologues, ces oiseaux sont à la recherche d’un endroit calme et serein, pour passer leurs nuits. Inquiets pour leur sécurité, ils piaillent à chaque bruit qui retentit. Comme à l’intérieur d’un cocon, ils se nichent dans ces arbres « dortoirs » jusqu’au petit matin, à la chaleur des lumières urbaines et à l’abri des prédateurs de la campagne. Mais plus que leur regroupement massif et leurs cris insolents, ce sont bien leurs déjections qui mettent les Marseillais dans tous leurs états. Omnivores et particulièrement voraces, ils peuvent chaque hiver faire des dégâts assez considérables avec leurs excréments très salissants et corrosifs sur les jardins d’enfants, les voitures, balcons, stores, terrasses, cours d’école… […]

L’effarouchement acoustique reproduit des cris d’oiseaux leur faisant croire qu’ils ne sont pas en lieu sûr. Ils mémoriseront cet endroit et, par crainte, ne reviendront plus. Et si cela ne suffit pas, aux grands maux les grands remèdes : ils s’armeront de tirs de pétards stridents (fusées détonantes et crépitantes). » Site internet ville de Marseille.

Willy, lui, a choisi un autre chemin pour entrer en cohabitation, il s’est mis en tête de nous apprendre à murmurer avec l’étourneau, ou au moins de mieux entendre son chant.

Pour cela il nous fait découvrir le travail d’un artiste, Guillaume Hermen, qui en alliant partition graphique et écoute amène à « comprendre », à visualiser son chant qui devient « entendable ». C’est le début d’une piste assez expérimentale qui nous amènera sans doute dans les prochains mois à aller écouter, enregistrer et aussi chanter, avec nos oreilles un peu transformées…

Des chèvres qui hésitent entre la troupe férale et l’élevage phénicien

Des panneaux mettent en garde les automobilistes sur la présence de chèvres errantes.

La piste ouverte à propos des chèvres de l’A55 nous fait apparaitre l’idée de la « troupe ». Elles apparaissent un coup par ici, un coup par là, comme par un tour de magie ou par des numéros acrobatiques dont les agrès seraient la ville qui déborde sur la colline. 

Un troupeau-troupe, un peu circacien, un peu forain, un peu punk face au troupeau bien élevé de leurs consœurs du Rove.

La team chèvres est donc partie dans la colline tout d’abord à la rencontre de quelqu’un qui s’y connait mieux que nous, la chevrière qui actuellement s’occupe du troupeau historique de la famille Gouiran (dont le premier troupeau date du 15ème siècle…). 

Le troupeau de la famille Gouiran, un dialogue entre cornes et pylônes

La saga de cet élevage est longue, mais on peut déjà se rappeler que ces chèvres auraient été introduites par les grecs ou les phéniciens, qu’elles ont failli disparaitre à l’après-guerre de par le surpâturage et leur faible rendement en lait, et que c’est la mobilisation d’une poignée d’éleveurs, avec en première ligne André Gouiran qui a changé la donne et permis la conservation de l’espèce. La lutte s’est poursuivie sur le terrain fromager autour de la création d’un AOP pour la Brousse du Rove. La chèvre du Rove est également maintenant reconnue pour ses qualités de débrousailleuse et est devenue une actrice à part entière des plans de gestion contre les incendies… Rien que ça !

On apprend aussi qu’elle fait totalement partie des pratiques de transhumance, en assurant traditionnellement un grand soutien au berger pendant l’itinérance des troupeaux de moutons (elle peut guider les troupeaux, elle donne du lait aux agneaux et de la viande au berger…). Bref un animal de nos collines qui a tout pour inspirer nos imaginaires en manque de sobriété écologique… 

Mais la chevrière relativise. Bien pour l’incendie certes, mais les troupeaux gardés empêchent aussi le reboisement. On voit bien la différence de couverture arbustive entre les deux versants nous fait-elle remarquer : celui où le troupeau pâture est nu quand l’autre est boisé. Bon, dans les années 1900 il y avait 4000 têtes pour 900 habitants au Rove, aujourd’hui un seul troupeau de 330 têtes pâture environ 1000 hectares…

Et les chèvres sauvages alors ? Comment s’en sortent-elles sans berger, sans éleveurs motivés ? Nous ne sommes pas là pour prendre partie mais pour comprendre un peu mieux comment les troupeaux habitent la colline.

Et les discussions ont beaucoup tourné autour de l’eau. Bah oui, on parle toujours de ce que mangent les chèvres (la garrigue, les arbustes, les broussailles et aussi nos jardins…) mais ce qu’elles boivent est aussi fondamental pour la production de lait des unes, et la survie des autres. Les chèvres du Rove sont une espèce très résistante à la pauvreté des sols et à la sècheresse, mais la chevrière propose l’hypothèse que la chèvre « sauvage » n’ayant pas de lait capté par l’humain serait encore plus résistante au manque d’eau. Des chèvres du Rove qui s’égarent peuvent s’ensauvager très rapidement, et vivre sans problème des mois seules dans la colline. 

La troupe des chèvres « de l’autoroute » est une race alpine, avec des cornes en arrière et un trait sur le dos. L’origine en serait un troupeau échappé d’une ferme il y a 40 ans…

À la question de savoir « pourquoi l’autoroute », l’eau serait de nouveau un élément de réponse. L’infrastructure en bouleversant les pentes naturelles et par imperméabilisation des sols capte les ruissellements. En plus les terres de remblais sont favorables aux plantes pionnières, ce qui finalement fabrique des super spots de pâturage pour des chèvres pas trop regardantes sur les pollutions…

Ce cabri peut avoir 3 destins : devenir une chèvre laitière, de la viande pour la consommation de la ferme, partir chez l’engraisseur. La viande est exportée vers l’Italie ou le Maroc, et on se demande pourquoi il y a si peu de consommation en France. Mais il est possible de commander de la viande de cabri à la boucherie.

Commencer à parler des animaux des collines, c’est ouvrir aussi le sujet de la chasse ! Nous allons prochainement discuter avec des chasseurs du massif mais la chevrière nous témoigne déjà que les chasseurs à la fois entretiennent, apportent de l’eau qui bénéficie au troupeau mais n’apprécient guère que les chèvres fassent fuir les proies. Encore une histoire de co-habitation à creuser…

Et on finit par une séance de partage à la bibliothèque, où de belles plumes se révèlent : 

Je suis le cheval des quartiers nord 
Celui à qui l’on avait réservé tout un secteur des abattoirs et même un pont pour passer de vie à trépas. Rien ne m a été épargné, ni ma chair qu’on donnait aux enfants pour les rendre fort s( comme un cheval ) ni ma sueur car j étais dur à la tâche. 
Partout dans les usines des quartiers nord et sur le port j’étais l’ouvrier corvéable à loisirs et ne demandait qu’un peu d’eau et d’avoine . 
J’étais là pour aider lorsqu’on déménageait du centre-ville ou des squats vers les nouvelles cité-jardins du nord. 

On m’aimait aussi, j’accompagnais les mariés au parc et à la mairie dans de superbes calèches , je faisais la joie des enfants dans les manèges , je participais aussi tout paré d or et de fleurs aux processions à la vierge au milieu de la foule des croyants. 
Et suprême honneur mon pédigrée et ma race de provençal est reconnue au défilé des gardians sur le vieux port devant le maire. 

Je suis le cheval des quartiers Nord celui qui est et a toujours été là ; je suis l ami des gens des quartiers populaires humbles et besogneux comme moi. 

Marc témoigne de cette présence urbaine et ancestrale du cheval, puis Pierre, à la fois nouvelle recrue et doyen de notre groupe explorateur, nous impressionne avec un texte sur le goéland, lui aussi dans la checklist de la division Animal en ville de la mairie …

Pierre deviendra d’ailleurs à la fois notre berger et notre animal totem pour la séance suivante, à la recherche de l’ancien petit chemin des bestiaux…

FAROÏSER LE RUISSEAU

Pour rappel, Hôtel du Nord est un des membres du collectif des Gammares. 

Nous sommes d’ailleurs assez nombreuses à être présent.es et dans la coopérative et dans le collectif. Il n’y a pas vraiment de hasard à cet état de fait. Si l’on considère qu’une des pensées de la convention de Faro est de concevoir que notre quotidien, foulé de nos pieds, est un patrimoine vivant à prendre en compte, quoi de plus vivant qu’un cours d’eau ? Aussi mal en point qu’il puisse être. Précisément : notre cours d’eau, Caravelle-Aygalades, nous inspire à lui prodiguer des soins et des attentions spécifiques. Et ce, de manières les plus variées possibles.

Dans son ensemble, le collectif prend conscience de son évolution en termes de connaissances théoriques sur le phénomène “eau”. Mais aussi de sa volonté de plus en plus affirmée de se mêler de l’eau tous azimuts. Mais aussi de sa plus grande reconnaissance dans les milieux institutionnels. Mais aussi de son expérience grandissante à créer du lien et à faire communauté…

Alors les Gammares s’acharnent à redéfinir leur “carte d’identité” en tenant compte de ces prises de conscience.

En interne de cette réflexion, certaines – Chloé et Agnès pour les nommer – ressentent le besoin de Faroïser la pensée. Ce néologisme que Christine Breton ne nous reprochera pas, exprime la volonté de créer une transversalité entre la façon de penser Faro et la réalité de nos engagements au quotidien. 

Pour aller dans ce sens, une de nos premières idées est celle d’un musée alchimique.
Qu’es aco ?

Exposition du Musée Alchimique lors de la Fête du ruisseau, 5 octobre 2025.

Ce serait la prolongation d’une démarche déjà enclenchée par le collectif MITR (Made In The River) à propos des déchets habitant la rivière. Une profonde réflexion engagée sur la façon que ceux-ci ont de fabriquer le cours d’eau et à la fois de se faire digérer par lui.

Mais aussi une manière de réfléchir aux déchets de notre civilisation, qui sont-ils, pourquoi sont-ils là, etc.

Il en résulte une déjà belle collection d’objets divers soit fabriqués par nos artistes de MITR, soit ramassés tels quels, déjà transformés par l’action de l’eau.

Collection d’objets alchimiques ramassés dans le ruisseau par le collectif MITR et les Cascadeurs, 1e mai 2024

Et Faro, dans tout ça ?

C’est une forme de pensée et de réflexion. Ne pas se satisfaire de collectionner ou d’engranger des objets, mais plutôt que pouvons-nous en faire ?

Entre autres possibles, une proposition nous est faite de contribuer à l’écriture de l’histoire contemporaine de la ville, au travers de son musée qui cherche à visibiliser les préoccupations et les attachements des citoyens.

Nous désirons nous inscrire dans cette mouvance. 

Mohamed et Saïd Ali, étiquetant soigneusement leurs trouvailles pour les intégrer aux collections du Musée Alchimique.

C’est relativement ardu à mettre en place, et pour l’instant nous sommes en phase de réflexion. Cependant, nous comptons sur une contagion possible des autres hôteldunordien.nes pour faire évoluer nos pensées et nos envies.

Pendant ce temps Georges s’intéresse de près à des expérimentations aquatiques du côté des jardins de Jardinot, à St Louis en bordure de ruisseau.

LA PISTE ANIMALE #1 : on cherche nos guides…

Si j’étais un animal habitant le nord de Marseille, qu’est-ce que j’aurais à vous dire de nos quartiers? Avec quels animaux ai-je des relations dans mon voisinage ou dans ma vie quotidienne? Est-ce que j’ai déjà touché un mouton, un cochon, une vache, une chèvre? Qu’est-ce que la domestication peut nous raconter de la société que nous habitons? Est-ce que je me suis parfois senti animal? Est-ce que je me suis parfois senti animalisé•e?

C’est avec ces quelques questions et bien d’autres à glaner en chemin, que le Mille-pattes a commencé sa nouvelle enquête de voisinage.

Elle prolonge une exploration collective d’un an sur une historie longue du mal-logement, qui nous a conduit à partager des questions sur nos manières d’habiter et sur ce qui rend un environnement habitable. 

La rencontre avec des moutons pour une journée finale de transhumance dans le bassin de Séon nous a donné quelques indices et ouvert … LA PISTE ANIMALE…

L’aventure a démarré comme une veillée. Nous sommes une quinzaine, dehors il fait froid et dedans il y a un feu. Naturellement on fait cercle. On s’était donné la règle d’un jeu de rôle, où l’on argumenterait chacun•e le choix d’un guide-animal mais ça ressemble à un moment d’oralité intime. Et c’est plus le conte que la plaidoirie qui s’entend dans les voix, qui respectent la petite consigne : 3 minutes par animal…

Elsa est près du poêle, déjà elle dessine notre premier bestiaire…

LE LOUP

C’est avec un chant que Jeanne commence, et une parole de la chanteuse Camille pour expliquer sa reprise d’un chant traditionnel dansée comme une bourrée à 2 temps : les loups.

« C’est une chanson de femme libre. La femme qui mène les loups est porteuse de cette insurrection. Elle sait que le loup ne s’attaque au troupeau que lorsqu’il a faim. Le loup rétablit tout l’écosystème. Il peut être menaçant mais pas seulement… Cette chanson peut dire aussi en sous-texte que la femme insurrectionnelle rétablit la paix . » Camille

Regarder Jeanne et écouter le chant partagé :

Le loup est un personnage au cœur des questions contemporaines sur la place de l’humain, sur nos rapports à la domestication, au sauvage et aux systèmes de domination. En même temps qu’il incarne la difficulté des hommes à cohabiter avec le sauvage, il est parfois aussi l’allié pour raconter l’air de rien les prédations des humains entre eux.

Cette proposition du loup a déjà ouvert quelques pistes :

Le chant d’abord, puisque nous allons poursuivre avec Jeanne et Willy, un samedi après-midi par mois à partir de janvier, un travail de chœur.

La compréhension de la présence du loup dans notre territoire, puisqu’il est maintenant présent dans les massifs des Calanques, de la Ste Baume ou encore en Camargue.

Et aussi suivre ce que le loup nous raconte de nos relations aux autres, humains ou non humains. Agnès propose alors de lire le livre publié par l’éditeur marseillais Wildproject « Le loup et le musulman », qui associe désastre écologique et islamophobie… A suivre !

LE MOUTON

On passe du loup au mouton ! Il fut notre guide pour la fin de notre chantier sur le mal-logement l’an passé, en nous permettant à la fois de questionner l’habitabilité de nos quartiers et aussi de vivre un grand moment d’hospitalité.

Fadila, Taous et Baya nous racontent leurs attachements à l’animal, sa place dans leurs cultures algériennes mais nous rappellent également les usages partagés entre ici et là-bas, à commencer par ceux de la laine. La transhumance de septembre nous a marqué, les retrouvailles avec la laine tout particulièrement.

On sait que le mouton c’est aussi l’histoire de nos consommations et pratiques alimentaires, l’abattage, la boucherie dans nos quartiers, la possibilité d’un éco-paturage à Marseille… Mais à la Castellane, c’est la laine qui nous guidera !  

LES CHÈVRES SAUVAGES

Nous glissons doucement vers le sauvage, avec la drôle d’histoire des chèvres domestiques redevenues sauvages dans les collines de la Nerthe. Nicolas, Lionel et Chloé nous racontent la survivance des chèvres domestiques en Provence, les usages, les contes, mais se passionnent avant tout pour ce groupe de chèvres « libérées » qui font polémiques. Quelle légitimité pour ces animaux de l’entre-deux, entre urbain et collines, entre imaginaire provençal et peur de l’invasion, entre protection et extermination ? A suivre sans doute en mode balade en colline, sur la piste de cette faune sauvage qui habite nos villes sans nos consentements, la piste férale !

Et en audio Agnès, qui n’était pas là mais a choisi elle aussi de s’intéresser aux sauvages des villes avec LE RAT.

LES OISEAUX

On reste dans le trouble des relations sauvages ou domestiques. Les oiseaux… Nous sommes nombreux à avoir choisi un oiseau et témoignons de sentiments multiples pour dire les relations qu’il nous évoque : perte, émerveillement, colère, peur …

L’une des histoires racontée par Willy est cet Ara du Gabon qui vit en liberté depuis 2 ans dans les arbres de Mourepiane, provoquant une sorte d’attention collective par l’écoute de son chant. Lui aussi raconte ces transfuges qui passent du domestique au sauvage. Mais il évoque aussi l’ailleurs de l’oiseau, ramené de force ou aux trajectoires migrantes, et nous rappelle aux mystères de l’évolution, dans laquelle chants et couleurs sont utiles, ou pas…

Et puis l’oiseau peut nous guider vers un changement de points de vue, à l’échelle de la carte ou des diverses places qu’il occupe dans les cultures multiples qui composent nos quartiers.

Ecouter et regarder Alice, Claire, Willy et Arlette.

LES INSECTES et d’autres qui les mangent

L’appauvrissement des chants d’oiseaux dans nos quotidiens témoigne de la disparition des habitats et d’une certaine biodiversité, même si paradoxalement les villes deviennent peu à peu des meilleurs spots que les campagnes dévastées par l’agriculture industrielle. Alors profitons-en et allons nous sensibiliser à tous ceux qui, plus invisibles, nous racontent les éco-systèmes et révèlent plein d’autres géographies!

Entre une fable de Desnos proposée par Danièle pour danser la tarentelle avec les SAUTERELLES, une invitation à suivre les chemins de l’eau au son des GRENOUILLES avec Elsa , un poème écrit par Georges en hommage à la IULE libre qui nous rappelle qu’elle est Mille-pattes, et l’envie de Hugo de cartographier les habitats des CHAUVE-SOURIS, c’est la fête !

Saute, saute, sauterelle,

Car c’est aujourd’hui jeudi!

Je sauterai, nous dit-elle,

Du lundi au samedi.

Saute, saute, sauterelle,

A travers tout le quartier.

Sautez donc, Mademoiselle,

Puisque c’est votre métier.

Robert Desnos

L’ IULE : LE MILLE PATTE 

J’ai fouillé dans ma mémoire des livres, les Saints, les savants,

Je n’ai pas trouvé ta trace, IULE, même dans l’Arche de Noé

Incognito parmi les reptiles qui rampent.

J’ai écouté SAINT SAENS et autres orchestres d’animaux.

Mais dans ce défilé carnavalesque,

                  Je n’ai pas entendu ta musique IULE,

Ni t’ai vu faire la fête.

J’ai cherché dans les ZOO : ce n’étaient qu’animaux venus d’ailleurs !

Rois ou Princes là-bas, imposants par leur force, leur taille, leur agilité

Prisonniers ICI dans leurs enclos, mangeant et dormant sous le regard des visiteurs

                  Je ne t’ai pas imaginé IULE

                  Te laisser mettre en cage et renoncer à ta liberté.

Sous les chapiteaux, il n’y a plus de montreurs d’ours ni de dresseurs de tigres

Il faut être un clown pour dresser des puces !

                  Mais aucun acrobate n’a jamais pensé à te dresser !

IULE

Dans les fermes et les prés, moutons, vaches, cochons

Et autres animaux élevés

Dans nos maisons, chiens et chats, animaux domestiques,

Fidèles amis que nous tenons en laisse

                  Tu n’es ni élevé, ni domestique ! IULE.

                  Tes colliers, la nature t’en a paré et tu y restes libre !

J’ai rejoint les Quartiers Nords et mes pas m’ont mené dans les collines

Et là ! sur les sentiers caillouteux, je t’ai vu : un, dix, des cents et des milles

                  IULES vous descendez en bande, horde sans fin, tout de noirs vêtus !

                  Grimpants après la pluie à l’assaut de nos habitats

                  Indifférents aux roues des VTT et aux pieds des marcheurs

                  Immense Armée de l’Ombre !

J’ai rejoint les Quartiers Nords et mes pas m’ont mené de villages en cités, de collines en vallées

Et là, dans ces lieux cabossés, délaissés, IULE, j’ai vu :

Nos pas solitaires sont devenus Mille Pattes !

Marchant en bande libre et joyeuse

A la rencontre de 1000 et autres récits de vies à écouter, mettre en lumière.

Et se mettent debout les rampants incognitos,

Et se font clameurs et chansons ceux dont la musique n’était pas entendue !

Milles Pattes, vous descendez en bande, horde sans fin, vêtus de milles couleurs !

Venus de nos quartiers partager vos combats, défaites et victoires

Montant à l’assaut de nos Villes et Métropoles

Indifférents à ceux qui veulent vous enfermer, dompter, domestiquer…

Tu es là, IULE,

Vous êtes Mille Pattes !

Immense armée de lumière !

C’est le Carnaval des animaux, le temps de faire la fête !

Georges

LES CHATS

Ces géographies animales nous sont peut-être plus observables grâce au chat. Evangéline et Micha nous racontent leur rencontre avec des habitant•es qui tentent de « réguler » par des maraudes de stérilisation la surpopulation des chats. Elles nous confient les questions que cette pratique « sous les radars » leurs inspire, quand par ailleurs certains propriétaires en appellent aux pouvoirs publics pour appliquer des modalités plus expéditives, et pas que pour soutenir la biodiversité… Entre notre amour pour l’animal de compagnie et la crainte de l’invasion de sa version « libre », on retrouve ces contradictions qui révèlent globalement nos capacités relationnelles appauvries et les paniques provoquées par les différences nuances du « sauvage » qui se plait à habiter les villes.

LES ÂNES ET LES CHEVAUX

Et puis il y a ceux qui habitaient et qui n’habitent plus. Ceux qu’on chérissait pour leurs capacités de travail, ces compagnons de route dont la perte pouvait ressembler à perdre ses jambes, et dont les organisations collectives ont longtemps eu besoin à la campagne comme en ville. L’âne et le cheval nous rappellent les vieilles cartes postales de cet avant pas bien vieux, où le cheval de St André et sa charrette étaient connu de toustes, et où l’âne accompagnait le départ à la pêche des pêcheurs du quartier. Mlouka et Samanta nous remémorent la place de l’âne dans la religion. Comment ne pas voir un signe complice dans la « croix de Saint André », dont on racontait qu’elle était la trace de la bénédiction par la Vierge Marie pour remercier l’animal de l’avoir conduite en Egypte ! Alors oui, l’âne est un bon guide pour les quartiers nord, d’autant plus que, comme le cheval, il est un animal social qui fait du bien, qui adoucit, qui ouvre des chemins de communication et de dialogue.

Un dialogue qui pourrait même nous faire entendre les ânes encore bien présents des villes du littoral du Maghreb…?

LA POULE

Et pour finir, Julie déroule son intérêt pour la poule. À partir de sa propre expérience d’avoir mis en place un petit poulailler dans son jardin à usage de toute sa rue, elle apprécie les « ambiguïtés » de sa présence en ville. A la fois nourricière et se nourrissant de nos déchets alimentaires, domestique mais pas vraiment de compagnie, vivant dans des espaces privés mais souvent aussi dans des lieux dont on ne sait pas trop à qui ils appartiennent (talus, délaissés…), la poule et la figure du poulailler apparaissent comme une dernière résistance de culture paysanne en ville, qu’elle soit trace de l’ancien terroir ou de toutes les cultures de la Méditerranée. On trouve donc des poules partout, y compris et même souvent dans les cités populaires. Partir à la recherche des poulaillers, interroger les relations et les histoires qu’ils couvent pourrait être une piste à la fois simple et propice à la rencontre de nos voisin•es !

Les poules du poulailler de la montée Castejon à l’Estaque Riaux, en mode perruches…

Après ce foisonnement de propositions, nous avons également partagé deux autres manières d’enquêter.

« Tout petit chemin, au nom dérisoire, quasi clandestin, dis-nous ton histoire »

Comment résister à cet appel ? C’est Pierre, un ancien de Saint-Louis (99 ans !!) qui nous a écrit pour nous demander de partir à la recherche du Chemin des bestiaux. Avec plaisir Pierre, on commencera avec toi le 30 janvier prochain !

Et puis toutes ces explorations, ça donne envie à certaines d’entre nous de les nourrir par des lectures. La question animale est un chemin passionnant pour aborder énormément de thématiques qui nous concernent tous•tes, et bien au-delà du quartier.

Alors entre écoute de podcasts, arpentages de livres, on va tenter aussi de partager de la pensée un peu plus théorique.

La bibliothèque ouvrira aussi des pistes de lectures avec les enfants, et on compte bien reprendre un mille pattes des enfants avec nos complices de la Castellane !

Et c’est Chloé qui nous raconte ses premières lectures, dans l’épisode #2 de la Piste animale !

LA PISTE ANIMALE #2 : club de lectures

Dans son essai Ainsi l’animal et nous, Kaoutar Harchi, sociologue et écrivaine propose de réfléchir au processus d’animalisation. Tout d’abord elle rappelle comment notre culture est profondément marquée par la conviction que Nature et Culture sont des entités distinctes, voire opposées. A partir de là, les humains sont associés à la Culture, tandis que les autres êtres vivants sont associés à la Nature. Cette distinction se traduit aussi par l’idée d’une hiérarchisation, qui voudrait que les « êtres humanisés » soient supérieurs aux « êtres animalisés ». Concrètement, cela se traduit par une inégalité en droit car les êtres humanisés appartiendraient à une communauté morale, synonyme de préservation de la vie et de l’intégrité, dont les êtres animalisés seraient exclus. Inversement, ces derniers seraient soumis à la loi du plus fort et donc potentiellement exploitables et tuables à merci. Selon cette logique, les animaux sont des objets animés, dont on peut s’accaparer le corps, et qui n’auraient ni sensibilité ni histoire. 

Kaoutar Harchi avance dans son livre que ce processus d’animalisation et d’humanisation dépasse la distinction biologique humains/animaux. En effet, il existe une forme d’animalisation de populations humaines, qui pour des raisons de racisme, sexisme, validisme ou autre forme de discrimination, se retrouvent dans la même posture d’infériorité que le sont habituellement les animaux par rapport à d’autres groupes d’humains considérés eux comme « humanisés ». La chercheuse donne plusieurs exemples dont l’usage du vocabulaire « sale chien », « grosse vache » qui montre clairement la dégradation à laquelle est associée la condition animale, et comment celle-ci peut se transmettre à des humains. 

Jeanne rebondit en disant que le processus inverse existe également, que certains animaux sont quasiment humanisés, intégrant la sphère familiale par exemple. Et qu’on observe fréquemment ce paradoxe d’une hyper affection envers des animaux (en témoigne le succès des vidéos de chaton sur internet) en parallèle d’une insensibilité totale pour la souffrance d’êtres humains.

Ça me rappelle mon prof de géographie qui disait, à propos du bassin d’Arcachon : « ici, il y a des chiens qui ont un train de vie supérieur à celui d’un type au RSA ».

Alors pour la peine, et puisque Danièle l’a aussi fait, je vous partage un morceau intitulé « Money is King » et dont le refrain est :

But if you are poor, people tell you « Shoo!

A dog is better than you »

Si tu es pauvre, les gens te disent « Casse-toi!

Un chien vaut mieux que toi »

Maintenant essayons d’aller un peu plus loin en prenant le texte d’un autre auteur, anthropologue cette fois : Charles Stépanoff qui a écrit Attachements, enquête sur nos liens au-delà de l’humain. Lui aussi s’intéresse à la question des dominations, dans le rapport de l’Homme au reste du vivant ainsi qu’à l’intérieur des sociétés humaines. Son fil rouge consiste à se demander s’il existe un lien entre les relations que les humains entretiennent à leur environnement et la forme d’organisation de leur société.

Stépanoff commence par interroger la question de la domestication, qui très souvent est associée à l’idée d’une domination que les humains auraient commencé à exercer sur la Nature, avant de la reproduire au sein de leur propre espèce. La théorie voudrait qu’avant de commencer à exploiter la Nature, les humains chasseurs-cueilleurs vivaient dans une forme d’harmonie et de co-dépendance avec elle, et que l’introduction de la sédentarisation, de l’élevage et de la culture agraire ait engendré une rupture avec les écosystèmes ainsi qu’une forme d’organisation sociale pyramidale.

Or Stépanoff affirme que cette manière d’associer domestication à domination est un anachronisme. En effet, selon lui il n’y a pas de déterminisme qui associerait un mode de vie à une organisation sociale. Il existe des sociétés nomades pyramidales et d’autres sédentaires et égalitaires. Autrement dit, il y a une grande diversité dans les types de liens entre humains et entre humains et non-humains, et toutes ces formes de relations sont susceptibles d’évoluer. 

Par « types de liens », l’auteur donne des exemples multiples comme lien affectif, thérapeutique, alimentaire, technique, mythologique etc. On pense facilement à la connexion forte et immédiate qu’entretiennent des populations qui extraient directement leurs moyens de subsistance de leur environnement, comme le peuple Tozhu que décrit l’auteur. Pour ces habitants de la Toundra éleveurs de rennes, les types de liens avec les animaux et les plantes sont très nombreux et peuvent se combiner. Par ex. le rapport au renne est à la fois nourricier, affectif, pratique et mythologique. Mais les humains des villes ne sont pas en reste car ils entretiennent également de nombreux liens sociaux et affectifs avec les plantes et animaux autour d’eux, bien que leurs ressources nourricières proviennent d’origine indirecte, via de nombreux intermédiaires (magasin, revendeur, transporteur, producteur). Contrairement aux Tozhu, les habitants des villes différencient leurs sources de rapports affectifs (=proches) et leurs sources de rapports nourriciers (=éloignés). Ainsi les premiers entretiennent un réseau dense avec leur environnement, tandis que les second ont un réseau étalé. 

Pour Stépanoff, la forme du réseau, c’est-à-dire des formes d’attachements, est primordiale pour expliquer quelles sont les formes de relations que les humains entretiennent avec le monde autour d’eux puis  à l’intérieur de leur propre société. 

L’approche de Stépanoff, plus nuancée que celle de Kaoutar Harchi, se nourrit du renouvellement de l’anthropologie et de la pensée écologique de ces dernières années :

En anthropologie, des chercheurs comme Descola, Latour, Hallowell ont remis en cause l’idée que la sociabilité se limiterait aux rapports des humains entre eux, car leurs interactions (réciprocité, dette, attachement, parenté..) incluent également les non-humains.

En termes de vision écologique, on a longtemps considéré l’humain comme un perturbateur des écosystèmes. L’humain serait extérieur et nuisible à la Nature. De là le paradigme de la protection des milieux en empêchant l’Homme d’interagir avec, par exemple le dispositif des Parcs Nationaux. Or, les découvertes récentes en science de la Terre ont montré que les écosystèmes terrestres sont façonnés à plus de 75% par l’activité humaine et ce depuis plus de 12 000 ans ! Cette influence n’est pour autant pas synonyme de destruction ou de diminution de la biodiversité en soi. Si c’est ce type d’influence qui nous saute aujourd’hui aux yeux, c’est parce que nos usages sont à présent majoritairement tournés vers l’extractivisme intensif, mais pendant longtemps ça n’a pas été le cas. Ainsi, les humains sont des composantes déterminantes des communautés vivantes, de la plus dégradée à la plus riche. L’environnement est à la fois composé d’éléments biologiques mais aussi d’éléments culturels : gestes techniques (ex cueillette), mythologie, organisation politique. Les écosystèmes sont donc en réalité des socio-systèmes  qui entremêlent phénomènes biologiques, écologiques et culturels.

Le bouquin de Stépanoff consistera à s’interroger sur la manière dont les réseaux, denses ou étalés, génèrent différents types de socio-systèmes, et à se demander lesquels possèdent la plus grande capacité de résilience. 

Charles Stepanoff à retrouver en podcast sur arteradio: Vivons heureux avant la fin du monde : l’amour Wouf

TRANSHUMONS VERS LE NORD

Des bâtons décorés posés face au vide…

(c)Sébastien Bossi

Un groupe de personnes qui semblent se préparer à partir en randonnée…

(c)Dominique Poulain

(c)Sébastien Bossi

Ce dimanche 22 septembre 2024, il se trame quelque chose devant l’arrêt de bus 70. On se chuchote à l’oreille un secret…bientôt connu de tous !
Celui de l’itinéraire d’une grande transhumance : celle d’une vingtaine de moutons et de tout un troupeau d’humains qui traverseront les quartiers nord, comme on le faisait au temps jadis, quand les flots moutonnés patûraient les collines ou plus tard remontait du port pour rejoindre… les abattoirs …

(c)Dominique Poulain

Ouf ! Pas de risque de finir en côtelettes aujourd’hui : on prend le chemin à rebrousse poil, en direction du nord, en partant du sommet de la colline Consolat. Pour aller jusqu’à où ? Mystère..

On se réunit d’abord et Julie raconte l’histoire des « Moutons marseillais », cette association qui fait paître un troupeau urbain partout dans Marseille, guidé par son berger Arthur.

(c) Bulat Sharipov

(c)Dominique Poulain

La star du jour est bien entendu le petit agneau, à qui on donne des forces avant de partir pour cette aventure de 5km à pattes !

(c)Dominique Poulain

Même le loup est sous le charme.

(c)Sébastien Bossi

Allez c’est parti !

(c)Dominique Poulain

(c) Sébastien Bossi

Comme une superposition d’époques, les quartiers nord retrouvent les couleurs du pastoralisme d’autrefois.

(c)Dominique Poulain

Parcs, friches, bordures de route, l’urbanisme lâche du quartier offre de nombreuses ressources alimentaires pour le troupeau. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui l’éco-paturage, une manière beaucoup plus douce que la tondeuse de prendre soin des prairies urbaines…

(c)Sébastien Bossi

Heureusement que ce jardin possède une barrière…sinon il aurait été tondu ! On découvre qu’il y pousse du maïs et que les amandes n’ont pas été récoltées.

(c)Sébastien Bossi

Notre première étape : la Cité Consolat. Déjà visitée la veille lors de la balade « L’Ultime Demeure », cette « copro-dégradée » pose de nombreux problèmes aux habitant.e.s. Espérons que le passage du troupeau puisse apporter un peu de vie joyeuse.

(c)Dominique Poulain

On profite de la halte pour se partager nos souvenirs liés aux moutons. Pour Chloé il s’agit de la pagaille qu’elle semait dans les troupeaux lorsque, petite, elle vivait en Lozère !

(c)Sébastien Bossi

(c)Dominique Poulain

(c)Sébastien Bossi

Pour certains c’est la toute première rencontre.

(c)Dominique Poulain

Samanta, Tania et Arlette profitent de la pause pour refaire leurs pelotes.

(c) Sébastien Bossi

Le troupeau repart car la route est longue !

(c)Dominique Poulain

On traverse des forêts…

(c)Dominique Poulain

De grandes étendues…

(c)Sébastien Bossi

Sous le regard des habitant.e.s curieux!

(c)Sébastien Bossi

Et puis on arrive à la Cité-jardin Saint Louis, construite en 1926, sorte d’ancêtre du logement social.

(c)Dominique Poulain

Pour une nouvelle halte, l’occasion pour Agnès de raconter comment le pastoralisme façonnait autrefois les cheminements dans le quartier, mais aussi entre les villes, et que de nombreuses routes actuelles suivent encore la trace des « chemins à bestiaux ».

(c)Sébastien Bossi

Certains complètent et d’autres écoutent religieusement…

D’autres ne pensent qu’à manger.

(c)Dominique Poulain

On repart et cette fois, il va falloir prendre la route.

(c)Sébastien Bossi

En chemin on aperçoit des paysages intéressants.

(c)Dominique Poulain

(c)Sébastien Bossi

Et puis c’est l’arrivée en fanfare à Saint André, où une fois n’est pas coutume l’église est grande ouverte !

(c)Dominique Poulain

(c)Sébastien Bossi

Ce moment hautement mystique et inoppiné aurait-il été préparé en amont? Certainement selon certains qui ont vu dans les scènes suivantes quelques passages bibliques !

Le Buisson Ardent :

(c)Dominique Poulain

La Crèche

Le Baptême

Le comité d’accueil décore les moutons de pompons de laine.

(c)Dominique Poulain

Les plus heureux sont définitivement les enfants de Saint André.

(c)Dominique Poulain

Mais les grands ne sont pas en reste.

On complète cette drôle de rencontre entre moutons et église par l’histoire très locale de l’émergence d’une première filière de viande hallal à Saint André, plus précisément au sein du bidonville de la Lorette, par Bachir Azzoug. Venu d’Algérie dans les années 40 pour travailler aux tuileries, il créa une première boucherie au sein du bidonville qui deviendra une longue aventure familiale qui continue encore de nos jours, durant la période de l’Aïd.

(c)Sébastien Bossi

Une fois de plus on se remet en marche.

« C’est par ici les copines ! »

(c)Sébastien Bossi

Suivez le guide !

(c)Sébastien Bossi

Bravant le zonage urbain et le découpage routier, le vaillant troupeau se dirige vers la Castellane.

(c)Dominique Poulain

Où Fadila et son équipe nous attendent de pied ferme, fières de toutes les décorations qu’elles ont tricoté durant plusieurs semaines pour orner les buissons du rond point.

(c) Dominique Poulain

Elles nous partagent leur savoir faire en matière de travail de la laine : du mouton à la pelote !

(c) Bulat Sharipov

Jamais le rond point de Grand Littoral n’a été aussi peuplé.

Le troupeau d’enfants devenant conséquent, ça commence à être un peu la pagaille…

(c)Sébastien Bossi

Bien se nourrir pour devenir un beau gigot..heu un bel agneau.

(c)Dominique Poulain

(c)Sébastien Bossi

Mais nous ne sommes pas encore arrivés à la bergerie, et il faut encore un peu marcher.

(c)Sébastien Bossi

L’arrivée se trouve là où on l’attend le moins…

(c)Dominique Poulain

(c) Bulat Sharipov

Un petit paradis caché : Miramar

(c)Dominique Poulain

(c)Sébastien Bossi

Au tour des humains d’avoir le droit de se remplir la panse, avant la danse !

(c)Dominique Poulain

(c)Sébastien Bossi

Une fois repu, on explore cet improbable terrain.

Et on se lance dans la grande entreprise de laver de la laine brute !

(c)Dominique Poulain

(c)Sébastien Bossi

Il y en a qui travaillent et il y en a qui dansent !

(c)Sébastien Bossi

Epuisante cette balade !

Découvrir Marseille par son nord : 15 ans d’accueil coopératif. 

Après le « hors tourisme », puis le « tourisme de l’écart », Hôtel du Nord se pense pleinement aujourd’hui en hospitalités, « au-delà du tourisme ». 

Le Nord de nouveau visible

Depuis que la Ville de Marseille a récupéré la compétence tourisme en janvier 2023, le nord semble avoir réapparu dans l’imaginaire touristique de Marseille, 120 ans après la dernière carte touristique le prenant en compte en 1902 dans le Guide Joanne du Syndicat d’initiative de Provence. 

Guide Joanne 1902
Carte touristique Office du tourisme, Couverture de Marseille 2023

Des passagers viennent dans nos chambres via l’office du tourisme de Marseille. Ses agents d’accueil nous ont demandé des plaquettes et, lors de notre dernière visite test mi 2024, ils ont recommandé de contacter la coopérative Hôtel du Nord pour découvrir Marseille par son Nord! 

A cela s’ajoute en juillet la publication de sa nouvelle carte touristique de Marseille dans le bon sens et avec toute la ville. L’élu au tourisme a même proposé que la prochaine version soit co-construite.

Carte touristique de Marseille, Office du tourisme, juillet 2024

On en profite pour partager plusieurs de nos cartes dans cet article  et donner de l’élan à cette nouvelle  coopération. A voir quand les balades, les ouvrages et les produits d’Hôtel du Nord auront à leur tour une place? 

Enfin, le service tourisme de la ville de Marseille a accordé pour la première fois une subvention à Hôtel du Nord à hauteur de 5.000 euros, sans oublier les invitations à intervenir dans des conférences et auprès du groupe tourisme de la Convention citoyenne du futur. Cela fait beaucoup de premières fois.

Carte quartiers nord, Civic City pour Hôtel du Nord. 2011.

Doucement, mais surement le nord se fait une place dans l’imaginaire : 

29 ans après la création de la mission européenne de patrimoine intégré suite au Manifeste de Christine Breton , Conservatrice du patrimoine, qui tire alors l’alarme dans les quartiers nord sur la rapidité avec laquelle les projets de reconversion urbaine détruisent un patrimoine présent non considéré par l’action publique (lien). 

19 ans après les premières balades patrimoniales au Nord de Marseille à l’occasion des journées européennes du patrimoine ;

18 ans après l’adoption d’un rapport sur « patrimoine et économie » par le Conseil Départemental de Concertation des Bouches-du-Rhône qui propose de dépasser l’opposition entre bien commun (inaliénable) et usage privé (profitable) dans l’intérêt commun (lien).

Ateliers de révélation urbaine au ruisseau des Aygalades, 2009

16 après la création de la création d’une Commission patrimoine par la Mairie du le 15 et 16me arrondissement de Marseille qui décidera de la création d’Hôtel du Nord ;  

15 après l’hospitalité offerte au 40xVenezia et au Conseil de l’Europe à l’occasion des journées européennes du patrimoine et de l’adhésion de la Mairie du 15/16 aux principes de Faro ;

14 ans après le premier séjour pilote « eau et jardin » commercialisé avec succès pour tester l’hospitalité au Nord de Marseille avec 5 chambres pilotes et 17 personnes accueilles ; 

Carte du séjour Eaux et jardins. Civic City, 2010

13 ans après la promesse d’ouvrir 50 chambres chez l’habitant et 50 itinéraires pour « découvrir Marseille par son nord » à l’occasion de Marseille Capitale européenne de la culture.

 11 ans après l’accueil de 10.000 personnes au nord de Marseille en balade, chez l’habitant et en séjour et la promesse tenue avec plus de cinquante chambres et balades patrimoniales proposées par les habitants.

Carte Bel Vedere. Stéphanie Nava, 2013.

10 ans après la création du Réseau européen de Faro et l’autorisation par l’État de vendre directement nos propres séjours ; 

9 ans après la création de la coopérative Les oiseaux de passage pour mener des travaux de recherche et développement afin de penser l’hospitalité de toutes les personnes de passage (lien). 

Carte des hospitalités à Marseille, plateforme coopérative Les oiseaux de passage, 2021

Une année après l’appel à des Assises marseillaises de l’hospitalité pour que Marseille soit la première ville à changer le paradigme de l’accueil en termes de justice sociale et climatique (lien).

L’occasion pour notre coopérative de faire un point sur qui elle accueille. 

Accueilli chez 

Les hôtes de la coopérative d’habitants Hôtel du Nord ont fait un bilan des personnes qu’iels ont accueillies sur le premier semestre 2024 et qui reflète la diversité des motifs de passage ainsi que des personnes accueilles et accueillantes.

La coopérative Hôtel du Nord compte différents types d’hébergements : 16 chambres d’hôte, 4 gîtes urbains, 1 auberge de jeunesse, 1 halte pèlerin et 1 voilier (qui conteste l’interdiction qui lui est faite par la Métropole d’exercer l’accueil associatif) pour une capacité totale de 80 places.

Civic City, Accueilli chez, 2011.

Trois nouveaux hébergements sont en cours d’ouverture. Depuis 2011, 26 hôtes ne sont plus référencés par la coopérative suite à un déménagement, l’arrêt de l’activité, …. Au total, une cinquantaine de lieux d’hébergement chez l’habitant ont été accompagnés et proposés depuis 2010. 

Au fur et à mesure que s’ouvraient les chambres chez l’habitant, une pluralité de personnes sont venues toquer à leur portes à l’image de la diversité des personnes qui habitent, travaillent et séjournent dans ces quartiers : entreprises, habitat social, noyaux villageois, milieu associatif, ….

Carte le partage des eaux. Julien Rodriguez, 2010

La coopérative a réalisé un questionnaire pour savoir qui venait, sur quelle durée et avec quelles retombées pour les hôtes et le territoire. Il est ressortie huit grands motifs de passage avec : 

Le « tourisme » qui rassemble les personnes qui viennent pour un départ en croisière, un festival ou un match, en vacances, en randonnées sur le GR 2013 et pour un congrès. 

Carte proposée par Isabelle Laudières, plasticienne/infographise. Image © Dominique Poulain.

L’« hôpital » qui regroupe les personnes qui se rendent à l’Hôpital Nord pour un examen, accompagner un proche, en formation ou comme commerciaux.  

Le « travail » comprenant les personnes qui viennent dans les nombreuses entreprises, administrations et associations des quartiers nord de Marseille pour un contrat court, de manière régulière, en stage, en résidence ou sur un chantier. 

Les « voisins » qui invitent des personnes à leur rendre visite et qui sont en recherche d’hébergement pour les accueillir à l’occasion d’une fête de famille, d’une cousinade ou d’un évènement.

Carte jeu de l’oie Un jour à la Castelane. Association 3.2.1.

Les « études » que ce soit à l’université, en apprentissage ou à l’occasion d’un stage sur place.

Le « pèlerinage » le long du chemin de Marie-Madeleine des Saintes-Maries-de-la-Mer jusqu’à la Sainte-Baume et qui règlent leur nuitée souvent avec le donativo

Le « transit » des personnes venues s’installer sur Marseille et dans l’attente d’un logement. 

Le « non-marchand » avec l’accueil gratuit chez-soi de proches, par solidarité avec des personnes (réfugiés, mises à l’abri, transit)  et dans le cadre de réseaux d’échange : échange de maisons, warmshower pour les cyclistes. 

Carte Caminando Saint André 2023

Savoir qui vient, combien de temps et pourquoi?

Si on regarde en termes d’attractivité, sur un peu plus de 300 séjours réalisés entre janvier et juin 2024, la moitié des séjours ont un motif touristique et les deux tiers des passagers sont des touristes.

Cela change quand on regarde en termes de retombées économiques pour les hébergeurs, c’est-à-dire en nombre de nuitées, alors les nuitées pour le travail, le transit et les études représentent quasi la moitié des nuitées.

Le fait qu’au final seulement un quart des nuitées est touristique s’explique par la courte durée des séjours touristiques marchands à Marseille qui est en moyenne en dessous de deux nuitées depuis des années.

Enfin, si l’on regarde en termes de fréquentation de Marseille, les accueils à titre non-marchands représentent presque la moitié des personnes présentes à Marseille via Hôtel du Nord. Cela s’explique par la longue durée des séjours gratuits.

En France, les chercheurs Saskia Cousin et Sébastien Jacquot ont rappelé que plus de la moitié des français et françaises voyageaient dans le non marchand (lien). Plusieurs études commencent à évaluer l’impact sur l’économie locale de l’hébergement non-marchand qui se révèle souvent aussi important que le marchand avec des séjours plus nombreux et plus longs.

C’est tout l’enjeu des assises de Marseille hospitalités que de favoriser à la fois un accueil digne et soutenable de toutes personnes de passage à Marseille et d’accompagner la transition du secteur de l’hospitalité dans le respect des Accords de Paris.

Carte sensible Voyage 6 Demi-tour. Juliette Loquet, 2014.

Découvert avec

Les membres de la coopérative Hôtel du Nord continuent à proposer l’hospitalité dans les lieux, les récits et avec les personnes pour découvrir Marseille par son Nord. Iels partagent les résultats de leur travail d’enquête collective au Mille-pattes à travers des balades patrimoniales ouvertes notamment lors des journées européennes du patrimoine. Et iels se saisissent des demandes de balades et séjours qui lui sont faite pour coconstruire des propositions d’hospitalité que ce soit sous forme de balades en demi journée ou lors de séjours apprenants.

Carte ruisseau des Aygalades. La Gazette du ruisseau. Les Gammares et Bureau des guides GR2013

En 2023, les hôtes ont accompagné la découverte de Marseille par son nord à la demande de collèges, d‘universités (Université Aix-Marseille, Université Berlin, Université Louvain, Centre Norbert Elias, Université Sierre, CNRS), d’institutions culturelles (Ensemble Télémaque, Bureau des guides GR2013), de l’Agence Régionale de Santé pour accompagner à la réinstallation de personnel soignant. 

Carte des balades d’Hôtel du Nord, 2020

Par exemple, en avril 2024, Hôtel du Nord et l’Agence Régional de Santé renouvelaient leur coopération pour inviter les futurs médecins en fin de formation à réfléchir en marchant aux diverses manières de penser le soin et de développer des projets de santé dans ces territoires qui en ont fort besoin. 

Après le Bassin de Séon en 2023, c’est du côté de Notre-Dame Limite , que la balade jalonnée de temps d’ateliers a embarqué une trentaine de personnes à la rencontre des histoires des lieux, de ceux et celles qui y vivent et des diverses initiatives qui souvent sous les radars maillent et se relient malgré tout.

Alice Durot, jeune et talentueuse dessinatrice marcheuse nous en livre une carte sensible à partager….

Carte sensible Alice Durot. Prendre soin de Marseille Nord, 2024

La coopérative Hôtel du Nord et le Mille-pattes ont partagé, à l’occasion des journées européennes du patrimoine, les résultats d’une année d’enquête à Saint Louis-Consolat sur l’hospitalité.

Les résultats ont été partagés sous forme d’une balade patrimoniale « L’ultime demeure » et d’un livret de 80 pages revenant sur les récits, les cadres législatifs et les archives collectées.

Cette enquête à été menée à partir du mouvement marseillais des squatteurs de l’après guerre, qui donnera naissance à la première loi française sur le sujet, en passant par les Castors et les copropriétés dégradées, l’habitat social d’hier et d’aujourd’hui, jusqu’au projet d’implantation d’un “village d’insertion” pour les populations roms.

Télécharger la première partie et la seconde partie du livret.

Screenshot

Économie

La coopérative a eu comme ressources en 2023 hors bénévolat 70.000 euros financés :

  • pour un cinquième par la contribution économique des hôtes : réversion sur la vente de nuitées, ventes de produits, balades et séjours,
  • pour un quart par des subventions de fonctionnement :Service Patrimoine de la Ville, Département,
  • et pour moitié par la coproduction d’actions patrimoniales avec la DRAC, l’Epage Huca, l’Université de Huelva et l’association Noailles Debout!. 

Pour réaliser son action, la coopérative a dépensé en 2023 plus de 78.000 euros dont les deux tiers ont servi à financer le travail de ses membres (nuitées, missions, éditions, …) et un tiers les frais généraux (expert comptable, déplacement, site internet, …).

En 2023, la coopérative a eu une perte exceptionnelle sur une subvention FNADT de 2021 (2.700 euros) et un report d’une action sur 2024. Au final, l’exercice 2023 s’est terminée sur une perte de 8.000 euros.

La coopérative avait avant cette perte 48.000 euros de fonds propres composés pour un tiers de l’apport financier de ses 82 sociétaires et pour deux tiers de ses réserves financières accumulées au cours des 14 premiers exercices. Un tiers de ces fonds est immobilisée au capital de la SCIC Les oiseaux de passage dont elle est cofondatrice.

Carte programme Journées européennes du patrimoine 2010.

Libération : La redécouverte du ruisseau des Aygalades, «véritable personnage» de Marseille

Le journal Libération a consacré un article à « La redécouverte du ruisseau des Aygalades, «véritable personnage» de Marseille« .

Extrait : Avec les Aygalades, cette relation a débuté par la marche, «le pas de côté», «l’urbex qui ne dit pas son nom», comme le raconte Julie de Mueur, engagée dans la coopérative d’habitants Hôtel du Nord. C’est que le ruisseau ne se donne pas facilement à voir. La construction du canal de Provence, au XIXe siècle, est passée par là, le rendant inutile aux grandes bastides. Puis les industries – encore aujourd’hui la cimenterie Lafarge – et la construction de l’autoroute. Quand il n’est pas canalisé, busé, il est perçu comme un égout à ciel ouvert. Mais en 2007, le cours d’eau devient un «véritable personnage» par l’entremise de Christine Breton, conservatrice du patrimoine, qui mène toute une démarche avec les habitants des quartiers Nord. Sur d’anciens plans, elle identifie l’existence d’une galerie souterraine et se rend compte qu’elle débouche sur… une chute d’eau.

France 3 et Cie : « Il était temps ! », les quartiers nord de Marseille sont enfin affichés sur la carte de l’office de tourisme

France 3 présente dans son reportage « « Il était temps ! », les quartiers nord de Marseille sont enfin affichés sur la carte de l’office de tourisme » la nouvelle carte touristique de Marseille voulue par la Ville de Marseille et réalisée par l’Office du tourisme de Marseille. Une carte attendue depuis des années par les membres de la coopérative Hôtel du Nord.

Extrait : Lorsque l’on pense tourisme à Marseille, peu sont ceux qui s’aventurent dans les quartiers nord de la ville. Jusqu’à présent, même l’office de tourisme n’affichait pas cette zone sur sa carte. La municipalité, commerçants et habitants espèrent que son apparition sur le dépliant touristique pourra changer l’image dégradée de ces quartiers.

Marseille. L’une des plus grandes villes de France, représentée de moitié. Jusqu’à présent, la carte touristique de la cité phocéenne ne représentait que le centre-ville, ignorant la partie nord et est de Marseille. Désormais, le nouveau dépliant affiche tous les quartiers, et propose également des recommandations et lieux incontournables dans chaque arrondissement de la ville.

La Marseillaise : Cet été, les touristes ne perdent plus le nord

Libération : Tourisme : à Marseille, les quartiers nord intègrent le décor

Le Parisien : Marseille : les quartiers Nord figurent enfin sur la carte de l’Office du tourisme

BFM TV : Marseille: les quartiers nord arrivent sur les cartes touristiques, pour changer le regard

La Provence : « Montrer la ville dans son entièreté » : à Marseille, les quartiers Nord enfin sur les cartes touristiques

Le JDD : Les quartiers nord de Marseille, gangrenés par le trafic de drogue, désormais affichés sur les cartes touristiques

Le Figaro : «C’est le paradis ici» : à Marseille, la mairie veut attirer les touristes dans les quartiers nord

Marseille (Bouches-du-Rhône), le 17 juillet. Les acteurs du tourisme des quartiers nord ont obtenu d’apparaitre sur la nouvelle carte qui comprend désormais toute la ville. LP/Marc Leras

CAMINANDO SAINT-ANDRE, DU HAUT EN BAS.

Un jeu de pistes en action! par les enfants des écoles..

Ça y est ! Les deux écoles du quartier de Saint-André se sont rencontrées…

Lundi 27 mai, le matin, on s’est donné rendez-vous au Parc de la Jougarelle. 

Nous sommes arrivés en synchronicité à 9h05

39 enfants en bus depuis l’école Condorcet, et 11 enfants à pied depuis l’école Barnier accompagnés d’une douzaine d’adultes.

Nous étions toustes excités par cette rencontre attendue depuis longtemps. Pas simplement par le fait de faire rencontrer des enfants des classes CE1, des écoles différentes. Mais par le fait symbolique d’unir le quartier, le haut à la Castellane et le bas au noyau villageois de Saint-André. En fait, c’était la genèse de ce jeu de pistes : relier les trois écoles de Saint-André ! Défi pour l’année prochaine ? Faire rencontrer aussi les enfants de l’école d’en haut de la Castellane ?

Emmanuelle, maitresse à l’école Saint-André Barnier nous raconte:

« La balade est toujours aussi magique : démarrer dans le parc de la Jougarelle est parfait. Les enfants sont libres de partir à l’aventure avec leur carte du jeu de piste. Certains se mettent à courir pour trouver la prochaine balise. Les enseignants de l’école du bas découvrent la verdure et le point de vue à couper le souffle, loin de l’image qu’ils se font de la cité. Les regards semblent imaginer le fameux château qui a donné le nom à la cité et la belle « Gabrielle de Castellane » . C’est avec enthousiasme que l’on découvre les sculptures des châteaux de la maternelle et de l’élémentaire et certains disent qu’ils ont de la chance ».

Et puis, de jouer le jeu de la transmission. Nous avions construit ce jeu de pistes l’année dernière avec les élèves de CP et CE1. Les CP, maintenant en CE1, étaient présents à cette aventure patrimoniale et detectivesque de quartier. Et eux, heureux de parler aux collègues de leur expérience, de leurs souvenirs. La transmission est clé pour les enfants, ça permet de créer un récit pour ceux qui racontent, ça ouvre des imaginaires, ça permet d’apprendre par l’expérience, et en plus, de mieux connaitre le quartier. 

« Le parcours d’aventurier se poursuit sur les dalles cassées de l’ancien canal. Ces histoires d’eau ont façonné notre quartier car là, où il y a de l’eau, il y a de l’argile. D’où les nombreuses tuileries du quartier qui ont remodelé le quartier : les bastides ont cédé la place aux usines.  Nous arrivons devant la pharmacie du Pradel, le ruisseau du bassin de Séon, qui relie le haut et le bas ».

Et bonne nouvelle, les plaques d’argile (balises du jeu) que nous avons fabriqué l’année dernière, sont toujours là !

Quelle surprise d’arriver dans le jardin de Barnier ! Les plantes ont tout envahi. C’est impressionnant à hauteur d’enfants. 

Et puis nous avons eu le plaisir de partager tous ces beaux moments avec notre excellente jardinière de l’école Condorcet, Arlette. Qui nous a montrée nombreuses plantes qui poussent dans les friches (nos terrains d’aventures), beaucoup d’entre elles sont comestibles, d’autres du poison, et il y a en a avec lesquelles on peut peindre, les plantes tinctoriales !!! Merci Arlette !

Coquelicot !

Arlette nous montre le mur construit avec les briques des anciennes tuileries de Saint-André.  Qui n’a pas un arrière grand-parent qui travaillait dans une des presque 200 tuileries qu’il y avait au début du XX siècle dans le bassin de Séon ? Et derrière le mur … la maison au toit pointu ! Vous pouvez lire tous les récits d’explorations du quartier 2023 sur le site d’Hôtel du Nord : https://www.hoteldunord.coop/le-1000-pattes-des-enfants-de-saint-andre-la-castellane-1/

Après le chemin des charrettes, on arrive au jardin du dessus du collège. La plaque « attention aux tigres » met encore plus d’excitation. Y a-t-il vraiment des tigres ? Le chemin n’a pas été préparé et il faut se frayer un passage entre les herbes folles et les ronces. A la queue leu leu, les enfants crient comme dans des montagnes russes. 

Et voilà un autre moment important : celui du pique-nique.

C’est à ce moment de pause que Jessie vient me voir et me dit:  » j’aime bien les balades, on dirait que le temps s’arrête… » Exactement Jessie, le temps se suspend quand on est en connexion avec la nature, quand on est toustes ensembles, quand on est heureux.ses…

C’est ensuite l’occasion d’excursion dans les toboggans de pierre et les élèves commencent à se mélanger. Jeanne met encore plus d’ambiance avec ses chansons rythmées « Oh, c’est l’eau… »

Fin de la balade, photo dans les escaliers de l’église de Saint-André, mission cumplida Watson !

Emmanuelle conclut: encore une fois, cette balade a été un succès pour tous : on a appris, transmis, échanger, jouer, couru, souri, chanter … et reçu beaucoup de reconnaissance et d’amitiés. Parents, enseignants, accompagnateurs et enfants ont pu cheminer en harmonie et fluidité, comme si nous étions porté par l’eau de notre Pradel : oh, c’est l’eau …

On a échangé nos numéros et on s’est promis de se revoir l’année prochaine !